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Full text of "Poètes Gascons Du Gers"

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POÈTES  GASCONS  DU  GERS 


DEPUIS  LE  XVI-  SIECLE  JUSQU’A  NOS  JOURS 


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J.  MICIIELET 


POÈTES  GASCONS 

DU  GERS 

DEPUIS  LE  XVIe  SIÉCLE  JUSQU’A  NOS  JOURS 


Progredi,  scd  honorcire  patres. 


A  AUCH 

Imprimerie  et  Lithographie  Th.  BOUQUET,  Éditeur 

Ru r:  A n m an i C  v mi i:l 


1904 


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190501 

DEC  -4  1914 
X395? 

■  '•'577 


PRÉFACE 


En  groupant  dans  ce  volume  des  extraits  des  oeuvres 
gasconnes  des  poètes  originaires  du  département  du  Gers 
depuis  la  Renaissance  jusqu’à  nos  jours,  j’ai  obéi  à  un  double 
sentiment  :  honorer  la  mémoire  d’ancètres  glorieux  injuste- 
ment  oubliés,  et  conserver  les  beautés,  les  traditions,  l’har- 
monie  et  les  idiotismes  d’une  langue  dont  la  richesse  est 
incomparable. 

Ces  écrivains,  tous  profondément  attachés  au  sol  natal, 
ont  produit  des  ouvrages  formant  un  corps  de  littérature 
complet.  On  y  retrouve  partout  la  verve  gauloise  intarissable, 
joyeuse  et  primesautière,  partout  un  langage  limpide,  harmo- 
nieux,  plein  d’expressions  charmantes,  et  qui  se  prête  admi- 
rablement  à  rendre  toutes  les  conceptions  de  l’esprit.  Fière 
de  son  origine  et  de  l’éclat  dont  elle  brilla  durant  trois  siècles 
sous  la  période  des  Troubadours,  la  langue  gasconne  a 
conservé  avec  orgueil,  gràce  à  ces  fidèles  interprètres,  ses 
titres  de  noblesse.  Malgré  quelques  mésalliances,  son  blason 
est  restè  sans  tache,  et  elle  a  gardé  son  identité  avec  amour 
et  respect.  Son  type  originel  se  fait  encore  remarquer  par 
la  flnesse  et  la  pureté  des  lignes  autant  que  par  la  fraîcheur 
et  la  souplesse  des  formes.  C’est  le  vin  généreux  des  coteaux 


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gascons,  s’échappant  à  ílots  vermeils  d’une  amphore  antique- 
c’est  la  flore  du  Midi,  émaillée  des  mille  fleurs  écloses  dans 
le  jardin  de  Virgile  et  de  Théocrite,  disputant  flèrement  pied 
à  pied  l’invasion  de  la  langue  nationale,  sa  rivale. 

Au  commencernent  du  xvic  siècle,  tout  était  à  faire  dans 
notre  Province;  elle  présentait  l’aspectd’un  pays  ravagé  par 
les  guerres  privées  et  publiques,  des  villes,  des  bourgsruinés, 
des  églises  démolies  ou  en  construction  interrompue.  Les 
résidences  rovales  des  princesdeNavarre,  celle  des  seigneurs 
et  des  hobereaux  étaient  des  châteaux  forts  du  moyen  âge; 
les  habitations  du  peuple  étaient  dévastées  et  les  campagnes 
désertes.  C’étaient  ces  blessures,  résultat  de  la  guerre  et  de 
la  misère,  qu’il  fallait  cicatriser;  cette  u*uvre  de  réparation 
fut  l’teuvre  de  la  Renaissance. 

C’est  à  la  Cour  de  Navarre,  par  la  protection  constante 
qu’elle  accordait  aux  lettres,  qu’échut  l’honneur  de  réveiller 
l’instinct  poétique  gascon. 

De  nornbreux  poètes  surgirent  de  tous  còtés  et  prirent  la 
lyre  pour  chanter  l’amour,  les  beautés  de  la  nature  et  leur 
petite  patrie.  Tousàl’envi  tournèrent  leurs  yeux  vers  C/é- 
innice  Isatire,  cette  lille  divine  de  création  toulousaine,  qui 
avait  encoredes  récompenses  pour  eeux  qu’inspirait  lalangue 
romane,  et  ils  íìrent  de  ses  fleurs  une  abondante  moisson. 

Le  premier  qui  se  présenta  fut  Piehhe  df.  Garuos,  le  digne 
héritier  des  Troubadours,  qui  devait  tresser  à  la  Muse  Gas- 
conne  une  couronne  immortelle.  Calviniste  rigide  et  protégé 
de  la  reine  Jeanne  de  Navarre,  il  traduit  de  l’hébreu  en 
gascon  les  Psaumes  de  David  comme  instrument  de  vulga- 
risation  et  de  prosélytisme.  II  fera  ceuvre  de  moraliste  dans 
ses  Héroïdes,  à  l’imitation  de  Plutarque,  et  dans  ses  char- 


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mantes  Eglogues  il  nous  laissera  une  pnge  â’histoire  vécue 
des  moeurs  rustiques  et  tourmentées  tle  son  époque. 

Son  contemporain  du  Bartas,  quoique  ayant  écrit  ses 
ceuvres  en  français,  nous  fera  néanmoins  admirer  la  richesse 
de son  dialecte  dans  deux  morceaux  qui  nous  ont  été  conservés 
et  dont  l’un  est  un  vrai  bijou  de  ciselure. 

Jean  de  Gauros  et  le  Docteur  Ader  emploieront,  à  leur 
tour,  leurs  inspirations  à  chanter,  l’un  les  hauts  faits  du  roi 
gascon  Henri  IV  dans  son  Gentilhomme  Goacon,  l’autre, 
dans  une  Pastorale,  à  l’imitation  de  Virgile,  les  regrets 
qu’inspira  en  Gascognela  mort  du  grand  Roi.  Quoique  appar- 
tenant  au  xvn9  siècle,  ces  deux  poètes  se  rapprochent  par 
leur  style  de  la  manière  de  la  Pléiade. 

Pour  nous,  Gascons,  Dastros  personnifie  la  Renaissance 
gasconne.  C’est  lechantre  inspiré  de  la  terre  natale,  celui  qui 
a  rendu  à  la  langue  maternelle  le  rang  qu’elle  semblait  avoir 
perdu. 

II  est  vrai  qu’à  cette  époque  un  grand  poète,  Goudeuin, 
tenait  à  Toulouse  lc  sceptre  de  la  poésie.  Sa  Muse  faisait 
vibrer  la  fibre  populaire  par  des  créations  originales,  vives, 
hardies,  saisissantes;  ses  chants  retentissaient  dans  tout  le 
Midi.  C'est  à  lui  que  revient  l’honneur  d’avoir  produit  une 
école  au  xvne  siècle,  qui  favorisa  le  signal  d'une  renaissance 
poétique. 

Baron,  Bedout,  Dugay  subiront  son  influence. 

La  Muse  gasconne  n’aura  pas  d’interprète  durant  le  cours 
du  xviii®  siècle.  Nous  ferons  cette  simple  constation  sans  en 
rechercher  les  causes. 

Le  xix®  siècle,  sans  être  doué  d’une  gratule  fécondité,  nous 
permettra  néanmoins  de  signaler  trois  poètes  :  l’abbé  Laf- 


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fargue,  le  docteur  Cassaignau  et  J.  Noulens,  qui  continue- 
ront  dans  leurs  oeuvres  les  traditions  de  leurs  aînés. 

S’il  est  vrai  que  ces  langues  harraonieuses  du  Midi  sont 
destinées  à  disparaître  devant  l’universalité  de  la  langue,  de 
la  loi,  de  la  pensée  française,  il  reste  le  pieux  devoir  de  faire 
revivre  ces  oeuvres  déjà  lointaines,  d’utiliser  de  charmantes 
expressions  qui  brillent  comme  des  pierres  précieuses  au 
milieu  de  cailloux  informes.  La  langue  française  serait  appelée 
à  recueillir  ce  nouvel  héritage;  il  lui  serait  permis,  en  se 
retrempant  à  ses  sources,  de  s’enrichir  et  de  se  rajeunir  même 
dans  l’àge  mûr  où  elle  est  arrivée. 

André  Chénier,  dans  ses  Notices  de  linguistique,  dit  avec 
raison  :  «  Si  les  patois  étaient  perdus,  il  faudrait  créer  une 
»  Académie  spéciale  pour  en  retrouver  la  trace,  pour  rendre 
»  au  jour  ces  inappréciables  monuments  de  l’art  et  d’expri- 
»  mer  sa  pensée.  » 

Guidé  par  ce  sentiment  patriotique,  j’apporte  aujourd’hui 
ma  modeste  pierre  à  la  reconstitution  de  l’histoire  de  la  poésie 
gasconne  durant  trois  siècles. 

A  défaut  d’autre  mérite,  sois-moi  indulgent,  ami  lecteur, 
pour  le  mobile  auquel  j’ai  obéi. 


J.  MICHELET. 


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DE  GÀRROS  (Pierre) 


Le  lieu  de  sa  naissance  ne  saurait  faire  le  moindre  de  doute,  prenant 
lui-même  dans  ses  oeuvres  la  qualité  de  Laytores  (Leclourois). 

Tous  les  biographes,  sans  exception,  font  naître  ce  poète  à  Lecloure  vers 
1482  et  le  font  mourir  en  1581,  dans  sa  ville  natale  (1). 

Des  patientes  recherches  dans  les  Archives  de  Lectoure,  Pau  et  Toulouse, 
faites  récemment,  viennent  jeter  un  nouveau  jour  sur  cette  famille  peu 
connue  el  rétablir  la  vérité  historique  en  détruisant  toutes  ces  affirmations 
fantaisistes,  muvres  de  pure  imagination. 

L’auteur  ou  chef  de  la  famille  authentique  fut  Johan  de  Garros ,  hoste 
du  Checal  blanc  et  de  Saint  Georges  de  1491  à  1501  (2),  qui  possédait  un 
frère,  Pey  de  Garros,  qualifié  marchand  aux  papiers  officiels. 

Uhosielier  Johan  fut  porté  aux  honneurs  du  consuiat  (1492)  par  le 
suffrage  universel  qui  se  pratiquait  alors  sans  restriction.  Pey,  dit  PeyroX, 
y  fut  appelé  à  son  tour,  mais  cette  fois  par  les  notabtes ,  pour  les  années 
1514,  1515,  1519,  1520  (3).  Les  propriétés  ruralcs  des  Garros  étaient  déjà 
assez  importantes  sur  lo  territoire  de  la  commune  (4).  Johan  de  Garros 
mourut  en  1513,  laissant  un  fils  Pty  lou  jouen  (Pierre  le  jeune)  pour  le 
distinguer  de  son  oncle  Peyrot  (petit  Pierre)  ou  Pey  lo  cieilh  (Pierre  le 
vieux).  Le  fils  de  Johan  survécut  peu  à  son  père,  étant  décédé  en  1519, 
laissant  un  fils  et  une  fille.  II  avait  figuré,  en  1506,  à  l’une  desdeux  assem- 
blées  des  notables  qui  supprimèrent  le  suffrage  universel  (5). 

L’un  des  fils  de  Pierre  Ie  jeune,  prénommé  tìernard ,  marehand  banquier 

(1)  Brunet,  Man.  du  Libr.  (Recae  de  Gascogne,  t.  ii,  p.  571.  Supplément  de  la 
Biographie  unic Michaud,  page  161,  etc  ). 

(2)  Livres  terriers,  aux  dates. 

(3)  Livrcs  blanos,  aux  dates. 

(4)  Livres  terriers. 

(5)  Arcltives  communales,  livre  de  la  Coutume. 


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et  bourgeois  de  Leetoure.  éleva  la  fortune  de  la  famille  au  faîle  de  la  pros- 
pórilé.  Nous  le  voyons  propriéíaire  de  biens  considérables  et  investi  des 
honneurs  consulairesen  1535,  1536,  1546,  1547,  1552,  1553,  1558,  1559, 
1565,  1566. 

II  eut  trois  enfants  :  Pierre ,  et  les  deux  aulres  prénonunés  Jean.  Le 
second  prit  plus  îard  le  nom  de  sieur  de  Sainte-Chrestie ,  nom  d?un 
domaine  paternel,  et  le  troisième,  le  dernier  des  trois  frères,  devait  être 
Tauteur  d'une  eharmante  paslorale  en  dialecle  gascon  sur  la  mort 
d'Henri  IV. 

Pierre ,  l'ainé  de  la  famille,  naquit  â  Lectoure  cntre  1520  et  1530.  II  fut 
clevé,  ainsi  que  ses  frères,  au  collège  de  Lectoure,  qui  jouissait  d'une  cer- 
taine  renommêe.  Dès  qifil  eut  terminé  ses  humanitês,  Bernard,  son  père, 
n  ayant  plus  rien  à  souhaiter  du  còlé  des  richesses,  voulut  faire  de  son  fìls 
un  magistrat.  C'est  à  Toulouse  que  notre  fulur  poète  commença  ses  études 
de  droit,  et  à  26  ou  27  ans  nous  le  retrouvons  pourvu  de  son  titre  de 
liceneié.  En  effer,  dès  1553,  Ie  nom  de  Pey  de  Garros  apparait  pour  la 
première  fois,  dèlibérant  à  còtó  de  son  pèredans  Ies  Assemblées  de  la  com- 
raune  et  y  est  qualifié  de  licenciè  (1). 

A  partir  de  cette  époque,  nulle  aíîaire  municipale  n  est  traitòe  sans  son 
intervention;  il  était  alors  dans  la  plênitude  de  la  force  et  du  talent.  Nousle 
voyons  cliargé  de  différenles  missions  à  la  courde  Navarre  dont  le  succès 
lui  procura  toutcs  les  faveurs.  Elles  ne  se  firent  pas  atlendre,  ear  les  regis- 
tres  de  la  Sénèchaussée  nous  apprennent  que,  par  lettre  d’Antoine  et  de 
Jeanne,  roi  et  reine  de  Navarre,  Pierre  de  Garros,  docleur  en  droit,  avait 
été  nommé  conseiller  à  la  cour  et  siège  présidial  de  la  sénéchaussée  d*Ar- 
magnac,  à  Lectoure,  le  17  septembre  1557  (2). 

Le  xvi«  siècle  est  marqué  parla  lienaissanee  et  la  Réforme. 

La  Gascogne,  et  surtout  la  partiequi  devait  plus  tard  constituer  le  dêpar- 
tement  du  Gers,  fait  alors  grande  tìgure  dans  Thistoire  militaire  et  dans 
riìistoire  littêraire.  Elle  produit  une  riche  floraisou  de  soldats,  de  poètes  et 
de  prosateurs. 

La  Muse  gasconne  elle-mème,  cndormie  depuis  deux  siccles,  s'èveille 
parmi  lcs  enthousiasmes  de  cettc  époquc,  et  de  vrais  poètes  font  gronderou 
gracieuscmcnt  murmurer  dans  leurs  satires  ou  leurs  églogues,  cette  langue 
Gasconne  déjà  aliéréeen  mèrne  temps  qu’humiliée  par  lcs  progrès  inces- 
sants  dc  la  langue  Francaise.  1'ous  à  l’envi  tournèrent  leurs  veux  vers 
Clcmence  fsaure  qui  avait  encore  des  rècompenses  pour  ceux  qu'inspirait 
la  Langue  Romaue. 

(1)  I.ivres  des  délibcraiions  dc  la  Jurade. 

(2)  Archives  départementales. 


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L’Erudit  Magistrat,  Pey  de  Garros,  nourri  de  la  moelle  des  classiques 
ne  dádaigna  point  de  vcnir  prendre  sa  part  à  ces  jouíes  poétiques.  Plu- 
sieurs  de  ses  pièces  furent  couronnces  en  1557.  Le  Chant  Royal  suivant 
lui  valut  la  Violette  le  3  mai  1557;  il  se  présenta  au  concóurs  avec  le  titre 
d  escolier  de  la  ville  de  Lectoure  (2). 

CHANT  ALLÉGORIQUE  DE  LA  TRINITÊ  (2) 

La  terre  lorde  print  sa  place  et  résidance 

Au  plus  loing  des  liaults  Cieulx,  la  vagabonde  mer 

A  l’entourn[de  la  terre  esleust  sa  demeurance, 

Et  l’air  jusqu'au  plus  hault  se  voulut  sublimer; 

Mais  rélètnent  plus  noble  et  léger  davantaige 
De  l'air,  des  Cieulx  prochains  reprit  pour  son  partaige; 

Je  ne  dis  pas  ce  feu  que  l’art  et  le  savoir, 

Du  larron  Prométhée  aux  hommes  íìt  avoir 
Et  feust  dévoratif,  qui  tout  réduit  en  cendres, 

Mais  j’entends  par  mon  chant  descripre  le  pouvoir 
Dufeu  qui  tout  nourrist  conune  tout  iL  engendre . 

Le  domestique  feu  d’ailleurs  print  sa  naissance 
Et  ne  peult  un  moment  sans  maitrise  durer. 

Mais  lui  ne  retraint  que  de  soi  mesme  essence, 

II  est  simple  et  ne  peult  en  fumée  vapirer 
A  bon  droit  l’appcla  Héraclite  le  Saige 
Commencement  e  tout  père  du  grand  ouvraige, 

Qui  morne  de  tourner,  ne  íìnit  son  devoir 
Si  à  cela  le  feu  ne  lui  voulait  |x>urvoir. 

On  voit  sous  lui  les  sens  inscnsibles  so  rcndre, 

Tout  confesse  tenir  íe  vivre  et  le  mourir 

Du  feu  qui  tout  nourrist  conirnc  tout  iL  cníjcndre. 

II  est  diffus  partout  produit  toute  semonce, 

Tout  purge,  ne  pouvant  immondice  endurer, 

Sa  chaleur  fait  partout  sentir  sa  vêhèmence, 

Le  fait  jusqu’au  parfond  des  Enfers  honorer; 

Dechaufïer  vivement  ne  se  lasse  en  nul  aige; 

C’est  ellequi  d’amour  cnilamme  le  couraige, 

Qui  chasse  le  soulcy,  la  crainte  et  désespoir. 

La  force  de  la  mort  n’a  sur  elle  que  prendre. 

Parson  moyen  pouvons  les  effets  recepvoir. 

Du  fcu  qui  nourrist  tout  conunc  tout  il  enyendrc. 

La  lueur  de  ce  feu  met  tout  en  évidence 
Elle  éclaire  la  nuit,  et  d’un  coup  fait  couler, 

(1)  Le  17  septembre  de  la  méme  année  il  prenait  siège  au  sénéchal  d’Armagnac 
comme  docteur  en  droit. 

(2)  Hegistre  rouge,  f’  141  v',  aux  Archivcs  de  l’Acadcmie  des  Jeux  Floraux. 


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Nostre  sel  (?);  en  nulslieux  nousn’en  avonscounaissance 
Du  feu  s’il  ne  se  fait  par  elle  reveller; 

Mesmesil  se  cachaitsoubs  un  obseur  nuaige, 

Mais  sa  lueur  pourta  de  son  feu  tesmoignaige. 

Nul  peult  devant  le  feu  sans  elle  comparoir 
Sans  la  clarté  ne  peult  bien  ou  mal  apparoir; 

C’est  elle  qui  nous  fait  les  sciences  apprendre 
Reçues  par  les  yeulx  bons  elle  est  le  vrai  miroir 
Du  feu  quì  tout  nourrist  comnie  tout  ií  mgcndre. 

Elle  guide  nos  pas,  nous  garde  de  nuysance, 

Nous  fait  par  la  chaleur  à  son  feu  adhérer, 

Elle,  le  feu,  le  chaut  ne  font  qu’une  substance, 

Ce  n’est  que  trois  cn  ung  qu’on  ne  peut  séparer, 

Qu’ung  ne  prendra  jamais  dessus  l’aultre  avantaige. 

O  fortet  triple  nceud  d’éternel  mariaige, 

L'homme  mortci  qui  pense  à  plain  teconcepvoir 
Se  fourvoye,  et  par  trop  se  laisse  dòcepvoir, 

Car  si  quelc’un  i’accorde  tous  trois  vcult  entendre 
Perd  son  temps  s’il  ne  va  le  palais  riche  voir 
Du  feu  qui  tout  nourrist  conane  tout  il  engendrc. 

ALLHGORIE 

Prince,  Dieu  le  Père  est  le  feu  qui  attirer 
Nous  veult  par  sa  chaleur,  son  fìls  se  dòclarer 
Se  faict  par  sa  lueur,  i’Esprit-Saint  qui  descendre 
Vient  sur  nous,  tousdeux  joincts  ne  peuvent  s’esgarer 
Du  fcu  qui  tout  nourristf  co/nnie  tout  il  engcndrc . 

C'est  à  cette  époque,  qu’il  fìt  im  Sonnet  en  Français  qualifiè  cìe  fanieux 
en  son  temps  (1). 

II  fut  composé  à  Toccasion  du  transfert  d’une  statue  sépulcrale  de 
l'Eglise  de  Ia  Daurade  au  Consistoire  du  Capitole,  oii  la  Gaie  science 
tenait  ses  assises.  Une  lêgende,  contestée  il  est  vrai,  aílirmait  que  cette 
statue  était  celle  de  Clémence  Isaure  (2). 


(1)  Ce  sonnet  est  rapport  '  par  Catel,  tlans  les  Mémoircs  de  Langucdoc. 

(2)  l)es  savants  tels  qne  Guillaumc  de  Catcl ,  Vicrrc  dc  Cascncnrc,  Gcrmaén  de  la 
Faillc,  Larjanv ,  J.-lì.  Noulet,  Ph.  Tamisey  ilc  Larroquc,  Pouoillon,  tous  des 
érudits  de  valeur  et  juges  compétents  avaient  démontré  par  un  indestructible  fais- 
ccau  de  leurs  témoignages  unanimes  que  Damc  Clcmcncc  n’òtait  qu’un  «  brillantet 
poótiquc  fanlômc.  u 

Lo  dernier  mot  sur  ce  sujet  vicnt  de  paraitre  dans  une  disserlation  inséròc  dans  le 
tome  vui  de  la  neuviòmc  st'rie  des  Mcmoires  dc  T Acadèmie  dcs  Scienr.es,  í/iscrip- 
tions  ct  bcllcs-lettres  dc  Toulousc,  laquelle  a  pour  auteur  M.  E.  Roschach  et  pour 
titre  :  Variation  du  Roman  dc  Clémcncc  Isau/'c( p.  226-263).  Le  savant  arehiviste  dc 
l’Hòtel  de  Yille  de  Toulouse  a  dòmontrò  là  avec  une  rigueur  mathématique  que  rien 


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—  9  — 


SONNET  A  MADAME  ISAURE 

Tholose  auoit  dressé  vn  torabeau  que  les  mains 
Plus  docte3  de  ce  temps,  et  plus  industrieuses, 

Avaient  faict  surmonter  les  oeuvres  plus  somptueuses 
Des  vieux  Assyriens  et  des  riches  Romains. 

Et  ja  dTsaure  auoit  la  cendro  et  les  os  saints 
A  ce  marbre  voué  reliques  précieuses. 

Pour  estre  en  vn  repos  éternel  glorieuses, 

Par  vne  suite  d’ans  prisée  des  humains. 

Lorsqu’Apollo  marry  voir  son  Isaure  au  nombres 
Des  horames  qui  ja  sont  devenus  noires  ombres, 

A  Tolose  parla  d*vn  sourcilieux  desdain  ; 

Plus  cruelle  que  n’est  et  le  Scythe  ni  le  Maurc 
Riie  ce  iaspe  bas,  et  mets  ce  marbre  au  coing, 

Veulx-tu  mettre  au  tombeau  celle  qui  vit  encore  ? 

Ces  spécimens  demi-barbares,  nous  expliquent  pourquoi  Pey  de  Garros 
eut  raison  d’écrire  ses  ceuvres  en  langue  Gasconne,  qui  assurèrent  d’une 
façon  solide  et  inébranìable  sa  grande  renommée.  Cette  difficulté  à  manier 
la  languefrançaise,nouslaretrouveronschez  laplupart  des  poòtes  Gascons 
qui  viendront  après  lui. 

La  Rèforme ,  en  retranchant  du  culte  les  pratiques  superstitieuses  ou 
idolàtres  que  le  Moyen-Age  y  avait  introduites,  porta  la  cognée  assez  près 
de  la  i-acine  de  Tarbre  et  put  sembler  un  moment  avoir  détruit  le  culte  lui- 
mème.  On  mit  de  côté  les  vénèrables  liturgies,  les  hymnes  admirables 
inspirées  aux  Pèros.et  Docteurs  de  TEglise.  Les  Psaumes  seuls,  conservè- 
rent  leur  place,  ou  du  moins  ne  tardèrent  pas  à  la  reprendre.  Les  antiques 
chanls  du  Roi-Prophète  ne  parurent  jamais  plus  jeunes  qiralors.  On  les 
chantait  depuis  longtemps  en  latin,  traduits  par  la  Vulgate ,  ils  allaient 
ètre  traduits  en  vers  Français  par  le  poète  le  plus  habile  du  siècle,  Clément 
Marot .  Mais  il  ne  put  dépasser  le  nombre  de  50;  son  oeuvre  devait  être 
terminée  par  l’un  des  plus  illustres  chefs  de  la  Réforme  :  Thèodore  de 
Bèze . 

Ces  Psaumes,  mis  en  musique,  eurent  un  succès  immense  à  leurappa- 
rition.  Les  huguenots  les  adoptèrent  aussitòt  et  de  nos  jours  ce  sont  les 
vers  de  Marot  moderniscs  qui  se  chantent  dans  les  Temples  protestants. 

Telle  était,  du  reste,  la  puissance  du  mouvement  religieux  de  Tépoque, 

n'est  \  rai  de  ec  que  l’on  a  raconté  de  la  patronne  des  Jeux  Floraux.  Déjà  les  érudits 
plus  haut  nonimés,  gràce  à  M.  Uoschach  lui-mème,  la  cliose  ctait  trcs  clairement 
prouvée.  Aujourd’hui  ceite  clarté  se  transformc  cn  parfaite  évidence;  la  légendc  de  la 
Muse  Toulousainc  a  vécu. 

{Raoue  de  Gascogne ,  t.  xxxvm,  p.  227-229.) 


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10  - 


qu'il  exerçait  son  action  sur  tout  esprit  cultivé,  curieux  et  sur  toute  vive 
intelligence.  Pey  de  Garros  n’y  resta  pas  indifférent;  les  aspirations  élevées 
de  son  esprit  le  préparaient  à  saisir  avec  plus  de  sérieux  cette  austère 
doctrinede  la  réformation.  Du  reste,  Tunité  Française  n  est.  pas  encore  à 
cette  date  tellement  constituée,  que  le  palriolisme  n'ait  un  caractòre  pro- 
vincial  ircs  lcgitime;  c'est  à  Paris,  c'est  dans  Hle  de  France,  que  la  ligue 
politique  et  religieuse,  ont  leur  boulcvard,  c’est  dans  le  Béarn  et  la  Gasco- 
gne  que  la  réforme  Calviniste  avec  Jearne  d'Albret  ont  leur  quartier 
général. 

En  Béarn,  la  cause  de  la  Réforme  était  acceptée  comme  une  cause 
nalionale;  les  Béarnais  furent  en  cela  d’accord  avec  leurs  Souverains.  Les 
prètres  Romains  restèrent  en  dehors  du  mouvement.  Leur  ignorance 
noloire  et  le  dérèglement  de  leurs  mceurs  excitèrent  un  mécontentement 
géuéral  dont  les  Etats  de  Béarn  se  fìrent  l’interprète  dans  une  requète 
adressée  au  Roi  Antoine  (1). 

En  Gascogne,  les  idées  de  réforme  pénétrèrent  facilement  et  v  trouvèrent 
un  terrain  bien  préparé  pour  leur  propagaiion,  car  aux  griefs  reprochós  au 
clergé,  venait  se  joindre  un  vieux  levain  à  peine  éteint  de  la  guerre  contre 
les  Albigeois,  et  des  ruines  irréparables  qni  en  avaienl  été  la  consé- 
quence. 

Une  fois  acceptée  par  la  bourgeoisie  lettrée,  le  peuple  qui  comprenait 
d'inslinct  ses  intérêts,  n’attendait  qu’une  occasion  pour  faire  cause  com- 
mune  avec  elle. 

Les  Psaumes  de  Marot  ne  pouvaient  ètre  utiles  aux  réformés  de  la 
Gascogne  qui  n’entendaient  guère  le  français  et  cependant  nul  instrument 
plus  merveilleux,  de  levier  plus  puissant,  n’existait  pour  la  rénovation  de 
la  foi.  «  Le  besoin  le  plus  gênéral  de  rhomme,  a  dit  La  Harpe ,  est  celui 
de  la  consolation  et  l’accent  le  plus  familier  à  la  voix  humaine  cst  celui 
de  la  plainte.  Qui  a  mieux  connu  et  mieux  rempli  ce  besoin  de  notre  espèce 
que  les  auleurs  des  livres  saints?  Vous  qui  èles  malheureux,  afiligés, 
opprimés,  allez  chercher  le  soulagement  et  l’espérance  dans  Sènèque  ou 
les  autres  philosophes  et  vous  me  direz  comment  vous  vous  en  ètes 
trouvé.  Moi  je  lirai  l’Ecriture  el  surtout  les  Psaumcs.  » 

La  nècessitc  d'une  traduction  des  Psaumesen  Laugue  Gasconne  s'impo- 
sait ;  c’est  à  notre  dislingué  Poète,  au  savant  Magistrat,qu’échut  cet  hon- 
neur;  ses  études  théologiques  et  sa  connaissance  appiofondie  de  la  langue 
Hébraïque  le  désignaient  pour  un  pareil  office  (2). 

(1)  Mort  au  siège  de  Iiouen  Ie  19  novembre  1562. 

(2)  Garros,  eut  le  mérite  d’ouvrir  la  voie  aux  poètes  qui  viendront  après  lui.  Quel- 
ques  années  plus  tard,  cu  1571,  un  Miuistre  de  la  religiou  réformée  Joan  de  Lissara~ 


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La  Poésie  des  Hébreux  a  généralement  des  caractères  que  dut  avoir  la 
poésie  dans  sa  première  origine.  Née  de  rimagination,  elle  est  élevée, 
forte  et  hardie;  la  diffìculté  du  sujet  en  fait  apprécier  toute  la  grandeur. 
La  profondeur  du  sens  des  Psaumes,  dit  Bossuet,  est  admirable.  «  L’obs- 
«  curitéqui  les  enveloppe  tient  aussi  au  génie  de  la  langue  Hébraïque  et  à 
«  sa  concision  commune  à  toutes  les  langues  des  Orientaux  qui,nés  sous 
€  un  ciel  de  feu,  expriment  leurs  pensées  avec  une  incroyable  vivacité.  » 
Aux  difïicultés  que  présentait  la  traduction  du  texte  venait  se  joindre  le 
travail  laborieux  d’assouplissement  de  la  laugue  maternelle.  Aussi  le  Poète 
Gascon  ne  se  fait-il  point  d’illusion  sur  sa  tentative  hardie  et  il  hésite  à 
Tentreprendre;  sa  volonté  et  son  esprit  subissent  des  tiraillements  con- 
traires.  D'un  côté,  son  zèle  fervent  de  novateur  et  son  patriotisme  le  pous- 
sent  à  reconnaître  Tutilité  de  Toeuvre  qui  ne  peut  être  que  profitable  à  ses 
concitoyens;  de  Fautre,  il  donne  des  raisons  de  ses  hésitations  et  des 
rnotifs  d’ordre  supérieur  qui  l’incitcnt  à  les  faire  taire,  dans  son  Epitre 
dédicatoire,  où  ii  s’exprimait  ainsi  : 

Asseguràt  jo  son,  que  u  Gascon  y  pót  prené 
De  bonas  instructiôs,  més  et  lo  qau  entene. 

Perqé  donq  libe  plen  de  doctrina  tant  bona 
Siâ  côraunicat  à  la  nation  Gascona, 

Per  l’amo  deu  pays  qau  que  jo  m'diligente, 

Etqe  Dauid  Gascon  cn  puplic  jo  presente  : 

Pux  que  lo  Rey  ac  vó,  e  tant  de  gens  sçabens 
Me  pican,  accusáns  mos  trigotejamens. 

Io  son  acertenat,  qu’aq  o  son  causas  grauas  : 

Yertat  es,  qe  taus  gatz  om  no  pre  ses  mitanàs ; 

Mon  lézé  n*ès  pas  grann,  io  no  son  ses  destric 

Je  suis  cerlain  qu’un  Gascon  peut  y  prendre 
De  bons  enscignements,  mais  il  faut  le  comprendre. 

Pour  donc  que  ce  livre  plein  de  doctrine  si  bonne 
Soit  communiqué  à  la  nation  Gasconnc, 

Pour  Pamour  du  pavs.  il  faut  que  je  fasse  diligence, 

Etque  je  présente  au  public  un  David  Gascon  : 

Puisquc  le  Roi  le  veut.  et  que  tant  de  gens  savants 
M’excitent,  accusant  mes  atermoiements. 

Je  suis  certain  quece  sont  líi  des  ehoses  graves. 

La  vórité  cst,  qu’on  ne  prend  pas  dc  tclschats  sans  mitaincs 
Mon  loisir  n’est  pas  graud,  je  ue  suis  pas  sans  embarras. 


#«/?  de  Brir.ou s,  traduisit  sur  les  ordres  de  la  Rcine  et  aux  frais  de  cette  derniêre  le 
Nouveau  'I’estainent.  en  langue  Basque. 

En  1583,  ArnauU  cla  Salettc  devait  également  traduire  les  Psaumes  de  David  en 
languc  Réarnaise  au  nombre  de  100.  Ils  ont  été  réeditcs  de  nos  jours  (15  août  1880)  et 
sauvés  de  l’oubîi  par  un  lettré  tìéarnais,  M.  l’abbé  tìidache  décédé  depuis  quelques 
années. 


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Ny  ses  occupatiôs  :  e  lo  sens  Prophetic, 

Es  volontès  escu :  de  mon  cós  las  ménigas 
Horsas,  sonn  de  repaus  alternatiu  amigas  ; 

Lo  lengatge  Gascon  no  s’leixa  coeytiúa  : 

E  ma  véâ  no  s’pót  bonament  aviuâ. 

Més  dam  lo  bon  secos  deu  Creato  jo  s’péri, 

Que  tu  veyrâs  en  breu  Gascô  tot  lo  Psauteri  : 

Qi  de  bon  co  dejà  t’es  dat  è  consagràt, 

Si  lo  cantét  aqest  te  platz  de  prene  en  grat : 

E  mon  volè  de  t’da  dauant  qe  jo  m’en  leixe, 

Lo  plus  bét  e  milho  qè  de  my  povrè  neixe. 

A  ta  Grandessa  donq  agrade  do  boutà, 

Qauqe  pauc  de  lézé  per  Dauid  escoutà 
Comensant  de  parlà  ta  lenga  Laytoreza 
Qui  m’hoc  grosseramet  en  l’atge  bas  apreza  : 

Mes  pux  que  Diu  mercè,  dà  lo  teps  s’es  càbiada, 

Au  service  de  Diu  era  serà  mersada . 

Ni  sans  occupations  :  j'ai  le  sentiment  Prophótique 
Volontiers  obscur :  de  mon  corps  les  faibles 
Forces  sout  amies  du  repos  alternatif; 

Le  langage  Gascon  ne  se  laisse  guère  accommoder, 

Et  ma  veiue  ne  peut  bonnement  aviver. 

Mais  avec  le  bon  secours  du  Créatenr,  j’espère, 

Que  tu  verras  en  vers  Gascons  tout  le  Psauticr, 

Qui  dès  à  préseut  t’est  dédié  et  consacré  de  bon  coeur, 

S*il  teplait  de  prendre  íavorablement  cettc  partie. 

Ma  volonté  est  de  te  donncr,  avant  que  je  m’en  lasse, 

Le  plus  beau  et  meilleur  qui  de  moi  pourra  naitre. 

Qu’il  plaise  donc  à  laGrandesse,  d'accorder 
Quelque  peu  de  loisir  pour  écouter  David 
Commençant  de  parler  la  hngue  I.ectouroise 
Qui  me  fut  apprise  grossièremcnt  en  mon  bas  àge 
Mais  puisque,  Dieu  merci,  clle  s’est  changée  avec  le  temps 
Elle  sera  dépensée  au  serviee  de  Dieu . 

Protégé  de  la  Cour,  le  désir  du  Roi  est  un  ordre ;  le  poèle  obéit  et  triom- 
phe  des  diíïicultés  de  la  premiòre  heure  :  «  II  est  vrai,  dit-il,  que  du  com- 
meucementelle  m’a  estò  dure  et  fàschéuse,  mais  i  ay  auec  humilité  inuoquc 
le  nom  de  Dieu  qui  me  1  a  rcndue  à  présent  plus  familiòre ;  et  si  est  ce 
pourtant  que  iamais  ie  ne  Taimay  mieux....  » 

II  est  enivré  du  parfum  de  noblesse  eí  de  la  majesté  qui  s’échappent  de 
cette  écriture  qui  résume  d'une  façon  si  parfaite  les  dogmes  de  la  foi  chré- 
tienne.  II  reste  en  admiration  devant  ces  maximes  graves  pleines  de 
sagesse,  accessibles  mème  aux  ennemis  de  Dieu,  et  il  en  devient,  de  son 
propre  aveu,extrôraeinent  amoureux.  II  pénètre  et  comprend  ies  beautés  de 
ce  livre  sublime  qui  selon  Saint  Augustin,  est  «  la  tranquillitó  de  Tâme,  le 


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signal  de  la  paix,  le  calme  des  passions,  le  noeud  de  Tamitié,  le  trésor 
commun  où  cliacun  trouve  le  bien  dont  il  manque.  » 

Les  beautés  de  ces  textes  sont  pour  le  pcète  une  révélation  :  «  Ielanguy, 
dit-il,  ie  brûle  de  son  amour,,qui  m’oceupe  le  cceur,  les  veines  et  les 
muscles.  » 

Conseiller  de  la  Reine  de  Navarre,  c’est  â  sa  très  illustre  et  très  haute 
Princesse,  Seigneuresse,  Souveraine  de  Bcarn,  qu 'ii  dédie  son  oeuvre. 
Dès  le  début,  il  rend  hommage  à  ses  qualités  faites  de  sagesse,  de  courage 
et  de  ténacité  quelle  met  au  service  du  but  grandiose  qu’elle  poursuit  et 
qui  font  Fadmiration  du  siècle. 

Régina,  très  illustra,  è  très  Hauta  Princossa, 

Inspirada  amplament  de  Coelesta  sauiessa, 

Qui  ses  corre  ta  lôn  en  Terra  Palestina, 

Après  de  Salomon  as  la  Sancta  doctrina. 

Et  d’vn  meste  plus  Grann,  que  SalomÔ  no  hóe,  » 

E  de  qui  Salomon  sas  vertutz  aprengoc. 

Admiratiô_dcu  môde,  e  gloria  de  noste  atge  ; 

Quant  jo  côteply  en  my  ton  invèsut  coratge 
Com  vn  roc  marterat  d’ardètas  peyrassadas, 

De  tempestas  batut,  hurtat  de  cornassadas 
Deus  vens  è  de  la  ma,  qui  no  diiìa  pertant 
Se  maue  de  sa  plassa,  ans  se  manten  constant : 

Labetz  jo  vezi  en  tu  trencada,  e  dessobuda 
D’aquet  Rey  mentagut  la  question  nozcruda, 

Quan'et  emperpensat  dizé  d’aqesta  sorta, 

Qui  poyrà  recôtra  hemna  côstàta  è  horta  ? 

Perqe  tu  n’as  passat  la  natui*a  hemnenca, 

Solament,  mes  vensut  la  vertut  homenenca. 

Heine,  très  Illustrc  et  très  Haute  Princessc, 

Largcment  inspirce  de  la  Science  Cêlestc. 

Gui  sans  courir  si  loin  en  terre  Palestine, 

As  appris  de  Salomon  la  Saintc  doctrine, 

Et  d’un  Maitrc  plus  Grand  que  ne  fut  Salomon, 

Et  de  qui  Salomon  apprit  ses  vertus. 

Admiration  du  monde  et  gloire  de  notre  áge, 

Quand  je  contemple  eu  moi  ton  invincible  couragc, 

Comme  un  roc  martelé  par  violeute  pluie  de  pierres, 

HaUu  par  la  tempóte,  heurtc  par  les  coups  de  corne 
Des  Vents  et  de  la  Mer,  sans  cependant  daigner 
Broncher  de  sa  place,  où  il  se  maintient  incbranlable. 

Alors  je  rapporte  à  toi,  frappce  et  rcsolue, 

La  question  noueuse  de  ce  Roi  à  ì’csprit  aigu, 

Quand,  pensif,  il  disait  de  celte  sortc  : 

Qui  pourra  rencontrer  femmc  constanle  et  forte  ? 

Pourquoi  n’as-tu  pas  dépassc  la  nature  fcminine 
Seulement,  mais  vaincu  la  vertu  des  hommes, 


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Don  ven  aqo?  de  tât  q’en  Diu  plâssas  ta  hiza, 

E  qu’et  es  de  tos  pès  la  lanterna,  è  la  guiza  : 

Et  qu’aurès  tu  de  bèn  si  d’et  tu  no  l’auôs  ì 
Tu  reconeixes  pian,  que  tot  ço  que  tu  és, 

Tas  valos,  ton  podé  ta  magniftc  com  s’ès, 

E  ton  bon  esperit  tengues  de  sas  mercès...... 

D’où  vicnt  cela?  de  ce  que  tu  placcs  en  Dieti  ta  confíance, 

Et  qu’il  est  de  tes  pieds  Ja  lanterne  et  le  guide  : 

Qu*aurais-tu  de  bien  si  tu  ne  l’avais  de  lui? 

Tu  reconnais  certainement,  que  lout  ce  que  tu  es, 

Tes  mérites,  ton  pouvoir  si  magniflque  qu'il  soit, 

Comme  ton  beau  géniè,  tu  le  tiens  de  sa  faveur..... 

Sa  tracìuction  ne  comprend  que  cinquaute-huit  Psaumes  «  lesquelz, 
dit-il,  j’eusse  accompagnés  de  chant  propre  et  conuenable  à  vn  chacun, 
selon  le  peu  d’experiece  que  1  ay  en  lamusique  et  d’orthographie  sicerlaine 
que  le  plus  estrage  d’Alemagne  n'eut  peu  faillir  de  bie  lire  et  prononcer  le 
Gascon,  si  ieusse  trouué  en  ce  lieu  les  charactòres  â  ce  nécessaires.  Mais, 
i  ay  estè  contrainct  de  chager  partie  de  mes  dessings  et  procèder  au  moins 
mal  qu’il  m’a  été  possible.  J’éspère  comme  l’on  dict,  la  suite  vaudra  mieux 
q  le  commeneemet  > . 

Son  intention,  comme  nous  l’avons  vu  dans  sa  dédicace,  était  de  traduire 
le  Psautier  en  entier,  son  désir  ne  put  se  réaliser.  Néanmoins  son  choix 
est  heureux ;  il  comprend  les  Psaumes  de  1  à  30,  31,  32,  38,  42,  46,  50, 
51,  79,  113,  114,  115,  70,  116,  117, 120,  121,  123,  124,  125,  126,  127, 
128,  129,  130,  131, 133,  137,  138,  146. 

Tous  sont  propres  à  faire  comprendre  et  aimer  les  divines  paroles  par 
les  humbles  et  les  pelits  de  ce  monde,  à  leur  faire  admirer  les  chants 
sublimes  du  Poòte-Roi,  à  les  pénélrer  des  instructions  de  pure  morale 
chrétienne  données  aux  hommes  par  la  bouche  de  David. 

Quelques  exemples  seront  la  meilleure  des  dèmonstrations. 


PSAVME  I  (1). 

L’home  qui  dam  gens  sçeleratz 
No  s’acossella,  ny  camina, 

E  dam  Tacans  asseguratz, 
Gaynardz,  mauparlés,  no  gorrina  : 
Qi  no  pren  plassa  en  la  setina 
Dcus  mesprezius  de  disciplina; 
Més  de  tota  sa  volentàt 
Amoros  de  la  ley  Diuina. 

Tostem  la  contempla  e  rumina  : 


psaumf.  1. 

L’homme  qui  avec  gens  scólérats 
Ne  prend  conscil,  ni  ne  chemine, 

Et  avec  des  méchants  avérés 
Persifleurs,  mèdisants  ne  vagabonde  ; 
Qui  ne  prend  place  sur  le  siège 
Des  contemptcurs  de  discipline, 

Mais  qui,  de  toute  sa  volonté 
Amoureux  de  la  loi  Divine, 

La  contemple  toujours  et  la  rumine  ; 


(1)  Vulgate.  —  Beatus  cir  qui  non  abiit  in  consilio  impiorum. 


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—  15  — 


Qui  suit  cette  doctrine 
Peut  être  proclamé  heureux. 


Qui  seguix  aquesta  doctrina. 

Huros  pot  este  nomentàt. 

Serà  coma  l’arbe  plantàt 
Au  long  d'ua  ribera  correnta, 

Qui  porta  a  ropportunhàt. 

Phruta  saboroza  e  plazenta, 

De  qui  la  hoelha  n’es  cajenia 
Atau  la  persona  crenenta 
La  Ley  de  Diu.  prosperara; 

Més  coma  l’auratge  e  tormenta 
En  l’aire  las  palhas  esventa  : 

Com  un  esporbilh,  i'amna  atenla 
D’impietat,  se  perderà 
En  iudici  no  s'leuarà. 

Demést  los  bos  prene  assistentia 
E  de  comparò  hugirà 
Dejà  damnada  en  sa  conscientia  : 
Perqé  lo  Seno  d’excellentia 
D’ac.etz  qi  I’an  en  reuerentia 
Coneix  plan  lo  camin  tengut : 

Mòs  abusà  de  sa  clementia, 

Amya  tarda  penilentia  : 

Per  camin  de  tau  consequentia, 

A  bon  port  degun  n’es  vengut. 

psavme  6. 

En  ta  huro  no  m'  corregiscas, 

En  ta  ranco  no  m’arguiscas, 

Més  seiìo  pren  de  my  piétàt : 

Ton  secos  au  prop  de  my  sia, 

E  deliure  de  malauzia 
Mon  praube  cos  debilitat. 

lo  n’e  nat  ós  per  me  sostengue, 
lo  n’e  vigo  qi  posca  tengue, 

Don  la  mya  Amna  es  ses  repaus; 
Més  tu  las,  O  mon  Diu,  mon  mesté, 
Deqiaquant  contra  my  vós  este 
Goardant  ton  corrossàt  prepaus? 

Las,  ta  cara  enta  m’y  revira, 

Ma  vita  de  perilh  retira, 

Hé,  per  l’amo  de  ta  bontàt, 

E  misericordia  lauzada 
Qe  la  persona  desbarjada 
Tornc  au  camin  de  saubetat. 

Perqé  tu  scabes,  qe  l'extrema 
Lina  de  viue,  nos  destrema 


II  sera  comme  l’arbre  planté 
Au  long  d’une  eau  courante, 

Qui  porte  en  temps  opportun 
Fruits  savoureux  et  agréables, 

Et  dont  ne  tombe  la  feuille  ; 

Ainsi  la  personne  craignant 
La  loi  de  Dieu,  prospèrera. 

Mais  corame  I’orage  et  la  tempête 
Emportent  la  paille  dans  les  airs, 

Corame  en  un  tourbillon,  1‘àme  entachée 
D’Impiété,  disparaitra, 

Et  ne  se  lèvera  pas  pour  étre  jugée. 

Parmi  les  bons  prendre  assistance, 

Elle  évitera  de  comparaitre 
Déjà  condamnée  en  sa  conscience  : 

Car  le  Seigneur  de  toutc  bonté 
Pour  ceux  qui  l’ont  en  révérence 
Counait  bien  la  voie  suivie  : 

Mais  abuser  de  sa  clémence 
Produit  tardive  pénitence; 

F’ar  chemin  de  telle  conséquence 
Personne  à  bon  port  n’est  arrivé. 

psaume  6  (1). 

Ne  me  chàtie  pas  dans  ta  íureur, 

Ne  me  reprends  pas  avec  ta  rancune, 

Mais  Seigneur  prends-moien  pitié  : 

Que  ton  secours  soit  aupròs  de  moi, 

Et  délivre  de  maladie 
Mon  pauvre  corps  débilité. 

Je  n’ai  aucun  os  pour  me  soutenir, 

Ni  de  vigucur  qui  puisse  résister, 

Ainsi  mon  Ame  est  sans  repos; 

Mais  elle  est  ù  toi,ómon  Dieu,  mon  maitre, 
Jusques  à  quand  veux-tu  étre  contre  moi, 
Et  gardes-tu  ta  résolution  courroucée  1 

Hélas  [  tourne  vers  rnoi  ton  visage, 

Retirc  ina  vie  du  péril, 

Fais  par  l’ainour  de  ta  bonté 
Et  par  la  miséricorde  vantée, 

Que  la  personne  dévoyée 
Rentre  dans  la  voie  du  salut. 

Car  tu  sais  qu’à  l’extrême 
Limite  de  la  vie,  s’efface  en  nous 


(1)  Vulgate.  —  Domine  ne  in  furorc  tuo  aryuas  me. 


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De  tu  l’arbrembansa  e  renóm  : 

Qina  sera  la  boca  arida 
Deguens  la  hossa  sepelida 
Qui  maguifícara  ton  nom  ? 

A  sospira  no  m’esparani 
En  arriu  de  plos  mon  llieyt  bani ; 

E  deqiít  que  jo  sentirc 
De  mon  Diu  l’ajuda  pezenta, 

De  lcrmas  cada  ncyt  vertemà 
'l’ota  ma  coca  agoazarc. 

L’humo  dcus  oeilhs  tant  m’amareja, 
Qe  juxta  m’goarda  que  no  y  veja  : 
Mos  Encmicz  d’aute  costat 
Vsàntz  de  minas  truphanderas, 

M’an  en  miia  modas  naueras 
Avilluiii  de  la  mitiit. 

Arre  de  my  hugélz  von  d’hora 
Gent  d’iniquitat  obradora, 

Pux  qe  Diu  a  mou  plau  auzit. 

En  ma  rcqesla  aphectionada, 

E  oration  humiliada ; 

M’a  rccebùt,  e  exauzit. 

E  pertant  honan  de  vergoíia, 

E  de  mau  acarada  troûa 
Hujan,  trebollatz  dc  lous  sens. 

Los  qi  de  m’pcrdc  machinauau, 

E  los  qui  volontés  anauan 
A  l’entreprezii  d’elz  cossens. 

PSAVME  11. 

Av  Grann  pauzada  e  jo  ma  hiza 
Donqas  Arnicz  perqe  m’  dizétz, 

De  mont  en  aute  horaniza, 

A  huta,  a  huta,  despaïza, 

Ta  leù  d’acy,  com  los  auzétz: 

Qe  los  ïmpietos  espcran 
Prop  dc  nos  anéyt  campéjà. 

L’arc  bandan,  lo  treyt  cnclcqcran, 

E  à  l’escu  sc  deliberan 
Los  homes  co-dretz  treytejà. 

Més  d’entrepresa  mau  hondada 
Lo  bastiment  ès  ja  dcshevt  : 

Era  medixa  s’ès  crebada  : 

Q’atau  sia,  qui  l’a  tustada  ? 

E  quc  y  a  lo  just’home  lieyt  ? 

(1)  Vulgate.  —  In  Domino  eonjldo. 


De  toi  le  souvenir  et  renom  : 

Qu’elle  sera  la  bouche  desséchée 
Ensevelie  dans  la  fosse 
Qui  glorifìera  ton  nom  1 

Je  ne  m’épargne  pas  à  soupirer. 

Je  baigne  mon  lit  d’un  ruisseau  de  pleurs; 
A  quel  moment  éprouverai-je 
L’aide  pesantc  de  mon  Dieu  í 
Au  cours  de  chaque  nuit  j’arroserai 
'l’outc  ma  couche  de  larmes. 

L’humeur  de  mes  yeux  m’est  si  amère, 

(Jue  j’ai  pcine  à  y  voir  encore  : 

Mcs  Ennemis,  d’autre  part, 

Lsant  de  inines  moqueuses, 

M’ont,  en  millc  facons  uouvelles, 

Fait  vitillir  dc  moitié. 

Arrièrc  de  moi  sur  l’hcure,  fuyez 
Ilommes  artisans  d’iniquit/*, 

Puisque  l)ieu  a  ma  plainte  ècoutc 
l’.n  ma  rcquéte  atïectioiinée 
Et  ma  prière  humiliée  ; 

11  ni’a  accueilli  et  cxaucé. 

Et  maintenant  qu’ils  soient  confondus  de 
Qu’ils  fuient  la  facc  de  travers.  [honte, 
Et  les  sens  bouleversés. 

(’eux  qui  avaicut  machiné  ma  perle, 

Ou  qtii  voloiuiers  allaient 
Complices  de  leur  enticprise. 

l’SA  IMK  11  (1). 

Dans  le  grand  reposoir  j’ai  ma  confíance : 
Donc,  Aniis,  pourquoi  me  ditcs-vous, 

Dc  dénicher  d’unc  montagne  à  une  autre 
Vite,  vite,  dc  me  dépayser 
Sitot  d’ici,  comme  Ics  oiscaux  : 

Quc  les  impies  espèrcnt 
Camper  près  de  nous  cette  nuit, 

L’arc  bandc,  ils  cacheront  le  traii, 

Et  se  décideront  à  l’obscur  [droit, 

A  frapper  de  cc  trait  les  hommes  au  ctpur 

Mais  d’une  entrcprise  mal  fondce 
Lc  bàtiment  est  bientòt  détruit : 

Ellc  s’est  crevée  d’clle'mèmc  : 

Ainsi  soit  il  ;  qui  l’a  frappée? 

Et  riiomme  juste  qu’v  a  t-il  fait? 


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Lo  Graiin  n'a  pas  ta  haut  son  Temple, 
Ny  la  lon  son  seti  rejau, 

Qe  lo  bas  monde  no  contemple, 

E  qe  no  mustre  per  exemple, 

Com  et  ama  Thome  lejau. 

Dam  sos  pepètz  ghina,  e  recerca 
Tot  lo  mond*  d*vn  solèt  espiíi, 

Et  assaja  los  de  sa  merca, 

Leixa  l’impietos  qui  cerca 
Tostem  matiera  d’arraspiá. 

Diu  sus  aqet  maixant  liatge 
Hoec  é  tormentina  plaurá. 

Eybóc,  e  tempestos  auratge, 

Per  la  portion  de  lou  beuratgé 
Aux  estorsius  escajerá. 

Perqé  lo  Diu  qi  tot  empara, 

Ama  lustitia  coraument, 

Cí'quitat  es  sa  hilla  chara, 

E  iames  de  l’oeilh  no  despara 
Los  qui  caminan  dretament. 

PSAVME  20. 

Lo  Grann  tas  pregarias  entena, 

Lo  Diu  de  Iacob  te  dehena, 

Contra  totz  accidens  contraris, 

E  contra  tolz  tos  adversaris  : 

Deû  lotgis  sanct  on  et  habita, 

E  de  Syon  goarda  ta  vita  : 

De  tas  vpbertas  s’arrecorde, 

E  de  ton  co  los  votz  t’acorde, 

Tas  hostias  grassas  en  grat  prene, 

E  converti  las  volha  en  cene  : 

Tos  cosselhs  a  port  conduziscá, 

E  tas  demandas  acomplisca : 

Aixi  saubatz  per  ta  raestria, 

E  desplegaram  las  baneras 

Deu  Grann,  qui  l’entenn  quant  l’aperas  : 

E  dirám,  Ara  pot  om  creze, 

Que  u  Seno  vengut  es  nos  vezc, 

E  que  de  sa  maison  coelesta, 

A  son  Vnctat  l’aurelha  presla, 

E  de  sa  dreta  saubadora 
Ly  iramet  secos  quan  es  bora 
Los  autes  de  gendarmaria, 

Carrlotz,  e  caualaria, 

Més  nos  autes  baram  memoría 
De  noste  Diu,  e  de  sa  gloría. 

No  los  vim  phlacz,  e  courbs,  e  caje 
Despux  lo  mendre  deqiau  maje  : 

(1)  Vulgate. 


Le  Grand  n’a  pas  son  Temple  si  haut, 

Ni  si  loin  son  siège  royal, 

Que  le  petit  monde  ne  le  contemple, 

Et  qu'il  ne  montre  par  exemple, 

Combien  il  aime  l’homme  loyal. 

Avec  ses  paupières  il  regarde  et  recherche 
Le  monde  entier  d'un  seul  regard  ; 

II  épronve  ceux  de  sa  marque, 

Et  abancTonne  l’impie  qui  cherche 
Toujours  occasion  de  rapiner. 

Dieu,  sur  cette  méchante  lignée 
Fera  pleuvoir  le  feu  et  la  dósolation, 

11  l’engloutira  ;  et  la  tempête  déchainée 
Coinrne  leur  lot,  pour  leuc  breuvage 
Echerra  aux  coupables  d’extorsions. 

Farce  que  le  Dieu  qui  tout  soutient 
Aime  la  justice  fermement, 

L'Equité  est  sa  fllle  chòre, 

Et  jamais  son  oeil  ne  se  détourne 
De  ceux  qui  suivent  le  droil  chemin. 

psaume  20  (1). 

(Qiie)  le  Grand  entende  tes  prières, 

(Que)  le  Dieu  de  Jacob  te  défende, 

Contre  tous  les  accidents  contraires, 

Et  contre  tous  tes  enuemis, 

Du  saint  logis  où  il  habite. 

Et  préserve  la  vie  du  haut  de  Sion  : 

(Qu’il)  se  souvicnne  de  tes  offrandes, 

Et  réalise  les  vceux  de  ton  coeur; 

(Qu’il)  ait  pour  agréables  tes  grasses  victi- 
Et  veuille  les  convcrtir  en  cendres;  [mes, 
Qu’il  conduise  au  port  tes  projets, 

Et  satisfasse  tes  demandes  : 

Ainsi,  sauvés  par  tes  mérites, 

Nous  déploierons  les  bannicres 
Du  Grand  qui  t’entend  quand  tu  l’appelles  : 
Etnousdirons.maintenanton  peutmecroire 
Que  le  Seigneur  est  venu  nous  visiter  : 

Et  que  de  sa  maison  CcJeste 
11  prôte  l’oreille  à  son  Oint; 

Et  de  sa  main  droite  préservatrice 
II  lui  porte  secours  quand  il  est  heure. 

Les  autres  de  gendarmerie, 

De  charriots  et  cavalerie, 

Mais  nous  tiendrons  compte  seulement 
De  notre  Dieu  et  de  sa  gloire. 

Nous  les  avous  vus  faibles,  courbjs  et  tom- 
Depuis  le  petit  jusqu’au  grand  :  [ber 


—  Exaudit  té  Dominus  in  dic, 


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18  - 


Dam  nostá'resistentia  horta, 

Nos  los  auém  sobtatz  de  sorta, 

Que  \a,  Tictoria  desirada 
Nos  és  en  la  man  demorada. 

Seiìo  volhas  lo  Rey  dehene, 

E  nostas  pregarias  entene. 

PSAVME  21. 

En  ta  vertut  Jo  Hey  s’alegrará, 

En  ton  salut  plen  gay  arcolhira, 

Tot  lo  dezi  de  son  co  tu  ly  as  dat, 

E  çó  qu’et  t’a  de  boca  demandat. 

A  l’endauant,  Seno,  d’et  és  vengut 
Tu  l’as  au  prop  \lc  ta  gralia  tengut, 
D’au  pretios  son  cap  gloriosanicnt 
As  coronat,  Et  t’aué  solament 
Demandat  vita,  e  ta  grana  bontat 
Ordena,  e  vó  qu’etaja  Uvtcrnitat. 
Grana  es  l’hono  qu’ctpren  a  ton  salut; 
De  lustre,  e  gloriaoruá  tu  l’as  volut, 

De  tas  bontátz,  e  benedictios 
Sera  l’exemple,  e  totas  las  natios. 

Ara  e  tostèm.  ta  lèu  com  lo  veyián 
Memovatius  de  tas  gratias  séran, 

D’vn  grntios  visatge  l’espiaras, 

L’espian,  son  co  de  tot  argouziras 
O  Iley,  Diu  ès  lo  pila  qui  t’sosten, 

E  sa  boutat  t’assegura,  c  manten 
Tos  Enemicz  ton  bras  drct  trobaiá, 

Tos  mauvolens  ta  man  atenerá, 

Etz  no  sérán  so  q’\n  ardent  cauhorn 
Quant  sentiran  de  ton  corros  lo  jorn  ; 
L’ira  de  Diu  los  engolomirá. 

Lo  hoee  rozent  los  embolopara, 

I.o  phrut  d’aqetz  de  terra  segaras, 

E  de  l’human  liîitge  rasclaras 
D’etz  la  seincnsa,  aixi  qu’etz  an  tirat 
Malignainent,  de  t’préné  au  mauparat  : 
Més  etz  poden  prou  tene,  prou  pensâ 
Cosselhs  nauétz,  no  pas  arré  auansa. 

En  vn  pilót  a  part  las  botaras, 

Tos  passados  dam  l’arc  acotrarás ; 

Per  dretament  com’  au  boize  tira, 

E  de  taus  gens  traucá  la  maixerá. 

Mustra  Seno,  contra  ton  haut  podè 
Podè  degun  n’este  comparadè  : 

De  tas  vertutz,  Nosautz  tiìt  qe  viurám 
Gaujens  canticz  a  ta  gìoria  dirám. 


Grâce  ù  notre  vigoureuse  résistance, 

Nous  les  avons  traités  de  sorte. 

Que  la  victoire  désirée 
Nous  est  rcstée  dans  la  main. 

Seigneur,  veuiiles  protc'ger  le  Hoi, 

Et  écouter  nos  prières. 

I’SAUME  21  (1). 

Le  Roi  se  réjotiira  daus  ta  vertu, 

Et  accueillera  ton  secours  à  joie  pleine. 

Tu  lui  as  donné  tout  le  dêsir  de  son  coeur, 
Et  ce  qu’il  t’avait  demandé  par  sa  bouchc. 
Scigneur,  tu  es  venu  au  devant  de  lui, 

Tu  l’as  tenu  sousla  protection  dc  ta  gràce 
Tu  as  couronné  glorieusement  sa  téte. 
D’or  précieux.  II  t’avait  seulement 
Demandé  la  vie,  et  ta  grande  bonté 
Veut  et  ordonne  qu’il  jouisse  de  I’Etcrnit<î. 
Grand  est  rhonncur  qu’il  prend  à  ton  salut; 
Tu  ás  voulu  I’orner  dc  grandeur  et  de  gloire, 
11  sera  l’exemple  de  tes  bontés, 

De  tes  bénédictions ;  et  toutes  les  nations, 
Aujourd’hui  et  toujours,  dès  qu’elles  le 
Se  souviendront  de  tes  gràces;  [verront 
Tu  le  regardcras  d’un  gracieux  visage, 

En  le  regardant,  tn  réjouiras  toutson  coeur, 
O  Roi,  Dieu  est  Ie  pilier  qui  te  soutient, 
Et  sa  bonté  te  maintient  et  consolide. 

'Lon  bras  droit  trouvera  tes  enneiuis, 

'l’a  main  atteindra  tes  malvcillants. 
lls  seront  comme  en  ardente  fournaise 
Quand  ilssentiront  le  jour  de  ton  courroux. 
I.a  colcre  dc  Dieu  les  auéantira, 

Le  feu  ardent  les  enveloppera. 

Tu  faucheras  Ies  fruits  de  leurs  terres. 

Tu  racloras  leur  semence. 

De  L’humaine  espèce,  eux  qui  complotent 
Malicieusement.pour  te  prendre  en  défaut: 
Mais  ils  peuvent  bien  tendre,  bien  chercher 
Des  combinaisons  nouvelles  sansen  rien 
Tu  les  mcttras  à  part  en  un  tas  [avancer. 
Tes  javelots  sur  l’arc  disposeras, 

Pour  tirer  droit  sur  eux,  comme  au  but, 

Et  trouer  la  joue  de  pareilles  gens. 

Montre,  Scigneur,  que  contre  tihaute  puis- 
Nulle  forcc  n’est  comparabïe  :  [sance 

Et  nous,tant  qtte  nous  vivrons,sur  tes  vertus 
Nous  chanterons  des  cantiques  joyeux  à  ta 

[gloire. 


(1;  Vulgate.  —  Domine  in  oirtute  tua  loitabitar  Rex* 


> 


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J 


—  19  - 


PSAVME  23. 

Seiîo,  pax  qe  tu  m'apastengas, 

Mon  co  no  langhira, 

Dam  ua  qe  dam  my  tu  t’iengas, 

Arre  no'  m’qalera  : 

Tu  hés,  qu*en  cabana  segura 
lo  ra*eston  acoydat. 

La  phresca.  e  la  gaya  verdura, 

Lo  loc  herbos  ra’as  dat. 

Aus  estrems  l’arriu  clá  murmura, 

Qui  suau  hilant  son  còs, 

Pauc  a  pauc  hé  la  vista  escura 
Per  vn  drora  lhon  dos  : 

L'amna  tu  m’as  arrecreada, 

E  tirada  en  darré 
Tapec  que  l’as  vista  aviada 
Peu  camin  esqarré, 

Per  ton  nom,  ta  bontat  propitia 
Me  tracta  dossament, 

E  peu  bon  carain  de  justitia 
Me  mya  dretament : 

Eucoara  qiu  la  mort  me  sobte, 

Et  que  m*  donga  au  tmuès, 

Io  n’auré  crenensa,  ny  dobte, 

Pux  que  dam  my  tu  ès. 

Sa  Comba  Vmbrenca  arredobtada, 

Dam  tu  jó  passaré 
De  tot  mau,  e  d'eixuperada, 

Per  tu  goardat  seré  : 

Ton  palót,  e  ta  verga  horta, 

Sonn  ma  consolation, 

Ton  garrot  brôncut  me  susporta 
En  ma  tribulation. 

Au  vezent  de  mos  adversaris 
Ma  taula  goarniras, 

E  de  tolz  los  bes  necessaris 
Me  la  pervezirás. 

Mon  cap  de  greixa  audorejanta 
Luzent  se  mustrará, 

E  ma  couppa  en  vin  abondanta 
Per  dessus  s’en  irá. 

De  ta  liberalitat  larga 

Cubért  tant  qué  viuré, 

Au  debat  de  ta  spessa  targa 
Segu  m’azombrarc. 

(1)  Vulgate.  —  Dominus  rcgit  me ,  ct 


psaxjme  23  (1). 

Seigneur,  puisque  tu  medonnes  la  pAture, 
Mon  coeur  ne  languira  pas. 

Tant  que  tu  te  tiendras  avec  moi. 

Rien  il  ne  me  faudra  : 

Tu  fais  qu’en  cabane  sûre 
Je  me  repose  accoudé, 

Tu  m’as  donné  de  la  fraiòlie  et  gaic 
Verdure  ie  lieu  enberbé. 

Sur  ies  côtés  le  clair  ruisseau  murmure 
Doucement  suivant  son  cours ; 

Peu  à  peu,  il  trouble  la  vue 

Par  un  agroable  sommeil  : 

Tu  as  récréé  mon  âme, 

Et  tu  l’as  tirée  en  arrière 
Sitôt  que  tu  I’as  vue  dirigée 
Dans  la  mauvaise  voie. 

Pour  ton  nom,  ta  bonté  propice 
Me  traite  doucement, 

Et  par  lc  bon  chemin  de  justice, 

Me  mène  droitement  : 

Encore  que  la  mort  me  poursuive 
Et  me  donne  à  travers, 

Je  n’aurai  ni  crainte  ni  hésitation 
Puisque  tu  es  avec  moi. 

La  vailée  ombreuse  et  redoutée 
Avec  toi  je  passerai. 

De  toùt  mal  et  disgràco 

Par  toi  je  serai  préservé 

Ta  pelle  et  ta  verge  forte 
Sont  ma  consolation 
Ton  garrot  fourchu  me  souticnt 
En  ma-tribulatiou. 

Au  regard  de  mes  ennemis 
Tu  garniras  ma  table, 

Et  de  tous  les  biens  nácessaires 
Tu  me  la  pourvoiras. 

Matéte  de  graisse  odorante 
Se  montrera  luisante, 

Et  ma  coupe  pleine  de  vin 

Débordera  par  dessus.  • 

De  ta  libéralité  large 

Couvert  tant  que  je  vivrai, 

Sous  ton  épais  bouclier 
Súrement  je  me  mettrais  à  l’ombre 

ì  ’ 

r' 

nihil  mihi  dcerit. 


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Atau  passaré  mas  Jornadas, 

Ta  maison  espérant, 

On  longas  mila  è  mila  annadas 
lo  seré  démorant. 


Ainsi,  je  passserai  mes  joumées, 
Espérant  ta  maison, 

Où  pendant  mille  et  mille  années 
Je  serai  demeurant. 


rsAVMB  42 

Coma  la  Cervi  cassat 
Alassat  4 

Brama  e  l’arriu  phresc  dézira, 
Atau  mon  co  combatut 
Abatut 

Au  Diuhort,  viuent  aspira. 

Auta  hont  ma  set  u’escant 
Hélas,  quant 
Arrivara  u  jorn  de  gratia 

Au  quau  jou  compariré 
E  veyré 

De  mon  Creato  la  phacia? 

Mon  pan,  e  mon  tractament, 

Es  torment, 

Plos,  sanglolz,  tristessa  amara, 
Mentre  que  m'  cridan  tot  jorn 
A  rentorn  : 

En  quin  loc  es  ton  Diu  ara? 

Hantá  lo  Temple  no  m’és 
Plus  permès. 

Plus  un  pople  innumerable 
Nó  m*  siéc  ara  trauessant 
Au  loc  Sanct 

Deu  Tabernacle  admirable. 

En  Diu  gaujoss,  banquetans, 

E  sautans, 

Nos  hestejauam  sa  gloria  : 

Oh  î  quin  clau,  quin  creba-có 
Mós,  d'aqo 

N'auè  arrè.  que  la  raemoria . 

M’amna  com  me  vas  tu  tant 
Tormentant? 

Ajas  en  Diu  bon  coratge, 
Qu'encoa  jo  cautaré  més 
Que  jamés 

Son  porta-salut  visatge. 

E  dauant  sa  Majestát 
Présentat 

Dam  ma  prumera  alegransa 
Vn  Psaume  regratiatiu 
A  mon  Diu, 

Diré,  per  ma  déliuransa. 


psaume  42  (1) 

Comme  le  cerí  chassé 
Harassé 

Brame  et  aspire  après  le  frais  ruisseau, 
Ainsi  mon  coeur  combattu 
Abattu 

Soupire  après  le  Dieu  fort,  vivant. 

Nulle  autre  fontaine  n'éteindra  ma  soif 
Hélasl  quand 
Arrivera  le  jour  de  gràce 
Où  je  comparaitrai 
Et  verrai 

La  face  de  mon  Créateur? 

Mon  pain  et  mon  aliment 
Est  tourment, 

Pleurs,  sanglots,  tristesse  amère. 
Tandis  qu’on  me  crie  sans  cesse 
A  l’entour  : 

En  quel  Iieu  est  maintenant  ton  Dieu? 

Fréquenter  le  Temple  ne  m’est 
Plus  permis, 

Plus  un  peuple  innombrable 
Ne  me  suit  à  présent,  traversant 
Le  lieu  Saint 

Du  Tabemacle  admirable. 

Joveux  en  Dieu,  par  des  banquets 
Et  par  des  danses, 

Nous  solennisions  sa  gloire  : 

Oh !  quel  clou,  quel  créve-camr 
Cela  me  fait 

De  n'en  avoir  rien  que  le  souvenir. 

O  mon  àme,  pourquoi  te  tourmentes-tu 
Si  fort? 

Aie  bonne  conflanceen  Dieu; 

Et  encore  je  chanterai  plus 
Quc  jamais 

Son  visage  porte-salut. 

Et  devant  sa  Majesté 
Présenté 

Avec  mon  allégresse  première 
Je  chanterai  à  mon  Dieu 
Un  Psaume  de  repentir 
Pour  ma  délivrance. 


(1)  Vulgate  —  Qucmadniodum  dcsirat  ccrcus . 


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—  21 


Hugitiu  de  ma  maison 
Trist  jo  son 

En  misàr,  en  la  montana 

iyHermonim  (1),  deça  u  lordun, 
Recordan 

Ton  corros  qui  m’accompana 

Los  gophres  s’atiran  totz, 

A  Ja  votz 

De  tas  brìuentas  paixèras , 

Tu  qui  mVezes  abyssàt, 

Ahonsat 

De  phlotz  d'ondas  me  capèras 

Tant  es  qu*vn  jorn,  ta  piétat, 

E  bontat, 

Dossa,  tu  m'auras  mandada. 

E  serala  neyt,  cantùnn, 

E  pregánn 

Diu  mon  saubado,  passada. 

Dam  tu  labétz  parlaré 
E  diré, 

O  Roch  sur  qui  jo  m’empari, 

Perque  m'as  tant  corrégit, 
Aphligit, 

Per  las  mas  de  l'aduersari  ? 

Et  me  croixix  totz  los  os 
De  mon  cós, 

Quant  dam  sa  gaynarda  cara 

Rizen,  m’arretré  tout  jorn 
A  l’entorn, 

En  quin  lóc  es  ton  Diu  ara  ? 

M'Amna  perqe  m’  \  as  tu  tant 
Tormentant? 

Ajas  en  Diu  bon  coratge  : 

Qu’encoâ  jo  cantaré  mès 
Que  jamès, 

Son  porta-salut  visatge. 


Fugitif  de  ma  maison 
Jesuistriste 

Dans  ma  misère,  sur  la  montagne 
D’Hermon,  deça  du  Jourdain , 

Me  souvenant 

Que  ta  colère  ra’accompagne. 

Les  gouflres  s’attirent  tous 
A  la  voix 

De  tes  déluges  déchainés ; 

Toi  qui  me  vois  abimé 
Enfoncé 

Dans  les  flots  d*eau  dont  tu  me  couvres, 

Tant  est  qu'un  jour,  ta  pitié 
Et  bonté, 

Douce  tu  m’auras  demandée, 

Et  nous  passerons  la  nuit,  chantant, 

Et  priant 

Dieu,  notre  Sauveur 

Alors  avec  toi  je  parlerai 
Et  dirai : 

Oh !  rocher  sur  lequel  je  m'appuie, 

Pourquoi  m’as-tu  tant  châtié 
Et  affligé, 

Par  les  mains  de  mes  ennemis? 

11  brise  tous  les  os 
De  mon  corps, 

Lorsque  avec  sa  moqueuse  face, 

Riant,  il  répète  tout  le  jour 
Autour  de  moi  : 

En  quel  lieu  est  maintenant  ton  Dieu? 

O  mon  àme  pourquoi  vas-tu  tant 
Me  tourmentant? 

Aie  bonne  conflance  en  Dieu  : 

Et  je  chanterai  encore 
Plus  que  jamais 

Son  visage  porte-salut. 


Ce  Psaume,  est  un  des  plus  beaux  modèles  de  i’élégie  hébraïque. 
Comme  il  peint  bien  1  ardeur  des  désirs  d’une  âme  irritée  par  ia  douleur 
des  biens  qu’elle  a  perdus,  l'abattement  dJun  coeur  qui  cède  à  son  affliction 
qui  aime  et  qui  pleure,  qui  se  plaint  et  qui  supplie? 

PSAVMI2  131  PSAUME  131  (2) 

Seno  mon  co  gros  n’es  estat,  Seigneur,  mon  coeur  ne  fut  pas  enflé, 

Ny  ma  routèra  susleuada,  Ni  ma  roture  surólevée, 

(1)  Ces  collines  sontappelées  dans  le  texte  Hébreu  Herrnontim ,  monticules  d’Her- 
mon. 

(2)  Vulgate  Domine  non  est  exaltatum  cor  meum. 


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—  22  — 

E  dessus  ma  capacitat  Je  n’ai  pas  cherché  grande  besogne 

Grana  besona  n'é  brassada;  Au-dessus  de  ma  capacité, 

lo  m’  son  comportat  Je  me  suis  comporté, 

En  humilitat  Modestement, 

lo  m’son  tengut  sarradament  Je  me  auis  tenu  humblement, 

Devengut  semblant  Devenu  semblable 

Au  petit  enhaiit  Au  petit  enfant 

Despopat  tot  escassament  Qui  vient  à  peine  d’étre  sevrc 

Qui  tapéc  com  cay  Et  qui  sitòt  qu’il  tombe 

S’arrapa  à  sá  may.  Se  rattrape  à  sa  mère. 

Israèl  donq  asso  contemple,  Donc  Israèl,  contcmple  ceci 

E  spere  en  Diu  à  mon  cxemple.  Et  espère  cn  Dieu  à  mon  exemple. 


PSAV.Mli  137 

Prop  las  aygas  Babilonicas 
Grans  arrius  de  lermas  gitauan 
Nostas  amnas  melancholicas, 

Quand  de  Syon  s’arrecordauan  : 

Nos  eram  de  pena  lassatz 
Sus  las  riberas  ajassatz, 

E  uostes  cytres  destenulz 
Peus  aubás  leixauam  pcnutz. 

Los  qui  nos  tenguén  en  dcstressa 
D’en  jogá  nos  importuuauan,  , 

Los  aiuhos  de  nosta  tristessa, 

Alegria  nos  comandauan  : 

8us  donq  auanl,  que  bc  trigíitz, 
Uacauson  de  Syon  digatz  : 

Com  camtarèm  dè  Diu  lo  Jaus 
En  estrani  païs  csclaus? 

Despux  Hiérusalcni  perduda 
Nosta  mah  es  desmemoriada 
E  ses  art  nosta  Jenga  muda 
Au  céu  de  Ja  boca  es  gahada ; 

Nos  abseus  de  Hìêrusalcm , 

Arrc  per  cantá  no  Aralém, 

De  plaze  no  podém  gauzì 
Ny  ses  era  nos  argauzi. 

Brembc  t’Sciìo,  qu’à  la  jornada 
Que  Hicrusalc/n  om  pilhaua 
La  gcnt  á’Ecloni  dezamorada 
Nostes  Enemicz  aliscaua,  • 

Ci  idan,  entraîz,  possaiz  vos  hort. 

Botatz  a  sang,  à  hoec,  à  mort, 

Prenetz,  sakejaiz,  abrazatz, 

E  tota  la  vila  râzàtz. 

E  tu  Biòilonia  gloriosa, 

S<;apias  que  seras  rupiada, 

(1)  Vulgate  supcrjlumina  Babylonis , 
(2;  Eils  d’Edorn,  íduméens. 


PSAUMH  137  Q) 

Près  des  eaux  de  Babylone 
Grands  ruisseaux  de  larmes  jetaient 
Nos  àmes  mélancoliques, 
tjuand  elles  se  souvenaient  de  Syon  : 

Nous  ctions  accablès  de  chagrins 
Etendus  sur  les  rives, 

Et  nouslaissions  nos  Citrcs  distendus 
Aux  saules  suspendus. 

Ceux  qui  nous  tenaient  en  dòtresse, 

Nous  sollicitaient  d’en  jouer, 

Les  auteurs  de  notre  tristesse 
Nous  commandaieiit  l’allégresse : 

Sus,  allez  donc,  pourquoi  différez-vous  t 
Cliantez  un  Ccántique  de  Sionî 
Comment  chanterions-nous  les  Jouangcs 
En  pays  òtranger  esclaveS?  [de  í)icu. 

Depuis  Jórusalcm,  perdue 
Notre  main  n’a  plus  de  mòmoire 
Et  notre  langue  muette,  sans  art; 

Adhère  au  cielde  Ja  bouche; 

Nous,  absents  de  Jcrusalcm , 

Ne  valons  rien  pour  chanter; 

D’aucun  plaisir  nous  ne  pouvons  jouir, 

Ni  sans  elle  uous  réjouir. 

Souviens-toi,  Seigueur,  qu’au  jour 
Où  on  piJJait  Jcrusàlcm 
La  gent  à’Edoni  (2)  haineuse 
Excitait  nos  ennemis, 

Criant :  entrez,  poussez-vous  fort, 

Mettez  à  feu,  à  sang,  à  mort, 

Prenez,  saccagez,  incendiez, 

Ei  rasez  Ja  villç  entière. 

Et  toi,  Babylonc  orgucilleuse, 

8aches  que  tu  seras  ruinòe 


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23 


E'sera  la  persona  vroza,  ’ 
Fer  qui  sera  de  tu  venjada 
I/injuria  que  heyta  nos  as, 
Vros  aqèt  qui  de  tos  bras 
Los  tos  enbans  darrigárà, 

E  sur  la  peyra  arromperá. 


Qu’il  viendra  le  personnage  lavorisé 
Par  qui  sera  vengée 
L'injure  que  tu  nous  a  faite 
Heureux  celui  qui  de  tes  bras 
Arrachera  tes  enfants, 

Et  les  écrasera  sur  la  pierre. 


Ce  magnifique  psaumé  est  un  de  ceux  qui  ont  ie  plus  tenté  nos  poètes  : 
et  parmi  ces  derniers  nous  citerons  Lefranc  de  Pompignan  et  Maljilàtre , 
qui  ont  le  plus  approché  de  la  perfection. 

Pev  de  Gan’os  s'est-il  'toujours  scrupuleusement  conformé  au  texte 
hébreux?  nous  ne  le  pensons  pas;  ce  défaut  peut  êtreégalement  reproché  à 
nos  plus  illuslres  poètes  qui  ont  tous  subi  rinfluenee  capiteuse  des  Psau- 
mcs.  Dans  Pimpossibilite  d'égaler  la  sublime  concision  de  Foriginal,  ils  on^ 
tous,  sans  exception,  eu  recours  à  la  richesse  et  à  Féclat  de  la  paraphrase. 
Le  poète  gascon  n  aurait  su  échapper  à  cette  nécessilé;  si  quelquefois  il 
s’en  sert,  c’est  du  moins  sans  que  sa  traduclion  puissealtèrer  la  substance^ 
Fesprit,  ni  mème  le  squelettede  cctte  merveillcuse  poésie. 

L’exirait  du  privilègc  du  Roi  porte  la  date  du  5  mars  1565;  son  ceuvre 
ful  imprimée  dans  le  courant  de  celte  même  année,  à  Toulouse,  par  Jac - 
ques  Colomùs ,  imprimeur  juré  de  FUniversité. 

Celle  traduction  eut  un  grand  succès.  Son  auteur  fut  le  bienvenu  près 
de  la  Reine  de  Navarre  qui  l’encouragea  et  fit  répandre  dans  ses  Etats 
Tceuvre  de  son  protégé. 

Le  xvi°  siècle  est  fertile  en  iiommes  convaincus  tout  d'une  pièce,  iné- 
branlables,  armés  pour  le  triomphe  de  la  science  abstrçûte;  véritable  sta- 
tues  de  bronze,  leur  figure  pas  plusque  leur  attitude,  n’éprouvent  la  moin- 
dre  modification. 

Pey  de  Garros  ne  nousapparaît  pas  sous  ce  jour. 

Nous  avons,  en  effet,  toutes  les  raisons  de  croire  qu’il  ne  pratiqua 
jamais  les  ardeurs  d'un  prolestantisme  farouche  et  que  sôn  tempérament 
et  ses  fonctions  Fempéchèrent  de  se  lancer  ostensiblementdans  lámèlée  des 
passions  religieuses  deFépoque.  Son  zèle,  cela  ne  fait  pas  de  doute,  dut  se 
maintenir  dans  la  région  moyenne  de  la  raorale  Evangélique. 

Certes,  sa  philosophie  est  de  la  plus  grandc  élévation,  sareligion  du  plus 
pur  spiritualisme,  mais  sa  conviction  porte  le  nom  de  tolérance  et  s’éloigne 
de  celle  des  doctrinaires ;  il  ne  partage  pas  les  exagérations  de  ceux  qui 
n'admettent  qne  Ie  cantique  sacré,  la  prière,  le  chant  de  guerre  lancó  con- 
tre  la  Babylone  romaine. 

Cultivant  la  sagesse,  comme  les  íleurs  odorantes  d’un  jardin,  il  résout 
cclui  des  problèmes  d'entre  tous  le  plus  difficile,  de  vivre  calnie,  honoré, 
libre  d’esprit,  dans  une  époque  la  plus  terrible  et  la  plus  sanglante  de  nos 


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—  24 


annales,  en  se  faisant  une  place  modeste  partagée  entre  ses  devoîrs  profes- 
sionnels,  ses  chers  auteurs,  sa  famille  et  ses  amis. 

C'est  dans  cecalme  relatif  qu’il  prépare  les  éléments  de  ses  magnidques 
Poésies,  qui  seront  réunies  et  publiées  deux  ans  après  les  Psaumes,  en 
1567. 

Le  iivre,  cette  fois,  est  dèdié  au  Magnific  è  Poderos  Princep%  lo 
Princep  de  Nauarra;  son  Seno . 

Laissons'lui  la  parole  : 


Aqueste  libérot  à  tu  Prince  s'adressa, 

E  va  tot  vergoiìos  saluda  ta  hautessa. 

Per  ço  qu’es  raau  polit,  è  n’a  pas  la  beutàt, 
Per  este  dauant  tu  dignament  présentat. 

Et  êra  anat  vsraa  ja  tres  cops  à  ta  porta, 

Tres  cop  s’en  és  tornat  en  darré,  de  tau  sorta 
Q’vu  arrossin  qui  dobta  vn  mau  pas  a  passà, 
Tiro  Jo  pé  tres  cops,  ara  en  Jà,  pux  en  ça. 

Io  l’é  donq  pelejat  de  sa  trôpa  temensa, 

Et  rayassat  de  hoètz  :  Mcs  et  per  reconipensa, 
De  l’atìé  produzit  dani  tau  pena,  et  liatiga, 

Qe  la  hemnaapari  son  nauet  hilh  darriga, 
Per  totas  raas  labos,  dam  my  no  vo  plus  este, 
E  m’escapa  lo  mot,  que  vo  cambia  de  mêstc. 
Et  ra’apera  payraste;  c  s’  plan  que  l’arropreni 
D'vn  castig  rigoros,  taleù  qu’en  raan  lo  preni, 
Que  jo  son  trop  giscos,  é  ma  seuéritat, 

Lo  ten  aixi  pauruc,  c  com’  espauentat. 


Prince,  à  toi  j’adresse  ce  petit  livre 
Qui  va  bien  honteux  saluer  ta  Hautesse, 

Parce  qu’il  est  mal  poli,  et  n'a  pas  la  beautc 
Pour  étre  dignement  présenté  devant  toi. 

II  étaitallé  dèjà  par  trois  fois  flairer  à  tii  porte. 

Et  Irois  fois  il  esL  retourné  en  arrière  comme 
Un  roussin  qtii,  hésitant  à  franchir  un  pas  difficile, 

Tire  Ic  pied  trois  fois,  tantót  reculant,  tantòt  avanrant. 

Je  l’aidonc  grondé  de  sa  trop  grande  timiditc 
Et  menacc  du  fouct  :  Alors,  lui,  pour  rècompense 
De  l’avoir  produit  avec  tant  de  peino  et  fatigue 
Que  la  femmc  éprouve  à  inettre  au  monde  son  enfant, 
Pour  prix  de  mes  labeurs  il  ne  veut  plus  rester  chez  moi, 
Et  Je  mot  ni’ccbappe,  il  veut  changer  de  Maitre. 

11  m  appelle  inauvais  pcre  et  se  plaint  que  je  lc  punisse 
D’une  correction  scvcie,  sliót  qu'en  mains  je  le  saisis, 

Que  je  suis  trop  capricieux,  et  que  ma  scvcrité 
Le  tient  ainsi  anxieux  et  comme  épouvauté. 


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—  25  — 


Aperas-tu  rigo  Tacaû  (dic  jo  labetz) 

Quant  rossa  sos  ossatz  lecann  mantua  vetz 
Horma  d'aqera  carn  la  ruda,  é  leja  massa? 

Ou  quant  lo  menuzé  peu  hust  lo  ribot  passa, 

Ou  quant  lo  sarralhé  aplanix  la  gurgosa, 

Materia  dam  sa  lima ,  ou  quant  la  may  curosa, 

De  sa  hilha  los  peus  embolhátz  escarmoâ; 

E  passa  lo  matin  mentre  que  Tatezoá, 

La  tornéjade  l’vn  é  de  l’aute  costat, 

Si  praste  y  a  quacom  mau  en  son  loc  botat, 

La  côhad’vn  hilat  on  s’entortulharan 
Los  gentiug  amoros  qui  d’éra  apropriaran. 

Entretant  qauque  cop  lacorrosse  é  gauteja? 

Sus  dôq,  sus,  vé  t’en  dôq  pux  q’en  as  tât  d’enueja. 

Tapauc  jo  no  t’é  heyt  per  à  l’escu  drômi, 

Jo  ne  t’é  pas  hargat  per  demôra  dam  my. 

Més  de  tant  que  tu  m’es  obligat  é  tengut 

Appelles-tu  rigueur,  petitdròle  (lui  dis-je  alors) 

Quand  Tourse  (1)  lèche  maintcs  fois  ses  petits  oursons 
Pour  façonner  leur  chair  lourde  et  massive  ? 

Ou  quand  le  menuisier  passe  le  rabot  sur  le  bois, 

Ou  quaud  le  serrurier  aplanit  la  rugueuse 
Matièreavec  sa  lirne,  ou  que  la  mcre  attentive 
Peigne  les  cheveux  embrouillés  de  sa  fìlle, 

Consacre  la  matinée  en  l’attifant, 

Et  la  retourne  de  Tun  et  de  l’autre  còtó 

Pour  s*assurer  que  rien  n’cst  mal  à  sa  place  et  dans  sa  toilette. 

Elle  la  coiffe  d’un  filet  oû  se  preudront 

Les  genlils  amoureux  qui  s’approcheront  d’elle, 

Entre  temps  quelquefois  elle  la  gronde  et  la  fait  pleurer? 

Sus  donc,  sus,  parts  donc,  puisque  tu  t’ennuies  tant  avec  nioi; 

Je  ue  t*ai  pas  fail  d’ailleurs  pour  dormir  dans  robscurité. 

Je  ne  t'ai  pas  forgé  pour  rester  avec  moi. 

Mais  bien  que  tu  me  sois  obligé  et  tenu  à  bien  des  titres, 

(1)  Virgilcse  vantait  d’enfanter  ses  vers  à  la  façon  de  l’ourse,  en  les  léchaut  Ie 
soir.  limant  et  repolissaut,  réduisant  mârae  à  petit  nombre  la  grande  quantité  qu’il 
avait  conçue  le  matin. 

Du  Bartas ,  en  montrant  qnelle  forme  Dieti  donna  à  la  raatière  en  créant  l’univers 
en  6  jours,  emploie  cette  similitude  geutdlc  conforme  au  sujet  qu’il  traite  : 

De  sagesseet  pouvoir  l’inépuisable  source, 

Enformant  l’Ùnivers  flt  donc  ainsi  que  l’ourse 
Qui,  dans  l’obscure  grotte,  au  bout  de  30  jours, 

Une  massedifforme  enfante  au  lieud’un  ours; 

Et  puis  en  le  léchantores  elle  façonne, 

Ses  de*chirantes  mains,  or’  sa  têto  felonne, 

Or’  ses  piés,  or’  son  col  :  et  d’un  morceau  si  lait 
Son  industrie  anirae  un  animal  parfait. 

C'est  probablement  de  là  qu’est  veuue  la  locution  familière  d'ottrs  mal  léché 
employee  quelquefois  dans  ie  langage  pour  désiguer  un  homme  grossier,  iusociable. 


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-2  G  - 


Torna  prumerament  au  loc  d’on  es  vengut : 

No  dobtes  pas  d’entra,  recebut  tu  seras* 

I  ou  son  assegurat,  taleú  que  t’  mustraras, 

:  No  t’  leixes  pauteja,  mes  dret  á  l’Excellentia 
r  Deu  Prince,  honestanêment  vé  ha  la  reuerentia 
Tu  veyras  en  et  plus  de  bontat  gratiosà, 

Qu’et  no  véyra  sus  tu  de  taca  vitiôsa. 

O  Prince,  diras-tU,  en  qui  vertut  s’auansa, 

Dam  los  ans  au  gran  pas,  qui  coâs  Fespóransa, 

D’vn  aute  tertis  daurat,  de  qui  la  dossa  graiìa 
L’amistansa  deus  grans,  lo  có  deus  petitz  pana. 

Sang  generos  dò  Reys,  laus  deu  sècle  présent, 

Vn  de  tos  servidos  te  hé  de  my  prczent, 

Qui  t’a  vodât  sa  man,  sa  tinta,  é  sos  papès, 

E  per  tu  moriré  volontés  â  tos  pés . 

Retourne  d'abord  aux  lienx  d’où  tu  es  vcnu  : 

N'liésiie  pas  iï  cntrer,  tu  seras  reçu, 

J'en  suis  sûr,  dès  que  tu  te  montrcras, 

Ne  telaissespasmanierindiscrètcment,  mais  droit  à  l'Excellence 
Du  Prince  va  faire  galamment  ta  révérencc, 
rFu  trouvcras  en  lui  plus  de  bienveillance  gracieuse 
Qu'il  ne  découvrira  cliez  toi  de  défectuosités. 

O  Priuce,  diras-tu,  dont  la  vcrtu  avance 
A  grands  pas  les  ans,  qui  couvcs  l’espérance 
D'uu  autre  âge  d’or,  de  qui  la  séduisante  douceur 
Conquiert  l’amilié  des  grands  et  le  cceur  des  petits. 

Sang  génòreux  des  Rois,  gloirc  dc  notre  siècle, 

L'un  de  tes  serviteurs  te  fait  de  moi  présent. 

II  t'a  consacré  sa  main,  son  encre  ct  son  papicr, 

Et  volontiers  il  expirerait  à  tcs  pieds . 


Et  il  continue  d’offrir  à  son  Prince,  Fencens  de  ses  éloges  hvperboli- 
ques,  puis  s’adressant  au  Lecteur,  il  se  demande  pourquoi  les  peuples 
d'Agenais^  du  Quercy  et  généralemenl  tous  ceux  qui  sont  au-delà  de  la 
Garonne  et  qui  ont  avec  )e  vrai  Gaspon  quelques  affinités,  oomme  dialecte, 
sont  confondus  sous  la  môme  dónoraination  de  GasCvOn.  II  laissc  de  côlé  la 
raison  géographique,  il  lattribue  plus  tòt  à  la  pureté  de  langage. 

«  Car  en  ceoi,  dit-il,  il  faut  qu’on  nous  donne  les  mains  ct  confesse  que 
le  langage  spécialeraenl  appolé  Gascon,  naturel  à  nous  de  Béarn,  d’Arma- 
gnac,  de  Comminges,  et  autres  qui  sommes  enclos  entre  les  Monts  Pyré- 
nêens  et  la  Garonne,  est  beau  pardessus  lbs  autres  ses  affins  et  corame 
FAttique  entre  les  Grecs  :  à  causo  de  quoi  entre  nos  voisins  par  les  mai- 
sons  de  noblesse,  nolre  langue  est  usilée  et  tellement  en  prix  que  celuiqui  * 


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:Ia  parle  bien  eote  cela  pour  un  titre  d’honneur.  II  est  vrai  que  nous 
l'avons  destituée,  comme  si  un  mauvais  ménàger  laissait  en  son  champ 
plantureux  croltre  beaucoup  dd  ronces,  épines  et  chardons,  de  sorte  qu’il  y 
aura  peine  de  la  remettre  en  son  premier  elat.  Car  si  nous  eussions 
cultivé  notre  langue  de  mème  diligence  que  le  celtique  a  la  sienne,  ne  iui 
en  déplaise,  nous  ne  lui  céderions  pas  en  faconde.  » 

Aux  yeux  du  grand  Montaigney  le  dialecte  Gascon,  était  égal,  sinon 
supérieur  à  la  langue  Française  qu’il  trouvaitdépourvue  d'énergie.  Garros, 
va  plus  loin,  et  prêche  ‘une  levóe  de  boucliers  contre  l'étrangère  et  conseille 
la  résistance  pour  Thonneur  du  pays  Gascon.  II  proteste  énergiquement 
contre  son  envahissement  et  reproche  amèreraent  à  ses  compalriotes,  dans 
un  accès  de  patriotisme,  leur  indilïérence  et  leur  complicité.  Fier  de  la 
gloire  des  armes  Gasconnes,  il  rève  pour  son  cher  dialecte,  un  éclat  iden- 
tique,  dans  son  Epitre  aa  Médix ,  où  il  s'exprime  ainsi  : 


Pvx  doncas  qe  plazut  vos  a, 
Rhythmas  en  Gascon  compauzá, 
De  my  vos  n’eratz  pas  estat. 

Eu  vaganau  sollicitat, 

A  prene  la  causa  dampada 
De  nosta  lenga  mesprezada : 
Damnada  Ja  podétz  entcne, 

Si  degun  no  la  vo  dehene  : 

Cadun  la  leixa  e  desempara 
Tot  lo  mond’  l’apera  barbara, 

E.  qu'es  causa  mes  plahédera 
Nos  autz  medix  nos  truphan  d’éra. 
O  praube  liatge  abuzat, 

Digne  d’este  despaïzat, 

Qui  leixas  per  ingratitud 
l~a  lenga  de  la  noyritud. 

Per  quant  tot  sere  plan  condat, 

A  prene  vn  langatge  hardat ; 

Et  no  hes  oonde  de  l’ajuda 
Au  pays  naturau  deguda, 

Aqo  b'es,  a  plan  tot  pensa, 

Son  pays  mau  recompensa. 

Més  de  ma  part,  jo  bz  asseguri, 

E  religiosament  vos  juri, 

Que  jo  scriuró  dam  vehememia, 
No  in’  cararé,  n’auré  patientia, 
Deqia  qe  siam  totz  acordatz 
Et  d’ua  conspiration  bandatz. 

Per  l’hono  dcu  pavs  sostenguc, 

E  per  sa  dignitat  mantegue  : 

No  pas  d’espazas  aguzadas, 

Ny  lansas  de  sang  ahamadas. 

On  sab  prou  que  I’arués  luzent 
No  es  de  natura  plazent. 


Puisqu’enflu  il  vous  a  plu 
De  composer  dcs  vers  en  Gascon, 

Yous  11’aurez  pas  été  par  moi 
Vainement  sollicité, 

D’eutreprendre  lacause  perdue 
Dc  notre  langue  dódaignre  : 

Vous  pouvez  la  considérercommecondam- 
Si  personnc  ne  veut  la  dófendrc  :  (née, 

Chacun  l’abandonne  et  la  maltraite, 

Tout  le  monde  l’appclle  barbare, 

Et  chose  bien  plus  afíligcante, 

Nous  mémes  nous  nous  moquons  d’elle. 
01?!  pauvre  génóration  abusée, 

Digne  d’être  chassée  du  pays, 

Qui  abandonnes  avec  ingratitude 
La  languc  dc  ta  nourrice  . 

Et  en  somme  en  tenantcompte  de  tout, 
Pour  apprendre  un  langage  fardê; 

Et  tu  ne  tiens  compte  du  secours 
Que  tu  dois  au  pays  d’origine. 

Voilà  certes,  tout  bien  réfléchi, 

Qui  est  mal  récompenser  son  pays. 

Mais  de  ma  part,  je  vous  assure, 

Et  je  vous  jure  en  conscience, 

Qne  j'écrirai  avec  ardcur, 

Ne  me  tairai,  et  n’aurai  de  cesse, 

Que  nous  ne  sovons  tous  d’accórd 
Et  unis  dans  une  résolution  commune 
Pour  soutenir  rhonneur  du  pavs 
Et  mainteuir  sa  dignité  : 

Nou  pas  avec  des  épées  aignisécs, 

Ou  des  lances  de  sang  avides, 

On  sait  assez  qúe  le  harnais  luisant 
N’est  pas  de  nature  agréable, 


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-  28  — 


E  que  u  saben  plan  maêjà 
Qui  nos  ven  tarabusteja; 

Més  au  loc  de  lansas  pontxudas, 
Armém  nos  de  plumas  agudas, 
Per  ornà  lo  Gascon  lengatge, 
Perqe  om  prezique  d'atge  en  atge 
La  gent,  la  bera  parladora 
Com  en  arraas  es  vencedora... 


Et  que  nous  savons  bien  le  manier 
Contre  qui  vient  nous  tarabuster  : 

Mais  au  lieu  de  lances  pointues, 
Armons-nous  de  ftnes  plumes 
Pour  orner  le  parler  Gascon, 

Pour  qu’on  vante  d’âge  en  àge 

De  la  race  le  beau  langage  [mes... 

Comme  elle  Temporte  par  Téclat  de  ses  ar- 


Efforts  stériles,  regrets  superflus;  c’est  la  langue  française  qui  était 
appelée  à  devenir  la  langue  nationale. 

Sa  brillante  traduction  des  Psauraes  aurait  pu  suffìre  à  établir  la  gloire 
de  Garros,  mais,  travailleur  infaligable,  il  e^t  tenté  par  la  poésie  héroïque, 
genre  qui  convenait  à  ses  talents,  à  ses  aspirations,  et  qu'il  cultiva  avec  un 
égai  succês. 

La  raissiou  tolérante  et  pacificatrice,  au  milieu  de  Pexaltation  religiense, 
avait  étó  comraencée  par  Montaigne ,  <jui  fut  puissarament  secondé  par 
lelégant  traducteur  de  Plutarque,  Amr/ot.  La  nianie  de  Piraitation  n’eut 
pas  de  bornesà  cette  époque  et  il  eut  la  gloire  de  faciliter  à  ses  contempo- 
rains  la  connaissance  de  Pantiquilé  et  celle  de  róvélerla  raorale  et  les  vertus 
de  ces  temps  reculés  à  une  bourgeoisie  qui  n'aurait  pu  les  étudier  sur  le  texte 
primitif. 

Notre  poète  gascon  possédait  toules  ces  cordes  à  la  Iyre  de  son  áme.  Cet 
exeraple  lui  inspira  le  désir  d'envahir  à  son  tour  toutes  les  hautes  sphères 
du  génie  antique  Aussi  savant  helléniste  qu’habile  hébraïsant,  il  se  mesure 
corps  à  corps  avec  le  texte  grec,  et  il  choisit  dans  cette  abondante  poésie 
narrative  le  cadre  qui  lui  servira  à  fixer  les  trails  les  plus  saillants  de  ceux 
d’entre  les  héros  qu'il  nous  peindrad'une  façon  raagislrale. 

II  choisit  d’abord  tìercule ,  le  grand  justieier,  le  plus  chrétien  des  héros 
antiques,  qui  consacra  sa  force  invinciblc  à  faire  du  bien  à  ses  sembiables, 
et  d’un  vigoureux  coup  de  pinceau  il  fixe  les  prineipaux  traits  de  son  per- 
sonnage  : 


Hercules  aqét  son,  jo  son  Herculcs, 

Nomèat  entro  totz  los  antics  caualés, 

Pay  do  noblcssa  justa,  é  no  pas  eixaroega, 
D’aqera  qui  degun  no  greua,  c  no  denega. 
Sonsecos  aus  petitz,  aus  cnhans  despayratz, 
Auseixinges  d’amicz  e  cajutz  aus  baraths  : 


Hercule  je  suis.  je  suis  cet  Hercule, 

Henommé  entre  tous  les  chevaliers  antiques, 

Chef  non  contesté  d’une  noblesse  juste, 

De  cellequi  ne  blesse  personne  et  ne  refuse  jamais 
Son  appui  aux  faibles,  aux  enfants  orphelius, 

Aux  dépourvus  d’amis  ou  tombés  dans  les  íossés. 


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-  âg  - 

C5ma  au  mebrô  ôaphrat  om  ve  lo  bô  saug  corre, 

Ataa  alegrament  era  sfen  va  secorre, 

Los  praubes,  los  premutz  e  tormentatz  à  tort; 

Aqero  no  siéc  pas  lo  partit  deu  plus  hort, 

Aus  se  va  demustràn  aus  humius  pietadoza, 

Edeusgrans  superbios  Dauna  Victoriosa... 

Comme  on  voit  le  bon  sang  couler  d’un  membre  blessé. 

Aiusi  elle  s’en  va  allègrement  secourir 

Les  pauvres,  les  opprimés  ou  persécutés  à  tort. 

Celle-là  ne  suit  pas  le  parti  du  plus  fort, 

Elle  se  montre  pitoyable  aux  humbles, 

Et  Dame  Victorieuse  des  puissants  orgueilleux. . . 

Et  Tinfaligable  travailleur  énumère  les  coups  qu’il  a  porlés  à  ceux  qui 
opprimaient,  les  fléauxqu’il  a  détruils  pour  soulager  rhumanité  : 

Qui  no  sab  las  horestz,  las  vilas,  la  campaiìas, 

Los  passatgòs,  los  portz,  ia  bossudas  montanas, 

Dam  gran  suzo  per  my  corrudas,  e  porgadas. 

De  lairos,  debrigans,  e  d’amnas  scéléradas? 

Qui  no  sab  que  per  tot  ma  grana  valentiza 
A  liéyt  torna  justiciaen  son  seti  e  mestriza  ? 

E  que  jamès  n’a  heyt  goerra  so  qu’a  la  goerra, 

Ny  héyt  mau  so  qu’au  mau  qui  regnaua  sur  terra.  .. 

Qui  ne  connait  les  forêts,  les  villes,  les  campagnes, 

Les  passages,  les  ports,  les  montagnes  bossues 
Par  moi  franchies  avec  grande  sueur  et  purgés 
De  voleurs,  de  brigands  et  de  scélérats  fteffés? 

Qui  ne  sait  que  partout  ma  grande  vaillance, 

A  replacé  la  justice  en  son  siège  et  maìtnse  ? 

Que  jamais  eile  n'a  fait  la  guerre  qu’à  la  guerre, 

Ni  fait  mal  qu’au  mal  qui  régnaii  sur  la  terre... 

Mais  il  eut  le  malheur  de  filer  aux  pieds  dìOmphale ;  dès  qu’il  est  en  sa 
présence  il  perd  son  prestige  : 

Iocaju  maniac,  phrenetic,  arraujos. 

Oh  quifta  decajensa,  oh  quiû  ament  dolens. 

D’un  tant  estrani  cas,  jo  hy  mos  ben-volens 
Qui  no  m’  poscon  dam  ceps  e  maniotos  tengue. 

Ny  goari  mon  cervèt,  ny  ma  rauja  arretengue. 

Que  n’o  m’  precipités  deguens  l'ardont  lefìé, 

Ou  malhurosament  ma  vita  terminé. 

Je  devins  insensé,  frénétique,  furieux. 

Oh !  quelle  décadence  et  quelle  íolie  affligeante. 

Quel  étrange  cas,  ceux  qui  me  voulaient  du  bien 
Avec  des  entraves  et  menottes  ne  purent  me  tenir 
Ni  guérir  mon  ceryeau,  ni  ma  rage  calmer. 

Et  je  me  précipitai  dans  Pardent  bûcher 
Oûje  terminai  malheureusement  ma  vie. 


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30  - 


II  nous  présente  ensuite  Alexahdre  le  Grand,  roi  de  Maôédoinè  : 

Aqet  Rey  poderos  eixarruscle  de  goerra, 

Qui  de  son  nom  cregiìut  pléec  tota  la  terra. 

Qui  d’escadros  armatz  lo  pays  barejaua. 

Despux  q’vn  cop  peu  miey  d’etz  et  s’abarrejaua  : 

E  com  Boréas  los  cruras  de  l’ayre  cassa, 

Atau  et  rodejan  sa  grana  coterassa, 

Haze  sos  ennemicz  paurucz  e  desperatz 
Corre  com  betz  tropetz  d’arìets  caraviratz. . . 

Ce  Roi  puissant,  foudre  de  guerre, 

Qui  rempîit  toute  la  terre  de  son  nom  redouté, 

Qui  balayait  les  pays  avec  ses  escadrons  arraés 
Dès  qu’une  fois  i)  se  mélait  au  railieu  d’eux  : 

Et  corame  Borèe  cbasse  les  miages  de  l’air, 

Ainsi  lui,  brandissant  son  grand  coutclas, 

Faisait  ses  ennemis  crainliís  et  désespérés 
S'enfuir,  comrae  troupeaux  d’agneaux  èpouvantés... 


Le  héros  raconte  ensuite  la  série  de  ses  conquètes.  Grácc  à  songénie  et  à 
son  courage  il  soumet  la  terre  à  ses  lois.  Mais  il  ne  peut  jouir  longtemps 
du  fruit  de  ses  victoires  :  il  meurt  à  la  fleur  de  l’àge.  Le  poète  nous  fait 
assister  à  sa  cruelle  agonie;  il  regrette  Ia  vie  etsoupire  après  la  santé  pour 
recomraencer  la  guerre  et  cueillir  de  nouveaux  lauriers.  Mais  Fimpitoyable 
inort  est  à  son  chevet,  il  la  voit  dans  son  cauchemar,  et  le  moralisle  fait 
valoir  cette  loi  fatale  qui  impose  son  terrible  niveau  sur  les  tôtes  les  plus 
humbles  comme  surles  plus  superbes  : 

Oh  !  tarrible  destin,  greua  necessitat, 

Implegadera  ley,  aspra  seueritat. 

Dou  ny  grann  ny  petit  no  se  pot  aperà  : 

Més  totz  l’agràs  aqet  nos  deuém  devorà, 

La  hauba  mort.  deus  Ducz  e  Reys,  las  portas  granas, 

E  los  portaneros  de  las  praubas  cabanas, 

Tusta  d’vn  medix  pé,  d’aqei-a  obligation, 

Lo  peccàt  à  ligàt  l’humana  condition  : 

Lo  mortau  statut  es  a  totz  horaes  comun  : 

Oh !  terrible  destin,  nécessité  pénible, 

Loi  inflexible,  rigoureuse  sévérité. 

Dont  ne  peut  se  racheter  ni  grand  ni  petit : 

Mais  elle  doit  tous  égalemeut  nous  dévorer,  la  cruelle, 

La  raort  pàle,  les  portails  des  Princes  et  des  Rois, 

Et  les  petites  portes  des  pauvres  cabanes 

Sont  par  elle  frappées  du  méme  pied;  à  cette  obligation 

Le  péché  a  lié  la  condition  humaine, 

Le  statut  mortuaire  est  eommun  à  tous  les  hommes  : 


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—  31  — 


Més  en  aqest  endrést  lo  sort  non  ôs  pas  vn 
Deus  petitz  e  deus  grans  :  aqetz  'alegrament 
S’aprestan  de  sorti  de  la  pena  et  torment 
Deu  monde  liatigos,  e  damb  vn  phranc  coratge 
S'en  van  prcue  la  mort,  ainsi  qu’un]dos  beuratge  : 

Més  lo  grann,  qui  jamès  no  bota  en  sa  memoria, 

Que  Diu  a  bozolât  e  sa  vita  e  sa  gloria, 

Quantsen  la  man  de  Diu,  sospira,  sanglotix, 

Natura  accusa,  brama,  e  tot  se  ségotix, 

Ou  cay  espaíientât  aixi  qe  d’un  miracle, 

Quant  la  mort  crída  :  sus  d'aqeste  tabernacle; 

Diu  t'ordena  leixà  lo  raonde  transitori, 

Per  ana  comparé  dauant  son  consistori; 

Sa  sarjanta  jo  son,  jo  t*  gahi,  jo  t’arrapi, 

Sus  Tyran  superbios,  jo  t’  croqui,  jo  t’alrapi.., 

Sus  terro  da  las  gens,  ara  t’aterraré, 

E  per  camis  neytaus  jo  tiragossaró... 

Mais  en  cet  endroit  le  sort  n’est  pas  le  même  pour 
Les  petits  et  pour  les  grands  :  ceux-Ià  aliègrement 
S’apprôtent  à  sortir  deia  peine,  de  la  souffrance, 

Des  ennuis  de  ce  monde,  et  d’un  franc  courage 
S’en  vontrecevoir  la  mort,  ainsi  qu’un  doux  breuvage. 

Mais  le  grand  qui  jamais  n’a  mis  en  sa  mémoire 
Que  Dieu  a  borné  et  sa  vie  ct  sa  gloire, 

Quand  il  sent.  la  main  de  Dicu,  soupire  et  sanglote, 

II  accuse  la  nature,  il  gémit,  il  est  tout  bouleversé 
Ou  tombe  cpouvanté,  ainsi  que  d’un  miracle 
Quand  la  mort  crie  :  hors  de  ce  tabernacle, 

Dieu  t’ordonne  d’abandonner  ce  monde  de  passage 
Pouraller  comparaitre  devant  son  consistoire; 

Je  suis  sa  sergente,  je  te  prends,  je  t’enlève; 

Sus,  tyran  orgueilleux,  je  te  croque,  je  t’attrape... 

Sus,  terreur  des  nations,  je  te  jetterai  à  terre, 

Et  te  trainerai  dans  les  sentiers  de  la  nuit. 

Et  le  moribond  continue  à  lutter  dans  son  horrible  vision  qui  lui  repré- 
sente  le  spectre  de  Clytus  ensanglanté,  ainsi  que  d’autres  victimes  de  ses 
emportements  : 

Las  aurélhas  deu  cap  me  cornan  ó  trompètan 
Los  ciaris  traucan  l’aire,  et  las  arraas  cliqétan  : 

Sus,  bardâtz  Bucephal,  portatz  la  moriassa, 

Lo  coteràs  pezant,  e  lo  cos  de  coyrassa  : 

Les  oreilles  de  la  téte  me  cornent  et  trompettent, 

Les  sons  des  clairons  percent  l’air,  les  armes  cliquetteut  : 

Debout,  sellez  Bucéphale,  portez  le  morion, 

Le  gláive  pesant,  et  le  corps  de  la  cuirasse  : 


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—  32 


Piqués  Macedonicz,  en  i*eng  gendarmarià, 

De  taus  cridz  eixantàt  jo  lii  ma  darreria  (1 ). 

Piquiers  Macédoniens,  en  ligne  gendarmerie, 

Exalté  par  ces  cris  j’ai  rendu  le  dernier  soupir. 

Puis  vient  Pyrrhus ,  roi  d'Epire,  fils  d’Eacide,  issu  du  sang  des  dieux 
par  Achille. 

Garros  commence  par  ílétrir  les  ambitieux  de  tout  ordre  en  montrant 
rinanité  de  leurs  rêves  de  gloire  et  la  nécessité  d'êlre  modérés  dans  nos 
désirs ; 


Despux  qu’ambition  se  gaha  en  l’esperit 
D'un  hòme  gcnerôs  de  coratge  esberit, 

Era  sembla  l’austo,  qui  tostem  pericaua 
Lo  co  de  Prometeus,  é  jamès  n’acabaua. 

Aixi  qu  vn  carreté  raau  sos  poris  ajuíí, 

E  tot  eixerverat  ses  occasion  degua 
So  que  per  este  vist,  pren  Tincertena  cossa 
De  tort  e  de  traués  :  e  ses  veze  on  los  passa, 

Per  calhaus,  perarrocx,  tat  los  tormeta  è  hoeta, 
Qu’èt  arromp  sos  genetz,  son  cot,  e  sa  carreta  : 

Atau  l’ambitios,  se  plauèn  arrazès, 

Per  mila  desplazès  cercarà  sos  plazès  : 

Lo  degut  e  razon  no  l’escantaran  pas, 

Dequià  qu’aja  bohât  lo  lioec  on  sia  puxas. 

Atau  lo  Phaeton  temerari  s’ardoc, 

E  per  vola  trop  haut  Icarus  se  perdoc. 

Dès  que  Tambition  se  prend  en  l’esprit 
D’un  homme  généreux  et  de  courage  éveillé, 

Elle  ressemble  au  vautourqui  toujours  mordillant 
Le  coeur  de  Prométhée  et  jamais  n’achevait, 

Ainsi  qu’un  charretier  qui  attelle  mal  ses  pouiains, 

Et  tout  écervelé,  sans  autre  occasion, 

Sauf  pour  étre  vu,  prend  sa  course  incertaine 
A  tort  et  à  travers  :  et  sans  voir  oû  il  les  dirige, 

Par  caiiioux  et  rochers,  tant  il  les  tourmente  et  fouette, 
Qu’il  rompt  ses  cheyaux,  son  cou  et  sa  charrette  : 

Ainsi  l’ambitieux,  seraient-ils  sans  mesure, 

Cherchera  sesplaisirs  après  mille  déplaisirs  : 

Le  droit  et  la  raison  ne  l’arréteront  pas, 

Jusqu’«à  ce  qu’il  ait  souffléle  feu  qui  doit  le  dévorer. 
Ainsi  le  téméraire  Phaóton  se  brúla, 

Et  Icare  seperdit  pour  avoir  volé  trop  haut. 


(1)  Alexandre  fut  dévot  jusqu’à  la  superstition,  se  laissant  posséder  par  les  devins 
ei  par  les  oracles  :  ce  qu’on  peut  attribuer,  outre  son  naturel,  à  la  lecture  ordinaire 
des  poètes  qui  donnaient  aux  homraes  ia  crainte  des  dieux  et  composaient  toute  la 
thóologie  de  ce  teraps-là.  (Sainl  Evreraond.) 


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Tel  est  le  sort  réservé  à  Pyrrhus  (1)  qui  nous  raconte  ses  exploits.  Jeune, 
ambitieux,  il  rève  d'ôgaler  la  gloire  immortelle  de  ses  illustres  ancètres. 
Victorieux  des  Romains,  rieu  ne  résiste  â  la  valeur  de  ses  arrnes  et  il 
embrassela  conquèie  du  monrle  entier  dans  srs  folles  convoilises.  Mais  la 
mauvaise  fortune  arrète  le  cours  de  ses  liauts  faits  ori  Argos%  où  il  est 
atteint  par  unc  tuilc  fatale  lancée  par  la  niain  d’une  vieille  femme  et  un 
esclave  obscur  lui  tranclie  la  tète.  II  n'a  pas  voulu  écoutcr  les  sages  conseils 
dc  son  confident  et  ami  Cgnéas  qui  condamnait  la  fragilité  de  son  oeuvre 
de  conquète  qui  serait  fatale  à  sa  propro  vie  et  à  oolle  de  tant  d'innoccnts  : 

Mès  si  per  tot  aqo  jo  no  cambié  mon  sens. 

Aumens  tu,  legido,  d’aqeste  breu  discos, 

Apren  y  de  reggla  de  ta  vita  Io  cos. 

Brembe’t  quelos  Gigans  montz  sur  montz  anonsauan, 

E  prene  dam  las  dens  las  estelas  cuclauan, 

Quant  Jaus  lo  Haut,  toant  sur  etz  arrevirèc, 

Las  môlas  deus  arrocs,  e  totz  los  esclaliec. 

E  que  Diu  lo  cosselh  e  lo  perpensament 
Deus  hômes  superbios  destruca  en  vn  moment. 

Mais  si  pour  tout  cela  jc  n’ai  pas  changè  de  sentiment, 

Au  inoins,  toi  Iectenr,  apprends  par  cc  hreí  discours 
A  régler  le  eours  de  ta  vie. 

Souviens  toi  cpie  les  (lCants  cntassaients  monts  sur  monls, 

S’clTorçant  de  saisir  les  étoiles  avec  les  denis, 

Duand  Jupiler  le  Ilaut,  tonnant  renversa  sur  eux 
La  masse  dcs  rochers,  et  les  écrasu  tous. 

Kt  tjiie  Dieu  détruit  en  un  moment 

Les  projets  et  Ies  calculs  des  hommes  supcrbes. 

(1)  Pyrrhus  a  êté  le  plus  grand  capitaine  de  son  teinps,  au  jugemcnt  même  d’An- 
nibal  qui  le  mettait  iiniiiédiatemcnt  après  Alexandre  et  devant  lui,  apparemment  par 
modesue.  11  avau  joint  la  dclicatesse  des  négociations  à  lascienee  dela  guerre;  mais, 
avec  cela,  il  ne  put  jamais  se  faire  uit  établissement,  solide.  S’il  savaìt  gagner  des 
combats,  il  perdait  lefruii  de  la  guerre;  s’il  aiiirait  des  peuples  à  son  alliance,  il  ne 
s.ivait  pas  les  y  mainlenir.  Ses  dcu.v  beaux  taleuts,  employés  hors  de  saison,  rui- 
naient  l’ouvrage  l’un  de  l’aulre. 

Quand  il  avait  êprouvé  ses  forces  heureusemenl,  il  songeait  aussih'it  à  négocier, 
el  conime  s’il  eut  été  d’intelligence  avec  ses  enncmis  il  arreiail  ses  progrès  lui-même. 
Avait-il  su  gagner  l'atlectiou  d’un  ponplef  sa  première  pensée  éUiit  dê  l’assujetiir.  li 
arrivait  de  la  qu’il  perdait  ses  amis  sans  gagner  ses  ennemis,  car  les  vaincus  prenaienl 
I’esprit  des  vamqueurs  et  refusaient  la  pàix  qii’on  leur  oíírait;  et  ceux-là  reliraient 
non  seulement  leur  assistance,  mais  cherchaicut  à  se  défaire  d’un  allié  (jui  se  faisait 
sentir  un  vrai  maitre. 

L!n  procédé  si  extraordinairc  doit  s’attribuer  eu  parlie  au  naturel  de  Pyrrhus.  en 
pariie  aux  difT  ;rcms  iutêreis  de  scs  ministres.  II  y  avait  p:*ès  de  lui  deux  personnes, 
entre  les  autres.  dont  il  prenait  ordinairemeiUles  avis  :  Cynèas  et  Milon. 

On  pourrait  dire  en  sa  faveur  qu’il  a  eu  affaire  à  des  nations  pnissantes  qui  se  trou- 
vaient  plus  dc  ressources  qne  lui.  On  pourrait  dire  qu  il  gagnait  les  combats  par  sa 
vertu;  mais  qu’uu  faible  et  pelit  Etat  comme  le  sien  ne  lui  dounait  pas  les  moyens  de 
pousser  à  bout  une  longue  guerre.  Quoiqu’il  en  soit,  à  le  regarder  par  les  qualités 
de  sa  personue  et  par  ses  aciions,  <;a  été  un  prince  admirable  qui  ne  cède  pas  a  un  de 
i'aniíquité.  A  considérer  en  gros  le  succès  des  desseins  et  la  tin  des  affaires,  il  paraitra 
souvent  malhabile  et  perdra  leaucoupde  rèpiuation.  Kn  effet,  il  occupa  la  Alacédoine 
et  en  íut  chassé;  il  eut  d’heureux  commeiicemerils,  en  Italie,  d’où  il  lui  fallut  sortir; 
ii  se  vit  maitre  de  la  ïncile,  oû  il  ue  put  demeurer.  (^aiut-Evremond.; 

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Arré  plus  not’  dira  ma  lenga  desastruga, 

Perqe  plus  volegâ  no  s’  pot  tant  es  eixûga. 

Ma  langne  nialheureuse  ne  te  rìira  plus  rien 

('a v  elle  nepeut  t»lus  se  reinuer  tant  elle  est  sèelie. 

Annibal  lui  sucoòde  à  son  tonr;  cheí  dos  Carthaginois,  cegénéral  illustre, 
ennemi  implaeable  des  ltoni:iius,  fait  Io  semient  de  détruire  le  plusformi- 
dable  ot  le  plus  puissant  dos  empires.  II  engago  eontre  eux  une  guerre 
achamêo  et  sans  nterei.  Trêbbio,  Trasimène  et  Cannes  sont  autant  d'étapes 
victoriousos  qui  assurent  sou  triomphe.  Mais  il  ost  foreô,  la  mortdans  lïime, 
do  quittor  ritalie  que  sou  pied  vainqueur  foule  dopuis  seize  ans  pour  allor 
dèfendre  Carthaf/e ,  menacêe  par  un  ennemi  audacieux,  Scipion  V Africain. 
Ce  jeune  soldat,  à  la  tête  d'un  ramassis  de  vagabonds,  plus  aveutureux 
qu'habile,  inílige  à  Annibal  le  Yictorieux  une  hontense  dêfaite. 

Telle  est.  rinsconstance  et  rinstabilitê  des  choses  d'iei-bas,  ajoutera  le 
philosophe  moraliste  en  meltant  dans  la  bouclie  d'Annibal  les  réflexioiìs 
suivantes  (1)  : 

Combien  (pio  lu  haut  Diu  «*s  on  sou  estoment, 

Porpotuau,  constnnt,  e  ses  nat  eambiamont  : 

Kt  a  poi’  sa  segûra,  e  certana  ordenansa, 

Yolùt  assubjegîi  noste  seolo  a  niudansa  : 

Perque  rhômo  vozent  coin’  lo  monde  rodeja, 

K  d  un  continuau  mauement  so  torncja, 

Anga  leuan  au  Côu  son  <eilh  eontemplado  : 

Admiràn,  e  lauzan  Ia  harga  e  u  hargado, 

Heconnnis  cpie  lo  1  )iou  haut  ost  (seul)  en  son  état 
Pcrpétucl,  eonstaut  et  inmiuable  : 

II  a  par  son  ordonnaneo  assurée  ot.  cortaino 
Yoiiln  souniottrc  notrc  siòele  à  riustabilité  : 

Poiir  que  rhoinme  voyant  eonnne  le  nioude  oseille. 

Kt  s’agite  d’un  eontiuuel  inouveineni, 

Allât.  levant  au  eicl  son  <jeil  conteniplatif, 

Adinirer  et  louer  rouvrier  el  sou  o'iivre, 


(1)  Si  le  inòtior  de  la  guorro.  tout  «'clatant  qu’il  ost,  méntait  senl  do  la  eonsidéra- 
lion,  je  iie  vois  personne  ehez  les  aneiens  qu’on  put  nsisonuableinent  lui  pr«'*férer; 
mais  eelui  (pii  sait  le  mieux  n’est  pas  neeessairenieut  leplus  grand  honune.  l.a  beauté 
de  l’esprit.  la  grandeur  do  rânie,  la  magnaniniitê,  le  désintéressement,  la  justice,  une 
eapaeité  qui  s’etend  à  tont  font  la  meilleure  partie  du  mêrite  de  ces  grands  hommes. 

ïsavoir  simplemeut  tuer  des  gens,  être  plus  entendu  que  los  autres  à  désoler  ia 
soeióté  et  à  détruire  la  nature.  e’ést  exeeller  dans  une  scienee  bien  funeste.  11  faut 
(|ue  l’applicaiion  dc  cette  seienoe  soit  juste,  mt  du  moins  honnéte;  qu’elle  se  tourne  au 
bien  même  de  eeux  qu’elle  assujettit.  s’il  est  possible;  toujonrs  à  rintérétde  son  pavs 
ou  à  la  nécessitó  du  sien  propre.  Quand  elle  dovient  l’emploi  du  caprice.  qu'elle  sèrt 
au  dérèglement  et.  à  la  fureur,  (piand  ello  n’a  pour  but  que  de  faire  du  mal  à  tout  le 
monde,  alors  il  lui  faut  òter  cetto  gloire  qu’elle  s’attribue  et  la  rendre  aussi  honteuse 
qu'elle  est  injuste.  Or,  il  est  eertaiu  qu’Aimibal  avait  peu  do  vertus  et  beaucoup  de 
vices;  rinfidélitó,  l’avarice,  une  cruauté  souvenl  nócessaire,  totijours  naturelle.  (Saiut 
Evremond.) 


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Qui  lo  monde  sosten  en  balans  e  concordia, 

Per  reciprocation  entrelàs  e  discordia  : 

E  pux  en  sy  inedix  debaràt,  plus  no  puje, 

Au  seti  de  superbia,  an  sas  alas  estuje, 

La  crenensa  de  Diu  tostem  aja  encorada, 

IMore  sa  condition  ta  mau  assegurada, 

Pensc  cjue  si  phlorix  l>elòu  no  granarà, 

Si  Rey  ès  oey,  belòu  donian  crabè  sera . 

Lui  qui  soutient  Je  monde  en  équilibre  et  concorde, 

Par  compensation  de  nos  conflils  et  discordes, 

Que  descendant  en  Ini-méme,  plus  il  ne  s’élève 
Jusqu’iiu  siòge  du  superbe;  et  cachant  ses  ailes, 
fjue  la  crainte  de  Dieu  soit  toujours  dans  son  copur, 

(Ju’il  dépiore  sa  condition  si  mal  assurée. 

Et  pen.se  que  s’il  íleurit,  peut-étre  ne  grainera-t-il  pas, 

8’il  estroi  aujourd’hui,  peut-étre  sera-t-il  chevrier  demain  .  .. 


Mais  le  Poète,  ivestime  pas  sa  preuve  suflîsante;  il  croit  devoir  y  joindre 
un  autre  exemple.  II  nous  montre  le  riche  et  puissant  Crésus  réduit  en 
esclavage;  son  heureux  vainqueur,  Cyrus ,  est  dêcapité  par  unefemme  et  sa 
tète  noyée  dans  un  baquct  de  sang.  Cet  horrible  spectacle  lui  iuspirera  les 
sages  paroles  : 

Sang  que  tenguedéués  pretios  e  sagrat  : 

Sang  deus  homes  que  Diu  a  heitz  à  sa  setnblàsa, 

Aus  qaus  porta  deués  per  natura,  amistansa. 

Lo  lop  deu  lop  no  minja,  e  l’vn  e  l'aute  no  cassa, 

Mès  los  hômes,  qui  sonn  totz  d’ua  medíxa  rassa, 

Se  tarròiìan  tostem  :  è  tu,  qui  près  auès 
De  Diu  vn  grann  podé,  don  los  liomes  deués 
Mantengue  en  bona  patz.  n’es  estat  bon  ny  dos, 

Ans  t’es  constituit  cap  deus  massacrados  : 

Deqia  l’liora,  que  Diu  de  tos  maus  sadôràt, 

Ses  plus  te  compostaton  cap  m’a  deliurat. 

Aixi  tu  serviras  oey  mes  d’ensenament 

Sang  que  tu  devais  tenir  ponr  précieux  et  sacré  : 

Sang  des  lioinmcs  que  Dieu  flt  à  sa  ressemblance, 

Auxquels  tu  devais  naturellement  porter  affeciion. 

Le  loup  ne  mange  pas  du  loup,  i’un  ne  chasse  pas  l’aulre, 

Mais  les  hounnes  qui  sont  tous  d’une  méme  race 
Se  querellent  constamment;  et  toi  qui  avais  reeu 
De  Dien  un  grand  pouvoir,  qui  devais  maimenir 
Les  hommes  en  bonne  paix,  tu  ne  fus  ni  bon  ni  doux 
En  te  constituant  chef  des  massacrenrs  : 

Jusqu’à  l’heure  oii  Dien.  saoulé  de  íes  criin<»s, 

Ne  te  supportant  plus  m’a  livré  ta  téte. 

Ainsi  tu  serviras  aujourd’hui  d’enseignemeut  à  tous, 


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A  totz,  que  lo  mau  ha  110  dura  longament  : 

Qu’en  toms  bêt  creiìe  qau  lo  cambi  de  la  líia; 

Que  lo  Mond’  n’es  constant  qu'en  l’incostâlia  suà, 

E  q’èt  se  qau  hizà  solament  en  l’njuda 
Dêu  qui  es  lo  qui  es,  o  jamês  no  se  muda. 

Quc  le  nial  faire  ne  poiit  durer  longiicment  ; 

Qu’il  faut  craiinire  au  beau  tempsle  eliangement  de  la  lnne  : 

Que  le  monde  n’est  coustani  que  dans  son  inconstance, 

Et  se  eonfter  seulemcut  â  rassistanee 

l)e  celni  qni  est  le  maitrc  et  jamais  ne  clinnge. 

II  nous  peint  ensuite  de  rnain  de  maître  St/lla,  le  dictateur  (Vexécrable 
méruoire  : 


Per  vcze  cruzautat  de  sang  human  txopada, 

Dam  son  cap  iierissau  c  dam  sa  man  hcrrada, 

Damb  aqetz  oeilhs  arrois,  los  qaus  tostem  buéjan, 

E  tostein  lam  de  hoec  devorada  dardcjan  : 

De  my  Sylla  Roman  qaleré  rècita, 

La  descridada  vita,  e  no  pas  imita  : 

Mès  lo  ben  dam  lo  mau  eompara  propriament, 

Pev  vezeprop  de  l’un,  l’auto  plus  claramcnt, 

Pux  scgui  lo  eamin  de  pauc  de  gens  batut, 

Per  on  van  los  amiczde  l’antiqa  vertut . 

Pour  voir  )a  cruauic  de  sang  liumain  trempée, 

Avec  sa  lète  liéiissèc,  ct  sa  main  armèe  dc  fer, 

Avec  ces  yeux  rouges  qui  toujours  ciincellent. 

El  toujours  lancent  ics  flammesd’uu  feu  dévorant  : 

II  faudrnil  contcr  la  vic  déshonorée  de  moi, 

.Sylla  de  Romc,  et  nc  pas  l'imiter  . 

De  plus  comparer  lc  bien  et  le  mal  avec  discernrment. 

Pour  dislinguer  run  à  rótc  dc  l'autre  plus  clairemem. 

Puis  suivre  le  chemin  par  peu  de  gens  battu, 

Par  oû  \  ont  les  amis  des  \ertus  antiqiics  .... 

La  lutte  êtait  cngngée  entre  les  privilèges  de  l’aristoeratie,  dont  Sylla  fut 
le  chef,  et  les  revendicalions  de  la  démoeralie  romaine.  II  raeonte  comment 
sa  bonne  fortune  et  le  nom  de  Rome,  qui  rêpandait  partout  la  terreur,  lui 
aequivent  une  rêputation  qu’il  souilla  en  tyrannisant  ses  eoneitoyens.  Ses 
exploits  féroces,  lissus  d'abominalions,  Hrenl  tout  plier  sous  sa  tyrannique 
volontê. 

Le  Poète  fait  intervenir  le  Dieu  de  elêmenee  et  de  justice  qui  inílige  le 
juste  châtiment  réservê  au  eriminel  qtii  abuse  de  son  autorilé  : 

Més  Diu,  lo  jutgc  iust,  k  qui  son  odios 
Totz  aqetz  qui  no  son  misericordios  : 

Mais  Dieu,  le  juge  équitablc,  à  qui  sont  odieux 
Tous  ceux  qui  ne  sout  pas  miséricordieux; 


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Diu  lo  hort,  qui  croixis  las  aussas  deus  plus  grans, 
Lou  grana  auctoritut  pcr  vici  denigrans. 

Diu  lo  tot  podéros,  qui  son  verdue  aguza 
A  l’encontra  daqèt  qui  do  sa  horsa  abuza, 

Diu  qui  de  noste  cap  tot  los  peus,  e  las  gotas 
Deu  sang  escampilhat  ha  plan  códadas  totas, 

Lo  Diu  plen  de  bontat,  do  dosso,  de  clementia, 

Diu  qui  los  mau  uiuèns  demòra  a  penitentia, 

Per  los  prene  a  mercè,  me  vezen  obstinat, 

Aus  tormens  Eternaus  acy  m'a  dostinat. ... 

Dieu  le  fort,  qui  brise  les  os  des  plus  grands 
Dêshonorant  par  leurs  vices  Jeur  grande  autorité, 

Dieu  le  tout  puissant  qui  aiguise  sa  sentence 
Conlre  celui  qui  abuse  de  sa  force; 

Dieu  qui  de  tous  les  cheveux  de  uotre  téte  et  des  gouttes 
De  sang  prodiguè  tient  un  compte  íìdele, 

Le  Dieu  plein  de  bonté,  de  douceur,  de  clémence, 

Pour  les  mal  vivants  qu'il  attend  â  pênitence, 

Afin  de  les  recevoir  à  merci,  nie  voyant  obstinè 
Aux  tourments  éternels  ioi  m’a  destiné . 


11  s*apei\‘oil  maintenant  combien  tnen.songère  était  Fécole  d’Epicure,  et  le 
voilà  plongé  dans  les  tênèbres  avec  les  méchants  de  toufes  lesépoques, 
aussi  nombreux  que  le  sableamoncelè.  Néron ,  le  meurtrier,  est  du  nombre, 
et  il  se  trouve  accouplé  à  Hérocle,  le  cruel,  dont  le  corps,  comme  le  sien, 
devint  avant  sa  mort  la  proie  de  la  vermine  immoude,  justicc  mystérieuse, 
implacable,  expiatiou  méritée  : 

Ob  celesta  vindicta,  o  laget  rigoros 

Oh  bras  hort,  oh  bras  dù,  com  es  tu  tant  iros  ? 

Tu  no  prometes,  las,  a  digun  ignora, 

Que  lo  maixant  comensa  en  vita  d’endurà 
La  meritada  pena,  et  pux,  lo  maluros, 

Ses  acaba  jamòs,  hè  de  grans  cridz  ploros. 

Amic,  au  mau  d’autru  pren  bon  exemple  e  pensa, 

A  nios  ensenamens,  e  ]>er  ma  recompcnsa 
Hém  aqueste  plazé,  comben  que  méritat 
lo  n’c  pas,  que  de  ray  prengas  nada  pietàt  : 

Oh!  cèleste  vengeance,  oh !  flêau  rigonreux! 

Oli!  bras  forl,  oh !  hras  terrible,  comment  es-tu  si  irrité  ! 

'l'n  nous  promets,  lièlas !  personne  ne  rignorc, 

Quc  le  inéchant  commence  dans  cette  vie  à  supportcr 
Scm  chàtiment  mérité;  et  puis,  le  malheureux. 

Sans  achcver  jmnais  fait  de  grauds  cris  pleureurs. 

Anh,  prends  bon  exemple  au  mal  d’autrui  et  pense 
\  mes  enseignements,  et  pour  ma  rêcompense 
Fais-moi  ce  plaisir,  quoiqueje  n’ai  pas  mèritc 
Que  tu  prennes  de  moi  nulle  pitió; 


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—  38  — 


Ma  vita  legissèn,  destinta  de  1‘historia 
Mon  nom,  perqè  de  my  jamès  no  sia  memoriâ. 

Aprèsavoir  lu  ma  vie.  efface  de  l’histoire 

Mon  nom,  pour  qu’il  n’v  ait  de  moi  jamais  souvenir. 

Jules  Cèsar  lermine  la  série  des  Hêroïdes  de  Garros.  Cet  empereur 
romain  est  considéré  à  juste  raison  comme  un  des  homrnes  les  plus  prodi- 
gieux  de  l'histoire  : 

Io  son  Cifisar,  prumé  Roman  Emperadó, 

De  la  horto  Nation  Gaulica  vincedo . 

Je  suis  César,  premier  Empereur  Romaiu, 

Vainqueur  de  la  forie  Nation  Gauloise... 

Maitre  de  la  Gaule,  il  s'empare  avec  un  égal  succès  de  la  Germanie.  A 
la  tète  de  ses  vaisseaux  il  se  dirige  sur  l’Anglelerre  pour  lui  faire  subir  le 
mème  sort,  mais  durant  la  traversée  il  est  assailli  par  une  tempète  : 


A  dus  didz  de  la  mort  nos  botam  per  trassa 
Lo  pregond  saliât,  qu’auèm  à  trauessà  : 

Mès  encoà  n'auem  pas  mas  bareas  longament 
Trencàt  los  gràs  gorgatz,  quàt  los  ves  sobtamet 
Neytaument  deleixèn  vooytas  los  crozatèras, 

Per  vengue  sur  la  mà  raescla  granas  hurguéras; 

Aqui  totz  encobitz  s’esperrecan,  se  tuman 
Impeturosament,  e  los  ayres  encruman. 

De  nostes  ceilhs  sescon  la  lua  dimercrèra. 

La  cloca  no  vezcm.  n’auzcm  que  periclera  : 

La  mà  hramae  1x>rix,  corrossada  e  dcrqoza  : 

Contra  ma  nau  s’en  ven  la  vâga  teni[>estoza. 

Qui  cudèc  dequiau  cèu  mas  gens  e  inv  iansà; 

Pux  au  lac  Tartaric  d  un  cop  nos  ahonsà. 

Alabètz  cobezia,  alal}ètz  ambition 

Nous  nous  minies  à  deux  doigts  de  Ia  mort  pour  frauchir 
Les  profondeurs  salècs  que  nous  devions  traverscr; 

Mais  rnes  barques  n’avaient  pas  encore  pénibleinent 
Franchi  les  grands  gmiffrcs,  que  lcs  vcnts  subitemeiit 
Pendant  la  nuit,  s’ccliappcrent  ilc  leurs  antrcs  vidcs, 

Pour  veiur  sur  la  mer  se  méleren  grands  chocs; 

Et  là  tous  réunis  ils  se  clcehircnl,  se  henrteiit 
Impétueusement,  obscurcissaut  lesairs, 

La  lune  indicatrice  se  dcrobe  à  nos  yeux. 

Nous  ne  voyonspas  la  plciade,  nous  n'etiletidons  <pie  le  lottnerre 
I.a  mer  mugit  ct  bout  coui  roucce  ct  ímieuse; 

La  vague  se  préeipite  leinpetueuse  contre  mon  vaisscau 
I.t  faillit  lanccr  incs  gcns  et  nmi  jusqu’au  cicl, 

Puis  nous  enfoticer  d’un  coup  dans  le  lac  du  'J'artare. 

Alors  con\oitise,  alors  ambition 


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--  39  — 


Me  cajoc  aus  talos,  e  de  gran  dévotion 
Ajullat,  a  Neptum  e  Triton  suppliqê, 

Que  m’  tregossan  d’aqui,  pux  que  m'licssan  auqô  : 

Mas  tapèc  que  lo  Céu,  dauant  embereât, 

Mustra  se  coiumensèc  vn  pauc  asséreât, 

Mès  cobès  quo  dauant,  è  mes  plen  d’ambition, 
lo  debrebe  Neptun,  Triton,  è  devotion. 

En  pauc  de  tempsau  port  dèsirat  pervengû, 

En  brac  horsadament  los  Anglès  costrengù, 

Paga  tot  au  tribut  à  nosta  gent  Homana . 

Me  lombêrerit  atix  talon>;  etdegntnde  d  '-votion, 

Agenouillé,  je  suppliai  Neptune  et  Tnton 

De  me  sauver  de  lâ  et  qti’ils  me  fissent  gardenr  d’oies; 

Mais  sitôt  qne  lc  ciel,  d’abord  si  envenimê, 

(,‘ommenea  à  se  montrer  un  pcu  rassérêné, 

Plus  convoiteux  qu’avant,  elplusanimê  d’anibition, 

J’oubliai  Neptune,  Triton  et  dévotion. 

J’arrivai  en  peu  dc  temps  au  port  dòsiré, 

Et  contraignis  vivemcnt  etpar  la  forcc  les  Anglais, 

A  payer  tout  tribut  à  notre  peuple  Homaln . 

Cela  fait,  il  éteint  Ia  guerre  eivile,  se  rend  maitre  de  Rome,  de  lTtalie  et 
soumet  TEspagne.  Les  victoires  de  Phnrsale ,  de  Thapsus  et  de  Munda 
lui  assurent  la  dictature  et  la  puissance  suprème.  Après  avoir  soumis  le 
monde,  Cè-sar  se  proposait  dTinir  tous  les  peuples  dans  la  mème  vie  poli- 
tique  et  morale  en  leur  donnant  à  tous  les  lois,  la  langtie  et  la  civiiisation 
de  Uome,  mais  Ia  mort  interrompit  ces  vastes  projets.  LTMexandre  d'Occi- 
dent  n’eut  pas  plus  que  l'autre  le  temps  d  acliever  son  oeuvre. 

Le  Poète  gascon,  fait  intervenir  ici  !e  grand  enseiguement  qu'il  tire  de 
ee  rève  de  domination  universelle  et  niet  en  évidence  le  néant  qui  accom-' 
pagne  cette  épopée  de  gloire  bâlie  sur  un  sable  mouvanl(|ue  le  vent  empovte 
au  premier  souflle  : 

Mès  pauzèni  nos  acy,  per  sabe  que  m’  bastéc, 

Mon  goerreja,  qui  grans  territoris  goastèc; 

Que  m’  vau  d’auè  croixit  lát  d’armas  barbarescâs; 

D’aué  portàt  ta  lon  las  Aqlas  Romanescas, 

Ny  d’aué  goazarìat  tant  e  tant  do  bathalas, 

Este  passat  per  tòt  com  lo  hoec  per  las  palhas, 

Mais  ici  faisons  haltc,  pour  savoir  ce  que  m’ont  donné 
Mes  guerres  qui  ravagèrent  de  vastes  territoires, 

Que  me  vaut  d’a\  oir  détruit  taut  d’armèes  de  barbares, 

D’avoir  porté  si  loin  les  aigles  romaines, 

D’avoir  gagné  tant  et  tant  de  batailles, 

D’étre  passé  partout  comnie  le  íeu  par  les  pailles, 


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N y  d’aué  goazanat  en  Roma  cinq  vegadas, 

E  pux  moii  traucat  de  vint  e  très  dagàdas, 

So  que  perdemustrà,  que  la  gloria  mondana, 

N’es  arrè,  so  que  hum,  que  mina,  e  pompa  vana  (1). 

Ou  d’avoir  triomplió  dans  Rome  par  einq  fois, 

Et  puis  de  mourir  frappé  de  vingt-trois  eoups  de  poignards, 

Sinon  de  démontrer  que  la  gloire  de  ce  monde 
N’est  rien  que  fumée,  apparence  et  pompe  vaine. 

Ces  six  Hêroides  nous  paraissent  forl  belles  et  font  le  plus  grand  hon- 
neur  à  leur  auteur,  car  clles  sont  le  digne  pendant  des  Psaumes.  Le  philo- 
sophe  n  emprunte  pas  à  rantiquité  son  ton  épique  et  lyrique,  pas  plus  que 
les  règles  scolasliques  des  docteurs  cs-sciences,  il  ne  lui  demande  que  les 
aphorismes  de  bon  sens  pratiques,  les  leçons  de  morale  et.  de  vertu.  II  se 
rapproche  parfois  de  Du  Bartas ,  son  compatriole,  par  la  grandeur  de  ses 
idées  et  la  sévère  morale  de  ses  lecons;  il  atteint  ainsi  lcs  rêgions  des  sen- 
timents  nobles  et  des  passions  viriles. 

Le  grave  ìnagistrat  n'cmploiera  pas  toujours  un  ralionalisme  sévère  qui 
proscrit  toute  poésie  légère  ou  riante,  toute  coniposition  gracieuse  et  senti- 
mentale,  car  nous  posscdons  de  lui  Huit  Erjloyue* ,  à  riniitation  de  Thèo- 
crite  et  de  Virc/ile.  Mais  dans  ce  nouveau  genre  qu’il  traite,  il  n'oubliera 
pas  à  roccasion  dappliquer  ses  picccptes  de  morale  et-de  vertu;  le  vase  ne 
conserve-t-il  pas  à  janiais  rempreintc  de  la  première  liqueur  dont  il  tul 
rerapli  ? 

Garros  vivait  à  une  êpoque  troublée,  désastreuse.  Le  ilcau  dc  la  guerre 
ètait  déchainé  et  nccessitait  lc  passage  incessant  de  troupes  suivies  dc 
bandes  de  pillards,  véritables  bandits  altaebês  aux  llancs  des  annêes 
connne  la  lèpre.  Ce  sont  les  dépradations  commises  par  ees  scclcrats  qui 
vont  faire  robjet  de  la  Première  Egloguc  qui  esl  un  clialogue  à  cinq  pcr- 
sonnages  :  Eixinet ,  Condorine ,  Catherine ,  tìuiraude  et  Mananton. 

La  seène  commence  par  Ies  iinprccations  des  villageoises  à  radressedes 
pillards  auteurs  de  lcur  ruine  ct  dc  leur  niiscre.  Eiles  passent  eu  revue  les 


(1)  CCsar.  soit  par  son  tompCramenl,  soit  pour  avoir  snivi  los  opiiiions  d’Epicuro, 
n'altondit  rien  desdieux  eu  oeite  vie  et  se  mit  peu  en  peino  <le  ee  <|iii  devait  arriver 
en  l'autre.  Lncain  le  représenle  au  siêge  d<‘  Marseille.  la  ha<dte  à  la  ìnain,  dans  un 
hois  saer<*,  oû  <lounnnt  ies  premiers  ooups,  il  ineiuii!  I<*s  soldais  saisis  d’unc  secrete 
horreui  <lc  la  ndigiou  par  des  parolesassez  inipies.  SaLlastn  lui  fait  dire  que  la  inort 
est  la  Hn  de  t<»us  les  inaux;  <praii-<lelâ  il  ne  reste  ni  souei  ni  seniiment  pour  la  joi<‘. 
Mais  coiiune  les  honiiues,  <jueh|ii<*s  grands  qu’ils  soient.  comparés  les  uns  aux  autres. 
sont  toujours  faibles.  défeeliieux.  eontraiies  a  eux-inême>.  sujets  â  rerreuroua 
rignoranee.  César  fut  Ironblé  d’un  songe  <|iii  1  iì  prCdisait  rEmpireel  se  moqua  de 
<•01111  de  sa  mort.  Sa  vie  répomlil  assez  à  sa  civanee.  Vêritableinent,  il  ful  niodèrê  en 
des  plaisirs  indiffêrents;  mais  il  ne  se  dénia  neniles  volii]»t<  s  qui  le  touebaient.  ("esi 
ee  qui  lil  faire  à  Caiulle  lant  d’êpigranimcs  conlre  I « i ì .  et  il’oû  vint  à  la  íin  ee  b<m 
mol,  que  Cesar  ètait  la/emme  de  tous  les  maris,  et  le  ntari  de  tuules  lcs  Jcntmes. 
(Saint  Evremond.) 


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I 


châtiraents  flignesde  leurs  forfaits  et  racontent  tour  à  tour  les  raéfailsdont 
cllesont  èté  les  victimes  de  la  part  de  leurs  bourreaux  : 

GUIRAUDA 

. . ,  :  Ets  m’an  botada  au  polh, 

Etz  no  rn’an  leixat  vn  esquindrolh 
Per  caperà  deus  enhans  las  vergoitas; 

Mes  de  pietat  auré  de  las  cavronas 
Vn  gros  mostin,  ou  corbàs  ahainàt, 

Qu’etz  n’an  de  inon  mainatge  eixarramat. 

CATOY 

Ah  lo  raaixant  arregaiiat  vilan, 

Qui  nos  prengoc  las  bestias  de  la  lan. 

Pux  Arriuet ,  qui  las  volé  dehene, 

Tot  estripat  per  terra  hèe  estene; 

Noste  Avriuet,  can  beroy,  can  gentin, 

Que  plan  sabês  goardà  noste  cortiu. 

E  de  la  viiìa  e  deu  cazau  lo  pas 
E  mes  deu  camp  :  Mos  no  t’  desplassia  pas 
Tort  nos  a  heyt  de  nos  dezemparà  : 

Dain  nos  deûes  atimentiis  demorà 
Deqià  qu’aurèm  un  canot  de  ta  rassa, 

Qui  coma  tu  dès  au  vopàt  la  cassa  : 

Mès  tot  condàt,  à  mort  t’es  volut  dà, 

Quant  tu  n’auès  arre  plus  que  goardà. 

liLIRAt’DI-: 

. :  Iís  tn’ont  mise  au  poux, 

Ils  ne  m’ont  pas  mémc  Jaissé  une  guenille 
Pour  couvrir  Jes  nudités  des  enfants; 

IMus  de  pitié  auraient  des  charrognes 
L  n  gros  maiin  ou  le  corbeau  alîamê 
í^u’ils  u’en  ont  eu  de  mon  ménage  fcaccagê. 

(  ATIIHUINE 

Ali!  le  ìnéclianl  ct  vilain  brutal 
Qui  nous  prit  nos  bètes  à  laine. 

Puis  Arricct,  voulant  les  défeiulre. 

I.es  iit  tomber  par  terrc  éventrées; 

Notre  Arrivet.  chien  beau,  chien  vaillant, 

(Jui  sa\ait  si  bieu  ganler  notreècune, 

I/accès  du  jardin  coiunie  tle  la  vigne, 

Kt  mème  celui  (les  clinmps  :  Mais  ue  t’en  (Dplaise 
Tu  uous  a  fait  tort  en  nous  abandouuant; 

Avec  nous  tu  devais  au  uioins  deineurer 
Jnsqti’a  ce  q»ic  nous  eussions  uu  eliien  de  Ui  race 
Ponr  donner  connne  toi  la  chasse  au  renard  : 

Mais,  tout  compte  fait,  tu  t’es  li\réà  la  mort 
Dès  que  tu  n’eus  plus  rien  à  garder. 


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GUIRAUDA 


Ah  lo  poytron,  truant,  raau-acaràt, 

Dejà  m‘aué  l’arcatxis  encarat, 

Per  me  ha  dize  on  eran  esconutz 
Nostes  linsos,  mès  etz  eran  venutz; 

Més  lo  Tacan  qan  arrè  no  trobauà 
Los  gresilhos  totz  cops  me  prezentauà. 
Agulhoan  d'un  gros  puàt  cotet 
Qu’aué  panàt,  liélas,  lo  ganitet 
Dc  in y  mesldssa  :  entretant,  mon  marit 
Per  la  horest,  hugè  tot  espaurit  : 

E  ses  espia  }>er  qin  loc  et  passaua, 

I  ot  au  trauès  deus  brocz  s'esperrecaua. 
Home  n’a  pas  tant  de  glazi  qan  toa 
Ny  ia nt  los  oeilhs  la  craba  q’an’  orroà 
Hé  blanqejà,  eoma  labetz  jo  prauba. 

I*rop  dela  mort,  colo  mentida,  è  hauba. 

CONDORINA 

Ah  lo  gahec  qui  tot  nos  horratgee, 

E  tot  lo  so  de  la  borda  hotgec; 

Deqia  trobec  la  pauqeta  veixera 
Qui  nos  hé  plan  ara  grossa  nessera; 


Ol.lHALUI-: 

Ah!  le  làcbe  Irnant  a  face  ignoble 
Qui  déj.à  m'avait  ajustée  avec  son  arquebuse 
Pour  me  faire  avouer  oii  étaient  cachés 
Nos  draps  de  lit,  mais  ils  étaient  vendus. 

Puisle  scélérat,  commc  il  nc  trouvnit  rien, 

Nfe  montrait  à  tout  coup  le  gril, 

M’aiguiJlonnant  avec  uu  gros  couteau  pointu 
Qu’il  avait  volé,  hélas!  et  la  gorge 
Me  déchirait:  pendantce  temps,  mon  mari 
Fuvait  dans  )a  forét  tout  épouvanté  : 

Kt  sans  regarder  par  oû  il  passait 

II  se  meitait  en  lambeaux  à  travers  les  épines. 

Cn  homrae  n’a  pas  tant  de  írayeur  quand  il  tonne. 

Kt  la  chèvre  qui  a  peur  ue  fait  pas 

Blanchir  les  yeux  plus  que  moi,  alors  malheureuse, 

Kn  facc  de  Ja  mort,  rassurée  en  apparence  et  défaillante. 

coNDonixi: 

Ah!  le  voleur,  qui  tout  nous  fourragea 
Et  qui  bécha  toute  l’aire  de  la  métairie, 

Jusqu  à  cc  quìl  eut  trouvé  notre  peu  de  vaisselle, 

Qui  nous  fait  grandement  défaut  à  présent; 


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—  43  — 


Més  bac  paguéc  :  mon  compay  Mèrigon 
Tot  escauhàt,  ly  dec  d’un  horugon 
Ta  gran  patàc,  qu’ct  lo  hèc  pernabate; 

E  non  a  pas  héyt  mens  â  mes  de  qoate. 
Mès  qu’aurem  heyt?  A  la  hourra  vengon 
Tant  de  buzocz  qui  los  mobles  prengon, 
E  no  leixéc  aqera  lairoalha 
Vn  bec  d’aucat,  ny  cresta  de  poralha 
Mès  lo  compay,  a  la  huta  leugèra 
S’anec  gaudi  deghens  ua  cauartèra. 


Mais  il  le  paya  cher;  mon  compère  Mérignon , 

Tout  échauffé,  lui  donna  d’uue  béche 

lrn  si  grand  coup,  qu’il  le  flt  tomber  par  terre. 

Et  il  n’a  pas  fait  moins  àplus  de  quatre. 

Mais  qu’aurions-nous  fait?  En  foule  viurent 
Tant  d’oiseaux  de  proie  qu’ils  prirent  jusqu’aux  meubles; 
Et  cette  baude  de  larrons  ne  nous  laissa 
Ni  un  bec  d’oie,  ni  une  crête  de  volaille. 

Mais  le  compère,  à  la  fuite  légère, 

Alla  s’abriter  dans  une  caverne. 


Eixinet  est  ua  paysan  au-dessus  de  sa  condition,  doublé  d’un  sage;  il 
reste  indifférent  aux  lamentations  de  ses  voisines,  il  chante.  Que  signifie 
oette  joie  insoiite  au  milieu  des  larmes;  l’intéressé  va  nous  i’apprendre  : 

Sa  vie  n'a  été  qiTune  série  de  préoccupations,  de  tourments  pour 
ramasser  par  son  travaii  quelques  économies  à  ses  enfants  et  ies  augmenter 
tous  les  ans.  En  possession  dc  la  fortune,  de  nouvelles  alarmes  viennent 
Tassaillir  pour  en  assurer  la  conservation.  Bien  et  argent  sonl  devenus  la 
proie  des  pillards;  mainlenant,  libre  de  tout  souci,  il  passe  son  temps  à 
chanter  et  à  regarder  lcs  étoiles. 

Cette  attitude  pleine  de  sagesse  nest  pas  du  goût  des  commères  qui 
continuent  leurs  gémissements.  Eixinet ,  ennuyé,  les  abandonne  pour 
aller  se  promener. 

Le  dénouemenL  est  préparé  par  Tentrèe  en  scène  d'un  nouvel  acteur, 
Mananton ,  qui,  caché  non  loin  de  là,  a  tout  entendu  et  vient  se  mèler  au 
groupe.  Ce  personnage  e>t  syndic  de  son  village,  il  aura  par  conséquent 
l’autorité  néce'ssaire  pour  donner  à  ses  paroles  un  certain  poids.  II  puise 
dans  son  expèrience  et  tlans  scs  sentiments  religieux  des  arguments 
propres  à  relever  Jcur  courage  et  Ieur  inspirer  confiance  dans  des  temps 
meilleurs.  II  voit  dans  ces  épreuves  présentes  le  doigt  de  la  Providence,  et 
il  termine  en  leur  disant  que  lcs  plus  vicux  du  pays  avaient  piédit  les 
malheurs  actuels  : 


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Horlon  aué  de  cent  é  vint  ans  d’atge, 

Quant  me  eondéc  que  son  aujo  rantic, 

Aqet  Bonshom,  què  jamé  no  mentic, 

Aqueste  tems  que  vezem  predizê, 

Més  autabenc  continuan  dizé, 

Qu’auram  en  brac,  ta  grana  patz  en  terra, 

Qu’om  n’aurà  nat  reliquari  de  goerra. 

Labetz  estocz,  arcabas,  jaqs  de  malhas 
Seran  araís,  tx*zois,  haussetz,  èdalhas  ; 

Dam  gariâtz  las  vôps  s’accordaran, 

E  dani  los  Lops  las  Aiiolhas  viuràn. 

Vist  aqet  tems  jo  voleri  mori  t 
Mes  entretant  jo  m’en  vau  ha  bori 
Mas  cauletos.  Voleretz  me  myà  ? 

Mon  co  sentix  l’hora  d  arromiù. 

Forton  avait.  1  age  de  cent  vingt  ans 
Quand  il  nous  conia  que  son  vieil  aicul, 

(  e  bonhommc  qui  jamais  ne  inontit, 

Prédisaitce  temps  que  nous  voyons. 

Mais  aussi  bien  continuanl.  disait : 

Que  nous  aurions  bientòt  si  grande  paix  sur  terre, 

Qu’il  ne  resterait  nulle  trace  de  guerre. 

Alors  estocs,  arqnebuses,  eotes  de  maillcs 
lJeviendraient  charrues,  volants,  bachereaux  et  íaucilles. 

Les  renards  saccorderonl  avec  lcs  coqs, 

Lt  lcs  brebis  vivront  avcc  les  loups. 

Je  voudrais  mourir  ayant  vu  ce  icinps? 

Mais  en  aitendant  je  m’en  vais  fairc  bouillir 
Mes  choux.  Voudriez-vous  me  conduire  ? 

Mon  cstomac  scut  l’heurc  de  ruimner. 

Dans  la  Seconde ,  le  Poèlo  continue  le  inetue  sujct  en  nous  donnant  le 
portrait  du  pillard  de  l’Eglogue  prèccdente  (|u'il  va  nous  tracer  d’après 
nature.  Nous  nc  rechereherons  pas  rorigine  de  ce  lype  qui,  du  reste,  est 
fort  ancienne;  nous  nous  maintiendrons  daus  le  cadre  du  xvie  siècle  où 
nons  lc  retrouvons. 

Sous  le  règnc  de  Fran«;ois  Je,\  indêpendammcnt  des  troupes  â  peu  près 
cnrcgimentèes  qui  formaient  les  lègiotis  et  les  compagnies  franchcs,  quon 
appelail  vieilles  bandcs,  il  y  avait  cncore  daus  lcs  armèes  franqaises  des 
troupes  davenluiiers  à  pied  qui,  connne  les  bandes,  sc  divisaient  en  com 
pagnies  plus  ou  moins  nombreuses.  Elîes  diíîéraient  cependant  deeescorps 
en  ce  qu'elles  étaient  levces  sans  aulorisation  par  d'anciens  oííìciers  qui, 
^ans  appartenir  â  l'armèe  et  saus  commission,  prenaienl  de  leur  propre 
autoritè  le  litre  de  capitairics.  EIIcs  sc  joignaienl  aux  armées  pour  faire  la 
guerre  pour  leur  propre  eoTiptc;  clles  n  etaienl  point  pavèes  par  l'Elat,  ne 
vivaientque  de  pillagcs  ct  se  livraicnt  à  d’hoiTÌbles  cxcès.  Arlots ,  ma/a/i- 


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—  45  — 

drins ,  routiers ,  bandoliers ,  telles  étaient  les  dénomínations  qui  servaient 
à  les  indiviclualiser  et  qui  changeront  selon  les  époques  de  notre  histoire. 
Ces  bandes  ne  se  formaient  d’ordinaire  qn’aux  époques  de  la  guerre,  mais 
il  arrivait  souvent  qu'elles  continuaient  en  temps  de  paix  leurs  acles  de 
brigandages.  Ccs  irrèguliers  n  etaient  en  dèfinitive  que  d  epouvantables 
scèlérats.  c'est  pour  ce  motif  que  Garros  sera  forcé  de  devenir,  dans  cette 
circonstance,  un  peinlrc  rêaliste  pour  meltrc  en  relief  les  appétits  malfai- 
sants  et  les  instincts  grossiers  de  son  sinistre  héros,  Mauberdot ,  ou  Ie 
mauvais  Verdet. 

Aussi,  dès  son  entrée,  nous  fait-il,  avec  le  cynisme  particulier  aux  gens 
de  son  espèce,  sa  profession  de  foi  : 

Bés  plan  vertat  q’ês  eausa  vroza 
De  pescà  qan  l’ayga  és  treboza; 

E  mès  vau  este  pcscatò 
Que  hotjado,  ny  sauniaté. 

No  que  jo  lauze  lo  triqèt 
D’aqetz  qui  pescan  dam  l’anqet. 

Mès  la  pena  jo  trobi  dossa, 

Pesca  deghens  ua  bona  bossa. 

Anga  donq  la  patz  adromida, 

E  per  tòstem  sià  sepelida  : 

Visea  l’arreproè  qui  trota 
Diu  rolfta  mantengue  riata. 

II  est  bien  vrai  que  e’est  eliose  lieiireu.se 
Dc  péctier  qiiand  J’eau  est  trouble; 

Et  ii  vaut  mieux  étre  péeheur 
Que  terrassier  ou  scmenr  de  grains. 

Non  pasque  je  loue  J'allure 
De  ceux  qni  péelient  à  l’liameeon; 

Mais  je  trouve  douee  la  peine 
De  péclier  dans  une  bonne  bourse. 

(Jue  Ja  paix  se  tienne  donc  endornfiie 
Et  soit  à  tout  jamais  ensevelie. 

Et  vive  le  prorerbe  en  vogue  : 

Dieu  reuille  maintcnir  lcs  troublos. 

Et  ce  proverte,  il  Ie  répètera  souvent,  car  il  exprime  son  vceu  Ie  plus 
cher.  II  se  rèjouit  à  la  pensée  qu'il  ne  tranchera  plus  le  ver  de  terre,  pas 
plus  qu’il  n'einploiera  son  temps  â  tailler  la  vigne.  II  préfère  de  heaucoup 
se  livrer  à  Texercice  de  la  lable  devant  un  bon  feu  en  face  de  quelque 
chapon  bien  gras  et  savoureux.  C’esti'e  qui  Iui  fait  dire  : 

Anga  la  picoix,  è  la  gorra, 

Venga  per  niy  la  gorra-borra, 

En  avant  la  bonbanee  et  le  pillage, 

Vienne  pour  moi  le  gâehis, 


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Lo  pavrabist  e  parrabast, 

Sio  ma  noyritud,  ò  mon  past...  . 

Et  le  bouleversemeni  de  fond  en  comble, 

II  sera  ma  ressouree  et  mon  aliment . 

Les  jeux  en  vogue  íe  laissent  imliffêrenl;  il  dédaigne  suriout  les  pênibies 
Iravaux  des  eliamps  : 

Mon  eas  es  arà  ses  gran  pena 
Porta  la  côà  de  padena, 

Au  locde  l’arrolli,  é  la  pala 
De  larrestôt,  é  la  bibala . 

Mon  fait  est  à  prósent  sans  grande  fatigue, 

Eorter  la  queue  de  la  poélo, 

Au  lieu  du  ralissoir  et  de  la  pelle, 

Du  râteau  simplc  ou  biais . 

11  n’endure  plus  maintenant  ni  faim  ni  soif;  il  a  Iroquê  le  clianvre  pour  le 
lin  et  il  dédaigne  la  eape  rousse  grossière  faile  et  tissée  de  poils  de  chèvre. 
Aux  sabots  sans  bride  il  a  substitué  une  belle  paire  de  boltes  qui  le  préser- 
vent  de  la  pluie.  S'il  est  des  derniers  à  table  il  est  des  premiers  au  combal; 
la  guerre  fait  tressaillir  son  corps  car  elle  lui  procure  1  oecasion  de  rapines, 
mais  en  attendant  : 

E  que  sia  atau,  tres  engreixadas, 

Garias  jo  sabi  ajocadas  : 

Aqui  jo  in’  voli  apitarrà 
Dam  aqo  jo  m’  voli  qarrà 
E  quant  los  potz  vnclatz  auré, 

De  patactz  l’hosté  pagaré, 

Jo  condi  volontès  dam  l’hoste 
Mès  que  l’escot  arrò  no  m’  coste . 

Et  qu'il  en  soit  ainsi,  je  sais  jucbécs 
Trois  poules  bien  engruissées  : 

Eà  je  veux  me  rcgaler 
Avec  elles  et  m’en  saouler  : 

Et  lorsque  j’aurai  les  lèvres  humectces, 

Je  paverai  l’hóte  avec  des  coups; 

Je  coinpte  volontiers  avec  l’hóte 
Fourvu  que  Pécot  ne  me  coúte  rien . 


Et  il  compare  la  triste  situalion  dauirefois  avee  celle  d’aujourd’hui; 
quelle  différence  et  que  les  temps  sont  ehangés  à  son  avantage. 

Son  père  lui  faisait  jadis  manger  du  pain  dur,  moisi,  noir,  que  les  chiens 
auraient  refusé.  Les  ardeurs  du  soleil  negàtent  plus  la  peau  de  son  échinc 
en  fauchant  les  blés;  il  ne  sue  plus  en  battant  son  íléau  sur  1  aire  pendant 


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que  l’ardente  canicule  brûle  la  terre  desséchée.  II  n’entend  plus  sa  femme 
le  poursuivant  de  ses  reproches  sur  sa  paresse  : 

Arâ  ma  molhé  mau-capsada 
No  m'  prezenta  la  croixada  : 

Dara  sos  petz  no  ra’  toca  maytiàs 
E  no  m’  hè  beue  sa  vexiàs 
Longas,  sordas,  arrecuzeràs, 

Sabolentas,  e  caiìassèras . 

Maintenant  ma  femme  désordonnóe 
Ne  me  présente  plus  la  bouillie  de  maïs  : 

Elle  ne  me  sonne  plus  màtines  avec  ses  pets, 

Et  ne  me  fait  plus  avaler  ses  vesses, 

Longues,  sourdes,  repoussanles. 

D’odeur  infecte  et  digne  des  chiens . 

1)  ne  l’entendra  plus  de  sa  voix  ètranglée  et  rauque  lui  disant  : 

Berdot.,  et  qau  estaubià, 

Hétz  qaucom,  que  n’anatz  bià  f 
Dromin  la  maytiada  grassa, 

Lo  ben  deu  móde,  no  s’amassa. 

Cudatz  vos,  qu’en  coan  la  cène 
L’abondantia  se  leixe  prene  : 

Vos  n’etz  b5  qu’a  ha  deus  ehas 
A  beras  tròcas  totz  los  ans, 

Tostê  m'auetz  preiìs  ou  leiterà, 

E  dam  aqo,  nosta  vaqerà 
Deslejau  tu  l’as  erapreiìada  : 

Mes  de  maynatz  per  la  palhada 
'l  antos  auras  tu  que  d’aíiets, 

Tu  n’auras  pas  tantos  panetz, 

Trosseras,  borrassas,  ny  palha 
Per  arcapta  ta  piscoalha . 

Verdet,  il  vous  faut  épargner. 

P’aites  donc  qnelque  cbose,  vous  en  avez  la  force  t 
En  dormant  la  grasse  matinée 
Le  bien  de  ce  monde  ne  s’amasse  pas. 

Penscz-vous  qu’en  couvant  les  cendres 
L’abondance  se  laissera  prendre? 

Vous  n’étes  bon  qu’à  faire  des  enfauts 
A  belles  paires,  tous  les  ans. 

Vous  m’avez  toujours  enceinte  ou  nourrice, 

Et  cependant  tu  as  engrossé, 

Traitre,  notre  gardeuse  de  vaches  : 

Tu  auras  bientôt  dans  la  litière 
Plus  d'enfants  que  d'agneaux. 

Tu  n’auras  bientót  plus  assez  de  langes, 

Maillots,  couvertures  de  laine,  ou  paille, 

Pour  abriter  ta  marmaille . 


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Elle  recontiaît  que  le  nombre  des  cnfanls  est  le  sort  des  pauvres  gens; 
mais  elle  a  soin  d'ajouter  que  la  pauvretê  est  lentatrice  de  chasleté;  n'a-t- 
elle  pas  essuyé  les  poursuiles  de  M.  Arnaut  qtii  cherchait  à  la  séduire  lui 
promettant  plus  de  viande  que  dc  íromage.  Mais  Mondctte  a  refusé,  préfé- 
rant  conserver  la  misèrc  avec  rhonnAteiè.  Anx  récriminations  de  sa  femme» 
qui  le  fatignent,  il  rcpond  : 

Mes  despux  que  Tos  jo  t’e  dnt 
En  boca,  tu  n’as  plus  cridat  : 

A  bon  dret  jo  ni’  podi  vantn, 

De  t’aué  dat  que  mazantiv. 

Plus  no  t’  qau  dansa  la  mangana . 

Mais  depuis  que  je  t'ai  mis  l’os 
A  la  bouche,  m  n’as  plus  crié  : 

Je  puis  me  vantcr,  â  bon  droit, 

De  t’avoir  procuré  dc  quoi  vivrc. 

Plus  il  nc  faut  cotirir  après  ta  nourriturc . 

Ne  lui  a-t-il  pas  envoyé  la  semaine  dernicre  par  Dorde ,  le  lils  de  sa 
nièce,  douze  beaux  taureaux  et  eent  motilons,  tout  cela  gagné  dans  un 
liers  de  nuitf  Connne  il  désirerait  reneontrer  un  gavache  jxiur  lui  empruntor 
de  Iveaux  dueats  d’Aragon,  il  s'cngagerait  â  lui  faire  reconnaissance  en 
rcgle  payablesur  les  bronillards  de  l’eau  courantc  et  remboursable  aprcs  sa 
mort.  Et  il  termine  sa  couclusion  de  la  plus  êdiíìante  fa(;on  : 

Per  ha  brêu,  mendic  no  seré, 

Tant  que  goasaiìa  jo  poyré 
Deu  ben  à  la  punta  de  lansa; 

Oh  Jo  bon  tems  qui  nos  auansa, 

E  possa  mes  en  vn  qnart  d’hora 
Que  tot  vn  an  d’auta  tempora 
Encoara  bietque  l’auba  roja, 

Nos  escope  d’un  pauc  de  ploja: 

Plan  amonedatz  e  vestitz, 

No  pas  eotn  dauant.  langostitz. 

De  tot  aqo  no  hem  qn’arrize  : 

Pourêtre  bref,  je  ne  serai  pas  mendiant 
'J'ant  que  je  pourrai  gagner 
Du  bien  à  la  pointe  de  la  lancc; 

Oh!  le  bon  temps  qui  nous  avance? 

11  en  pousse  plus  en  un  quart  d’beure 
Qu’en  iitie  annce  en  autre  saison. 

F.ncore  bien  qiie  l’aube  rouge 
Nous  arrose  d’un  peu  de  plnie; 

Le  goussel  garni  et  bien  vétu. 

Non  pas  besogneux  coinnie  devant. 

Nous  ne  fesons  que  ure  de  tout  cela  ; 


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Qui  poiré  d’aqest  tems  miudize 
Qui  t’a  plan  los  avlotz  avitaf 
No  per  hé  pas  jo  de  ma  vita . 

Qui  pourrait  mal  parler  de  ee  temps 
Qui  facilite  aux  truands  de  bien  vivref 
Pour  moi  je  iuMîbangerai  pas  ma  vio . 

Mais  lous  ces  excès  auront  une  fin,  et  vienne  la  paix  Verdet  rendra 
compte  à  la  justice  de  tous  ses  forfaits;  c'est  pour  lui  le  gibeten  perspective. 

Garros  rachètera  l'excès  de  nalnralisme  qu’il  a  été  forcèd  employer  dans 
ce  dernier  tableau  par  une  charmante  Allègorie  qui  constitue  sa  Troisième 
Eglogue  à  deux  personnages,  Menga  et  Ranhine ,  et  qui  cst  d'une  concep- 
tion  vraiment  remarquable.  Le  sujet  est  du  reste  très  simple. 

Ranlcine ,  pauvre  servante  boiteuse,  est  allêe  sur  Fordre  de  son  maître 
apporter  aux  ouvriers  des  champs  leur  maigre  pitance,  quelquesnoix  et  un 
barril  de  piquette.  Le  temps  s’écoule  et  son  absence  se  prolongeant,  Menga , 
sa  compagne,  se  met  à  sa  recherche  se  promettant  de  la  ramener  morie  ou 
vive.  Après  de  longs  efforts  elle  finit  par  la  trouver  endormie  à  Fombre 
d’une  haie.  Brusquement  réveillée,  la  dormeuse  eu  éprouve  un  grand 
déplaisir,  car  ce  réveil  a  mis  fin  à  un  rêvequ’elle  s ’empresse  de  îui  raconler. 

EUe  reposait  sur  le  côté  droit  lorsqu'apparut  un  dragon  à  longue  queue 
traînant  un  charriot  ruisselant  de  sang  où  reposent  des  cadavres  amoncelés 
sur  la  paille  mêlés  à  des  armes  et  des  flèches. 

II  était  suivi  d’un  cortège  de  chats-huants,  de  choueltes,  qu’aeoompa- 
gnaient  la  misère,  les  deuils,  Ies  dêsespoirs,  les  blasphèmes  et  les  malédic- 
dictions.  Le  monstre  affolé  fuyait  vers  le  désert.  quand  toutà  coupil  dispa- 
raît  dans  les  profondeurs  d’un  lac  avec  sa  lugubre  escorte  produisant  un 
bruit  formidable  qui  retentit  jusqu'au  ciel.  La  guerre  et  les  fléaux  qu’elle 
traîne  à  sa  suite  venaient  de  disparaìtre  dans  le  goufïre. 

Puis  quand  elle  voulut  se  retourner  sur  le  bras  gaunhe  elle  assista  à  une 
délicieuse  vision  : 

. deu  ceu  vy  debarà 

Uà  donzelleta,  e  bera,  e  gratiosa 
La  plus  miiìona  egenta,  e  plus  audosa 
Qui  sur  la  terra  a  james  heyt  peada  : 

Era  vengué  dans  sa  cara  arriscada, 

E  de  totz  locz  per  on  era  passauà, 

. du  ciel  je  vis  desceudre 

l’uc  donzelettc  et  belle  et  gracieuse, 

La  plus  inignomie  et  gente  et  odoranle 
Qui  jamais  cût  fait  trace  de  pied  sur  terre  : 

Elle  venait  avec  sa  face  souriante, 

Kt  en  tous  lienx  où  elle  passait, 

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—  50  — 


Lo  bas  pavs  de  rosas  tapissauà  : 

Per  totz  costatz,  de  son  visatge  dos 
S’expandixen  mila  bonas  audos. 

Man  dessus  inan  portaua  en  pertreytura, 

Laqla  a  lVelh  gay  hoc  sa  cabaugaduro, 

Qui  la  vengoc,  volen  s’arrepauza, 

Dessus  vn  coupde  montaiìi  pauza. 

D’aqui  nos  dec  d’alegransa  grans  signes, 

Aqui  tropetz  de  eoloinas,  e  cygnes, 

La  saluden.  A  qui  de  tant  eanta, 

Los  rossifìos,  ciuleh  s’esgaiita. 

En  man  ané  la  tostem  verdaoliua  : 

Pux  d’un  arriu  d’ayga  correnta  e  viuà 
S’apropriéc,  tornejat  de  bosquetz  : 

Aqui  los  gays  emperlatz  de  caqetz 
Recreatîus,  l’an  vn  pauc  retenguda, 

E  sur  aqui  deixida  mès  venguda; 

Que  plassia  à  Diu  peu  ben  deu  monde  trist, 

Que  sia  vertat  ço  que  dromin  jo  e  vist. 

Le  plat  pays  de  roscs  elìe  tapissait  : 

I*ar  tous  còtés  de  son  visage  doux 
Se  ivpandaient  mille  bonnes  odeurs. 

Elle  portait  en  peinture  deux  niains  superposées; 

L’aigle,  à  l’oeil  joveux  qui  lui  servait  de  monture. 

Vinl,  eile  voulant  se  roposer 

Sur  le  haut  d’une  nioutagne  où  il  la  déposa. 

Elle  y  inaniíesta  grands  signes  d’altégresse. 

Là  des  volées  de  colombes  et  de  eygnes 
La  sahiêrent,  là  les  rossignols 
(  hantèrent  jusqu’à  s’égosiller. 

Dans  sa  iiiain  elle  tenait  le  rameau  d’olivier  toujours  vert  : 

Puis  d’un  misseau  d’eau  courante  et  vive 
Hordé  de  bosipiets,  elle  s’approcha. 

I.à  les  geais  emperlés  avec  leurs  caqucts 
Uéjouissanis  Pont  un  pen  retcnuc. 

Sm*  cela  tu  cs  venue  me  réveiller; 

Qu’il  plaise  à  Dieu,  pnur  le  bien  du  monde  affligé, 

Quc  ceqtic  j’ai  vu  en  dormant  soil  la  vérité. 

Autant.  le  premier  tableait  était  terriliant,  autant  le  dernier  est  gracieux. 
Le  Poêie  a  êtè  vraiment  bien  inspirê  dans  sa  peinture  de  la  Paix  (Vnne 
dèlieatesse  de  touclie,  d'unc  riehesse  d'images  digne  d'utt  cminent  artiste. 

La  douec  paix  ost  dcsecndue  sur  tcrre;  nous  allons  assister  aux  effeis 
qu'elle  va  produire,  ear  toul  sc  suit,  tout  s’enehaîne  dans  eette  amvie. 

Une  des  prentières  conséquenees  eniraînera  le  licencicmcm  des  troitpes. 
Garros  nous  iail,  dans  sa  Quatrième ,  le  portrail  d'une  de  ses  viciimes, 
d*im  soudard,  Iou  Herran .  le  Ferrai/leur ,  que  la  paix  va  rendre  sans 


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M' 


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omploi,  pauvro  diable  que  rimprôvoyance  a  mìuit  à  so  morfondre  dans  la 
misère,  lançant  aux  èclios  son  cri  de  délresse  : 

Las  com  dromiré  jo  d’aneyt 
Lo  pè  leugè,  lo  vente  voevt  ? 

Hélas!  cominent  donnirai  -je  cette  nuit. 

Le  pied  léger,  le  ventre  vide  1 

La  fatalité  le  fit  soldat.  c’est  de  là  que  lui  viennent  tous  ses  maux.  Certes, 
il  ne  s’est  pas  toujours  vu  dans  une  si  iriste  situation,  il  se  rappelle  cet 
heureux  temps  avec  complaisance  : 

Io  son  vist  goaihard,  arpastat 
Deu  ben  per  autru  conqistat, 

Amarriat,  gras  e  luzent, 

E  gadau  mes  qu’au  tems  présent...  . 

Je  me  suis  vu  gaillard,  gorgé 
Du  bien  conquis  sur  autrui, 
liéjoui,  gras  et  luisant, 

Et  gai  plus  qu’au  temps  présent . 

La  souffrance  et  les  privations  ont  fait  leur  neuvre  de  destrnolion  : 

Ara  la  praubetat  mezera, 

La  malanansa  e  la  magrèra, 

A  heyt  de  mas  camas  hiízétz. 

E  de  mus  dus  bras  calametz(l). 

Maintennnt  la  pauvretè  misérable, 

Le  malaise  et  la  maigreur, 

Ont  fíiit  de  mes  jambes  des  fuseaux, 

Et  de  mes  deux  bras  des  roseaux . 

Et  cependant  autrefois  ses  bras  élaient  vigoureux  quand.il  fallail.  bander 
Tarbalète  sans  poulie. 

Lorsqu’il  réfléchit  à  toutcela,  il  se  répand  cn  malédictions  à  ladresse  de 
son  instituleur,  Tabbé  Durand,  eause  première  de  son  enrôlement.  D’une 
ignorance  grossière,  ses  procédés  pédagogiques  se  réduisaient  à  brutaliser 
les  élèves  et  à  maintenir  son  autorité  par  la  terreur  des  supplices.  Avec  cela, 
grincheux  et  rapace,  il  vidait  le  gousset  des  pavsans  pour  se  fairede  beaux 
revenus.  Un  jour  Tenfant  reçut  une  correction  telle  qu’il  ne  songea  qu’à  se 
soustraire  par  la  fuite  aux  chàiiments  de  son  bourreau.  Une  avant-garde 

vieille  poésie  gasconne  : 

De  ses  pcaux  on  fìt  des  cribles, 

De  ses  jambes  des  chalumeaux 
Pouraller  en  jouer 
Sur  les  ports  de  Mer. 


(1)  Ces  vers  fom  allusion  à  une 

De  sas  petz  hasoun  criets, 
De  sas  camas  calametz, 

Per  ana  calamera 
Sul  las  portas  de  la  Ma. 


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vint  à  passer  qui  le  prit  comnie  enfanl  de  tronpe,  et  voilà  cnmraent  il  a  étè 
aruené  à  porter  les  armes. 

Et  il  a  fait  vaillammcnt  son  métier  de  soldat  : 

Tant  de  plngas  e  recebndns 
Escnramossas  sostengudas  : 

Mon  eos  ta  mau  es  abilhat 
Qu’et  sembla  un  criet  trauquilhat, 

Prezat  eri  de  valentiza, 

Iamès  tacat  de  coardiza..  .. 

J’ai  reçu  tant  de  blessures 
Kt  soutenu  tani  d’escarmouehcs  : 

Mon  corps  esi  si  nialtraité 

Qu'il  ressemble  ù  mi  erible  percé  de  trous. 

Apprécie  par  ma  vaillance, 

Jamais  je  ne  fus  laxé  dejâelieté . 

II  nous  fait  bien  l'aveu  tjn’il  a  quelques  crimes  sur  la  conscience  : 

Tantz  de  bos  hostaus  ê  jo  pillathz, 
l’ant  de  bos  homes  desgolhatz, 

Tant  de  gojos  à  niau  botavlas 
Plan  dignes  d’este  arrecaptadas..  .. 

Pillé  tant  de  bonnes  maisons, 

Dépouillé  tant  tjf*  braves  gens, 

Mis  a  mal  tant  de  jeunes  íìlles 
Hien  dignes  dVtre  pivservées . 

Mais  la  guerre  n  a-t-elle  pas  ses  falalcs  ei  impitoyables  exigences  ? 

II  a  faitcampagne  en  Italie,  portant  renseignc  de  sa compagnie,  toujours 
déluré  et  prèt  à  partir.  Quand  il  allait  au  combat,  il  avuit  la  gloire  et  la 
renommce  en  si  grande  eslime  qu'il  lui  semblait  que  la  guerre  fùt  le  seul 
bien  de  la  terre.  Bien  habillê  e!  bien  nourri,  traité  en  grand  seigneur,  il  se 
moquait  du  ras  comme  du  tondu;  il  a  ainsi  jiassé  les  plus  beaux  jours  de 
sa  vie,  dêpensnnt  sa  jeunesse  gaiement,  sans  le  moindre  souci.  Mais  il 
reconnaît  trop  tard  son  erreur,  et  il  se  reproche  rimprévoyance  dont  il  est 
la  victime  : 

Tostem  hortuna  n’es  pts  uà, 

E  qui  no  pensa  à  la  vielhuà 
Equede  pourin  om  ven  rôssa, 

Duant  tcms  debara  en  la  hossa . 

I.a  fortunc  n’est  pas  toujoms  la  mémc, 

Kt  qui  ne  pense  pas  à  la  vieillesse, 

KKqne  de  pouiain  on  dcvieiu  rosse, 

Deseend  dans  la  fosse  avaut  son  heurc . 


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Aussi  depuis  que  la  paix  a  étê  proclamée  et  les  garnisons  licenciées,  il  a 
appris  à  ses  dépens  ce  qu'il  en  coùte  à  mal  employer  son  lernps.  II  possó- 
dait  à  son  départ  quelque  argent  et  de  beaux  vêtements,  mais  tout  a  disparu 
au  cabaret  et  gaspillé  avec  des  riboteurs  : 

Aras  esclossit,  escassit, 

Ahuuiat,  ahamat,  lassit, 

Desanat,  desagat,  dolent, 

Cargat  d’escata  e  magoient, 

Gauto-cozut,  mus  aguzat, 

Clotutdeus  oeilhs,  es'peluzat, 

Plen  de  breguent  è  d’aygarola, 

Deu  monde  son  la  parriola . 

Mainteuant  écloppô,  me  trainant  sur  des  écbasses, 

Hnfumé,  aíTaiué,  flètri, 

Privé  de  mouvcmeut.  dêgradé,  souflnint. 

Couvert  de  rogne,  malade, 
tíoiiche  muctte,  tnuseau  aniinci. 

Les  yeux  cavcs,  chauve. 

Maculé  de  saletés  et  deau  immonde 
Je  sms  du  moude  le  rebut . 

Les  racines  et  les  limacons  sont  sa  nourriture,  1  eau  pure  sa  boisson,  et 
son  pain  est  fait  de  détritus  abandonnês  par  les  porcs  repus.  11  a  désappris 
le  travail  et  vendu  ses  inslruments,  il  nesauraii  donc  semplover  ulilement; 
mourirsur  un  fumier  sera  sa  perspeetive.  En  attendant,  la  nuit  arrive,  il 
tient  dans  la  main  le  liard  qui  lui  procurera  legite  pour  la  nuit,  et  le  pauvre 
hère  glapira  son  appel  désespéré  : 

Mès  com  dromiré  jo  d’anevt 
Lo  pè  leugè  lo  vente  voeyt  ? 

Comment  dormirai-je  celte  nuit, 

Le  pied  léger,  lc  ventre  vidc  ? 

Le  sort  de  ce  vieux  soldat,  qui  a  fait  la  guerre  comme  elle  se  pratiquait  à 
son  époque,  pour  son  jiays  et  défendu  son  drapeau,  n  est  pas  indigne  de 
sentiments  de  pitié,  et  son  malheureux  sort  inspire  quelque  sympathie. 

Si  la  douce  paix  s’est  moutrée  inexorable  pour  le  soldat,  par  contre,  elle 
a  répandu  sur  les  campagnes  ses  eíïets  bienfaisants.  Les  paysansont  repris 
leurs  travaux  interrompus;  à  la  pauvretéa  suceèdê  la  richessequi  a  ramené 
Tespérance  et  l 'arnour.  Ce  dernier  sujet  sera  dorénavant  leur  seuleet  unique 
préoccupation . 

Dans  la  Cinquième ,  nous  vo^^ons  un  amoureux,  Clavé%  à  la  poursuite 
cl*uue  jolie  bergère,  Jeanne ,  lobjet  de  sa  flamme.  11  a  cjuittè  son  pays  et 


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franchi  la  montagne  pour  venir  lui  offrir  le  lémoignage  de  son  arnour.  Mis 
en  sa  présence,  il  Tinterpelle  ainsi : 

Oh  gran’  beutat,  si  lo  ceú  no  capera, 

Perla  de  prétz,  o  Nympha  celestina, 

L’amo  de  tu,  qui  m’  cósumix  e  mina, 

M’a  heyt  leixa  mos  pastêgs  e  mas  lanas, 

Mos  ayriaiis,  mas  heughèras  e  branas, 

E  son  vengut  acy  prene  l’audacia, 

De  déclara  dauant  ta  bona  gratia, 

Que  ton  siruent  son,  e  tu  mastressa . 

Oli  î  grande  beauté,  si  le  ciel  en  couvre, 

Perle  de  prix,  ó  Nvmphe  céleste, 

L’amour  de  toi  qui  me  consume  et  dévore 
M’a  íait  abandonner  mes  páturages  et  mes  landes, 

Mes  hameaux,  mes  fougères  et  bruyères. 

Je  suis  venu  ici  prendre  l’audace 

De  déclarer  devant  ta  bonne  gráce 

Que  je  suis  ton  servant  et  toi  ma  maitresse.  ... 

Mais  la  bergère  reproche  son  audace  à  celui  qu  elle  voit  pour  la  premiòre 
íois.  Comment  expliquer  cette  conduite?  Ne  serait-il  pas  l'objet  de  quelque 
fatale  hallucination  qui  oblitérerait  sa  raison  au  point  de  vouioir  la  rendre 
amoureuse  malgré  elle.  Ne  serait-il  pas  plus  tôt  le  jouet  de  quelque  enchan- 
teresse,,  Circè  ou  Méduse ,  coutumières  de  combinaisons  diaboliques-  Son 
aieul,  un  homme  iustruit,  lui  a  racontê  maints  propos  et  maintes  sornettes 
au  sujet  dc  l'amour  fastastique,  comme  celui  du  cas  présent,  et  qui  s'étein- 
drait,  plutòtque  de  choisir  une  compagne  suivant  ses  goûts  : 

Aixi  lo  grann  volera  la  petita, 

E  lo  pctit  la  que  j>as  no  merita, 

E  lo  beroy  vnctara  de  paraulas, 

La  qui  servix  d’espaiient  à  las  graulas; 

E  l’aganit  seghira  la  goalharda, 

Lo  moderat  cercara  la  léparda 
Qui  d’ahaytums  e  d’adobs  pudira, 

Aproplo  joen  l’annosa  s’en  irù, 

La  servidora  ardera  de  son  meste; 

Aiusi  le  grand  voudra  la  peiite, 

Et  le  petit  celle  qu’il  ne  mérite  pas, 

I’t  le  bcau  oindra  de  paroles 

t.eUe  4UÌ  serl  depuuvaulail  aux  corbeaux; 

L’exténué  poursuivra  la  luronne, 

Le  modéré  cherchera  la  tigresse 
lnfectée  d'odeurs  et  de  fards  préparés; 

I.a  vieille  s’en  ira  aprcs  le  jeune  homrae, 

La  servante  brúlera  pour  sou  maitre; 


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E  si  fjaucun  s’apropia  qui  conteste: 

On  as  lo  sens,  e  com  es  tu  ta  griia 
De  demanda  causa  tant  incongriià  ì 
Et  n’auzirà  so  qu’aquesta  canson  : 

Son  amoroza,  amoroza  jo  son . 

Et  si  quelqu'uu  l’aborde  et  le  contredit : 

Oû  as-tu  le  sens,  et  comment  es-tu  si  grue 
De  demauder  chose  si  incongrue? 

II  n’entendra  que  cette  cbanson  : 

Je  suis  amoureu.se,  amoureuse  je  suis . 

Et  Endtymion ,  ajoute-t-elle,  condamné  au  sommeil,  n%aimait-il  pas  la 
Eime,  qui  lui  rendit  son  amour  ?  Narcisse,  au  dire  de  son  aïeul,  n’ai- 
mait-il  pas  1  ombre  de  sa  propre  beauté  jusqu’à  la  fureur  ?  Aussi,  ce  n’est 
pas  sans  raison  qu‘on  prétend  quedegrandesamours  provoc|uentde  grandes 
hontes.  Elle  pourrait  ainsi  multiplier  les  exeraples,  nuiis  sa  pudeur  en 
abhorre  le  souvenir.  Mais  lous  ces  têmoignages  d'amour  ne  sauraicnt  la 
toucher,  car  elle  est  loin  de  le  partager,  elle  Eavoue  franchement  : 

Prauliè  amoros,  liùt  donq  dezencàtii, 

Du  plus  a  mv  no  t’  vengas  presentà. 
lo  no  son  pas  de  condition  ta  trista 
Qu’aja  perdul  razon,  au<»i(la  e  vista; 

Iamès  mon  co  f>er  amo  no  patie; 

Et  es  rues  du  que  lo  glas  Sarmatic. 
lo  noson  pas  d’aqeras  gratiosas, 

Per  desnozà  las  qucstios  amorozàs  : 

Io  no  son  pas  de  las  alezeradas, 

Qui  von  au  dit  este  en  public  mustradas, 

10  no  son  pas  amorosa  transida, 

L’amo  no  m’  hé  séca  ny  langorida  : 

Amo  no  eerqui,  e  d’amo  jo  nom’  curi, 

D’amo  no  m’  plaiìi  e  d’et  no  marrencuri. 

Pauvre  amouieux,  fais-toi  donc  déseiicluintei* 

Oii  ne  viens  plus  te  présenter  à  moi. 

Je  ne  suispasdc  conclition  si  triste 
Que  j’ai  perdu  raisou,  enteudemeut  et  vuc; 

Mon  ccBurue  souffrit  jainais  pouramour; 

11  est  p!us  clur  que  la  glace  Sarniatique. 

Je  rie  suis  pasde  ces  gracieuses 

Qui  dénouent  les  questions  amoureuses  : 

Je  ne  suis  pas  de  ces  audacieuses 

Qui  veulent  ètre  montrées  au  doigt  en  public, 

Je  ne  suis  pas  amoureuse  transie, 

L’amour  ne  me  rend  ni  languissante  ni  desséchée; 

Je  ne  cberche  pas  rarnour  et  de  lui  je  n’ai  cure; 

D’amour  je  ne  me  plaius,  ct  ne  lui  porte  pas  raucune. 


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Iaraês  l’arao  no  ra’  tormcntec  de  sorta, 

Que  per  ama  jo  m’  sià  trobada  raorta . 

J’amais  l’amour  ne  nic  tourmema,  de  sorte 
Que  pour  aimer  j’ai  risqué  de  perdre  la  vie . 

Clavé,  ne  se  rebute  pas  de  ses  rigueurs,  et  il  emploie  toule  sarhétorique 
pour  venir  à  bout  de  Finhumaine.  II  inet  à  nu  Félat.  de  son  cceur  et  détaille 
les  souffrances  qu’il  a  endurées  à  son  intention,  il  sera  tendre  et  passionné 
pour  vaincre  sa  résistance  opiniàtre.  D’abord,  libre  de  tous  soucis,  il  pas- 
sait  gaiement  son  temps,  à  la  chasse,  mais  depuis  deux  ou  Irois  mois, 
tout  esl  bien  cbangé,  son  cceur  étant  plein  de  son  souvenir  qui  Fobsède  : 

Despux  qu’amo  m’agoc  son  ardent  treyt 
Hicat  au  cò,  don  et  no  sera  treyt 
Que  de  ta  man  qui  ni’  pôdes  aleujá, 

Ou  inon  torment  deqia  la  raort  greujà, 

Helas!  goarix  Famic  j>cr  tu  plagat. 

Afranquix  rae  cora’  tu  ra’as  subgegat . 

Depuis  qu’amour  m’a  plongó  son  trait  brûlanl 
Dans  le  coeur,  et  dont  il  ne  sera  arraolié 
Que  de  ta  maiu,  toi  seule  peux  m’en  allêger 
Uu  aggraver  mon  lourment  jusqu’à  la  mort. 

Hélas  !  guéris  l'ami  que  tu  as  blessê, 

Affranchis-inoi  après  m’avoir  conquis . 

La  jolie  bergère  est  prise  de  compassion  pour  une  si  grande  donleur, 
elle  fait  cesser  Fcquivoque  en  déclarant  au  pauvre  concurreul  que  son 
camr  n  est  pas  librc.  Clavé,  à  cet  aveu  plein  de  franchise,  donne  un  libre 
cours  à  son  désespoir.  Jeanne  cherche  à  relever  sou  courage  abattu  :  le 
chant,  les  dansesetle  travail  faciliteront  Foubli;  tout  espoir  n?est  donc  pas 
perdu.  Na-t-il  pas,  du  reste,  Fappétissante  Condorine  qui  l'aiine  et  lui  en 
a  fait  Faveu?  Pourquoi  se  désespérer  et  chercher  la  mort  avant  Fàge?  Puis, 
se  drapant  dans  sa  dignité  d'amante  íidèle,  eile  le  quilte  non  sans  se 
plaindre  de  la  délovauté  des  hommes. 

Clavó  ne  succombe  pas  à  sa  douleur,  il  se  relire  dans  les  bois  pour 
finir  ses  jours  dans  un  ermitage,  et  au-dessus  de  la  porteil  écrira  Fépitaphe 
suivante  : 


Lo  qui  trobéc  aqo  que  no  cercaua, 
S’arretregoc  debat  aqesta  caua, 

Per  quo  no  hos  dara  sa  tristessa  grana 
Costrent  <ie  veze  Antoni  dam  sa  Iona.... 

Celui  qui  trouva  ce  qu’il  ne  cherchait  pas, 
S'est  retiré  dans  cette  caverne 
Pour  n’étre  pas,  dans  sa  grandp  tristesse. 
tontraint  de  voir  Anloine  avec  sa  Jeanne. 


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—  57  — 

Peiii  Sarram ,  Pierre  Guilhon,  frèrs  Zop  et  Lorette,  tols  sout  les  per- 
soiinages  de  la  sixième  églogue. 

Nous  avons  vu,  dans  la  dernière,  le  malheureux  Clavé  allant  chercher 
dans  la  retraite  et  la  prière  Toubli  de  sa  grande  douleur;  Ie  Poète  fail  main- 
tenant  la  satire  de  ces  ermites  et  de  ces  ermiiages  qui  devaient  pulluler  à 
son  époque.  Frère  Zop  nous  en  oííre  un  nouvel  exempïe.  Après  avoir 
dissipé  sa  jeunesse  dans  la  débauche  et  s’ètre  rendu  coupable  de  nombreux 
méfaits,  il  a  bâti,  en  pleine  forôt,  une  espèce  d'église  ou  chambre  souter- 
raine  oii  tous  les  matins  au  son  de la cloche  il  assemble  les  femmes  à  lex- 
clusion  des  hommes.  II  connait  la  vertu  des  plantes  et  guérit  les  maladies 
incurables,  aussi  son  autoriléest  grande  sur  le  troupeau  féminin.  Nous  la 
verrons  se  manifester  tout  à  L'heure  d'unefaron  décisive  et  inattendue. 

La  scène  se  passe  non  loin  de  Termitage;  Petit  Sarrans  et  Pierre 
tìuilhon  rencontrent  la  belle  Lorette  qu’ils  aimenl  tous  deux. 

A  sa  vue,  Sarrans  lui  fait  I'aveu  de  son  amour,  à  la  grande  stupcfaction 
de  son  compère,  qui  ne  comptait  pas  trouver  en  lui  un  rival.  Mais  le  pre- 
mier,  sansdonnerd'expliciitions,  tout  entierà  l'objet  de  sa  flainme,  coutinue 
à  accabïer  Lorette  de  ses  épithètes  íleuries  : 

Mon  perdigalh,  mon  opilh,  mon  gay  joliu, 

Mon  aurio,  mon  miralhét  tot  viu, 

Mon  buderon,  mon  aneron  dossét, 

La  mya  peric,  mon  camparo  dauzét, 

Las  com  vos-tu,  cora  vos-tu  que  jo  t’apere, 

I-as  com  vos-tu,  vos-tu  que  jo  m’  despere  t 

Ma  perdrix,  mon  oeilh.  mon  geai  joveux, 

Mon  lauriot,  ma  mésange  toute  vive, 

Mon  petit  boyau,  mon  doux  agneau, 

Ma  petite  beccpiée,  moii  champiguon  doré. 

Hélasî  comment  veux-tu,  comment  veux-tu  que  je  t’appelle, 

Hélasî  veux-tu  que  jo  me  désespère  1 

La  bergère  est  coquetle,  vaniteuse  et  fière  de  sa  beauté;  elic  répondra  par 
Tironie  aux  avances  et  aux  compliments  qui  lui  sonl  adressés  : 

Mon  amigon  blanc  com  vn  agraiilat, 

Mon  can  corrent  peu  Iong  e  j>eu  lat, 

Ma  néyt  escura  e  negra  com  vn  liourn, 

Quant  aura  héyt  ta  peguessa  son  tourn  ? 

Que  plan  t’està  lo  nom  de  Sarransot , 

Mon  petlt  ami,  blanc  comme  un  corbeau, 

Mon  chien  courant  au  poil  long  et  épais, 

Ma  nuit  obscure  et  noire  comme  un  four, 

Quand  donc  ta  b^tise  aura-t-elle  fini  son  èvolution? 
romme  le  uom  de  Sarransot  le  va  bien; 


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Auta  que  jo  t’abrasse  et  sarre  vn  sot. 

Quant  Diu  lo  sens  aus  homes  aparsêc, 

Ses  te  condà  deu  nombre,  et.  te  passec . 

je  t’embrassais  je  serrerai  un  sot. 

Quand  Dieu  íit  les  parts  de  bon  sens  aux  botmues, 

Sans  te  eomprendre  dans  le  nombre,  il  te  passa . 

Sa  beauté  lui  donne  le  droit  d’afBcher  daufres  prétentions;  elle  lui  con- 
seille  d?y  renoucer  et  de  choisir  sa  maîtresse  parrai  ces  filles  sottes,  qui  ne 
savent  faire  valoir  ni  leur  coifi’ure,  ni  leurs  toilettes. 

Cette  algarade  fait  naitre  un  peu  d’espoir  dans  le  c«eur  dc  tiuilhon , 
enchanté  de  voir  son  anii  êconduit;  inalgré  tout  il  juge  prudent  de  s*es- 
quiver  afin  d’éviier  pareille  raésaventure. 

Tout  autre  que  Sarrans,  en  aurait  fait  autant;  il  tient  bravement  tòte  â 
l'orage  en  déraonfrant  l'inanité  des  aceusations  portèes  contre  lui : 

E  no  son  pas,  com  tu  m’aj)eras,  pec, 

Necy,  ni  sot,  modorro,  nv  mermec; 

Que  si  tu  m’as  per  vn  phadenc  triat 
'I’orna  t’  clucii,  que  mau  as  deviat. 

Io  sabi  plan  lia  dize  la  voylòra, 

K  de  ma  gorja  e  de  ma  calamera; 
lo  sabi  liade  J*»tz  capctz  de  pallia, 

E  m’ajuda  de  la  haus  e  la  dalha, 

Io  tiri  plan  aus  capos  la  pepida, 

E  de  mon  tems  la  rosa  n’es  lassida. 

En  nosta  hont  jo  m’  son  oey  miralliat, 

E  com  tu  mas  per  entene  balhat, 

Io  no  sou  lò  (1),  mòs  certana  tu  sias 
Qu’esberit  son  com  vn  toe  de  maytias . 

,Ie  ne  suis  pas,  coiinne  tu  m’appelles,  idiot, 

Niais,  sot,  eugourdi  ou  maladroit; 

Que  si  tu  ni ’as  pris  pour  un  imbêcile 
i  'ache  tes  yeux  dc  noiiveau,  tu  as  mal  deviné. 

Je  sais  bien  faire  dire  oe  que  je  veux 
A  ma  bouche  ct  à  mon  chalumeau, 

Je  sais  faire  de  beaux  chapeaux  de  paille, 

M’aider  de  la  faueille  et  de  la  faux; 

Je  tire  bien  aux  chapons  lapépie. 

Et  de  mes  années  la  rose  n’estpas  llêtrie. 

Je  me  suis  miré  aujourd’tmi  dans  notre  fontaine, 

Et  comme  tu  m’as  donne  a  entendre, 

Je  ne  suis  point  laid.  mais  sois  certaine 

Que  je  suis  éveillé  comme  un  toc  de  mátines..,.. 

(1)  Théocrite  est  le  premier  qui  ait  fait  le  tableau  dans  sa  6*  Idylle. 

«  Ma  fteure,  quoiqn’on  en  dise,  n’a  rien  qni  puisse  déplaire.  C’autre  jour,  lorsque 
la  mer  était  caltue,  je  me  eonsidêrai  dans  le  miroir  des  eaux,  ma  barbc  me  sembla 
noble  et  majeslueuse.  »  (Polyphême.j 


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—  59  — 


II  continùe  évoquant  les  souvenirs  (Fenfance,  et  employant  tourà  tour 
la  tendresse  et  la  persuasion  pour  íléchir  l’inhumaine.  II  aurait  raisou  de 
ses  ì-ésistances  si  la  bergère  implacable  ne  lui  déclarait  qu  elle  n  aimait 
pas  les  veufs. 


Io  n’ámi  pas  Jos  liomes  abeuzatz, 

Ny  sobatos,  despux  que  son  vsatz. 

L’arreproé  me  va  dauant  qi  crida, 

Qu’om  leixé  apart  la  garba  segotida. 

'  Je  u’aime  pas  les  homrnes  veufs, 

Ni  les  souliers  après  qu’ils  sont  usés; 

Le  proverbe  me  dirige  qui  conseille 
De  laisser  de  cóté  la  gerbe  déjà  se-couée. 

A.  ce  nouveau  coup  imprêvu  qui  attaque  la  mémoire  de  sa  chère  défunte, 
Andiette,  Sarrans  s’avouerait  vaincu  sans  Pheureuse  intervention  de  frère 
Zop  qui,  ayant  tout  entendu,  vient  lui  prêter  aide  et  assistance.  II  connaî 
bien  les  défauts  de  Lorette,  étant  son  confesseur,  aussi  s'empresse-t-il  de 
flétrir  son  orgueil  excessif  qui  lui  fait  commettre  des  sottises  en  dédaignant 
un  parti  très  enviable.  II  condamne  sa  légèretê  et  son  ótourderie  qui  lui 
seront  un  jour  funestes  en  la  faisant.  tomber,  elle  qui  se  montre  si  clifficile, 
entre  les  mains  de  quelque  maraut  enfariné,  brutal  et  grossier.  Alors  sa 
mésaveuture  sera  chansonnée  par  les  ouvriers  des  champs  et  sera  la  risée 
des  femmes  qui  le  soir  à  la  veillée  se  moqueront  d  elle  et  de  sa  vanité  qui 
sera  soumiseà  uue  bien  cruelle  épreuve.  Puis,  la  prenant  par  son  endroit 
sensible,  il  lui  dit : 

Tu  i’hizas  trop,  Loreta  en  ta  beutat, 

Qui  n’es  pas  don  de  gran  durebletat. 

En  pauc  de  tems  malauzia  ou  dolo 
Amortaran  ta  vermelha  colo  : 

La  mau-myansa  e  lo  tractameut  mau 
T'auran  leu  hevt  lo  caratge  tot  blau; 

Leu  ès  vengut  vn  iuconvenient 
Qui  botara  ta  beutat  a  nyent.... 

Lorette,  lu  te  íies  trop  en  ta  beauté 
Qui  n’est  pas  un  don  de  longue  durée. 

Eu  peu  de  temps  maladies  ou  douleurs 
Amortiront  tes  couleurs  vermeilles; 

Les  brutalités  et  les  mauvais  traitements 
T’auront  bientót  fait  le  visage  tout  meurtri; 

Un  accident  peut  bien  vite  advenir 
Qui  réduira  ta  beauté  ànéant . 

Etpourrendre  ses  arguments  plus  probauts,  il  détaille  avec  complai- 


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—  60  - 


sance  tous  lcs  maux  qui  viendront  lassaillir  tour  it  tour  et  íaire  disparaître 
ses  charmes  au  point  de  la  rendre  méconnaissabie  : 

Ça  dira  l’ung.  aqera  n’es  pas  éra, 

Ça  dira  l'aute,  era  n’es  pas  aqera 
Qui  de  beutat  prumera  se  vantaua; 

Si  n’ac  dizé,  peu  mens  era  ac  pensaua. 

Goera  lendrac,  la  lopia  en  ta  maixéra, 

Lo  sarrampin,  la  picóla  e  gratera; 

Goé  l’artuzon.  la  gala  apostemada; 

Iamês  no  hos  en  ua  tau  mascarada 
De  mau»  en  maus  s’apresta  la  eohorta 
Per  castiga  ta  desdinoza  sorta . 

I/un  dira,  celle-ci  n*est  plus  elle-méme, 

Kt  îaiitre.  dira,  elle  u’cst  plus  celle-lâ 
(Jui  se  vaniait  de  sa  beautê  sans  égale, 

Si  ellc  ne  le  disail,  elle  le  pcnsait  du  moins. 

Yois  une  i>Iaie,  ou  une  loupe  sur  la  joue, 

I.a  rougeole,  la  jjetite  vérole  ou  Je  prurigo; 

Itegarde  rartison,  la  gale  purulcnte, 

Jamais  tu  n'assisUis  à  pareille  mascarade. 

De  maux  eu  niaux  la  cohorte  s’apprcle 
A  punir  tes  procêdés  dédaigueux . 

Ces  sages  conseils  auront  facilement  raison  de  la  résistance  de  Loretle 
qui  épousera  Sarrans. 

Dans  la  se[jtièmc ,  Garros  met  aux  prises  deux  amoureux,  SazioL  ct 
Guiraud ,  écouduils  l'unet  1‘autre  par  leurs  maìtresses.  lls  se  font  mutuel- 
lement  la  confidenee  dc  leurs  déceptionsqui  ditfòrent  entr ’elles  : 

Saiiot,  avait  étê  distingué  par  le  belle  Gimbèle  : 

Rra  in’  mustrec  per  milas  zélozias, 

Mila  prezens,  è  mila  cortezias 
I>a  casta  amo  qui  la  solicitaua, 

Mês  damb  vn  soc  ou  tronc  era  parlaua, 

Perqe  ignorent  l’amoros  exercici, 

Tahulerot  ecalhastre  nouici, 

Senten  au  co  los  estranis  lamos 
No  crezu  pas  q’aqo  hossan  amos. 

LHe  ntc  nionira  par  mille  empressetnents, 

Mille  cadeaux  et  mille  courtoisies, 

Le  chaste  amour  qui  Ia  sollicitait, 

Mais  elle  parlait  avec  une  buche  ou  un  tronc  d’arbre, 

Parce  que,  ignorant  l’amoureux  exercice, 

Pauvre  joueur,  grimaud  novice, 

Scntant  au  c<eur  d’étranges  flammes. 

Je  ne  croyais  pas  que  ce  fuL  là  de  l’amour. 


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—  61  — 


Ea  nia  crezensa  amo  n’era  auta  causa 
Q’un  auzeron  qe  nos  dizem  verdauza  'l). 

10  pegardin  per  las  bruhas  cassaui 
Aqet  amo,  e  prene  me  u  pensaut 
Dam  vn  piulèt,  ou  dam  bohatejà 
Contra  vncotet  talhant,  e  l’cstujà 

En  vn  clissat  de  junc  heyt  gentiument 
Sur  vn  pertréyt  de  cuja  ardonament. 

Dans  ma  croyance.  amour  n'était  antre  chose 
Qn’un  peiit  oiseau  que  nous  appelous  Yerdier. 

Moi,  niais,  je  chassai  dans  les  buissons 
Cetamour,  et  je  pensais  le  prendre 
Avee  un  petit  cri,  ou  en  sifflotnnt 
Sur  le  tranchant  d’iui  couteau.  et  Ie  caeher 
Dans  une  tresse  de  jonc  geutiment  faite 
Sur  nu  plan  de  citrouille  en  rond. 

J1  voyail  la  belle  lous  les  jours  et  jamais  rimbécile  ne  sut  comprendre 
son  désir.  II  êtait  assis  près  d’elle,  ne  pensant  à  rien,  toujours  amoureux, 
si  ce  n  est  que  parce  qu’il  laimait.  Aussi  planta-t-elle  Ià  unamoureuxsi 
naïf  pour  changer  d’affection.  S’il  avait  eu  plus  d’expérience,  il  serait 
aujourd’hui  marié  avec  elle,  et  il  ajoute  pliilosophiquement  : 

Aus  amoròs  es  permes  e  degut 
De  n’auè  pas  l’esperit  trop  agut . 

11  est  permis  et  dû  aux  amoureux 

De  n’avoir  pas  Tesprit  trop  aigu . 

Quant  à  Ouiraud ,  il  rivalisera  de  betiseel  de  naïveté  avec  son  camaraJe. 

II  est  poursuivi  par  un  amour  sans  espoir  et  tant  qu’il  sera  son  esclave, 
il  n’aura  souci  de  sa  personne,  ni  de  son  bien.  II  laisse  tout  gàter  et  périr 
sous  ses  yeux,  la  vie  mème  lui  est  à  cliarge.  Qui  doncaura  pitiê  de  ses 
souffrances,  et  lui  indiquera  un  remède  à  son  raal,  qucìque  neuvaine  ou 
v«u  ou  pèlerinage  pouvant  assurer  son  succès. 

Bonine ,  Tobjet  de  sa  flamme,  qu’il  aime  pour  le  bon  motif  comme  le  lui 
a  enseigné  son  Recteur,  habite  son  propre  village,  mais  il  ne  lui  a  jamais 
parlé,  par  discrétion  sans  doute.  II  a  cependant  fait  quelques  tentatives, 
mais  chaque  fois  elles  ont  échoué,  soit  par  la  présenee  de  la  mère  soit  par 
le  chiende  la  maison  qui  lui  a  mordu  les  mollets  malgré  le  pain  qu’il  lui 
lançait.  S’il  a  le  mallieur  de  l’aborder,  elle  s’enfuit  aussitôt  en  criant  au 
secours  : 

(1)  Bion  (Idyl.  2C). 

Le  Daphnis  de  Longus  (tradacnon  d’Amvot). 

Le  Daphnis  de  Théocrite  íldyl.  27). 

1-a  Naïs  de  Moschus  (Idyl.  1Ò.  Ciaill.  Didot.  1704;. 


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62  — 


Era  es  auriua,  era  dcus  jolhs  trcrnola 
E  de  son  co,  pux  com  ua  cabirola 
Era  s’envola  enta  sa  may  seguina. 

Helas,  dic-jo,  las,  hélas,  ma  Bonina, 

Perque  m’hoc  tant  cnemiga  natura 
De  t'harga  tant  pauruga  creatura  ì 
Si  crefies  Taura,  e  lo  vont  que  maneja 
Ton  peu,  qui  hé  Vénus  mouri  d’enueja  : 

Si  lo  buscon  quan  la  lauzerta  passa 
Damb  aqet  bsut  ta  ’leugerot  te  cassa, 

A  my  recorre,  a  my  tu  deurés  prene, 

Qui  son  tot  prest  acy  per  te  dehene, 

D’auta  bon  co  que  jo  t’  don  tres  pometas, 

Qm  portan  nora  e  seflau  d’amoretas. 

In  no  vau  pas  aprop  tu  la  mia  béra, 

Coma  lo  lop  per  engraupia  l'aiìera  : 

Io  no  son  pas  de  tos  pas  seguido 
Com’  vn  Lybic  Tygre  escarraufìado  : 
lo  no  son  pas  vn  Leon  per  t’arrompe, 

Io  no  son  pas  aey  per  te  corrompe. 

Ta  ìnay  Seguina  as  prou  tantos  seguida  : 

Ara  la  phlo  dc  tos  ans  te  convida 
De  leixa  pay  e  niay  i>er  vn  marit  .... 

Elle  est  craintive  et  tremble  des  genoux' 

Kt  de  son  eanir,  puis  comme  nne  chevretle 
Elle  s’enfuit  ehez  Ja  niêre  snivante. 

Hélas!  dis-je,  las,  liélas !  ma  Bonine, 

Ponrqnoi  natnre  m’est-elle  tant  ennemie 
De  t’avoir  forgée  créature  si  peureuse  t 
Tu  t’elTraies  de  la  brise  ou  du  vent  qui  agite 
Tes  cheveux,  qui  font  mourir  N  énus  d’envie  : 

Si  le  bruit  très  léger  d’un  boutdebois 
Sur  le  passage  d’un  lézart  te  mct  en  fuite, 

Becotirs  ;i  moi,  à  moi  tu  dois  te  coníier, 

ijui  suis  ici  tout  prc*t  ;ì  tc  défendre 

D’aussi  bon  cteur  que  je  t’oíli irai  trois  peliies  pommes 

Qui  portent  nom  et  témoignage  d’amour. 

Je  ne  vais  pas  près  de  toi,  ma  belle, 

Coinme  le  loup  pour  égratigner  la  brebis; 

Je  ne  suis  pas  la  trace  de  tes  pas 
Comme  un  Tigre  Libien  pour  te  dcchirer; 

Jo  ne  suis  pas  un  Lion  pour  te  dévorer, 

Je  ne  suis  pas  ici  ponr  te  eorrompre. 

Tu  as  assez  vécu  avec  ta  mère  suivante. 

A  présent  la  fleur  de  tes  ans  le  convie 
A  laisser  père  et  mère  pour  un  man . 

Et  cependant  il  Taime,  car  elle  est  la  plus  belle  enti'e  les  belles;  mais 
Guiraud  finit  par  avoucr  que  la  cruelle  a  refusc  scs  avances, 


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—  G3  — 


Sfusiot,  se  eonsole,  cles  déceptions  épronvées,  en  niettant  son  espoir  (lans 
l’intervenlion  (Vun  Dieu  plus  favorable  : 

Tot  noste  cas  n’es  que  puras  baboyas. 

Més  jo  t’  diré,  nos  auem  totz  vn  mósté, 

Qui  nos  a  dat  de  senti,  maue,  e  d’este. 

Qui  nos  sera  liberan  e  propici, 

Més  que  l’ondrém  damb  vn  millio  seruici 
Que  n’auèm  heyt,  e  nos  recaptara 
Milho  que  nos  no  gauzam  espera. 

Tout  notre  cas  n’est  quc  puros  babioles, 

Mais  je  te  dirai :  nous  avons  tous  un  maitre 

Qui  nous  a  donné  de  seiHir,  dc  nous  mouvoir  et  d’êtrc. 

Qui  nous  sera  libéral  et.  propice 

Pourvu  que  nous  rhonorions  d’un  service  plus  fervent 
Que  nous  n’avons  fait,  et  il  nous  casera 
Mieux  que  nous  n’osons  l’espérer. 


Colasỳ  Gassion ,  Cirice  et  Guillaume  sont  les  quatre  acteurs  de  la 
huitième  et  derniòre  Eglogue. 

Gassion ,  riche  fermier,  reçoit  les  fêlicitations  de  ses  voisins  Cirice  et 
Colas ,  sur  le  parfait  état  cle  ses  troupeaux  et  Vabondancc  de  ses  réeoltes. 
Tout  en  protestant  qu'ils  ne  sont  nullement  envieux  de  son  bien,  ils  sont 
intrigués  de  connalire  les  moyens  qui  le  rendent  si  riehe,  Vannée  êlant  mau- 
vaise  pour  les  autres.  II  possède  sans  doute  quelquc  anuilette,  quelqiie 
porte-bonheur,  qui  procure  à  Vhomme  le  bien  en  dormam  sans  peine  ni 
faiigue.  Ou  bien  peut-ôlre  a-t-il  consulté  quclque  Egyptienne,  devin  sur- 
naturel,  ou  quelque  diablerie  infernalequi  lui  a  porté  ehanco. 

tìassion  se  récrie;  scs  richosses  ont  une  source  naturelle,  c'est  la  Pro- 
vidence  qui  lui  prodiguc  ses  faveurs  en  abondanoe  : 

Mes  Diu  ine  da  niillio  que  jo  no  voli 
Don  jo  ly  deuiii  ua  lampazada  d’oli 
E  ntes  vn  ciri,  e  ntcs  vn  gras  crabot, 

Qu’aura  dc  my,  per  acompli  mon  vot. 

Du^  cops  me  hê  cad’  an  dalha  mos  pratz, 

Si  sonn  etz  plan  en  tot  tenis  azerbatz 
D’arrebotgiu  que  lo  bestia  pot  tone, 

Mais  Dieu  m’en  donne  plusque  je  n’en  veux. 

Pourquoi  je  lui  dois  une  bonne  mesure  d’huile 
Et  de  plus  un  cierge  et  un  chevreau  gi*as, 

Qu’il  aura  de  moi,  pour  accomplir  mon  voeu. 

Deux  fois  chaque  aimée,  il  me  fait  faucher  mes  près, 

IIs  sont  en  lout  temps  si  bien  enherbés 
De  regains  que  ie  hélail  peut  les  tondre 


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Eu  eap  laghens  plan  a  son  aize  escone. 

Pux  los  serpotz,  phrizas,  e  niajoranas 
En  mos  pastengs  son  espessas  e  granas. 

E  lo  laston  per  las  vacas  abonda 

En  so  deu  men,  mes  qu’en  tota  la  ronda. 

Mas  herhas  son  delicadas,  txucozas 
Mas  aygas  son  leugèras,  saborosas, 

E  a  longtcms  que  bestia  no  m’es  morta; 

Dus  anetz  l’an  cado  aoalha  nos  porta, 

Vestitz  de  lan  blàca  eom  la  gredâ 
Arcoquilhada,  e  prima  com  la  seda. 
lo  son  tostem  cjuant  vau  ent’au  marcùt, 

Deus  mercadès,  e  teizanès  cercat. 

No  pas  j>er  este  escriut  en  lous  papcs 
PIus  lcu  jo  mau  de  Sanct  Leu  m’arrapès; 

Perqe  Menjon  qu’etz  tenguen  endeutat, 

Hoc  l’autre  jorn  en  Jagabia  botât : 

Mes  deu  herau  no  m*  leixa  aqera  gent 
Sorti,  prumè  que  m’ujan  dat  argent. 

Mos  cnhanssonn  sadots  de  paparotâs 
A  mos  bailètz  no  mancan  las  armotas  : 

Mes  lo  pilà  plus  grann  ou  jo  m’empare, 

Lo  dire-jo  í  iMès  vau  que  jo  m’en  care  : 

Lo  plus  gran  ben  don  jo  me  vanti  e  Iauzi; 

Io  volontès  lo  diri,  mes  no  gauzi. 

En  eachani  dedans  sa  tête  bien  à  l’aise. 

De  plus  les  serpoleis,  les  frisès  ei  marjolaines 
Sont  dans  mes  pâturages  grands  et  èpais, 
r.l  la  fétuque  j)our  lcs  vaches  abonde. 

Chez  moi,  plus  (pie  partout  à  la  ronde, 

Mes  lierbes  sont  dèlicates  et  pleines  de  suc, 

Mcs  eaux  sont  lègòres  et  savoureuses, 

Et  il  y  a  longtemps  que  bète  ne  in'cst  niorte; 

Cliaqiie  brcbis  nous  porte  deux  agneaux  par  ati, 

Vètus  de  laine  blanchc  eomme  la  craie, 

Bouclée  et  fine  commc  la  soic. 

Je  suis  toujours,  quand  je  vais  au  niarehé, 
liecherchè  par  les  marchands  et  les  tisserands, 

Non  pas  pour  ètre  écrit  en  leurs  papicrs. 

Plutót  le  mal  de  Saint  Leu  m’enlève; 

C’est  pourquoi  Menjon  qu’ils  tcnaicnt  endettè 
Eut  l’autre  jour  mis  en  cago  : 

Mais  ccs  gens-là  nc  mc  laisseut  j)as  du  champ  dc  foire 
Sortir,  avantde  m'avoir  versè  l’argent. 

Mes  enfants  sont  rassasiés  de  friandises 

Et  Ies  armottes  ne  manqucnt  pas  à  mes  domestiques  : 

Mais  le  pilier  le  plus  fort  sur  lequel  je  m’appuie, 

Ee  dirai-jef  il  vaul  mieiix  que  jc  me  taise  : 

Le  plus  grand  bien  dont  je  me  vante  et  loue, 

Je  le  dirai  voloutiers.  mais  je  n’ose. 


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—  65  - 


Après  bien  clos  hôsitalions  eí  sur  rinsistanee  cle  ses  interloenteurs 
anxieux  de  connaître  lecôté  vulnérable,  Gassíon  avoue  qu'ildoit  unepartie 
de  sa  prospèrité  à  sa  femme,  la  perle  des  ménagères,  et  il  ajonte  : 


Mes  dessus  lut,  eia  es  beraeulre  tolas, 

E  si  n’a  pas  en  las  camas  las  trotns, 
l)am  sos  politz  clotetz  eu  las  maixeras, 

De  tan  oolo  coma  las  ì-osas  heras, 

Ou  deu  matin  l’auba  phresca  quaut  bay 
Au  plus  bet  jorn  deu  poly  mes  deu  niay, 
Era  hé  tot  noste  hostau  arrizent. 

Pardessus  tout,  clle  est  belle  eutre  les  belles, 
Et  elle  n’a  pas  la  goutte  aux  jambes; 

Avec  ses  petitcs  fossettes  dans  les  joues, 

Et  des  couleurs  telles  que  les  belles  roses. 

Ou  fraiche  eomme  l’aube  naissante  du  matin 
Du  plus  beau  jour  du  joli  mois  de  mai, 

Elle  fait  toute  notre  maison  gaie. 


Cet  aveu  fait  naître  le  soupçon,  et  ies  voisins  se  demaiident  eharitable- 
ment  si  leur  méehaneelé  ne  trouvera  pas  moyen  de  s  exereer  de  ce  eòté. 
Guillaume ,  vient  juste  à  point  annoncer  à  son  inaîire  que  sa  femme  est  er. 
ccnnpagniede  frère  Gasc ,  un  moine  au  cou  de  taureau,  à  la  voix  de  stentor, 
et  dont  le  froc  se  détacheassez  faeilement  des  épaules. 

Gassion,  très  perplexe  quoique  eertain  de  la  vertu  de  sa  femme,  sapprète 
à  courir  près  d?elle  lorsque  Colas  rend  sa  situation  plus  cruelle  en  lui 
annonçant  qu’il  a  vu  trois  loups,  bien  imaginaires  du  reste,  qui  menaçaieut 
son  troupeau  : 


B’em  plan  bestiàtz,  jo  n’e  qe  hà  d’espia 
Loba  ny  Lop,  que  jo  n’aja  sabut 
Per  la  vertat,  si  jo  son  decebut. 

Nous  sommes  bien  en  bétail,  je  n’ai  que  faire  de  regarder 
Louve  ni  loup.  que  je  n’ai  su 
Si  vraiment  je  suis  tromp^. 


Et  Gassion  les  quitte  pour  s'assurer  de  son  malheur.  Après  sontdépart, 
les  voisins  questionnent  le  domeslique  pour  savoir  ce  qu'il  y  a  de  fondé 
dans  latlitude  du  moine.  II  leur  raconle  qu’il  la  aperçu,  avec  sa  large 
poitrine,  deux  besaces  pleiues  de  pain  sur  ses  épaules,  il  vient  chaque  jour 
au  hameau.  II  s'approche  de  sa  jolic  maîtresse  pour  lui  demander  raumône 
pour  les  pauvres  : 

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—  G6  — 


D’vn  gros  cabeste,  e  daunnt  e  darrê, 

Au  costat  dret,  e  pux  a  lescarrê, 

De  son  mitron  impaticnt  cassaua 
Tant  quc  podè  la  mosca  qui  u  picaua; 

Sur  aqet  punct  a  terra  es  debaríit 
En  nos  dizen  qu"et  era  assecaràt  : 

Incontinent  et  a  heyt  pelha  à  part, 

Lo  capirot  a  gitat  à  l’escítrt. 

Avec  un  grand  licol,  et  devantet  derricre, 

Au  côté  droit,  et  pnis  au  còté  gauche, 

II  chassait  de  son  âne  impatient. 

Tant  qu’il  pouvait,  les  mouches  qui  le  piquaient, 

Sur  ce,  il  est  descendu  à  terre 
En  nous  disant  qu'ii  avait  soií: 

Incontinent  il  a  fait  robe  à  part 
Et  jetò  à  Técart  son  chaperon. 

Aprèsces  explications  cor.cluaníes,  Cirice  rcconnaît  qu’il  est  dangereux 
de  trop  appronfondir  pareille  inàtière  sans  risquer  de  commeltre  des  inter- 
prótalions  regrettables. 

Et  n*es  pas  bon  pensa  tant  en  aulessa, 

Ny  ta  pregond  cáua  totas  las  causas. 

Mes  entretant,  on  ditz,  las  longas  pauzas, 

Hen  los  jorns  bracz.  Torna*t'en  à  ton  mesté 
E  nos  iram,  on  dejà  deurera  este. 

11  n’est  pas  bon  de  tant  penser  au  mal 
Ni  creuser  si  profondément  toutes  choses, 

Mais  en  aueudaut  on  dit  que  les  longues  pauses 
Font  les  journées  courtes  :  Hetonrne  chez  ton  mailrc 
Et  nons  irons  où  déjà  nous  devrions  être. 

II  nous  i*este  encore  de  lui  Quatre  Epitres ;  les  initiales  qui  figurent  en 
tùte  de  chacune  d’elles,  sont  insuffisantes  à  nous  faire  counaître  le  nom  du 
destinataire. 

Dans  la  première ,  le  moralisle  s  attache  à  guèrir  son  correspondant  du 
travers  dangereux  de  la  médisance  et  de  la  satire.  Avecsa  gravité  doctorale, 
le  poète  cherche  à  lui  prouver  que  ces  succès  de  mauvaisaloi  sont  indignes 
d?un  galant  horame,  que  de  telles  pratiques  violent  les  simples  convenances 
et  les  prêccptes  divins. 

La  deuxième.  Epitre  lui  reproche  de  mordre  plus  cruelleraent  que 
jamais.  Tu  fais,  dil-il,  à Tami  dévoyé,  le  métier  de  ces  trisies  personnages 
que  tout  mérite  otfusque,  et  qui  sacharnent  àdépolir  cc  qui  brille.  Comment 
finissent-ils  d’ordinaire  ?  d’une  façon  tragique  et  il  en  donne  des  exemples. 
S’il  est  à  Eabri  dos  vcngeances  de  la  victirao,  qui  n'a  que  l’embarras  du 


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—  67  — 

clioix,  ces  atlaques,  lui  vaudront  le  dêshonneui*,  et  il  ne  lui  restera  que  la 
ressource  de  se  pendre. 

Dans  la  (roisième ,  il  scmble  quc  ses  conseils  ont  porté  leurs  fruits.  Car 
il  comble  d*éloges  sou  Medix  pour  d’excellents  vers  gascons  qu'il  lui  a 
adressés.  Fdle  est  dans  oeriains  |»assages  loute  vibrante  de  palriotisme 
ìocal;  les  quelques  iragments  que  nons  avons  eiiês  au  débnt  de  eette  élude, 
penvent  suffire  pour  rapprêeier. 

Quant  à  la  quatrième,  elle  ditt’ère  essentiellemet  des  aulres  par  le  slyle, 
la  verve  et  l'entrain,  qui  leur  font  défaut. 

En  v  ajouiant,  un  Cant  Nobiau  (chant  nuptial),  une  Canson  (chanson) 
et  une  (Elégie)nous  aurons  épuiséson  a?u  vre  féconde  et  remarquable. 

Ce  qui  frappe  apiès  la  leciurede  ses  oeuvres,  c’est  la  suppression  totale 
de  la  lette  F  qu'il  remplace  par  Ph .  C’est  ainsi  qu’il  écrit  :  Phlaugnac , 
Phrenetic ,  Aphection ,  Phlo ,  Phresc ,  Phî'ay ,  Phantastic ,  Phantasia , 
Phacia ,  etc. 

De  plus,  il  emploie  la  lettre  V  à  l'exclusion  du  B  :  Arrecira ,  Viue , 
Vertut ,  Velhat  Horocia ,  Acengue,  Arrecelha,  Vertadé ,  Veze,  Visita , 
Caracira ,  Ve/if,  Vanitat ,  etc. 

Au  point  de  vue  ortographique,  il  continue  la  manière  de  ses  prédéces- 
seurs  :  a  final  non  accentué  se  pronongait  o ;  o  non  tonique  se  prononçait  oa. 

L'emploi  des  accents  et  des  signes  abréviatifs  usilés  au  xvinie  siècle, 
méritent  également  quelques  explications. 

L'accent  circonflexe  remplace  rabréviation;  ainsi  il  écrit  Côtèply  pour 
Contemply  ;  dinà  pour  digna  avec  le  tilde  espagnol  placé  sous  la  lettre  n  ; 
jiin  pour  jung ;  queu  pour  queou ;  nou  prononcé  no  ou  pour  no  eu  ;  Seno 
pour  Segnò;  maixans  pour  maichans. 

Garros,  a  placé  l'accent  aigu  sur  l’é  fermé  prononcé  comme  en  français 
dans  étéy  bonté ,  cafê;  l’accent  grave  sur  Tè  méridional  (que  les  Italiens 
nomment  stritto)  quand  il  porte  Taccent  tonique,  comme  dans  francès f 
Laytorès ,  bourgès .  L’accent  circonflexe  sur  IV?  aigu  quand  il  porte  l’accent 
tonique  comrae  dans  apèri ,  spèri.  II  a  aussi  employé  la  lettre  x,  dans 
maixant ,  exiulet ,  pour  remplacer  lecA,  mesure  inulileen  Gascon,  attendu 
que  cette  prononciation  esl  identique  à  celle  du  français  et  ne  doit  pas 
s’écrire  aulrement.  Ii  n’en  estpasdemème  en  Albigeois  oìi  cetle  svilabe  se 
prononce  bien  autrement :  Aussi  bourgès,jutgè ,  se  prononcent  :  bourdcès , 
dzutze.  On  écrit  ces  mots  dans  Talbigeois  :  Bourxès ,  xuxte ,  etc. 

Abandonnant  les  sentiers  étroits  du  seiuimmtalisme,  trop  baltus  jusque- 
là,  il  ose  aborder  la  poésie  Biblique,  Hêroïque  et  Pastorale  avec  un  égal 
succès.  L'arme  ne  faiblit  jamais  daus  sa  main  de  uovateur  et  le  langage  est 
partout  au  niveau  de  la  pensée 


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—  68  - 

Son  vers  cstclair,  lucide;  son  slyle  simple,  sos  talileuux  rotevès  par  des 
romarques  toujours  emprcinles  de  sagesse,  qui  font  ressorlir  son  esprit 
observateur,  judicieux,  indê|)endant.  La  rapiditê  et  la  facihtéde  conception 
sont  alliés  à  une  abondance  de  coloris,  d'images  qui  donnent.  à  son  talen 
un  cachet  particulier. 

Telleest  Tceuvre  du  Poète  :  revenons  maintenant  au  magistrat.  Jeanne 
la  polilique  habile,  eut  bien  vite  apprècic  sa  valeur;  aussi  répandit-elle  sur 
lui  ses  faveurs.  En  1571,  nous  le  trouvons  lieutenant  particulier,  ou  viee- 
Président,  conmie  on  dirait  de  nos  jours,  au  Sénéchal  de  Lectoure.  Dans 
le  courant  de  cette  mème  annèe,  il  était  délégué  avec  d'autres  compalriotes 
pour  allersaluer  la  reine  de  Navarre,  etle  Prince  son  íîls  (lefulur  Henri  IV) 
k  Nérac. 

Obligé  de  quiller  la  France  en  1572,  au  moment  de  la  Saint-Barthélémy 
(août  1572),  nous  le  voyons  quelque  temps  après  avocat  général  k  la  cour 
souveraine  de  Pau,  poste  dont  il  fut  sans  aucun  doute  gratifié  h  titre  d’in- 
demnité  de  ses  soufírances  pour  la  foi 

Les  biographes  le  font  mourir  en  1581,  ce  qui  est  une  inexactitude,  car 
Pannée  suivante  il  eonstituait  des  arbilres  avec  son  frèrecadet,  de  Sainte - 
Chrestie ,  sur  les  difficultès  relativesau  partage  de  la  succession  paternelle. 
Ori  peut  donc  hardiment  reporter  sa  mort  entre  1582  et  1599,  dans  un  âge 
relativemont  peu  avaneé.  Pey  mourut  à  Pau  et  non  à  I^ectoure,  en  plein 
exercice  de  ses  hautes  fonctions  ;  mallieureusenient  les  archives  de  cette 
ville  sont  muetles  à  cet  ègard. 

II  a  donc  rhonneur  d ‘apparlenii  loiit  entier  au  xvime  siècle,  et  ses 
(puvres  conslituent  le  monnment  le  plus  aneien  ècrit  en  langue  Gas- 
oonne.  II  jouit  de  son  vivant  d’uno  grande  rèputation;  il  entretint  des  rela- 
tions  íivec  rilalien  Jules  Scaliger ,  qui  habiiait  Agen  et  qui  peut  êtrecon- 
sidérè  comme  le  plus  èrudit  de  son  temps;  il  fut  même  Pami  de  son  fils 
ì  J.  Scaliger ,  <|ui  vint  ìe  visiter  plusieurs  fois  à  Leetoure. 


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DU  BÂRTÀS  (Guillaume  de  Saluste) 


Guillaume  de  Sai.uste,  naquit  à  Montfort  en  1544. 

François  Saluste ,  son  père,  reeeveur  cìes  dèeimes  du  diocèse  de  í.ombez, 
fit  racquisition  du  cháleau  de  Barthas  (l)f  en  1565.  C'était  un  bien 
d'église  et  par  conséquent  uue  terre  noble;  à  partir  de  cc  jour,  racquéreur 
s'intitula  :  Seigneur  du  Barthas. 

11  mourut  l’année  suivanle  laiss.iut  pour  hérilier  sou  fils  aînê  Guil- 
laume  (2),  qui  s’empi*essa  de  construire  lecháteau  (11  septembre  1566)  dont 
l'histoire  commence  et  s'achèvc  avec  le  chantre  de  la  Semaine. 

Le  chàteau  du  Barthas  est  silué  dans  la  commune  de  Saint-Georges 
dans  le  Fezensaçuel;  il  est  situé  sur  les  bordsd’un  ruisseau,  le  Sarrampion, 
entre  Mauvezin  et  Cologne. 

D'après  G.  Colletet ,  «  le  père  de  Du  Barthas,  voyant  les  lumières  d'es- 
prit  qui  dès  sa  jeunesse  éclaiaient  nalurellement  en  lui,  le  destiua  d  abord 
à  Têtude  des  belles-Ietlres,  où  selon  son  désir  le  futur  ornement  de  la  France 
s'employa  si  heureusement  et  avec  tant  d  assiduitê  qu'il  se  rendit  par  ses 
longues  veiiles  un  des  savans  honnues  de  son  siècle.  » 

Nous  n'avons  pas  dc  renseignemcnts  précis  sur  les  premières  études  du 
Poòte,  mais  il  est  facile  de  voir  par  ses  ceuvres  qu’il  rerut  une  de  ces  forles 
éducations  dont  les  grands  Ecrivaius  du  xvime  siècle  nous  offrent  de 
nombreux  exemples. 

Sa  première  jeunesse  se  passe  toute  entière  au  sein  de  la  relraite  dans  les 

(ì)  Avaut  d’être  traiisformô  «mi  clemeure  seigneuriale.  le  Bartha*  ôtait  une  grossc 
íerrne  dépendantede  la  menée  êpisoopale  de  Lonibez.  Klle  fut  aliêic'e  du  temporel 
de  révéché  pour  payer  la  partque  devait  lVvêque  de  l.ombe/  dessubsides  vot  *s  par 
le  clergépour  soutenir  la  guerre  contre  tes  protesiants. 

Recuc  de  Ga*eognc,  tonie  xxxix,  page  474. 

(2)  L'héritage  paiernel  était  cousidérable.  Outre  le  Barthas,  il  se  composait  de  la 
pctit*  scigneurie  de  Canet  près  Montíort.  et  dix  ou  douze  mêtairies  situées  dans 
.Vlontíort.  Ba/onncttc,  Sainte-Gemnm,  InGriUon,  Payra^qnier  et  Urdens.  Guillanme 
de  Saluste  se  trouvait  étre  par  le  fait  de  «  et  li/»ritage  un  des  plus  riches  píoprietaires 
terriers  de  la  contrée.  (Mémes  souices.) 


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habitudes  veitueuses  et.  simples  de  la  vie  champêtre.  C  est  dans  le  silenee 
et  le  recueillement  qu’il  vit  avec  les  Poètes  Grecs  et  Lalins,  les  Historiens, 
]es  Philosophes  et  les  Erudits  de  rantiquité  !  II  parcourt  tous  les  domaines 
de  la  science  conlemporaine,  dans  tous  les  sens  :  astronomie,  physique, 
histoire  sacrée  et  profane,  il  a  toul  étudié,  et  toutapprofondi.  La  façon  dont 
il  parle  de  l’Hébreu  en  plusieui's  passages  de  ses  oeuvres,  laissent  supposer 
qu’il  s’ótait  familiarisé  avec  l’ótude  de  eette  langue.  Les  diverses  missions 
diplomatiques,  qui  lui  seront  confiées  plus  tard,  nous  permettent  d  affirmer 
qu'il  possédait  à  un  égal  degré  FAnglais  et  l’Allemand.  En  y  ajoutant  des 
connaissances  de  la  musique  et  du  dessin,  on  aura  une  idée  de  cette  ency- 
clopêdie  vivante,  de  cette  vaste  érudition. 

Calvinisfe  rigide,  il  sacrifie  tout  à  sa  foi,  ne  s'inspirant  que  de  la  Bible. 
Se  considérant  comme  un  apôtre,  un  missionnaire,  il  conçoit  une  ceuvre 
héroïque  destinée  à  corriger  les  moeurs  de  son  siècle. 

La  meilleure  part  de  son  génie  lui  viendra  de  son  enthousiasrae  pour  les 
ceuvres  de  la  nature,  de  Dieu  son  crèateur,  qiril  glorifie  dans  ses  Poèmes, 
de  son  amour  ardent  pour  la  vertu,  de  la  haine  que  lui  inspire  les  moeurs 
dissolues  de  ses  contemporains  etdes  poètes  decour,  de  ce  souffle  religieux, 
qui  anime  son  oeuvre  tout  entière  et  qui  en  fait  l’unité. 

II  est  un  fait  digue  de  remarque,  c  est  que  tous  les  Poètes  huguenots 
sont  tous  des  moralistes.  Du  Bartas  n’aura  qu’à  suivre  la  tradition. 

Héritier  et  élève  de  la  Pléiade,  on  lui  reproche  d’avoir  gonflé  outre 
mesure  son  langage  en  l’embarrassant  d'un  néologisrae  étranger  au  génie 
de  notre  langue.  On  ne  saurait  nier  que  l’emphase  et  la  recherche  ne 
soient  pour  lui  un  travers,  mais  ii  parait  justifié  par  les  défauts  d’une 
ècole  à  laqueile  il  se  rattachait  et  dont  rexagération  du  langage  était  le 
point  culminant.  Malgré  fout  il  est  bien,  par  ses  défauts  et  ses  qualités,  de 
celte  Gascogne  qu’il  a  chantée  avec  aniour  et  qu’il  n’abandonna  jamais.  Si> 
par  atavisme,  il  posscde  l'emphase  et  la  faconde  Gasconne,  il  possède  en 
com|>ensation  des  qualités  propres  au  terroir,  une  imagination  vive,  une 
verve  intarissable,  et  le  don  d’une  éloquence  naturelle  susceptible  de  rache- 
ter  amplement  ses  plus  choquants  défauts. 

Tout  entier  à  son  ceuvre,  les  troubles  et  les  malheurs  de  la  France, 
viennent  le  solliciter  par  intervalle  dans  sa  paisiblc  retraite,  s'ils  ne  Fobli- 
gent  pas  à  en  sortir  pour  ceiudre  le  baudrier.  Cest  ainsi  qu’il  jouera  un 
ròle  actif  dans  les  dernières  guerres  civiles,  tout  en  les  maudissant,  et  qu’il 
saura  ètre  à  la  fois  fidèle  huguenot  et  bon  français. 

En  1574,  il  publie  le  Poème  de  Judith  et  VUranie ,  en  1579  paradt  la 
premièresemaine  :  sa  oélèbrité  comme  poète  étaitdéjà  ètablie  à  cette  époque. 

Quoique  ses  oeuvres  soient  écrites  en  français,  Du  Bartas  se  laissa  gagner 


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à  rimer  en  gascon,  sa  langue  maternelle.  Ce  jour-là  il  se  trouve  véritable- 
ment  poète.  Malheureusement,  !es  compositions  de  ce  genre  ne  nous  sont 
parvenues  qu'en  petit  nombre;  il  ifen  existe  que  deux  spécimens  à  notre 
connaissance. 

La  première,  qui  est  un  Sonnet>  nous  a  étc  couservêe  par  le  poète  bor- 
delais,  Pierre  de  Brach  (1),  son  ami,  qui  se  trouve  dans  ses  poésies,  et  a 
pour  titre  Son  Voyage  en  Gascogne,  récit  d’une  visite  qu'il  avait  faite  au 
cbatelain  du  Barthas.  Ce  dernier  était  venu  à  la  rencontre  de  son  hòte  à 
Toulouse;  c'est  de  celte  ville  qu'ils  se  dirigèrentà  franc  étrier  vers  Montfort. 
Le  poète  bordelais  raconte  ses  impressions  de  voyage,  la  beauté  des 
paysages  qu’ils  traversent,  l’activité  des  habitants  des  campagnes,  etc.  La 
route  était  loigue,  la  conversation  de  nos  dèux  vovageurs  menaçant  de 
languir,  la  nuit  étant  venue,  de  Brach.  essaya  de  laranimeren  preriant  un 
sujet  bien  proíane,  YAmour. 

A  cet  appel,  sortant  de  sa  rèverie,  Du  Barthas  donne  ample  satisfaction 
à  son  ami,  qui  enregistre  ses  confidenccs  : 

Encores  non  contant  de  m’auoir  racompté 
De  cet  aueugle  enfant  la  puissance  indomptée 
La  douceur  d’un  espoir,  la  rigueur  de  ses  lois, 

Les  cruels  coups  tirés  des  tj-aits  de  son  carquois  : 

II  me  voulust  en  vers  sa  hautes.  e  descrire 
Aussi  bien  qu’en  parlant  il  l’a  m’auoit  su  dire 
Composant  en  Gascon  ce  boau  sonnet  escrit 
Sur  l’imraortel  papier  de  son  gentil  esprit. 

SONNET  DE  DU  BARTAS 

Ha!  chaton  mauhazec,  ha!  traidou  balesté, 

Perqué  debarres-tu  ta  soenta  pataquerc  ì 
Per  hé  deguens  mon  ko  brequere  sur  brequère, 

E  ses  hé  pauc  ni  prou,  brac,  ni  haut,  ni  cousté. 

L’autre  jour  ton  cordet  d’autour  deu  kot  jousté. 

Iou  desherrié  mous  pés,  jou  scanti  ta  coulere, 

La  punte  jou  smouché  de  ta  bire  murtrére, 

Ah !  petit  chat  maLfaisant,  ah!  traitre  arbaletrier, 

Pourquoi  desscrres-tu  ton  saint  instrument  ít  frapper  ? 

Pour  pratiquer  dans  mon  c«£ur  brèche  sur  brèohe, 

Et  sans  faire  peu  ni  prou,  has.  ni  haut  ni  á  cóiè. 

L’autre  jour  j’enlevai  ton  lacet  d’autour  de  mon  cou, 

Je  déferrai  mes  pieds,  j’éteignis  ta  colère, 

J’émouchai  la  pointe  de  ton  trait  meurtrier. 

(I)  Les  Poèmea  de  Pierre  de  Brach.  Bourdelois. 

Voyage  en  Gascogne.  (A.-P.  Dampraartin,) 


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E  ton  arc  en  eent  tros  rsam’  semble)  joa  boulé. 

Hélas  !  Per  ue  cadene  ares  joué  cent  cadenes. 

Per  un  cep  joué  cent  ceps,  per  ue  pene  cent  penes, 

E  au  seng  per  un  treit  joué  cent  cap-hers  hikats. 

Mans  mon  treit,  ton  turmen,  ton  cep  et  ta  cadene, 

Amou,  me  plazen  tan  que  jou  n’e  paus  ui  pax, 

Si  toustem  jou  nou  biui  en  ue  ta  douce  pene. 

Et  ton  arc  (il  me*semble)  en  centmorceaux  je  mis. 

Hélas !  pour  une  cbaine,  maiutenant  j’ai  cent  chaines. 

Pour  un  cep  j'ai  cent  ceps,  pour  une  peine  centpeines, 

Et  au  sein  pour  un  trait,  j’ai  cent  tétes  deíer  figés. 

Mais  ton  trait,  ton  tourment,  ton  cep  et  ta  cbaine, 

Amour,  me  plaisent  tant  que  je  n’ai  ni  repos  ni  paix 
Si  je  ne  vis  toujours  en  une  si  douce  peine. 

Le  second  spétûmen  fut  composé  par  le  Poète  à  l'occasion  d’un  événe- 
ment  historique  qui,  cn  sa  qualité  de  calviniste,  lui  étaitcher  (1579).  Pour 
en  expliquer  toute  la  portée  nous  reraonterons  quelques  années  en  arrière. 

Henri  de  Navarre,  après  )a  mort  de  sa  mère,  se  rendit  à  Paris  afin  de 
donner  suiteà  son  mariage  avec  Margueriie  (17  aoùt  1572);  triste  bèné- 
diclion  que  celle  que  se  partageaient  deux  religions  enneraies,  fètes  funestes 
qu’allaient  éclairer  les  lorches  de  la  - Saint  Barthélèmy.  Epargnè  par  les 
assassins,  il  resta  en  otage  à  la  eour  de  France,  avec  le  prince  de  Condé, 
étroitement  surveillés  Tun  et  l’autre  par  une  polilique  astucieuse  Aussi 
lorsqu  on  lui  permit  de  quitter  Paris,  que  1‘exlermination  des  siens  et  sa 
propre  caplivité  lui  rendaient  odieux  (1573)  Henri  dut  se  résigner  à  suivre 
le  duc  d’Anjou ,  vainqueur  de  Condê  à  Jarnac  et  à  Moncontour,  et  à 
marcher  avec  lui  conlre  ses  correligionnaires  réfugiés  à  La  Roehelle.  Les 
Huguenots,  revenus  de  la  terreur  inspirée  par  les  massacres,  s’organisaient 
parlout;  les  hostilités  allaient  recommencer. 

Henri  de  Navarre  n’était  pas  resté  longtemps  au  siège  de  La  Rochelle. 

Caractère  irrésolu,  il  ne  songeait  qu’à  traverser  les  événements  le  moins 
périlleusement  possible  en  se  montrant  assez  catholique  à  rextérieur  pour 
éviter  la  colère  de  Charles  IX,  et  restant  assez  huguenot  dans  Táme  pour 
conserver  son  crédit  dans  sa  Principauté  de  Béarn,  et  dans  le  parti  de  La 
Rochelle.  Au  milieu  de  cette  incertitude  plus  habile  qu’honorable,  il  finit 
par  céder  á  son  animosité  politique  eontre  la  reine  mère  et  adopter  le  parti 
de  la  Ligneformce  par  le  duc  d'Alençon.  Mais  Catherine  de  Médieis  prévint 
les  conséquences  de  la  conspiralion  en  les  faisant  arrèter  Tun  et  Tautre 
(24  février  1574).  Peu  s'en  fallutqu'elle  ne  les  fit  metlreâ  mort.  Charles  IX 
les  sauva.  Ce  dernier  était  animé  de  semiments  tout  opposés  à  oeux  de 
C atheriue  à  laquelle  il  ne  cessait  cìe  reprocher  les  massacres  des  Calvinistes; 


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Ne  voyant  autour  de  lui que des envieux  prèts  à lempoisonner,  il  fit  appeler 
Henri  durant  un  accès  de  la  maladie  qui  le  rongeait  et  il  rendit  le  dernier 
soupir  en  lui  confiant  le  sort  de  sa  femme  et  de  sa  fille  (1574)  sur  lesquelles 
les  ambitions  de  ses  frères  lui  inspiraient  de  vives  inquiétudes.  Le  Béarnais 
n'ayant  pas  eu  le  courage  de  s’enspai'er  du  tròne,  la  reine-naère  s'empressa 
de  saisir  la  régence  et  le  duc  d'Anjou  revint  de  Pologne  prendre  lacouronne 
sous  le  nom  de  Henri  III. 

La  ligue  qui  se  formait  contre  ce  dernier  offrit  au  roi  de  Navarre  locca- 
sion  de  se  venger  de  la  reine-mère  en  prenant  le  parti  du  roi  de  France, 
mais  lancé  dans  les  intrigues  d’amour  et  de  palais  il  oubliait  bientôt  les 
intérêts  des  Béarnais.  Pendant  ceite  absence  regrettable,  les  populations, 
longtemps  opprimées  par  les  Calvinistes,  seraient  revenues  rapidement  au 
catholicisme  si  la  force  n’avait  continué  à  peser  sur  les  consciences.  Dans 
les  villes  placées  sous  laction  immédiate  des  autorilés,  labolition  du  culte 
était  sans  doule  complèíe,  mais  dans  les  villages  éloignés  la  population 
trouvait  mille  moyens  de  violer  les  ordonnanccs  de  Jeanne  d’AIbrct.  La 
résistance  à  la  proscription  fiuit  par  gagner  les  villes  elles-mêines.  Cette 
opiniâtreté  à  la  résistance  ne  pouvait  manquer  d’ouvrir  les  yeuxde  Henri 
de  Bourbon  qui  résolut  de  combattre  les  progrès  de  Tautorité  française  en 
rappelant  les  catholiques  autour  de  Jui  par  la  tolérance  et  rimpartialité.  Mais 
ces  tentatives  se  brisèrent  oontre  rexaltation  toujours  croissante  des  haincs 
et  des  ambitions  politiques  couvertes  de  prétextes  religieux.  Les  luttes 
recommencèrent  sans  trève  ni  merci,  semant  partout  la  ruine  et  le  sang 
enire  les  deux  partis.  Le  roi  de  Navarre,  trompé  dans  ses  espérances  par  la 
paix  rétablie  entre  le  duc  d'Alençon  et  son  frère  Ilenri  III,  negarda  plus  de 
ménagements  et  revint  ouvertement  au  calvinisme  qu’il  n'avait  quitté  que 
sous  la  menace  de  Charles  IX. 

Dès  ce  moment,  chaque  faction  possédait  un  roi  :  Henri  de  Valots  et 
Henri  de  Bourbon.  Leçalvinismeeut  deuxcapitales  :  Paue t  La  Rochelle. 
Chaque  parti  se  prépara  à  la  lutte,  mais  avant  de  recourir  aux  armes  on 
voulut  essayer  de  la  pacificalion;  les  Etats  furent  convoqués  à  BIois 
(2  décembre  1576). 

Ces  tentatives  générales  de  paix  nerapêchaient  pas  Henride  Navarre  de 
consolider  sa  puissance  et  celle  du  calvinisme  en  Guyenne  et  en  Gascogne 
en  prenant  Foffensive. 

Pendantce  temps,Iaprincesse  Caiherine,  soeuruniquedu  roide  Navarre, 
était  rentrée  dans  le  Bêam  avec  le  lilre  de  régenle  (1577)  et  gagnait  l’affec- 
tion  des  Béarnais  par  son  esprit  enjoué,  par  son  amour  pour  les  sciences  et 
les  arts,  qui  rappelaient  Marguerite  et  Jeanne  d'AIbret. 

La  reiue-mère,  qui  préférait  le  jeu  des  intrigues  à  celui  des  armes, 


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ordonna  de  suspendre  les  hostililés  et  proclama  la  paix  (1577).  Malgré  cela, 
la  guerre.  une  fois  établie  dans  ìes  habitudes,  ne  s'arrêta  pas  aux  ordres  des 
souverains;  elle  continua  à  ensanglanter  le  Languedoc  et  la  Gascogne,  entre 
calvinistes  et  catholiques. 

Catherine  résolut  alors,  pour  y  mettre  un  terme,  d’enti'eprendre  un 
vovage  sur  le  théàtre  des  hostilités  avec  sa  fille  Marguerite.  Elle  comptait 
pour  séduire  les  hommes  influents  sur  Tesprit  et  rintelligence  de  la  peu 
tendreépoused’Henri  de  Navarre,  mais  politique,insinuante,  toute  façonnée 
aux  intrigues  des  Médicis  avec  une  suite  de  dames  d'honneur  initiées  à 
toutes  les  roueries  de  la  diplomatie  galante  des  Italiens. 

Elles  arrivèrent  à  Bordeaux  le  15  aout  1578  et  repartirent  bientôt  pour 
Agen.  Henri  vint  à  leur  rencontre  jusqu  a  La  Réole.  En  passantà  Agen, 
la  reine-mèrc  avail  eu  avcc  les  calvinisies  uneconférencesans  résultat;  une 
seconde  tenueà  Monlauban  ne  fut  pas  plus  heureusejon  ne  put scntendre 
sur  les  conditions  de  la  paix.  Après  avoir  visité  Toulouse,  les  deux  reines 
entrèrenl  à  Nérac  où  Fon  put  arrèter  enfin  avec  les  calvinistes  les  29  articles 
du  traité  de  février  1579. 

La  reine-mère,  dans  sa  secrète  pensóe,  faisait  surtout  reposer  la  pacifica- 
tion  sur  le  rapprochement  de  Marguerite  et  de  Henri.  Tous  les  seigneurs 
gascons  étaient  accourus  se  ranger  autour  du  roi  de  Navarre  pour  assister 
à  cet  heureux  événeinent  qui  promellait  de  mettre  un  terme  aux  hostilités 
qui  désolaient  le  pays.  Du  Bartas,  fidèle  huguenot,  de  plus  ami  du  roi  et 
dont  la  célébrilé  était  déjà  établie,  s’était  rendu  un  des  premiersau  rendez- 
vous  d’iionneur,  mais  tout  en  repreuant  les  armes  il  n  avail  puquitter  sans 
regi'el  ce  manoir  où  le  retenaient  les  immenses  travaux  littéraii*es  qu’il  avait 
entrepris.  Plus  que  tout  autre  il  désirait  une  pacificalion  qui  lui  permettrait 
de  les  raener  à  bonne  fin,  espoir  quh'l  ne  put  réaliser. 

II  composa  pour  la  circonstance  une  pièce  de  vers  destinóe  à  célébrer 
Taccueil  de  Marguerite  et  de  son  époux  lors  de  son  entrée  à  Nérac,  qui  est 
restée  comme  le  type  d’un  chef-d’oeuvre  du  genre. 

Trois  Nymphes,  représentées  par  de  jeunes  et  belles  filles  (ies  Nymphes 
Latine,  Française  et  Gasconne)  se  disputent  à  qui  reviendra  l’honneur  de 
saluer  la  reine. 

Laissons-lui  la  parole  : 


LA  NYMPHE  LATINE 

Qua  Pater  cequoreas  Tiberis  festiuat  in  undas, 
Orbis  me  peperit  dominatrix  Romo  subacti, 
Nympha  Latina  vocor,  quoe  te  Regina  saluto 
Salve,  ó  magna  soror,  eonjux  et  fìlia  regis. 


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LA  FRANÇOISE 

O  Nymphe,  oses-tu  bien  accueillir.  peu  courtoise, 

L’honneur  du  iis  Royal,  d’une  étrangère  voix? 

Chère  sceur,  qui  peut  ruieux  qu’une  Nymplie  Françoise 
Saluer  et  la  perle  et  la  fleur  des  Fi*ançois. 

LA  GASCO.NNE 

Carot,  Nymphe  besie  et  tu  Nymphe  Romane, 

N’anes  de  tous  grans  mots  ma  Princesse  eichanta; 

Nou  ia  ta  gran  lairoun  qu’aquet  que  l’aunou  pane  : 

Dessus  l’autrui  jouqué  lou  pout  nou  diu  canta. 

Tais-toi,  Nymphe  voisine  et  toi  Nymphe  romane, 

N’aille  pas  de  tes  grands  mots  effrayer  ma  princesse; 

II  n’y  a  si  grand  voleur  quc  celui  qui  dérobe  l’honneur; 

Sur  un  juchoir  étranger  le  coq  ne  doit  chanter. 

LA  LATINE 

Nympha  puellari  vultu,  facieque  tenella 
Incedo  visenda  :  tamen  proecedo  tot  annis, 

Tot  soclis  aliás  docta  stipata  caterva, 

Mecum  artes  habeo,  leges,  atcjue  optima  quceque. 

LA  FRANÇOISE 

Avant  le  nom  Latin  et  que  les  Romulides 
Eussent  le  champ  d 'Eoandrc>  en  pointes  aiguisé, 

Le  parler  docte-sainct  des  Bardes  et  des  Druydes 
En  Grèce,  en  Italie.  en  Memphe  estoit  prisé. 

LA  GASCONNE 

S’en  man  mous  hils  auen  lou  tems  passat  tengude 
La  plume  com  lou  her,  iou  pôuiri  rampela, 

Mésentr’  ets  denquio-ci  Pallas  ses  biste  mudc  : 

Car  ets  an  mes  amat  plan  hé,  que  plan  parla. 

Si  au  temps  passélcs  enfantsdelaGascogneeussenttenuenmain 
La  plume  comme  ils  maniaicnt  Ie  f3r,  je  pourrai  rivaliser. 

Mais  jusqu’ici  au  milieu  d’eux  P allas  a  gardé  le  silence  : 

Car  ils  ontmieux  aimé  bien  faire,  que  bien  dire. 

LA  LATINE 

Barbara  Nympha  mihi  est,  cujus  sit  Gallia  mater, 

Barbara  Nympha  mihi  est,  cujus  sit  barbarus  ipse 
Vasco  pater,  supero  vocis  modulamine  utramque, 

Moribus  ingenuis  linguaque  excelio  diserta. 


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LA  FRAXÇOISE 


En  faconde,  en  richesse,  en  douceur  je  te  passe. 

Si  Tulle  revivoit  il  parleroit  François; 

En  Patcvre,  Apollon,  les  Muses  sur  Parnasse 
Ont  oublié  pour  moi  le  Latin  et  Grégeois. 

LA  GASCONNE 

Toute  boste  beutat  n’es  are  que  pinture, 

Que  maignes,  qu’afHiqucts,  que  reU»urtils,  que  fard  : 

E  ma  beutat  n’a  punt  aute  mai  que  nature, 

La  nature  toustem  es  més  bere  que  l’art 

1'oute  votre  beauté  n'est  rien  que  d'artiíiciel, 

Que  grands  airs,  colifìchets,  ajustements  et  fard  : 

Ma  beautc  n*a  point  d’autre  inère  que  la  nature, 

La  nature  loujonrs  fut  plus  belle  que  l’art. 

LE  LATIXE 

Sunt  Calenda  ergo  Reginoe,  ô  Celtica  Nympha, 

Jura  salutandoe,  quoe  nos  retinere  nequimus, 
Vasconicis  Nymphis,  pugnax  gens  illa,  tenaxque 
Propositi  nimiuui  :  ne  nos  certare  paratce. 

LA  FRAXí.OISE 

lícoutons  donc  sa  voix  barbarement  diserte  : 
Cédons-luy  nostre  droit  :  tous  nos  débats  sont  vains, 
Tn  dis  vray  :  lc  Gaseon  a  la  teste  si  verte 
Qu'il  vient  lc  plus  souvent  des  paroies  aux  mains. 

I.A  GASCONXE 

Loichem  esta  la  force  ?  Oun  mes  on  s’arrasoue, 

Més  on  be  qu’  jou  é  dret  de  parla  daiiant  lx>us. 

Jou  soun  Nymplie  Gascoue,  er’  es  are  Gascoue, 

Soun  marit  es  Gascoun,  é  sous  sutgcts  Gascous. 

Baïsecnlle  toun  cous  :  coummence  fhé  mês  grano 
Que  loti  Rhin ,  que  lou  Pô ,  quo  YEbrc ,  quo  la  Tanc  (l) 
Glouriouse,  he  brouny  toun  gay  per  tout  lou  Moun ! 

Laissons  de  coté  la  violence  ?  Flus  on  réflécbit, 

PIus  on  comprend  que  j’ai  Ic  droit  de  parler  devant  vous. 
Je  suis  Nymnhc  Gascoune,  elle  est  maintenant  Gasconne, 
Son  mari  est  Gascon  et  ses  snjets  êgalement. 

I5aise,  eufle  tou  cours,  prepare-toi  â  surpasser 
Le  Rhin,  le  Pò,  l'Ebre.  la  Tane  ; 

Glorieuse.  íais  retentir  ta  joie  dans  toute  la  région ! 

(I)  Fleuve  de  Scythie  qui  divise  l’Asie  d  avec  l’Europe. 


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Baïse,  enfle  toun  cous;  coumence  t’hé  mes  grane 
Puch  que  iamês  Jou  R/iin ,  lou  Pô,  YEbrc,  la  Tane, 

Nou  bin  sur  lou  graué  tau  beutat  que  lou  Toun. 

Creich,  ôpetit  Nérac  I  Nérac,  creieh  tas  barralhes, 

Leue  tas  tous  au  céu:  cinte  do  tas  muralhcs, 

Toi^t  so  quede  plus  bet  cintet  iamês  lou  Motin  ! 

Clare  halbe  deu  jour,  bet  escoune  de  grassie, 

Huch  léu,  huch,  bé  mucha  sur  l’aute  Moun  ta  fassie  ! 
Assiu  raye  un  Lugran  plus  lusen  que  Jou  Touii. 

O  Merle!  ô  Roussignoi!  ô  Meillengue!  ó  Luneiche! 
Courès  deu  bet  casau  que  la  Baïse  engreiche, 

Saludat»  d  un  dous  cant  la  plus  ì^ere  deu  Moun. 

O  Parc,  cargue  de  fruts  tous  arbres  plus  saubatges  ! 

Per  arcouilhi  ta  Dam'  acate  tous  ramatges  ! 

Parc,  nou  se  bic  iamés  tant  d’ounou  que  lou  Toun. 

Tu  sies  la  ben  bengude,  Gsteloqui  goubernes 
Nostre  macau  batut  d’auratge  è  de  subernes, 

E  d’un  espia  courtés  desencrumés  lou  Moun. 

Esperit  Angelic,  la  bére  de  las  Ijéres, 

Moun  cot  de  cent  hiuers  é  de  cent  primabères, 

Nou  pousque  este  pelat  d’aute  jun  que  deu  Toun. 

Goué  coume  ta  cugnade  aunou  cla  de  nostre  atge, 

A  ta  bengude  a  heit  plus  bet  soun  bet  bisatge. 

Baïse,  enfle  ton  cours,  prépare-toi  à  te  rendre  plus  grande 
Puisque  jamais  le  Hhin,  le  Pó,  l’hbre,  la  'I'ane 
Ne  virent  sur  leur  gravier  beauié  telie  que  sur  ie  tien. 

Grandis,  6  petit  Nérac!  Nérac,  développc  tes  clótures. 

Léve  tes  tours  jusqu’au  ciel;  ceins  de  tes  murailles 
Tout  ce  que  le  monde  n’a  jamais  entouré  de  plus  beau! 
Claire  aube  du  jour,  va  te  cacher  de  gràce. 

Fuis  loin  d’ici,  fuis,  va  moulrer  sur  l’auire  monde  ta  face  ! 
Ici  brille  une  ctoile  plus  éclauinte  que  la  tienne. 

Oh  Merle!  Oh  Hossignol !  Oh  Mésange!  Oh  Linotte ! 
Chantres  du  beau  jardin  que  la  Baïse  engraisse, 

Saluez  d  un  doux  chaut  la  plus  belle  du  monde, 

Oh  Parc,  charge  de  fruits  tes  arbres  les  plus  sauvages  ! 
Pour  accueillir  ta  Dame  rassemble  tes  ramages! 

Parc,  on  ne  vit  jaraais  pareil  honneur  au  tien. 

Toi,  sois  la  bienvenue,  Etoile  qui  gouverne 
Notre  bonheur  raenacé  d’orages  et  de  tempôtes. 

Eid’un  regard  bienveillant  affranchis  le  monde  de  uuagcs. 
Esprit  angélic,  laplus  belled’entre  les  belles, 

Que  mon  cou  vieux  de  cent  hivers  et  de  eent  printemps 
Ne  puisse  étre  pelé  que  par  ton  seul  joug. 

Vois  comme  ta  naissance,  lionneur  évident  de  notre  àge, 

A  ta  venu«  a  fais  plus  beau  son  beau  visage. 


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En  seinble  en  t’aquista,  conquista  tout  lou  Moun  ! 

Goué  couiue  aqucste  cour  en  aisé  toute  nade  : 

Goué  coum’  tout  sa  guens  arrits  à  toun  intrade, 

Coum’  lou  ]>opIe  soun  gay  maride  dan  lou  Toun. 

Surtout,  goué  toun  marit,  do  qui  l’uberte  fassie, 
Ladoussou,  icu  grand  co,  la  meniorie,  la  grassie, 

A  cent  cops  meritat  la  couroune  deu  Moun; 

Goué,  goué,  coume  do  gay  lou  co  li  pataquéje ! 

Goué,  coum  per  sadoura  soun  amourouse  embeje, 

Et  a  toustem  hicat  soun  oueil  dessus  lou  Toun  ! 

Diu  sie  toun  gouarde  cos  :  Diu  de  soun  dit  escriue 
En  papé  de  toun  cos  sa  lei,  qui  toustem  biue ! 

Pousque  hé  tas  bertuts  lusi  per  tout  lou  Moun  l 
Lou  laget  deu  grand  Diu  de  ta  teste  s’absente  : 

Salhe,  au  cap  de  nau  més,  un  gouion  de  toun  bente, 

Qui  semble  au  pay  deu  co,  de  la  care  sie  Toun  ! 

Diu  tengue  toun  marit  abricat  de  sas  ales  ! 

Diu  nou  bate  iamès  toun  marit  à  de  males  ! 

Diu  hasse  toun  marit  lo  més  grand  Rei  deu  Monn  ! 

E  puch  que  bostre  pats  es  /a  pats  de  la  France, 

Diu  bous  tengue  loung-tems  en  pareille  amistance, 

Cent  ans,  sies-tu  d’Henric :  cont  ans  Henric  sie  Toun. 

II  me  semble  en  í’accueillant  que  jeconquiers  l’univers. 

Vois  comme  cette  cour  nage  toute  dans  la  joie. 

Yois  comme  tout  le  monde  sourit  â  ton  enirée, 

Coinme  ie  peuple  maiio  sa  gaieté  avec  la  îienne. 

Surtout,  vois  ton  mari  dont  la  face  ravonnante, 

La  douceur,  le  grand  coeur,  la  renomniée,  la  grâce, 

A  cent  fois  mêriU;  la  couronne  du  moude, 

Yois,  vois,  comme  son  coeur  bat  de  bonheur, 

V'ois,  comme  ])our  satisfaire  son  amotireuse  envie 
JI  a  toujours  sou  teil  fixé  stir  le  lien. 

Que  Dieu  soit  ton  garde  du  corps;  que  Dieu  de  son  doìgt  tiace 
9a  loi  sur  ton  corps  commesurdu  papier  indestructible! 
Qu’il  puisse  faireluire  ta  vertu  aux  yeux  de  tout  le  monde ! 
Que  le  fléau  du  grand  Dieu  s'éloigne  de  ta  tête  : 

Qu’un  fils  jaillisse  de  tes  entrailles  au  bout  de  neuf  mois, 
Qui  ressemble  au  pòre  par  le  coeur  et  à  toi  par  le  visage. 

(jue  Dieu  protège  ton  mari  à  Pombi  e  de  ses  ailes ! 

Que  Dieu  n’expose  jainais  ton  mari  à  des  nialheurs! 

Qu’il  le  fasse  le  plus  grand  Hoi  du  monde  ! 

Kî  puisque  votre  paix  est  celle  de  la  France, 

Que  Dieu  vous  tienne  longtemps  en  amitié  intime, 

Que  tu  sois  à  Henri  et  qu’ilsoit  à  toi  pendant  cent  ans. 


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-  79  — 


Le  Poète  prête  sa  voix  hannouieuse  pour  traduire  avec  tout  son  ccour 
cette  feinte  réconciliation  dont  le  but  politique  ne  fut  pas  atteint. 

Cette  leeture  instructive  inspire  le  regret  que  le  chantre  des  Semaines, 
n’ait  pas  consacré  son  génie  poétiqueà  la  culture  de  !a  Muse  gasconne  qui 
lui  oflrait  Toccasion  de  faire  valoir  un  talent  naturel,  joint  à  une  élégante 
simplicité. 

En  appiiquant  ses  remarquables  facultés  natives  dans  ce  domaine  qui 
lui  appartenait,  il  aurait  peut-être  moins  éraerveillé  ses  contemporains;  ii 
n?en  aurait  pas  moins  acquis  une  gloire  plus  modeste  et  plus  durabie  sus- 
ceptible  d’illustrer  son  nom. 

Son  mariage  avec  Caíherine  de  Manas  ou  d ’Horns  doit  être  reporté  en 
Tan  1572.  11  avait  à  cette  époque  28  ans. 

De  cette  union  naquirent  quatre  filles,  Jeanne  de  Salusle,  Anne,  Isabeau 
et  Marie . 

Colletet  nous  apprend  qu'il  servait  vers  la  fin  de  sa  vie  en  qualité  de 
cornette  sous  les  ordres  du  raaréchal  de  Matignon. 

A  la  mort  du  Poète,  qui  eut  lieu  en  1590,  lecliáteau  du  Barthas  devint 
la  propriélé  de  sa  filleainée,  Jeanne ,  feramede  Barthèièmij  de  Frère ,  sei- 
gneur  de  Hordosse . 


DE  GARROS  (Jean) 


Nousavons  vu  que  Jean  de  Garros ,  ótait  le  plus  jeune  des  fils  de  Ber- 
trand.  Corame  son  frère,  il  dut  faire  ses  études  au  collège  de  Lectoure  qui 
jouissait  à  cette  époque  d’une  certaine  renommée  et  dont  les  habitants 
étaienl  lêgitimement  fiers.  II  fut  ensuiie  envoyé  à  Toulouse  pour  y  étudier 
la  scienee  du  droit  et  prendre  ses  grades.  Après  la  mort  de  son  père,  il  se 
trouvapossesseurdepropriélésimportantes  dans  la  communede  Lectoure(l). 
Protégé,  comme  tous  lessiens,  de  lafamillede  Navarre,  quiavait  pu  appré- 
cier  leur  fidèlité,  il  était  pourvu  du  siège  de  Conseiller  au  Sénéchal  d’Ar- 
magnac  en  1576  (2),  pendant  que  son  aîné,  Pierre,  était  nommé  avocat 
général  près  la  Cour  souveraine  de  Pau. 

(1)  Livres  terriers. 

(2)  Registre  du  Sénéchal.  Archives  dêparteDìentales. 


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-  80  — 

II  continua  clans  lexercice  cìe  ses  délieates  fonclions  les  traditions  de  la 
famille  qui  lui  valurent  resiiine  et  la  considération  de  ses  concitoyens . 

II  eut  des  rapports  avec  tous  les  poòtes  de  son  temps  et  connut  particu- 
liòreinent  Dastros,  Ic  pocte  Saint-Glarais,  qni  lui  adressa  le  sonnet  suivant  • 


Andè  plan  arrousa  Oarros. 
Apolloun  amasso  l’arrôs 
Que  tout  lou  Pamasi <’  einperJaou; 
Atau  qui  nou  troubare  boun, 

Si  d’aro  'nlà.  l’on  aperaouo 
Garros  gouard’  ai  rùs  d’ApouIloiin. 


Pour  bien  arroser  Garros, 

Apollon  ramasse  la  rosée 

Qui  eniperlaii  tont  Ic  Parnassc; . 

Ainsi  qui  ne  trouverait  pas  bont 

Si  dorénavaut  on  appelait 

Garros  gardien  de  la  rosée  d’Apollon. 


Le  14  mai  1610,  Henry  IV  tombait  assassiné  par  le  fanatique  Ravaillac 
à  côté  d 'Antoine  de  Roquelaure  et  du  duc  de  Caumon  Laforce. 

La  France  venait  de  perdre  le  roi  Béarnais,  le  fondateur  de  la  dynastie 
des  Bourbons,  un  des  rois  les  plus  remarquables  de  notre  histoire,  car  sa 
gloire  avait  pour  piècìestal  la  pacificntion  de  la  France  à  Fune  des  époques 
les  plus  bouleversêes,  Finauguraiioti  de  la  prospérité  publique  fondée  sur 
le  bonlieur  des  masses  et  le  rajeunissement  <Ie  la  cìynastie  parla  subslitu- 
tion  de  la  race  vigoureusê  des  Bourlxms  à  la  race  impuissanle  des  Valois. 
II  dut  ces  vertus  viriles  à  sa  naissance  au  sein  des  montagnes,  à  cette 
éducation  pastorale  toule  Béarnaise  qui  forliHa  son  tempérarnent,  fit  naître 
dans  son  àme  cet  amour  du  peuple,  cette  camaraderie  bourgeoise  qui  cons- 
tiluòrent  sagrandeur  et  sa  forcc.  Cette  familiarité  vulgaire,  cette  joyeuseté 
gasconne,  cette  santé  vigourcuse  qu'aucunefatigue  ne  pouvait  lasser,  révé- 
lèrent  aux  Franqais  une  royauté  toute  nouvelle,  bien  dignede  les  séduire  et 
de  les  passionner.  En  montant  sur  le  l rône  du  triste  Hcnry  III  et  du  taci- 
turne  Oharles  IX,  Ilenrv  IV  resta  toujours  le  franc  luron  des  aventures 
galantes,  le  hardi  soldat  (YArques  et  d 'Ycry,  le  chasseur  infatigable,  Fad- 
mirateur  et  Féinule  du  fac;ètieux  Roquelaure.  Gniee  aux  vertus  plus 
sérieuses,  qui  accompagnèrent  ces  qualitès,  la  Royauté  fit  la  plus  heureuse 
expérience  de  cette  poliiique  de  la  popularitè  familière,  et  la  dynastie  des 
Bourbons  foncìa  sa  puissance  sur  Fadoration  du  peuple,  mais  les  passions 
politiques,  le  fanalisrne,  se  laisscraient-ils  jama’sdésarmer  par  la  clémence 
et  la  génèrosité  des  meilleurs  rois  ?  Henry  IV  périt  assassiné  et  sa  bontó 
excessive  envers  les  partis  politiques  léguait  à  Marie  de  Médicis  la  régente 
et  à  Louis  XIIí,  alors  àgé  de  neuf  ans,  une  succession  grosse  de  révoltes 
et  de  difficultés. 

La  douleur  et  Fèmotion  furent  gènérales  en  France,  ainsi  que  Fexprime 
le  journal  de  VEtoile  :  «  Aux  premiers  bruits  dc  Fattentat,  hommes,  fem- 
mes  et  enfants,  tout  se  précipite  dans  la  rue  avec  des  gèmissements  et  cìes 
sanglots.  II  ètait  pitiè  de  voir  lout  le  peuple  en  pieurs  et  en  larrnes  avee  un 


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-  81  — 


tríste  et  morne  silence,  ne  faisant  que  lever  les  yeux  au  ciel,  joindre  ies 
mains,  battre  leurs  poilrines  et  hausser  les  épaules,  gómir,  soupirer,  et  si 
queiques  cris  échappaient,  c’était  avec  des  élancemenls  si  douioureux  que 
rien  ne  saurait  représenter  de  plus  affreux  et  pitoyable.  Ensemble,  chacun 
ne  faisait  que  dire  :  «  Nous  sommes  tous  perdus,  si  notre  bon  roi  est 
mort  ».  Odes,  épitaphes  frangaises,  grecques,  iatines,  angiaises,  italiennes 
et  espagnoles,  discours  et  sermons  en  toutes  langues  furent  prodigués  aux 
mânes  dugrand  roi(l);  aucune  exagération,  dans  ces  élucubrations  dithy- 
rambiques  aucune  trivialité  poétique  ne  lui  fut  épargnée. 

Garros  prend  prétexte  de  ce  douloureux  événement  pour  payer  une  detle 
de  reconnaissance  et  daffection  envets  le  bienfaiteur  de  sa  maison.  Sa 
Muse  traduira  les  larmes  et  les  regrets  de  ia  Gascogne  pour  son  roi 
défunt  (2),  et  lancera  i’analhème  contre  le  misérable  assassin  auteur  de  ce 
lâche  attentat. 


(1)  Le  duc  de  La  Vallière,  dont  la  bibliothèque  a  constitué  lc  fonds  de  celle  del*Ar 
senál,  avait  eu  rexcellente  penséc  de  grouper  tous  ces  raorceaux  épars  dont  la  mort 
du  Béamais  avait  été  l’occasion.  Nous  devons  probabienient  ii  cette  pieuse  curiositè 
du  grand  seigneur  le  salut  de  rceuvre  de  Jean  de  Garros  inserite  au  Catalogue  en  ce.s 

termes  : 

Pastorala  Gasconnc  snr  la  mort  de  Henri  IV,  m-8°.  Totilou.se.  1016.  N°  9.490. 
—  B.  L. 

Elle  avait  échappé  aux  reclierches  patienles  de  Soleinnc  et  de  Drunet.  de  Paris. 
l'auteur  du  Manuel  du  Libraire.  Cet  exemplaire,  que  nous  croyons  unique,  sans 
oser  raffirmer,  a  été  retrouvé  à  la  Bibiiothèque  de  TArsenal,  gràce  à  notre  infatigable 
persistance. 

(2)  Cette  émotion  avait  gagné  les  contrées  Gasconnes,  surtout  dans  les  pavs 
qu’Henri  IV  avait  parcpurus  à  diverses  reprises  dans  son  itinéraire.  11  íaut  oiter  les 
honneurs  íunèbres  qui  lui  furent  rendusà  Miradoux  (Gers),  le  18  juillet  1610  : 

a  Le  Hoy  Henry  quatriesme,  roy  de  France  et  de  Navarre,  íeust  tué  le  quator- 
ziesme  jour  de  may  1 0 10,  d’ung  coup  de  couteau  par  un  nominé  Pierre  Robillard 
(Havaiilac),  d’Angoìesme.  A  esté  receu  et  sacré  pour  légitime  successeur  Loys,  fils 
légitime  et  naturel  dudit  seigneur,  lequel  à  présent,  par  la  gràce  de  Dieu,  est  Hov  de 
France  et  de  Navarre. 


»  Honeurs  du  Hoy. 

»  Les  boneurs  deudit  feu  Hoy  Henry,  quatríesme  du  noni.  Roy  de  France  et  de 
Navarre,  ont  esté  faicts  dans  la*ville  de  Miradoux.  le  dimanche  dfix-huictiesme  jour 
de  juilhet  mil  six  cens  dix,  et-  feurent  coniinués  le  lundy  et  mardy  après.  Ce  qui  s’est 
observé  auxdits  honneurs,  c’est  que  Jes  consuls,  les  oìficiers  du  Hoy,  les  jurats  et 
habitants  s’assemblèrent  à  Ja  raaison  commune  de  la  viile,  lesdits  consuls  aportant  le 
drap  des  morts;  les  offieiers  et  jurats  chascun  son  flambeau  à  Ja  inain  oii  estoynt 
attaché  les  armoyries  du  Hoy,  sortirentde  la  maison  commune,  assistèrent  aux  ot)sé- 
ques  des  morts  que  lesprestres  direntau  devant  de  Jadite  maison  de  ville.  s’en  alla- 
rent  en  procession  avec  ordre  par  toute  la  ville;  les  prestres  les  premiers,  les  consuls 
apportant  Je  drap  après,  y  ayant  quaire  armoyries  attacliées.  Après  marchoieut  les 
oinciers  du  Roy  et  après  les  jurats  deux  à  detïx  avec  leurs  flambeaux  et  armoyries. 
suivis  du  reste  du  peuple,  et  s’en  allarent  tous  assister  à  la  messe  et  aux  prières  et 
oraisons  qui  feurent  dites  dans  l’église  parrochielle  de  ladite  ville.  Tous  allarent  à 
l’offrande;  et  aprês  la  messe,  les  consuls  et  officiers  allarent  baizer  la  croix.  Dieit  par 
sa  saincte  misericorde  veuille  colloquer  l’àme  de  nostre  Roy  en  son  règne  cèleste  et 
qu'il  luy  plaise  maintenir  et  conserver  le  liov.  Monseigneur  son  ttls,  la  Reyne  sa 
mère.  Messeigneurs  ses  cnfants  et  filhes.  et  leur  donner  bon  conseilh.  » 

(Extrait  des  registresde  Guillemette  ie  Vieux,  notaire  à  Miradoux,  1603-1614,  f*  277, 
fìeouc  de  Gascogne ,  xl,  p.  51. 


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C’est  à  la  forme  de  la  Pastorale  qu’il  a  recours  pour  la  circonstânce,  il 
s ’empresse  dedonner  les  raisons  de  ce  singulier  choix.  II  donne  pour  titre 
à  sa  composition  : 


PASTOVRADE  GASCOVE  Svr  lci  niOVt 

dcti  Magnific  ò  Poudcros  Anric , 
quart  dcà  nom ,  fícy  de  Francc  e  de  Nauarre. 

Pastorale  Gascoime  sur  la  mort 
tlu  Magnifique  et  Puissant  Henri, 
quatrième  du  uoni,  Hoi  tle  France  et  de  Navarre. 

II  dcdie  son  oeuvre  à  : 

monseignevr  de  roqvelavre,  conseiller du  Rotf  en  ses  conseils ,  Checalier 
des  Ordres  de  Sa  Majesté  E  son  Lieutenant  Général  en  Guiène 

€  Sçachant,  lui  dit-il,  que  vous  estes  Gascon,  que  vous  aimez  le  païs  è 
les  gens  de  vostre  patrie,  et  que  %rostre  gouuernement  s’estend  sur  icelle, 
partant  vous  estant  esleu  tel,  iose  me  promette,  que  ie  ne  seray  point  sans 
protecteur  è  deffenseur  contre  mes  zoïles ,  m’appuiant  de  vostre  authorité 
è  clémence  par  cette  mienne  adresse.  Faites  moy  donc  cest  honeur  de 
prendre  agrò  ce  mien  trauail,  é  auoir  la  patiêce  qu’à  certaines  heures 
ocieuses  il  vous  en  soict  faicte  lecture.  Vous  y  verrez,  quoy  qu'en  bas  stil, 
soubs  lequel  les  gràds  è  plus  antièns  Poètes  ont  descrit  l’estat  généalogic, 
E[)italames,  combats,  amours  è  mort  des  grands  Rois  è  Empereurs  ample- 
mét  desduicts,  les  regrets  de  la  mort  déplorable  de  notre  feu  Roy  débon- 
naire  e  inueincu,  Fatrocilé  du  faict  pernitieus  du  pendart  traistre  son 
assacineur,  è  les  bics  è  graces  que  les  Pasteurs  è  prient  Dieu  aduenir 
à  nostre  Roy  régnant-  Coraine  ie  say  aussi  avec  vn  zèle  extrème,  par 
mesme  mcyen,  ne  pouuant  vser  d’autre  reuenche  en  vostrc  endroit,  pour 
estre  ines  reins  faibles,  ie  le  suppiiray  qu'il  vous  doint  en  santê,  longue  è 
lieureuse  vie. 

«  De  Lectoure  ce  dernier  de  Iuien  1610  (La  Pasloraleest  dédiée  six  semai- 
nes  après  le  meurtre).  » 

Puis  s  adressant  au  lecteur,  il  lui  expose  que  c'est  sur  le  conseil  de  ses 
amis  qu’il  a  mis  en  lumière  son  Poème  en  langue  Gasconne  :  «  Làgue 
laqucle  scmblera  possible,  scabruse,  è  difíìcile  à  plusieurs,  pour  eslre  peu 
polic  à  culiiuée,  de  tant  quc  la  langue  írançoise  a  la  vogue  èest  en  grande 
rccomcndation,  voire  parmi  la  Gascogne,  ou  de  rordonnance  de  nos  Rovs, 
tousaclesse  font,  è  eseriuent  en  ladite  langue  Fràçoise ;  si  que  tout  le 


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—  83  — 


monde  tàehe  à  bien  éloquement  parler  é  escrire  le  François.  Dont  ils 
aduient  qu’on  mesprise  é  ne  faict  on  point  estat  d’illustrer  la  langue  mater- 
nelle:  àquoy  si  l'on  s'attendoit  i’oseray  croire  qu’elle  ne  céderoit  à  la  dou- 
ceur  italienne  ny  grauité  espagnole.  Cela  manquant,  i'ay  bien  voulu  te  don- 
ner  quelques  aduertissements  en  cest  endroict,  pour  tefaciliter  les  diffìcultez 
lesquelles  pourront  t’arrester  è  destourner  de  la  Lecture  de  ce  petit  oeuure, 
soit  pour  l’ortographe,  pronuntiation  è  variètè  des  dialectes,  desquels  la 
Gascogne  abonde  autant  è  plus  que  ne  faisoit  antiennement  la  Grèce, 
soit  pour  la  significalion  des  mots  rares  è  partieuliers,  desquels  on  vsedans 
nos  contrées.  ».... 

II  termine  en  avertissant  le  lecteur,  qu’il  a  employé  dans  certains  eas 
l'epsilon  grec  (1)  s  au  lieu  de  Te  ordinaire  pour  éviter  des  confusions  au 
sujet  de  la  prononciation;  il  retranche  également  le  T  de  la  conjonction, 
comme  superflu,  à  l'imitation  des  êcrivains  franrais  et  italiens. 

Son  poème  est  à  trois  personnages  :  Iovanon  (Petit  Jean),  Peyrot  (Petit 
Pierre)  et  Andriv  (André).  II  débute  par  1  argument  de  la  Pastorale  : 

Deu  pople  acy  Tom  auch  lous  crics,  qu’emplouramens, 

Per  Anric  son  bon  Rey,  hè  sur  sa  mort  plagnudo; 

De  son  traidou  murtrè,  puch  lous  malasimens 
Eus  bes  queu  Rey  Louis  nous  porte  à  sa  bengude. 

On  entend  ici  du  peuple  les  cris  et  les  sanglots, 

Pour  la  mort  si  regrettée  de  son  bon  roi  Henri; 

Puis  les  malédictions  contre  son  traitre  meurtrier 

Et  les  avantages  que  le  roi  l.ouis  nous  porte  à  son  avèiienlent. 

Cela  fait,  il  donne  la  parole  à  Peyrot  (Petit  Pierre),  qui  interpelle  son 
camarade  Iouanon  ( Petit  Jean)  en  ces  termes  : 

Doû  Iouanon,  dou  ben  que  contra  ta  nature, 
lout1  bey  matin  è  cè,  tout  pic  pac  a  l’ardure, 

Corre  per  camps,  per  bocs,  per  serres,  per  arrocs, 

Per  seubes,  per  bruchous,  è  peùs  mes  espes  locs, 

D’où  vient  Petit  Jean,  d'oii  vient  que  contre  ta  natiire, 

Je  te  vois  matin  et  soir  tout  triste,  sans  cesse 
Courir  par  champs,  par  bois,  par  hauteurs,  par  rochers, 

Par  forêts,  par  buissons  et  par  lieux  les  plus  inaccessibles, 


(1)  Cette  idée  d'introduire  l’s  grec  dans  rorthographe  gasconne  dut  étre  inspirée 
par  la  mérae  tentative  faite  par  Le  Trissin  dès  1524  pour  donner  place  dans  ia  languc 
italienne  à  deux  voyelles  grecques.  Mais  toutes  ces  innovations  n’eurent  aucìme 

suite. 


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Per  espias,  per  brocz  eichuperatz,  è  ségues, 

E  nes  arriu,  ny  hont,  ny  barthe  que  nous  siegues, 

Paihe,  trancit,  doulent,  aganit,  pantaichan  : 

De  lèruies,  tous  deus  oueilhs,  ban  a  gran  dau,tz  pichan  : 

L'airé  trenichs  è  hen,  deu9  grans  cricz  que  tu  gites, 

Que  pot  este  aquerof  digues,  en  que  cougitesV. . . . 

Far  ronces,  par  épiues  aigues  et  haies, 

11  u’est  ruisseau,  m  cours  d’eau,  ni  bruyères  que  tu  ne  suives, 

PAle,  transi,  gémissant,  exténué,  essouflé  : 

Tes  deux  yeux  vont  répandant  les  larmes  à  grands  flots  : 

Tu  feuds  l’air  retentissant  des  cris  que  tu  pousses, 

(v>u’est-ce  que  cela  pcut  étre?  dis-moi,  ìi  quoi  penses-tu  ?. . . 

<  11  n'a  pas  besoin,  ajoute-t-il,  de  se  contrister  en  convoitant  les  biens  de 
»  ce  monde  qu'il  possède,  Dieu  merci,  et  qu’il  énumère  avec  complaisance. 
»  N*a~t-il  pas  ses  étables  bien  garnies  en  brebis,  vaches  et  chevaux?  Ses 
»  champs  et  ses  vignes  sont  fumés  tous  les  ans  et  en  pleine  production.  II 
»  peut  en  tout  temps  manger  à  sa  fantaisie  de  Fagneau,  du  canard,  du 
»  poulet,  du  fromage  ou  un  cochon  aussi  bien  que  pas  un  du  village.  Sa 

*  rnaison  est  meublée  confortablement;  et  ses  champs  sont  peuplés  de  tout 
»  espèces  d’arbres  fruitiers,  et  il  passe  en  revue  les  variétés  de  pommiers, 
»  de  poiriers,  de  pruniers,  de  péchers,  d'abricotiers,  denoyers,  decerisiers, 
»  de  cormiers,  d’amandiers,  qui  lui  donnent  tous  les  ans  une  ample  provi- 
»  sion  de  fruits  savoureux.  Sa  demeure  est  un  vrai  paradis  terrestre  où 
j>  tout  abonde,  et  où  on  trouve  en  outre  en  élé  Tombre  et  la  fraîcheur.  II  lui 
»  rappelle  Theureux  temps  où  il  courtisait  celle  qui  est  devenue  sa  femme, 

•  ses  joies  et  ses  déceptions  quand  il  poursuivait  de  ses  assiduités  celle  qui 
»  le  faisait  mourir  par  sa  beauté.  A  cette  époque,  levé  dès  Taurore,  lecceur 
»  joyeux,  il  était  toujours  prêt  à  dire  â  propos  quelquechanson,  tantôtavec 
»  le  hautbois,  tantòt  avec  lc  chalumeau,  pour  adoucir  le coeur  de  son  amou- 
»  reuse  revèche.  11  n’était  pas  de  fôte  votiveaux  environs  où  il  ne  rempor- 
»  tàt  tous  les  prix  à  la  boule,  à  la  lulte,  à  Tarc,  aux  trois  bouchons  ou  à 
»  jouer  du  lulh,  sur  les  bergers  et  les  bous  iers  les  plus  renommés  de  la 
»  contrée  .... 

Quis  cambis  son  asso  :  parle,  arrespon,  que  pences? 

Assos  per  trop  farçat,  quignes  son  tas  deffences  f 
Qu’as,  lou  men,  pren  couralge,  on  pot  trouba  confort, 

Per  tout  qu’au  pas  esqu  de  la  trop  haube  mort. 

Quel  cbangement  est  ceci?  parles,  réponds,  qucpenses-tu  î 
La  plaisanterie  a  assez  duré,  queiles  sont  tes  raisons? 

Qu’as-tn,  ami,  prends  courage,  on  peut  trpuver  qonsolatiou 
Fartout,  sauf  au  pas  obscur  de  la  mortfauve. 


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■  ■  ii  i 


IOUANÔN 


O  mort,  heroutge  morfc,  a  daugua  mas  que  douce, 

Tum*  seres  sifc  plasé,  marboune  are  en  ta  hocc, 

Poiri  iou  biue  las,  biue  poiri  iou  las, 

Aprop  aue  perdufc,  mon  soustien,  mon  soulas? 

Mon  paués,  mon  renfort,  mon  maintien,  è  ma  bifce, 

Qui  ses  è  nou  pot  cste  au  mon  que  fort  petite  : 

Mon  mèste,  mon  Seignou,  Rey  de  touts  lous  pastous, 

Lou  maiourau  de  touts,  qui  hasez  inous  moutous, 

Agnètz  è  buus,  per  tout  péicho  en  assegurance  : 

Sit  calé  courre  au  loup,  è  ère  cap  de  dance, 

A  la  boup,  au  sanglà,  plus  lèu  et  housse  mort, 

Que  souffri  que  degus  nous  hesse  cauque  tort  : 

Hardit  come  uu  Léon,  balent  come  Tespase, 

Et  tenguè  toute  neifc,  ardente  sa  lampase, 

En  beilian,  escoutan,  qui  sere  tant  ausart, 

Qni  prene  gausare,  suus  sous  la  mendre  part. 

Lous  lairous  monfcagencs,  tant  quet  hourouc  en  gouarde, 
Nou  saproupien  de  pou.  quet  nouus  dès  sur  la  harde. 
Nieus  morous  bazanatz,  marranous  qui  son  loups, 

E  gouereien,  nou  pas  dam  her,  mas  come  boups. 

Ha  men  nous  te  pcrdem,  quan  de  pou  de  ta  gouerre 
Deu  leuat,  dique  au  couq,  hasez  treni  la  terre. 

FETir  JEAN 

O  mort,  farouche  mort,  à  certains  plus  que  douce, 

Tu  me  serais  agrèable  en  m’enfouissant  à  préscnt  dans  ta  fosse; 
Hélas !  pourrai-je  vivre,  hélas !  le  pourrai-je, 

Après  avoir  perdu  raon  soutien,  ma  joie, 

Mon  bouclier,  mon  protecteur.  mou  déíenseur,  ma  vic, 
cjiui  sans  lui  dans  ce  monde  ne  peut  étre  que  bien  petite  : 

Mou  Maitrc,  mon  Seigneur,  Hoi  de  tous  les  pasteurs, 

Le  Souverain  de  tous,  grâce  auquel  mes  moutons, 

Agneaux  et  boeufs,  paccageaient  partout  en  súrcté. 

S’il  fallaií  courir  au  loup,  il  était  chef  de  danse, 

Comme  au  renard,  au  sanglier;  il  serait  mort  plutót 
Que  de  soufifrir  que  personne  nous  fit  quelque  préjmlice  : 

Hardi  comme  un  lion,  vaillant  comme  l’épée, 

11  tenait  toutes  les  nuits  sa  lampe  allumée 
Ln  veillant,  écoutant  quiserait  assez  audacieux 
Pour  oser  prendre  aux  siens  la  moindre  chose . 

Les  voleurs  moutagnards,  tant  qu’il  fut  en  garde, 

Ne  s’approchèrent  de  peur  qu’il  ne  leur  tombe  desius, 

De  méme  les  Mbures  basanés,  vagabonds,  qui  sont  loups, 

Qui  guerroient  tìon  pas  avec  du  fer,  mais  comme  renards. 

Hélas !  nous  te  perdons,  quand  la  peur  de  la  guerre 
Du  levant  au  couchant  faisait  retentir  la  terre. 


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Ares  nous  poudem  plan,  carga  lous  esperous 
E  huge  on  mes  pouscam  dam  beace  è  sarrous. .  . . 

Maintenant  nous  pouvons  bien  cbausser  les  éperons 

Et  fuir  au  plus  loin  que  nous  pourrons,  avec  besace  et  pannetière. 

»  abandonnant  la  mort  dans  lïtme  nos  charmantes  demeures,  nos  vigno- 
»  bles,  les  récoltes  mnres  et  nos  champs  prêts  à  faucher  Les  uns  iront  à 

>  droite,  vers  lesl,  les  autres  au  Japon,  ou  bien  vers  le  Tartare  glacé  où  les 

>  vètements  sont  faits  de  peau  de  mouton  ou  d’izard,  ou  vers  le  Nouveau 
Monde  où  la  chaleut  force  les  habilants  à  alier  nus  en  toute  saison. 

»  Certes  nous  pouvions  à  loisir  planter,  greffer,  tracer  des  aliées  dans 
»  nos  jardins,  faire  de  belles  avenues  d’ormeaux,  tailler  des  tonnelles  de 

>  myrthe,  de  lierre,  de  lauriers,  de  rosiers,  de  jasmins  et  conduire  à  Ten- 
»  tour  des  ruisseaux  d’eau  courante  dont  le  murmure  cadencé  invite  au 
»  sommeii.  II  nous  éíail  permis,  en  pleine  sécurité,  d’organiser  là  des 
»  danses  et.  de  célébrer  les  louanges  du  dieu  Pan,  maintenant  lout  est  fini. 
»  Soldat  pillard,  voici  venir  ta  fète,  loi  qui  te  repais  du  sang  et  des  larmes 
»  du  peuple  que  tu  conlrains  à  se  nourrir  de  pain  cuit  dans  les  douleurs. 

>  Viens  avec  la  gent  êtrangère  pour  t'emparer  de  notre  bien  que  nous  avons 

>  arrosé  de  nos  sueurs  et  de  notre  travail.  Désormais  l’on  ne  pourra  plus 

>  chanter  sur  la  montagne,  ni  sur  la  verte  plaine  en  faisant  paitre  ses 
»  troupeaux.  » 

Petit  Pierre  cherche  à  calrner  son  ami  en  lui  faisant  entendre  la  voixde 
la  raison  et  cn  invoquant  lcs  dccrets  mystèrieux  dc  la  Providence  qu’il  faut 
accepter,  mais  Petit  Jeun  se  montrc  insensibie  et  donne  un  libre  cours  à 
son  indignation  : 

< )  Terre,  o  Ceu,  o  Ma,  Astes,  e  Dius  amasse, 

Auetz  bousautz  patit,  qu’aquero  noble  race, 

Deus  Santz,  Lyris  antiqz,  houssen  traidourament, 

Dab  un  coutet  murtrê,  Iieritz  ta  biuament, 

(Juan  la  sang  inoueente,  cn  lestrete  carrère 
A  hioles  cudec  he  neiche  ue  ribòre? 

'I’acagn  arrescuse,  truant  mau  acarat, 

Quigne  rauje  t’aue  la  biste  caperat, 

O  Terre,  ô  <*iel,  ò  Mer,  Astrcs  ei  Dieux  cnsemble, 

Comment  avez-vous  permis  que  cette  noble  race 
Des  Saints,  Lys  antiques,  fut  traitreusemcnt, 

Et  si  brusquement  frappée  avec  un  couteau  meurtrier ; 

Quand  le  sang  innocent,  dans  la  rue  étroite 
Tomba  en  jaillissement.  à  faire  naitre  un  ruisseau  ? 

Méchant  sournois,  bandit  ít  face  ignoble, 

(Juelle  rage  avait  voilé  tes  yeux, 


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Lou  sen,  lentenement,  que  lon  eo  pien  d’audacie, 

Tout  d’un  cop  s'arroncés  dessus  la  douce  facie 
D’un  anioulet  deu  Céu,  de  l’unctat  deu  bon  Diu, 

Tot  bon,  tout  amistous,  que  suu  poble  caitiu, 

Et  elegic  pastou,  gouaiton,  è  sa  condute, 

L’arbaiament  deus  maus,  deus  maichants  la  deliute, 

Lou  soustien,  lou  pihorc,  deus  caiutz  am  maus  hicz, 

E  deus  praubes  qui  son  ses  abric,  ses  amicz, 

Per  heu  arregauta  sa  biue  amneempourpade, 

E  tantouilla  tas  mas,  en  sa  sang  ta  plourade  ? 

Que  tant  queu  Mon  sera,  nous,  o  lous  qui  biran, 

Aprop  nostes  nelx)utz,  malaus  se  sentiran. 

Ha  maichant  malasit,  tu  n'as  pas  abeusade, 

Ue  soulete  liemne,  ans  ue  milantade 

Que  d’enhans  despairatz,  quan  d’oustaus  desoulatz, 

Quan  de  gent  desperance  as  tu  arreculatz? 

Quan  de  maines  louritz,  è  bourgatz  è  bourgades, 

Seran,  per  tu  damnat,  diqu’au  pe  deroucades, 

Qui  s’arreleuaraf  om  es  plus  leu  pergut, 

Aprop  un  meste  nau.  qu’om  non  es  counégut. 

Poitron,  arregagnat,  digues  nous  on  pot  este, 

Qu’as  apres  dargouaita  ton  Seignou,  ton  bon  meste  ? 

Per  acops  de  coutétz  la  bite  destreraau, 

Lo  Reaume  è  nousautz  coulouma  de  tout  mau  ? 

Tut’  pençaueus,  belèu,  teserbi  de  leichemple, 

Ton bon  sens,  ton  entendement,  pour  que  ton  cocur  plein d’audace 
Tait  précipité,  tout  ii  coup,  sur  la  douce  image 
D’un  ange  du  Ciel,  de  l’oint  du  Seigneur, 

Tout  bon,  tout  bienveillaut,  que  pour  le  faible  peuple 
II  élut  pasteur.  gardien,  qu’il  fut  sous  sa  conduite, 

La  préservation  des  maux,  la  dcroute  des  méchants, 

Le  soutien,  le  pieu  des  tombés  et  des  mal  plantés, 

Des  pauvres  qui  sont  sans  abri,  sans  amis. 

Pour  lui  faire  vomir  sa  noble  âme  empourprée. 

Et  trempcr  tes  mains  dans  ce  sang  tant  regretté  ? 

Tant  que  lc  monde  existera.  nous  et  nos  successeurs, 

Après  nos  arrière-neveux.  en  souíïriront  encore. 

Va,  mccliant  maudit,  tu  n’as  pas  rendu  uue  seule 
Femme  veuve,  tu  en  as  fait  des  milliers; 

Combien  d’enfants  orplielins,  que  de  foyers  désolés, 

Combien  de  gens  as-tu  recuiés  d’espêrance# 
t’ombien  de  maisons  tleuries,  de  bourgs,  de  hameaux. 

Seront  gráce  à  toi  ruinés,  dèraolis  jusqu'aux  fondemeuts, 

Qui  les  relèvera  1  On  est  perdu  plus  tót 
Auprès  d'un  maitre  nouveau  qu’on  n’en  est  coimu. 

Poltron  révolté,  dis-nous  où  tu  as  pu 

Apprendre  le  guet-à-pens  contre  ton  Seigneuret  ton  bon  Maitre? 
Pour  à  coups  de  couteaux  détruire  sa  vie? 

Tu  as  comblé  le  Royaume  et  nous-mêmes  de  tous  maux? 

Tu  as  pensé  peut-étre  à  suivre  l’cxemplc, 


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Per  hè  dura  ton  nom  (1),  deu  qui  boutec  lou  Teinple. 

De  Diane  en  carbous,  mas  tout  son  maichant  heit, 

Nempachec  que  plus  bet,  nou  housse  aprop  reheit. 

Ha  plagous  au  DiuPan ,  qu’ubrin  lames  petite 
E  gran  bée  deu  cos,  iou  pouscoussi  da  bite  (2). 

Quantis  soupis,  sanglotz  gitari  jou  dam  plous, 

Sit2  pouden  acaba  nostes  maus  è  doulous. 

Un  delauas  deù  Ceû  semblare  que  caiousse, 

Ou  qu’un  delubi  gran  sur  la  terre  hounousse  : 

Mes  praubes  desastructz,  en  nat  courtiu,  ny  ort, 

Remcdi  nou  se  pot  trouba  contre  la  raort, 

Hilh  raalasit  d'hyher,  dequing  helon  couratge. 

Ten  ez  tu  pres  au  Rey  lou  prumè  de  tout  atge, 

Tout  franc,  tout  iust,  tout  sant,  simple  è  plen  de  bouentat, 

Que  t’auó  heit  murtré,  qu’atau  laies  tractat? 

Tu  n’ez  nescut  de  raay  douce,  ny  pietadouse, 
lou  creyquetu  es  hilh  de  cauque  superbiouse, 

De  cauque  loube,  ou  draque,  ousse,  ou  mes  si  tu  bos, 

Du  Lauparde  enchoua,  qui  n'a  queu  diable  au  cos, 

Las  raaities  au  senc,  ò  qu'en  arre  nou  penee 
Quo  de  sang,  è  de  mortz  hé  sa  bite  è  despence; 

Iou  cresi  qu’ere  ta  de  biueres  nouirit, 

De  serps,  serpents,  grapauts,  é  d’un  lausert  poirit, 

Pour  perpétuer  ton  nom,  de  celui  qui  incendia 
Le  ternple  de  Diane,  mais  sa  méchante  action 
Ne  rempècha  pas  d’être  reconstruit  plus  beau. 

Qu’il  plut  au  Dieu  Pan,  qu’en  ouvrant  les  pelites 

Et  les  grandcs  veines  du  corps  je  puissc  lui  rendre  la  vie. 

(v)ue  de  soupirs  et  sanglots  je  jctterai  avec  des  pleurs, 

Si  nous  pouvions  achcver  nos  niaux  et  nos  douleurs  : 

11  semblerait  qu'une  averse  tombat  du  ciel, 

( )u  qu’un  grand  déluge  fondit  sur  la  terrc  : 

Mais,  pauvres  malheureux,  eu  nul  jardin  ou  \  erger, 

On  nc  pcut  trouvcr  remède  contre  la  mort. 

Fils  maudit  de  l’Eiifer,  de  quel  félon  courage 
'l  ’eti  es-tu  pris  au  plus  grand  Roi  de  toutâge, 

Tout  franc,  tout  juste,  tout  saint.  simple  etplein  de  bonté  : 

Que  l’avait-il  fait,  assassin,  pour  le  traiter  ainsi  ? 

Tu  n’es  pas  né  d’une  mère  bonne  ou  aecessible  â  ia  pitié; 

.Ic  crois  quc  tu  cs  íils  de  quelque  folle  d’orgueil, 

Dn  quclque  louve  ou  reptile,  ourse,  ou  si  tu  vcux. 

D’une  léoparde  furieuse,  qui  n’a  que  le  diable  au  corps 
Du  matin  au  soir  ne  pensant  à  rieu 

Qu’au  sang  ct  au\  morts  dontelle  fait  sa  vie  et  nouiTÌlure; 

Jc  croiraiqu’elle  t’a  alimenté  de  vers  de  terre, 

Serpents,  vipères,  crapauds  ou  lézards  pourris, 

(1)  Erostratc.  d’Ephèse,  homme  obscur,  qui  pour  immortaliser  son  nom  brúla  le 
temple  de  Diane,  une  des  sept  merveilles  dujmonde. 

(?)  Le  poètc  fait  ici  aìlusion  á  la  tmnsfusion  du  sang. 


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Don  ore  empousouèc  ton  oò,  la  pousouère, 

De  biterne  la  may,  mastresse  sourtiihére, 

Per  te  poussa  de  hè,  deu  mès  berenent  hèu, 

Lou  cop  dou  lous  cantous  pudichon,  è  lou  Cèu; 

Lous  aires,  lous  arrius,  cros  è  la  terre  toute, 

Bergougne  an  de  tous  heytz,  en  piouren  gouteà  goute. 
Iou  gauzi  auança  qu’cnchouare  ious  Yhers, 
Bergougnaran  per  tu,  be  que  sien  esquers  : 

Ses  la  gran  pou  qu  auen  Pluton ,  ò  Prouserpincy 
Eu  can  aus  tres  lairas,  que  gaignes  lou  cetine, 

Nettun ,  diu  de  la  Ma,  ques  mes,  ans  lou  diu  Mars , 
Tant  et  ere  balent,  creignen  sous  treitz  ausars; 

Tu  l’as  aucit  pertant,  galenet  plein  de  bici, 

Surpres  ses  arre  en  man,  e  dab  gran  traidourici, 

Per  tu  quis  mès  maichant?  à  ton  pay  launou  failh  : 
Tu  cudes  hé  sclata,  ta  may  sur  son  tribailh, 

Coume  lous  Biperatz  neichens  hen  la  Biupère. 

Bes  aquet  desastruc,  qui  ben  de  taus  espere 
Doli  de  notz  è  rude,  è  pourcine  pudents, 

Tu  hous  tabè  batiat,  seignau  deu  maus  pendentz 
Luciher  houc  pairin,  Mèduse  ta  mairie, 

Quit’  dec  de  toutz  ious  maus,  la  brustie  en  astrugie; 
Cloie,  Atrop ,  Lachesin ,  sept  cops  en  Phlagetoun , 

Te  baignen,  en  le  Stic,  Couchit  è  rAqueroun. 


Dont  la  sorcière  empoisonna  ton  coeur,  la  scólérate; 

Cette  mère  des  Enfers,  maitresse  magicienne, 

T’abreuva  du  plus  venimeux  fìel  pour  te  pousser 
Au  crime  dont  on  a  rougi  dans  tous  recoins  :  Et  le  ciel, 

Les  airs,  lea  ruisseaux,  les  antres,  et  la  terre  entière 
Ont  honte  de  tes  faits  et  en  pleurent  goutte  à  goutte. 

J’oserai  affirmer  que  les  Enfersencore 
Auraient  honte  pour  toi,  bien  que  réfractaires. 

Malgré  l’horreur  qu’inspirent  à  Pluton  et  Proserpine, 

Le  chien  aux  trois  gueules,  tu  as  gagné  le  siège  au-dessus. 
Neptune,  Dieu  de  la  Mer,  bien  mieux,  le  Dieu  Mars, 

Tant  ii  était  vaillant,  craignait  ses  traits  audacieux; 

Tu  l’as  cependant  tué,  petit  fauve  plein  d’astuce, 

Surpris  les  mains  vides  et  en  grande  trahison. 

Qui  est  plus  méchant  que  toi  1  Tu  déshonores  ton  pèrc  : 

Tu  dus  faire  éclater  ta  mère  en  son  enfantement. 

Comme  les  vipereaux  naissant  font  de  la  vipère. 

Tu  es  bien  cc  méchant  produisant  de  tels  résultats . 

D’huile  de  noix,  de  rue,  et  d’urine  de  porc  puante, 

Tu  fus  aussi  baptisé,  signal  des  maux  présents, 

Lucifer  fut  ton  parrain  et  Méduse  ta  marraine 
T’a  donné  de  tous  les  crimes  I’astuce  et  la  brutalité; 

Clotho,  Atrop08,LachésÌ8,  septfois  t’ontplongé  dans  Ie  Phlageton , 
Dans  le  Styae ,  le  Cocyte  et  dans  VAchéron. 


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—  90  — 


La  graule,  lou  cahus;  è  la  neitau  brésaugue. 

Espauentans,  ugglem,  ton  houre  tropprimaugue. 

Le  corbeau,  le  hibou  et  la  chouette,  oiseau  des  ténèbres, 

Epouvantés,  beuglèrent  à  ta  venue  trop  hàtive. 

Petit  Pierre  approuve  ces  paroles  et  flétrit  à  son  tour  le  misérable 
assassin,  dexécrable  mémoire,  qui  leur  enlève  Henri,  roi  des  pasteurs,  leur 
protecíeur  glorieux. 

Heureux  de  cet  accord  et  tìer  de  l’intérêl  qu’il  inspire,  Petit  Jean  continue 
son  discours  en  ces  termes  : 

Aquos  atau,  Peyrot,  tu  dises  trop  bertat, 

Mourphet  enchouare  aneit,  me  la  representat 
Suu  prume  drouiuillion,  iraucatde  ctìies  plagues, 

Don  lou  traidou,  la  mort,  trist,  gouasardon,  è  pagues, 

Deus  tribailz,  c  deus  maus  qnet  a  sutlert  per  nous, 

En  cassan  lous  lairous  de  toutz  nostes  cantous  : 

Heillan,  courren,  susan  è  laneit  è  lou  die, 

Pcr  gouarda  nostes  buus  è  dique  la  garie. 

Lou  praubet  m’arrapan  la  man  sui*  mon  repaus, 

Entamouec  dam  souspis,  lou  hiu  de  son  perpaus, 

E  dam  boutz  tremoulante  a  dise  atau  coumence  : 

Iouanon,  lou  men  Amic,  beci  la  recorapence, 

Deus  tribails,  deus  eichors,  de  las  perdes  è  maus, 

Suffertz  per  alîranqui  touts  nostes  arvaus, 

Per  hé  la  patz  pertout,  arresta  ta  coulére 
Deu  besin  bazanat  (1),  qui  de  sa  man  murtrère, 

Boule  mon  pople  aucise,  è  portan  tout  atailh 
Mon  Reaumeè  lous  bes  deu  mes,  è  lou  tribailli. 

11  en  est  ainsi,  Petit  Pierre.  tu  ne  dis  que  trop  vrai, 

Morphéc  me  l*a  encore  motitré  cette  nuit 
Sur  le  premier  sommeil,  troué  de  deux  blessures 
Par  ce  traitrc;  la  rnort  fut  le  triste  profit  et  salaire 
Des  travaux  et  des  inaux  qu'il  a  souffert  pour  nous 
Kn  ehassant  les  larrons  de  tous  nos  cantons  : 

Veillant,  courant,  suant  etla  nuit  etle  jour, 

Pour  protéger  nos  boeufs  et  jusqu’à  nos  poules. 

L’infortuné  saisissant  mamain  dans  mon  soinmeil 
Entama  avec  soupirs  le  fil  de  son  propos. 

D’uiie  \  oix  tremblante  ii  commenra  à  parler  ainsi  : 

«  Petit  Jean,  mon  ami,  voici  la  récompcnse 
Des  travaux,  des  efforts,  des  pertes  et  des  rnaux 
Soufferts  pour  affranchlr  tous  nos  hameaux, 

Pour  faire  la  paix  partout,  arrêter  la  colère 
Du  voisin  Basané,  qui  de  sa  main  meurtrière 
N  oulait  dôtruire  mon  peuple  en  masse, 

Mon  Royaume,  les  biens  de  mes  sujets  et  leur  travail, 

(1)  L'Espagne. 


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—  91  — 


Tu  m’  bezes  courre  en  sang,  plagat,  traucat  ses  hise, 
De  ma  bite  alenga  d’un  soul  iour  à  ma  guise. 
Uutraidou  malastruc,  barbar,  inconegut, 

S  es  gitat  suber  my,  è  ma  la  bite  agut 
Dam  dus  cops  de  coutet,  sur  la  plane  carrère, 

Taleu  datz,  taleû  près,  de  sa  man  escarrère, 

Que  iou,  ny  nat  deus  mes  nou  pouscoum  arbaia, 

Lou  coutèt  don  prusent,  m’ancc  coutereja. 

O  desastr®  crusau,  que  perbesi  pouscoure 
A  taus  cops  desperats,  heitz  en  un  moument  d’houre, 
De  la  man  d’un  subjec,  o  son  meste  courau, 

Qui  jamès  nou  nousouc,  ny  hec  a  degun  mau 
Qu’a  jou  medich,  è  trop  per  mespresa  ladresse, 

De  hugilous  dangès  penutz  sur  ma  cabesse. 

Mon  metge  m’en  auè  baillat  deus  sentimens, 

E  herrè  Thoulousenc  cauques  ensegnamens  : 

Tout  aquet  jour  lou  co  m’  periquec  de  sa  darde, 

Mas  jou  pauc  saui  entant,  nom’  sabu  da  de  goarde  : 
L’om  nou  pot  escapa  lou  hat  dôterminat. 

Quo  jou  cresi  César,  que  tu  hous  estounat, 

Quan  tu  t’  bis  pugnala,  suu  ce  de  ta  Calandre 
Deus  amicz,  coume  jou  mespresan  ta  Cassandre. 
B’acdichou  tu  Tiran  (1),  quan  hès  pene  d’uu  hiu, 


Tu  me  vois  courir  ensanglanté,  blessé,  troué,  sans  espoir 
De  prolonger  ma  vie  d’un  seul  jour  à  ma  guise. 

Un  traitre  miséi*able,  barbare,  inconnu, 

S’est  jeté  sur  moi  et  m’a  oté  la  vie 

De  deux  coups  de  couteau  au  milieu  de  la  rue, 

Aussitót  írappés,  aussitót  reçus  de  sa  main  scélérate, 

Ni  moi  ni  aucun  des  miens  ne  put  détourner 
Le  couteau  du  hargneux  qui  ainsi  me  coutela. 

O  désastre  cruel,  qui  pouvait  prévoir 

De  tels  coups  désespérés,  perpétrés  en  un  moment 

Par  la  main  d'un  sujet,  sur  un  Maitre  aíïectueux, 

Qui  jamais  ne  préjudicia  ni  ne  flt  mal  â  personne 
Qu’à  lui-méme.  eu  dédaignant  trop  la  íinesse 
Pour  éviter  les  dangers  suspendus  sur  ma  tête  : 

Mon  médecin  m’eu  avait  doiuié  deux  avis, 

Et  quelques  renseignements :  ìl  était  Toulousain; 

Tout  ce  jour  le  coeur  me  becqueta  de  sou  dard  : 

Mais  moi  cependant  peu  sage,  je  ne  sus  me  donner  garde  : 
L'bomme  ne  peut  échapper  à  son  destin  fìxê  d’avance. 

Je  crois,  César,  que  tu  fus  bien  surpris 

Quand  tu  vis  jouant  des  poignards  le  soir  de  ta  Calande 

Des  amis  ayant,  comme  moi,  dédaigné  ta  Cassandre; 

Tu  le  dis,  toi,  Tyran,  quand  tu  fis  suspendre  â  un.fìl, 


(1)  Denis,  tyran  de  Svracuse. 


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—  92  — 


Soupan  l’eêtòô  auu  cap,  d’aquet  daui  subtiu  : 

Que  la  bite  deus  grans,  es  en  un  hiujpenude, 

Et  qu’un  coutet  niourtau  sur  sóus  caps  s’aremude. 

Prenetz  eichemple  en  my,  lous  mes  hilhz,  aprenetz 
A  mon  dam  n’esta  pres  aus  medichs  ausapetz; 

Noutz  hiseitz  de  quadun,  è  nous  prestetz  l’aureille, 

Qu’aus  bailets  esprouatz;  hasetz  coume  labeille, 

Qui  per  teiche  è  basti  la  bresque  d’un  bon  méu, 

Causis  las  millous  flous  qui  son  debat  lou  Cèu . 

Un  glaive  sur  la  tête  d'un  convive,  enseignaut  subtilement 
Que  la  viedes  giands  est  suspendue  à  un  tll, 

Et  qu’une  arme  meurtrière  s’agite  sur  leur  téte. 

Prenez  exemple  sur  moi,  mes  íils,  apprenez 
Par  ma  perte  à  ne  pas  ètre  pris  au  ìnéme  piège; 

Défìez-vous  dechacun,  et  ne  prétez  l’oreille 
Qu’aux  serviteurs  éprouvés;  faites  comine  l'abeifle 
Qui  pour  établir  et  approvisionner  la  ruche  de  bon  miel 
Clioisit  les  meilieures  fleurs  qui  soient  sous  le  ciel . 

«  Puis  s’adressant  à  son  cher  petit  Louis,  il  lui  recommande  la  prudence, 
»  si  nécessaire  pour  le  métier  de  roi.  S’il  honore  Dieu  et  aime  ses  sujets,  il 
»  l’aidera  à  détruire  les  entreprises  de  ses  ennemis  et  lui  accordera  tine 
»  longue  et  heureuse  vie.  Mais  il  craint  que  son  jeune  àge  ne  l’em- 
»  pèche  de  comprendre  le  sens  de  ses  paroles,  et  il  charge  Jeannoi , 
»  son  vieux  serviteur,  de  lui  transmettre  les  dernières  paroles  d’un  |)ère 
»  martyr  qui  a  dit  adieu  à  une  vie  pleine  de  larmes  et  de  tristesses;  il  y 
»  gagnera  la  reconnaissance  de  sa  mère  et  de  tous  les  siens.  11  espère 
v  qu’avec  le  secours  de  la  Providence,  son  tils  saura  dêfendre  son  bien. 
»  Du  reste,  les  copeaux  ne  ressemblent-ils  pas  au  tronc,  les  semences  au 
»  fruit?  11  est  par  son  père  et  par  sa  mère  de  la  race  de  Taigle  qui  ne  pond 
»  jamais  des  colombes  et  n  etrangle  pas  dès  le  nid  ses  dindonneaux.  II 
»  promet  d’ètre  un  grand  roi,  il  n’en  craint  pas  moins  que  quelque  voisiu 
»  peu  scrupuleux  ne  profite  desa  jeunesse  pour  s’emparer  de  son  royaume. 
»  Mais  il  met  saconfiance  dans  ce  grand  Jupiter,  le  raaître  du  monde,  qui 
»>  soutient  les  faibles  et  les  empêche  de  succomber.  II  eompte  aussi  sur  une 
»  mère  puissante,  placée  à  ses  côtés,  qui  fait  vivre  ses  sujets  en  paix  et 
»  saura  le  défendre  avec  uue  mále  énergie.  II  prévoit  que  si  Dieu  leur 
»  permet  de  grandir  ils  seront  autant  de  Césars,  de  lions  audacieux,  intré- 
»  pides,  qui  sauront  assurer  Tinlégrité  de  leurs  Etats,  et  même  les  reculer 
»  jusqu’aux  Colonnes  d’Hercule,  et  il  ajoute  : 

Peraichit  nom  hè  do  de  perd’  aquesté  bite. 

Cent  mile  milious,  è  cent  Côps  mes  petite 

Ainsi  je  ne  regrettepas  d’avoir  perdu  cette  vie, 

Cent  mille  millions  et  cent  fois  plus  petite 


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Que  n’es  pas  rEternau;  d’aquere  entierament, 

Iou  jouissi  content,  dab  tout  contentament  : 

En  liie  jou  nogu  que  plous,  turmens  ses  conde, 

En  la  dares,  joutz  é  toutz  lous  plases  deu  monde, 

Plasès  qu'eu  een  no  pot  comprene,  ny  mes  loueilh, 
Espia,  qu’an  haesare  laray  ela  dçu  soureilh . 

Su  hurous  plan  trufat,  Iudas  traidou,  sur  l'houre, 

Qu’an  la  bite  m’agous  que  tout  lou  monde  ploure, 
Meichenjan  dev  Reaume,  è  pensan  hé  t’aunou  : 

Mas  treti  tu  nou  as  que  toute  desaunou. 

E  per  tu,  è  jieus  tous,  dam  turmens  è  tristesses, 

Per  ares  è  per  jal’Hyher  sera  tas  trosses. 

Cudam  me  hè  tout  mau,  tu  m’as  heit  tout  lou  ben. 

Que  poire  desira,  lou  mes  home  de  ben. 

Iou  jouiscy  deu  Cèu,  io  son  sur  las  esteles  (1). 
lou  besi  lous  segretz,  que  las  espesses  teles 
Quisont  entre  nousautz  ban  belan  nostes  oueilhs, 

Per  sauis  recercatz,  è  peus  jouens,  è  peus  bieilhs  : 
lou  bey  don  ben  lou  clep  deu  soureilh,  è  la  lue, 

E  compujen  lous  crums  mes  hault  que  hè  la  grùe  : 

Com  raien  lou  gouber  sur  las  causes  debas 
Lous  asires,  è  com  lien  toutz  sous  tours  dam  compas, 
Destinglans  sas  bertutz  suus  homes,  sur  las  plantes 
Suus  frutz,  suus  samouatz,  é  peires  clarejantes  : 

Que  n’csi  l’Eternité;  de  celle-ci  pleinement 
Je  suis  content  en  tout  oontentement : 

En  l’une  je  n’eus  que  pJeurs,  tourments  san9  compte, 

Dans  celle  d’à  présent,  je  jouis  de  tous  plaisirs  possibles, 
Plaisirs  que  la  raison  ne  peut  comprendre,  pas  plus  que  l’oeil 
Les  pénétrer,  franchirait-il  les  rayons  du  soleil. 

Tu  fus  bien  trompé,  traitre  Judas,  à  l'heure 
Oû  tu  as  détruit  ma  vie,  que  tout  le  monde  pleure, 

Me  dessaisissant  du  Royaume,  pensant  te  faire  honneur, 

Mais  traitre,  tu  n’as  que  toute  honte 

Pour  toi  et  pour  les  tiens,  avec  tourments  et  tristesses. 

A  présent  et  pour  jamais  l’Enfer  sera  ton  couronnement. 
Croyant  me  faire  tout  mal,  tu  mas  íait  tout  le  bien 
Que  pourrait  souhaiter  le  plus  homme  de  bien. 

Je  jouis  du  cieJ,  je  suis  au  dessus  des  étoiles, 

Je  découvre  les  secrets  que  les  toiles  ópaisses 

Qui  sont  entre  nous  voilent  à  nos  yeux 

Et  recherchés  par  les  savants,  par  les  jeunes  et  les  vieux. 

Je  vois  droù  vient  l’éclipse  du  soleil  et  de  la  lune, 

Et  comment  les  nuages  montent  plus  haut  que  la  grue. 
Comment  les  astres  gouvernent  les  choses  d’en  bas, 

Et  comment  ils  font  leur  tour  avec  réguJarité. 

Répandant  leur  action  sur  les  hommes,  sur  les  plantes, 

Sur  fruits,  sur  embJavures  et  sur  pierres  brillantes. 

(1)  L’auteur  a  dú,  dans  ce  passage,  s’inspirer  du  Songo ,  de  Scipion. 


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—  94  - 


Suuspeich,  sur  lous ausetz,  que  podoun  lous  régouars, 
Deu  bieil  Saturne,  de  Bes,  de  Mercles  ède  Mars. 
lugnits  sextius,  quouairatz  è  trinaus  en  la  cousse, 
Coumlu  prumé  moutiu,  lous  autes  cercles  pousse. 

Deù  leuat  ente  au  Couq,  det  premutz  è  fourçatz, 
Enchoua  que  tous  planetz,  au  contrari  biratz, 

Deu  Couq  ente  au  leuat,  seguisquen  lour  carrère, 

Are  couentatz,  tardius,  dretz.  rebouich  ses  dressere. 
Que  lous  petitz  cercletz,  miencoume  lous  platz, 

E  lous  cous  a  cadun  son  estatz  ourdenatz. 

lou  bey  lous  Peichs ,  îou  Tau,  Chancre ,  Lescarouisse . 

Lous  BessotiSj  Laiguassô,  la  Berge  pausadisse, 

Las  Balances,  lou  Bouc ,  Larquù.  Lesquerpion , 

Elou  qui  hó  lous  Reys ,  lou  hort  co  deu  Lèon. 

Iou  bey  com  lou  Diu  Iaus ,  per  aquetz  signes  passe, 

E  lous  autes  planetz,  y  hen  lotges  amasse, 

Iou  bey  rouda  lou  Char,  ames  lous  tres  Bourdou 
Eu  Boùé  qui  jamès  nou  s’escon  suber  nous, 
lou  besi  YOurion,  jou  bési  las  Plejades, 

Qui  nous  porten  prou  souen  de  haichugues  ploujades, 
E  com  dab  lou  Lèon,  è  lou  Caignot  ardcnt , 

Se  trempe  d’augus  cops,  deu  temps  mes  caut  la  dent; 
lou  besi  perque  vn  bent  are  regne,  are  vn  aute, 

Don  ben  lou  terrotrem,  on  la  montague  saute, 
Leicharuscle  don  ben,  qui  cause  lous  lambretz, 

Surpoissons,  sur  oiseaux,  ce  que  peuvent  les  intluences 
Du  vieux  Saturne.  de  Vénus,  de  Mercure  et  de  Mars. 
lléunis  en  sexagone,  carré.  triangle,  dans  leur  course, 
Comment  le  premier  moteur  pousse  les  autres  cercles, 

Du  lever  jusqu’au  coucher,  pressés  et  forcés  par  lui, 
Encore  que  les  planètes  tournées  en  sens  contraire, 
Suivent  leur  voie  de  leur  coucher  jusqu’au  lever, 

A  présent  violentées,  tardives,  réirogrades,  sans  direction. 
Que  les  petits  cercles  mènent  comme  il  leur  plaît. 

Et  leurs  cours  ù  chacun  ayant  été  réglés. 

Je  vois  les  Poissons,  le  Taureaux,  lc  Cancer,  l’Ecrevisse. 
Les  Jumeaux,  le  Vcrseau,  la  Vierge  qui  suspend  le  travail. 
Les  Balances,  le  Bouc,  l’Archer,  le  Scorpion, 

Et  celui  qui  fait  les  Rois.  le  robuste  cceur  de  Lion. 

Je  vois  comme  le  Dieu  Jupiter  traverse  ces  signes, 

Et  les  autres  planètes  et  y  fait  des  stations, 

Je  vois  rouler  le  Char  et  méme  les  Trois  Bourdons, 

Le  Bouvier,  qui  jamais  ne  se  cache  de  nous. 

Je  voisOrion,  je  vois  les  Pléiades, 

Qui  nous  portent  assez  souvent  des  pluies  sèches. 

Et  comment,  avec  le  Lion,  le  Cluen  brùlant 

»Se  trempe  quelquefois  la  dent  au  temps  le  plus  chaud; 

Je  vois  pourquoi  les  vents  règnent  successivement, 

D’où  vient  le  cataclysme  ou  saute  la  montagne. 

D’oú  vient  la  foudre  qui  cause  les  éclairs 


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—  95  — 


Seguitz  suu  uiedich  punt  deus  herouges  toiiètz, 

Com  se  he  la  grenisse,  è  laigue  en  neu  se  glace, 

E  com  ben  de  la  ma,  è  puch  tourne  en  sa  place , 

On  nou  son  parious,  oun  lous  jours  gouaillés  an, 

Oun  lou  jour  dab  la  néit,  peu  miey,  espartich  lan. 
lou  besi  lou  Nadir  deu  monde,  è  lou  Zènic, 

E  qui  a  debinat  deu  subtiu  Coupernic  (1), 

Ou  deu  gi’an  Thouloumeu;  l’vn  dousquaus  ditz,  la  terre 
Maues,  Taute  lou  Céu,  nou  ses  despute  è  gouerre. 

Iou  besi  lou  men  hat,  é  coutèt  mau  hasec, 

Qui  la  gran  bée  caiie  ò  mon  cos  trauessec, 

Iou  besi  daute  estrem,  la  couronne  segrade, 

Peus  martyris  suffertz,  a  mon  cap  aprestade  : 

La  troupe  deus  heraus,  è  deus  homes  miey  Dius . 

Qui  son  estatz  en  terre  ondratz  comme  betz  Dius  : 
Mendres  au  prop  de  jou,  per  ma  grane  balence, 

Suivis  aussitót  de  terribles  grondements 
Comment  se  fait  la  grôle  et  J'eau  se  change  en  ueigc. 
Comment  elle  vient  de  la  mer  et  y  revient  ensuite. 
(Comment)  les  jours  ne  sont  pas  pareils  et  se  font  plaisants. 
Comment  le  jour  et  la  nuit  se  partagent  l’année. 

Je  vois  le  Nadir  du  monde  et  son  Zénith; 

Qui  a  devinò  ou  du  savant  Copernic, 

Ou  du  grand  Ptolémée?  Tun  desquels  dit  que  la  Terre 
Se  remue,  et  Tautre  le  Ciel,  de  là  grande  controverse. 

Je  voismon  destin,  le  couteau  malfaisant, 

Qui  traversa  ma  grande  veine  cave  et  mon  corps, 

Je  vois  d'autre  côté  la  couronne  sacrée 
Supportée  par  les  martyrs,  apprétée  pour  ma  téte; 

La  troupe  des  héros  et  des  demi-Dieux 

Qui  ont  êté  honorés  comme  Dieux  sur  Ja  terre, 

Moindres  que  moi,  à  cause  de  ma  grande  vaillance, 


(l)  L'idêede  placer  le  Soleil  au  ceritre  du  monde  et  de  faire  tourner  au  tour  de 
ce  centre  la  Terre  et  les  planètes  u’éiait  pas  nouvelle  :  elle  était  au  contiaire  d’une 
grande  aniiquité.  Au  n*  siècle,  J’hypothèse  coniraire,  celle  de  Ptolémée ,  prévalut 
encore  et  expliquait  tant  bien  que  maî,  plus  mal  que  bien,  les  phénomènes  astrono- 
miques  alors  connus.  Mais  on  observe  d’autres  phénomènes  qu’elle  était  impuissante 
â  expliquer,  par  exeinple  les  stations  et  les  rétrogradations  des  planètes.  C’est  aiors 
que  Copernic ,  soudainement  éclairé,  refusa  de  s’en  rapporter  plus  longtempsàla  tra- 
dition.  Au  lieu  d’entasser  orbes  sur  orbes,  épingles  sur  épingles  pour  défendre  en 
dépit  des  exigences  de  la  raison  une  théorie  consacrée,  il  crut  plus  súr  de  s’en  rap- 
porter  à  Ja  raison  plutôt  qu’aux  sens  et  de  substituer  enfìn  la  réalité  aux  trompeuses 
apparences.  Son  hypothèse  ne  changeait  rien  aux  apparences;  ellene  constituait  pas 
non  plus  une  découverte  nouveile;  elle  n’introduisait  pas  dans  la  science  un  élément 
nouveau,  mais  c’était  une  sorte  de  renversement  des  eléments  de  la  science;  il  attri- 
buait  à  la  Terre  le  mouveraent  attribué  de  tout  ternps  au  Soleil;  il  afíìrmait  que  c’est 
le  bateau  qui  avance,  non  les  arbres  et  Jes  rives  du  íleuve.  Sur  la  nature  de  ces 
mouvemenis  il  ne  nous  appreuait  non  plus  rien  de  nouveau;  il  fallait  un  Képler  pour 
découvrir  les  lois  de  ces  mouvements,  un  Galílêe  pour  conûrmer  la  découverte,  un 
Newton  pour  en  trouver  la  formule  géuérale,  un  Laplace  pour  étendre  et  perfec- 
tionner  les  calculs  de  Newton.  Mais  l'hypothèse  de  Copernic  est  Ja  courbe  initiale  de 
ces  mémorables  découvertes.  (Extrait  de  Les  Etudes  dans  la  Démocratie ,  par  A. 
Bertrand.) 


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Qui  hé  queii  prumé  loc,  jou  è  per  recomperlce 
Lou  Centau  es  debat  mous  pèa,  a  mes  Cepheu , 

E  lou  hort  tìercules ,  ta  plan  coume  Percen , 

Casiope,  Andróumède ,  è-las  autes  miey  Déesses, 
Aplingades  jou  bey,  dab  garlandes  è  tresses. 

Aquo  nes  tout  :  om  auch  lous  Arcanjóus  segratz  . 

Lous  Anjous ,  Seraphis ,  en  sous  trons  arengatz. 
Cantans  jouious  ses  paus,  las  aunous,  la  memorie, 

Deu  Diu  deus  Dius  soulet,  a  qui  lom  diu  la  glorie  : 
Dam  Laùts,  dam  Claris,  Sonçaines  è  Tambous 
Qui  resouen  ta  dous,  è  dam  acortz  ta  bous, 

Quedeus  Emperadous,  deus  grans  Reys  la  Musique, 
Au  prop  de  Ja  douçou  dequerc,  n’es  qu’etique. 
lou  n’auri  jamès  heit;  ta  grans  plases  senti 
Se  podoun  nous  conda,  ny  lour  set  escanti  : 

Per  tant  jou  nout  diré  per  ares  aute  cause 
D’aquet  ben  Eternau  on  mon  co  s’arrepause  : 

Sit'  boli  jou  prega,  que  dessus  mon  thraut, 

Tu  bouilles  esplandi  qua  da  vn  nauet  frut, 

Dam  Arroses,  Espicz,  Lyris,  Giroufleietes, 

Mamovs,  Serpout,  Mandras,  Jençamin  è  Biulètes, 

1  raesclan  las  audous  de  la  Myrhe  à  lancès. 

Per  tres  dibers  matis,  è  per  tres  dibers  cès  : 

Tu  è  lous  tous,  bengatz  embiroua  ma  toumbe, 

E  cantetz  dam  bercetz,  per  argausi  mon  oumbre, 

Ce  qui  fait  qu  en  premier  lieu  j’en  ai  pour  récompense 
Le  Ccntaurc  sous  mcs  pieds,  et  encore  Cóphée; 

Et  le  vaillant  Hc.rculc ,  comme  aussi  Pcrséc , 

Catsìopée,  Andromèdc  et  lcs  autres  demi-décsses, 

Je  les  vois  enlatóes  dans  les  guirlandes  ci  tropliées. 

Ce  n’est  pas  tout :  j’entends  les  Archanges  sacrés. 

Les  Anges ,  Séraphins ,  en  rang  sur  leurs  trónes 
Chantant  joyeux,  sans  repos,  les  honneurs,  la  mémoire 
Du  Dieu  des  Dieux  unique,  à  qui  nous  devons  hommage. 
Avec  flútes,  hautbois,  violes  et  tambours, 

Qui  se  mélent  si  doucement  et  en  accords  si  bons, 

Que  la  musique  des  Empereurs  et  des  grands  Rois, 

Au  près  de  Ja  douceur  de  celle-ci  n’est  qu’étique. 

Je  n’aurai  jamais  fìni  :  je  ressens  de  si  grands  plaisirs 
Que  je  ne  peux  ni  les  conter  ni  en  éteindre  ma  soií; 
Pourtant  je  ne  te  dirai  pour  à  présent  autre  chose 
De  ce  bonheur  étemel  où  mon  coeur  se  repose  : 

Mais  je  veux  te  prier  que,  sur  mon  tombeau 

Tu  veuilles  répandre  chaque  annéc  une  nouvelJe  offrande, 

Avec  des  roses,  lavandes,  lis,  petites  giroflées, 

Violettes,  serpolet,  mandragore,  jasmm  et  violiers, 

En  y  mêlant  les  parfums  de  la  mvrrhe  et  de  l'encens. 

Par  trois  différente  matins,  et  trois  différents  soirs  : 

Qua  toi  et  les  tiens  veniez  eutourer  ma  tombe, 

Et  chantiez  dans  vos  versets,  pour  réjoolr  mon  ombre. 


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Mous  heitz,  mous  ditz,  ma  mort,  que  sie  couneguí, 

Qu’a  degun  ne  heit  tort,  tant  qu’au  monde  è  biscut, 
lou  boulie  abrassa  cudan  ly  da  ma  place, 

Mas  et  hugic,  di*en,  Adiu,  com  lou  treit  passe. 

Mes  aetions,  mes  paroles,  ma  mort;  qu’il  soit  connu 
Que  je  ne  fis  tort  à  personne,  tant  que  j’ai  vécu  au  monde 
J’ai  voulu  lesaisir,  croyant  pouvoir  lui  donner  ma  place, 

Mais  il  s’enfuit.  disant,  Adieu,  prompt  comme  un  trait. 

Pelit  Pierre  roste  sous  le  coup  d’un  doux  saisissement  de  ce  qtfil  vient 
d  entendre, Certes,  dès  le début,  les  paroles  deson  camaradeluiavaient  parues 
justifiées  et  naturelles;  mais  maintenant  sa  douleur  s ’apaise  en  apprenant 
que  1  ame  d’IIenri  repose  au  ciel.  A  quoi  bon  se  révoiter  contre  la  mort 
qui  visite  indistinetement  la  cabane  des  pauvres  et  le  palais  des  rois.  Ii 
jouit  à  cette  lieure  du  bonheur  réservé  aux  justes,  il  ìfesl  point  raisonnabie 
de  passer  son  temps  â  gémir  quand  on  laisse  tout  son  bien  e»l  désordre 

Mais  Petit  Jean  ne  peut  se  résoudre  à  garder  le  silence  quand  il  songe 
à  eette  fatalitê,  il  interpelle  la  mort  et  lui  reproehe  sa  làcheté.  Elle  enlève 
Henri  à  son  affection  d’une  façon  si  prémalurée  qu'il  reste  inconsolable.  II 
ne  le  verra  plus  désormais  chasser  ie  lièvre  ou  tout  autre  menu  gibier  le 
faucon  au  poing  sur  le  plateau  de  Guilemerre  (1),  ni  lancer  avec  sa  meute 
l’izard,  Ie  chevreuii,  le  sanglier,  de  Lectoure  à  Saint-Clar  (2).  Mais  il  sera 
fidèle  à  son  souvenir  en  iui  offrant  deux  agneaux  juraeaux,  la  perle  de  son 
étable;  ii  fera  son  crioboie  (3)  avec  des  íleurs  et  des  parfums.  II  renouvel- 
lera  à  son  intention  leur  antique  tauroboie  (4),  et  s’il  est  besoin  ils  feront 
une  hécalombe  (5)  désirant  ne  rien  épargner  de  leurs  biens  pour  honorer 
dignement  la  mémoire  de  celui  qui  délivra  Ia  Franee  de  tant  de  calamités. 

Petit  Pierre  convient  que  ce  ne  sera  que  justice,  et  ils  passent  en  revue 
les  genres  de  tortures  qu’ils  infligeraient  au  misérable  assassin  s’il  tombait 
entre  ieursmains.  La  nomenciatureneprendrait  pas  fic  desitôts’ilsn  etaient 
interrompus  par  fentrée  en  scène  d’un  nouvel  acteur,  Andrieu ,  qui  vient 
se  mêler  à  eux  et  les  interpelle  ainsi  : 


(1)  Nom  d’un  hameau  situé  entre  Lectoure  et  Saint-Clar. 

(2)  Les  évéques  de  Lectoure,  seigneurs  de  Saint-Clar,  en  paréage  avec  le  Roi, 
avaient  fait  de  cette  ville  le  lieu  habituel  de  leur  résidence. 

En  effet,  d’après  Ja  reconnaissanee  faite  le  23  janvier  en  1533  par  les  consuls  de 
Saint-Clar  de  Lomague  au  roi  et  reine  de  Nararre  et  à  l’évéque  dq  Lectoure,  cosei- 

fneurs  de  Saint-Clar,  nous  voyons  que  les  coseigneurs  avaient  chacun  leur  chàteau  : 

un,  appelé  le  cháteau  du  Comte,  était  la  maison  propre  des  comtes  d’Armaguac, 
vicorates  de  I.omagne;  l'autre  appartenait  â  l’évéque  de  Lectoure. 

(3)  Sacrifice  d'un  bélier. 

(4)  Sacriflce  d'expiation  ou  de  rcgénération .  Un  taureau  était  égorgé  sur  un  plan- 
ctaer  à  clair-  voie  ou  sur  une  pierre  creuse  percée  de  trous  et  le  sang  mondait  le  péni- 
ient  placé  au-dessous. 

(5)  Sacrifice  de  cent  boeufs  ou  d’un  très  grand  nombie  de  victiraes. 

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Quant  a  qu’aciu  jou  son,  escoutnn  attentiu  , 

Dessus  aquest  arroch,  lous  dou  que  lou  caitiu 
Iouanon,  è  son  compay  Peyrot  mien  amasse, 

Daiu  lermes,  dam  souspis,  è  cricz  prop  la  Bourdasse  (1), 
Per  noste  bonAnric,  prumè  Rey  des  Pastous, 
Arrebeillat,  balent,  ses  iièu,  tout  amistous, 

Creignut  tantque  degun  chita  mot  nou  gausaue, 
Plagnut  peu  ben  pergut,  qui  sur  et  repausaue. 

Iouus  augi  desputa,  quing  martiri  prou  hort, 

Etz  poiran  encontra  per  plan  benja  sa  mort  : 

Si  jou  nouus  bau  tira  dequere  malebarthe, 

Danges  es  que  la  neit  mediche  nouus  espavte. 
lou  men  y  bau  courrent,  per  poudeus  consoula. 

Qu’es  aque  compagnous,  compagnous  la  hola  : 

Bouletz  bous  tout  jamès  miata  grans  complantes, 
Bouletz  emberia  lou  Cèu  de  tant  dc  liames; 

De  despieitz,  de  maugres,  que  bousautes  gitatz 
Encontre  lous  arrestz  de  sas  grans  Majcstatz  f 
Bouaautz  plouratz  de  dret  lou  qui  lout  lou  mon  ploure, 
Mas  on  diu  mesura  sous  plous,  dab  temps  è  houre  : 
Contre  au  boule  de  Diu  nou  cau  s’arrebeca, 

Ny  son  houec,  dam  marmus,  contre  nous  aluca. 
Bouleretz  bousauts  tore  iie  amne  tant  hurouse, 


t  ombien  y  a  t-il  qu’ici  je  suis  écoutant,  attentif, 

!Sur  ce  rocher,  lesregrets  que  Je  pauvre 

Jeanuot,  et  son  compagnon  IMerrot  expnment  ensemble, 

Avec  larmes,  soupirs  ct  cris,  près  de  la  Bourdasse, 

Rour  notre  l»on  Hcnri,  premier  Roi  des  Rasteurs, 

Avisé,  vaiilant,  sans  flel,  tout  aimable, 

Craint  si  bien  que  personue  u'osait  souffler  mot, 

Regretté  pour  le  bien  perdu  qui  reposait  sur  lui. 

Je  les  entends  disputant  qucl  martyre  assez  fort 
lls  pourraieut  découvrir  pour  bien  vengcr  sa  mort : 

.si  je  ne  vieus  pas  les  tirer  de  ce  mauvais  pas 
II  y  a  danger  que  ia  nuit  méme  ne  les  séparera  pas. 

J’y  vais  courant  pour  pouvoir  les  cousoler. 

Qu’esi  cela  conipagnons.  compagnous,  uue  íolie: 

\  oulcz-\ous,  à  jamais  menersi  grandes  lamentations, 
Voulez-vous  empoisouner  lc  cicl  de  tant  de  souhaits, 

De  dèpits,  de  voeux  iinpies,  que  vous  exprimez 
A  rencontre  dcs  arréts  de  scs  .Souveraines  Majcstés? 

Vous  pleurez  légitimement  celui  que  tout  le  nionde  pleure 
(Jn  doit  mesurer  ses  regrets  avec  le  temps,  de  l’à  propos  : 
II  ne  fautpas  se  rêvolter  contre  les  décrets  de  Dieu 
Ni  allumer  son  feucoutrc  nous  par  des  niurmurcs, 

N  oulez-vous  enlever  une  àme  si  bcureuse 


(1)  Bourdasse,  grande  exploitation  agiicole 


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Deu  Céu  plen  de  pîases,  per  I’aute  malhurouse, 

On  ere  biu  contente,  è  quan  bous  Jy  daretz 
Detz  mile  mile  mons,  nou  l’acontentaretz  ? 

Ere  ous  espudicli  toutz,  è  paraichi  datz  pame 
A  bostes  vgglans  cricz,  puch  qu’ab  Diu  arrepause. 

Lou  trop  traidou  luadas  qui  la  mort  ly  a  dat, 

Dab  grans  cricz  è  turmens,  a  sa  bite  aeabat. 

Nou  pas  taus  com  calé,  mas  ares  et  ren  conde 
De  toutz  lous  grans  pecatz  quet  auè  heit  au  monde 
Au  putz  negre  dyher  :  a  tres  caps  lou  moustin 
Caignassegc  son  cos,  lo  cè  è  lou  maitin. 

Plutoun  iutge  yliernau,  a  grans  patacz  ly  maque, 

Cade  jour  lous  coustatz  eu  ten  en  la  clouaque 
Pregoune,  escure,  ptée  e  de  hems  è  pudous 
On  lous  bermous  mourdens,  è  serpens  picadous 
Ponchen  son  co  traidou,  dique  quo  pert  la  bite , 

Puch  dab  maje  turment,  autecop  reçnscite  : 

E  tant  qu’Yher  sera  quau  que  lou  malhurous, 

Pence  biue  tractat,  d’aquestes  endurous. 

Si  Diu  a  treit  deu  mon  Anric  de  sas  mas  largues, 
Descargat  la  deus  heiclis  è  hastigouses  cargues, 

Qui  l’arrompen  lou  cap,  e  hazen  Jy  courbas, 

Cambian  son  mau  en  J)en,  sa  pene  en  tout  soulas  : 

E  si  nous  a  leichat  son  lieretè,  qu'on  pençe 
Qn’en  bertut,  en  conseilh,  sagetat  è  balcnce, 

Au  ciel  plein  de  dèlices  pour  un  monde  mallieurenx. 

Elle  y  vit  si  contcntc,  que  Jui  donncriez-vous 

l)ix  milic  millions  dc  mondes,  vous  ne  la  satisfericz  pas? 

Elle  les  dédaigne  tous;  donc  ici  faitcs  tròve 
A  voscris  déohirauts.  puisíprclle  reposc  cn  I)ieu. 

Ec  traitre  Judas,  qui  lui  a  donnè  la  mort, 

A  achevè  sa  vie  avec  grands  cris  et  tourments, 

Non  pas  tant  comme  il  fallait,  mais  il  rend  maintenant  compte 
Pe  tous  Jes  grands  pècliès  qu’il  a  connnis  en  cc  mondc, 

Au  puitsnoir  de  l’cnfer  :  le  cliien  à  trois  tétes 
Dèchire  son  coi  ps  le  soir  et  Je  matin . 

Pluton,  jnge  infernal,  lc  mcurtrit  de  grands  coups, 

1J  tient  chaquc  jour  ses  hanclies  dans  le  cloaque 
Profoud.  oì)Scur,  plein  de  fiunier  ct  d’odcurs  infectes, 

(  )(i  les  vcrs  rongeurs  ct  des  serpcnts  à  la  dent  uiguè 
Piquent  son  cocur  de  traitre  jusqu’à  ce  qu’il  perd  la  vie. 

Puis  il  ressuscite,  subissant  de  plus  grands  tourments  : 

Et  tant  qu’existera  rEnfer,  il  faudra  que  le  malheureux 
Pense  à  vivre  traitè  avcc  les  mèmes  rigueurs. 

.Si  Dieu  a  tirê  Henri  de  cc  monde  de  ses  maiiis  gènèreuses, 

11  l’a  dèchargè  du  fardeau  et  fastidiouses  charges, 

Qui  lui  rompaient  la  tcte  ct  le  faisaient  vcnir  courbè, 
Changeant  son  mal  eu  bien  ct  sa  peine  en  toiue  joie. 

Et  il  nous  a  laissè  son  hèritier,  dont  on  pense 
Qu’en  vertu,  en  conseil,  sagesse  et  vaiJlance 


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-  100  — 


Arres  et  nou  diura  au  pay  en  pauc  de  temps; 

Et  na  dat  grans  segnaus,  è  sin  da  raes  toustems; 

Tabe  per  Majourau,  per  Seignou  è  per  Meste, 

Et  es  cridat  per  tout,  don  nousaute  diuem  este 
D‘ar’  en  la  consoulatz,  è  coume  bous  subjecz 
Triomphes,  è  hestes  hè,  autour  dè  nostes  teez, 

Peu  dous  arribament  de  Louys  au  rêaume. 

De  qui  nou  cau  qu’en  laus  en  nade  bouque  chaume, 

Ans  que  nous  preguem  Diu  quet  bisque  longuament, 

E  qu’eu  hasse  Seignou  deu  monde  entierament. 

11  nedevra  rien  à  son  père  en  peu  de  temps, 

II  en  a  donné  grands  indices,  et  il  cn  donne  toujours  plus; 

Aussi  pour  Chef,  pour  Seigneur  et  pour  Maitrc, 

Est-il  proclamé  partout,  dont  nous  autres  devons  être 
D’orénavant  consolés,  et  comme  bons  sujets 
Faire  triomphes  et  íétes  autour  de  nos  chaumières 
Pour  le  doux  avènement  de  Louis  à  la  Hoyautè. 

Dont  iJ  faut  que  de  sa  louange  nulle  bouche  ne  chôme 
Que  nous  prions  Dieu  qu’il  vive  longuement 
Et  qu’il  le  fasse  Seigneur  du  monde  entier. 

Les  sages  eonseils  d'Andrieu  produisent  un  eíïet  salutaire  sur  ses  com- 
pagnonsqui  reconnaissent  de  bonne  gràce  Pinanité  de  leurs  soupirs  et  dc 
leurs  larmes,  qui  ne  remédient  à  rien.  Ils  s'agenouillent  ettouràtour 
adressent  au  ciel  Ieurs  plus  ferventcs  prières  pour  qu'il  accorde  au  petit 
Louis  ses  faveurs  et  ses  gràces  en  inaugurant  un  règne  de  justice,  de  paix 
et  de  grandeur. 

Mais  voici  venir  la  nuit,  ils  songent  à  regagner  leurs  demeures  en  prè- 
lant  leur  appui  à  Peíit  Jecin  qui  tombe  d’inanilion  et  dedouleur.  Cedernier 
consent  à  les  suivre  avant  obtenu  d’eux  la  promesse  de  se  réunir  à  chaque 
anniversaire. 

Iou  anirè  on  bouillatz,  mes  joutz  pregui  qu’amasse. 

Nous  nou  troubcn  vn  jour,  per  hè  noste  degut 
Eu  las  aunous  deu  mort,  gitan  sur  son  thraiit 
Arroses,  lyris  blancz,  è  lous  de  toute  sortc, 

Dara  bercetz  de  sous  héitz,  è  perfums  que  nous  porte 
Lou  Leuant,  è  pença  quing  aute  nous  poiram 
Arnaui  nostes  botz,  è  lous  perfums  tout  an . 

J’irai  où  vous  voudrez,  mais  je  vous  prie  qu’ensemble 
N»)us  nous  irouvions  un  jour  pour  faire  nolre  devoir 
En  rhonneur  du  mort,  jetaut  sur  sa  tombe 
Uoses,  lys  blancs  ct  lleurs  de  toute  sorte, 

Avec  des  versets  sur  ses  hauts  faits,  ct  parfums  que  nous  porte 
Le  Levant,  et  penser  à  quelle  autre  époque  nous  pourrions 
Henouveler  nos  va*ux  et  Ies  paríums  chaque  anuèe. 


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-  101  - 


Cetle  pastorale  est  curieuse  à  plus  dun  titre.  La  première  pensée  qui  vient 
à  lesprit  après  la  lecture  de  ce  poème  c'est  de  juger  sévèrement  raudacc 
extrême  et  la  singularité  de  l’auteur  d’avoir  employé  la  forme  pastorale  des 
Bucoliques  de  Virgile  pour  peindre  un  événement  historique  de  cette 
importance.  La  réfìexion  aidant,  nous  trouverons  des  arguments  suflìsants 
pouratténuer  ce  jugement.  Nous  invoquerons  d’abord  les  rapports  intimes 
qui  existaient  entre  la  famille  Garros  et  les  d’Albret.  De  plus  Henri  IV  était 
Gascon  et  à  ce  titre  adoré  par  toutcs  les  populations,  principaìement  de  la 
Gascogne  et  du  fìéarn  qui,  dans  ïeur  familiarité  et  leur  orgueil.  nele  dèsi  - 
gnaient  que  sous  le  nom  de  lou  noste  Henric  (notre  Ilenri).  Quoi  d'èton- 
nant  alors  que  notre  magistrat  n'ait  voulu,  malgré  lexagération  deson 
langage,  se  faire  1  echo  de  la  douleur  profonde  ressentie  par  les  popula- 
tions  gasconnes,  juste  tribut  payé  à  sa  mémoire. 

Un  reproche  plus  grave  que  nous  pourrions  lui  adresser,  c’est  que  ses 
paysans  sont  des  rustres  bien  appris,  car  on  voit  aisément  qu’ils  ont  étè 
passés  au  savon  de  la  svntaxe,  au  benjoin  du  style.  Ce  qui  nous  choque, 
c'est  que  tous  ces  croquants  sont  uniformément  pourvus  de  grands  senti- 
ments,  et  ils  les  exprimenten  fort  beau  langage.  Rien  ne  leur  échappe;  ils 
connaissent  à fond  les  scienceset  1 ’astronomie  et  ils  associent  le  sacré  au  pro- 
fane,  le  paganisme  et  le  cbvistianisme  (1).  Quoiqu’il  en  soit,  son  poème  est 
émaillé  de  vers  souvent  fort  beaux,  mais  les  réminiscences  de  ses  auleurs 
favoris  le  Irahissent  malgré  lui  sous  la  langue  patoise  dont  il  se  sert.  On 
s'aperçoit  sans  peine  que  notre  magistrat  est  un  èrudit  et  qu'il  connaît  le 
dialecte  qu’il  emploie  et  dont  il  sait  sc  rendre  maît)*c.  Sans  atteindre  la 
perfeclion  de  style  de  son  frère  Pey,  cette  pastorale,  qui  est,  croyons-nous, 
son  oeuvre  unique,  reslera  comme  un  spècimen  précieuxde  notre  littérature 
gasconne. 

Les  dates  de  la  naissance  et  de  la  mort  de  Jean  de  Garros  sont  incer- 
taines.  Nommé,  comme  nous  l’avons  vu,  conseiller  au  sènècbal  d’Arma- 
gnac  en  1576,  il  avait  cessé  d’exercer  ces  fonctions  en  1615.  Quoiqu’il  en 
soit,  à  défaut  de  renseignements  plus  précis,  nous  le  Irouvons  en  1616 
investi  du  consulat  à  Lectoure  (2). 

La  pastorale  se  termine  par  une  permission  d’imprimer  délivréeà  l'auteur 
et  elle  est  suivie  d’un  petit  lexique  gascon  français. 


(1)  Le  poète  a  soin  de  se  disculper  de  ce  reproche  en  prétextant  que  Virgile,  dans 
sa  cinquième  Eglogue,  et  Théocnte.  dans  sa  vingt-septiêine,  oiit  use  des  memespro- 
ccdés  en  traitant  de  la  mort  des  Princes  et  Empereurs. 

(2)  Registre  des  Délibérations. 


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—  102  — 


ADER  (Guillaume) 


Au  xvne  siècle,  une  sèvc  nouvelle  revcrdit  le  vieux  tronc  gascon  qui 
menaçait  de  se  dessêelier  et  fait  cclore  des  productions  plus  modestes  mais 
encore  íigrêahles  à  IVeil.  Rn  suivant  l'ordre  chronologi(pie,  le  prcmier  qui 
se  prcsente  est  Adf.r.  Ce  poète  ètait  nè  à  (iimont  (1)  en  1578. 

II  se  destina  à  la  carrière  mèdicalc,  ct  il  prit  scs  gradesà  rècolede  Mont- 
pellier  qui  hrillait  à  eette  époque  d’un  vif  èclat,  gràce  au  mouvement  scien- 
tifique  imprimè  pardes  maitres  èminents,  tcls  que  :  Lnurent  Jouberl,  Rau - 
c/zm,  Laznre  Ricière ,  Pectfiiet,  Vieusxens,  Guisard ,  Lntnure,  etc. 

Muni  de  son  titre  de  docteur,  il  vint  excr^cr  son  art  àToulouse.  II  était 
personnellement  connu  d’IIenri  IV,  qui  ressentait  pour  lui  une  profonde 
affection  et  avait  vainement  cssayè  de  rattirer  à  sa  Cour.  Le  duc  d’Epernon 
était  son  ami  et  ses  rapports  avec  la  noblesse  en  gènèral  paraissaient  très 
suivis. 

(1)  (juelqucs  bitjgraplies  oiu  fait  nailre  Ailer  surle  tcrritoire  de  l.ombez;  ils  ontcru 
trouver  une  preuve  conclnante  díins  les  vers  suivanls  de  son  (ìenlilonie  Gascoun  : 

I)e  tout  loc  ne  sourtis,  Loumbês,  aoiinou  de  Saoue, 

Lou  men  cariau  païs,  mes  que  poire  ni  graoue, 

S’a  bist  deguens  soun  claus  è  nouirit  à  reutour 
Mi'Ie  balens  gonarrès,  de  qui  jou  dire  un  jour 
L’auuou  è  la  bansouin  dab  autant  de  parade 
Que  l’Anèidc  aus  Latis,  aus  Troyens  l’Iiiade... 

II  en  sort  de  tous  l.ieux,  Lombez.  honneurdela  Save. 

Mon  clx*r  pays.  autant  <pie  piern*  et  sable 
A  vu  dans  son  enelos  ci  nourri  à  rentour 
Mille  vaillants  guerriers  <lontje  décrirai  un  jour 
l.’lioimeur  et  les  liauls  faits  avee  antant  tle  solennit»'* 

Gue  rF.néide  aux  Latins  et  l’lliade  au\  Troyens... 

I  )e  plus,  il  est  signalè  eomme  Luiubariensi,  autaut  de  raisons  <iui  oni  induit  en 
erreur;  oeito  iut<»rprétation  ne  supporte  pas  Fanalvse. 

Lu  elfet,  d  a  dû  etre  inscnt  à  Puniversité  coiunnï  lamibarieusi.  du  nom  de  sa  ville 
épiseopale.  U<î  son  còté,  le  P.  Montgaillard,  jésuite  du  Collêge  d’Aueh,  compatriote 
et  contemporain  du  poète,  le  ditexpres>émentdans  son  Hisioire  latine  de  la  Gascogne 
rrheodoxia  Vaseonine)  né  à  Gimont  (Gemundi).  son  témoignage  est  décisif.  Dans  ses 
ouvrages  de  médecine,  en  latin,  Ader  le  dit  souvent  lui-mème.  il  s’intitule  Corningeois. 

C’est  cgalenient  l’opinion  dcnotrc  distinguê  compatrlote.  M.  I’abhè  LéonceCouture, 
dont  !e  nom  fait  autoiit»*  en  pareille  matiòre. 


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—  103  — 


Mais  avant  de  consacrer  tout  son  temps  à  la  science,  il  donna  quelques 
années  de  sa  jeunesse  à  la  culture  de  la  Muse  Gasconne.  Cet  exemple  n'est 
pas  isolé,  ear  à  toutes  Ies  êpoques,  nous  trouvons  des  médecins  quittant 
momentanément  les  sujets  graves,  pour  faire  des  incursions  dans  le  domaine 
de  la  littérature;  que  d'oeuvres  iïitéressantes,  d’histoire,  de  poésie,  de  philoso- 
phie,  sontsorties  de  la  plume  des  praticiens  dontelles  furentle  délassement. 
Du  reste,  Tidêal  du  xvne  siècle  comportait  d'êire  un  homme  universel,  ni 
poète,  ni  géoniètre,  coinme  dit  Pascal,  mais  tout  cela  et  jugeant  de  tous 
ceux-Ià,  type  disparu;  car  les  études  spècialesdechaque  professiou  deman- 
dent  tout  un  homme  de  nos  jours. 

L’école  de  Ronsard,  en  imposant  le  tour  pcdantesque  ct  recherché  dans 
les  grands  sujets,  avait  séduit  lous  les  esprils  qui  se  lancèrent  à  leur  suite. 
C’est  ce  qui  explique  l’engoueinent  dont  furent  saisis  les  contemporains 
pour  les  eeuvres  de  Ronsard  et  de  Da  Bartax . 

Elles  furent  accueillies  dans  tout  le  midi,  la  Gascogne  (1)  ct  lc  Langue- 
doc  (2)  principalemcnt,  avec  de  vèritables  transports  d  enthousiasme. 

Ader,  tout  entier  au  mouvement  intellectuel  de  son  temps,  ifaurait  pu 
échapper  aux  effets  de  la  contagion.  Plein  d’admiration  pour  l'antiquitè 
grecque  et  latine,  il  conroit  le  plan  d'une  èpopèe  guerrière.  II  s’iuspircra 
pour  eela  de  Ronsard  (3)  ct  de  du  Bartas,  mais  toutefois  sans  les  imiter 
servilement,  caril  s'efforcera  au  contrairc  de  restreindrc  le  cliamp  d'action 
afin  de  n'eu  prósenter  qu'une  épreuve  suc  -iuctc.  Quclques  souvenirs  histo- 
riques  nous  paraissent  avoir  iei  leur  place  pour  expli([iicr  la  conception  de 
son  poème. 

Fier  de  son  origine,  il  fit  suivre  dans  tous  sesouvrages  son  nom  de  l'èpi- 
thète  de  Gascony  tirant  vanitè  d'apparlenir  à  la  provinee  Gascoinie. 

Doit-on  en  eonelure  qu'il  se  fait,  eu  agissaut  aiusi,  fèeho  de  eet  esprit 
d’outreeuidanee  et  d'exagèration  qui  ètait  do  mode  à  fèpoque,  et  si  liabilc- 
ment  exploité  par  les  Franeais  du  nord?  Nous  ne  le  pensons  pas.  Patriote 
avant  tout,  notre  poète  èprouve  un  sentiment  d'orgueil  pour  le  passé  glo- 


(1)  Du  Hartas  ne  quiUa  jamais  la  Oascogne.  c’estee  qui  cxpli(|uc  reutliousiasme  de 
ses  compalriotes  pour  ses  prodiictions  jíoétiques. 

(2)  1/ancienne  cnpitale  du  í.anguedoc  se  souvenait  (jue  lo  premier  prix  des  jeux- 
tloraux  avait  cté  remporlc  par  Uousard.  í.a  rceonipensft  promiso  ayantét<;  considén-e 
conune  étaut  au-dessous  du  mêrito  de  l’ouvrage  et  de  la  réputaiion  de  celui  qifou 
appelait  le  Frince  des  poctes,  la  villc  de  'J'oulouse  avait  íait  «»xéc-uier  uno  Minerve 
d  argent  massif  d’une  valeur  considérable  qu’elln  lui  avait  oííerte  en  prcseut. 

(3)  Ronsard,  dans  la  préf.ice  de  sa  Franrìade ,  éuum  *re  uu  â  un  tous  les  ingiv- 
•lients  qui  entrent  dans  une  Cpopêe,  il  n’oublie  rien.  m  les  discours  des  dieux.  ni  les 
haranguesdes  capiiaines.  m  Jes  descriplions  des  batadles,  ni  les  augures.  ni  les  songcs 
ni  les  sacrifices,  ni  les  peintures  insérées  coutre  le  dos  d’une  muraillc  et  des  harnais 
et  principalement  des  boucliers. 

Ces  théories  peuvent  se  résumer  en  une  formule  :  l’épopée  parfaite  est  l’imitation 
de  Vlliadce t  de  YEncide. 


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—  104  — 


rieux  de  sa  province,  pour  les  vertus  guerrières  que  Thistoire  impartiale  a 
de  tout  temps  attribuées  aux  fiers  descendanls  des  Celtes. 

La  Gascogne,  on  le  sait,  fut,  avant  tout,  une  terre  de  soldats. 

Le  nom  des  Armagnacs  est  inscrit.  de  bonne  heure  dans  les  annales  de 
notre  histoire.  Elle  rend  homraage  à  leur  bravoure  au  même  titre  qu’à  leur 
fidélité  nationale  (1). 

Durant  le  moyen  âge,  la  guerre  n'a  cessé  d'ètre  la  passion  dominante 
des  Gascons;  ils  ont  renouvelé  les  cadres  des  armécs  des  rois  d’Aragon,  de 
Navarre  et  de  Castille,  périodiquement  épuisés  par  la  guerre  des  Maures. 

Sous  lerègnede  Charles  VII,  ils  ont  donné  trois  vaillauts  compagnons 
à  Jeanne  d'Arc  :  Guilhem  de  Barbazan ,  Poíhon  de  Xaintrailles  et  La 
Hire,  le  brave  et  légendaire  valet  de  eoeur.  Ces  capitaines  sont  eux-mêmes 
entourés  de  vaillants  soldats,  leurs  compatriotes. 

Depuis  Charles  d’Anjou  et  Charles  VIII,  ils  se  jettent  sur  l’Italie  (i?),  où 
ils  conslituent  les  troupes  d’êlite  de  nos  armées. 

Dans  sa  brillante  campagne  de  Sicnne,  Montluc  commandait  plus  de  six 
mille  Gascons.  On  eonnaìt  les  prodiges  qu’ils  exécutèrent  dans  les  Roma- 
gnes  et  dans  la  Lombardie.  Ces  soldats  de  Gaston  de  Foix  et  de  Montluc 
ont  été  les  inventeurs  de  la  grande  science  d'aller  vite,  l’infanterie  prenait 
le  pas  sur  la  lourde  cavalerie,  le  paysan  va-nu-pieds  avait  Tavantage  sur 
le  gentilhomme  bardé  de  fer.  L'un  frappait  dur,  mais  l'autre  courait  vite  au 
passage  des  ponts  comme  à  l’assaut,  avec  celte  furia  francese,  tactique 
gasconne  qui  assura  si  souvent  la  victoire  à  nos  armes.  Tout.  cela  s’exécutait 
avec  cet  enlrain,  cet  échange  de  gais  propos  et.  de  plaisanteries  qui  dissipent 
toute  nostalgie.  font  mépriser  les  périls  et  doublent  la  joie  de  la  victoire. 
Aussi  Montluc  disait-il  «  quil  nétail  si  bon  soldat  que  le  Gascon.  » 

En  effct,  les  héros  gascons  forment  légion  au  xvid  siècle;  dans  lcs  Coni - 
mentaires  de  Montluc,  ce  livre  d’or  de  la  Gascogne  militaire,  dans  lcs  écrits 
ù'Andrê  Theret ,  de  Lurbe ,  de  Brantôme ,  partout  les  capitaines  Gascons 
brillent  au  premier  rang. 

La  Gascogne,  dès  qu'on  ne  se  battit  plus  au-dclà  des  monts,  envova  les 
cadcts  d’une  noblesse  pauvrc  et  remuante  chercher  de  l'occupation  à  la 
grande  factorerie  politique  du  Louvre. 


(1)  Fn  1363,  «loan  II.  comte  cTAnuagnac,  obligc  de  comparaitre  devant  le  priuce  do 
(  «allos,  no  pui  supporior  la  vuc  do  oet  Anglais  qui  le  sommait  aveo  llegine  d'aban- 
donnor  sans  dólai  lo  roi  de  France.  Ilparlit  en  claquant  les  portes  et  en  criant  cette 
iinjiertinence  dont  ou  devine  raccent  :  «  Per  lou  cap  de  Diou!  je  vous  íerai  un  tel 
páté  que  vous  ne  saurez  rompre  Ja  croûte!...  u 

Dernard  VII,  le  grand  e.onnétable  de  France  et  le  chef  de  Ja  faction  des  Armagnacs, 
n’est-il  pas  le  véritable  champion  du  Midi  contre  la  France  septentrionale  si  oour- 
gnignonneî  11  soutient  son  roi,  c’est-à-dire  Je  parti  de  la  France,  contre  le  duc  de 
Hourgogne  qui  pactise  avec  l’Anglais. 

(2)  lcs  Gascons  cn  ítalic ,  par  Durrieu.  1  vol.  in-8.  Paris,  Thorin. 


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—  105  — 

Condé  et  Henri  de  Navarre  ont  les  plus  vaillants  dans  leurs  armées. 
Henri  III  et  les  Guises  en  ont  attirédans  leurs  antichambres  qui  ne  sont 
pas  tous,  il  est  vrai^  des  modèles  de  déiicatesse  et  de  vertu. 

Les  de  Thermes ,  les  Bellegarde ,  les  d ’Estissac,  les  Biron ,  les  Roque - 
laurey  les  ù'Epernon,  et  tant  d'autres  d’Artagnans  historiques  qui  ont  fait 
leur  chemin  dans  les  armes  illustrèrent  leurprovince  Enfìn,  l’éclat  Gascon 
arrivera  à  son  apogée  à  Pavènement  d’Henri  IV  au  trône  de  France  (1). 

En  voilà  assez,  ce  mesemble,  pour  excuser  notre  poète  de  son  enthou- 
siasme  gascon  que  tant  d’aulres  parlagèrent  avec  lui.  Du  reste,  tous  les 
mortels  ne  sont-ils  pas  un  peu  Gascons  en  cette  matière  ì 

C’est  ce  cadre  qu'il  choisit  pour  créer  son  poème  de  toutes  pièces.  La 
tentalive  ne  manquait  pas  de  hardiesse.  Ilest  vraiqueGarros,  commenous 
Tavons  vu,  avait  avant  lui  traité  avec  succès  le  genre  biblique,  héroïque  et 
bucoliqueí  Restait  à  savoir  comment  la  langue  supporterait  les  grandes 
allures  de  Tópopée.  «  Ii  y  a  bien,  disait  Montaigne ,  au-dessus  de  nous, 
»  vers  les  montagnes,  un  Gascon  que  je  trouve  singulièrement  beau,  sec, 

>  bref  et  signifiant  et  à  la  vérité  un  langage  masle  et  militaire  plus  qu’au- 

>  cun  aulre  que  j’entende,  autant  nerveux  et  puissant  et  pertinent  comrae 

>  Ie  François  est  gracieux,  délicat  et  abondant.  > 

Cetle  aflRrmation  du  grand  philosophe  périgourdin,  excellent  juge  en 
pareille  raatière,  était  bien  faite  pour  rassurer  et  encourager  notre  poèteà 
tenter  l’épreuve;  il  nen  restait  pas  moins  un  travail  d’assouplissement  qui 
de\rait  nécessiter,  du  propre  aveu  de  l’auteur,  beaucoup  de  peine  et  de 
labeur. 

II  donne  pour  titre  à  cette  vaste  composition  : 

Lov  gentilome  gascovn  e  lous  heits  de  gouerre  deu  gran  è  pouderous  Henric 
Gascoun,  Rey  de  France  è  de  Naouarre  (2). 

Le  Gentiliiomme  GasGon  et  les  actions  de  guerre  du  grand  et  puissant  Henri  Gascon, 
Roi  dc  France  et  de  Navarre. 

qu'il  divise  en  quatre  livres. 

(1)  L'avènement  d’Henri  IV  est  le  fait  le  plusgraud  etlepluséminemment  français 
de  toute  notre  histoire.  Ce  prince  fm  durantsa  vie  et  est  resté  après  sa  mort  le  plus 
populaire  de  tous  nos  rois  parce  que,  né  dans  la  région  où  s’était  réfugiée  la  raee 
primitive,  il  patronna  Ies  idées  les  plus  sympathiques  au  caractère  national.  Anssitót 
entré  dans  Paris,  rimmense  orage  politique  et  religieux  s’apaise  et  se  dissipe.  Le 
vainqueur,  comme  autrefois  Moïse,  étend  sa  verge  providentielle  sur  les  flots,  ei  cette 
verge  porte  écnte  en  caractère  désormais  ineffaçable  la  sublime  devise  :  Tolérance 
et  Concession. 

La  bonté  généreuse.  la  bonbomie  familière  du  roi  remplacent  la  morgue  et  la 
tyrannie  féoaales.  Le  Béarnais  révèle  à  la  noblesse  et  à  la  bourgeoisie  la  politique 
toute  nouvelle  de  l’Egalité,  de  la  Fraternitè;  il  l’a  fait  pénétrer  dans  les  moeurs  bien 
avant  que  89  l’introduise  dans  la  Constitution  et  dans  les  lois.  En  luttant  pour  Ja 
conscience  moderne,  Henri  IV  institua  la  vraie  politique  française. 

(2)  Bibliothèque  Nationale,  n*  Ve  3481.  Bibliothèque  Mazarine,  n°  21737. 


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—  106  - 


Le  livre  lui-mème  est  dédié  à 

Havt  e  pvchant  seignov  lovys  de  labalete  dvc  d’espernox,  pa  de  France, 
cabaillé  deus  ourdes  deu  Rey,  goabernadou  e  loctenent  generau  deu  Rey,  eus 
païs  de  Metz,  Boulouigne,  Lemousin,  Gngoumés,  Xentounjês  e  Courounel 
generau  de  l’infantarie  Francese  (1),  etc. 


Au  Lìrand  et  puissant  Seigneur  Louis  de  l.a  \  alctte,  Duc  d'lCpernon,  Pair  de 
France,  chevalier  des  ordres  du  Hoi,  gouvorneur  et  lieutcnant  gêncral  du  lioi,  dans 
les  pays  de  Metz,  Houlogne,  Liiriousín.  Angouniois,  Saintonge  et  colonel  gcncral  de 
rinfanterie  Française,  ctc., 

ce  tant  renonmié  Cadet  de  Gascognc,  qui  tenait  si  beau  rang  à  la  Cour 
de  France  depuis  le  règne  de  Charles  IX. 

C’cst  sous  sa  puissanlc  proteciion  qu'il  place  l’oeuvre  du  geutilhomme 
Gascon,  comme  êlant  le  plus  vaillantet  ie  plus  cêlêbre <l*oiit i*c  les  scigneurs 
et  il  continue  de  rencenser  dc  ses  êloges  hyperboliques,  en  lui  disant  : 

A  bous  Mousseignou,  quaoiiets  urpat  sur  la  mage  branque  d'aounou  per 
dessus  touts  lous  Gascous,  noui  a  arren  que  la  boste  balou,  lou  boun  cô,  c  lou 
bosto  sabc-hê,  qu’ets  aje  heit  soumparetes.  Diu  deù  Ceù,  bous  v  mantengue.  E 
puch  qu’are  toutes  causcs  l’cmbeje  madiche  nesserouse  de  la  boste  fabou,  se 
bouden  à  bous  coum  au  prumê  Sant  de  (ìascouigne,  à  qui  touts  lous  Francès 
porten  candele,  grasits-me  que  joui  aporto  aqueste  mirgaillade  de  las  bostes 
bertuts.  Qu’et  noui  y  a  balent  eu  moun  que  la  merite  que  bous,  qu’aouèts  de  la 
madiche  faisoun  de  tant  de  grans  que  lou  mount  a  ì)ist  en  boste  race,  hcit  l’appren- 
dissatge  de  gouerre,  coum  jou  disi.  K  a  la  períin  passat  per  tant  de  granscoum- 
bats,  gouerres  e  mourtailles,  quede  la  houque  de  touts,  bous  apourtats  are  lou 
nom  de  prumc  Gentilome  deu  motin... 

A  vous  Monseigueiir.  (pii  ctes  cramponn/‘  snr  Ja  plus  hanle  branche  d'honneur,  au- 
dessus  de  tous  Ics  liascons.  il  n’v  a  ricn  qtic  votrc  valeur.  lo  bon  caíur  et  votre  habi- 
letc  qui  vous  aieut  remiii  sans  parcil.  Dieti  du  t’icl  vous  v  inainlieniie.  Lt  puis  dail- 
leurs  toutes  choses  dites  le  besoin  impcrieux  de  votre  íaveur,  se  vouent  à  vous  comme 
au  premier  Saint  de  Gascogne  à  qui  tous  les  Français  porteut  des  Cierges.  autorisez- 
moi  à  ce  que  je  vous  apporte  cet  assortiment  de  toutes  vos  vertus.  II  n’v  a  vaillantau 
mondc  qui  le  mérite  autant  que  vous  qui  avez  à  la  maniere  de  taut  de  grands  aïeux 
que  le  monde  a  vusdans  votre  lignée,  fait  rapprentissagc  de  la  gucrre  commejc  dirai. 
Kt  à  la  íin  passe  par  lant  de  grands  combals,  guerres  et  massacres.  quc  de  la  bouche 
de  lous,  vous  portcz  maintenani  le  nom  du  preniier  OiMitilhomme  du  momle... 

L'auteur,  dòs  le  dòbut  du  Premier  Livre ,  èvoque  la  gloire  du  grand  Roi 
Gaseon;  il  vante  sa  bravoure,  sa  tolèrance et  sa  générositê.  Oii  Irouverait-il 
un  modòle  plus  parfait  pour  peindre  son  iciéal  de  geutilhommc  accompli? 

(2;  La  charge  de  colonel  gcnéral  avait  été  créée  en  1544  par  François  1 r.  Elle  confé- 
rait  au  titulaire  le  commandement  de  toutc  rinfanleric  ct  la  noimnat-ion  â  tous  les 
gradcs  jusqu’à  celui  dc  caporal. 


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Touts  aquetsgrans  Roumans  dequi  la  plume  oundrade, 

Eidespush  tant  de  tôps  de  quie  nous  arribade, 

Que  banten  vn  Hector,  vn  balent  Achillês, 

Soun  mes  genecs  que  jou,  sabens  è  bet  parlcs. 

Mes  s’aquets  m’an  passat  do  sciece  é  de  lengouatge, 

Iou  courri  daouant  éts,  é  preni  l’aouantatge, 

De  so  que  jou  dirc  dab  bertat  é  rasoun, 

Qne  noun  houcjamès  vn  coum  lou  noble  Gascoun 
Gentilome  d’aunou,  de  bertut  è  de  racc, 

Nou  pas  per  vn  traftc,  ni  per  croûpe  d’ve  place, 

Més  heit  à  forse  pics  eu  b’et  miei  deus  coumbats 
Nouirit  de  forse  poudre,  é  bestit  d’aquets  draps 
Que  hilen  dab  martets,  batanen  à  la  horgue, 

Per  ana  deus  prumês  quan  lou  Pistoulet  morguc, 

Henric  hilh  de  la  gouerre,  è  lou  pai  deus  souldats 
Tu  que  t’as  gouasignat  en  tant  de  grans  coumbats, 

Loa  richc  nom  de  Rey,  è  portes  sus  la  lanse 
Autour  deu  nom  Gascoù,  la  couroune  de  Fràse, 

Grasus-me  que  jou  digue  é  descriougue  perfeit, 

Vn  boun  é  gran  gouarré  au  biou  de  toun  pertreit. 

Autreje  èda  s’et  plats,  au  subjet  que  m’amuse, 

Tas  armes  per  patroun,  è  ta  glorie  per  muse. 

Tous  cesgrands  Romains  dont  la  plume  honorèc 
Et  depuis  si  longtemps  renommée  près  de  nous, 

Qui  vantent  un  Hector,  un  vaillant  Achiile 

8ont  plus  ingénieux  que  moi,  savants  et  beaux  parleurs. 

Mais  si  ceux-lâ  m’out  surpassé  de  science  et  de  langagc, 

Je  cours  devant  eux  et  reprends  l’avantage 
I)e  ce  que  je  dirai  avec  vérité  et  raison, 

Qu’il  n’en  exista  jamais  aucun  comme  le  noble  Gascon 
Gentilhomme  d’honneur,  de  vertu  et  de  race, 

Non  pas  pour  un  trafic,  ni  l’achat  d’une  place, 

Mais  façonné  à  grauds  coups  au  beau  milieu  des  eombats, 

Nourri  dc  force  poudre,  et  vètu  de  ces  draps 
Qu’on  filaavec  des  marteaux,  qu’on  foula  à  la  forge, 

Pour  étre  des  premiers  quand  le  Pistolet  mord. 

Henri  flls  de  la  guerre,  et  le  père  de  ses  soldats 
Toi  qui  conquis  en  de  si  grands  combats, 

*J.e  nom  glorieux  de  Roi,  et  qui  portes  sur  ta  lancc 
Aulour  du  uom  Gascon,  la  couronne  de  Prance, 

Permets  que  je  raconte  et  décrive  parfait 
l  n  bon  et  vaillaut  guerrier,  au  vif  de  tou  portrait. 

Octroie-moi  et  donne,  s’il  te  plait,  au  sujot  qui  m’amitse, 

'l'es  armes  pour  pai.ron,  et  ta  gloire  pour  Muse. 

Les  ancètres de sou  gentilhomine  sont  issus  d’une  illuslre  raeede  vailìants. 

Coum  en  gouerre  é  combats,  on  counech  lou  Gascoun 
Vn  perigle  de  gouerre,  è  lou  Mars  d’aquest  moun, 

C’est  en  guerre  et  combats  qu’on  connait  le  Gascon, 

Ln  íoudre  dc  guerre  et  le  Mars  de  ce  monde. 


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-  108  — 


Hilh  d’aquet  Herculés  qui  de  bras  è  man  horte, 

An  de  bate  un  Lion  (1),  nou  demandéc  escorte. 

Que  n’augouc  iamès  poou,  nou  houc  iamès  bèsut, 

Aquet  la  coum  bous  dic  per  hilh  recounegut, 

Hérèté  noumentat  de  toute  la  mountaigne, 

A  hiu,  corde  è  ciment  de  la  terre  d’Espaigne... 

Fils  de  cet  Hercule  qui  de  bras  et  de  maiu  redoutable 
Pour  combattre  un  Lion  ne  demanda  pas  d’escorte. 

Qui  n’eut  jamais  peur,  ue  fut  jamais  vaincu, 

Celui-là  dont  je  vous  parlc,  reconnu  pour  fìls 
Hèritier  renonimé  de  toutc  la  montagne. 

A  fiJ,  corde  et  ciment  de  la  terre  d’Lspagne. . . 

Le  jeune  Seigneur  n'aura  qu’à  suivre  le  noble  exemple  de  ses  pères  qu’il 
surpassera  par  son  habileté  et  son  courage. 

Pour  atteindre  ce  but,  il  recevra  une  éducation  virile  où  les  exercices 
phvsiques  occuperont  la  première  place.  Le  Poète  les  développe  avec 
complaisance  : 

íamès  en  aquet  temps  nou  biu  atau  dressats, 

Ia  de  petit  ensus  lous  mes  petits  goujats, 

A  l’allarme,  aus  coumbats,  à  la  lute,  à  I’estorse, 

A  courre,  à  mes  sauta,  a  gita  de  gran  forse; 

Abrinçasse  leus  cos,  a  plagueja  lous  bras 
Dab  lou  cap  aus  talous,  baisa  deu  pé  lou  nas, 

Coum  nous  bésem  acy  lou  petit  Gentilome; 

Esprimas  de  hè  tout  eoum  serè  vn  gran  ome, 

Hardit,  abenturat,  truquassé,  querelous, 

Que  n’endure  dejà  mestres  ni  coumpaignous; 

Mès  ac  brabeje  tout,  tout  ac  radamontège, 

Que  ja  de  coumanda  lou  counéguèts  l’embèje. 

Coum  vn  pourin  qu’enqouè  nou  sei  bist  endrabat, 

Jamais  eu  ce  temps-là  on  ne  vit  dressé  de  cette  manière 
Et  dès  l’àge  le  plus  tendre  les  plus  petits  garçons. 

A  l’alarme,  aux  combats.  à  la  lntte.  à  la  main  renversêc 
\  la  course,  à  qui  plus  saule,  au  jet  de  force 
A  s'abriter  lo  corjìs,  et  assouplir  le  bras. 

Avec  la  téte  aux  talons,  baiser  du  pied  le  nez. 

Comne  nous  voyons  ici  le  petit  Gentilhomme 
S’exercer  à  tout  faire  commc  s’il  était  un  hommc  íait, 

Hardi,  aventureux,  batailleur.  querelleur, 

Ne  supportant  déjà  ni  maitres.  ni  rivaux; 

Mais  il  brave  tout,  se  joue  de  tout 

A  tel  point  que  déjà  on  reconnait  chez  lui  l’envie  decommander 
Corame  un  poulain  qui  n’a  pas  encore  eu  d’entraves 


(1)  Le  lioiî  de  Nèmée. 


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—  109  — 


Are  au  loung  d’vn  bareit,  aro  lou  loung  d’vn  prat. 

Trepeje  à  Teschaurit,  e  gite  à  l’escapade, 

Forse  de  cops  de  pès  après  ve  pétarrade. 

Atau  si  bous  bouléts  cabesteja  de  près 

Lou  Gentilome  jouen,  bous  beirats  coum  de  pès, 

De  bras,  de  cap  é  d’oueiJ,  d’ue  ruste  countenense 
Quan  se  sent  trop  hérit  se  boute  en  sa  defense 
Grouseje  tout  petit,  é  n’endure  la  man, 

Quetractat  en  Moussur,  nou  pas  coume  bilan... 

Tantôt  dans  un  guéret,  tantót  dans  un  pré. 

Trépigne  le  nez  au  vent,  et  lance  en  liberté 
Force  coups  de  pieds  après  une  pétarrade. 

Ainsi  si  vous  essayez  de  dompter  de  trop  près 
Le  jeune  Gentilhomme,  vous  verrez  comment  de  pieds, 

De  bras,  de  tête  et  d’oeil,  et  de  fière  attitude 

Quand,  se  sentant  trop  piquó,  il  se  mct  en  état  de  dcfense. 

II  se  fait  gros,  tout  petit,  et  ne  supporte  qu’on  le  touche 
Que  traité  comrae  un  Monsieur  et  non  comme  un  vilain. 

II  dédaigne  le  savoir  et  se  rnoque  des  pédants.  Les  réeits  de  batailles  et 
de  combats  ont  seuls  de  Fintérêt  pour  lui;  son  éeriture,  bien  que  lisible, 
ressemblera  à  des  pattes  de  mouches. 

Mais,  par  contre,  avec  quelle  arileur  et  quelle  souplesse  il  appliquera  ses 
aplitudes  naturelles  qui  brilleront  d’un  vif  éclat  dans  les  moindres  détails 
des  exercices  de  corps,  à  commencer  par  réquitalion.  En  vrai  cavalier,  il 
airae  son  cheval,  qu'il  pare  richement,  dresse  et  manie  des  genoux  et  de 
Téperon.  II  Fanime,  il  Fexcite  et  le  dompte  frémissant,  couvert  d?écume, 
comrae  un  homme  du  métier.  Mais  un  gentilhomme  doit  atteindre  la  per- 
fection  dans  cet  art,  aussi  pratique-t-il  la  haute  école  sous  la  direction  d’un 
maître  écuyer.  Le  poète  nous  le  montre  prét  à  monter  en  selle  : 

Mes  prest  saute  dessus  que  si  sabe  boula 
Alindat  è  cos-dret,  de  madiche  pagere 
Esquie-canaulat,  joil  hrem  è  eame-dret, 

Lou  pè  que  guignc  ô  bat  Faureille  deu  genet  : 

Aquiou  lou  touL’  d'un  rond,  lou  long  de  la  passade, 

Dab  la  late  à  la  man  coramense  la  balsade, 

L’aiempie  de  bouts,  de  man  é  de  faisoun, 

Mais  plus  vif  il  saute  dessus  que  s’il  savait  voler 
Bien  campé,  le  corps  droit,  de  même  taille, 

L'échine  d'un  chevaucheur,  genoux  ferme  et  jambe  droite, 

Le  pied  qui  ne  perd  pas  de  vue  roreille  du  cheval. 

Là  faisant  le  tour  d’un  rond  le  long  de  la  piste 
La  cravache  à  la  main,  il  commence  l’exercice 
L’excite  de  la  voix,  de  la  main,  de  la  raéme  íaçon 


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—  110  — 


Coura  son  mestre  Escudé  ranseignat  la  leçoun  : 

E  d’vn  pas  mesurat,  lou  condusish  é  pousse 
Deu  pas,  au  petit  trot,  deu  galop  à  la  cousse. 

Arrode  tout  prumè  leugeramens  bat  trap, 

E  sus  lou  doubie  rond,  destrape,  atrape  e  sab, 

Lou  galop  pè-leugè,  cot-tenut,  horte-alene, 

Quan  bigourous  aquiou  se  tonrnege  è  demène, 

Cour,  bire,  tourne,  ba,  nianeje  de  touts  bens  : 

Sus  lou  dret,  sus  l’esquer,  atraouòs,  peus  estrems. 

Danse,  saute,  boundish,  boultège,  pirouete, 

Guirabe  d’vn  pò  fougous  la  plasente  eourbete 
Se  reliaussc,  s’enaire  ò  de  nian  rêleouat 
Coum  s’aouò  d’un  auset  las  ales  raaleouat. 

Double  lou  saut  dispost,  haussc  ia  cabriole, 

E  poussat  d’esperoun  nou  cour  pas,  mes  s’eniboie 
Rede,  brounent  ò  hort,  raes  rede  que  lou  treit... 

Que  ie  maítre  òcuyer  lui  a  enscignò  la  Ie<;on  : 

Et  d’un  pas  mesurò  le  conduit  et  le  poussc 
Du  pas,  au  petit  trot,  du  galop  â  lacourse. 

II  tourne  d’abord  îoulant  légèrement  le  sol, 

Et  snr  le  double  rond,  iàche  la  main,  prend  et  suit 
Le  galoppied  iòger,  eou  tendu,  forte  lialeine. 

Lors<pie  là,  vigourcux,  il  se  dòveloppe  et  se  dòmòne, 

Cour,  vire,  tourne,  va,  mantruvre  de  tous  cótòs, 

A  droite,  à  gauche,  à  travers,  aux  extròmitòs, 

Danse,  saute,  boudit,  voltige,  pirouettc, 

Exéeute  d’un  pied  fougueux  la  plaisante  courbetie, 

Se  relève  et  s’enlève  d’itn  vigoureux  ooup  de  main 
Comme  s’ii  avait  sur  hii  lcs  ailes  d’uu  oiseati. 

Franchit  double  obstacle,  s’enlòve  complòu  nient 
Et  piqué  par  l’òperon,  il  ne  court  pas,  mais  vole  plutôt 
Rapidc,  d'allure  et  de  vigueur,  plus  vite  <pi'une  llòclie  .. 

Ader  proftle  de  l’occasion  qui  se  pròsente  pour  tracer  d’un  vigoureux  coup 
de  pinceau  le  portrait  du  roussin  de  Gascognc  pris  sur  tialure  : 

Qu’ot  a  lou  cap  petit,  estelnt,  courte-aureille, 

Gran-nasic,  oueil  vhert,  íioueguojant,  toutiourbeille, 

Bouque  hresc,  cot-reheit,  rude  cling,  large-pies, 

Ardoun-pé,  camc-sec,  dc  courpere  plan  pròs 
Peu  d’alesan  toustat,  tubaillat,  lounge-coùe, 

11  a  la  tête  petite,  òtoilòe.  courte  oreille, 

Grands  naseaux,  ceil  ouvert,  flamboyant,  toujours  òveiilò, 

Bouche  fraiehe,  eneolure  redressòe,  crin  rnde.  large  poitrail, 

Pied  rond,  jambe  sòehc,  eroupe  bien  piise, 

Poil  d’alczan  brûlò,  pommelò,  longue  queue, 

(1)  Dans  ie  Livre  iii  des  Georgiques ,  Virgile  avait  fait  avant  lui  le  portrait  du  pou- 
lain  de  noble  raee. 


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—  111  — 


Alatat  de  darré  coum  las  ales  d’une  Hoiie 
Entretaillat  è  gros  de  mouiene  faisoun, 

Alerte,  esqueriquat,  coume  lou  mestre  soun, 

Enillant,  courredou,  grape-terre,  sautaire, 

A  la  cousse  brouneut,  au  maneje  boun  aire, 

Iamès  suslou  tribail  arrepropi,  ni  las, 

Counechent  de  soun  mestre,  amic  deu  coutelas, 

Mutin  sustout  quan  auieli  tambouris  è  troumpetes. 

Culotté  de  derrière  comme  les  ailes  d’une  buse. 

Dècouplé  et  gros,  de  moyenne  force, 

Alerte.  ficr  comme  son  maitre, 

Hennissant,  bon  coureur,  grattant  la  terre.  bondissant, 

Impétueux  ;i  la  course,  docile  au  manège. 

Jamais  rccru  ni  las  à  la  fatigue. 

Connaissant  son  maitre,  ami  du  sabre, 

Mutin  surtout  quand  il  entend  tambours  et  trompettes..., 

Après  rêquitation  vient  l  escrime  qui  donnera  au  cavalier  Tadresse  au 
maniement  des  armes.  C'est  ainsi  que  nous  le  voyons  prenant  sa  leçon, 
fièrement  campé,  en  garde  contre  son  adversaire. 

Man  ê  man,  pé  é  pé,  de  cap  é  d’oueil  bandats, 

Targats  à  prim,  scgond,  à  terses,  ou  be  quartes, 

D’un  pas  lierm  é  dispots,  abarreja  las  cartes 
E  bire  aquiou  man  drets,  gran-rebes,  cop-d’estoc, 

Coum  quan  peirabat  redé  é  liort,  cop  sus  cop  : 

Per  dessus  lou  pugnau,  per  debat,  entre-garde, 

E  eauque  cop  suou  nas  an  destaubia  la  harde. 

Aquiou  de  pantacha,  de  boaha  noui  a  íin; 

Ets  hen  l’arresolut,  contrahen  lou  mutin. . . 

Main  à  main,  pied  à  pied,  de  téte  et  d’oeil  tendus, 

Joútant  en  prime,  secoude,  à  tierce  ou  bicn  (piarte, 

D’un  pas  fermc  et  dispos,  mélant  les  cartes 

Et  tournant  les  mains  droites,  grands  revers,  coups  d’cstocs, 

Comme  quand  il  pleut  des  pierres,  raide  et  fort,  coup  sur  coup 
Par  dessus  le  poignard,  par  dessous,  en  se  tcnant  en  garde, 

Et  quelquefois  sur  le  nez,  pour  économiser  le  linge; 

Là  de  respirer  et  de  s’essouítler  il  n’y  a  fin. 

Eux  font  les  résolus  et  contrefont  le  mutin. .. 

Après  rescrime,  la  chasse,  qui  était  à  cette  époque  rentraînement  par 
excellence  pour  préparer  à  la  guerre  des  hommes  qui  avaient  pour  unique 
occupation  de  s’entretuer.  Elle  exigeait  de  Thabileté  et  du  sang-froid  et 
n'était  pas  exempte  de  danger.  Le  chasseur  intrépide  veut-il  se  lancer  à 
l’aventure?  il  s'armera  comme  le  soldat  qui  affronte  la  bataille,  toujours 
prêt  à  Paitaque  et  à  la  défense,  toujours  résolu  à  ne  jamais  fuir  ni  làcher  pied. 


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—  112  — 


Atau  lou  cussadou,  que  bo  qu’a  toute  casse, 

Per  touts  locs,  per  touts  traucs,  soun  attirail  se  liasse  : 
S’arnesche  coume  quau  de  cordes,  de  hilats, 

De  balestes,  e  d’arcs  propriamens  atitrats. 

De  bastous  eschioulans,  de  croc  è  de  houchine, 

De  lebrés,  ca«  courrens,  è  d’auset  d’arrapine. 
L’Espaignul  pipatat,  perdigoun  seguas^é, 

Lou  mescourrèt  Thibaut,  en  Huraut  bousquassê, 

Lou  basset  Clapidon,  lou  Moustin  gouerde-borde, 
L’Escharnegou  Campisch,  lou  Limiè  tire-cordc, 

Pousse  lébê  Courniol,  lou  Dogue  hourratgé, 

Lou  Lebré  tire  lòche  à  courre  pc-leugé. 

Aquo  soun  lous  souldats  quet  ainie  en  tau  gouerre, 

Per  montaignes,  o  nauts,  per  coumes,  é  per  serre 
Noui  a  ren  que  lou  huge  à  courre,  n’a  boula. 

Quet  aporte  suou  puing  lou  to-ho-hou  la  la. 

L’Esparbé  oueil  betout,  lou  inestre  d’arrapine 
L’Astou  qu’ei  lou  que  ten  gouarnide  la  cousine, 

Lou  montaignèc  lané,  lou  Faucoun,  lou  Gerfaut, 

Lou  Sacre,  é  Mérillon,  lou  Houbreau  bole-haut... 


Ainsi  le  chasseur,  qui  veut  qu’en  toute  chasse, 

Par  tous  lieux,  par  touies  crevasses,  son  train  passe, 
Sc  harnache  coinme  il  íaut,  de  cordes,  de  filets, 
D’arbalètes  et  d’arcs  proprement  choisis, 

De  bàtons  sifflants,  de  crocs  et  de  houssines, 

De  levriers,  cliiens  courants  el  d’oiseaux  de  proic, 
L'Epagneul  moucheté,  battant  les  haies  à  perdrix. 
Thibaut  le  plus  courant,  et  Hurautami  des  bois, 

Le  basset.  Clapidan,  le  malin  garde  mctairie, 

Le  Champi  railleur,  le  Limier  tirant  sur  la  corde, 
Cornier  pousse-lièvre,  ie  dogue  íéroce, 

Le  Levrier  tire  langue,  à  courir  pied  léger. 
rJ'els  sont  les  soldats  qu’il  mène  en  telle  guerre 
Par  montagnes  ou  neiges,  par  vaiions,  par  hauteur, 
Rien  ne  peut  l’éviter  à  courir  ou  à  voler 
Qu’il  porte  sur  ìe  poing  le  Chat-  Huant, 

L’Epervier  à  l’oeil  qui  voit  tout,  le  maítre  de  rapine, 
L’Autour,  e’est  lui  qui  tient  la  cuisine  garnie, 

Le  Lanier  montagnard,  le  Faucon,  le  Gerjaut, 

Le  Sacre,  l’Emerillon,  le  Hobereau  qui  vole  haut. 


Voilà  certes  le  tableau  d'une  entrée  en  chasse;  le  poète  va  maintenant 
nous  initier  à  chacuue  d’elles  en  particulier  en  compagnie  de  son  hardi 
jouvenceau. 

II  commence  par  la  chasse  à  la  perdrix  avec  le  faucon  pour  passer  ensuite 
à  celle  du  lièvre  avec  les  levriers.  En  véritable  disciple  de  Saint  Hubert. 
il  nous  fait  assister  à  celle  du  loup,  du  renard  et  du  cerf,  emaillant 


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—  113  - 


toutes  ses  desci’iptions  de  détails  prt;cis,  tcclmu|ues  et  pris  sur  lo  vif  (1). 

II  terminc  par  la  ohasse  au  sanglier,  sans  oontredit  la  plus  émouvantc  et 
la  plus  dramatique,  celle  qui  exige  le  plus  de  sangfroid  et  de  courage.  La 
bauge  du  sanglier  est  en  tous  points  semblable  à  une  fcrteresseou  lennemi 
solidement  établi  dans  ses  retranchements  repousse  les  vigoureux  assauts 
des  assaillants.  II  défend  chèroment  sa  vie,  le  saug  ooule  et  raorts  et  blessés 
jonchent  le  sol.  Mais  notre  Cadetentre  en  scène  et  sc  rue  à  Tassaut,  il  combat 
corps  à  corps  avec  Tanimal  qui  roule  bientòt  à  terre  le  flanc  pcrcé  par  le 
couteau  du  chasseur.  La  curóe  et  lerepasdes  cliiens  terminent  les  péripèties 
de  cette  lulte  oii  lo  vainqucur  ost  las  do  scs  trop  faeiles  victoires. 

II  reve  un  thêàtre  plus  digne  de  sa  valeur  qui  lui  penuettra  de  recueillir 
avec  honneur,  gloire  et  renommée. 

A  Ja  gouerrc,  à  la  gouerre,  aquiou  haram  bareit, 

Aquiou  beiram  lous  qu’an  poupat  de  bouno  leit. 

A  la  guerre,  à  la  guerre,  lìi  nous  ferons  nos  preuves, 

C’est  là  qu’on  verra  eeux  qui  ont  têté  tle  bon  !ait. 

L'occasion  ne  se  fera  pas  attendre,  car  des  bruits  de  guerre  se  propagent 
qui  remplissent  son  eceur  d’allègresse.  Dédaigneux  des  honneurs,  il  s’enrôle 
comme  simple  soldat.,  tenant  à  eonquèrir  scs  grades  à  la  pointe  cìe  son  épèe. 

11  a  vraiment  bonne  tournure  sous  son  costume  d  arquebusier. 

Aquiou  nou  manque  pas  la  mandille  broudade, 

L’aspase  à  soun  coustat  toute  suber  daurade, 

Ab  la  crespine  d’or  lou  bragart  fourniment, 

Lou  petit  pouberin  dab  madich  parament  : 

Sus  lou  cot  de  Milan  l’arquabouse  lusente 
Qu’a  plan  la  serpentine  è  flisquante  è  prusente, 

Lou  canoun  arreheit  sus  lou  bouès  marquetat, 

Per  qu’age  tout  amasse  è  berou  è  bouentat. 

Perbesit  d’attirails,  bales,  cordes,  è  poudres, 

Cache-mevsche,  è  de  tout  mes  que  noim  quau  de  soubres. . . 

Là  ne  manque  pas  la  mandille  brodée, 

L’épée  à  son  cóté,  couverte  de  dorures 
Avec  la  crépine  d'or  le  brillant  fonrnimcnt, 

La  petite  poire  à  poudre  avec  mêrae  parmv  : 

Sur  Je  cou  l’arquebuse  de  Milan,  luisante 
Qui  a  bien  la  serpentine  ílexible  et  chatouillcuse, 

Le  canon  refait  sur  le  bois  marqueté, 

Pour  qu’il  ait  à  Ja  fois  et  beauté  ot  bontè. 

Pourvu  d’attirails,  balles,  cordes  et  poiulres, 

Cache-mcchc,  de  tout  plus  qu’il  n’en  faui  de  reste. . . 

(1)  Notre  poète  a  dú  s’inspirer  dcs  Decluyx  do  la  nha$*c  dos  bostos  saucaìyos  e 
des  oyscaiuv  dt  proye,  de  Gastou  Ffliébus,  livre  resté  classique  daus  l’art  cynégótique. 


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Sous  IVeil  vigilant  de  son  capilaine,  ii  eoinmenee  le  rude  métierdesarmes. 
Respcctueux  de  la  discipline,  il  obéit  au  moindre  eommandement  de  ses 
cbefs  et  devienl  le  modèle  de  sa  compagnie.  Toujours  en  éveil,  il  est  prêt  à 
la  moindre  alerte.  Qu'il  survienne  une  surprise  inopinée  de  Tennemi,  landis 
que  ses  compagnons  sont  frappés  d’épouvante,  de  la  soudaineté  de  l'attaque 
et  du  bruit  de  la  mousqueterie,  lui,au  contraire,  reste  ferme  et  inébraniable, 
faisant  parler  son  arquebuse  qui  sème  la  mort  de  tous  côtés.  S’ils  parcourent 
lc  pays,  il  n’imitera  pas  ses  camarades  qui  ne  respeetent  pas  le  bien  d  autrui, 
c’est  cn  face  de  l’ennemi,  sur  le  cbamp  de  bataille,  qu’il  entend  honorer  le 
nom  de  soldat  et  non  par  des  rapines.  S'ils  arrivent  de  nuit  à  une  étape, 
tandis  que  chacun  se  hâte  de  trouver  un  gîle  et  un  bon  lit,  lui,  au  contraire, 
quoique  bien  las  : 

Se  hé  de  la  mandille  vn  inoufle  matalas, 
l)eu  fourniment  cabsó,  de  Taspase  espounere, 

E  larquabouse  drom  segu  debat  l’aschère. 

Que  si  ben  coum  om  be  l’allarme  a  miege-neit 
Iou  pagarê  per  et  si  lou  troljen  au  leií . . . 

II  se  fait  de  la  mamlille  un  souple  matelas. 

Du  íourniment  un  eoussin,  de  l’épée  la  bordure  du  lit, 

Kt  l’arquebuse  dort  assurée  sous  l'aisselle 

Si  bieu  que  vienne  l’alarme,  comnie  on  Je  voit  vcrs  minuit 

Je  paierai  pour  lui  si  on  le  trouvc  dans  son  lit... 

A  rccuvrc  commencée,  on  peut  juger  dc  ce  qu'il  sera  plus  tard. 

Le  poòle  arrivc  â  la  description  d’actions  de  guerre  racontées  en  manière 
d'ócole  straiégique,  c  est  la  peinlure  des  combats  et  des  diffìcultés  qu’eut  à 
surmonter  le  Cadet,  c'est-à-dire  Hcnri  IVT,  avant  deceindre  la  couronne  de 
France. 

Après  une  séried  cngagements,  descarmouchesou  d’assauts,  où  le  Cadet 
se  eouvrc  de  gloire,  nous  assistons  au  siège  d'une  ville  fortifiée. 

Aquioudonc  s’enhortish,  hé  lout  retranchamèt, 

Lou  mestre  hasardous  deu  prumè  régiuicnt. 

E  lou  souldat  Gascoun  hurate.  é  countournêge, 

Per  bese  s’ets  auren  de  sorti  nade  embege. 

Xou  ne  cesse  james  de  tira  de  grans  cops, 

Afustat  darré-oùeil  en  touts  traucs,  en  touts  locs, 

I.à  done  sViablit,  eonstruit  le  retrenchement, 

I.e  rnaitre  andacieux  du  premier  régimeni. 

Kt  lesoldnt  Gascon  fouillc  et  lourne  partout 

Pour  voir  si  Jes  ennemis  auront  envie  de  faire  une  sortie. 

11  ne  cesse  jamais  dc  rcchercher  Jes  grands  coups, 

L’ceil  auguetsur  les  fossés,  en  tous  lieux, 


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—  115  — 


Suou  trauc  d’vn  gabioun,  d’iin  cranau,  d’iie  tourelle 
Per  trauqua  lou  gipoun  de  quauque  sentenele. . . 

Sur  le  creux  d’un  gabion,  d’un  créneau.  d’une  toureile 
Prét  à  percer  l’habit  de  quelqne  sentinelle. 

En  attendant  larmée  assiégeante  prend  ses  positions  et  djspose  ses  balte- 
ries  en  face  la  ville  assiégée,  le  canon  tonne  : 

Are  donc  d’vn  coustat  lous  canous  batè  hort, 

Lous  autes  pcr  darré  bon  escala  lou  fort, 

Ou  hen  vn  terre-plen  que  la  bile  domine. 

Hotgen  é  neit  è  jour  ve  large  contreniine, 

Debat  vn  Boulouart,  ou  quauque  grosse  Tour, 

Que  puch  à  nou  pensa  lous  jogue  vn  maubés  lour  : 

Esbrandish  tout  lou  fort,  la  murraille  s’esclate, 

Que  semble  que  lou  Ceu  sus  la  terre  s’abate. 

Aquiou  noste  souldat  bras  d’assé,  cô  de  hèr, 

A  la  pique  en  ve  raan,  l’aute  lou  palahèr. . . 

Maintenant  d’un  côté  les  canons  tonnent  íerme, 

Les  aulres  par  derrière  veulent  escalader  le  fort, 

Ou  bi«n  ils  font  un  terre-plein  que  Ja  ville  domine 
Creusent  nuit  el  jour  une  large  contremine 
Dessous  un  boulevard.  ou  quelque  grossc  tour, 

Evitant  toutefois  quc  cela  leur  porte  préjudice  : 

Ebranle  tout  Ie  fort,  fait  édater  les  murs, 

II  semble  que  le  Ciel  s’abatte  sur  la  terre. 

Et  là  notre  soldat.  bras  d’acier,  coeur  de  fer, 

La  piqu3  dans  une  main,  de  l’autre  la  pelle  en  fer. . . 

Sitôt  que  le  Cadet  voit  une  brèche,  il  obtiont  du  général  rautorisation  de 
reconnaître  la  place.  Sans  souci  de  la  mitraille  qui  pleut  autour  de  lui,  il 
escaladela  brèche  aux  veux  des  ennemis  étonnês  de  cette  bravade,  et  il  ne 
s  en  retourne  qu'après  avoir  examiné  les  ouvrages  de  défense  de  rennemi. 
Ce  brillant  fait  d’armes  est  acclamé  par  Tarmée  entière.  Cet  acte  d'héroïsme 
lui  vaut  d'être  promu  Enseigne  (1);  Tassaut  est  résoiu  : 

S’aouets  eu  miei  d'estiou  tout  d’vn  cop  entenut 
Vn  eslaouas  brounent,  vè  tempeste,  un  poriglc, 

D’eslambrets  alugats,  d’vn  trounament  tarrible, 

Si  vous  avec  au  milieu  de  l’été  enteiid  i  lout  à  coup 
L'n  déluge  violent,  une  tempéte,  un  orage, 

Aux  éclairs  aveuglants,  suivis  d’éclairs,  de  tonnerre 

(1)  Chaque  capilaiue  avait  sous  ses  ordres  deux  lieutenants.  cominamlant  chaeun 
500  hommes,  l*un  les  Arquebusiers,  Pautre  les  Piquiers  ou  llallebardinrs.  Au-dessous 
du  lieutenant  venaient  deux  cnseignes  et  pour  commander  chaque  ccntaiue  d’hommes 
un  centenier. 

L’ensemble  de  ees  bandes  constituait  une  légiou  commandée  par  un  colonel. 
(CTéation  de  1534.) 


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—  116  — 


Que  tout  s’esclate  è  hen,  s’atuqae,  peirabat, 

Que  la  terrc  é  lou  Cèti,  s’aiasten  au  coumbat. 

Bous  besets  tout  menat  aquest  eschoc  de  gouerre 
Oun  à  ta  gran  marmut,  qu’on  n’auich  ni  Cèu  ni  terre. 

Las  Troumpetes  è  cors,  s’enrauquen  de  souna, 

Lous  Tambours  brounens  bon  la  bile  estouna, 

Deu  toun-toun,  à  boun-toun,  fanfare,  la  tarare, 

A  Tallarme,  à  lassaut,  ha  bire,  tourne,  gare. 

Bous  besets  toutes  gens  tant  de  pé,  qu’a  chibal, 

S’arrounda  coum  vn  cercle,  autour  deu  gênéral 
Qu’an  ourdene  l’assaut,  partich  l’infantarie 
En  bataillous  arruats,  merque  la  coumpagnie, 

Que  prumere  anira  dab  Jous  enhans  perduts  (1), 

Bo  que  lous  mes  baiens,  è  lous  mes  entenuts 
Coum  noste  Gascoun,  sien  lous  prumès  en  danse. . . 

Gu’on  croiraitquc  toutócIaíc,cioule,luUesoiis  unegrélcde  pierres 

fv)ue  la  terre  et  le  ( 'iel  se  préparent  au  coinbat 

\’ous  \oyez  au  naturel  ce  choc  de  guerre 

Qui  fail  si  grand  bruit,  qu’on  n’entend  Ciel  ni  terre. 

Les  trompettes  et  cors  s’enrouent  â  sonner, 

Les  lambours  grondeurs  veulent  effrayer  la  ville, 

Du  ílon-ílon  au  ronflon,  faníare  et  tarare, 

A  l’alarme,  à  l’assaut,  lont  tourne,  retourne  et  gare. 

Yous  voyez  tous  les  soldats  tant  à  pied  qu’à  cheval, 

Se  ranger  comme  un  cercle  autourdu  général, 

Quand  il  ordonne  i’assaut,  l’infanterie  se  met  en  marche 
Kn  bataillons  serrés,  il  choisit  ia  compagnie 
Qui  ia  premiòre  ira  avec  les  Lnfants  perdus, 

\  oulant  que  les  plus  vaillants  et  les  plus  aguerris, 
l'omme  notre  Gaseon,  soient  les  premiers  au  feu... 

Ce  dernier  s’avanee  rayonnant  de  joie.  et  s  adressant  à  ses  ehefs  : 

«  Je  veux,  dit-il,  que  la  Guseogne  ma  bonne  mère  et  ma  nourrice  n’ait 

>  pas  honte  d'un  de  ses  enfanls.  Que  mon  père  el  mes  iiiustres  tiïeux  n  aient 
»  pas  à  rougir  de  moi  lorsqu’ils  màippelleront  leur  lils.  Ils  se  sont  illustrés 
»  dans  maints  assauts  et  batailles  meurlrières  toujours  au  premier  rang,  je 
»  veux  suivre  aujourcThui  leur  exemple  ct  montrer  que  je  suis  digne  de  cette 

>  race  de  vaillants.  »  Puis  s’adressant  aux  soldats  de  sa  compagnie,  il  ies 
enílamme  de  sa  parole  cliaude  et  vibrante  et,  se  mettant  à  leur  tête,  l‘en- 
seigne  marche  à  Tassaut. 

Countre  escarpe  à  la  part,  barriquade  à  l’estrem, 

A  cops,  pousses  è  pics,  qui  da,  qui  tourne,  é  pren, 

Contrescarpe  à  còtò,  la  barricade  au  bout, 

A  coups.  poussées  et  biessures,  qui  donne,  qui  rcnd  et  prend, 

(1)  Blaise  de  Monluc  menait  à  Cerizolles  le  bataillon  des  Enfants  perdus. 


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-  117  — 


Doune,  doune  à  capsus,  è  bire  d’arrouquades, 
Mingranes,  cercle  à-houcc,  grosses  arquabousades, 
Tire  bales,  baloun,  bras  l)irat,  è  grans  cops 
De  piques,  darraedast,  houec  de  lances,  è  pots; 
Doune,  doune  deguens,  passe  la  faschinade, 

Saute  lou  qui  pouira  la  porte  claouèrade 
A  trucs,  truque  au  tric  trac,  pare  pic,  pare  cop, 

A  l’espase,  au  puignau,  au  coutèt,  à  l’estoc. 

Passé  Enseigne  sus  touts,  pousse  la  coumpagme 
Dedans,  billegaigné,  mon  Diu,  Herges  Marie, 

A  raort,  â  houcc,  à  sang.  E  labets  lon  Gascoun 
Ahurant,  è  sagnous,  lou  mes  lxilent  deu  moun; 
Susla  brèche  bragard  l’anseigne  crierade, 

Coum  vn  praube  perrec  de  pies  esgondrillade, 
S’aouanse  abénturat,  truquc,  pousse,  coumbat, 

E  de  force  cos  morts  enjunque  lou  paouat  : 
Coundusish  cap-d’aouant  l’armade  furiouse 
En  l’aupiniastre  loc,  per  la  porte  sagniouse, 
S’aoiiance  mes  cabens,  è  t>erseguish  mutin, 

Nou  pas  en  piquorè  quauque  triste  butin, 

Més  murailles  è  tours,  è  d’vn  balent  couratge, 
Hurate  sei  a  arren  que  pousque  hè  damnatge. 
Seguish,  ba,  tourne,  ben,  tracte  lous  enemics, 

Lous  paurues  bab  pietat,  lous  rebelles  à  pics  : 


Charge,  charge  en  haut  et  cvite  les  pierres. 

Grenades,  cercles  â  feu,  grosses  arquebusades, 

Tire  balles,  balette  et  bras  retourné  grands  cmips 
De  piques,  d'arnmre,  feux  de  lances  et  pots; 

Charge.  charge  dedans,  franchis  les  fascines, 

Saute  qui  pourra  la  j>orte  fermée  à  clous 
A  coups.  frappe  au  tric  trac,  pointe,  pare  blessure, 

A  rèpée,  au  poignard,  au  couleau.  à  l’estoc. 

L'enseigne  passe  avant  tous,  pousse  la  compagnie 
Dedans,  ville  gagnée,  mon  Dieu,  Vierge  Marie, 

A  mort,  à  feu,  à  sang.  Etalors  le  Gascon. 

Enfumè  et  tachè  de  sang,  le  plus  vaillant  qui  cxiste 
Sur  la  brèche.  l’enseigne,  gènèreux,  couvert  de  blessures. 
Comrae  un  morceau  de  chiffon,  criblè  d’entailles, 

S’avance  Iiardiment  frappe,  pousse,  combat, 

Et  de  nombreiix  morts  tapissele  pavè. 

II  conduitplus  avant  l’armèe  furieuse, 

Far  la  porte  sanglante,  vers  le  lieu  de  la  ivsistauce, 

II  s’avance  toujours  en  avant  et  poursuit, 

Non  pas  en  pillard,  quelque  maigre  butin, 

Maisplutót  les  murs  et  les  tours.  et  d’un  vaillant  courage 
Examine  s’il  n’y  a  rien  qui  puisse  porter  prèjudice, 

Suit,  va.  toume,  vient,  traite  les  ennemis, 

Les  peureux  avec  pitiè,  les  rebelles  â  merci; 


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—  llfc  — 


Espourgue  lous  cantous,  balòge  la  carrère, 

De  so  que  nose  pot  à  l’armade  gouarrère... 

II  neltoie  tous  les  coins  etbalaie  les  rues 

De  ce  qui  pourrait  nuire  à  l’armée  victorieuse. . . 

Dans  le  Second  livre,  nous  assistons  au  conseil  de  l'armée  qui,  la  ville 
rendue,  délibère  sur  le  choix  d'un  gouverneur.  L'enseigne  est  acclamé  à 
runaninjitécomme  élant  le  plus  digne,  par  sa  bravoure,  d'avoir  le  comman- 
dement  de  la  garnison.  Cela  fait,  le  gros  de  l'armée  s'éloigne  et  le  nouveau 
chef  s’empresse  de  rassurer  les  pauvres  habitants  effrayés  par  les  ardeurs 
de  la  lutte,  en  rétablissant  l'ordre  primitif.  11  organise  les  cadres  de  ses 
compagnies,  n'aceeptant  que  des  hommes  éprouvés,  de  vieux  routiers  habiles 
et  expérimentês,  gens  de  cauir,  désintéressès,  tenant  à  honneur  de  servir 
sous  les  ordres  d'un  si  vaillant  capitaine,  écartant  avec  soin  le  mercenaire 
[>oliron  et  pillard.  A  prix  dargent  il  achète  pour  ses  chevau-légers  (1)  les 
armes  et  les  chevaux  du  pavs  ou  de  race  êtrangère  dressés  au  métier  de  la 
guerre.  Lui-mème  s’attribue  un  superbe  genet  aux  allures  rapides,  laperle 
desonécurie,  qu’il  harnache  richement  : 

E  quan  lou  cabaillé  ademest  Tarramat 
Puge  dessus  aquet  de  toute  pece  armat, 

Alindat,  teste  dret  atau  que  paille  d’ordy, 

Lou  direts  tout  nienat  au  cabaillé  sant  Geordy, 

Vn  brabacliou  Roulland,  Rodamont  furious, 

Vn  beray  Herculês,,  de  inine  é  de  faisous... 

Et  quand  le  cavalier,  au  milieu  de  sa  troupe, 

.Saute  sur  lui  armé  de  toutes  yjicces, 

Bien  campé.  la  tóte  droite  comme  une  paille  d’orge. 

Vous  le  croiriez  tout  pareil  au  cavalier  saint  Georges, 

I  *n  paladin  Roland,  un  Rodamont  furieux, 

I  11  superbe  Hercule,  de  mine  et  de  façons... 

Le  voilà  prêt  à  guerroyer  et  à  faire  reeounaìtre  sa  puissance  dans  les 
pays  voisins  : 

t-oumense  brabejant  à  bate  la  canipaigne, 

Coum  vn  Taure  amarriat  debarat  de  monlaigne, 

Deguens  lou  plut  païs,  udemest  d’vn  troupêt 

II  cominence  bravement  à  battre  la  campagne 

(  oumie  un  laureau  vigoureux  descendu  de  Ja  inontagne 
Dans  le  plat  pays,  à  la  suite  d  uu  troupeau 

(1)  I.es  ohevau-lògers  élaient  arniés  d’armes  complètes  :  d’une  cuirasse  à  l’épreuve 
et  de  pistolet  à  I’arron  de  la  sellc,  sous  la  main  de  bride  et  de  l’autre  còté,  la  salade 
ou  habillement  de  terre. 


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-  119  — 

Se  sent  lou  mes  puchant,  lou  mes  hort,  iou  mes  bêt, 
Tume  tout,  assaillis,  teste-leouat  cabeje, 

E  de  la  corne  bat  au  prumè  que  l’aouèje. 

Atau  noste  balent,  noste  bragard  Gascoun, 

A  touto  gens  bo  hè  la  lei,  è  la  leçoun. 

Mande  per  sa  troumpete  en  biles  è  bilatges, 

Que  sVt  nei  coume  bod’ets,  è  detouts  passatges, 
Reeounegut  Seignou,  gran  mestre,  è  majourau, 
Iamès  ets  nou  san  bist  un  ta  maubès  journau. . . 


5ïo  sent  le  plus  puissant,  le  plus  fort.  le  plus  beati, 

Assaille  et  fond  sur  tout,  secoue  la  tòte  en  l'air, 

Kt  frappe  de  sa  corne  le  premier  qui  rennuie. 

Ainsi  notre  vaillant,  notre  généreux  Gascou 
Veut  faire  à  tout  lc  nionde  Ja  loi  et  la  leeon. 

II  annonce  par  son  trompctte  dansies  villes  et  villages 
Que  s’il  n’est,  comme  il  l’entend,  d’eux  ct  des  environs, 

Heconnu  .Seigneur,  graucl  Maitre  et  Hoi, 

Jamais  ils  ne  sc  seront  mis  en  si  fàelieuse  posturc... 

Le  trompette  est  bientòt  accueilli  par  la  bravade  des  eniieinis;  ii  tourne 
bride  et  raconte  les  propos  et  les  menaces  qu?on  lui  a  faites.  Le  Gouverueur, 
furieux  de  tant  d  audace,  jure  de  ehàlier  les  rebelles.  A  la  tête  de  ceut 
chevau-légers  et  de  quelques  arquebusiers,  il  s'approche  résolùment  de  la 
place.  II  se  tienl  dissimulê  ignorant  quelles  sont  les  forces  de  rennemi  qui, 
surpris  de  sa  présence,  court  aux  arraes  : 

L’vn  cour  à  l’arquabouse,  è  I’aute  espaurit  s’armc 
De  couirasse,  brassals,  gouantelets,  è  mourrioun, 

Aquet  pren  l’armedast,  aqueste  lou  bourdoun, 

Asset  la  pertusane,  è  l’aute  l’allabarde, 

Brounôs  coumetaoiians  tout  dret  au  cos  de  garde 
E  sorten  desbandats,  inau-abisats,  brouillous, 

Coum  d’vn  tounet  de  bin  gessen  lous  mouscaillous. . . 

I/un  court  à  l’arquebuse,  et  l’autrc  pris  de  peur,  s’arme 
De  cuirasse,  brassards,  gautelets  etmorrion. 

Celui-là  prend  l’arinet,  ceiui-ci  le  bourdon, 

I/un  la  pertuisane  et  l’autre  l’hallcbarde, 

Comme  des  taons  bruisant  vont  droit  au  corps  dc  gardc. 

Ils  en  sortent  en  désordre,  désorientés,  pêle  et  mèlc, 

Comme  d’uu  tonneau  dc  vin  surgissent  les  moueherons.  . 

La  troupe  ennemie  est  nombreuse,  mais  compte  peu  de  soldats  aguerris; 
ils  se  mettent  en  élat  de  défense  prèts  à  supporter  lechoc.  Des  deux  còtés 
on  s’observe  avant  d'en  venir  aux  mains;  les  assaillants  simulent  la  retraite, 
mais  ce  n’est  que  pure  tactique,  car  ils  ne  sont  pas  d’une  race  où  l’on  con- 
naisse  la  crainte,  d’une  race  oii  i’on  corabatte  en  reculant  : 


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—  120  — 


Arribe  lou  Gascoun  lou  coutòt  à  la  man, 

Que  lous  da  mes  de  pics,  que  de  trosses  de  pan. 

Agi  n’esquane  cent,  aquiou  ne  pren  cinquante, 

Bei  liilh  de  boune  maï  qui  de  trucs  nou  se  bante. 

Cour  rede  sus  darròs  que  d’esglasi  eschaurits, 

S’en  soun,  counils  paurucs,  en  la  tute  hugits. . . 

Arrive  le  (ìascon  le  couteau  à  la  maiii 

Qui  leur  distribue  plus  de  coups  que  de  moreeauxde  pain. 

Ici  il  cn  tue  ceiit,  là  il  en  prend  cinquante. 

N’est-il  pas  íils  de  bonne  inòre  pour  se  vanlei  de  ses  exploits. 
II  court  proinptement  vers  les  liainards  qui.  saisis  d’efïroi, 

Sc  sont.  liê\  res  peurcux,  cacbòs  en  lieu  siir... 


Débarrassé  de  ce  còte,  il  fait  sonner  le  ralliement,  ordonne  de  meltre 
sous  boune  escorte  le  butin  et  court  â  de  nouveaux  suceès. 

Son  avant-garde  tombe  bientòt  dans  une  ernbuscade  en  vue  d'une  autre 
place.  Le  Gascon  arrive  â  la  charge  avee  ses  chevau-iégers,  qui  culbulent 
renncmi  : 


Bòla  eoum  lou  Gascoun,  dab  sa  troupe  souldade 
Dab  sous  chibaus  leugès,  hè  morde  la  brabade 
Aus  brabachous  bilàs  que  nou  bon  auV>esi  . . 

YoiJà  coinmont  Ic  Gascon  avec  sa  troupe  solide, 

Avec  ses  chevau-légers,  chátie  l'insolence 

De  cos  roturiers  fanfarons  qui  ne  veulent  pas  lui  obéir. .. 

Toutes  ces  escarmouches  enílamment  sor,  courage  etfont  naitre  en  lui  le 
désir  de  frapper  uu  coup  dccisif.  L'occasion  ne  lardera  pas  â  se  présenter» 
car  on  lui  sigr.ale  ìc  passagc  d'une  troupe  nombreuse,  chargée  de  butin,  qui 
vovage  de  nuit  afin  d’cvitcr  loule  surprisc.  II  prend  immédiatement  ses 
dispositions  pour  dissimuler  ses  troupes  et  surpieiidre  rennemi  qui  est 
bientòt  signalê. 

Qui  bibc^  qui  bcla?  douue,  douno,  Arm’,  arm,  arme, 

Ari  que  quau  pensa  de  Jecha  lou  butin 
Dc  par  dius  c  sa  maï,  ou  bira  lou  eaniin. 

At  uque-eritruquc-ataque,  ane  la  cainisade, 

Passe,  repassc,  dau,  toume  la  pistoulade, 

Chique  lo’i  coutelas,  dau,  dau,  dits  lou  Gascoun, 

Qui  vive  i  <{tii  \a  la?chargc,  charge,  arnic,  arme,  armc, 

Ici  il  faut  songer  à  abandonner  le  butin 
Dc  par  Dieu  ct  sa  incre,  ou  rebrousser  chemin. 

Assomme,  assommc  encore,  attaque,  lapcz  sur  la  chemisc, 

Passe,  repasse,  donne,  cclate  la  pislolade 
Prends  lc  coutelas,  doiinc,  donnc,  dit  le  Gascon. 


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—  121  - 


Sapien  aquestes  gens  en  quine  terre  soun, 

Tue,  doune  au  chie-chac,  pele,  repele  encouère, 

Tire,  dau  au  défaut,  atraouès  la  bisière  .. 

Àpprenons  à  ces  gens  sur  quelle  terre  ils  sont. 

Tue,  donne  dans  la  mélée,  pèle,  repèie  encorc, 

Tire,  frappe  au  défaut,  à  travers  la  visière. . . 

Superbe  d’audaee  et  de  résolution,  l'art  de  la  guerre  semble  ètreen  lui  un 
instinct  naturel.  Là  s’engagent  poulsis  de  piques,  chocs  d'hommes  d'armes, 
heurls  de  chevaux,  grands  coups  d'épées,  chaplis  de  hache  et  de  hallebardes. 
La  mêlée  est  terrible,  et  morls  et  blessès  jonchcnt  lc  théatre  de  la  iutte  : 

L’un  raourish  suou  cliibal,  i’aute  ei  désarsounat, 

Aquet  rennes  coupat  d’augide  n’ei  anat. 

Asset  a  vn  pic  suou  cap,  l’aute  i’a  sus  lous  brasses, 

Aquet  cride,  moun  Diu,  aquet  coueite  lous  passes, 

Ahute  pè  de  ièbé,  adiu  came-agusat, 

Bet  huge  dab  la  poou  n’ei  jamés  debesat. 

Atau  dab  lou  lugran,  snou  maitin  segue  è  lie, 

D’aouant  que  lou  so»>reil  bengueesclari  lou  die 
Lou  cabailló  Gascoun,  abenturat  toutjour 
En  toute  terre  è  loc,  sie  de  neit,  sie  de  jour, 

A  chibal  oti  piétoun,  en  toute  sorte  d’arme, 

Man  de  Lion  aus  cops,  oueil  deGat  à  l’allarme... 


L’un  meurt  sur  son  chevaJ,  l’autre  est  désarroimé, 

Celui-ci  les  rennes  coupées  est  parti  en  fuyant. 

Celui-Jà  a  une  plaie  sur  la  tète,  ruutre  sur  Jes  bras, 

CeJui-ci  crie,  mon  Dieu,  celui-là  hàtc  le  pas 

Eu  fuitc,  pied  de  lièvrc,  adieu  jambe  agile 

Celui  que  la  peur  porte  à  fuir  n’esl  jamais  détournè. 

C’est  ainsi  qu’au  clair  de  lune,  sur  Je  matin  nioissonne  et  lie, 
Avant  que  le  soleil  vienne  éclairer  le  jour 
Le  cavalier  Gascon,  toujours  aventureux 
Kn  toute  terre  et  lieu,  soit  de  nuit  ou  de  jour, 

A  cheval  ou  à  pied,  en  toute  sorte  d’amies, 

Main  de  lion  aux  coups,  oeil  de  chat  à  l’alarine. . . 


Maintenant  les  ennemis  arrivent  par  inilliers  formant  de  nombreux  régi- 
ments  de  eavalerie  et  d  infanteiie,  ramassis  cìe  truands,  véritables  oiseaux 
de  proie  yivant  de  la  gnerre,  mieux  disposès  â  la  bombance  et  au  jíillage, 
qua  réclatner  rhonneur  d’un  combat  ou  d  un  assaut  ìueurlrier. 

Ader  nous  dêpeint  sous  les  plus  noires  couleurs  ie  triste  sort  de  la  con- 
trée,  tbéâtre  de  la  guerre  civile;  Huguenols  et  Calholiques  le  sillonnent  en 
tous  sens,  ne  vivant  que  de  vols  et  de  rapines  au  détriment  du  malheureux 
paysan,  leur  innocente  et  facile  victime  : 


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—  122  — 

O  praube  païsant,  ò  triste  pé-terrous, 

Las  garies,  è  pouts,  lous  goustouses  capous, 

Nou  toundren  raes  iou  sol,  ni  la  mainatjarie. 

Qu’ets  an  à  miei  gaùt  lou  quu  de  la  garie, 

E  lous  oiieus  englaupats  que  nou  soun  miei  pounuts, 

Nou  soun  miei  cournetreits  lous  Aignerets  lanuts, 

Qu'aquets  gorge-paóats  lous  rebiren  la  peille. 

L’vn  pren  d’aquet  coustat,  l’aute  besets  que  beille, 

Hurate  per  la  borde,  è  descoubris  mes  fin 
Oun  la  Daune  a  escounut  las  hardes,  è  lou  lin 
Rifferassequi  pot,  quecadun  asarpe, 

E  jogue  ab  lous  cinc  dits  coum  om  dits  de  la  iiarpe. . 

Oli  I  pauvre  pavsan,  oh!  triste  pied  tcrreux, 

Leî»  poules  et  les  coqs,  les  savoureux  chapons, 

Ne  décorent  plus  le  sol  ni  le  poulaillcr. 

Ils  ont  à  mi-gosier  le  croupion  de  la  poule 
Lt  les  oîufs  sont  avalés  pondus  à  moitié; 

A  peitie  les  petits  agneaux  montrent  la  corne  naissante 
Que  ces  gueules-pavés  leur  rctournent  la  peau. 

L’un  prend  de  ce  còté,  rautre  qui  faisait  le  guet, 

Fouilledans  lamaison  et  découvre  plus  malin  que  les  autres 
Où  la  bordière  a  cachè  les  hardes  et  le  hn. 

Fait  bombance  qui  peut,  que  chacuu  choisisse  sou  larcin 
Ft  jouc  avec  les  cinq  doigts  comrae  on  dit  de  la  harpe. 

IIs  abandonnent  leitrs  demeures  en  ruines,  fuyant  épouvantês  ù  travers 
champs,  gagnant  les  bois  pour  se  meltre  hors  d'atteinte  de  leurs  bourreaux  : 

Cagen  entre  las  mas  deu  pietaclous  Gascoun, 

Tristés  è  cò  liérits,  touts  leriues  è  bourmère, 

A  benjanse  alugats  d’espauridc  coulère. 

Tout  en  arretoursen  lou  berret  à  la  man, 

Preguen  Iou  Cabaillè  deu  millou  sen  qu’ets  an, 

En  aqueste  faisoun  :  Seigne,  Diu  bous  mantègue, 

Lou  que  per  nous  boule  aquet  mau  bous  abengue, 

N’aurats  pas  bous  pietat  d’aquest  praube  païs, 

E  nou  boulets  pas  bous  de  ta  machans  bésis, 

Espourga  lous  countours,  coù  suou  cap  de  J’anade, 

lls  tombent  entre  les  mains  du  compatissant  Gascon, 

Tristes,  le  cccur  hérissé,  rempli  de  Jarmes  et  de  moi  ve, 

Fnflaramés  de  la  vengeance  d’une  colère  épouvantée. 

Tout  en  tordant  leur  berret  à  la  main, 

Prient  le  cavalier  du  mieux  qu’ils  peuvent, 

De  cette  faqon  :  Seigneur,  Dieu  vous  assiste, 

Que  celui  qui  nous  veut  mal  s’accorde  avec  vous, 

N’aurez-vous  pas  pitié  de  ce  malheureux  pays, 

Ft  ne  voudriez-vous  pas,  de  ?i  tristes  \  oisins, 

Débarrasser  les  environs,  comme  au  commencemenl  de  l'anuée, 


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—  133  — 


Notts  arrigam  deus  blats  la  birague  escheguade, 

Acassa  per  jamès  malananse  è  mau  temps, 

E  de  la  boste  man  empeuta  lou  boun  temps. 

O,  bragard  Cabaillé,  de  l’espase  trinchante, 

Arbajats  lous  troupéts  aquere  gcnt  machante. 

Mauhasecs  è  truans,  gahetes  è  lairous; 

Pannebaque-ahamats,  mau-croes,  cure-maisous, 

Que  per  mous  asarpa  nostes  susous  è  pénes, 

Mous  cassen  neit  è  iour  peu  bosc,  per  las  garennes, 

Esquissen  lou  peillot,  arrousseguen  brounens 
Enherriats  è  batuts,  en  ve  clote  à  cabens... 

Xous  arrachons  des  blés,  l’ivraie  spontanément, 

Chasser  à  tout  jaraais,  misères  et  souflrances, 

Et  rétablir  de  votre  main  ia  tranquiilité  I 
O  généreux  cavalier,  de  votre  épée  tranchante, 

Préservez  nos  troupeaux  de  ces  méchantes  gens, 

Maifaisants  et  truans,  bandits  et  vagabonds, 

Voleurs  de  vaches,  affamés,  grands  crocs,  vides  maisons, 

Qui  pour  nous  dérober  nos  sueurs  et  nos  peines 

Nous  pourchassent  nuit  et  jour,  daus  les  bois  et  les  garennes, 

Déchirent  nos  linges,  et  nous  trainent  gémissants, 

Encbainés  et  battus  au  plus  profond  d’une  fossc. . . 

ìls  continuent  la  description  des  souffrances  qu’ils  endurent  et  réclament 
la  générosité  du  noble  capitaine. 

Le  Gascon,  cest-à-dire  Henri  IV,  se  rendantà  leurs  prières,  ordonne  de 
purger  laterre  des  larrons  et  des  pillards  : 

Anem  coume  dauant;  famfare  la  Trompete, 

Nou  lechem  deu  gouarré  la  campaigne  soulete 
Dits  lou  brabe  labets,  huratem  lou  pais, 

Netejem  de  lairous,  passatgès  è  camis. 

Hassam  parla  de  nous,  anem  brabes  gendarmes, 

Abrigue  gens  de  ben  l’oumbre  de  nostes  armes. 

Hasse  balent  è  just  la  troupe  deu  Gascoun, 

Que  sie  tournat  coum  quau  à  cade-vn  lou  soun. 

Que  pousque  lou  Pagès  acoueitioua  sa  terre, 

Trafiqua  lou  marchant  en  despieit  de  la  gouerre  .. 

Allons.  comme  devant,  fanfare  la  trompette, 

Ne  laissons  pas  la  campagne  dépourvue  de  gardions, 

Dit  le  brave  alors,  fouillons  le  pavs. 

Nettoyons  de  pillards,  passages  et  cheraius. 

Faisous  parler  de  nous,  allons,  braves  gendarmes, 

Abriter  les  gens  de  bien  à  Tombre  de  nos  armes, 

Que  la  troupe  du  Gascon  fasse  avec  justicç  et  èqaité 
Restituer  équitablement  ce  qui  appartient  à  chacun. 

Que  le  paysan  puisse  cuhiver  sa  terre, 

Le  marchand  trafiquer  en  dépit  de  la  guerre... 


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—  124  — 

Oela  fait,  il  va  plus  loin  tenter  le  sort  des  armes  et  conquérir  une  gloire 
immortelle  : 

Atau  mille  bets  heits  courounen  lou  Gascoun: 

Sa  glorie  s’esplandish  coume  lou  ceu  peu  moun. 

La  sue  espase  aus  coumbats  couni  vn  Soureil  lambreje, 

Soun  creignut  estendart  coum  la  Liie  lugreje, 

En  batailles,  assaus,  forse  prcses,  coumbats, 

Allarmes,  houec,  é  sang,  querôles  è  débats, 

Pics  è  trucs  è  patacs  (1),  en  mante  vi'*  bictorie, 

Soun  csteles  ò  hlous,  sus  lou  ceu  de  sa  glorie... 

Ainsi  millc  beaux  faits  illustrent  le  Gascon. 

Sa  gloire  s'étend  comme  le  ciel  par  le  monde. 

Son  épce  dans  les  combats  lance  des  cclairs  comme  un  soleil, 

Son  ctendard  redouté  reluit  comme  Ja  lune, 

En  bataillcs,  assauts.  maintes  escarmouches,  combais, 

Alarmcs,  à  íeu  ei  à  sang,  qucrelles  et  débats, 

Pointe  et  coups  et  blessures  en  mainte  victoire, 

í'e  sont  là  les  ètoiles  et  les  fleurs  sur  le  ciel  dc  sa  gloire... 

Mais  voici  venir  novembre  avecses  pluies,  etdêcembre  cscortédes  neiges 
et  des  glaees.  Nobleset  manants  cherchent  un  abri  au  coin  du  feu;  pour  le 
soldat,  cest  le  moraent  de  tenir  garnison. 

Sitòt  que  le  clioix  est  désigné,  notre  vaillanl  Gascon  ne  laissera  pas  sa 
troupe  s'endormir  dans  une  indigne  mollesse;  le  soldat  eontinuera  en  temps 
de  paix  la  préparation  de  la  guerre.  II  stimulera  leur  activitê  à  des  joutes 
qui  procureront  des  prix  aux  vainqueurs,  et  il  ne  déduignera  pas  d'v  prendre 
part,  soit  à  la  pique  ou  au  coulelas,  soit  à  l’arquebuse  ou  à  la  lanee  (2). 

Le  poète  nous  a  peint  avec-  de  riches  coulcurs  le  caraclère  de  son  héros 
(Ilenri  IV),  joignant  a  la  valeur  la  prudence  militaire,  à  la  gênérosité  rim — 
manité,  s'entredisputant  le  pas  et  se  le  cédant  tour  à  tour  au  bênêlìec  de  sa 
gloire.  Mais  Mars  est  inséparable  de  Cupidon,  l'auteur  lui  prépare  son 
entrée  en  scène  pour  compléter  le  tableau. 

Procèdant  des  chevaliers  du  moyen  àge,  qui  rompaicnt  des  lances  dans 
des  tournois  en  Lhonneur  des  dames,  il  nous  montre  son  hêros  défiant  dans 
un  carlel  les  plus  vaillants  guerriers. 


fl)  «  Pies  et  palacs.  »  Gri  <le  guerre  des  (iascons.  (  eux-ei  pr<*e!Mlés  de  leur drapeàu 
noir  à  croix  blanche,  marchrnt  à  leur  cri  de  guerre,  leurs  chefs  reconnaissables  a 
leurs  érharpes  rongeset  à  leurs  rondaches  (peiit  bouclier)  d'acier  et  franaes  d’or. 

(2)  Pour  faire  usage  de  la  lauce,  il  faltait  uuegrande  habitude  etde  longues  études 
nréliminaires.  Au  commenrcmeut  du  \vr  sj.-de.  les  jeunes  gentilshommes  passaiem 
íeur  première  jeunesse  à  combattre  dans  les  acadeinies  pour  jouter  ensuite  au\  tour- 
nois.  Mais  quand  ces  jeux  chevaleresques  lurent  abolis,  Ja  noblesse  enlrée  dans  les 
troupes  sans  avoir  appris  rexercice  de  la  lance,  la  maladresse  engendra  bientót  le 
dégoút.  Aussi  ia  cavaleric  abandonna-t-elle  peu  à  peu  cette  arme  poúr  adopter  l’esco- 
pette.  Ie  pistolet  d’arçon  c-hargé  d’un  c-arreau  d’acier  et  l’estoc  ou  épfe  longue  et  raide 
sans  tranchant. 


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—  125 


Tout  autour  du  lieu  préparé  pour  le  combat  se  presse  une  nombreuse 
assistanee  de  peuple,  de  mignons  et  de  dumes  richement  parées,  couvertes 
de  diamants,  et  au  milieu  d’elles,  rayonnante  de  beauté,  comme  la  lune 
resplandit  au  milieu  du  monde  éioilé,  la  dame  de  ses  pensées,  la  reine,  qui 
doit  couronner  le  vainqueur. 

Nous  assistons  â  lentrée  des  combattants  dans  la  liee  Ader  nous  décrit, 
avec  de  riches  images,  l’éclat  et  la  splendeur  du  eostume  de  son  Cadet,  qui 
oclipsecelui  des  autres  cavaliers  : 

Coum  en  vn  claus  de  borde  entre  forse  capous, 

Qu’an  lou  gaoué  daurat,  en  pé  lous  esperous; 

Entre  tant  de  pourets  que  grapen  à  la  paille, 

E  se  presen  besiats  d’vn  gran  miei  pè  de  haiile, 

Entre  tant  de  pouioïs,  de  guitous,  è  d’auquats, 

De  Couloums  pè-péluts,  de  pouts  esbarbaillats, 

Lou  Pan  bole  sus  touts,  sa  coiie  porte  liies 
Lambreje  per  l’enclaus,  gite-houec,  gite-bûes. 

Atau  parish  sus  touts  lou  Cabaillè  Gascoun, 

Oundre  coume  vn  soureil  toute  la  garuisoun. 

E  lou  iour  resolut  an  de  courre  Ja  bague 
Aquoi  lou  cabaillè  que  mes  richamens  brague 
En  armes,  en  cliibaus,  en  sous  beris  bestits. . . 

Comme  en  un  euclos  <io  métairie  entre  force  châpons, 

Qui  ont  legosier  doré,  aux  pieds  les  épcrons; 

Entre  tant  de  poulets  qui  grattent  dans  la  paille, 

Et  se  prennent  irrités  d’un  grand  demi-pied  de  crète; 

Entre  tant  de  dindons,  de  petits  canards  et  d’oies, 

De  pigeons  pattus,  de  coqs  à  la  barbe  lièrissèe, 

Le  paon  les  dépassc  tous,  sa  queue  porte-Junes, 

Reluit  dans  l'enclos,  lance  du  fcu,  lance  des  étincelJe», 

Aiusi  parait  aux  yeux  de  tous  le  cavalier  Gascon, 

Orne  comme  un  soleil  toute  Ia  garnison. 

El  le  jour  fixé  pour  courir  la  Ixigue 

C’est  là  le  eavalier  <pii  brille  le  plus  ricbement 

En  armes,  en  chevaux.  cn  ses  habits  superbes. . . 


Les  trompettes  sonnent,  la  joute  commenee  et  le  vaillant  Gascon  proclamé 
vainqueur  s ’approche  de  sa  belle  pour  recevoir  le  prix  : 

Iou  bengui  dret  à  bous,  tant  gaujous,  è  countent, 

Coum  loum  aouets  proumés,  recebe  lou  présent, 

Yé  bague  bous  m’aouéts  libraineus  autrejade, 

Dats  lam  si  couneguets  que  i’age  meritade. 

Je  viens  dròit  à  vous,  toutjoyeux  etconîent, 

Comme  vous  me  l’avez  promis,  recevoir  le  préseut. 

Vous  m’aveíe  librement  accordé  une  bague, 

Donnez-la-moi  si  vous  reconnaissez  que  je  l'ai  méritée. 


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—  126  — 


Pauc  ei  so  que  de  mi  bous  poudeta  espera, 

Si  dab  boste  bertufc  ac  boulets  mesura, 

Respon  ere  labéts,  mes  boste  courtonsie 
Prenera  lou  présent  tau  petit  coum  se  sie. 

Gaujousamens  labets  lous  oueillets  miei  bachats, 

Arrigue  deus  didets  de  leitete  cailiats, 

Vè  rose  de  diamans,  larabrejante,  é  lusente, 

E  à  biste  de  touts  la  baïse,  è  l’ac  présente. 

Bous  bésets  quantè  quant  besiat  ècourteset, 

Lou  Gascoun  amistous,  que  darrigue  vn  poulet, 

D'aquets  pots  couraillats,  d’aquere  hresque  care, 

Oun  coum  ia  Lue  au  Cèu,  Toueillet  amorous  bare... 

Bien  peu  de  chose  est  ce  que  vous  pouvez  espérer  de  moi 
Si  vous  daignez  le  comparer  avec  votre  móhte, 

Hépond-elle  alors,  mais  votre  courtoisie 
Acceptera  le  présent,  si  petit  soit-il. 

Joyeusement  alors,  les  yeux  demi-baissés, 

Elle  enlève  de  ses  petiis  doigts,  blancs  comme  lait, 

Une  rose  de  diamants,  étincellante  et  éclatante, 

Et  à  la  vue  de  tous,  l’embrasse  et  lui  présentc. 

Vous  voyez  tantòt  gracieux  et  courtois 

Lc  Oascon  affectueux,  qui  surprend  un  baiscr 

Sur  ces  lèvres  de  corail,  sur  ce  frais  visage 

Où  comrne  ia  lune  au  ciel,  le  petit  ceil  amoureux  s’agite... 

Et  il  proclame  à  ses  genoux  1  eternité  de  son  amour.  En  avant,  ílûtes  et 
hautbois,  trompettes  et  tambourins,  que  tout  ie  monde  soit  à  la  joie  et  se 
prépare  à  la  danse. 

La  description  suivante  rappelle  toute  la  naïveté  d'un  tableau  flamand  : 

Entemoue  lou  bal,  é  de  gentiu  faisoun 
Pren  sa  bère  à  la  man  l’esqueriquat  Gascoun. 

Coum  besets  gaujousets  labach  en  l’arribère 
Trépa  lous  aignerets  en  la  sasoun  prumère, 

Guimba,  sautuqueja,  atau  hè  l’esmerit, 

Lou  pè  souple  coum  bo  dresse  de  l’esperit 
Qu'autât  coum  l’arrubec  meillengue  è  cardinege 
Tant  è  mes  de  sous*pès  aqueste  me  maneje. 

Doubles  passatges  bach,  passatges  releouats, 

11  commence  le  bal  et  de  gentille  façon 
Prend  sa  belle  à  la  main,  le  requinquó  Gascon. 

Deméme  que  vous  voyez  les  petits  goujons  là-basdans  la  rivière, 

Sauter  les  petits  agneaux  en  leurprime  jeunesse 

Gambader,  sautillcr,  ainsi  íait  l’éveillé 

Le  pied  souple,  comme  il  veut,  voumis  à  son  caprice 

A  mesure  que  le  Uebec  fait  le  cliant  de  la  raésange  et  du  chardonneret 

Tant  et  plus  celui-ci  manie  ses  pieds. 

Doubles  passages  en  bas,  pas  relevés, 


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—  127  — 


De  bet  port  é  faisoun,  hauts  é  cabrionlats. 

Noui  y  a  cò  de  mignoun  que  de  gelou  nou  s’arde, 
Quan  be  taplan  dansa  coum  aquo  la  gaillarde  (1). 

Atau  de  reng  à  reng,  se  prenen  entre  ets; 

A  la  courrente  é  boite,  aus  branles,  ramelets, 

Danses  oun  tout  se  bau,  é  oun  las  araourouses, 
Senten  lou  houec  cubert  de  las  arraes  gelouses. 

Oun  l’arc  deu  petit  Diu,  cap-hérs,  bires  é  treits, 

Ne  tire  raille  cops  més  que  noun  à  de  heits. 

Que  mante  vn  bengut  libre  en  aquere  danse, 

S'en  tourne  cohérit,  è  suspres  d’araistance. 

De  la  que  d’vn  cofHd’oueil,  é  d’vn  mouillat  poutoun, 
L'a  heit  beoue  ta  dous  Tamourouse  pousoun . . . 

Aquere  danse  donc,  aquere  douce  neit, 

Lous  a  tirat  deu  cap  la  raemorie  deu  leit. 

E  si  n'ere  queu  pout,  lou  quicquiric  aouanse, 

Per  dessus  l'arrubeu  que  lous  toque  la  danse, 


De  beau  port  et  façon,  hauts  et  cabriolés. 

11  n'y  a  coeur  de  mignon  qui  de  jalousie  ne  s’allume 
Quand  il  voit  si  bien  danser  ainsi  Ja  Gaillarde. 

Ainsi  de  rang  en  rang  ils  se  prennent  entre  eux, 

A  la  courante  et  volte,  aux  branles  et  petits  rameaux, 
Danses  oû  tout  séduit  et  où  les  amoureuses 
Sentent  le  feu  couvert  des  armes  jalouses. 

Ou  l’arc  du  petit  Dieu,  pointes  de  íer,  flèches  et  traits, 
Tire  mile  coups,  plus  qu’il  n’y  en  a  de  faits. 

Que  plus  d’un  venu  libre  à  cette  danse 
S’en  retourne  oontraint  et  surpris  d’amour, 

C’est  là  qu’un  coup  d’oeil  et  un  baiser  humide 
Lui  a  fait  boire  si  doux  l’amoureux  poison. 

Cette  danse  donc,  cette  douce  nuit 
Leur  a  tiré  de  la  téte  le  souvenir  du  lit. 

Kt  si  ce  n'était  le  chant  du  coq,  qui  passe 
Par  dessus  Ie  rebec  qui  leur  conduit  la  danse. 


(1)  I.a  danse  était  un  sujet  de  dépenses  sérieuses  par  I’importance  qu’on  lui  donne 
dans  toutes  les  fctes,  par  lcs  illuminaiions  dont  on  l’accompagne,  par  les  salles  et  les 
tréteaux  que  l’on  construit  dans  l’intention  d’en  augmenter  rattrait. 

Ce  divertissement  n’avaitété  jusqu’alors  qu'un  exercice  gvmnastique  où  les  hom- 
mes  dansaient  entre  eux,  comme  le  saut  Basque  ou  la  faràndole  Bcarnaise.  L’an- 
tiqiiité  même  n’avait  jamais  admis  le  mélange  des  sexes.  Les  célèbres  danseuses  de 
Corinthe  et  d’Egypte  prenaient  leurs  poses  provocantes  sans  ctre  secondées  par  des 
danseurs. 

Ce  futà  dater  du  xvr  siècle  seulement  que  la  danse  devint  une  sorte  de  lutte  de 
souplesse  et  decoquetterie  enlre  homraes  et  femmes. 

L'une  de  ces  danses,  appelée  la  Gaillarde.  développait  parfaitement  les  gràces  de 
ces  jeunes  personnes.  et.  un  contemporain  s’étend  avec  complaisance  «  sur  leurs 
cabrioles,  tours  et-  détours,  fleurettes  drues  et  menues,  bonds  et  sauts  fort  légers  et 
adroits.  »  L’autre  Volte  produisait  sur  les  sens  un  effet  encore  plus  siir  :  «  Car 
’homine  et  la  femme  s’étant  embrassés  toujours  de  3  en  4  pas,  ne  faisaient  que  tour- 
ner,  virer,  s’entresoulever  et  bondir.  »  Ces  danses  îascives  avaient  été  empruntées 
au  théàtre  italien. 

( Mémoire8  de  Montluc,  Introduction,  t.  i,  page  98.) 


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—  128  — 


L’oueil  alugat  d’auiou  nous  aoubenguera  pas, 

De  barra  lou  perpèt  en  aquet  dous  soulas. 

L’<iei]  allumè  d’ainour  ue  se  souvieudrait  pas 
De  íermer  la  paupière  dans  ce  doux  enivrement. 

Dans  le  Troisième  licre  nous  voyons  le  héros  se  reposant  des  fatigues  du 
bal;  il  aperçoit  en  songe  {1}  son  père,  armê  de  pied  en  cap,  qui  se  présente 
devant  lui  tenant  un  flambeau  d’une  main,  de  l’aulre  son  épée,  et.  qui  l*in- 
terpelle  ainsi : 

Nou  beirô  jou  jatnés  de  noste  rasic  horte 
Pirouqua  pouderous,  é  hlouri  lou  bourroun, 

Ta  gran  que  l’arrame  alate  tout  lou  moun. 

Nou  beirè  jou  mounhilh  rabenture  arribade, 

Que  mous  a  l’Estarlot  ta  long  tems  presiquade, 

Tant  d’vrousis  comnbats,  tant  d’enemics  perduts 
Que  deouen  co-hérits  este  de  tu  batuts. 

Nou  beirò  jou  jamós  hilh  que  tu  possedisques, 

Vrous  é  mes  vrous  que  courounat  tu  bisques 
Majourau  en  parsan,  douu  jou  ei  coume  tu  jouen 
Escantcrat  vn  tros  per  lou  mes  bet  estrem. 

Iou  t’ei  balentainens  la  besoigne  entamouade, 

Leohe  la  tu  aus  tous  de  ta  man  aquabade, 

Que  coum  de  jou  tu  es  érèté  dret  è  iust, 

Om  beje  arressembla  las  estêres  au  hust. . . 

Ne  verrai-je  donc  jamais  de  notre  race  glorieuse 

tiermer  tout  puissant  et  tleurir  un  bourgeon 

r?i  vigoureux  que  le  rameau  s’étende  sur  le  monde. 

Ne  verrai-je  donc  pas,  mon  tils.  la  réalisation  du  présage 
Qtie  l’astrologue  nous  a  si  souvent  annoncé. 

Taut  d'hcureux  combats,  tant  d’ennemis  vaincus 
Quidoivent,  honteux,  être  par  toi  battus. 

Ne  verrai  je  donc  iamais,  mon  íils,  que.  vamqueur, 

'Lu  vives  d’heureuses  années  la  couronue  sur  la  tête, 

•  Hoi  de  ce  pays,  dont  j’ai  comme  toi  dans  ma  jeunesse 
Détaché  un  morceau  par  la  plus  belle  extrcmité. 

Je  t’ai  vaiUamment  commencé  la  besogne, 

Laisse-líi  maiutenant  aux  tiens  complètemeut  achevée. 

Et  comme  lu  es  mon  hèriticr  naturel  et  digne, 

Qu’on  voie  ressembler  les  copeaux  aux  troncs... 

N'es-tu  pas,  ajoute-t  il,  de  la  race  puissante  d’Hercule?  et  il  lui  rappelle 
ses  Douze  travaux . 

(1)  Dans  le  \ir  chant  de  riliade.  Homòre  euvoie  un  songe  trompeur  â  Agamem* 
non,  le  ûls  de  l’illustre  Atrèe,  sous  les  traits  de  Nestor,fils  de  Nélée,  celui  de  tous  les 
hérôs  qu’il  honore  le  plus  :  Dans  I’Odvsséc,  il  emploie  la  méme  fìction  ingénieuse  rt 
l’égard  du  sage  Llysse. 

Dans  ses  Counnentaires,  Montluc  voit,  également  en  songe,  son  roi  mort  (tome  ii, 
page  95). 


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—  129  — 


Le  brave  Gascon  se  réveille  tout  enflaramédeguerres  etclecombats;  plus 
arclent  que  jamais  il  fait  convoquer  ses  officiers  au  son  du  tambourin  et  les 
barangue  en  ces  termes  :  «  Vous  n’ignorez  pas,  leur  dit-il,  dequellespuis- 
>  santes  ressources  disposent  nos  ennemis,  vous  mes  corapagnons  glorieux, 
»  dont  l’àme  vaillante  ne  connut  jamais  îa  peur  ni  ìa  lacheté.  Reslerons- 
»  nous  dans  une  inaction  stérile  en  présence  de  la  mauvaise  saison  ?  N’esl- 
»  elle  pas  au  contraire  favorable  aux  surprises? 

Un  heit  d’armos  toutem  per  ana  a  joc  segu, 

Enemic  dou  soureil  s'amigue  de  l’escu. 

E  dab  lou  maubes  tempf,  dab  tourrades,  lnvdures, 

Om  ac  dits  à  de  boun  à  las  places  segures. 

Om  esgarraupie  fin,  murraille  é  boulouart, 

Om  esquisse  la  porte  ab  lou  cap  de  pétart, 

Om  desiunte  lou  pount,  é  d’ve  allarme  esglasiadc 
Lou  mes  hort  deu  païs  om  ne  porte  d’amblade... 

Un  fait  d’armes,  toujours  pour  réussir  â  coup  sûr 
Enuemi  du  soleil,  s’arrango  des  ténòbres. 

Etavec  le  mauvais  temps,  les  gelées,  l’hiver, 

On  a  de  bonnes  chances  sur  les  places  súres, 

On  griíïe  liabitement,  murailles  et  boulevards, 

On  déchire  Japorte  avec  le  coup  de  póuird, 

On  disjoint  le  pont.  et  d’une  alarme  effravée 
Le  plus  fort  du  pavs  on  emporte  d’emblóe... 

Et  il  continue,  stimulant  leur  courage  et  les  invitant à  cueillir  avec  lui  de 
nouveaux  lauriers. 

La  garnison  accueille  avcc  enlhousiasmc  les  paroles  de  son  capilaine  qui 
déeide  de  surprendre  durant  la  nuit  unc  forte  place  deguerre.  Suivi  dequel- 
ques  hommes  rêsolus,  il  s’approche  des  remparts  etreconnaîtles  lieux.  Cela 
fait,  il  dispose  ses  troupes;  la  premicre  porte  saute  sous  l'action  de  la  mine, 
et  les  assaillants  se  précipitent  par  la  brèche.  Snrpris  dans  leur  sommoil,  la 
garnison  et  les  habitants  s’enfuient  êpouvantés;  la  mèlce  devient  générale  : 

Aquet  ere  en  camises,  asset  ere  en  gipous, 

Aquet  dab  la  houchine,  aquestcs  lous  bourdous, 

Asset  ere  tout  nut,  aquet  dab  la  couirasse. 

Adiu,  saube  qui  pot,  la  praube  populasse, 

Qu’autaléu  entenut,  dedans  bile  gaiguè, 

Huraten  esglasiats  qauque  sêgu  courné. 

Celui-ci  était  en  chemise,  celui-là  en  jupons, 

Celui-là  avec  sa  bèche.  ceux-ci  avee  leur.s  hàtons  forivs, 

Celui-là  était  tout  nu,  cclui-ci  avec  sa  cuirasse, 

Adieu,  sauve  qui  peut.  La  pauvre  populace, 

Aussitót  qu’elle  a  entendu,  dedans  vitle  gagnée, 

Cherche  terrifiée  quelquc  retraite  sûre. 


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—  130  — 


Aquet  s’arromp  lou  cot  lou  long  de  la  murraille, 

Asset  hè  bouu  brouqué  deu  leit,  è  de  la  paille. 

Aquet  hugis  peu  teulé,  asset  senhouuse  au  cros, 

L'aute  deguens  ve  cache  estuge  cap  è  cos 
Aquere  hemne  a  crics,  l’aute  ei  tout  esblaimade, 

Aqueste  crido  à  mort,  saubats  me  la  mainade, 

Saubats  mé  lou  marit,  Diu  deu  Ceu,  oun  ets  bous. 

Digne  Berges  Marie,  ajats  pietat  de  nous 
Sans  è  Santes  deu  Ceu,  biets  ajuda  lous  bostes 
Tirats-mous  de  la  bile  aquestes  bourreous  ostes, 

Escusè,  maseres,  diables  desencadeats, 

Escharruscles  ardens,  perigles  alugats. 

D'esglasis  è  de  crics,  la  praube  gent  s'enteste, 

Noui  ya  ren  que  turment,  noui  ya  ren  que  tempeste, 

Bous  n'augits  que  gemécs,  n’entenets  que  sanglots, 

Nou  quau  mes  aus  praubets  que  hiqua-les  eus  clots... 

Celui-ci  se  rompt  le  cou  le  loug  de  la  muraille, 

Celui-là  fait  un  solide  bouclier  du  lit  et  de  la  paillasse, 

Celui-ci  fuit  par  le  toit,  celui-là  s'enfouce  dans  la  cave, 

L'autre  cache  téte  et  corps  dans  une  caisse. 

Cette  femme  pousse  des  cris,  l’autre  est  toute  dèfaillante, 

Celle-là  crie  à  mort,  sauvez-moi  ma  fìlle, 

Sauvez  moi  mon  mari,  Dieu  du  ciel  où  sommes-nous, 

Bonne  Vierge  Marie,  ayez  pitié  de  nous, 

Saints  et  Saintes  du  ciel,  venez  à  l'aide  des  votres. 

Enlevez-nous  de  la  ville  ces  bourreaux  d’hùtes, 

Brigands,  bouchers,  diables  déchainés, 

Foudresardents,  orages  allumés. 

De  frayeur  et  de  cris  les  pauvres  gens  s’entétent, 

On  ne  voit  que  tourments,  on  ne  voit  que  bouleversements, 

On  n’enlend  quedesgémissements,on  n’entendque  des  sanglots, 

II  ne  manque  plus  à  ces  pauvres  diables  que  de  Ies  ficher  dans  l’eau... 

Revenue  de  sa  surprise,  la  garnison  se  met  en  état  de  défense.  Un  com- 
bat  acharné  s'engage,  le  vaillant  général  fait  braquer  ses  canons  sur  les 
remparts  qui  sont  démantelés,  et  le  Gouverneur,  la  résistance  devenant 
impossible,  vient  se  conslituer  prisonnier  aux  mains  du  vainqueur.  II 
implore  sa  générosité;  ce  dernier  lui  fait  gráce  de  la  vie. 

Cela  fait,  notre  vaillant  Gascon,  tenant  à  conserver  le  fruit  de  sa  victoire, 
fait  relever  les  ouvrages  de  défense  et  pourvoit  la  place  d'une  bonne  garni- 
son.  II  songe  ensuite  à  poursuivre  ses  ennemis,  la  belle  saison  sera  main- 
tenant  pour  lui  un  auxiliaire  puissant  : 

Lou  soureillet  de  Mars  tire  déjà  lou  nas 
S’arrepesch  de  la  hangue,  e  s’abeoure  de  glas, 

Desseque  lou  camin,  la  hangue  grosse  è  nère 

Le  soleil  de  mars  montre  dójà  le  ncz, 

Se  nourrit  de  la  boue  et  s’abreuve  de  glace, 
ib’èche  le  chemin,  la  boue  épaisse  et  noire 


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—  131 


Passe  per  lou  cedas  de  la  prime  poubero. 

Lou  gai  roussignoulet,  de  sa  douce  cansoun, 

Bante  déjà  Taunou  de  la  bère  sasoun. 

Las  briouletes  de  Mars  arrisen  en  la  prade , 

Peus  countours  deu  casau,  la  rose  è  girouílade. . . 

Passe  par  le  crible  des  rayons  du  printemps. 

I.e  gai  rossignol.  de  sachanson  mélodieuse, 

Vante  déjà  le  retour  de  la  belle  saison. 

Les  violettes  de  mars  égaient  la  prairie, 

Dans  les  allées  du  jardin,  la  rose  et  la  giroflée... 

Le  bruit  de  ses  exploils  s’est  répandu  au  loin;  de  tous  les  còtés  de  nom- 
breux  partisans  viennent  s'enrôler  sous  ses  étendards  (1).  Ses  troupes  mar- 
chent  maintenant  à  côté  de  celles  du  Roi,  dont  il  est  le  Lieutenant : 

Aquet  ei  are  cab,  are  tout  lou  partit 
Gite  dessus  aquet  lous  oueils  è  l’esperit  : 

Hè  brouqué  de  sa  man,  è  deu  houec  de  sas  armes, 

Alugue  lou  tisoc  de  las  caudes  allarmes. 

Aqueste  coumande  are,  é  dehore,  è  deguens, 

Touts  lous  locs  deu  païs,  troupes  é  régimens. . . 

Celui-là  est  maintenant  chef,  ct  tout  le  parti 
Jette  sur  lui  les  yeux  et  i’espoir, 

Fait  bouclier  de  sa  main  et  du  feu  de  ses  armes, 

AJJume  le  tison  des  plus  chaudes  alarmes. 

Celui-ci  eommande  maintenant  et  dehors  et  dedans, 

Tous  les  lieux  du  pays,  troupes  et  règiments... 

Ce  nouveau  chef  n’est  pas  un  novice  dans  le  métier  des  armes,  car  per- 
sonne  mieux  que  lui  n’en  connait  les  détails  et  la  science,  avant  conquis 
ses  grades  à  la  pointe  de  l’épée.  11  a  vécu  de  la  vie  du  soldat  ct  partagé  avec 
lui,  dans  la  bonne  comme  dans  la  mauvaisefortune,  les  mèmes  îatigues  et 
les  mèmes  dangers. 

Maintenant,  il  s’apprèteà  affronter  le  sort  des  armes  en  bataille  rangée. 

II  organise  son  armée  et  choisit  les  chefs  les  plus  renommés,  tous  gens 
vaillants,  capables  d'inspirer  confiance  aux  soldats.  Sitôt  que  l’ordre  cst 
étabJi  et  qu’il  s’est  assuré  de  tous  les  attirails  de  la  guerre,  que  toutle  monde 
occupe  le  poste  qui  lui  a  été  assigné,  il  s’avance  sur  le  front  des  troupes  et 
leur  dit  : 

(1)  Hemi  de  Navarre  posséda  lc  secret  de  gagner  les  coeurs  de  cette  région  du  midi 
qu’il  aimait,  par  des  qualités  dont  pas  un  Koi  n'avait  su  jusqu’alors  se  fnire  un  levier 
politique;  c’est  la  gaieté,  la  générositè,  ia  toléranco,  un  irrcsistible  sans  facon.  C’alvi- 
niste  par  sa  mère,  il  est  trop  bon  pour  haïr  Ics  catholiqucs  et  reçoit  imlittéremmeut 
dans  son  armée  les  braves  des  deux  religions.  Quelques-uns  peuv’ent  le  servir  comrae 
calvinistes,  l’immense  majorité  l’aime,  I’adore  corame  un  Uoi  toléraut  et  du  plus 
charmant  caractère. 


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—  132  — 


Iou  boui  (dits  en  brenban)  Iiè  trémoula  la  terre, 

E  que  mous  enemics  ta  furiousis  è  cauts, 

Au  brâ  de  moun  canoun  hugen  coum  arruhaus, 

Au  clapiment  d’vn  can,  dehore  la  garene, 

E  coume  lou  huret  eù  plapé  se  demene. 

Si  jou  podi  hreta  murailles  é  mantéts, 

Iou  nou  lécharé  arren  per  biles  é  castêts. 

Dens  qu’atisen  lou  houec  d’oun  lou  men  co  s’èbrase, 

Que  jou  nou  passe  tout  peu  hilet  de  l’espasc.  . 

Je  veux  (dit-il  en  se  souvenant)  faire  trcmblcr  la  tcrre, 

Kt  que  mes  emiemis  si  acharnés  et  braves, 

Fuient  comme  des  poltrons  au  bruit  de  mon  canon. 

A  l'aboienient  d'un  chien,  hors  de  la  garenne, 

Ou  comme  le  furet  se  démène  dans  le  clapier. 

Si  je  puis  frotter  murailles  et  manteiets, 

Je  ne  laisserai  rien  par  villes  et  chàteaux, 

De  ceux  qui  attisent  le  feu  dont  mon  cceur  est  enflammé, 

Passant  tout  au  fil  de  mon  épée. .. 

Sur  son  commandement  larmée  s’èbranle  dans  Fordre  suivant  : 

En  tète  lavant-garde  forle  deb(X)  hommes.  Puis  viení  iacavalerie  eomp- 
tant  15  à  1 ,600  liommes  et  sui vie  par  5  ou  6,000  piétons.  300  hommes  réso- 
lus  forment  l’arrière-gardc  et  les  flancs  sont  protégés  à  droite  et  à  gauche 
gar  des  gros  de  fantassins,  le  reste  se  serre  autour  de  lacornette  blanche. 
Dans  le  Quatrième  /icre,  le  poète  nous  montre  l’armée  en  campagne. 

A  son  approche  la  peur  gagne  les  pavsaus  qui  fuient  épouvantés  : 

Tout  atau  lou  Pagès,  au  brut  d’aquere  armade, 

Huch  lcstrail  dcus  moutous,  cour  apròs  la  baquade. 

La  Pagese  espauride  amague  tout  lou  lin, 

Peilles,  pernes,  arquaus,  lous  anets  d’argent  fin. 

Aqueste  cour  au  pout,  asscre  à  la  clouquade, 

Aqueste  dret  au  pan,  è  l’aute  à  l’arrusquadc 
Adiu,  saube  qui  pot,  tors,  drets,  bornis,  boussuts, 

Au  ta  plan  l’vn  que  l’aute  à  liuge  arresoluts, 

S’allarmen  dab  vn  cor,  se  criden,  s’espaòùenten, 

E  sus  l’esglasi  qu’an  malamens  s’adoulenten, 

Tout  aussitùt  lc  Paysan,  à  l’approehe  de  cette  armée, 

Fait  fuir  lc  troupcau  de  moutons,  pousse  devant  lui  son  bétail. 

La  paysanne  eflravée  ramasse  tout  le  lin, 

í5es  robes,  coifles,  coflrets.  les  amieaux  d’argent  fìn. 

Celle-ci  cherche  son  coq,  celle-là  sa  couvce, 

Celle-ci  va  droit  au  pain,  et  l'autre  à  la  lessive. 

Adieu,  sauve  qui  peut,  boiteux,  droits,  borgues,  bossus, 

Aussi  bien  les  uns  que  les  autres  à  fuir  rósolus, 

S’avenissent  avec  une  corne,  s'appelleut,  s’épouvantent, 

Et  gcmissent  découragés  sur  la  frayeur  qu’ils  éprouvent, 


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*  —  133  — 

Hugen,  escounen  tout,  e  balejat  ac  an 
De  bosties  è  de  gens,  en  vn  birat  de  man. . . 

IJs  fuient,  caeheni  tout.  et  ils  ont  mis  en  súreté 
Gens  et  bétes  en  un  tour  de  main . . . 

Le  général,  voyant  leur  efíroi,  court  après  eux  et  les  rassure  : 

Qu'ei  so  qu’aouets  bousaus,  praube  gens,  malastrucs, 

Dits  lou  maignéc  Gascoun,  toumats  bon  enta  case 
E  nou  creignats  doulens  lou  tail  de  la  mie  espase, 

Biouéts  ious  mes  amics,  biouéts  dab  arrepaus, 

Lou  houec  deu  Pistoulet  nous  hume  sus  bousaus. 

Haséts  tira  l’aray,  agusats  plan  la  herre, 

Nou  creignats  pas  per  jou  lou  malhur  de  la  gouerre. 

Atau  noste  balent  arrebioue  pûrdut 

Lou  poou-hérit  Pagès,  en  la  tute  escounut. . . 

Gu’est-ce  quevous  avez.  vous  autres,  bravesgens,  inalheureux, 
Dit  le  magnanime  Gascon.  regagnez  vos  demeures 
Lt  ne  craignez  dans  votre  douleur  le  trauchant  de  mon  èpée. 
Yivez,  mes  ainis,  vivez  avcc  confiance. 

Le  feu  du  Pistolet  ue  fumera  pas  sur  vous. 

Faites  travailler  la  charrue,  aiguisez  bien  le  soe, 

N’ayez  peur  que  je  déchaine  les  fléaux  de  la  guerre. 

C’est  ainsi  que  notre  vaillant  ranime  le  courage 
Du  paysan  mort  de  peur,  caché  dans  sa  retraite... 

Cela  fait  il  rejoint  son  armée  qui  continue  à  paeifier  le  pays  : 

Atau  brabé  é  balcnt,  assietgé,  entre  pertout, 

Arrode  lou  païs  que  l'ennemiten  tout, 

A  la  force  deu  bras,  è  herou  de  sas  armcs, 

E  toutjour  balurous  lou  prumè  deus  gendarmes, 

Boute  la  man  â  l’obre,  se  hè  dise  peu  moun 
Digne  deu  nom  qu’et  a  cabaillerou  Gascoun. 

Furious  coum  vn  Lion,  aus  que  soù  en  défense 
Pietadous  en  aquets  que  nou  hén  resistcnse. 

Vn  de  bouque  é  de  co,  franc  à  so  que  proumet, 

Enemic  deus  murtrès  qu’ausslsen  de  sang  hrèt 

Ainsi  brave  et  vaillant,  il  assiège,  entre  partout, 

Soumet  tout  le  pays  que  l’ennemi  occupe, 

A  la  force  du  bras  et  valeur  de  ses  armes, 

Et  toujours  courageux  le  premier  des  gcudarmes, 

II  met  la  main  à  l’oeuvre,  et  fait  dire  par  le  monde 
Digue  du  nom  qu’il  porte  de  cavalier  Gascon. 

Furieux  comme  un  lion  à  Tégard  de  ceux  qui  combattent, 
Généreux  envers  ceux  qui  n’opposent  pas  de  résistance, 

Egal  de  coeur  et  de  parole,  fldèle  à  ses  promesses, 

Ennemi  des  meurtriers  qui  tuent  de  sangfroid. 


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—  134  — 


Brai  naturau  Gascoun  qu'ame  à  hé  courtousie, 

E  segui  la  rasoun  en  quin  feit  que  se  sie... 

Vrai  naturel  Gascon  qui  aime  à  étre  eourtois 
Et  suivre  la  raison  dans  n’importe  quelle  occasion. . . 

Bientôt  les  éclaireurs  signalent  l’approche  de  l’ennemi;  le  général  assemble 
en  hàte  son  conseil  pour  délibérer.  Après  avoir  fait  appel  au  courage  de 
chacun  et  entendu  la  rèponse  de  l’un  des  chefs  les  plus  estimés,  on  sonne 
Talarme.  De  tous  côtés  le  camp  s’anime,  les  offìciers  lèvent  en  Tair  leurs 
épées,  les  tamlx)urins  roulent  à  toute  volce  et  les  trompettes  sonnent  à  pleins 
poumons.  Chacun  court  se  ranger  sous  son  enseigne  : 

Atau  ben  tout  d'un  cop,  arretrounish  l’allarme, 

Lou  famfare  escauhat,  lou  furious  arm’arm’arme, 

Lou  brounêt  toupouton,  è  per  tous  lous  estrems 
Vn  marmut  estoufat.  vn  terretrum  de  gens. 

Anc,  pren,  baille,  dau,  a  chibal,  boute-cére, 

Ten,gite,  sarre,  pren,  tourne,  crideu,  apère... 

Ainsi  vienttoutà  coup  l’alarme  qui  retentit 
Le  trompette  écliauffé,  le  furieux  arme,  armc,  arme, 

Le  bruyant  tambouriu,  et  de  tous  les  points  extrémes 

Ln  murmure  étouffê,  un  bruit  de  gens 

Qui  vont,  prennent,  donnent  à  cheval.  boute-selle, 

'l  iennent,  jettent,  serrent,  prennent,  tournent,  crient, appellent. . . 

L'armée  ennemie  s  etablit  dans  une  solide  positiou  et  se  déploie  en  ordre 
de  bataille. 

Atau  soun  on  batailie,  é  l’armade  Iovyovse  (1) 

Parish  daouant  ia  gent  Gascoiie  furiouse, 

Dab  mes  gran  appareii  d’atirails,  è  canous, 

Que  noun  a  peu  coumbat  lou  Gascoun  generous. 

lls  sont  ainsi  en  bataille,  et  I’armée  de  Joycusc 
Parait  devant  la  gent  Gasconne  furieusô 
Avec  un  plus  grand  appareil  d’attirails  et  de  canons 
Que  n’en  a  pour  le  combat  le  Gascon  généreux. 


(1)  Lc  poètc  fait  ailusion  à  la  bataille  de  Coutras,  qui  eut  lieu  le  20  octobre  1587. 
Annc ,  dtic  dc  Joycuse,  favori  d’Henri  UI.  à  la  téte  de  0.000  honnnes  de  pieds,  de 
2.000  chevaux  et  de  7  pièees  de  canon,  íut  battu  par  Henri  de  Navarre,  Hepuis  vingt- 
cinq  ans  que  la  guerre  civile  avait  eominencé,  il  était  le  premier  génèral  protestant 
qui  cút  gagné  uue  bataille  rangée;  il  n’avait  à  regretter  que  viugt-cinq  hommes  tués. 
renneiui  en  avait  perdu  plus  ae  irois  mille  et  lui  avait  abandonné  ses  canons  avec 
vingt-neuf  drapeaux  ou  enseignes.  La  victoirc  était  d'autant  plus  glorieuse  qu’elle 
était  reiiiportée  par  une  armée  supêrieure  en  nombre  et  presqueêgale  en  qualite.  Llle 
était  due  à  Ia  valeur  du  Hoi,  à  sa  décision.  à  sa  vigilance.  à  son  coup  d'ceil,  à  son 
intclligence  tactique.  à  cet  iustiuct  créateur  qu’il  appliquait  à  la  politique  corame  à 
Ja  gucrre  et  qui  devait  l’inspirer  si  heureusement  dans  les  beaux  combats  défensifs 
ú\\rqucsf  àla  journée  d’Icry  et  dans  d’autres  occasions. 


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Double  de  bataillous,  triple  en  cabalerie, 

Yn  gran  bosc  de  piquès,  vn  souail  d’infantari^.. 

Double  de  bataillons,  trois  fois  plus  de  cavaliers, 

Un  grand  bois  de  piquiers,  une  masse  d'infanterie... 

De  son  côté,  le  Gascon  dispose  ses  troupes,  qui  comprennent  : 

Cinq  grans  béts  escadrous,  hê  sa  cabalerie, 

FJanquats  de  touts  estrês  d’vn  gros  d’infantarie, 

S’aouéts  vn  arc  tenut  cou  vn  cercle  a  miei  tour, 

Biste  la  Liie  au  Cèu  naouèro  au  prumé  jour  : 

Atau  bésets  aci  coum  miei  cercle  pleguade, 

L’armade  deu  Gascoun,  à  las  cornes  capsade. 

E  dus  grans  bataillous,  è  pèces  de  canouu, 

Qu’ahiten  l’enemiccoum  vn  oueil  de  FauGoun. 

Fourtiftquade  après  de  touts  lous  aouantatges, 

Que  pot  prene  suou  loc  de  poûs,  è  de  passatges... 

Cinq  grands  beaux  escadrons  íorment  sa  cavalerie, 

Flanquée  de  tous  côtés  d'un  gros  d’infanterie. 

Si  vous  avez  tendu  un  arc  à  demi-tour  comme  un  cercle, 

Vu  la  luue  au  ciel  nouvelle  au  premier  jour, 

De  mème  vous  voyez  ici  comme  un  demi-cercle  ployée 
L'armée  du  Gascon  aux  cornes  régulières, 

Et  deux  grands  bataillons  et  pièces  de  canons 
Qui  flxent  Fennemi  comme  un  oeil  de  faucon. 

Fortiflée  eusuite  de  tous  les  avantages 

Qu’on  peut  prendre  sur  les  lieux  de  ponts  et  de  passages... 

Des  deux  côtés  on  se  prépare  à  la  lutte  suprème  : 

Aci,  n’augits  que  cors,  troumpètes,  tambouris, 

L’aire  plen  de  marraut,  d’enillets  d’arroussis. 

Lou  canoun  ei  tout  prest  d’arrauta  Fescharruscle, 

L’arresolut  Souldat  a  toute  prens  suou  muscle 
L’arquabouse  afustat  an  de  la  dessarra. 

Lou  Gendarme  acaouat  tout  prest  à  desbarra 
Piques,  lances,  coutéts,  arrebequen  la  punte, 

E  tout  ome  au  coumbat  d’arme  è  de  co  s’ajunte... 

Là  on  n’enteud  que  cors,  trompettes,  tambourins, 

l/air  est  plein  de  murmures,  de  henuissements  de  chevaux. 

Le  canon  est  tout  prét  à  vomir  la  mitraille, 

Le  soldat  résolu  tient  ferme  sur  le  bras 
L’arquebuse  dressée  pour  la  desserrer. 

Le  Gendarme  à  cheval  tout  prêt  à  mettre  au  clair 

Piques,  Janoes,  couteaux,  présente  la  pointe 

Et  tout  homme  au  combat  d’àrae  et  de  coeur  se  dispose. . . 

A  ce  moment  solennel  le  Gascon,  entouré  de  ses  principaux  officiers, 
harangue  ses  gens  d’armes,  d'uae  voix  mâle  et  sonore.  II  stiraule  leur 


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ardeur  en  leur  laissant  enirevoir  le  profit  d  une  curóe  qui  surpassera  les 
butins  passés  et  fa.it  miroiter  à  leurs  yeux  la  gloire  qui  rejaiìlira  sur  eux  et 
mainiiendra  la  renomraée  Gasconne, 

Puis  officiers  et  soldats  raettent  le  genou  à  terre  et  prient  pour  le  succès 
de  leurs  armes  (1). 

Soudain,  retentit  une  formidable  détonation  qui  annonce  i’ouverture  des 
hostilités.  De  part  el  d’autre,  les  eanons  vomissent  une  gréle  de  mitraille  et 
de  boulets,  soulevant  des  nuages  de  poussière.  La  fumée  de  rartillerie 
obscurcit  i’atmosphère,  l’air  est  tout  saturé  des  odeurs  grisantes  de  la  pou- 
dre.  Le  crépitement  des  arquebuses  se  confond  avec  le  sifflement  des  arba- 
lètes,  auquel  vient  se  joindre  les  appels  des  tambourins  battant  la  charge  ; 
nous  asssistons  au  choc  de  la  bataiile. 

Couloubrines,  eanous,  arquabouses,  mousquets, 

Escurichen  lou  Cèu,  l’enperigien  de  pets. 

Poume  poun-poun,  atrape,  adiu  tout  vè  barraille 
L’escharruscle  canoun  coumense  la  bataille. 

Trique-ataque  souldat,  flisque  lou  fourniment 
Per  escaramousclia  deu  prumê  régiincnt. 

S’aouèts  bis  en  Iuillet  sus  ia  plane  bladòre, 

Sus  las  besties  ó  gent,  que  tout  atraouòs  òre 
Vn  deluge  do  peire,  vè  tempeste  de  bent, 

Quant  ê  qiiàt  de  la  terre  vn  gran  tremoulamèt. 

Roune  rouno  toun-toun,  bire  souidats  en  targue 
Are  gare  tarare,  à  la  cargue,  à  la  cargue. 

Doune  doune  dessus,  agrape-arrape-atrap 
Bèsets  courre  lou  gros  coum  lous  cas  ehip  è  chap 

Coulevrines,  canons,  arquebuses,  mousquels, 

Obscurcisseut  le  (  ieJ,  rassourdissent  de  ieur  èclal  de  tonnerre. 

N'ise,  lioum,  boum,  aitrape,  adieu  les  premiers  rangs 
Le  canon  dévasiatcur,  commence  la  bataille. 

Frappe,  attaque  soldat,  que  le  fourniment  claque 
Pour  escarmoucher  le  premier  régiment. 

Si  vous  avez  vu  en  juillet,  sur  la  plaiue  emblavée 
Sur  les  bétes  et  gensqui  étaient  à  travers, 

Ln  déluge  de  pierre,  une  tempête  de  vent, 

Kt  pourainsi  due  un  grand  tremblement  de  terre. 

Gronde,  gronde,  boun,  boun,  tourne  soldats  en  íuite 
Gare  â  préseni,  lararc,  à  la  cbarge,  â  la  charge. 

Donne,  donne  dessus.  saisis,  accroche-toi,  attrape 

Vous  voyez  courir  le  gros  de  l’armée,  comme  lorsque  lcs  chicus  furieux 

( I)  Seloii  l’usage  traduionnel,  avant  de  charger,  sourdsaux  siftlements  des  boulets 
qiii  ereusentde  sánglants  sillons  dans  leurs  i*angs,  les  lansqueneis  mettent  le  genou  a 
lerre  et  prient  dévotement.  Puis,  après  avoir  tous,  officiers  et  soldais,  baisé  la  froide 
terre  qui,  le  soir.  doit  oíîrir  à  beaucoup  une  couche  pour  y  dormir  leur  dernier  som-- 
meil.  ils  en  prennent  une  poignèe  qu’ils  jettent  derrière  eux,  geste  symbolique  qui 
signitie  qti’ils  en  font  volontaircment  I’abandon,  afin  de  ue  plus  temr  à  rien  ici-bas  au 
moment  d’accomplir  leur  dcvoir  dans  le  combat. 


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Esquissen  vn  Sangla  de  coulere  èd’arrauge. 

Pics,  pousses,  trucs,  patacs,  noui  ya  degun  quei  auge. 

Aci  n’a  plus  pietat,  tout  à  houec,  tout  à  sang 

Chic  chac,  suou  cos,  suou  bras,  sus  la  teste,  suou  stàc. 

Tue,  dau  è  coumbat,  bat  à  bat,  truque  atuque 
Acarne,  care  acar,  bute-lute,  mailluque. 

Cames,  brasses,  è  caps,  coum  auséts  en  estiu, 

Bolenensus,  embat,  enta  terre,  enta  Diu. 

A  mort,  à  houec,  à  sang,  bire,  saube  qui  pousque, 

E  hugi  tout  atau  qu’à  Sent-Andriu  la  mousque. . . 

Eventrent  un  sanglier  de  colère  et  de  rage. 

Blessures,  coups,  heurts,  personne  ne  s’entend  plus 
II  n’y  a  plus  de  pitié,  tout  à  feu,  tout  à  sang, 

Chic,  chac,  sur  le  corps,  sur  le  bras,  la  tête,  sur  point  d'appui, 

Tue,  cliarge  et  combat,  bat,  abat,  frappe,  attaque 

Attrape,  corps  à  corps,  frappe  au  but,  lutte,  donne  du  maillet. 

Sur  les  jambes,  bras  et  têtes,  comme  oiseaux  en  été 
Volent  en  haut,  en  bas,  vers  la  terre,  vers  Dieu. 

A  mort,  à  feu,  à  sang,  vire,  sauve  qui  puisse, 

Tous  sont  préts  à  s’enfuir  comme  la  mouche  de  Saint-André.  . 

Le  Gascon,  tout  intrépide,  tout  insatiable  de  périls  frappe  d’estoc  et  de 
taille  au  plus  fort  de  Ia  mèlée;  011  entend  les  plainles  des  mourants  et  les 
cris  des  vainqueurs  qui  poursuivent  rennemi  en  déroute. 

Asset  court,  asset  huch,  asset  pren  lou  camin, 

L’aute  s’escoun  de  tras  l’abatut  arroussin, 

Asset  saute  eu  barat,  l’aute  grape  la  tute, 

Asset  vbert  de  pics,  coum  des  traucs  vè  hlaiite 
Cride,  moun  Diu  hèlas,  au  darré  badaillo. 

Asset  guigne  vn  tut  d’arbe,  eu  bousquet,  eu  maillo, 

Aquet  prcgue,  raon  Diu,  l’aute  cride  la  bite, 

Asset  promet  è  jure  vè  rançoun  nou  petite. 

Touts,  mors,  bius,  è  blassats,  cridè  Diu  oun  em  nous. 

Anem,  dits  iou  Gascoun,  caussem  laus  esperous 
An  aquets  hugidous,  seguiscam  la  bictorie, 

E  buscaillem  l’aunou  d’aqueste  granc  glorie. 

Celui-là  court,  celui-là  fuit,  celui-là  preud  le  cheinin, 

L’autre  se  eache  derrière  le  cheval  mort. 

Celui-là  saute  dans  le  foss  *,  l’autrc  atteint  un  refuge, 

Cclui-lù  percé  de  c-oups,  comme  dc  trous  une  tlûtc 
Crie.  mon  Dieu,  hélas!  au  dernicr  soupir. 

Celui-là  cherche  uu  creux  d’arbre,  un  bosquet, 

Celui-ci  prie,  mon  Dieu,  l’autre  demande  la  vie  sauvc, 

Celui-là  promet  et  jure  une  íorte  rançou. 

Tous,  morls,  vivants  et  blesscs,  crient,  Dicu  où  sommes-nous? 

Allons,  dit  le  Gascon,  chaussons  les  éperons 
Pour  chasser  ces  íuyards,  poursuivons  la  victoirc 
Etrécoltons  l’honneur  de  cette  grande  gloire. 


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Deschiquetem  les  touts,  puch  que  lou  cap  ei  mort  (1), 

E  nou  bengue  degun  de  l’arreste  à  boun  port... 

Exterminons-les  tous,  puisque  leur  cheí  est  mort 
Et que personne  ne  viendra  nous  arréter  au  port... 

Sur  le  champ  de  carnage,  nous  voyons  à  l’oeuvre  le  soldat  pillard  : 

Labets  tout  atraoés  de  l’armade  ta  grane, 

Que  ja  de  cos  de  morts  pasimente  la  plane. 

Béséts  coutereja  lou  gendarme  mutin, 

Lou  Souldat  piquouré,  que  s’aten  au  butin, 

Housille  lous  bestits,  gahe  la  pierrarie, 

L’or,  l’argent,  lou  clinquant,  toute  )a  sódarie, 

Pillen,  butinen  tout,  é  ròsoluts  ne  ban 
Gendarmes  ò  Souldats,  qu’an  se  besen  qu’ets  an 
Sus  lou  camp  de  barraille,  à  toute  gent  commune 
En  la  man  deu  Gascoun  troubade  la  fortune  .. 

Alors  à  travers  l’armée  si  conipacte. 

Dont  les  uombreux  morts  tapissent  la  plaine, 

Vous  voyez  alJer  en  tout  sens  le  gendarme  mu:iu, 

Le  soldat  pillard  qui  compte  sur  le  bulin, 

Fouiller  les  vòtements,  s’emparer  des  pierreries, 

De  l’or,  de  l’argent,  des  cboses  brillantes,  des  étoíTes  de  soie, 

Ils  pillent,  récoltent  tout,  et  s'en  vont  satisfaits 

Gendarmes  et  soldats,  quand  iis  voient  qu’ils  ont 

Sur  le  champ  de  bataille,  qui  appartient  à  tout  le  monde, 

Trouvé  la  fortune  dans  la  main  du  Gascon... 

Dès  que  leralliement  a  sonné,  le  chef  ordonne  de  fléchir  ie  genou  dans  la 
poussière  ensanglaniée  au  milieu  des  morts,  des  mourants  et  des  débris  de 
la  lutle  pour  remercier  le  Dieu  des  armées  qui  ìeur  a  procuré  la  gloire  d’une 
si  éclatante  vicloire. 

Le  Poète  fait  tomber  des  nues  au  milieu  de  l’armée  victorieuse,  un  bou- 
clier,  ouvrage  de  Vulcain  lui-même,  (Réminisceuce  d’ilomère  dans  son 
xvme  chant)  sur  lequel  sont  allégoriqueraent  burinées  les  belles  actions  du 
Grand  Roi  (2). 


(1)  Joyeuse  fut  tué  à  la  bataille  de  Coutras. 

(2)  Cette  coneeption  est  due  au  génie  d 'Homère;  elle  a  cté  depuis  Ylliade  l’une  des 
sourccs  les  plus  abondautes  du  merveilleux  épique.  Tous  les  poòtes  ont  imité  à  l’cnvi 
cette  création  du  poètc  grec.  tousont  muliiplié  ces  visions  de  l’avenir  dont  il  a  le  pre- 
mier  donné  Je  modèle. 

En  ouvrant  le  livre  des  Destins  (Eneide,  livre  vi),  Virgile  róunit,  pour  ainsi  dire, 
la  vérité  et  la  fìction  en  faisant  voir  dans  des  tableaux  prophétiques  tout  ce  qui  doii 
òtre  un  jour.  Dans  La  Jérusalem  délicrée%  un  saint  vieillard  montre  au  jeune  Henaud 
toute  la  suite  de  ses  descendants  et  leurs  exploits  íuturs,  qu’une  main  divine  a  gravés 
sur  son  bouclier.  Le  Camoôns  a  fait  entrer  dans  divers  episodes,  par  des  procedés  à 
peuprès  semblables,  toute  l’histoire  du  l^ortugal.  Un  envoyé  còleste  avant  d'exiler 
Adam  du  paradis  terrestre,  rassemble  sous  les  yeux  du  p'ère  des  hommes  tous  les 


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La  noiie  que  peu  cèu  esparriquade  s'ere 
Coû  sus  lou  raiei  d'Aoust  ve  nere  periglere 
Se  capere  de  rouge,  amuche  vn  eslambret, 

Dessarre  quant  è  quant  l’escharruscle  d’vn  pet, 

E  poussade  d*vn  bent,  leche  ana  deslambrade 
Sus  lou  camp  de  bataille  vè  roundele  daurade, 

Ancille  deu  païs  que  lou  haure  Vulcan, 

Peu  mandement  de  Dius  de  sa  deouine  raan 

A  hourgat  è  batut,  è  graouade  l’istorie 

Deu  passaouant  Henric  dessus  toute  memorie... 

La  nue  qui  s’était  étendue  dans  le  ciel 
Comme  vers  la  mi-aoút  un  nuage  obscur, 

Se  couvre  d’une  lueur  rouge  et  produit  un  éclair 
Qui  aussitôt  est  suivi  d’un  coup  de  tonnerre, 

Et  poussée  par  le  vent,  laisse  tomber  à  l'improviste 
Sur  le  champ  de  bataille  un  bouclier  doré, 

Emblémedu  paysque  le  forgeron  Vulcain, 

Sur  l’ordre  des  Dieux  a  de  sa  main  divine 
Forgé  et  battu  et  a  gravé  i’histoire 

D’Henri  qui  marche  le  premier  dans  la  mémoire  des  hommes. 

Tout  au  milieu  de  ce  chef-d'oeuvre  dù  au  marteau  du  dieu  brille  l’astre 
royal  monté  sur  un  dragon  (1),  et  autour  s’irradient  comme  autant  de 

siêcles  et  tous  les  peuples  qu’a  perdu  son  crime,  et  lui  fait  entrevoir  de  loin  le  Messie 
qui  doitsauver  le  genre  humain.  Henri  IV  enfìn,  transporté  en  songe  dans  le  palais 
des  Destins,  y  voit  briller  d’avance  les  beaux  jours  du  siècle  de  Louis  XIV.  (7e  chant 
de  la  Henriade  de  Voltaire.) 

(1)  Tous  nos  historiens,  jusqu’à  la  fln  du  xvi°  siècle,  ont  cru  que  les  Français  des- 
cendaient  des  Troyens  et  avaient  pour  ancétres  Francus  ou  Francion,  flls  d’Hector. 

Lrmaire  des  Belges.  Illustrations  des  Gaules  et  singularitez  de  Troye.  Paris, 
1512,  m-íolio,  et  nombreuses  éditions  postérieures; 

Jehan  Bouchet.  anciennes  et  modernes  généalogies  des  Hoys  de  France.  Poitiers, 
1527,  in-4°,  et  Paris,  1537,  in-8*. 

De  méme  Ronsard ,  dans  sa  harangue  à  M.  deGuise,  déduit  les  Français  d’Hercule 
et  d’Hector  : 

Dans  ses  considérations  des  bains  naturels  et  des  eaux  médicinales  Du  Barias 
s’exprime  ainsi  : 

Baignères,  la  beauté,  l’honneur,  le  paradis 
De  ces  monts  sourcilleux,  dessus  lesquels  iadis 
L'Hercule  des  Gaulois.  non  le  bastard  d’Alcméne, 

Engrossa,  comme  on  dit,  la  Princesse  Pyrène, 

Du  père  des  Gascons,  qui  par  faits  génereux, 

Se  montrent  dignes  flls  d’aveul  si  valeureux. . . 
tìelle  flction  pour  íaire  Hercule,  à  I’imitation  du  poète  latin  Silius  Italicus,  tige  des 
Gascons,  peuple  courageux.  aguerri.  se  ressentant  de  son  origine. 

Ader  partage  la  même  opimon  lorsqu’il  s’exprimc  ainsi  : 

Acaouat  ei  balent  dessus  lou  fìer  dhagovn 
Noste  bragart  henhic.  que  de  race  Gascoun, 

Hilh  deu  gran  Herculès,  è  la  noble  Pirène, 

Porte  armade  la  raan  sus  la  race  Trovène. 

Rasio  de  Franeioun,  que  nou  bo  ni  n’enten 
Que  lou  hilh  d’Hercules  ereté  d’aquct  beu, 

Qu’après  lous  hils  de  Troye,  en  ligne  drete  é  mascle 
Aparten  au  Gascoun  que  deu  hust  ei  l’eschascle... 

Scipion  Dupleix ,  son  compatriote,  a  réfuté  cette  tradition  dans  ses  Mémoircs  des 
Gaules .  Paris.  1619.  Liv.  n,  Ch.  24. 


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satellites  de  sa  gloire,  la  noblesse  de  Gascogne  personnifiée  par  les  vail- 
lants  Fontrailles,  Roguelaure ,  cT Epernon,  etc..,  dont  la  fidélité  pour  leur 
maître  ne  s’est  jamais  démentie. 

Le  poète  Gascon  explique  la  raison  de  ce  choix  quand  il  dit  : 

Si  jou  die  tous  lous  grans  de  la  noste  Gascouigne, 

Ianiés  nou  beiré  fin  de  ma  loungue  besouigne. 

Que  tous  aquets  qu’ci  dit  hên  coume  lous  Sourcil, 

Quan  ben  sus  lou  maitin,  è  descargue  soun  beil, 

Que  de  mille  arrajous  escauhure  lou  mounde  : 

Ou  coum  la  Liic  au  cèu  qui  carrusse  ses  counde, 

Mille  esteles  è  hlams,  millealugats  carbous, 

Per  estingla  lou  mêu  sus  lous  arbes  é  hlous. 

Atau  inille  gouarrés  d'aqueste  noble  terre, 

Seguichen  balurous  auscoumbats,  à  la  gouerre, 

'louts  aqucts  (iite  jou  dic  pintrats  sus  lou  brouqué, 

Quc  ban  dab  lou  dhagovn,  raan  è  man,  pè  ê  j)è  .. 

Si  je  nuiuinais  tous  les  grands  de  uotre  ( iasoogue, 

Jainais  je  ne  verrai  íin  de  ma  longue  besogno. 

Tous  ceux  que  j'ai  décrits  font  coinme  le  soleil, 

Quand  il  vient  sur  le  matiu  et  distribue  la  chaleur 
Qui  de  mille  rayons  réchauffe  le  inonde  : 

Uu  comrne  la  lune  au  ciel  qui  '•harrie  saus  comjner. 

Mille  étoiles  et  flanimes,  mille  charbons  allmnes, 

Pour  distiller  le  miel  sur  les  arbrcs  et  les  fleurs. 

Ainsi  mille  guerriers  de  cette  noble  terre 
Suivent  valeureux  aux  combat.%  à  la  guerre, 

Tous  ceux  que  j’ai  décrits  peïnts  sur  le  bouclicr. 

Qui  vont  avec  le  dragon,  main  ei  matn,  pied  à  pied... 

Viennent  ensuite  les  trois  petits  Dauphins,  les  fils  du  grand  roi,  à  qui  il 
adresse  longue  vie,  et  il  termine  son  apothéose  en  disant  : 

Ha,  biu,  race  de  Dius,  race  de  Pouderous, 

Aubesichets  la  touts,  generouses  Gascous. 

Hêts  la  moui‘à  la  gouerre,  au  nutu  temj)s  lièts  la  higue, 

Nou  mourisquats  jamés  de  quie  que  joubs  ausiguc. 

Ah,  vive,  race  de  dieux,  race  de  puisbants, 

Obéissez-lui  tous,  généreux  Gascotis. 

Faites  la  moue  à  la  guerre.au  teinpsdésastreux  faites  des  niches. 

Nc  mourez  pas  avant  que  jc  vous  ai  entendus. 

A  la  lecíure,  ses  vers  paraissent  aisós  et  harmonieux  â  l’oreille.  Malgré 
quelques  défaillances,  l  auteur  se  sert  loujours  d'une  noble  siraplicité  et 
brièveté  pour  exprimer  des  choses  difficiles  et  vastes,  sans  néanraoins  rien 
laisser  â  désirer  j)onr  leur  entière  itilelligence,  talcnt  rare  ct  iPun  rnérite 
inappréciable. 


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11  existe  bicn  ça  et  là  dans  ce  long  poème  didactique  qui  ne  comprend 
pas  moins  de  2.G90  vers,  un  peu  de  monotonie  dans  la  forme,  d’inutiles 
répétitions,  des  termes  impropres,  qu'on  doit  imputer  aux  procédés  de  la 
poésie  primitive,  mais  en  revanche,  nous  trouvons  d’heureux  détails,  des 
peintures  fidèles  et  une  couleur  locale  qu’il  nous  offre  dans  tout  son  frais 
printemps.  II  possède  la  science  de  l’harmonie  et  il  sait  tirer  parti  de  cette 
langue  savoureuse  et  succulente  comme  la  pulpe  d’un  beau  fruit.  Le  récit 
des  combats,  assauts  et  escarmouches  ont  de  l'ampleur,  du  souffle  et  de 
L'intérèt  par  la  peinture  des  coups  portcs,  pavés,  rcc,us  et  rendus,  autant  de 
difficuhés  rencontrées  par  1  auteur  dans  le  génie  de  la  langue  qu’il  manie 
avec  habileté. 

S’abandonnant  librement  à  sa  verve  native,  il  prodigue  les  images 
corame  les  grands  coups  d’épée. 

L'éducation  deson  gentilhommeest  une  page  vécue  des  mneurs  de  l’épo- 
que,  siècle  de  barbarie  où  les  hommes  ne  connaissaient  pour  toute  occupa- 
tion  que  d’aller  à  la  chasse  et  de  s’entre*tuer. 

La  poésie  n'est-elle  pas,  en  effet,  le  miroir  véritable  d’une  époque  ?  Elìe 
en  reproduit  les  passions  et  les  volontés,  elle  en  a  les  mceurs,  les  usages, 
les  habitudes,  le  langage.  Les  moindres  nuances  de  la  vie  d’un  grand 
peuple,  on  les  relrouve  au  besoin  dans  ses  poòmes,  dans  ses  drames,  dans 
ses  comédies,  dans  ses  satires. 

Du  Bartas,  son  compatriote  ct  devancier,  considcrait  la  poésie  commc  un 
don,  n’accordantqu'à  l’art,  si  habileet  si  laborieux  fut-il,  qu'uneimportance 
secondaire,  il  nous  semble  que  le  poèle-médecin  parUige  lui-mème  celte 
manière  de  voir.  Comme  lui  il  possède  une  belle  imagination,  ce  qui,  du 
reste,  est  le  eachet  distinctif  et  le  charme  des  écrivains  Gascons. 

A  son  imitation  il  fait  usage  d'épithètes  composces,  reconnaissant  qu’elles 
lui  sont  une  préeieuse  ressource  pour  abrcger  le  discours  et  renfermer  en 
peu  de  motsunefoule  d'idces.  II  usesans  compter  dc  cette  facuïtê  crêatrice. 

II  consacre  sa  vaste  érudition  à  célébrer  sa  petite  patrie,  où  l’esprit,  la 
gaieté,  la  sagesse,  la  vaillancc,  ont  toujours  poussé  comrne  herbe  follc. 

En  créant  de  toutes  pièces  un  code  poétique  à  la  noblesse  Gasconne, 
Ader  venaità  son  heureet  servait  de  fidcle  interprète  aux  voeux,  à  l’opinion, 
aux  préjugés  de  ses  compatriotes  qui,  en  s’intéressant  aux  succès  de  l'oeuvre, 
retrouvaient  en  eux-mèmes  lexpression  de  leurs  propres  pensées.  Auss^ 
fut-elle  accueillie  avec  admiration  par  ses  contemporains  qui  célèbrèrent  le 
poète  en  français,  en  latin,  voire  mêmc  en  grec,  selon  la  coutume  du  temps. 
L’enlhousiasme  fut  mème  poussé  si  loin,  qu’ils  lui  donnèrent  pompeuse- 
ment  le  titre  d'Homère  Gascon. 

Le  P.  Montgaillard  ne  fit  de  son  côté  qu’exprimcr  l’opinion  couranteen 


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affîrmant  dans  son  Histoire  latine  dela  Gascogne  (1),  qu’Ader  avaít  sibien 
chanté  les  combats  :  ut  periiorum  judicio  nihil  elegantius  dici possit  nec 
Virgilio  cedat . 

Malgré  ce  lyrisme  débordant  d’éloges  et  de  flatteries,  les  critiques  ne  lui 
furent  pas  épargnées.  A  cette  époque  les  vocables  purs  d’oc  s’étaient  altérés 
par  Tintroduction  dans  le  langage  de  nombreux  gallicismes  produits  par  le 
contact  de  la  langne  nationale  triomphante,  et  les  puristes  critiquaient  avec 
sévérité  la  moindre  altération  dans  le  langage.  Le  Poète  s'enplaint  dans  un 
quatrain  adressé  au  lecteur  au  début  de  son  poème  : 

ADER  AV  LEGIDOV  ADER  AU  LECTEUR 

Touts  lous  locs  de  noste  Gascouigne  Tous  les  lieux  de  notre  Gascogne 
Se  disputen  deu  boun  Gascoun  Se  disputent  pour  le  pur  Gascon, 

Coum  harô  jou  que  ma  besouigne  Gomment  ferai-je  que  ma  besogne 
Pousqueesteaugrat,  detou  lou  moun?  Puisse  être  au  gré  de  tout  le  monde? 

II  accentue  encore  son  amertume  dans  les  vers  suivants  oii  ii  flétrn 
Tenvieux  : 


A  LfEMBEIOVS 

Aquet  dira  qu’aqueste  mot 
N’ei  pas  deu  noste  fìn  lègouatge ' 
Uaute  que  nou  pense  esta  sot 
Nou  presara  pas  fort  l’oubratge  : 
Aquet  quei  boute  à  soun  vsatge 
Lou  boun  mot,  è  joou  séguiré, 
Aqueste  qu'a  tant  de  coui*atge 
Hasse  millo,  joou  pagaré . 


A  L’EXVIEUX 

Celui-là  dira  que  ce  mot 
N’est  pas  de  notre  pur  langage, 

Un  autre  qui  pense  ne  pas  être  un  sot 
N’appréciera  pas  beaucoup  l’ouvragc  : 
Que  celui-là  le  mette  à  son  usage 
Le  bon  mot,  je  le  suivrai, 

Que  celui-ci  quisecroit  tant  de  courage 
Fasse  mieux,  je  le  paierai. 


Tous  les  biographes  qui  se  sont  occupés  de  notre  poèle  vont  plus  loin  ; 
ils  traitent  avec  un  accord  touchant  son  oeuvre  de  poème  burlesque  et 
macaronique.  Nous  ferons  bonne  justice  ds  ces  appréciations  fantaisistes, 
que  nous  laisserons  pour  compte  à  leurs  auteurs  qui  ne  l’ont  probablement 
jamais  lue. 

De  nos  jours,  M.  du  Mège ,  dans  sa  Statistique  des  dèpartements  Pyré - 
néens,  loue  :  «  des  détails  heureux,  des  peintures  vives,  souvent  une  cou- 
leur  poétique,  une  énergie  peu  commune.  » 

M.  Gusiace  Brunet ,  de  Bordeaux,  dans  ses  Notices  et  Extraits  de 
quelques  oucrages  ècrits  en  patois  du  midi  de  la  France ,  accepte  ces 
éloges  et  les  amplifie. 

M.  le  docteur  Noulet,  dans  son  Essai  sur  Vhistoire  littéraire  des  patois 


(1)  Theodosioe  Vasconioo.  Torae  m.  Ribliothèque  de  Toulouse  et  biblioihèque  du 
Séminaire  d’Auch. 


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du  midiy  n'y  irouve  «  qu’une  suite  de  détails  sans  couleur  et  sans  vie, 
plateraent  versifiés,  et  où  ne  se  fait  jamais  jour,  même  pour  un  instant,  le 
sentiment  poétique.  » 

Nous  avons  cherché  à  dégager  la  vérité  de  ces  appréciations  contradic- 
toires  en  nous  inspirant  de  sentiments  de  justice  et  d’équité.  Nous  con- 
cluons  en  disant  : 

Quels  que  soient  ses  défauts,  il  faut  lui  savoir  gré  de  sa  tentative  auda- 
cieuseet  qui  n’est  pas  sans  mérite.  Suivant  les  traces  de  son  aîné  Pey  de 
Garros,  il  a  défriché  la  langue  pour  explorer  des  régions  inconnues  jusqu'à 
lui.  N’en  déplaise  à  MM.  les  biographes,  son  oeuvre  n  en  reste  pas  moins 
Tune  des  plus  viriles  du  xvu1 2 3 * * 6  siècle,  qui  place  son  auteur  au  premier  rang 
des  poètes  Gascons. 

L’extraitdu  privilège  porte  la  date  du  14aoûtl609;  il  est  à  présumer 
qu’au  moment  ou  Ader  publiait  sa  principale  ceuvre  poétique,  Henri  IV 
avait  cessé  de  vivre  (assassiné  le  14  mai  1610). 

Avant  d'avoir  produit  cette  importante  composition,  notre  poète  avait 
publié  dès  1607  un  livret  rempli  de  sentences  morales  rimées  et  disposées 
par  quatrains,  à  la  manière  de  TEspagnol  Bèrine t  de  Dufaur  de  Pibrac  (1). 

II  intitula  ce  recueil  Lou  Catounet  Gascoun  (2),  le  petit  Caton  Gascon, 
empruntant  ce  titre  aux  distiques  de  Caton,  ainsi  que  l'on  appelait  un  livre 
de  Caton  le  Censeur  ( Carmen  de  Moribus ),  qui  était  encore  classique  de 
son  temps. 

II  le  met  sous  le  patronage  du  brave  seigneur  de  Fontrailles  comme 
étant  par  ses  brillantes  qualités  le  représentant  le  plus  autorisé  de  la  vail- 
lante  noblesse  gasconne  (3). 

Dès  lc  début,  il  s’adresse  au  lecteur  en  ces  termes  : 


Si  nou  soui  escriut  à  ta  guise, 

E  si  nou  parli  pas  coum  tu  bos, 
Hem  coû  te  bouilles  la  camise, 
Mes  lechem  lou  mesot  en  Tos . 


Si  je  ne  suis  écrit  à  ta  guise, 

Si  je  ne  parle  pas  selon  ton  désir, 
Fends-moicommetu  voudras  lachemise, 
Mais  laisse-moi  la  moelle  dans  Tos, 


Citons  quelques-uns  de  ces  préceptes  de  morale,  de  ce  catéchisme  de  bon 
conseil  pris  au  hasard  des  100  que  coraporte  le  livret  : 


(1)  Les  quatrains  de  Pibrac  sont  au  nombre  de  126. 

(2)  Bibliothèque  Nationale,  vol.  3450,  et  Bibliothèque  de  TArsenal. 

M.  Vignancour,  éditeur  des  Poésies  Bèarnaises ,  a  traduit  dans  ce  dialecte  28  des 
quatrains  d’Ader,  qui  ftgurent  dans  le  recueil  de  ces  poésies.  Pau,  1827,  in-8. 

(3)  Atrìís  avnorat  siìic.nov  noble  miqvrv,  Destarac.  Marestaing,  Biscontede  Cogou- 

tès,  Baron  de  las  Baronies  de  Fontarailles,  Marestaing,  Corrensan,  et  autrés  locs, 
capitani  decinquanteomesd’armes  de  las  ordonnances  deu  Rey.  soun  counseiIlc,Sene- 

chau,  et  Goubernadou  de  las  Coumtats  d’Armaignac  et  de  la  Ylle-lourdan. 

Sa  dédicace  est  datée  de  Gimont,  le  ler  octobre  1607. 


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—  144  - 

N'araes  arren  que  nou  set  apartengue, 

Seguich  lou  dret  en  toutis  tous  aliéz, 

Ben  aquesit  de  tort  ou  de  traouèz, 
laraès  sera  qua  male  fin  nou  bengue 

Nou  prengues  pas  mes  ahèz  que  ta  pene, 

E  tous  mouyens  nou  pousquen  supourta 
Aquet  que  bo  trop  gran  hech  apourta, 

E  cau  que  cageou  que  perde  l’alène. 

Dous  ei  vn  teras  deu  granis  lou  seguichi, 

Mes  à  la  fin  araarejant  coum  hèu, 

Qu’vn  gran  seignou  nou  tire  Jou  chapèu, 

Que  tant  que  sab  qu’om  lou  pot  liè  scrbichi. 

En  tous  ahès  nou  t’aupiniastres  gouaire, 

Estan  en  so  quen  haran  gens  de  ben, 

Que  lou  proucès,  ei  la  quère  d’vn  ben 
E  l’espitau  guifie  lou  plaidejaire. 

Dits  la  paraule  après  l’aiie  pensade 
A  gens  segrets  que  n’arnen  pas  lou  brut  : 

Atau  ne  ba  deu  prepaus  qu’as  tengut, 

Coumo  deu  bent  ou  d’iie  peire  gelade. 

Si  bioue  bos  d’acort  en  aquest  mounde, 

Dab  toun  amic,  sadits-on,  minge  è  beu, 

N’aime  rien  que  ce  qui  t’appartienne, 

Suis  le  droit  chemin  dans  toutes  tes  affaires, 

Le  bien  acquis  à  tort  et  à  travers 

N’existera  jamais  sans  qu’elle  vienne  à  mauvaise  fin. 

Ne  prends  jainais  plus  d’affaires  que  m  peine 
Et  que  tes  moyens  ne  puissent  supporter. 

Celui  qui  veut  porter  une  charge  trop  lourde, 
S’expose  à  tomber  ou  à  perdre  l’haleine. 

Douce  est  un  temps  la  fréquentation  des  grands, 

Mais  elle  devient  à  la  íìn  amère  comme  Ûel, 

Car  un  grand  seigneur  ne  tire  son  chapeau 
Que  tantqu’il  sait  qu’on  peut  lui  rendre  service. 

En  tes  afîaires  ne  t’obstines  pas  trop, 

Examine  en  ce  cas  ce  que  feraient  les  gens  de  bien, 
Car  un  procòs  est  la  mine  d’une  maison, 

Et  l’hôpital  attend  le  procédurier. 

Dis  la  parole  après  l’avoir  réfléchie 
A  des  gens  secrcts  qui  n’aimentpas  lc  bruit. 

11  en  est  ainsi  des  propos  que  tu  as  tenus, 

Commc  du  vent  ou  d’une  pierre  gelée. 

Si  tu  veux  vivre  en  ce  monde  d’accord 
Avec  ton  ami,  dit-on,  mauge  et  bois, 


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-  145  -  . 

Mès  dab  aquo  sapies  toustem  qui  deu, 

Bounis  amics  entreten  lou  boun  counde. 

Qu’an  tu  t’as  bist  tant  de  mainatge  nèche, 

La  praubetat  t’a  heit  poou  autaleù, 

Si  Diu  noirich  lous  auserets  dèu  Céu, 

Craigneras-tu  que  nou’t  dOgue  que  pèche 

Sage  ei  lou  jouen  qu’a  tribailla  s’endresse, 

Que  qui  nou  pren  pene  quan  ei  pourin, 

Prene  la  dèu  quan  ei  bieii  arroussin, 

Lou  pan  deus  bieils,  se  dèu  raole  en  jouenesse. 

Tant  quom  te  sab  force  argent  en  la  bousse, 

De  toutis  es  Moussur  è  coumpaignoun 
Quan  nou  n’as  mès,  delechat  es  deu  moun, 

Coum  si  jamès  counegut  nou  t'augousse. 

Nou  sies  d’aquets  qu’espousaran  ve  More, 

Vn  arrebrec,  mes  qu’age  force  argent, 

Si  n’as  mouiilé  de  quauque  boune  gent, 

L’argent  s’eu  ba,  è  la  bestie  demore,  etc . . . 

Mais  malgré  tout  saches  toujours  qui  doit, 

Les  bons  comptcs  font  les  bons  amis. 

Quand  tu  t’cs  vu  tant  d’enfants  sur  les  bras, 

La  pauvretó  t’a  effravé  aussitôt. 

8i  Dieu  nourrit  les  petits  oiseaux  du  Ciel, 

Craindras-tu  donc  qu’il  ne  te  donne  pas  de  quoi  vivre. 

Sage  est  le  jeune  homme  qui  s'exerce  au  travail, 

Car  celui  qui  ne  piend  pas  de  la  peine  quand  il  est  poulain 
S’oblige  à  le  faire  quand  il  est  vieux  cheval, 

Le  pain  des  vieux  doit  se  moudre  en  jeunesse. 

Tantqu’ou  te  sait  beaucoup  d’argent  à  la  bourse 
Tu  es  traité  partouscomme  Monsieur  et  compagnon. 

Quand  tu  n’en  a  plus  tu  es  dólaissé  de  tout  le  monde. 

Comme  si  jamais  on  ne  t’avait  connu. 

Ne  sois  pas  de  ceux  qui  épouseraient  une  Maure, 

L’n  avorton  pourvu  qu’eíle  ait  beaucoup  d’argent, 

Si  tu  n’as  une  femme  de  quelque  bonne  famille 
L’argent  s’en  va,  et  la  béte  te  reste... 

En  terminant  ses  quatrains,  Tauteur  adresse  le  gracieux  sonnet  suivant 
aux  galants  hommes  et  poètes  Gimontois(l).  II  sera  sufRsant  de  faire 

(1)  Parmi  eux.  nous  citerons  : 

lean  de  Balmaria,  Picrre  de  Marcasaas,  de  SabnU i,  docteur  endroit,  F.  Gaussi.au 
F.  de  Nic.oLas ,  Barthèlemy  Rollat  qui.  tous,  avaient  adressé,  soit  en  latin,  soit  en 
français,  leur  tribut  d’adrairation  à  leur  distingué  compatriote. 

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—  146  — 

appréeier  son  talent  en  Tart  des  vers  français  et  rareraent  après  Tavoir  lu, 
il  ne  viendra  à  l’esprit  de  personne  de  se  plaindre  de  la  préférence  qu’Ader 
accorda  à  la  Muse  Gasconne. 

Ie  ne  veux,  ni  ne  puis  rae  taire  auecque  vous, 

Qui  succez  au  berçeau  la  bieu  disante  Muse, 

Et  quoy  qu’autre  subject  rnes  iunes  ans  amuse, 

Ie  veux  nourrir  mon  Arae  en  vostre  laict  si  doux. 

Ce  n’est  pas  que  ie  sois  ennuieus  ou  ialous, 

Mais  mon  àme  ne  peut,  endurcie  et  pierreuse, 

Venir  auprès  de  vous  corame  auprès  de  Méduse. 

Ayant  l’esprit  au  vers  si  viste,  si  fougous. 

Vous  aimez  tendrement  vostre  Muse  Gasconne 
Qui  docte,  riche  et  belle,  en  vostre  vers  résonne, 

Et  se  fait  escouter  au  langage  voisin. 

Ie  l’ayme,  mais  non  pas  pour  allumer  des  flammes, 

Mais  pour  remédier  aux  erreurs  de  nos  âmes, 

Et  me  dire  en  efifect,  d’àme  et  corps,  médecin . 

C’élait  là  à  proprement  parler,  de  la  part  du  jeune  médecin,,  qui  disser- 
tait  doctement  en  latin,  De  la  céracité  des  miracles  de  VEcangile  (1) 
el  de  la  Peste(2)y  faire,  en  style  demi-barbare,  aete  de  pure  courloisie. 

Cette  bonne  grâce  à  louer  ses  concitoyens  porta  ses  fmits  et  corame  nous 
l'avons  dit,  il  en  recueillit  plus  tard  une  riche  et  ample  moisson  de 
louanges. 

O)  Gnillelmi  Ader,  medici.  Enarrationes  de  aígrotis,  et  morbis  in  Euangelio. 

Opiis,  in  miraculorum  Christi  Domini  amplitudinem  Ecclesipe  Christianíe  elimatum. 

Tolosa\  apud  Dominicum  et  Petrum  Bos  (petit  in-8°).  M.  Dc.  XX. 

Trcs  totius  partes  : 

ín  prima ,  enarrantur  Aegroti,  quorum  dum  explicantur  morbi,  eorum  patria,  tem 
peries,  *tas  et  vit;e  conditio  inquiritur  :  hosque  arte  Medica  incurabiles  íuisse 
demonstratur. 

In  scrunda,  proponuntur  Medica  principia  ad  propositarum  morborum  cognitionem 
necessaria,  cum  acurata  Svrim  et  locorum  Terra*  Sancta)  topographia. 

In  tcrtia ,  Morborum,  qùibus  Aegroti  propositi  detinebantur,  datur  cognitio,  proe- 
dictio  et  Vniuersahs  eorum  curatio. 

In  finc  operis  continetur  oratio  hibita  'i’olosai  antiquam  has  Enarrationes  publice 
diceret.  Cum  iudice  ommum  partium  copioso. 

Cet  ouvrage  de  458  pages  est  dédié  à  :  Ulustrissimo  reverendissiino  que  viro  Dcr- 
nardo  l)a*sìs. 

Episcopo  Lumbariensi.  (Bibliothèque  Mazarine,  n°  23298.) 

Lfauteur  tâche  de  prouver  que  les  maladies  guèries  par  Jcsus-Christ  étalent  incu- 
rables  de  Jeur  nature  et  que  par  conséquent  le  miracle  élait  rèel. 

Mcad ,  avant  lui,  avait  traitè  ccttc  question  datis  son  comtnentaire  Dc  Morbis 
fìiblicus. 

Virjneul  Marcillc  assurc  qu’Ader  n’avait  composé  ce  livre  que  pour  en  faire  oublier 
un  autre  où  il  avait  hardiment  soutenu  ic  contraire.  11  nc  reste*  pas  de  trace  de  ce 
pr.  tondu  ouvrage  mèdico-Evansélique;  a-t-il  mème  jamais  cxistéf  Chi  lo  sa. 

(2)  (iuiJlelini  Ader  Medici.  'i  olosatis. 

De  Pestis  Cognitione  prccuisione,  et  remcdiis.  Proelectiones  in  libellulum  redachv 
(96  pagcs). 

il  le  dédie  cette  fois  : 

Ad  augustissimum  Nobilissimur.ique  Senattim  Tolosanum 
ToIosíc,  Tvpis  Kaim.  Colomeni.  Regis  et  Academiaï 

Tvpographi,  1628,  in-12.  (Bibl.  Mazarine.  nu  29584.)  Bibl.  nationale.  (Td.  53-82.) 

tíallcren  a  Uonné  uneanalysesufftsante  dans  la  fìibliot/i.  Anatomica ,  t.  n,  p.  492. 


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-  147  - 

Les  Quatrains  cTAder,  furent  fort  goûtés  dans  toute  la  Gascogne  et  mème 
au-delà ;  leur  vogue  dura  jusqu’â  la  fin  du  siècle  dernier. 

Pas  un  biographe  n*a  cité  autre  chose  de  lui ;  il  existe  cependant  à  la 
bibliothèque  Sainle-Geneviève  un  opuscule  inconnu,  découvert  en  1860 
par  féminent  et  regretté  M.  Léonce  Couture ,  l’un  des  Maîlres  qui  ont  le 
plus  contribué  à  enrichir  notre  histoire  locale. 

11  annonçait  aux  bibliographes  sa  précieuse  découverte  dans  unarticle 
insèré  dans  la  Revue  du  Bouquiniste ,  du  15  mai  1860. 

II  a  pour  titre  :  De  la  méthode  de  consulter  les  maladies  chirurgicales , 
divisée  en  quatre  parties,  savoir  : 

De  la  Cognoissance  du  sujet  que  l'on  traicte ,  la  Cognoissance  de  la 
maladie>  le  prognostique  et  la  cure  d'icelle .  Avec  un  sommaire  de  toutes 
sorles  de  consultes  et  exemples  familiers  sur  la  fin.  A  Paris,  chez  Cardin- 
Besongne,  au  second  pilier  de  la  grande  salle  du  palais,  1628,  35  pages 
in-12,  d’une  impression  très  serrée. 

Cette  publication  fait  suite  au  Parfaict  Chirurgien...  faict  en  latin  par 
P.-M.-A.  Chalmette,  nouvelle  traduction  par  Jean-Vigier,  docteur-médecin 
à  Castres...  et  il  est  probable  qu'il  n’en  a  jamais  été  séparé. 

Sur  le  verso  de  lapage  titre,  rimprimeur  dit :  «  Au  lecteur  Chirurgien... 

>  un  de  mes  amis  me  montra  ce  petit  traité...  je  le  fis  voir  à  quelques 
»  doctes-médecins  de  mes  amis,  lesquels  l’ayant  trouvé  très  bon,  me  con- 

>  seillèrent  de  l’y  joindre  au  Parfaict  Chirurgien  ce  que  j’ai  faict,  afin 

>  que  tu  en  reçoives  du  profit  et  l’auteur  de  la  gloire,  Adieu  ! 

Le  nora  du  glorieux  auteur,  était  écrit,  j’ai  oublié  de  le  dire  en  tête  du 
titre  :  Guillaume  Ader}  Corningeois. 

C’est  un  opusculecurieux  à  plus  d’un  titre,  quel’on  pourrait  appeler  la  Rhé- 
toriquedesChirurgiens.  Onserait  même  tenté  decroire  que  les  médecins  de 
M.dePourceaugnacavaientétudiéles  principeset  lesexemplesqu’ony  trouve. 

II  ressort  de  cette  sommaire  analyse  de  ses  ceuvres  qu’Ader,  doit  être 
considéré  comme  un  lettré,  plus  qu’un  lettré,  un  érudit,  épris  de  l’antiquité. 
Si  nous  en  croyons  le  témoignage  de  ses  conteraporains,  il  a  joui  comme 
médecin  d’une  grande  célébrité.  D’après  le  P.  Monlgaillard  il  aurait  été 
attaché  à  ce  titre  à  l’hôpital  de  la  Grave,  de  Toulouse,  ( ad  pontem  Garonce) 
durant  nombreuses  années. 

Comme  poète,  son  nom  ne  fìgure  pas  sur  les  registrçs  de  l’Académie  des 
Jeux  Floraux,  ce  qui  prouve  qu’il  n’a  jamais  concouru.  Quoique  contem- 
porain  de  Goudelin,  et  babitant  la  mème  ville,  le  célèbre  poète  Toulousain 
ne  le  nomme  nulle  part  dans  ses  oeuvres  connues. 

II  mourut  à  Toulouse  vers  1645.  Malheureusement  ce  ne  sont  que  des 
présompiions,  toute  certitude  à  cet  égard  nous  faisant  défaut. 


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Quelques  esprits  inquiets  se  sont  émus  de  Thommage  posthumeque  nous 
rendions  à  des  poètes  ayant  écrit  leurs  oeuvres  dans  rantique  verbe  du 
terroir,  en  nous  attribuant  des  tendances  séparatistes  que  nous  ne  parla- 
geons  pas. 

Nous  n'entrerons  pas  dans  la  sphère  de  l'esthétique  pure  qui  ne  saurait 
avoir  sa  place  ici,  raais  nous  sommes  bien  à  Taise  pour  donner  notre  avis 
sur  une  question  à  la  mode  de  nos  jours. 

L’unité  du  verbe  national  a  reçu  la  consécration  des  siècles,  des  chefs- 
d'oeuvres  de  nos  écrivains,  et  la  loi  évolutive  interdit  de  rebrousser  chemin. 
Nous  ne  chercberons  donc  pas,  malgré  la  piété  de  nos  souvenirs,  à  nous 
distinguer  de  la  grande  patrie.  Respectueuxdu  passé,  nous  savons  tropque 
rimmortello  Révolution  a  tout  fondu  et  unifié  dans  sa  tempête  rénovatrice 
et  qu'il  n‘y  a  plus  aujourd'hui  que  la  France  et  des  Français. 

Mais,  si  la  Gaseogne  a  été  conquise  de  bonne  heure  à  Tidéal  moderne, 
il  n ‘y  a  pas  de  mal,  il  me  semble,  à  ce  qu’elle  ait  conservé  son  indivi- 
dualité  propre  cn  restant  très  Gasconne,  réalisant  ainsi  Funité  dans  la 
variété. 

Quant  à  nous,  fidèles  à  la  tâche  que  nous  poursuivons,  nous  continue- 
rons  à  mettre  en  pleine  luraière,  croyant  en  cela  faire  oeuvre  utile,  les 
trésors  littéraires  qai  nous  ont  été  légués  par  des  aïeux  illustres  et  qui  cons- 
tituent  un  patrimoine  dont  nous  devons  être  fiers. 

Notre  admiration  est  acquise  sans  réserve,  à  ces  poètes  qui  ont  chanté 
leur  pays  dans  leur  dialecte  maternel,  pour  Famour  qu’ils  n  ont  cessé 
d ‘avoir  pour  leur  berceau,  leur  langue  et  leur  histoire. 

lls  nous  sont  d  autant  plus  chers,  qu’ils  ont  exprimé  en  des  vers  qui 
sentent  bon  la  terre  natale  et  qui  vous  bercent  comme  les  légendes  des 
aïeux  toutes  les  splendeurs  et  les  grandeurs  de  leur  coin  de  terre. 


DASTRÛS  (Jean-G-éraud) 


Dastros  méritc  dctre  placé  au  prcmier  rang  des  PoiHes  Gascons  du 
xvne  siècle,  car  il  eut  lc  mérite  de  restituer  à  la  Poésie  Gasconne  son  vrai 
caractère,  c'est-à-dire  franche,  causlique,  pétillante  d’esprit  Gaulois  et  de 
sans  façon.  II  íaut  rendre  hommage  à  son  talent,  pour  avoir  maintenu 


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dans  ses  oeuvres  et  cela  avec  un  soin  extrême,  la  pureté  de  Tldiome 
Gascon,  sa  langue  maternelle,  de  telle  sorte  que  ses  vers  ne  nous  restent 
pas  seulement  comme  des  modèles  en  poésie,  mais  aussi  corame  de  pré- 
cieux  monuments  de  linguistique. 

Chaudon ,  de  Mézin,  un  de  ses  biographes,  et  après  lui  MM.  Léonce 
Couture  et  Cénac  Moncaut  (1),  ainsi  que  tous  ceux  qui  se  sont  occupés 
du  Poète,  ont  assigné  Lagarde  Firmançon  (2),  petite  coramune  du  canton 
de  Lectoure,  comme  lieu  de  sa  naissance;  le  public  a  jusqu’à  ce  jour 
partagé  cetle  erreur  qu’il  est  de  notre  devoir  de  faire  disparaître. 

Ce  Poèie  est  né  le  premier  aout  1594,  à  Saint-Clar  de  Lomagne,  et  plus 
exactement  à  Jandourdis  (réunion  de  quatre  maisons  à  200  mèlres  de 
ragglomération  de  Saint-Clar),  corame  latteste  l’Exlrait  du  It«gistre  dcs 
baptèmes  de  cette  paroisse  : 

«  Le  premier  jour  du  mogs  d'aoust  et  an  que  dessous  mil-cinq-cens 
nonante  et  quatre  fut  baptgsé  ung  enfant  de  Antoine  Dastros  tailheur 
et  de  Janne  de  Sarte  sa  famme,  et  fut  parrin  Githaume  Arquier  de  la 
ville  de  Beaumont ,  et  Janne  de  Roubin  marrine  estant  aussy  de  Beau - 
mont ,  et  le  dit  enfant  fut  nommé  Gilhomme  (sic)  et  fut  baptysê  par  moy. 

»  Signc  :  DA  URA  T%  vicaire.  * 

La  production  de  cet  acte  de  baplôme,  qui  a  paru  dans  une  de  nos  éludes 
antérieures,  nous  a  valu  de  sérieuses  objections  que  nous  allons  essayer  de 
réfuter. 

II  serait  puéril  de  chercher  des  preuves  sur  le  lieu  de  la  naissance  de 
notre  Poète,  lorsque  nous  avons  à  notre  portée  le  lémoignage  de  l’intéressé 
qui  le  précise  lui-mème,  page  135.  Vol.  n.  Edition  Tailhade  1869. 

«  Gouèro  que  soun  Dastros  de  Sent  Cla  de  Loumaigno  » 


(1)  M.  Cénac  Moncaut  est  Tauteur  d’une  étude  sur  ]e  poète  parue'dans  Ja  Ruouc 
(T  Aquitainc. 

M.  Léonce  Couturc  s’est  à  son  tour  occupé  du  joveux  chantre  de  l’Arrals,  et  il  lul 
a  consacré  maints  articles  remarquables  disséminés  soit  dans  ia  rnênie  Rcvuc  soit  dans 
la  Reoue  de  Gascogne. 

(2)  Cette  erreur,  comine  l’explique  très  bien  M.  Silvio  d’Esparbès  dans  une  notice 
sur  ie  poète,  est  le  résultat  d’une  coníusion  de  noms. 

11  existait,  en  etîet,  dii-il,  à  la  même  époque,  un  Antoine  Dastros,  prétre  et  rec- 
leur  de  Lagarde-Firmanço/iy  probablement  proche  parent  de  celui  qui  nous  occupe. 
Ce  prétre  vint  à  Saint-Clar,  le  l6*  août  1647,  pour  servir  de  parrain  à  une  íillc  de 
Pierro-Hèlio8  et  de  Maric  Dastros. 

L’extrait  de  baptéme  ci-après  en  fait  foi  : 

«  \je  premier  jour  du  mois  daoust  1647  fust  baptizée  une  íilhe  de  Pierre-Hclies  et  dc 
Marie  Dastros,  parrin  M#  Anthoine  Dastros,  prétre  et  recteur  de  Lagarde-Firmanyon, 
marine  Bertrande  Lafitte,  feust.  apellée  Bertrande  et  baptizée  par  moi.» 

»  Signé  :  Bllin,  rectcur  de  Sainte-Cathcrine.  » 

( Rcouê  dc  Gascogne ,  t.  xxxvn,  p.  37.) 


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et  implicitement  dans  toutes  ses  oeuvres,  par  l’amour,  la  prédilection  avec 
laquelle  il  parle  de  cette  localité,  notamment  dans  sa  dédicace  «aa  Legidou 
Gascoûn  »  placée  en  tête  de  son  Poèmedes  Saisonsetaussi  dans  la  descrip- 
tion  qu'il  fait  de  la  Vallée  de  V Arrats ,  dans  ses  Eléments .  (Voir  Ed. 
Tailhade,  la  Terre,  vers  544  et  suivants. 

Dastros  est  originaire  de  Saint-Clar,  cela  ne  fait  pas  de  doute,  et  c’est 
dans  les  registres  de  baptème  de  cette  localité  qu’il  faut  chercber  la  date  de 
sanaissance. 

Mais  quelle  est  à  peu  près  cette  date  ? 

Dans  son  Ode  à  Goudelin  (page  296.  Vol.  i.  Edit  Tailhade),  Dastros, 
dit  en  parlant  de  son  àge  : 

Qu'en  é  cinquante  o  daouantatge  J’ai  cinquante  ans  ou  davantage 

Si  moun  baptistari  nou  mint.  Si  mon  baptistaire  ne  ment. 

Dans  la  réponse  de  Goudelin  (page  300  et  301),  nous  lisons  : 

Tres  poezios  en  un  tome  Trois  poésies  en  un  tome 

D’Elomens,  Sazous  è  Noels  D’Eléments,  Saisons  et  Noéls 

Nous  desplegon  daban  Jes  èls  Nous  étalent  devant  les  yeux. 

Las  coundicious  d’un  galant  home  (1).  Les  qualités  d’un  galant  homme. 

Ainsi  donc,  c’est  en  envoyant  en  hommage  ce  volume  que  Dastros 
adressait  son  Ode  à  Goudelin.  Or  nous  trouvons,  page  197,  Vol.  i.  Ed. 
Tailhade  : 

Loa  Triinfé  de  Nouèls  Gascous,  imprimadis  pe’l  prumé  cop  en  l’annado  milo 
siés  cens  quaranto  très. 

Le  Triomphe  des  Noèls  Gascons,  imprimés  pour  la  première  fois  en  l’année  mil 
six  cent  quaraute-trois. 

Les  Eléments  parurent  en  1642  (voir  en  tete  du  volume  i,  même 
édition)  : 

Lou  Trimfe  de  la  Lengouo  Gascoue,  aus  pledegats  de  las  Quotiate  Sasous  e 
deous  quoùate  Elomeas  à  Toulouse,  m.  dc.  xlii. 

l.e  Triomplie  de  la  Langue  Gasconne  aux  plaidovers  des  Quatre  Saisons  et  des 
quatre  Elcmenls  à  Toulouse  (1642). 

Nous  avons  toutes  les  raisons  de  croire  que  c’est  après  1643  que  Dastros 
envoya  son  Tome  à  Goudelin,  puisqu’il  renfermait  les  Eléments  et  les 

(1)  Nous  n’avons  pu  trouver.  de  stances  de  Dastros  imprimées.  II  en  a  faitouisont 
restées  inódites  et  qui  constiiuaient  lo  recueil  de  ses  poésies  posthumes  recueillies  par 
M.  Molas,  curé  de  Saint-Clar,  en  quatre  cahiers  in-4#.  C’est  pourquoi  nousavons 
substitué  dans  notre  édition  Sa#ous  à  Stanços ,  ie  premier  volume  ne  comprenant 
que  les  poésies  imprimées  de  notre  poète.  —  [note  de  l’êdithuh.] 


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Noéls,  et  jamais  avant  cette  époque,  en  toul  cas  dans  un  temps  voisin  de 
celui-Ià. 

Si  nous  retranchons  cinquante  de  1644,  nous  tombons  sur  1594..  . 
précisément  l’annce  où  nous  trouvons  oonsignée  la  naissance  d’un  certain 
Dastros. 

II  est  bon  de  noler  que  Ies  Extraits  de  baptème  existent  dans  Ies  Archives 
de  Saint-Clar  pour  20  ou  30  années  anlèrieures  à  1594  et  pour  80  aunées 
postérieures  et  que  parmi  eux,on  ne  rencontre  au  nom  de  Dastros  que 
l’Extrait  de  naissance  d’une  sceur  de  celui  dont  on  trouve  le  baptênie  cou- 
signé  en  1594  et  qui  est  ainsi  conçu  : 

c  Le  xxn i  du  dit  morjs  de  juíiet  et  an  que  dessous  mil  cinq  cens 
nonanie  et  huict  fut  baptysé  une  filhe  de  Antoine  Dastros  taiíheur  plus 
cieux  et  de  Janne  de  Sarte  sa  famme  et  fut  parrin  fratj  Petj  et  Janne 
de  Cauboue  sa  famme  marrine  et  la  dite  fiihe  fui  nommèe  Janne  etfut 
baptysé  par  moi.  Signé  :  DA  URA  T.  » 

On  sait  que  1‘abbé  Daslros  avait  effectivement  unesoeur,  voir(page  128, 
Ed.  Tailhade.  Vol.  n),  l’Epigramme  : 

D’un  boucin  de  car  de  bieil  fcétet.  D’un  morceau  de  viandede  vieux  veau. 

II  resterait,  il  est  vrai,  l’objection  du  prénom,  qui  nous  a  étó  faite  dans 
la  Recue  de  Gascogne ,  T.  xxxvii,  page  38,  avec  les  preuves  justificatives 
suivantes  : 

«  En  dehors  de  son  acte  de  baptôme,  il  napparait  pas  que  Dastros  ait 

>  jamais  été  désigné  sous  le  prénom  de  Guilhaume  ;  dans  tous  les  actes 
»  notariés  où  il  est  intervenu,  il  a  toujours  été  qualifié  :  «  Jan  Gérault , 

»  ou  Jan  Gêraud.  » 

«  Ainsi,  c’est  Jan  Gérauld ,  qu’il  est  nommé  dans  la  Convention  devant 

>  Me  Castèra ,  notaire,  du  24  juin  1612,  passée  entre  lui  et  les  Consuls 

>  de  Saint-Clar.  > 

«  C’est  sous  les  mêmes  prénoms  qu’il  est  désigné  au  «  testemens 
»  à'Anne  Desparbès  damoyselie  »  passê  devant  le  mème  notaire  le 

>  15  janvier  1613  et  où  il  comparaît  comme  témoin.  » 

«  C’est  encore  et  toujours  les  mèmes  prcnomsqui  lui  sont  assigncs  dans 

>  les  divers  actes  retenus  par  le  snsclit  notaire,  soit  corame  partie,  soit 

>  comme  témoin  sous  les  dates  des  18  mai  1614,  26  juin  1616,  21  décem- 
»  bre  1620  (Svndicat  des  prètres  obituaires  de  Saint-Clar),  23  mai  1626, 

>  26  avril  1633,  17  aoùt  1636.  • 

Comme  complément  à  cc  qui  prccède,  nous  ajoutcrons  que  dans  une 


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pièce  éerite  en  latin  du  11  juillet  1646,  émanant  de  rEvêché  de  Lec- 
toure,  qui  retire  â  Dastros  la  chapelle  Jauleti ,  alias  de  Piger ,  dont 
il  sYìtait  atlribué  radministration,  ce  dernier  est  appelé  Dastros  Gé - 
raldus . 

Enfin,  dans  Tédilion  princeps  des  Saisons  1639,  notre  poète  est  désigné 
sous  le  prénom  de  Ioiian  G  VIRA  VD . 

Faut-il  en  conclure  que  Tabbé  Dastros  de  Saint-Clar  n  a  pas  d'extrait  de 
baptême  ou  quon  a  oublié  de  lui  en  faire  un?  tel  n'est  pas  notre  avis. 
Nous  persistons  à  croire  qu’il  a  été  inscrit  sous  le  prénom  de  Guilhaume  et 
que  celui  de  Guiraud  ou  Géraud  qu'il  s’attribue  plus  tard,  il  Ta  adopté, 
suivant  en  cela  une  coutume  très  répandue  dans  le  pays  où  une  foule  de 
personnes  prennent  ou  portent  un  prénom  tout  autre  que  celui  qui  est 
consigíié  sur  leurs  actes  de  Tétat-civil. 

Pénétré  de  cette  conviction,  nous  continuerons  à  le  désigner  par  celui 
qu’il  s’est  choisi  et  sous  lequel  il  est,  généralement,  connu  dans  ses 
oeuvres. 

Le  père  Dastros,  éleva  péniblement.  sa  jeune  famille.  Jean  Géraud,  sur- 
tout,  doué  d'un  tempérament  malingre  et  chétif,  fut  Tobjet  d’une  sollicitude 
toute  particulière.  Gràce  aux  soins  dont  il  fut  entouré,  l’enfant  grandit 
dans  ce  milieu  de  gène  el  de  travail. 

II  n'en  conserva  pas  moins  une  certaine  débilité  à  laquelle  se  joignait 
une  infìrmité  pliysique;  car  Jean  Géraud  était  bossu.  L’expression  vul- 
gaire  qui  dit  qu’un  bossu  a  son  esprit  dans  la  bosse  n'esl  pas  si  îoin  de  la 
vérité  qu’on  pourrait  le  croire,  car  il  est  certain  que  si  le  bossu  n'a  pas  son 
csprit  dans  la  bosse,  il  Ta  peut-être  par  sa  bosse. 

Quoiqu’il  en  soit,  gràce  à  sa  vive  intelligence  et  à  l’intérèt  qu’il  sut 
inspirer  au  curé,  celui-ci  lui  apprit  les  premières  notions  de  latin.  Ses  pro- 
grès  furent  rapides  et  à  la  faveur  de  ces  heureuses  dispositions  on  le  des- 
tina  de  bonne  heure  à  Fétat  ecclésiaslique. 

A  cette  époque,  rArchevôque  avait  dans  ses  attributions  rorganisation 
de  rinslruction  Publique  dans  son  Diocèse;  il  en  était  le  chef  età  ce  litre 
il  procédait  à  la  nomination  des  Rêgents  dans  lcs  Ecoles.  II  en  exergait 
rautorité  soit  par  lui-même  ou  par  ses  Evèques  ou  ses  Vicaires  généraux 
auxquels  il  déléguait  ses  pouvoirs.  Mais  le  droit  de  nominaiion  n  etait  pas 
toujours  exercé  par  eux  et  il  arrivait  souvent  que  les  Consuls  choisissaient 
eux-raêmcs  leurs  Régents  et  traitaient  directement  avec  eux  au  nom  de  la 
eoinmune  pour  les  mettre  en  possession  des  Ecoles. 

C  est  aiusi  que  nous  voyons  les  Consuls  de  Sainl-Clar,  par  une  Con- 
vention  d'une  durée  d’un  an,  en  date  du  24  juin  1612,  traiter  avec  Jean 
Gcrauld  Dastros  et  Anthoine  Hélies,  escoliers ,  pour  instruire  les  enfants 


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de  la  comraune  avec  le  titre  de  Régents,  aux  clauses  et  conditions  stipulées 
dans  l’acte  (1). 

Cette  situation  était  très  enviable  surtout  pour  des  écoliers,  car  outre  les 
avantages  matérieis  qu’elle  procurait,  les  Régents  jouissaient  d’une 
véritable  considéralion  par  la  dignité  de  leur  conduite  et  par  les  services 
qu’ils  rendaient  aux  familles. 

Ses  engagements  pedagogiques  terminés,  Géraud  entra  au  Séminaire 
de  Toulouse.  Le  pèreDastros  dut  s’imposer  de  nouveaux  sacrifices.  Jouis- 
sant  d'une  modeste  aisance,  il  tirait  ses  ressources  de  son  mélier  de  tail- 
leur,  pen  lucratif  à  la  campagne,  et  du  produit  de  quelques  lopins  de  terre 
qu'il  possédait  dans  la  commune.  Pour  menerà  bien  son  èdïication,  il  dut, 
en  date  du  18  mai  1614,  par  conlrat  passé  devant  Me  Casléra,  nolaire, 
vendre  une  pièce  de  terre  pour  etre  employée,  comme  il  est  dit  daus  racte, 
â  pousser  son  fils  aux  Saints  Ordres  (2). 

A  la  tín  de  sesétudes,  le  jeune  clerc  regut  de  l’Evèque  de  Lectoure,  avec 
l’ordre  de  prêtrise,  la  charge  de  vicaire  de  Saint-Clar  de  Lomagne,  témoi- 
gnage  de  confiance  exclusivement  réservé  â  son  mèrite  et  à  ses  brillantes 
qualités.  Depuis  le  20  mars  1616,  jusqu’en  avril  1647,  il  signa  les  regis- 
tres  de  baptème,  de  mort  el  de  mariages  de  la  paroisse  de  Saint-Clar  con- 
jointement  avec  deux  autres  vicaires  ses  collègues  et  avec  le  curé  qui  le 
plus  souvent.  abandonnait  cette  besogne  à  ses  subordonnés. 

Tout  entier  au  devoir  de  son  ministère,  il  n'en  cherchera  pas  moins  de 
nouveaux  débouchés  pour  donner  un  alimenl  à  son  aclivité  et  au  désir 
d’augmenter  ses  ressources  pour  venir  en  aide  aux  siens. 

La  chapelle  Jauleti  (3),  alias  de  Piger,  étant  sans  titulaire,  Dastros, 
comme  il  aétédit  plus  haut,  s’en  attribua  radministration  jusqu’au  raois 
de  juillet  1626. 

Le  20  mai  1626,  il  passe  une  nouvelle  Convention  avec  les  consuls  de 
Saint-Clar  (4).  En  vertu  du  dit  acte,  il  s’obligeait  avec  Jean  Bernard 
Helies ,  avocat,  à  instruire  Jes  enfants  de  la  commune  pour  la  durèe  d’une 
année.  On  n’a  pu  trouver  trace  d’aucun  acle  fixant  le  clioix  des  Consuls 

(1)  Voir  Antiexe  A. 

(2)  On  peut  en  juger  par  Textrait  ci-après  tl’un  acte  passé  devant  Mc  Castêra. 
notaire.  en  d«ìte  du  18  raai  1614.  De  ee  contrat  il  appnrait  que  «  Anthoine  Dastros  et 
M'  Jean-Gêrauld  Dastros,  eseholiei,  père  et  fll.s,  habitans  -le  Saint  (’lar.  tous  denx 
ensemble  l’ung  pour  rautre  et  ung  chacun  d’eulx  seul  pour  tous,  ont  vendu  à  Jan 
Castèra  une  pièce  de  terreen  la  juridiction  de  Saim-(’lar,  parsan  d’Enuualin.  j)artie 
en  guaret  et  partie  semce  de  bled,  pour  le  prix  de  trcnte-six  livres  tournoises.  que  les 
dits  vendeurs  ont  retiré  du  dit  achepteur  pour  icelie  eraployé  pour  pousser  M  Jeau 
Gérauld  Dastros  aux  saints  ordres.  » 

(Rcouode  Gascogne.  t.  xxxvu,  p.  39.) 

(3)  A  cette  date  í’évéque  de  Lectoure  retira  ceite  chapelle  indúment  occupée  par 
Dastros  et  l’attribua  à  Louis  Rlot ,  bacheiier  en  ihéologie.  Cette  pièce  esi  éerite  en 
latin  et  porte  le  cachet  de  l’évéché  de  Lectoure. 

(4)  Voir  Annexe  B. 


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sur  de  nouveaux  Régents,  ce  qui  ne  déraontre  nullement  que  le  vicaire  de 
Saint-Clar  ait  occupé  ces  fonctions  jusqu'à  sa  mort. 

Le  xvii0  siècle  s’était  ouvert  en  Gascogne  par  une  sorte  de  renaissance 
romane  dans  une  période  française.  Un  coup  d'oeil  en  arrière  nous  semble 
indispensable  pour  comprendre  les  transforraationsqui  s'étaient  opérées. 

Les  Poètes  de  la  Pléiade  appartenaient  à  cette  décadence  littéraire  qui 
suit  toujours  les  décadences  politiques.  Tout  meurt  à  la  fìn  du  xvi®  siècle 
sous  l’étreinte  du  despotisme,  de  raème  que  le  sens  moral  et  la  vieille 
gaieté  dont.  Villon  et  Marot  avaient  porté  la  bannière  toute  nationale. 

•Avec  Henri  IV,  la  patrie  semble  se  réveiller  de  sa  léthargie;  Tesprit 
s  emancipe.  On  sent  renaître  la  belle  humeur  Gauloise  et  le  rire,  le  bon 
rire  comprimé  par  les  Valois ,  éclate  bruyamment  à  la  venue  du  Bourbon 
vert  galant  «  qui  se  complaisait  aux  gaillardises.  » 

Henri  IV  mourut  trop  tôt.  Les  germes  seuls  d’une  révolution  intelleo 
tuelle  furent  jetés  par  lui.  La  pléiade  renonce  dès  lors  à  ses  entreprises  et 
restitue  au  vieil  esprit  Gaulois,  si  net,  si  naïf,  si  pénétrant,  si  malin,  la 
direction  du  goùt  et  de  rinlelligence;  Marot .  reste  maître  de  la  place  que 
Ronsard  lui  avait  disputée. 

L  ecole  de  Malherbe  et  de  Mathurin  Regnier  arrive  à  son  tour  servant 
d’introduction  au  xvne  siècle,  qui  ratifiera  le  traité  de  paix  détìnitif  entre 
Tesprit  Gaulois  et  lantiquitè. 

Le  dialecte  Gascon  subit  à  la  môme  époque  riníluence  de  cette  transfor- 
mation.  Tandis  que  Du  Bartas ,  les  deux  Garros  et  Ader  se  rattacheront  à 
la  manière  de  la  pléiade,  le  vêritable  représentant  de  la  nouvelle  école  sera 
sans  contredit  notre  Hésiode  Gascon,  le  poète  Saint-Clarais  Dastros. 
Familiarisé  de  bonne  heure  avec  ceite  poésie  indigène,  qu'il  devait  faire 
briller  d’un  si  vif  éclat,  il  s’inspira  des  ceuvres  de  ses  compatrioles,  de 
Du  Bartas  principalement,  dont  la  gloire  n'avait  pasencore  subi  d’atteintes. 

Ce  fut  alors  le  beau  temps  de  la  littérature  patoise,  car  la  Muse  vulgaire 
fut  appelée  à  tenir  dignement  sa  place  dans  toutes  les  fètes,  dans  les  salons 
des  grands  et  jusque  dans  les  séances  Académiques,  venant  aiguillonner  la 
belle  humeur  de  ces  rèunions,  comme  si  le  langage  vulgaire  avait  eu  le 
privilège  de  tout  oser  et  de  tout  dire. 

Dasiros  s’attacha  surtout  à  faire  ressortir  le  mérite  du  dialecte  de  sa 
toute  petile  patrie  la  Lomagne.  Tandis  que  le  poète  Lectourois  Pey  de 
Garros  donnait  à  la  langue  Gasconne  des  limites  généreuses  de  la 
Garonne  aux  Pyrénées,  Géraud,  rétrceit  considérablement  ces  bornes  en 
ne  dépassant  pas  un  territoire  de  sept  licues  : 

Goué,  qu’es  la  soulo  lègitimo,  Vois,  c’est  la  seule  légitime, 

Qu’es  la  tlou,  la  pérlo,  è  la  primo.  C’est  la  íleur,  la  perle,  le  printemps, 


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—  155  — 


Qae  parlo  Iou  Gascouu  courau,  Que  parle  le  vrai  Gascon, 

Lou  Gascoun  blous  è  naturau  Le  Gascon  pur  et  naturel 

En  un  majoulét  de  sét  léguos. . .  Dans  un  rayon  de  sept  lieues... 


Le  Français  faisait  à  cette  êpoque  d'immenses  progrès  ;  comme  son  aîné 
Pey  de  Garros ,  il  se  plaint  de  cet  envahissement  et  s’élève  contre  certains 
de  ses  concitovens  qui  affectent  d’ignorer  leur  langue  maternelle  et  il 
cherche  à  combattre  l’intrus. 

Aussi  leur  donne-t-il  des  conseils,  quand  il  leur  dit  : 


Crey-me,  Gascoun,  n’ajos  bergoûigno 
De  nosto  lengoiio  de  Gascoiiigno, 

Ni  de  Taugi,  ni  d'en  parla 
Coumo  à  Laytouro,  é  à  Sent  Cla. . . 


Crois  moi,  Gascon,  ne  rougis  pas 
De  notre  langue  de  Gascogne, 

Ni  de  l’entendre,  ou  de  la  parler 
Comme  à  Lectoure  et  à  Saint-Clar. 


II  trouve  les  dialectes  voisins  horriblement  corrompus,  mêlés  d’expres- 
sions  batardes  qui  déshonorent  la  pureté  de  leur  origine,  en  comparaison 
de  la  sienne  qui  est  vierge  de  tout  mélange  : 

E’  la  nosto  ses  ourresio  Et  la  notre  sans  impuretés 

Neto  coumo  béro  bassio  Propre  comme  une  belle  bassine 

N’a  nat  mescladis,  ni  nat  fard,  Ne  possède  nul  mélange,  ni  fard, 

Nat  mot  estrani,  ni  bastard...  Nul  mot  étranger,  ni  bàtard... 

Aussi  pure  que  le  Latin  et  le  Grec,  et  qui  sans  notre  négligence  et  le  peu 
d’enthousiasme  et  l’ingratitude  que  nous  avons  pour  elle  : 

Se  pouyra  fourma  un  Bergil,  Pourrait  engendrer  un  Virgile, 

Un  Démousténo,  ou  un  Ouméro  ..  Un  Dèmosthène  ou  un  Homèrc ... 


11  commença  sa  carrière  poétique  par  des  Noels  (1),  qui  furent  couronnés 
d’un  plein  succès;  il  la  manie  très  bien  cette  langue  et  dans  cette  versifica- 
tion  il  s’y  montre  déjà  petit  maître.  Toutefois  sa  notoriété  restera  durant 
quelques  années  purement  locale  ;  ce  n'est  encore  que  le  bouton  noir  de 
Mars  qui  précède  la  feuille. 

Ne  possédant  d'autres  ressources  que  les  3  ou  400  francs  de  casuel  de 
son  Eglise,  il  vit  péniblement  dans  la  gène.  Son  esprit  léger  et  sa  bonne 
humeur  lui  ouvrent  la  porte  des  châteaux  et  des  riches  demeures  bour- 
geoises.  On  se  dispute  l'honneur  d’avoir  à  sa  table  le  \  lus  aimable  dos 
poètes  et  Je  plus  spirituel  convive  de  la  Gascogne.  Dastros  paie  esprit 
comptant  ses  bienfaiteurs  en  leur  adressant  des  odes,  des  soiìncts,  des 
quatrains,  des  compliments  et  des  suppliques  qui  provoquent  des  largesses, 
amenant  un  peu  de  bien-ètre  dans  son  intérieur. 


(1)  Voir  Bibliographie. 


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—  156  — 

C’est  ainsi  qu’il  adressera  des  vers  à  M.  le  baron  de  Laille ,  à  M.  de  Ville - 
franche  et  à  la  marquise  de  Castelnau,  à  M.  de  Pellejigue ,  à  M.  de 
Lahriffey  à  M.  de  Lamothe  et  à  Mrae  d’Urdensfh  Mlle  et  à  M.  de  Magnas , 
à  M.  de  Mérens ,  à  M.  d’A xjgues-Mortes,  à  M.  dc  Larlat,  à  M.  Caponel , 
à  M.  de  Sensoué ,  à  M.  cfe  Garros ,  conseiller,  à  M.  de  Gounin ,  à  M. 
Salesf  à  MHo  dela  Roche ,  à  Mlle  cfe  Lasplagnes ,  au  Seigneur  de 
Tournecoupe ,  au  Z)ac  d’Epernon  et  à  *Sa  Majesté  Louis  XIII ,  etc. 

II  dédiera  son  Poème  des  Saisons  à  ses  Amis,  ou  plus  tôt  les  Saisons 
elles-mêmes  encouragées  par  la  bienveillance  d’un  premier  accueil,  revien' 
dront  toutes  rajeunies  se  présenter  à  leurs  yeux  : 

Lou  prumè  cop  éros  éron  toutos  encrumados  de  poou,  més  l’amistous  Aste  de 
bostos  fabous,  en  las  aoue  ta  plan  accoueïlhidos,  a  dessipat  toutT  aquero  cruma- 
téro,  è  las  a  rendudos  esclaridos  coumo  un  jour  de  May,  arrisclados  coumo  de 
Dounzelos,  è  arresouludos  coumo  Bartolo.  Atau  eros  tournon  tant  estérloment 
s’arrasoiia  daouant  bousaus,  qu’après  bous  aoué  héyt  couhessa  qu’eros  parlon 
lou  més  courau  Gascoun  de  Gascougno,  et  un  de  mes  béts  lengatges  deou 
moun,  etc.  . 

La  première  fois  elles  étaient  embrouillardées  par  la  peur,  mais  l’astre  amical  de 
vos  faveurs,  en  les  ayant  si  bien  accueillies,  a  dissipé  cet  épais  nuage  et  les  a  ren- 
dues  claires  comme  un  jour  de  mai,  riantes  comme  des  jeunes  fìlles,  et  résolues  eomme 
Barthole.  C’est  ainsi  qu’elles  reviennent  si  habilement  discuter  devant  vous.  qu’aprés 
vous  avoir  fait  oonfesser  qu’elles  parleut  le  plus  pur  Gascon  de  la  Gascogne  et  un  des 
plus  beaux  langages  de  l’univers,  etc. . . 

Plus  tard,  il  placera  ses  Quatre  Eléments,  sous  la  protection  de  la 
noblesse  de  Lomagne,  prise  en  bloc,  après  avoir  été  prise  en  détail.  II 
chantera  ses  louanges,  en  lui  disant  : 

Bousaus  (messeionous)  qu’éts  tout  autant  de  Soureils  é  de  Lugras,  qu’éts 
tout  jamés  suu  Treslux  de  bosto  bertut,  que  lusichéts  nóyt  é  dio  sur  noste  moun 
Gascoun  ;  qu’esclaïrats  soun  Poble  de  las  arrajos  de  bostés  bous  eychimples,  è 
que  l’escauhurats  dab  Ioqs  lams  de  bostos  fabous  ;... 

Vous  autres  (mhsshigneurs)  vous  êtes  autant  de  Soleils  ei  d’Etoiles,  vous  ctes  à 
tout  jamais  dans  l’éclat  de  votre  vertu,  qui  resplendissez  nuitet  jour  sur  notre  mont 
Gascon,  qui  èclairez  son  Peuple  du  rayonnement  de  vos  bons  exemples,  et  le 
réchauffez  avec  les  ílammes  de  vos  faveurs;  .. 

Ses  rapports  avec  tous  les  Seigneurs  sont  donc  des  plus  cordiaux.  Aussi 
ne  eraint-il  pas  de  dévoiler  sur  le  ton  le  plus  badinetleplus  philosophique 
le  vide  de  sa  bourse  et  de  son  patrimoine. 

D’or  ni  d’argent  jou  n’é  baloho  D’or  ni  d’argent  n’ai  presque  rien 

Jou  n’é  fruto  berdo,  ni  gloho.  Je  ne  possède  ni  fruit  vert,  ni  trop  mùr. 

Enfln  jou  soun  coum’  bèt  ermou,  Eníìn  jesuis  un  pauvre  abandonnè, 

E  frét  é  nut  coum’  bét  bérmou  :  Transi  et  nu  commeun  ver : 


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Jou  soun  misérable  é  praubet ;  Je  suis  misérable  et  besoigneux  : 

Jou  soun  un  praube  polonquet. . .  Je  suis  un  homme  de  rien... 

Jou  n’augu  jamés  arrendayre,  Je  n’eus  jamais  de  íermier, 

Nat  houresté,  ui  nat  houtjayre,  Ni  forestier,  ni  bêeheur, 

Ni  nat  daillayre,  ni  nat  boué.  Nul  faucheur,  ni  bouvier. 

Quan  jou  sauti,  tout  moun  ben  sauto...Quand  je  saute,  tout  mon  bien  saute  .. 

Les  chatelains  ne  se  font  pas  de  scrupules,  piqués  au  jeu,  de  caresser  la 
Muse  à  leur  tour;  il  s’en  suit  un  commerce  où  la  familiarité  et  le  badinage 
se  font  jour. 

Une  année  d’abondance  de  fruits,  il  écrit  à  M.  d’Aigues-Mortes  : 

Moussur,  m’an  dit  que  bostos  coumos  Monsieur,  on  m'a  dit  que  vos  vallons 
Aouén  arregautat  de  poumos  Avaient  regorgé  de  pommes 

En  ta  gran  quantitat,  engouan,  En  si  grande  quantité  cette  année, 

Que  lou  tessoun,  é  més  lou  can,  Que  vos  cochons  et  mème  vos  chiens, 

E  més  lou  bouéou,  s’en  arrigôlo,  îMème  vos  bceufs,  s’en  repaissent, 

Tant  bous  ne  héts  à  la  pouriòlo  (1)  :  Tant  vous  les  méprisez  : 

E  jou  praube  qu’en  souy  tout  bouéyt,  Et  moi  pauvre  j’en  suis  tout  vide, 

Que  n’é  nat  frut,  ni  cru,  ni  couéyt ;  N'ayant  de  fruits  ni  cuits  ni  crus, 

E  dab  uo  nescéro  ta  gràno  Et  avec  une  nècessité  si  grande 

La  malo  embejo  m’en  escâno...  Que  la  méchante  envie  m’en  étrangle... 

Et  M.  d ’Aigues-Mortes,  s’empresse  de  lui  envoycr  une  provision  de 
fruits. 

Privé  de  tabac,  et  sachant  par  expérience  que  M.  de  Gounin  en  a  tou- 
jours  d'une  qualité  supérieure,  il  lui  témoigne  le  désir  d’en  avoir  : 

Si  bous  noum’  dats  de  boun  tabac,  Si  vous  me  donuez  du  bon  tabac, 
Moussur,  jou  pérdi  raoun  Engrimo,  Monsieur,  je  quitte  mon  dépit, 

Adiou  cap,  adiou  estoumac,  Adieu  tête,  adieu  estomac, 

Adiou  mous  bérs,  adiou  ma  rimo.  Adieu  mes  vers,  adieu  ma  rime. 

Cérto  la  mort  me  bout’  au  sac  Certes  la  mort  me  mettra  dans  le  sac 

Daouant  la  fin  d’aquesto  primo,  Avant  la  fln  de  ce  printemps 

Si  bous  noum’  dats  de  boun  tabac.  Si  vousnemedonnezdevotrebontabac... 

Et  M.  de  Gounin,  pour  empêcher  de  voir,  faute  de  tabac,  la  sourcc  de 
ses  inspirations  tarie,  lui  en  envoie. 

Nous  avons  dit  que  Dastros  était  bossu.  C’est  dans  les  Epitres  qu’on  lui 
adresse  que  nous  en  trouvons  Ja  preuve  : 

EPITRE  A  MOUSSUR  DASTROS  SUR  SA  ÚPITRE  A  MONSIF.UR  DASTROS  SUR  SA 
POUESIO  GASCOUO,  PAR  SARRANT.  POHSIE  GASCONNE. 

Apoulloun  es  toutjour  coum’  éro  Apollon  est  toufours  le  mème 

An  deous  bous  esperits  troutin,  Trotteur  pour  les  bons  esprits, 

(1)  La  parriolc  —  c’est  un  ieu  de  petits  enfants,  qui  coinme  par  mespris  jetent  par 
sur  ieur  teste  leurs  bonets,  ou  autre  chose,  siguifiants  le  mespris  qu’on  fait  du  fruict 
pour  l'abondance  qu’on  en  a.  (Jran  de  Garhos.) 


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158  — 


Et  s’anèc  hè  Grèc  per  Ouméro, 

Per  Bergil  et  se  hèc  Letin. 

Frances  per  Rounsard  è  Desportos  : 
Per  tu  d’Astros,  aro  Gascoun, 

Ta  pauc  en  bados  tu  nau  portos 
Sur  tas  esquios  l’Elicoun. 


Qui  alla  se  faire  Grec  pour  Homère 
Et  Latin  ponr  Virgile. 

Français  pour  Ftonsard  et  Desportes  : 
Maintenant  Gascon  pour  toi  d’Astros, 
Pour  cela  tu  ne  portes  pas  en  vain 
L’Hélicon  sur  tes  épaules. 


D’autre  part  :  Cecy  m'a  écrit  par  je  ne  sçais  qui : 


En  despieyt  de  touts  lous  demouns 
E  niésde  sa  loungos  aureilhos  , 

Cau,  que  d’Astros  hasse  mérbéillos, 
Puch  que  sa  may  hasouc  lous  mounts. 


En  dépit  de  tous  les  dèmons 
Et  même  de  leurs  longues  oreilies; 

II  faut  que  Dastros  fasse  des  merveilles 
Puisque  sa  mère  fìt  les  monts. 


Dastros,  né  des  entrailles  du  peuple,  et  vivant  de  Ja  vie  misérabie  des 
paysans  de  Saiul-Clar,  aime  du  plus  profond  de  son  coeur  les  laboureurs, 
les  humbles.  II  parlage  leurs  peines  et  leurs  douleurs;  son  coeur  saigne  des 
calamités  dont  ils  sont  les  victimes. 

Le  bon  vicaire  nous  dépeint  le  triste  sort  de  la  contrée  accablée  des 
maux  que  traine  après  elle  une  occupation  de  gens  d'armes,  vivant  à 
merci  chez  les  habitants  (1). 

Ecoutons  le  dialogue  de  deux  de  ses  bergers  Jouanot  et  Peyrot  qui  ne 
profòrent  qu’anathènies  et  malédictions  pour  les  violencesd’une  soldatesque 
sans  scrupules,  qui  les  opprime  et  les  pille. 

Petit  Jean ,  raconte  à  son  ami,  qu’il  était  sur  le  point  de  se  marier  pour 
aider  ses  parents  et  leur  faire  une  vieillesse  heureuse  : 


Més,  praube,  be  soun  jou  mau  preparat  é  prést : 

Lous  bourrèous  deous  soullats  nou  m’an  leichat  un  zést. 
Pan,  bin,  car,  boï,  lan,  gipous,  caussos  é  peillos, 

Pourets,  bûous,  guits,  couloums,  aucats,  moutous,  aoueillos, 
Pouloïs,  capous,  tessous,  tout  m’ac  an  eseanat, 

E  pout,  6  clouquo,  è  tout;  tout  aquô  nés  anat. 

Nou  pas  d’ail  sulamcns  nou  m’an  leichat  duos  gossos, 

Mais  pauvre,  que  je  suis  donc  mal  préparé  et  prét 
Ces  bourreaux  de  soldats  ne  m’ont  rien  laissé. 

Pain,  vin,  viande,  bois,  laine,  gilets,  chausses  et  robes, 

Poulets,  boeuts,  canards,  pigeons,  oisons,  moutons,  brebis, 
Dindons,  chapons,  cochons,  ils  m'ont  tout  ègorgé. 

Coq,  poule  et  tout;  tout  a  disparu. 

lls  ne  m’ont  pas  seulement  laissè  deux  gousses  d’ail, 


(l)  Les  troupes,  soit  qu’elles  allassent  íi  la  guerre  ou  qu'elles  en  revinssent.  soit 
qu’ellos  fussent  en  quartier  d’hiver,  se  nourrissaient  aux  frais  de  ceux  ehez  qui  elles 
etaient  logées.  De  la  provenaient  une  infimtè  de  dèsordres  et  de  dommages  dans  les 
vilies  et  Jes  campagnes  surtout,  où  le  peuple  avait  à  essuver  d’une  soldatesque  inso- 
lente  et  pillarde  les  mèmes  vexations  que  si  l’on  eiit  été  en  pays  ennemi. 


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—  159  — 


Espio  si  soun  plan  prèst  de  parla  de  noços. 

Cops  de  pungs,  cops  de  pés,  aquô  que  m’an  leichat ; 

De  grans  cops  de  bastous,  d’aquô  m’an  engreichat. 

Arre  n’ou  m’es  soubrat  de  sas  maychantos  obros 
Que  trucs  é  que  patacs.  Aquô,  men,  soun  mas  sobros. 

Peyrot. 

É  jou,  praube,  be  podi  arroumpem’  pès  è  mas 
En  boulega  la  térro,  è  denquio  da  y  de  nas, 

Be  poudîo  l’estiou  tout  lou  marme,  deou  dio, 

É  mes  lou  de  la  néyt,  turmentam,  be  poudîo, 

Roustim’,  escouchinam’  per  quauque  sac  de  gran 
Ande  passa  l’youér,  qu’es  ta  loung  è  ta  gran. 

Praube,  en  yo  soulo  néyt,  encouè  que  ta  pauc  duro, 

Per  dus  balanduréous  jou  m’en  héou  la  coussuro  (1). 

Plan  mèn  héou  en  ye  néyt  tout  ço  que  m’ei  gagnat 
En  cent  jours,  beque  tant  jou  m’y  soun  magagnat. 

Plan  m’aure  més  balut  arrajam’  la  bentresquo 
Darrè  bèt  tap  erbut,  ou  béro  oumbreto  fresquo. . . 

Regarde  si  je  suis  bien  prét  à  parler  de  noces. 

Coups  de  poings,  coups  de  pieds,  voilà  ce  qu’ils  m’ont  laissé; 

De  grands  coups  de  bàtons,  de  ceJa  iJs  m'ont  engraissé. 

II  ne  m’est  rien  resté  de  Jeurs  mauvaises  actions 
Que  coups  et  contusions.  Voilà,  ami,  ce  qui  me  reste. 

PETIT  PIHRRE 

Et  moi,  pauvre,  je  pouvais  me  rompre  pieds  et  mains 
En  remuantla  terre.  jusqu’à  y  donner  du  nez, 

Je  pouvais  bien  l’été,  toule  la  durée  du  jour, 

Et  même  celle  de  la  nuit,  me  tourmenter;  je  pouvais 
Me  rotir,  m’éreinter  pour  quelque  sac  de  grains 
Afln  de  passer  l’hiver  qui  est  si  rigoureux  et  si  long. 

Pauvre,  en  une  seule  nuit,  bien  qu’elle  dure  peu, 

Gràce  à  deux  vauriens,  je  m’en  fais  la  coussurc. 

Bien  súr  je  m’en  íais  en  une  nuit  tout  ce  que  j’ai  gagnè 
En  cent  jours,  quoique  je  me  sois  bien  excédé  de  fatigue, 

11  aurait  mieux  valu  pour  moi  me  chauífer  le  ventre 
Derrière  un  beau  tertre  herbeux,  ou  quclque  ombrage  frais... 

Petit  Jean  accentue  cette  triste  situation;  le  poète  en  profite  pour  nous 
faire  connaître  que  le  peuple  redoutait  par-dessus  tout  l’arrivée  du  Fourrou 
(garnisaire)  et  celle  du  brigadier  chargó  de  seconder  la  perception  des 
iinpôts, 

De  ço  que  lou  soullat,  plén  coum  un  grapaud,  léicho, 

,  Lou  baile,  îou  sargeant,  lou  fourrou  s’en  engréicho, 

De  ce  que  le  soldat,  plein  comme  un  crapaud,  laisse 
Le  bailli,  Je  sergent,  le  collecteur  s’en  engraissent, 

(1)  Paiemeut  en  nature. 


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Denqui’  au  bét  miey  deous  os  nous  ém  minjats  de  touts, 

K  las  sobros  deous  cas  soun  minjados  deous  loups... 

Jusqu’au  beau  milieu  des  os,  nous  sommes  maugés  par  tous, 

Et  les  restes  des  cbiens  sont  la  proie  des  loups... 

Dastros,  assombrit  encore  le  îableau  des  misères  et  de  la  désolalion  du 
pays,  causés  par  les  actes  de  brigandage  des  soudards  qui  sèment  la  ruine 
et  la  désolation  sur  leur  passage,  quand  il  dit : 


Qu'en  empausats  à  la  bermino 
Que  nous  arrougagn’  é  nous  rouino, 

E  nous  minjo  coumo  béts  pouils, 

Que  nous  hè  besti  de  pendrouils, 

Nous  hé  caje  touts  â  croustéros, 

Nous  hó  magres  courao  d’estéros, 

E  nous  rend  tristes  tout  à  féyt, 

Coumo  de  calotos  de  néyt ; 

Que  nou  gauzam  més  arre  dise 
Ni  mucha  las  dents  per  arrise  (1), 

Tant  nousaus  ém  eychapramats, 

E  ahurits  é  ahamats. 

Car  aqueros  troupos  brigandos, 
Troupos  gouludos  é  friandos, 

Aquets  eychamous  sacarnans, 

Estrails  dessoluts  è  gourmans, 
Beou-sang,  courbassis  insatiables, 
Mouscaillous,  loups,  renards,  è  diables, 
Qu’an  tant  courrut  è  tant  boulat 
Per  noste  pavs  desoulat, 

Nous  an  tant  scs  misericordo 
Curat  Touslau  é  mês  la  bordo, 

Que  de  la  bordo  è  de  l’oustau 
Ets  nous  an  héyt  un  espitau 
Ses  pan,  ni  car,  bin,  ni  rampoyno, 

E  poudiom  ana  à  l’aumoyno 
Dab  cadun  soun  bastoun  pelat 
En  quauque  moun  arreculat... 


Nous  sommes  exposés  à  la  vermine 
Qui  nous  ronge  et  nous  ruine, 

Nous  mange  comme  des  poux, 

Et  nous  fait  vêtir  de  loques ,  [croùtes, 
En  nous  faisant  tous  tomber  couverts  de 
Devenir  maigres  comme  des  copeaux, 

Et  nous  rend  tout  à  fait  tristes, 

Comme  des  bonnets  de  nuit; 

A  tel  pointquenous  n’osons  plusrien  dire 
Ni  montrer  les  dents  pour  rire, 

Tant  nous  sommes  abattus, 

Ahuris  et  affamés. 

Car  ces  tronpes  brigandes, 

'l’roupes  goulues  et  friandes, 

Ces  essaims  dévastateurs, 

Troupeaux  dissolus  et  gourmands, 
Avides  de  sang,  corbeaux  insatiables, 
Moucherons,  loups,  renards  et  diables 
Qui  ont  tsnt  parcouru  et  tant  volé 
A  travers  notre  pays  désolé, 
lls  ont  si  bien,  sans  miséricorde, 

Vidé  notre  maison  et  mème  la  métairie, 

Que  de  la  métairie  à  la  maison 

Ils  nous  ont  laissé  un  hôpital 

Sans  pain,  ni  viande,  ni  vin,  ni  argent, 

Et  nous  jx)uvons  aller  à  I’aumòne 

Avec  chacun  son  bâton  pelé 

Dans  quelque  pays  lointain... 


Mais  Tespoir  et  la  confìance  vont  renaître  dans  tous  les  coeurs,  car  M.  le 
Duc  d'Epernon  (Jean-Louis  de  la  Valette)  arrive  en  qualité  de  Gouver- 
neur  de  la  Guicnne  (17  août  1622).  Le  Ducest  Gascon,  puissant  et  de  plus 
fort  riche. 

(1)  Chez  les  populations  du  Midi,  il  n’v  a  que  le  malheur  réel,  la  misère  noire,  qui 
puissent  modiíier  la  gaieté  naturelle;  je 'm’explique  : 

(Juand  la  souíTrance  est  passagère,  quanu  elle  accorde  des  moments  de  trève,  le 
Méridional  triomphe  aisémcnt  de  son  ìntluence,  gràce  au  contrepoids  de  la  bonne 
humeur  il  met  son  orgueil  à  le  bravcren  riant;  mais  quand  la  misere  est  sans  trève 
et  ne  laisse  pas  respirer  le  malheureux,  il  n'estpas  philosophie  qui  tienne,  la  tristesse 
arrive  sur  lcs  traces  des  hivers  sans  feu,  sans  vêtements,  etdes  printeraps  sans  pain. 


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Dastros,  s’empresse  de  lui  exposer  la  joie  que  cette  heureuse  nouvetle  va 
procurer  au  pays  et  les  espéraoces  qu’it  ose  fooder  sui  son  intervention 
efficace  pour  faire  cesser  tous  les  maux  dont  il  souffre  : 


Més  bous  beséts  deja  pintrado, 
Pertout  la  joyo  à  bost’  intrado, 
Beséts  rebioua  lous  raiéy  morts, 

Ta  pouchants  soun  bostes  counforts, 
Que  hén  que  la  doulou  nous  quito, 
E  nous  tournam  de  raort  à  bito. 

Lou  Céou  se  nous  hé  més  lusent, 
L’ayre  més  gayresc  è  plasent; 

E  l’arregagn'ddo  fourtuno 
Que  nous  hasó  ta  malo  suno, 
Autaléou  qu’ets  a  bist  à  bous, 

A  près  un  bisatge  més  dous. 

Dejà  la  térro,  carressado 
D’uo  mes  urous’  arrousado, 

Sé  ba  mirgailla  de  coulous. 

S'attifa  d’érbos  é  de  flous, 

E  se  ba  hé,  coum  jou  ’spéri, 

Un  bét  casau  d’un  cémentéri. . . 


Mais  vous  voyez  déjà  peinte 
Partout  la  joie  à  votre  entrée, 

Vous  voyez  ressusciter  les  mi-morts, 
Tant  vos  secours  sont  puissants, 

Ils  font  queJa  douleur  nousquitte, 

Et  nousfont  revenir  de  la  mort  à  la  vie. 
Le  Ciel  nous  paraît  plus  luisant, 

L’air  plus  gai  et  plaisant; 

Et  la  fortune  revèche 

Qui  nous  faisait  si  triste  raine, 

Sitôt  qu’elle  vous  a  aperçu, 

A  pris  un  visage  plus  doux, 

Déjà  ia  terre,  caressée 
D’une  plus  bienfaisante  rosèe, 

Va  se  taeheter  de  couleurs 
S’atiffant  d’herbes  et  de  fleurs, 

Elle  va  se  faire,  comme  je  l’espère, 

Un  beau  jardin  d’un  cimetière. . . 


Le  Vicaire  est.  un  noble  coeur;  quoique  bien  besogneux  il  íera  abnéga- 
tion  de  ses  propres  inlérèts,  pour  ne  s'occnper  que  de  ceux  de  ses  conci- 
toyens;  investi  de  leur  confiance,  il  se  fera  leur  avocat,  leur  défenseur. 
L’excès  des  malheurs  publics  lui  arrachera  des  clans  d’une  patriotique 
éloquence  dans  la  requôte  qu’il  transmet  au  Noble  Duc  et  oii  il  demande  le 
retrait  des  troupes  qui  désolent  les  malheureux  habitants  : 


Més  jou  soun  en  un  loc  pausado 
Oun  bat  un  mau  tems  eternau, 
Oun  la  néyt  é  més  la  journado 
Jou  n’augi  queharriou,  harrau  (1), 

Oun  jou  n’augi  jamés  qu’alarmos, 
Que  troumpetos  é  que  tambours, 
Nilla  roussis,  courre  gendarmos 
Per  carréros  é  couayrohours. 

Aqui  nou  besi  que  brigados 
Aqui  n’augi  qu’exécutious, 

Que  gubsistencios,  que  leouados 
D'aydos  è  de  countrebutious... 


Mais  je  suis  posée  en  un  lieu 
Où  règne  un  mauvais  temps  éternel, 
Où  la  miit  et  mcme  le  jour 
Je  n’entends  que  havriou ,  harrau. 

Où  je  n’entends  jamais  qu’alarmes, 

Que  trompettes  et  tambours, 

Hennir  des  chevaux,  des  gens  d’armes 
Dans  les  rues  et  les  carrefours  [courir 

Là  je  ne  vois  que  brigades, 

Là  je  n’entends  qu’exécutions, 

Que  subsistances  et  que  collectes 
D’aides  et  de  contributions. . , 


(1)  Bruit  que  font  les  chevaux  et  leurs  conducteurs. 


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—  162  — 


Aro  ses  egard  me  proufanon  Maintenant  sans  égards  ils  me  profanent 

Aquet  piètre  loc  oun  jou  soun ;  Ce  malheureux  endroit  où  je  suis; 

Aqui  rançounon,  aqui  panon,  Ils  rançonnent  ici,  ià-bas  ils  volent. 

Aqui  hén  touts  lous  raaus  deou  moun.  Partout  ils  font  tous  les  maux  possibles. 

L’un  qu’arnégo,  Taute  que  plouro,  L’un  jure,  Tautre  pleure, 

L'un  que  da  trucs,  l’aute  qué  ous  couéil,  L’un  donne  des  coups,  Tautre  les  reçoit, 

E  l’aute  que  malasich  í’ouro  Un  autre  raaudit  l’heure 

Qu’es  basut,  ou  bengut  ta  bieil .  .  Où  il  est  né,  où  devenu  si  vieux  . 

II  termine  en  implorant  sa  clémence  pour  accorder  Texemption  en 
faveur  de  la  ville  de  Saint-Clar  de  Lomagne,  si  cruellement  éprouvée  : 


Jou  nouts  demandi  pas  la  bousso, 

Ni  nouts  demandi  pas  argent, 

Be  que  jou  soun  plan  touto  biousso 
A  causo  de  ta  maychanto  gent. 

Un  soul  é  petit  cop  de  plumo, 

En  fabou  deou  praube  Sent-Cla 
Dissipara  touto  la  brumo 
É  m’ac  hara  bengue  tout  cla  : 

Cla  moun  tepé,  cla  moun  rapayre, 

Cla  moun  gabinet  escurit, 

Claro  ma  térro,  cla  moun  ayre, 

Ê  cla  surtout  moun  esperit 

Lou  mot  quem  restaurare  touto 
Es  qu’au  loc  de  countrebutioan, 
D’aydos,  d’estapos  è  de  routos  ; 
PerSent  Clal’onbisso:  exemptiovn(I). 


Je  ne  vous  demande  pas  la  bourse, 

Je  ne  vous  demande  pas  d’argent, 

Bien  qu’elle  soit  toute  vide 
A  cause  de  ces  mauvaises  gens. 

Un  seul  pe  it  eoup  de  plume, 

En  faveur  de  mon  pauvre  Saint  Clar , 
Dissipera  toute  la  brume 
Et  me  fera  revenir  tout  clair  : 

Clair  mon  côteau,  claire  ma  retraite, 
Clair  mon  cabinet  obscur, 

Claire  ma  terre,  clair  mon  air, 

Et  clair  surtout  mon  esprit. 

Le  mot  qui  me  remettrait  en  bon  état 
Est  qu’au  lieu  de  contributions, 

D’aides,  d’étapes  et  de  routes, 

On  vit  pour  Saint-Clar  :  exemption. 


II  eut  le  bonheur  d’obtenir  pour  son  pays  1  exemption  de  cette  dure 
corvée.  A  partir  de  ce  moment,  il  enlretint  avec  le  Duc  d’Epernon  un 
commerce  littéraire,  tout  au  profit  du  pauvre  vicaire  qui  reccvra  de  son 
protecteur,  argent  et  pitance. 

Nous  sommes,  il  est  vrai,  au  xvne  siècle,  siècle  de  platitude  universelle, 
ou  il  fallait  être  à  quelqu’un  pour  être  quelque  chose.  Les  poètes  accep- 
taient  l’argent  des  grands  Seigneurs  et  les  grands  Seigneurs  acceptaient  en 
retour  l’espritdes  poètes.  C’était  un  échange  où  les  grands  n’avaient  qu'à 
gagner-  Qu'on  y  songe  :  il  n’y  avait  point  encore  à  eette  époque,  de  public 
littéraire,  qui  put  faire  vivre  un  écrivain  de  sa  plume  indépendante,  il 
fallait  se  meitre  à  la  disposition  d’un  prolecteur  puissant,  il  fallait  accepter 


(1)  Vlrgile ,  dans  une  circonstance  analogue,  avait  également  protégé  ses  conci- 
toyens  contre  les  édits  de  spoliation. 

Nous  sonunes  heureux  d’associer  le  nom  du  grand  poète  lalin  à  celui  plus  modeste 
du  poète  gascon  dans  un  hommage  comraun  pour  l’acte  d’ardent  patriotisme  dont  ils 
hrent  preuve  et  qui  les  honore  l’un  et  l'autre. 


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—  163  — 

ses  gages  et  ceia  ne  blessait  en  rien  rexlrème  susceptibilité  de  ceux  que 
Ton  appelle  avec  raison  gens  irritabile  vatum. 

Le  spirituel  Poète,  témoigne  sa  reconnaissance  au  noble  Duc,  il  lui  taille 
une  statue  quand  il  lui  dit  : 


Bous  éts  doun  Hercul  lou  pouchant, 
Qu'a  cassat  lou  gus,  lou  maychant 
D’alentour  de  nosto  tecouéro, 

É  mes  tout'  aquero  tourouéro 
De  moustres,  jou  dic,  de  boulurs, 
Que  nous  an  héit  tant  de  malurs. 
Bous  nous  aouéts  dat  lous  delioures 
De  touts  aquets  despouillo-bioures, 
En  percura  lou  ben  aquet 
De  nous  hé  bengu’  aquet  bousquet, 
Atau,  ses  nado  flatarîo, 

Bous  éts  lou  pay  de  la  patvio, 

E  aprés  lou  de  paradis 
Qu'éts  lou  saubadou  deou  país... 


Vous  ètes  donc  Herculc  le  puissant 
Qui  a  chassé  lo  gueux,  le  méchant 
Des  alentours  de  nos  demeures, 

Et  même  toute  cette  tourbe 
De  monstres,  que  dis-je,  de  voleurs, 
Qui  nous  ont  fait  tant  de  raaux. 
Vous  nous  avez  ofïert  la  déiivrance 
De  tous  ces  dépouilleurs  de  vivres, 
En  nous  rendant  le  service 
De  nous  faire  profìter  de  ce  bienfait. 
Ainsi,  sans  la  moindre  flatterie, 
Vous  êtes  le  père  de  la  patrie, 

Et  après  celui  du  paradis 
Vous  êtes  le  sauveur  du  pays. . . 


Mais  cette  tàche,  qail  considère  comme  un  devoir  une  fois  accomplie 
avec  tant dabnégation,  comme  il  Tavoue  du  reste  : 


Quan  à  la  begado  pruméro  Quant  à  la  première  fois, 

Jou  y  bengu  per  moun  soul  debe. . .  Mondevoir  seul  m’aconduit  vers  vous... 

11  s’empressera  d’exposer  au  Duc  d’Epernon  sa  triste  situation  per- 
sonnelle  : 


Més  certos  aro  la  necéro 
Be  m’a  héyto  bengue  tabe 

Aus  Grands  coumo  bous  es  outratge 
De  no  ’ous  demanda  pas  arren  \ 

Aus  Grans  coumo  bous  es  oumatge 
Quan  on  demando,  é  quan  on  pren. 

Jou  nouts  deraandi  pas  ia  bousso, 
Ni  més  l’argent,  be  qu’en  és  plan 
Autant  desperbesido  é  blousso 
Que  nat  can  de  bordo  de  pan... 

Et  n’a  pas  bergougno  d’escrioue, 

Ni  més  de  dise  claroment 
Qu'et  es  ses  nat  mouyen  de  bioue, 

È  qu’et  nou  biou  que  prauboment . 

Et  n#a  secous  de  persouno, 

É  n'a  blat,  ni  or,  ni  argent, 

Ni  n'a  gario  que  Ten  pouno, 

Bé’ou  bau  qu’es  un  pauc  deligent. 


Mais  certes  maintenant  le  besoin 
M’a  également  forcé  à  revenir. 

AuxGrandscomme  vousc'estunoutrage 
De  ne  rien  leur  demander  [hommage 
Aux  Grands  comme  vous  c’est  rendre 
Quand  on  demande  et  qu'on  prend. 

Je  ne  vous  demande  pas  la  bourse, 

Pas  plus  quede  l’argent,  bien  qu’elle  soit 

Aussi  dépourvue  et  nette 

Que  pas  unchien  de  métairie  de  pain. . . 

Et  il  n’a  pas  honte  d’écrire 
Ni  mème  de  le  dire  clairement 
Qu’il  est  sans  moyen  d'existpnce 
Et  qu’il  ne  vit  que  pauvrement. 

II  n’a  nul  secours  de  personne, 

Ni  blé,  ni  or,  ni  argent, 

Ni  poule  qui  lui  en  ponde, 

Aussi  lui  vaut-il  d’ètre  un  peu  diligent. 


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—  164  — 


Et  n’a  boussin  de  patrimoni, 
Benefici  petit,  ni  gran, 

Nou  cau  parla  de  matrimoni, 

Puch  que  sabén  qu’es  caperan. 

Et  nou  demando  nado  biato, 

Ni  a  degun  deou  moun  arren; 

Per  aquô  la  hounto  Pesclato 
Més  quan  lou  dan,  cérto  bén  pren  .. 


II  n’a  morceau  de  patrimoine, 
fìénéfice  petit  ou  grand, 

II  ne  faut  pas  lui  parhr  de  mariage, 
Puisqu'on  sait  qu'il  est  prètre. 

II  ne  demande  la  moindre  auraône, 

Ni  rien  à  qui  que  soit  au  monde; 

Pour  ce  motif  il  éclate  de  honte, 

Mais  quand  on  lui  donne,certes  il  le  prend. 


Et  le  grand  Seigneur  envoie  quelques  largesses  au  pauvre  vicairequi 
continue  à  chanter  ses  louanges.  II  accueille  avec  satisfaction  leséloges 
qu’il  lui  décerne  et  qui  flattent  sa  vanité;  C'était  une  compensation  aux 
concerts  de  malédictions  et  d’anathèmes  que  son  orgueil  excessif,  sa 
dureté,  et  sa  turbulence  avaient  semé  autour  de  lui. 

Le  Duc,  invite  son  protégé  à  venir  le  voir  dans  son  fastueux  chàteau  de 
Cadillac  sur  Garonne ,  sa  demeure  habituelle;  Dastros  s’excuse  en  ces 
termes  : 


Perdounatsdou,  sits  plats,  Mousseigne,  Paidonnez-lui,  s’il  vous  plaît,  Monsei- 
De  ço  quéou  bouliots  bese,  Du  désir  que  vousavez  de  le  voir,  [gneur, 

È  de  ço  qu'a  meinch  de  desteigne,  Et  de  ee  que  à  moins  de  s’éteindre 

Et  nouts  pot  pas  da  'quet  plase...  II  ne  peut  vous  procurer  ce  plaisir... 

11  lui  expose  les  difficultés  qui  s'opposent  à  un  déplacement : 


Cérto,  Grand  Duc,  et  a  de  trabos 
Per  lou  gouarda  de  gourrina, 
Que  siren  per  gouarda  las  crabos 
É  lous  lebrés  de  camina. 


Certes,  Grand  Duc,  il  a  des  raisons 
Qui  Tempêchent  de  courir  ça  et  là, 
Soit  pour  garder  les  chèvres 
Ou  suivre  les  levriers  à  la  course. 


Pauvre,  la  soutane  rapée,  chaussé  de  sabots  ou  de  gros  souliers,  il  ne 
saurait  lui  si  chétií  se  présenter  en  pareil  équipage  devant  un  Seigneur 
entouré  d’un  luxe  princier  : 


Et  es  en  eternau  martiri 
De  marréros  é  caytioués, 

É  qu’es  praube,  é  ço  qu'es  de  piri, 
Que  la  lux  s’en  bey  à  traoués... 


II  est  en  éternel  martyre 
De  raaladies  et  de  misères, 

De  plus  il  est  pauvre  et  ce  qu’il  y  a  de  pir© 
La  lumière  se  voit  à  travers... 


Mais  cette  détresse  il  Ta  supporte  avec  la  résignation  d’un  philosophe 
quand  il  ajoute  : 

La  praubóyro  n’es  pas  un  bici,  La  pauvretè  n’est  pas  un  vice, 

Més  s’es  hountouso,  Diou  b'ac  sap;  Mais  si  elle  est  honteuse,  Dieu  le  sait; 

Nou  y  a  pregnesso  ni  layrouci  II  y  a  ni  grossesse  ni  vol 

Que  hasso  més  baycha  lou  cap.  Qui  fassont  baisser  autant  la  tête. 

II  ne  saurait  dans  ces  conditions  entreprendre  un  voyage  lointain.  Aller 


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165  - 


par  les  chemins  boueux  rempìir  les  cbarges  de  son  ministère  et  prodiguer 
des  consolations  à  ses  paroissiens,  ce  sont  là  les  seuls  voyages  qu’il  puisse 
se  permettre  : 

D’ana  per  las  terros  estranios  Aller  dans  des  pays  étrangers 

Et  n'ac  pot,  ni  mes  noun  a  hé.  II  ne  le  peut,  et  nJen  a  ie  ioisir. 

Sas  poussessious  é  sas  lédanios,  Sa  paroisse  et  ies  litanies 

Soun  lous  més  loungs  biatgesqu'et  hé...Sont  les  plus  longs  voyages  qu'il  fait. . . 


Le  Duc  d'Epernon ,  est  exiJé  à  Coutras  en  1633 ;  ses  démêlés  avec 
rarchevèque  de  Bordeaux,  de  Sourdis,  lui  valurent  cette  disgrâce.  II  ne 
reprit  possession  de  son  Gouvernement  de  Guienne  qu  après  avoir  fait  des 
excuses  et  obtenu  labsolution  de  Toffensé. 

Notre  Poète  fait  allusion  à  cette  absence,  quand  il  dit  : 


Mousseigne,  boste  gréouo  absencio 
M'ero  causo  de  moun  malhur, 
Coumo  bosto  douço  presencîo 
Causo  ma  glorio  è  moun  bounur. . . 


Monseigneur,  votre  grave  absence 
Etait  cause  de  mon  malheur, 
Comme  votre  douco  présence 
Cause  ma  gloire  et  mon  bonheur. . . 


Quel  serait  le  crève-cceur  du  bon  vjeaire  de  Saint-Clar,  s'il  revenaità  la 
vie,  de  voir  la  crise  de  nataiité  qui  sóvit  en  Gascogne,  lui  qui  aimait 
les  familles  nombreuses  et  qui  ne  cessait  de  prècher  Je  Crescite  et 
Multiplicamini  du  Créateur. 

C’est  ainsi  qiril  écrivait  à  M.  le  Baron  de  Laille,  à  Foccasion  de  la 
naissance  d’une  fille  et  de  deux  filleules  : 


Jou  besi  jouyous  coum  un  peych, 
Quan  bey  que  sa  famillo  creych 
Ta  braboraent,  Mous  de  Laïllo . 
Jou  Faogi  qu'et  regis  de  gay, 
Arrisent  coum  un  jour  de  may, 

E  toutjour  dret  coum  béro  quillo, 


J’aperçois  joyeux  corame  un  poisson, 
Quand  il  voit  que  sa  famille  s’accroit 
Si  bravement,  Mons  de  Laille. 

Je  comprends  qu’il  exulte  de  joie, 
Souriant  comrae  un  jour  de  mai, 

Et  toujours  droit  comme  une  quille. 


A  Monsieur  et  Mademoiselle  de  Magnas ,  pour  les  complimenter  sur  la 
naissance  de  deux  jumeaux,  un  fils  et  une  fille  : 


Atau  quen  héc  Dious  un  é  ûo, 
Quan  héc  lou  Soui*eil  é  la  lùo; 
Atau  héc  Latouno  en  peloun 
Sous  bessous,  Diano  é  Apoulloun  : 
Atau,  ses  bous  y  peca  nado, 


Ainsi  Dieu  en  flt  un  et  une 
Quand  il  créa  le  Soleil  et  la  Lune; 
Ainsi  fìt  Latone  (1)  en  pelote 
Ses  junieaux,  Diane  et  Apollon  : 
Ainsi,  sans  coramettre  de  faute, 


(1)  Laíone.  mèredti  Soleil,  que  iespoètes  arment  de  traits  à  cause  de  ses  rayons. 
Fiìle  de  Cée  et  de  Titan  fut  aimée  de  Jupiter  et  eut  de  lui  deux  jumeaux,  Dianc  et 
ApolLon .  La  ialouse  Junon  Jui  envoya  le  serpent  Python  qui  ne  ctssa  de  Ja  poursuivre 
jusqu’à  ce  qu7elle  fut  parvenue  vers  $a  soeur  Astertc  en  1  Ile  de  Dclos  ou  plus  tard 
Apollon  tuale  serpent  qui  avait  outragé  sa  mère. 


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—  166  — 


Pouscats  bousaus  hé  cado  annado, 

Qu'es  taro  que  pequets  nat  an, 

Puch  que  boun  aquitats  ta  plan. 

Que  haséts  hils  ande  la  guérro, 

Ê  hiílos  per  poubla  la  térro... 

Puissiez-vous  faire  de  méme  chaque  année, 

il  serait  regrettable  que  vous  ne  réussissiez  chaque  fois, 

Puisque  vous  vous  en  acquittez  si  bien, 

Vous  faites  des  fils  pour  la  guerre, 

Kt  des  fìlles  pour  peupler  la  terre. . . 

II  en  fera  de  même  à  M.  de  Lamothe  et  à  Madame  d’Urdens  en  Thon- 
neur  d’un  fils  : 

E  puch  qu’aouéts  héyt  l’ange,  aro  cau  hé  l’angélo, 

Nou  pas  d’aqueros  deous  pesqués, 

Més  uo  plan  bouno  sajoè  béro  damaysélo 
Qu’ajo  camos  é  qu’ajo  pés. 

Boutats,  haséts  goujous,  multiplicats  lou  poble, 

Haséts-ne  aumens  cad’  an  un  cop. 

Car  un  ta  bét  grihoun,  è  un  empéout  ta  noble 
Nou  pouyre  jamés  joutja  trop . 

Crèsets-me,  nouts  jmusets,  ni  dab  pax,  ni  dab  guérro, 

Maynadats,  é  nouts  sio  degréou. 

Per  atau  publarats  per  un  bét  tems  la  térro, 

E  puch  per  tout  jamès  lou  Céou... 

Maintenant  que  vous  avez  fait  l’ange,  il  faut  faire  rangelette  (1) 

Non  pas  de  celles  des  viviers, 

Mais  une  bien  bonne,  sage  et  belle  demoiselie 
Qui  ait  des  jambes  et  des  pieds. 

Mettez.  faites  dcs  enfants,  multipliez  le  peuple, 

Faites-en  au  moins  chaque  année. 

Car  une  si  belle  greffe,  et  une  ante  si  noble 
Ne  saurait  jamais  trop  se  reproduire. 

Crovez-moi,  ne  vous  reposez  ni  en  paix  ni  en  guerre, 

Faites  des  enfants,  et  ne  soyez  pas  paresseux. 

Vous  peuplerez  ainsi  pour  un  certain  temps  la  terre, 

Kt  puis  pour  toujours  le  ciel. . . 

II  adressera  des  souhaits  du  môme  genre  à  M.  de  Labriffe  en  lui 
disant  : 


(1)  Ce  mot  angelette  n'existe  pas  en  fran<;ais,  nous  Pavons  créè  pour  les  besoins  de 
la-  traduction;  Yangelo.  c’est  la  hbellule,  genre  d’insectes  nêvroptères  nommés  vulgai- 
rement  demoiselles,  que  Ton  rencontre  aans  les  pièces  d’eau. 


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—  167  — 


Cent  ans  estats  bousaus  amasso, 
É  dab  bousaus  pax  é  boun  tems, 
Nou  pas  ses  creyche  bosto  raço, 
Ni  ses  poubla  lou  moun  de  gens. 

Bejats  bousaus  bostes  maynatges 
Multiplieats  en  aquet  punt, 

Que  s’y  pousco  hé  maridatges 
Oun  dis|)enso  nous  caillo  punt .. 


Cent  ans  restiez-vous  ensemble, 

Et  avec  vous  paix  et  bon  temps, 
Non  pas  sans  croitre  votre  race 
Et  sans  peupler  le  monde  de  gens. 

Que  vous  voyiez  vos  enfants 
Multipliés  à  un  tel  point 
Qu'on  puisse  faire  des  mariages 
Qui  n'exigent  point  de  dispenses... 


II  féliciteraM.  de  Villefranche  de  son  mariage  avec  la  Marquiserfe  Caa- 
telnauy  mais  il  n’oubliera  pas  de  les  averlir  que  le  raariage  a  pour  but  la 
reproduction  : 


Nobi’  Espouso  d’un  nobl'  Espous 
Touto  la  hésto  qu’es  per  bous, 
Madamo,  boste  boun  proufasso, 
Qu’ajats  en  un  marit  un  pay, 

Jou  boli  di8e  qu’et  bous  hasso 
Dedens  nau  mesis  éste  may. 

Boutats,  publats  lou  moun  ses  paus. 
Quetant  d’ehans  hassats  bousaus, 

Que  de  gariatsa  nado  clouquo. 

'E  gouardats-bous  de  dise  ja 
Car  ta  bouno  é  ta  noblo  souquo 
Nou  pouyré  jamés  trop  routja. . . 

Enfiu,  il  étendra  ses  souhaits  de 
Etrennes  générales  : 

Aro  que  podi  jou  mes  da? 

Un  brabe  goujat  à  cadiio 
De  las  goujos  a  marida 
E  à  cado  goujat  la  siio 
Ou  be  la  patienço  de  Job 
An  aqueros  que  trigon  trop. . . 


Nobie  Epouse  d’un  noble  Epoux, 

Toute  la  fôte  est  pour  vous, 

Msdame,  votre  sincère  hommage, 

Que  vous  ayez  un  père  en  votre  mari, 

Je  veux  dire  qu’il  vo  >s  fasse 
Etre  mère  dans  neuf  mois. 

Mettez,  peuplez  le  monde  sans  repos. 
Que  vous  fassiez  vous  autres  des  enfants 
[plus  nombreux 
Qu’une  couvée  de  poulets  à  une  poule. 
Et  gardez-vous  de  dire  assez, 

Car  une  si  bonne  et  noble  race 
Ne  saurait  jamuis  trop  se  reproduire... 

mariage  à  lout  le  monde,  dans  ses 


Maintenant  que  puis-je  donner  davan 
Un  brave  garçon  à  chacune  [tage? 
Des  servantes  à  marier, 

Et  à  chaque  garçon  la  sienne 
Ou  bien  la  patience  de  Job 
A  celles  qui  tardent  trop, . . 


Vers  1640,  après  que  ses  ocuvres  auront  été  imprimées,  il  semble  que  sa 
notoriété  se  soit  étendue  sans  que  pour  cela  son  existence  soit  mieux 
assurée;  il  travaille  pour  la  gloirequiest  le  mobile  des  grandes  âmes.  II 
nous  en  fait  lui-même  Taveu  quand  il  dit  au  Duc  d’Epernon  : 


Ço  que  d’et  s’escriou  ou  s’emprimo 
No’on  causo  pas  forço  plascs, 
Puch  que  lou  qui  m’és  l’ac  estimo 
Lou  pago  dab  un  gran  merces. 


Ce  qui  s’écrit  ou  s’imprime  de  lui 
Ne  cause  pas  beaucoup  de  plaisir, 
Puisque  ceux  qui  le  prisent  davantage 
Le  payent  avec  un  grand  merci. 


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—  168  — 


Touts  aujoun  be  sous  bérsis  dise, 
Ou  lous  legissoum  de  boun  có; 
Touts  hén  bouno  chéro  d’arrise, 
É  qu'et  s'ane  dinna  d'aquô. 

Ets  ly  hén  la  respounço  eigalo 
(A  tout  lou  meinch  en  ac  pensa) 
De  la  hourmic  à  la  cigalo  : 

É  n’as  cantat?  bé-t’en  dansa... 


Tous  l’écoutent  assurément  réciter  ses 
Ou  le  lisent  de  bon  cceur;  [ver&> 

Tous  font  bonne  chère  de  rire, 

Et  que  lui  aille  dìner  avec  cela. 

lls  lui  font  la  réponse  pareille 
(Ou  tout  au  moins  en  le  pensant) 

De  la  fourmi  à  la  cigale  : 

Tu  as  chanté?  va-t’en  dansor... 


Si  Dastros,  brilla  dans  la  Poésie  légère,  marquée  au  bon  coin  de  la 
Gauloiserie,  il  excella  surtout  et  d’une  façon  remarquable  dans  le  genre 
bucolique  et  pastoral.  ïl  prend  Théocrite  pour  modèle  et  cherche  à  s’inspi- 
rer  de  sa  gràce  simple  et  naïve;  l’inspiration  fut  bonne,  car  il  se  rapproche 
du  modèle  et  surpasse  quelquefois  le  poète  Sicilien  par  la  richesse  de  ses 
descriptions,  la  vérité  dcs  caraclères,  par  la  fraîcheur  de  ses  tableaux  qui 
sont  Fimage  fidèle  de  la  nature. 

Doué  d’un  sens  artistique  très  développé,  très  íin,  esprit  curieux,  con- 
templatif,  très  impressionnable,  il  voit  avec  ses  yeux  le  côté  réel  des  choses 
qu’il  nous  décrit  en  poète  doublé  d’un  humoriste.  La  meilleure  partie  de  sa 
pliilosophie,  il  la  prend  en  lui-même,  dans  ses  aptitudes  naturelles,  dans 
cetle  liberté  d’esprit  d’homme  du  Midi  à  Fimagination  vive,  à  la  concep- 
tion  rapide,  qui  voit  d’autant  mieux  les  chose?,  qu’il  les  examine  simple- 
ment,  directement.  sans  s’égarer  dans  le  labyrinthe  scientifique  qu’il 
n’évitera  pas  toujours.  Le  parfum  des  fleurs  que  Je  vent  soulève,  n’a-t-il 
pas  en  efïet,  quelque  chose  de  plus  exquis,  de  plus  subtil,  que  le  produit 
d’une  distillerie  savante  obtenue  à  grand  renfort,  de  fourneaux  et  d’alam- 
bics,  qui  conserve  loujours  un  arrière  gout  pharmaceutique  ? 

Son  Poème  des  Quaire  Saisons ,  de  l’année,  sont  des  plaidoyers  forf 
habiles,  où  chacune  d’elles  se  dispute  la  primauté.  Elles  prennenl  pour 
juge  un  simple  berger  íenant  sa  cour  et  donnant  des  arrôts  sur  les  bords  de 
FArrats,  petite.rivière  de  la  fertile  Lomagne. 

Le  dèfilé  des  saisons  commence  dans  Fordre  suivant  : 

La  Prirno  (le  Printemps),  sous  les  traits  d'une  Nvmphe,  belle  comme  le 
jour,  s’avance  la  première  d’un  pas  majestueux,  le  visage  souriant.  Elle 
est  vètue  d’une  robe  verte,  parsemêe  de  Jleurs,  aux  coulcurs  èdatantes,  le 
corsage  chamarré  de  ramages,  ou  mille  oiscaux  sont.  peints  au  vif. 

II  commence  aussitùt  à  faire  son  éloge  et  développe  ses  droits  à  la 
rovauté. 

N’est-ce  pas  lui  qui  réveille  et  embellit  la  nature  engourdie  par  l’Hiverf 
il  rend  aux  bois,  aux  forèts  leur  verdure,  une  douce  sève  circule  partout. 
Le  gazon  se  contic  aux  rayons  d’un  soleil  nouveau;  la  nature  enfante,  sous 


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-  169  - 


rbaleine  tiède  des  zépnirs;  la  glèbe  ouvre  son  sein.  Grâce  à  lui  les  terres  se 
dilatent  et  demandént  les  semences  fécondes;  les  fleurs  ouvrent  leurs  corolles 
et  étalent  leurs  riches  couleurs,  qui  charraeut  Toeil  et  lodorat;  les  impéné- 
trables  bosquets  retentissent  du  concert  des  oiseaux.  Avec  quel  art,  il  assou- 
plit  la  langue  pour  imiter  le  chant  de  tout  ce  monde  ailé  et  voltigeant  : 


En  bengue  de  la  picouréyo, 

En  cridan  Itis  é  Teréyo, 

1/Aurungleto  debat  lout  tet 
Arrepitolo  soun  gay  moutet 
Dessus  la  cailhiouo  apausado, 

A  tout  marmus  aprioiiasado. 

La  Lauzete  per  lauza  Diou 
Dab  soun  tiro  liro  piou  piou, 

Debas  lou  Céou  dret  coumo  uo  biro 
En  bét  tiro  lira  se  tiro, 

E  quan  nou  pot  més  haut  tira 
En  battourno  tiro  lira. 

La  Meilhengueto  meilhenguejo  (2), 
La  Cardineto  cardinejo; 

En  boula  lis  coumo  lou  liô 
Tirou,  birou,  crido  l’Auriò. 

Per  lascoumos  lou  Merle  eychioulo, 
E  lou  Gay  nilbo,  piouio,  é  mioulo, 
Lou  Charrit  charrito  peous  prats, 

La  Perdits  coudousquo  peous  blats... 


En  venant  de  la  picorée, 

En  criant  Ithis  et  Thôtèe  (1)* 
L’Hirondelle  sous  le  toit 
Répète  son  gai  refrain 
Sur  la  chevilte  posée 
Habituéo  à  tous  les  bruits. 

L’Alouette  pour  louer  Dieu 
Avec  son  tire  lire  piou  piou, 

Vers  le  Ciel  droite  comme  un  trait 
En  chantant  tire  lira  s’élève, 

Et  quand  elle  ne  peut  monter  plus  haut 
Elle  revient  tire  lira  en  bas. 

La  Mésange  tintine, 

Le  Chardonneret  sliglite; 

En  volantglisse  comme  la  graine  de  lin, 
Tirou,  biroii,  crie  le  Loriot. 

Par  vallons  le  Merle  sifíle, 

Et  le  Geai,  crie,  piaule  et  miaule, 
L'oiseau  des  prairies  y  tient  concert, 

La  Perdrix  cacabe  dans  les  blés... 


Avec  quel  art  il  a  su  saisir  la  langue  des  oiseaux  et  quel  merveilleux  effet 
de  Tharmonie  imitative?  II  est  juste  de  reconnaître  que  la  langue  se  prête 
merveilleusement  à  rendre  ces  effets  soumise  à  la  loi  de  Tonomatopóe.  Du 
Bartas  et  lui  ont  su  tirer  tout  le  parli  possible  de  cet  avantage  en  poésie 


(1)  Philomèlc,  fllle  de  Pandion.  roi  d’Athènes.  Théréc,  roi  dc  Thrace,  qui  avait 
épousé  sa  soeur  Progtiè,  la  viola  i’avant  enlcvée  d’auprès  de  sou  père  sous  prétexte 
de  Ja  mener  voir  sa  soeur,  puis  lui  coupa  la  langue  afln  qu’elle  ne  put  racontercet 
outrage.  Mais  elle  broda  sur  une  toilc  ie  tort  qui  lui  avait-  été  fait  et  l'envova  à  sa  sceur 
qui  jura  de  s’en  venger.  Progné  passant  une  épée  à  travers  le  corps  du  petit  Itys, 
qu>lle  avait  eu  de  son  rnari,  et  l'ayant  dépécé  elle  en  flt  bouillir  une  partie  et  rotir 
1  autre.  Puis  quaud  Térée  futà  tabíe  Hle  lui  fit  servir.  Sur  le  milieu  du  diner,  deraan- 
dantson  Itys,  Philomèle.qui  étaitcachée.  se  préseuta,  et  tenant  entre  ses  raains  encore 
toutes  sanglantes  les  restes  de  Tenfant,  les  lauça  íi  la  face  du  père.  Oulré  de  colòre. 
cc  dernier  dégaina  son  épée  et  se  mit  à  la  poursuiic  des  deux  soeurs.  Mais  souda  n. 
par  le  pouvoir  des  dieux,  Progué.  fut  changée  en  hirondelle,  ct  Philouièle  en  rossi 
gnol.  JL>e  lâ  vient  que  les  poòtes  disent  que  rhirondelle  en  son  chaut  déplore  la  mort 
de  son  fìls  Ithis  etle  rossignol  l’outrage  que  'I’hérée  lui  fit. 

(2)  On  adonnó  aux  differents  chants  des  oiseaux  dcs  noms  particuliers  qui,  presque 
tous,  sont  dcs  onomatopées.  Ainsi  on  dit  :  cacabcr  pour  la  perdrix,  cacarder  pour 
l’oie.  caquctcr  pour  le  canard,  et  glousscr  pour  la  poule;  caracoulcr  pour  le  pigeon, 
roucoulcr  pour  la  tourterelle,  coucaiilcr  pour  la  caille,  coquclincr  pour  Je  coq, 

• croassçr  pour  le  corbeau,  coucoulcr  pour  le  coucou,  crailler  pour  Jacorneille. 
gazouiller  pour  les  petits  oiseau x.piaulcr  pour  le  moineau  et  les  pouJels. pupulcr  pour 
ía  houppe,  tintiner  pour  la  mésange,  et  turlutcr  pour  l’alouette. 


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-  170  — 

avec  cette  restriction  que  la  langue  de  Dastros  est  plus  souple,  plus  harmo- 
nieuse. 

Mais  roBiivre  du  Printemps  n*est  pas  achevée,  car  c'est  aussi  la  saison 
des  Amours.  Avant  lui  Virgile  avait  dépeint  d'une  façon  magistrale  Tem- 
pire  que  Famour  exerce  sur  cette  terre;  homraes,  bêtes  fauves,  troupeaux, 
habitants  du  ciel,  enfants  des  eaux,  tous  s’abandonnent  aux  fureurs  de 
Tamour  qui  exerce  sur  tous  le  raèrae  empire  (1).  Géraud  sen  inspiredans 
le  tableau  suivant  empreint  d’un  franc  réalisme  : 


La  pageso  dab  soun  pages, 
i&  bourgcso  dab  soun  bourges, 

Lou  gran  Baroun  dab  la  gran  Darao, 
Lou  hoúec  d’amou  tout  ag  alarao  : 

Las  bestios  brudos  à  soun  tour. 

Lou  Coulouraet  dcssus  la  tour, 

Lous  auzerets  per  la  houeillado, 

Lou  bestiaret  dessus  la  prado, 

Lou  Parratoun  peous  traucs  deou  mur, 
K  lous  peychis  an  lou  bounur 
De  hé  l’amou  ses  nado  hounto 
Deguens  la  gourguo  més  pregounto, 
Coumo  Jous  heraras  au  demést 
De  la  més  escuro  ahourést, 

Car  la  terro,  l’ayguo,  ni  l’ayre, 

N’an  arre  que  d’amou  se  payre... 


\&  paysanne  avec  son  paysan, 

La  bourgeoise  avec  son  bourgeois. 

Le  grand  Baron  avec  la  grande  Dame, 

Le  feu  d’amour  embrase  tout : 

I.es  bétes  brutes  à  leur  tour, 

Les  ramiers  sur  leur  pigeonnier, 

Lcs  oiseaux  à  travers  le  feuillage, 

Le  bétail  dans  les  prairics, 

I.e  moineau  dans  les  trous  du  mur, 

Et  les  poissons  ont  le  privilcge 
De  faire  J’amour  sans  la  moindre  honte 
Dans  les  trous  les  plus  profonds, 

Comme  les  animaux  sauvages  également 
Dans  la  plus  obscure  forét, 

Car  Ja  terre,  l’eau,  ni  l’air, 

Ne  possiîdent  rieu  qui  se  prive  d’amour... 


Est-il  besoin  d’alléguer  d'autres  argumenîs  en  sa  faveur?  L’apparition 
du  Printeraps  sur  la  terre  est  toujours  un  sujet  de  joie;  sans  la  sécheresse 
de  l’Eté  et  le  froid  de  l’Hiver  les  hommes  jouiraient  d’un  vrai  paradis  Le 
siècle  d’or  ne  fut  en  sorame  qu’un  Printemps  éternel,  tandis  que  le  siècle 
de  fer  fut  engendré  par  l’Eté  et  l’Hiver.  Cette  heureuse  saison  est  désirée 
par  tous  et  tous  soupirent  après  son  retour;  nulle  autre  n’est  aussi  digne 
d’obtenir  la  couronne. 

Ainsi  parla  le  Printemps. 

Le  poète  dédie  ce  chantà  M.  de  Cctzenave ,  ecclésiastique  toulousain,  et 
après  lui  avoir  expliqué  les  raisons  de  ce  choix  il  termine  en  lui  disant : 

Diou  bous  doungo,  Moun  Cazanaouo,  Dieu  vous  donne,  Mons  Casenoucc, 

Au  Céou  uo  cazo  touto  naoiio.  Au  Ciel  une  maison  toute  neuve. 


(1)  Georgiques  (liv.  m) : 

Omne  adeo  genus  in  terris  hominumque  ferrarumque, 

Et  genus  cequorem,  pecudes,  pietoeque  volucres, 

In  furias  Jgnemque  r>iunt,  amor  omnibus  idem.., 

Àristote ,  dans  son  Histoirc  de*  Animaux ,  liv.  vi,  ditqu’au  Printemps  les  animaux 
sont  plus  euclins  et  adonnés  à  Vénus  qu’en  autre  saison,  car  le  soleil  s’approchant 
enfle  les  esprits  et  augmente  la  chaleur  et  le  sang  qui  causent  un  plus  grand  cha- 
touillementqu’auparavant;  c’est  ce  que  contìrraent :  Du  Bartas  dans  sa  aescription 
des  Quatre  Saisons.  Baîf  dans  son  livre  des  Métèorcs,  Jivre  v,  chapitre  vm. 


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—  171 


ISÊté  lui  succède;  drapé  de  toile  légère,  des  épis  de  bìé,  d’orge  et  de 
seigle  entremèlés  lui  servent  d’écharpe  et  de  ceinture.  Au  lieu  d’épées  et  de 
boucliers  il  tient  dans  ses  mains  des  fautx  et  des  faucilles  et  porte  sur  ses 
épaules  des  pelles,  des  fourches,  des  fléaux  et  des  ràteaux,  emblèmes  de 
son  activité.  II  prend  la  parole  en  ces  termes  : 

Jou  souu  lou  désirat  Estiou,  Je  suis  l’Eté  si  désiré, 

Lou  tems  més  benasit  de  Diou,  Le  teraps  le  plus  béni  de  Dieu, 

La  sasoun  que  l'ome  més  ame  La  saison  que  l’homme  aime  le  mieux 

Perso  que  soun  lou  casso-hame,  Parce  que  je  suis  le  chasse-faim, 

Casso-mautens,  casso-talent...  Lechasse-mauvais-temps,lechasse-misère* 

N’est-ce  pas  le  grand  pourvoyeur  en  grains,  paille  et  foin  pour  nourrir 
les  animaux.  Grâce  à  lui  tout  vit  et  s’alimente;  sans  lui  lout  se  perd  et 
meurt  d’inanition.  Tant  qu’il  dure,  la  table  de  Dieu  est  mise  pour  tout  le 
monde  et  son  Ange  éparpille  le  grain  à  satiété  pour  ses  nombreux  convives 
grands  et  petits.  II  n’est  pas  jusqu’à  la  fourmi  qui  n’en  profìte  avec  sa  dili- 
gence  accoutumée  pour  faire  ses  provisions  en  vue  de  l’hiver,  donnant 
ainsi  un  exemple  de  sagesse  et  de  prévoyance  auxlâches  et  aux  paresseux. 
II  nous  les  montre  en  plein  travail  autour  de  leur  fourmilière  : 


L’uo  que  ba,  l’auto  que  beng, 

L’uo  que  tiro,  l’auto  pousso, 

Dab  pés  è  dens,  sa  cargo  arrousso 
Ses  se  pausa  denquio  que  soun 
De  tout  deguens  sa  gamisoun; 

E  d’enquio  qu'an  amassat  bioures 
Per  passa  la  sasoun  deous  gioures. . . 


L’une  va,  l’autre  revient, 

L’une  tire,  l’autre  pousse, 

Avec  les  pieds  et  les  dents  sa  charge  rousse 
Sans  se  reposer  jusqu’à  ce  qu’elles  soient 
En  entier  dans  leur  garnison; 

Et  jusqu’à  ce  qu’elles  aientamassé  des  \ivres 
Pour  passer  la  saison  des  givres... 


Mais  la  richesse  sans  plaisir  est  insuffìsanle,  l’Eté  y  pourvoit  en  y  joi- 
gnant  de  l’agrément.  Rien,  en  effet,  n’est  plus  délicieux  que  d'ètre  assis  sur 
un  tapis  de  verdure  à  l’ombre  d’une  tonnelle  au  milieu  d’arbres  touffusque 
Je  soleil  est  impuissant  à  traverser  de  ses  rayons  pendant  qu’on  est  bercé 
par  le  murraure  d’un  ruisseau  qui  coule  à  vos  pieds  répandant  à  l’entour 
une  bienfaisante  fraicheur. 

Puis  c’est  la  fenaison  et  la  moisson  qui  occupent  l’activité  des  laboureurs. 
Avec  quel  sentiment  exquis  de  la  nature  il  chante  les  mâles  velus  qui  fau- 
chent  rangés  en  bataille.  le  dur  labeur  quotidien,  les  grosses  gaietés  des 
jours  defète,  toute  la  vie  campagnarde  du  village  : 


En  bét  espia  las  lounguos  ruos 
D’estiouandés  que  coumo  agruos 
Arruadets,  tounoun  lous  prats, 
Ou  las  mesturos  ou  lous  blats, 
Dementre  que  beng  la  cailhado 
En  un  banoun  plan  caperado 


On  a  plaisir  à  regarder  les  longues  flles 
D’estivandiers,  qui  comme  des  grues 
Groupés,  tondent  les  prés, 

Ou  les  seigles  ou  les  blés, 

En  attendant  qu’on  apporte  le  caillé 
Dans  un  vase  bien  couvert 


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—  172  — 


D’uo  serbieto  de  sa  coulou 
Blanquo  courao  )a  ftno  flou, 

Dementre  qu’atraoués  la  sesquo 
La  bouteilbo  se  tenguo  fresquo, 

Ou  plan  boussouado  au  més  pregount 
De  l’arriouet  ou  de  la  hount. 

Dementre  que  dessus  l’erbeto 
Marioun  esten  la  serbieto 
Dab  un  coutét  è  dab  un  pan. 

Blanc  coumo  béro  dent  de  e;m. 
Mentre  que  lou  beyré  ero  arresquo 
Ou  l’ascudélo  en  la  hount  fresquo. 

Mous  Massips  se  laoíion  Ias  mas, 
Puch  se  plcyon  lou  cougoumas, 

Ets  chapon  pan,  chapon  hourmatge, 
Puch  per  deli  lou  companatge 
Beoiion  ses  hounto  de  degun 
Quouate  calissados  quadun. 

Aprcs  ets  caqueton  uo  pauso 
So  qu’augi  la  gouge  nou  gauso, 

Mós  s’en  tourno  drét  au  bourdiou 
Per  coussira  so  qu’ere  diou, 
Pendentque  inous  drolles  pihaignon 
E  que  d’arrise  s’acacaignon, 

Més  soun  sadouts  de  passo-tens? 

Ets  s’adromoun  en  medich  tens; 

Et  estenut,  ero  estenudo 
Sur  aquere  erbeto  menudo, 

La  soulo  camiso  dessus 
Aumens  de  la  cinto  à  l’ensus. 

Atau  ets  léycbon  plaet  cage 
De  tout  lou  jour  Ja  calou  rnage... 


D’une  serviette  de  sa  couleur 
Blanche  comme  la  fleur  délicate, 

Pendant  qu’à  travers  les  glaieuls 
La  bouteille  se  tient  fraiohe, 

Ou  hermétiquement  fermée  dans  les  profoir 
Du  ruisseau  ou  de  la  fontaine.  [deurs 

Pendant  que  sur  l’herbe 
La  petite  Marie  étend  la  serviette 
Avec  un  couteau  et  un  pain, 

Blanc  comme  une  belle  dent  de  chien, 
Pendant  qu’elle  rince  le  verre 
Ou  l’écuelle  dans  la  fontaine  fraiche. 

Mes  gars  se  lavent  les  maius, 

Puis  se  remplissent  l’estomac, 

Ils  mangent  du  pain  et  du  fromage, 

Puis  pour  cimenter  ce  mélange 
Ils  boivent  sans  honte  de  personne 
Quatre  rasades  chacun. 

Après  ils  caquettent  un  iustant 
Laservante  n’osantécouterce  qu’elle  entend 
S’en  retourne  droit  à  la  métairie 
Pour  s’acquitter  de  son  devoir, 

Pendant  que  mes  gaillards  plaisantent 
Et  se  rassasient  de  rire, 

Mais  eux  sont  repus  de  passe-temps? 
lls  s’endorment  en  même  ternps; 

Lui  et  elle  couchés 
Sur  cette  herbe  menue, 

La  seulo  chemise  dessus, 

Au  moins  de  la  ceinture  en  haut. 

Ils  laissent  ainsi  tomber  tranquilleinent 
La  plus  forle  chaleur  de  la  journée... 


L’Eté  ne  saurait  être  comparé  à  riliver,  ce  frileux,  ceboueux,  qui  détruit 
tout.  Le  Printemps  tire  vanité  de  ses  fleurs;  TEté  n’a-t-il  pas  égalemen 
comme  parure  les  Lys,  les  CEillets,  les  Soucis,  les  Tournesols,  sans  compter 
la  fleur  de  la  vigne,  le  fléau  des  serpents?  II  ne  possède  pas  la  vaiiété  des 
oiseaux  du  mois  de  mai  ni  leur  musique,  mais  ils  chantent  defaim,  c’est 
lui  qui  emplit  leur  gosier.  En  revanche,  il  procure  le  chant  de  la  Cigale,  si 
chère  à  Anacréon,  et  le  concert  des  fléaux  d’Estivandiers,  frappant  en 
cadence  sur  l'aire,  chanson  bien  agréable  à  leurs  oreilles  : 


Per  sous  auzets,  nat  d’ets  n’eygalo 
Lou  plasé  que  da  la  Cigalo, 

La  Cigalo  hé  més  de  gay 
Que  nat  auzét  deou  més  de  May. 
Nou’  y  a  Lunéicho.  ni  Meihenguo, 
Cardino,  Arroussignò  que  tenguo 
Daoiiaut  lou  soun  que  bons  augéts 
De  desoûévt  ou  bint  lagets 
Qu’eous  Estiouandés  hen  en  bate 


Quant  à  ses  oiseaux,  aucun  d'eux  n’êgale 
Le  plaisir  que  procure  la  Cigale, 

La  Cigale  fait  éprouver  plus  de  satisfaction 
Qu’aucun  oiseau  du  raois  de  Mai, 

11  n’y  a  Liuotte,  ni  Mésange, 
Chardonneret,  Rossignol  qui  tiennent 
Devant  le  son  que  vous  entendez 
De  dix-huit  ou  vingt  flèaux 
Quo  les  Estivandiers  íont  en  frappant 


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£>e  tres  en  ir^s,  de  quouate  en  quouate; 
Nou  y  a  cordos  d'arrebequets 
Que  s’arrecorden  mcillou  qu'ets 
Que  nou  manquon  nado  mesuro 
En  se  bremba  de  la  coussuro  : 

E  Primo  n’a  nado  cansoun 

Que  ’ous  placio  autant  coumoaquet  soun 


-  m  - 


De  trois  en  trois,  de  quatre  en  quatre; 

II  n’y  a  pas  de  cordes  d’instruments  de  mu- 
Qui  s’accordentmieux  qu’eux,  [sique 
Ne  manquant  pas  une  mesure 
En  se  souvenant  de  la  coussure  (1)  : 

Et  le  Printemps  n’a  pas  une  chanson 
..Qui  leur  plaise  autant  comme  ce  son... 


U Automne,  il est  vrai,  a  ses  fniits,  mais  TEté  nVt-il  pas  aussi  les  siens  : 
Cerises,  poires,  amandes,  abricots,  prunes  et  melons  en  abondance?  Toutes 
ces  audacieuses  n'ont  donc  qu'à  s'incliner  devant  lui  et  il  ne  craint  pas  d'être 
proclamé  le  Roi  des  Saisons. 

L'Eté  gascon  termina  de  la  sorte  sa  harangue. 

C’est  à  M.  de  Belin,  curé  de  Saint-Clar,  envoyé  en  mission  dans  les 
Cévennes,  qu’il  réserve  avec  intention  ce  poème.  Le  sachanl  très  frileux  il 
espère  qu’il  le  réchauffera  et  le  préservera  de  la  bise  glacée  des  montagnes- 

UAutomne  vient  ensuite.  Jolie  comme  un  beau  fruit,  polelée  comme  une 
colombe,  elle  porte  une  robe  couleur  de  gorge  de  pigeon  parsemée  defeuilles 
de  saule.  Elle  a  pour  pendants  d’oreille  deux  raisins  et  pour  joyaux  des 
guirlandes  de  pommes  entrelacées,  emblème  de  sa  richesse. 

Elle  se  présente  ainsi  : 


Joa  soun  Autouno,  l’aboundouso, 
La  mes  riclio,  la  més  audouso 
De  toutos  las  sasous  que  dan 
Lou  tour  à  la  terro  cad’  an . . . 


Je  suis  l’Automne,  labondante, 
La  plus  riche,  la  plus  odorante 
De  toutes  les  saisons  qui  font 
Le  tour  de  la  terre  ehaque  année 


Puis  il  développe  trois  arguments  décisifs  qui  doivent  lui  assurer  la 
supériorité  sur  ses  rivaux  :  son  ancienneté,  sa  richesse  et  sa  beauté. 

L’Ecriture  Sainte  n’apprend-elle  pas,  en  effet,  que  lorsque  nos  premiers 
parents  entrèrent  au  Paradis  terrestre  ils  n’y  trouvèrent.  ni  fleurs,  ni  orge, 
ni  blé,  mais  bien  un  assortiment  de  fruits  exquis  mûrs  à  souhait?  L’Au- 
tomne  seul  existait,  et  sans  la  curiosilé  d 'Adam  ses  pommiers  auraient  en 
tout  teraps  porté  des  fruits  : 


Aro  fret  è  calou  m’ag  sequo, 

La  bermino  m’ag  barbo-Iequo 
Aros  aquet  Yoûér  caytiou, 

L’ahamado  Primo.  é  TEstiou 
S’en  soun  ta  frem  contro  jou  presis 
Que  de  l’an  m’an  tounut  nau  mesis. . . 


Maintenantle  froid  etla  chaleur  me  sèchent 
Lavermine  mele  dévore,  [tout, 

Puis  ce  misérable  Hiver, 

Cet  affamé  de  Printemps  et  l’Eté 

Se  sont  acharnés  si  vivement  contre  moi  . 

Quc  do  l’année  ils  m’ont  toudu  neuf  mois. . 


Son  ancienneté  établie,  il  fait  valoir  les  richesse  dont  il  dispose,  et 
comme  titre  de  noblesse  il  place  en  première  ligne  le  vin. 


(1)  Paiement  en  nature. 


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lci  le  poète  fait  d’abondance  et  avec  conviction  l’éloge  de  cette  liqueur 
bienfaisante  et  lui  assigne  une  place  d’honneur  comme  bienfaitrice  de  l’hu- 
manilé  (1)  : 


Ay  et  nat  cos  tant  estourdit 
Qui  nou  diguo  si  n'ag  a  dit, 

Que  per  abitailha  lou  poble 
Lou  binet  es  lou  prumé  moble; 
Que  talèou  que  manqué  lou  bin 
Taléou  lou  moun  prenere  fìn  ? 
Que  de  tout  so  qu’eou  moun  abito 
Lou  bin  es  la  berayo  bito  ? 


II  n’y  a  pas  un  être  si  étourdi  soit-il 
Qui  ne  proclame  s'il  ne  I’a  fait, 

Que  pour  reconforter  le  peuple 
Le  vin  est  le  premier  éléraent; 

Sitôt  que  le  vin  fera  défaut 
Aussitôt  le  monde  prendra  0n? 

De  tout  ce  qui  habite  dans  ce  monde 
Le  vin  est  la  véritable  source  de  vie?... 


Le  vin  provoque  des  couleurs  naturelles  que  tous  les  fards  et  vermillons 
du  monde  seraient  impuissants  à  produire  Noé  aurait-il  eu  cette  face 
colorée  et  réjouie  qu’on  lui  connaîl  sans  son  secours? 

Mais  cela  est  encore  peu  de  chose,  car  son  principal  mérite  est  de  réchauffer 
le  corps  et  l’esprit.  Avec  la  gaillardise  qui  lui  est  habituelle  il  insinue  qu*il 
agit  également  sur  les  sens  : 


L'amou  tabe  es  escauhuro, 

Bout’en  umou  la  creaturo 
De  hé  d’autés  creaturous, 

Tant  et  es  caut  é  berturous; 

E  l’om  beyre  léou  ses  s’ajudo 
La  semenco  de  gens  perdudo. 

Et  escanhuro  jour  é  néyt 
E  nou  y  a  milhou  ’scauho-liét, 

Ses  poou  que  la  calou  s’eybenté, 
Qu’un  picharroun  de  bin  eou  bente. . . 


II  réchauffe  également  l’amour, 

Et  met  en  disposition  la  créature 
D’engendrer  d’autres  rejetons, 

Tant  il  est  chaud  et  prolifìque; 

Et  l'on  verrait  bientôt  sans  son  aide 
La  semence  des  gens  se  perdre. 

II  réchauffe  jour  et  nuit 
Et  il  n’y  a  pas  de  meilleure  bassinoire, 
Sans  crainte  que  la  chaleur  s’évente 
Qu’une  petite  chopine  de  vindans  leventre. 


Dastros  passe  en  revue  les  effets  merveilleux  de  ce  breuvage  nompareil. 
Son  emploi  conserve  la  force  et  la  santé  touten  préservant  de  la  peste  et  des 
maladies  qui  affligent  I’humanité.  Mais  son  rôle  est  plus  étendu,  car  il  donne 
du  courage  au  lâche  et  au  poltron  et  met  dans  le  coeur  du  déshérité  un  peu 


(1;  Avant  lui  Du  Barlas,  en  parlant  de  la  vigne,  s’exprimait  ainsi  : 

Son  fruit  pris  par  corapas  les  esprits  viuifie, 

Enhardit  un  coeur  mol,  les  cerueaux  puritte, 

Resueille  l’appétit,  redonne  la  couleur, 

Les  conduits  désopile,  augmente  la  chaleur, 

Engendre  le  pur  sang,  le  troublé  subtilize. 

Chasse  les  excrémens,  l’entendement  aiguise, 

Espierre  la  vessie,  et  preserue  nos  corps, 

Du  Lethe,  ja  voisins,  de  cent  sorte  de  mors... 

Pline  (liv.  23)  signale  à  son  tour  douze  effets  produits  par  l’usage  du  viu  pris 
modérément. 

Dans  son  liv.  19.  chap.  v,  «  on  peut  asseurer  à  bon  droict,  dit-il,  qu’il  n’y  a  rien  de 
plus  utile  aux  forces  du  corps  ni  plus  pernicieux  si  on  en  abuse.  » 

C’est  aussi  l’avis  de  V’irgile,  quand  il  dit  dans  uue  de  ses  Epigrammes  : 

Nec  veneris,  nec  tu  vino,  capiaris  amore. 


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cTespérance,  le  faisant  revenir  de  la  mort  à  la  vie.  II  calme  la  douleur  de 
Tamante  éplorée  et  assoupit  celle  dú  veuf  inconsolable.  Si  le  vin  est  agréable 
à  la  créature,  il  réjouit  Dieu,  le  créaleur. 

II  termine  son  apotbéose  en  disant  : 

Nous  trouban  dounc  qu’an  aquet  counde  Nous  trouvons  donc  qu'à  ce  compte 
Lou  bin  es  la  joyo  deou  moundc,  Le  vin  est  la  joie  du  monde  entier, 

E  mes  la  joyo  deou  Céou,  Et  de  plus  la  joie  du  ciel, 

Y  atau  lou  més  precious  jouyéou...  Ce  qui  le  rend  le  joyau  le  plus  précieux... 

Son  enthousiasme  pour  le  vin,  objet  de  ses  prédilections,  ne  s’affaiblira 
pas,  loin  de  là;  nous  aurons  occasion  d'y  revenir. 

L’Automne  continue  son  plaidoyer  en  démontrant  l’impuissance  de  ses 
rivalesqui  ne  peuvent  se  passer  de  lui.  L’Elé  rócolte  du  vin  en  abondance, 
mais  que  feraient  ses  faucheurs  s’ils  n’avaient  durant  les  chaudes  journées 
du  vin  pour  se  désaltérer  et  se  réconforter?  II  peut  se  suffire  à  lui-mème : 
il  a  du  millet  qui,  mêlé  au  lait,  'lui  procure  un  met  délicieux;  il  a  encore 
le  maïs  qui  lui  donne  une  bouillie  exquise  et  un  pain  succulent,  nourriture 
saine,  le  tout  arrosé  de  quelques  verres  de  vin. 

Enfin  il  a  ses  fruits  qui  sont  |une  autre  richesse,  et  il  est  en  droit 
d’être  fièr  de  leur  beauté,  de  leur  succulence  et  de  .leur  utilité,  qualités 
appréciées  par  les  pauvres  et  lcs  riches. 

Le  Printemps  a  revendiqué  avecraison  sesíleurs  aux  brillantescouleurs, 
mais  comme  tout  cela  est  fragile,  cette  belle  parure  ne  vit  que  l’espace  d’un 
matin  : 


Flou,  mirailb  de  la  bito  umano, 
Qu*un  hat  arrecusé  debano 
Aquo  ’s  ta  tendre  é  temeruc 
Qu’un  soul  bouhet,  un  petit  truc, 
La  raendre  causo  que  la  toquo, 
La  desaunoro,  é  la  defloquo. . . 


Fleur,  miroir  de  la  vie  humaine, 

Que  le  moindre  souífle  dtHruit, 

Tout  cela  est  si  fragile  et  craintif 
Qu’un  seul  coup  de  vent,  un  petit  choc, 
La  moindre  chose  qui  la  touche 
La  âétrit  et  la  déflore. . . 


Tandis  que  son  ceuvre  est  plus  durable  : 


Moun  frut  arre  d’aquo  nou  creing, 
Car  oun  més  moun  frut  om  estreing, 
Oun  més  moun  frut  om  pautinejo, 
Més  moun  frut  flayro  é  sabourejo... 


Mon  fruit  ne  craint  rien  de  tout  cela, 

Car  plus  on  le  serre, 

Et  méme  plus  ou  le  tripote,  [savoureux. . . 
Mon  fruit  embaume  davantage  et  esf  plus 


Si  la  fleur  flatte  l’odorat  et  Ja  vue,  le  fruit  ne  le  cède  en  rien  et  est 
agréable  à  la  bouche.  Quoi  de  plus  beau  qu'un  verger  avec  ses  longues 
allées  d'arbres  en  espaliers  chargés  de  fruits?  Dastros  en  profite  pour  nous 
décrire  toutes  les  diverses  variélés  de  poires  et  de  pomrnes  qui  existent 
encore  de  nos  jours. 

Si  le  Printemps  bénéficie  du  chant  mélodieux  de  ses  oiseaux,  l’Automne 


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se  rattrape  amplement  durant  celte  saison,  qui  les  rend  gros  et  gras  et 
bons  à  mettre  à  la  broche. 

11  disparaît  plein  de  confiance  dans  le  résullat. 

Ce  chantest  destiné  à  M.  de  Lucas,  juge  criminel  d'Armagnac,  à  qui  il 
est  dédié  pour  deux  raisons  :  la  première,  parce  que  c’est  la  Saison  où 
on  chome  Saint  Luc,  patron  des  Lucas;  la  seconde  : 


Rous  éts  biéilh,  e  éro  que  porto 
So  que  lous  biéilhs  arreconforto, 
Nou  cau  pas  éste  gran  deoûin 
Per  debina  qu'aquo  ’s  lou  bin  : 
Car  an  d’un  ome  de  bost'  atge 
Lou  bin  es  lou  milhou  poutatge 


Vous  étes  vieux,  et  elle  produit 
Ce  qui  reconforte  les  vieillards, 

11  ne  faut  pas  étre  grand  prophòte 
Pour  deviner  que  c’est  lò  vin  : 
Car  pour  un  homme  de  votre  âge 
Le  vin  est  le  meilleur  potage... 


L ’Hioer,  au  teint  enluminé,  au  visage  rubicond  de  Chérubin ,  ferme 
la  marche.  Grand  et  gros,  il  est  enveloppé  d’une  ample  pelisse;  une  coiffe 
garnie  de  dentelles  retient  scs  cheveux  mal  peignés,  et  sa  grosse  tète  est 
recouverte  d’un  chapeau  qui  ne  laisse  paraître  que  le  bout  du  nez.  11  est 
ganté  de  mitaines  eí  chaussé  de  pantoufies  rembourées  de  paille. 

Plein  de  confiance  dans  la  bonté  de  sa  causc  il  s  exprime  ainsi  : 

Jou  soun  Youér  lou  sanetous,  Je  suis  l’Hiver  le  sain, 

Lou  ben-aysat,  lou  bouluptous;  Le  bien-aisé,  le  voluptueux; 


N’est-il  pas  de  toute  justice  de  reconnaître  en  principe  quele  Maître  doit 
toujours  avoir  le  pas  sur  les  serviteurs.  Or,  le  Printemps,  FEté  et  FAutomne 
ne  travaillent  et  ne  récoltent  qu  a  son  intention;  le  créateur  de  toutes  choses 
en  a  ordonné  ainsi.  Si  le  monde  profite  de  tant  de  choses  délicieuses  c'est 
grâce  à  lui  qui  en  est  le  père  comme  la  terre  en  est  la  mère  : 


Jou,  jou  que  soun  ses  nado  mérro 
Lou  mascle  qu’empreigno  la  térro; 
Jou,  jou  que  soun  lou  qui  la  héou 
May  dab  moun  tor  é  dab  ma  néou, 
May  qu’esperich,  flourich  é  grano, 
Automen  éro  sire  mano... 


Moi,  moi  je  suis  sans  nulle  plainte 
Le  màîe  qui  féconde  la  terre; 

Moi,  moi  je  suis  celui  qui  la  rend 
Nîère  avec  ma  gelée  et  ma  neige, 

Mòre  qui  fait  éclore  fleurir  et  grainer, 
Sans  cela  elle  serait  stòrile... 


L’Hiver  est  le  repos  des  laboureurs-  C’cst  alors  qu’ils  jouissent  du  fruit 
de  leurs  peines;  le  grenier,  la  cave  et  le  poulailler  sont  approvisionnés.  Ils 
s’invitent  mutuellement  en  de  joveux  festins.  L’Hiver  appelle  la  joie  et 
chasse  les  soucis;  il  a  ses  plaisirs  à  lui  qui  sout  des  plus  variés.  Le  poète 
nous  dépeint  ces  récréations  au  coin  du  feu  avec  une  exactitude,  une  variété 
de  coloris  digne  d’un  éminent  artiste  : 

Quing  plasé  n’es  pas  et  aquó,  Quel  plaisir  n’es-ce  pas, 

Quing  plasé  toquo  més  au  cò,  Quel  plaisir  touche  plus  au  cceur, 

Qu’esto  tant  que  la  biso  hisso  Que  d’être  quand  le  vent  du  nord  siífle 


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—  177  — 


Sarrat  en  uo  bouno  perisso? 

Daouant  un  grand  roudau  de  houec, 
En  un  loc  caut  i*  plnn  sec, 

Ouu  arren  que  Diou  soulet  n’entre 
En  bet  s’acarailha,  dementre 
Que  lou  Goujat  tasto’  un  Capoun, 
Que  la  Goujo  tiro  deou  boun. 

Que  lous  Hils  tournon  de  la  casso, 
Touls  cargats  dc  benesouu  grasso 
De  Eébes,  d’Arrouquets,  de  Guits, 
De  Becados  é  de  Perdits  ? 

(jue  l’Aujouleto  dits  un  coumle 
De  tout  so  que  sès  hevt  eou  mounde 
Despuch  quouate  bins  ou  cent  ans, 
En  doundoureja  lous  Ehans  ? 

Que  l’Aujoulet  quadeja  rabo 
En  bét  hé  crabo  s’és-tu  crabo, 

Dab  lou  bastoun  tiro  ’n  darré 
Las  castaignetos  suu  larét... 


Serré  dans  une  bonne  pelisse? 

Devant  un  grand  cercle  de  feu, 

En  un  lieu  chaud  et  bicn  sec. 

Où  rien  que  Dieu  seul  ne  pénètre 

En  se  chautfani  bien  à  la  flamme.  pendant 

Que  le  Garcon  mange  un  chapon, 

Et  qne  la  Servante  tirc  du  meilleur, 

L.es  Fils  1  entrent  de  la  chasse 
Cliargês  de  venaison  grasse, 

De  Lièvres,  d’Oiseaux,  de  Canards, 

De  Bécasses  et  de  Perdrix  ? 

Que  l’Aïeule  dit  un  conte 
De  tout  ce  qui  s’est  fait  dans  le  monde 
Depuis  quatre-vingts  ou  cent  ans, 

En  berçant  les  Enfants  ? 

Que  l’Aïeul  qui  déjâ  divague 
Va-t-en  faire  chêvre  si  tu  es  chèvre, 

Avec  son  bâton  retire  en  arrière 
Les  chàtaignes  sur  le  fover... 


Voilà  pour  ies  riches,  mais  cette  saison  ne  trouvera  pas  le  paysan  prisau 
dépourvu.  11  aura  lui  aussi  sa  provision  de  pain,  de  vin  et  de  piquelte;  il 
ne  manquera  pas  de  salé  d’oie  ou  de  porc  pour  faire  la  garbure,  ni  de  la 
farine  de  maïs  pour  sa  bouillie  dc  prcdilection.  11  aura  sessabots  rembour- 
rés,  un  bon  tricot,  du  bois  ct  des  mottes  pour  se  préserver  de  la  bise  glacée. 
Ses  récréations  auroni  tout  autant  d’attrait  : 


Nou  y  a  mage  plase  qu’aquct 
D'escouta  lour  gadau  caquet, 

Pendent  que  la  praubo  Aujoulcto 
Hé  lou  houec  debat  la  ouleto, 

Ou  dementre  que  l’Aujoulet 
Lou  hé  debat  lou  payroulet. 

Que  lou  I3oué  pleguo  uo  treseguo, 

Ou  que  carpento  uo  maneguo; 

Que  Nicoulau  herro  ’n  esclop, 

Dab  sa  Margoutoun  tout  au  prop 
(Ju’en  canta  de  hila  s’ahano, 
QueJouano  coux,  que  Jouan  debano, 
Que  Marioun  penchiuo  lin, 

Qu’er’  aoué  encoué  deguens  l’esclin, 
Que  Lucio  neteje  arrabissos, 

Que  Pey  pedasso  las  garbissos, 

Que  1’ AoueiUiê  se  hé  ’n  garrot, 

Que  Counclourino  dab  Peyrot 
Se  hén  l’amour  à  las  couchados, 

A  tauhenats  é  à  ’squissados, 

Denquio  qu’an  amassat  calou 
E  boutat  fort  béro  coulou. 

Qu’ets  disoun  d’uo  fayssoun  gentilo, 
Arreproués  cent  é  més  milo, 


11  n’v  a  pas  de  plaisir  plus  grand  que  celui 
D’écouter  leur  joyeux  caquet, 

Pendant  que  la  pauvre  Aïenle 
Fait  du  feu  sous  le  pot, 

Ou  pendant  que  l’Aïeui 
En  fait  sous  le  chati  iron. 

Que  lc  bomier  ploie  ie  lien  d’osicr 
Ou  qu’il  charpente  un  manche  de  charrue; 
Quc  Nicolas  ferrc  ses  sabots, 

Avec  sa  Margunrite  à  ses  cólés 
Qui  se  dépèche  de  filer  en  chantant, 

Que  Jcanno  coud,  que  Joan  dévide  le  111, 
Que  Marie  peigne  le  liri, 

Qu’elle  avait  encore  dans  l’armoire, 

Que  Lucitì  nettoie  des  raves, 

Que  Pierrc  racommode  les  Hlets 
Que  le  berger  se  prépare  une  crosse, 

Que  Condorine  avec  petit  Pierrc 
Font  i’ainour  aux  entorses  (à  qui  se  ren- 
Aux  agaceries.etcoups  d’épaules.  jversera) 
Jusqu’à  ce  qu’ils  aienl  ramassé  cliaud 
Et  mis  fort  belle  couleur. 

Us  disent  ensuite  d’une  gentille  faeon 
Cent  et  même  miile  proverbes, 

13 


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Qu’ets  hén  à  milo  jocs  plasens, 
A  milo  plases  inoucens... 


-  178  - 

Ils  font  ainsi  à  mille  jeux  plaisants; 
A  milie  plaisirs  innocents. . . 


S’il  provoque  partout  la  joie  et  les  plaisirs,  c  est  aussi  une  saison  de 
santé  qui  s’ouvre  à  Noel  et  que  le  Carnaval  vient  clore  : 


Moun  poude  saberuc  é  noble 
Porto  santat  â  tout  lou  poble, 

Purgui  l’ayre,  purgui  lou  cos, 

I.a  car,  las  béos  é  lous  os, 

Purgui  l’uinou.  cassi  la  réoumo. 
Dissipi  la  gahanio  fléoumo. 
Desenfecichi  tout  lou  moun. 

Ne  tiri  pésto  é  mes  carboun, 

Atau  gouarit  tout  m’ag  engréychi, 

'i'a  sabourousoment  m’ag  péychi, 
Atau  tout  se  m’enflo  è  me  crevch, 
Tout  m’es  joyous  coumo  lou  peych... 


Mon  pouvoir  savant  et  noble 
Procure  la  siinté  i'i  tout  le  peuple. 

Je  purge  i’air,  ct  le  corps, 

La  chair,  les  veines  et  les  os, 
l.’humeur,  je  chasse  la  bile 
Je  dissipe  la  gluante  mélancolie, 

Je  dcsinfecte  tout  le  mont, 

J’en  retire  la  peste  et  méme  le  charbon, 
Ainsi  gucri.  j’engraisse  toul 
Et  je  m’en  repais  savoureuscment. 

Ainsi  tout  me  profite  et  me  grandit, 

Tout  m’est  joyeux  comme  au  poisson... 


Aucune  autre  ne  saurait  raisonnablement  lui  dispuler  le  prix.  Dastros, 
réserve  THiver  Gascon,  à  son  grand  ami  Pierre ,  Simon  de  Sarrant ; 
aptès  lui  avoir  désiré  de  vivre  cent  hivers,  en  se  prêservant  de  l'Enfer,  il 
ajoute  : 


M’es  s’aquesto  sasoun  oun  glaço 
En  esta  plan  sarrat  se  passo 
Jou  t’acousseilhi,  Moun  Sahiiant, 
D’esta  plan  sarrat  c  sarrant, 

Que  tas  aguilhetos  tu  sarrcs. 

Que  traucs  é  hendassos  tu  barres 
Deous  sabatous  denqui’au  berret 
S’es  questioun  det’  gouarda  de  fret. 

Més  s’es  questioun  de  bouno  chéro 
E  de  hé  tinda  Ja  bavchéro, 

Jou  t’acousseilhi,  M  oln  Sahhant 
De  n’esie  sarrat  ni  sarrant 


Mais  si  cette  saison  ou  tout  gcle 
Se  passe  â  condition  d’ctre  bien  couvert, 
Je  te  conseille,  Mons  Sarrant 
D’ctre  Lien  serré  et  serrant, 

Que  tu  attaches  bien  tes  aiguillettes, 

Et  que  tu  bouches  íentes  et  trous, 

Depuis  les  pieds  jusqu’ìt  la  têie 

S’il  est  question  de  te  préserver  du  froid. 

Mais  s’il  s’agit  de  bonne  chère 
Et  de  faire  tinter  la  vaisselle, 

Je  te  conseille,  Mons  Sarrant 
De  n’êire  serré  ni  serrant. 


Le  Berger,  arbitre  en  dernier  ressort,  récapitule  les  différents  plai- 
doyers.  II  se  garde  de  faire  des  mècontents,  et  en  juge  avisé  qu'il  esl,  trou- 
vant  que  tout  est  pour  le  mieux  dans  l’ordre  régulier  des  saisons,  leur 
donne  à  chacune  tour  à  tour  raison,  dans  l'arrêt  suivant  dont  nous  ne  cite- 
rons  que  les  trois  dernières  strophes  : 


Si  toutos  an  dounquos  rasoun, 

Qui’n  gausara  couiulamna  nado, 

Ni  boula  de  touto  1 ’annado 
L’uo  daouant  l’auto  ìrasoun? 

.si  cau  et  toutjour  un  Arrcst 
Sur  aquero  dousso  countcsto, 

Ajats  I’aureilho  touto  prcsto, 

Deou  prounouncia  jou  soun  tout  prést. 


Si  toutes  ont  donc  raison, 

Qui  osera  en  condamner  aucune, 
Ni  raeltre  de  toute  l’annéc 
L’une  devant  l’aulre  saison  ? 

S’il  faut  malgrc  tout  un  Arrêi, 
Snr  cette  doucc  contcstation 
Ayez  l’oreille  toute  dressce 
Je  suis  tout  prôt  à  le  prononcer. 


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—  179  — 


Asso’s  un  Arrést  plan  estret 
Oun  nou  y  a  que  tres  parauletos, 
Tenguéis  donc  las  aureilhos  dretos 
E  rechenguéts ;  roi  ros  ax  dukt. 


Ceci  est  un  Arrêt  bien  ctroit 
Où  il  n’v  a  que  trois  petites  paroles 
Tenez  donc  vos  oreilles  droites 
Et  rctenez  :  Toufo,<  ont  droit. 


Les  Sctisons,  furent  imprimées  séparêment ;  dès  lenr  apparition  elles 
obtinrent  un  suceès  méritê.  L’auteur  reçut  de  nombreuses  félicitations  de 
la  part  de  ses  amis  et  de  ses  admirateurs  qui  lui  adressèrent  des  Odes,  des 
Sonnets  et  des  Madrigaux  qui  figurent  dans  ses  ceuvres. 

Tout  se  passera  de  mème  dans  son  Poème  des  Quatre  Eléments  où 
chacun  des  plaidoyers  est  aussi  long  que  Tensemble  de  celui  des  Saisons. 

II  débute  également  par  le  prologue  du  Berger. 

Les  Saisons ,  ravies  du  jugement  qui  a  mis  fin  à  leurs  rivalilés,  oat 
répandu  au  loin  la  célébrité  du  sage  pâtre  de  i’Arrats. 

Les  Eléments ,  depuis  longtemps  en  désaccord,  viennent  à  leur  tour  le 
prendre  pour  arbitrc. 

Quand  ce  dernier  vit  le  Feu^  briller  d'un  si  vif  éclat,  il  faillit  pcrdre  con- 
tenance.  II  était  suivi  de  YAir,  vôtu  de  plumes,  les  ailes  déployces  et 
enflées  par  les  vents.  Toute  d’azur,  d’argent  et  de  cristal,  VEau  venait 
après  lui.  La  Terre ,  d’un  pas  majestueux,  chargée  d'herbes  et  de  fleurs, 
fermait  la  marche,  mais  sa  robe  fleurie  était  légèrement  crottée  dans  lebas. 

Après  avoir  expliqué  leur  requête,  le  juge  prend  place  sur  un  petit  tertre» 
et  pour  lui  éviter  des  distractions,  les  Eléments  commandent  autour  d’eux 
le  plus  grand  silence.  Tout  se  taU  dans  la  nature,  le  Soleil  lui-mème,  pris 
de  curiosité,  arrête  sa  course  pour  y  fourrer  son  oeil. 

Le  Feuy  commence  ainsi  son  plaidover  : 


Jou  soun  lou  Houec,  aquo’s  prou  dit, 
Per  mucham’  coumo  dab  lou  dit 
Au  bêsin  è  mès  à  l’estrani, 

Deous  Elomenslou  capitani... 


Je  suis  le  Feu,  cela  est  assez  dit 
Pour  montrer  comnic  avec  le  doigt 
Au  voisin  et  méme  à  i’êtranger, 

Que  je  suis  le  capitaine  des  Elémcnts... 


II  s?attache  d’abord  à  dcraontrer  son  ancienneté  qiTon  ne  sanrait  raison- 
nablement  lui  contester  : 


Ou  quau  es  l’armo  ta  merméqiio 
(jue  nou  sab  que  la  man  genéquo 
Que  toutos  eausos  congréec 
Aprcs  lous  Anjous  me  créec  ? 

Daoûant  qu’estené  aquero  manto 
Doou  (  óou,  que  tout  lou  moun  amanto, 
Ni  gahev  aquets  elas  lambéous 
Qu’au  moun  serbichoun  de  flambéous  1 
Daoûant  que  nou  cauésso  i’ayre, 

Deous  crums  é  deous  bens  lou  repayre  ? 
Daouant  que  nou  boutés  à  punt 


Où  est  donc  I’ûine  si  naïve 
(jui  ne  sache  (pie  la  niain  adroite 
Qui  conrut  toutes  choses 
Me  créa  après  les  Anges  ? 

Avant  (tue  d’ctendre  cette  voûte 
Du  t’iel.  (pii  enveloppe  lTTiivers, 

11  attacha  ces  útoiles  lumineuscs 
Qui  servent  de  tlambeaux  au  monde, 
Avaiit  qu’il  ne  chasse  I’air, 

Hepaire  dcs  nuages  et  des  vents  ? 
Avaut  qu’il  ne  mit  â  point 


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—  180  — 

La  Térro  per  nou  branla  punt? 

Daouant  que  dés  à  la  ma  holo 
Son  liéyt,  son  claus,  é  sa  bousolo  ? 

Eníin  daoûant  Térro,  Ayre,  Ma, 

Diou  eoumencéc  de  m’alaina 
l'.n  rihêr,  per  puni  l'audacio 
D’aquet  Anjou  de  qui  la  gracio 
Lou  tentéc  de  boul’esta  Diou, 

Causo  qu’et  decajouc  d’aquiou 
K  dcg  dab  tout  uo  gran’  armado, 

Au  miéy  de  ma  braso  alamado 
Fer  demoura’v  éternauoment... 

accablant  de  ses  supplices  Lucifer  et  ses  complices,  iníligeant  aux  méchanis 
des  tourments  sans  fin. 

DieUy  dans  son  pouvoir  absolu  a  contraint.  sa  flamme  si  goulue  à  s’ali- 
menter  sans  matière  dans  ce  séjour  de  raisère,  vivant  sur  les  esprits  bien 
que  dépourvus  de  chair  et  de  graisse  où  sur  les  ámes  des  damnès  maigres 
et  décharnèes. 

Sur  terre,  il  nen  est  pas  de  môme,  car  il  a  donné  aux  liommes  le  souci 
de  pourvoir  à  sa  nourriture  s’ils  veulent  obienir  d’elle  des  services.  Aussi 
son  brasier  s  eteint-iì  si;ôt  qu’il  mauque  de  combustible?  11  est  du  reste  de 
bonne  bouche  car  il  mange  de  tout,  foin,  paille,  fer,  bois,  viande  crue  ou 
cuite,  iiommes,  animaux,  cháteaux,  villes,  villages,  landes,  bocages,  hnile, 
graisse,  soufre,  lêrèbenthine,  poix,  résinc,  laine,  lin,  pain  et  vin;  tout  lui 
est  bon.  Mais, 


La  Terre  pour  qu’elle  ne  branle  plus  ? 

Avant  qu’il  ne  donne  à  la  mer  furieuse 
Sou  lit,  ses  limites  ct  sa  boussole  ? 

Eníìn  avant  ia  Terre,  l’Air,  la  Mer, 
Dieu  commença  à  m’allumer 
En  Enfer,  pour  punir  l’audace 
Dc  cet  Ange.  de  qui  la  gràce 
I.ui  suggéra  de  vouloir  ctre  Dieu, 

Cause  qu’il  fut  prccipitc  dc  là 
Et  tomba  avcc  toute  une  grande  armce 
Au  milieu  de  ma  braisc  cnílammce 
Pour  y  scjourner  cteruellemcnt... 


Ouu  jou  souti  perfcvt  Elomcnt, 

Oun  soun  besin  deou  Eirmomcnt, 
Aqui  n’é  jou  besomng  d’ajudo, 
Foou  de  ciupsis  ui  de  cajudo, 

Ni  n’c  besouing  de  maleoua 
Fer  de  hame  m’arreleoua  ; 

Aqui  jou  medich  m’alimenti 
Scs  aliment.  e  me  countemi 
De  so  que  jou  c,  coum’  un  Bourges 
En  sa  Cioutat,  coum’  un  Fages 
.Sasit  é  plen  denquio  la  cordo 
Se  biou  countent  degucns  sa  bordo. 

Aquiou  lou  Creadou  dc  tout 
Me  bailléc  cartic  tout  sadout, 
Daouant  que  bouta’u  soun  repayre 
L’Ayguo,  ni  la  Tcrro,  ni  l’Ayre. . . 


Ou  je  suis  un  Elcment  parfaii 

C’est  quand  je  suis  voisin  du  lirmament, 

Là  je  n’ai  pas  besoin  d’aide, 

Feur  des  cclipses,  ni  des  clnites 
Ni  méme  besoin  de  prendre 
El  de  mc  relever  quand  j’ai  faim  ; 

Là  méme  je  m’alimeute 
Sans  alimcnts,  ct  je  me  contento 
De  ce  que  j’ai,  coinine  un  Hourgeois 
Dans  sa  citc,  coinme  un  Paysan 
Satisfait  et  rempii  jusqu’à  la  cordc 
S’il  vit  hcurcux  dans  sa  métairie. 

l.à  le  Crcateur  de  toutes  ehoses 
M’assigna  quartier  tout  repu 
Avant  que  de  placer  en  son  repaire 
L’Eau,  la  Terrc  ct  l’Air. .. 


Mais  diront  ces  derniers,  si  le  Feu  est  notre  aìné,  ii  doit  mourir  plus  tôt? 
L’argument  est  sans  valeur,  car  il  n’exisle  pauvre  d’esprit,  si  ignoranl, 
soit-il  : 


Quo  nou  sabio  qu’au  darrc  dio  Qui  ne  sache  qu’au  dernier  jour. 

Quan  lou  Sourcil  que  tout  espio  Quand  le  Soleil  qui  éclaire  tout 


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—  181  — 


Hara  soun  clupsis  éternau. 

Qu’om  nou  beyra  plus  nat  seignau 
Au  Cèou.  de  lugras,  ni  d’estelos 
Qu’arô  brillon  coumo  candelos, 

Oin  bevra  pérde  é  s’abisma 
L’Ayre,  la  Térro,  é  mes  la  Ma, 

E  jou  tout  soul  que  diouv-éste 
D’aquero  destruction  Iou  méste  : 

Jou  diouy  hé  Ja  ma  seca, 

Jou  diouy  la  terr’  aluca, 

Jou  diouv  tout  boutag’  en  cene 
E  On  à  tout  lou  moun  hé  prene. . . 


Fera  son  éclipse  éternelle 

Qu'on  ne  ven*a  plus  le  moindre  signe 

Au  Ciel,  de  planètes  ni  d’étoiles, 

Qui  maintenant  brillent  corame  des  chan- 
()n  verra  disparaitre  et  s’abimer  [dclles* 
Ï/Air.  la  Terre  et  même  la  Mcr  ; 

Et  moi  seul  je  dois  étre 

I.c  Maitre  de  cette  destruction  : 

Je  dois  faire  sécher  Ja  mer, 

Je  dois  fairc  embrascr  la  terrc, 

Je  dois  tout  réduire  en  cendres 
F.t  faire  prendre  fìn  à  toutes  choses... 


Et  cela  est  si  vrai,  que  Foraele  divin  le  nomme  le  feu  éternel.  Quel  est 
donc  le  lémérairc  à  moins  qu’il  ne  soit  fou,qui  ose  prèlendre  le  contraireV 
S’il  a  pour  lui  la  vieillesse  et  la  durêe,  il  n’est.  pas  pour  cela  exempt  de 
noblesse.  Ce  n’esl  pas  sans  intention  que  le  Créafeur  lui  a  dêsigné  pour 
patrimoine,  la  plns  honorable  région  dont  il  est  le  plus  bel  ornement,  car 
il  est  : 


Noble  per  ma  claro  berou, 

Noble  per  ma  béro  clarou, 

I.aquau  lou  Soureil  me  malcoiìo 
Touts  lous  matis  quan  et  se  lcouo 
Coumo  doctoment  déclarcc 
Aquet  sage  quan  apérec 
En  Alhcnos  la  inau  hadado 
Lou  Soureil  uo  pèiro  enhoiiegado. 

Atau  d’vo  sano  é  santo  bu\ 

Joti  soun  dit  lou  Pay  de  la  lux, 
Qu’au  Céou  aluqui  las  J^stejos, 
Qu'en  térro  aluqui  las  candelos... 


Noble  par  ma  beauté  étiiicclaute, 

Noble  par  ma  belle  clartó, 

Quc  le  Soleil  mc  subiilise 
Quand  il  so  lèvc  tous  les  matins 
t'omme  le  dóclaradociement 
(’e  sage.  quand  il  appela 
Dans  Athènes,  la  mal  inspiréo, 
l.e  Solcil  une  pierre  eunamméo. 

Ainsi  d’une  saine  et  sainte  voix 
Je  suis  reconnu  le  Père  de  la  Jumière, 
Qui  allume  au  Ciel  les  Etoiles, 

Et  les  chandelles  sur  terre. . . 


Rien  ne  peut  se  faire  sans  son  eoncours ;  sans  lui.  Ia  nature  ne  serait 
qu'une  nuit  obscure  et  Fhomme  ne  pourrait  lire  ni  éerire  : 


Enfin  si  soun  bâ  é  perfcyt 
Om  couneych  la  causo  a  l’efféyt, 
Or.  lou  men,  si  jamés  ta  bisto 
Arregausich  tou  armo  tristo 
Daoûant  quauque  gracious  oubjét, 
Da  m’en  â  jou  soul  lou  subjét... 


Enfìn  si  je  suis  beau  et  parfait, 

On  en  counait  la  cause  aux  cffcts; 
Or,  pour  moi,  si  jamais  ta  vue 
Héjouit  ton  âme  triste, 

Devant  quelque  objet  gracicux. 
Attribues-en  à  moi  seul  la  cause. . 


Mais  sans  pureté,  sa  noblesse  serait  pour  lui  unecause  de  faiblesse.  Sur 
ce  point  encore  sa  supérioritéestévidente.  Cest  Iui  qui  ehasse  les  impuretés 
de  l’air ;  sans  lui,  la  Terre  ne  serait  qu'un  foyer  de  pestilence,  TEau  qu’un 
amas  de  vermine.  Son  rôle  bienfaisant  est  donc  de  pnrifier  ce  qui  est 
empoisonné,  de  pourchasser  et  d’éloigner  tout  ce  qui  est  gâté  et  putrétìable. 


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—  182  — 


Si  son  Soleii  et  ses  étoiles  sont  là-haut  hors  d'atteinte  de  tout  mélange  de 
matière  suseeptible  d’entacher  leur  pureté,  en  revanche  ici-bas  la  crasse  de 
celle  qui  le  nourrit,  êpaissit  sa  ílarnme  en  allérant  la  limpidité  qu’elle 
possède  dans  les  sphèrcs  élevées.  Cest  là  du  reste  le  seul  défaut  qui 
lc  défigure,  par  accident,  il  est  vrai,  et  non  par  nature.  Aussi  est-ce  avec 
impatiencc,  que  sa  ílamrne  s’élève  vers  le  Ciel,  fuvant  les  basses  règions  à 
la  recherche  du  repos  dans  son  centre  qu’elie  gagne  au  plus  vite. 

Sa  pureté  ne  saurait  donc  ètre  mise  en  doute.  C’est  êgalement  le  plus 
saint  des  éléments,  celui  dont  Dieu  se  servit  le  plus  souvent. 

II  apparul  à  Moïse  sur  le  Mont Horeb  (1)  taritôt  sous  la  forme  d'im  buisson 
ardent,  tantôt  dans  le  désert,  sous  celled’une  colonne  de  feu.  11  en  fit  de 
môme  sur  le  Mont  Sinaï  quand  il  voulut  donner  ses  commandements  à 
son  peuple,  que  Moïse  insc.rivit  sur  les  tables  de  la  loi ;  c’est  au  milieu 
d'éclairs  et  de  tormerre  qu’il  dicta  ses  volonîés  et  c  est  sous  la  forme  d’une 
iangue  de  feu  qu'il  descendit  dans  le  cénacle  sur  ses  disciples. 

Le  Feu,  chez  certains  peuples  qui  ignorent  la  Divinité  souveraiue,  n  est-il 
pas  adoré  comme  la  créaiure  la  plus  noble  de  la  nature?  II  est  sans  conteste 
le  plus  sainl,  le  meilleur,  le  plus  puissant,  qui  réduit  en  cendres  le 
méchanl  : 

Or,  puch  que  Dious  a  jou  m’a  pres  Or,  puisque  Dieu  ma  choisi 

Per  espleyta  so  qu’antrepres  Pour  exécuter  ce  qu’il  a  entrepris 

De  mes  important  é  de  mage,  De  plur  iinportant  et  de  plus  grand, 

Lt  me  diou  plan  tengue  per  sage...  II  doit  bien  me  tenir  pour  sage... 

Tout  cela  est  peu  de  chose,  quand  on  envisage  son  utililé,  les  services 
multiples  qu’il  rend.  S’il  procure  à  Phomme  la  lumière,  il  produit  aussi  le 
feu  pour  cuire  ses  aliments  et  le  réchauffer  durant  Fhiver.  Sans  lui  nul 
métier,  petit  nigrand,  nesaurait  fonctionner,  il  estsans  contredit  indispen- 
sable.  11  se  résume,  en  disant  : 

Tamouéns  que  coum’  à  soun  .Seignou  Témoins,  conmie  à  son  Seigneur, 

Cau  que  tout  bouque  daoiiant  jou  II  faut  que  tout  s’incline  devant  moi 

Puléoii  que  dentra’n  nat  uzatge,  Avant  que  d'entrer  en  usage, 

Cau  que  tout  me  rendo  l’oumatge.  11  íaut  que  tout  mc  rende  hommuge, 

!•;  cau  que  tout,  é  feble,  é  fort  II  faut  que  tout  et  faible  et  fort. 

Prenguo  de  jou  soun  passoport.  lTenne  de  moi  son  passeport. 

Couliêsso  donc,  Ome.  couliêsso  Confesse  donc,  homme,  coníesse 

(Jue  jou  soun  la  més  raro  pésso  (vHie  je  suis  la  picvc  la  plus  rarc 

E  lou  présent  lou  més  perfêvt  Kt  le  préseut  le  plus  parfait 

(vHi’aci  lou  gran  Diou  t’ajo  heyt...  <v)u’ici  bas  le  grand  Dieu  t'ait  íait. . . 

L 'Air  s’avauce  à  son  lour  et  se  présente  en  ces  termes  : 

L’avuiì  que  soun,  aquo’s  plan  prou  C’est  moi  qui  suis  l’Air.  cela  est  assez 

De  t’aoue  dit  mon  nora,  Pastou,  De  t’avoir  dit  mou  nom,  Bcrger, 

(1)  Horab ,  moiil  de  l’Arabic  Pétrée,  à  l’Ouest  et  près  du  mout  Sinaï. 


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—  183  — 


Per  me  hé  jutgea  lo  courouno 
De  touto  la  Machino  ardouno, 

E  te  hé  crida  prountomens 
Vivo  lou  Hey  deous  Elomens. 

S’ey  arren  que  de  jou  se  payre, 
•Si  degun  pot  bioiie  ses  avre, 

Jou  Tag  perdouni  si  noum’  teng 
En  aquet  aunorablc  reng 


Pour  me  faire  adjuger  la  couronne 
De  toute  la  machine  ronde  ; 

Et  te  faire  crier  promptement 
Vive  le  Roi  des  éléments. 

S’il  existe  rien  qui  se  passe  de  moi, 

Si  personue  peut  vivre  sans  air 

Jc  le  1  ui  pardonne,  s'il  ne  mc  maintient 

Dans  ce  rang  honorable. . . 


Sacauseest  si  ricbe  en  argumetils,  qu’elle  s  expliqtie  d'elle-mème.  En 
effet,  quantl  Dieu  créa  l’Univers  il  commença  par  le  Ciel  dont  1  air  faisait 
partie,  lcs  autres  éléments  ne  sortirent  du  Chaos  qu ’après  lui,  cequiétablit 
son  cìroit  d’ainesse.  Si  l’âge  lui  procure  une  supériorité  sur  ses  adversaires 
il  aura  également  la  satisfaction  de  se  débarrasser  d’eux  un  beau  malin, 
car  Ie  feu  mutin  déclarera  une  guerre  si  achurnée  à  Teau  et  à  la  terre,  qu'il 
desséchera  la  première  et  rèduira  en  eendres  la  seconde,  parce  que  Dieu  a 
résolu  dabandonner  àce  goulu  toute  la  matière  atin  d’en  retirer  toutes  les 
impuretês  et  s’installer  propremcnt  lorsqu'il  viendra  juger  les  honnnes.  Or 
son  tròne  sera  dans  les  Airs  parce  que  de  tous  les  Elétnents,  ce  dernier 
vivra  èternellement. 

Condamné  à  ne  se  suííire  qu'avec  la  matière,  le  feu  disparaîlra  dès  qu’elle 
lui  fera  dèfaut.  Bien  que  sa  braise  gourmande  trouve  dans  l’airce  quelle  a 
besoin,  elle  ne  saurait  pourcela  avoir  prise  sur  lui  : 


Jou  soun  trop  cla,  trop  pur,  trop  rare, 
Au  contrari  son  lam  barbare 
Quan  lous  autes  dus  minjara 
A  jou  tout  qu’eni’  nctejara 
D’aquet  halusé  harpassaillo 
Quo  1‘ayguo  è  la  tèrro  esparpaillo, 

De  tant  d  atomos  é  de  hunis, 

De  tant  de  vapous  è  de  crums, 

Sos  mi  lecha  n  id’  ariqueto, 

Ni  més  la  mendre  queriqueto. 

Y’  atau  purgat  é  descrassit 
E  coum’  un  cristail  enlusit 
Ma  gayo  è  ma  dousso  presencio 
Creychera  deou  Cèou  la  plasenc:o... 


Je  suis  trop  clair,  trop  pur,  trop  rare, 
Sa  flarnme  barbareau  contraire 
Quand  elle  absorbera  les  deux  autres 
Me  nettoiera  lout  entier 
De  ce  tas  d  ordures  et  de  troubles, 
Que  l’eati  et  la  terre  dispersent, 

Des  nombreux  atomes  et  de  fumóes, 
Des  vapeurs  et  des  nuages, 

Sans  me  laissor  la  moindre  poussière 
Ni  le  moindre  fôtu. 

Ainsi  purgé  et  décrassi 
Et  reluisant  comme  du  cristail 
Ma  joyeuse  et  douce  présencc 
Croitra  l’agrément  du  Ciel... 


La  Terre  peut  faire  valoir  ses  dimensions  d’onze  mille  lieues,  et  l’Eau, 
celte  autre  folle,  son  ètendue  insignifiante  : 

Aquo  rs  yo  petito  aygarolo,  Ç’est  là  un  petit  âlet  d’eau, 

Yo  laqueroto  de  mon  pich,  Une  petite  flaque  de  mon  urine, 

Ma  bourméro,  mon  escoupich...  Ma  morve,  ma  salive... 


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—  184  — 


Combien  grande  est  la  différence  du  centre  à  la  circonférence  ? 

La  circonferencio  jou  héou  Je  fais  la  circonférence 

Despuch  la  têrro  denqui’  au  Gêou,  Depuis  la  terre  jusqu’au  Ciel, 

E  rayguo  é  la  térro  junidos  Et  l’eau  et  la  terre  rêunies 

E  coum'un  testoun  arroundidos  Comme  un  téton  arrondies 

Hen  lou  centre  que  nés  arren  Font  le  çentre  qui  n’est  rien 

Au  respét  de  l'espasi  men. . .  Comparé  à  mon  cspace... 

C ’cst  dans  cet  amas  quc  le  feu  occupe  sa  place  dans  Tcspace,  ayant 
conscience  de  son  exiguité,  car  lanature  le-tienten  prison,  comme  dépourvu 
de  raison  sous  la  forme  d'un  beau  caillou,  d?une  bclle  pierre. 

Que  devient  alors  cette  Sphèí’e  mensongère  dont  il  se  vantait?  Si  ce  feu 
imaginaire  exislait  au-dessus  de  l’air,  comme  il  le  prétendait,  il  aurait  de 
l’épaissenr,  de  la  chaleur.  La  nature  prévovante  ìva  pas  jugé  à  propos  de 
détruire  l’harmonie  des  saisons  en  gratifiant  les  hommes  d’un  été  éternei. 
S'il  en  était  autrement  d'où  ce  feu  tirerait-ii  tant  de  pàture  ? 

Qu’es  so  qu’et  n’aure  pas  mingeat  Que  n'aurait-il  pas  mangé 
Despuch  est’aqui  haut  loutjat?  Depuis  qu’il  est  logé  là  haut? 

Et  s’aure  mingeat  Céou  é  tórro,  II  aurait  absorbé  Ciel  et  terre, 

Em  doubti  qu'aure  hêyt  la  guêrro  Je  me  doute  même  qu'il  aurait  fait  la 

Denqui’  aus  pourtaus  de  Paradis,  Jusqu’anx  portes  du  Paradis,  [guerre 

E  héyt  la  guerro  à  Diou  medis?...  Etdéclaré  laguerreà  Dieu  lui-même?.  . 

N’est-ce  pas  un  autre  mensonge  aussi  manifeste  à  l'adresse  de  cenx  qui 
prétendent  l’existence  d'une  mer  hypothétique  suspendue  au-dessus  de  Tair 
corame  un  menu  nuage  (1).  Qu’on  songe  quel  serait  rètai  nêcessaire  pour 
souienir  cette  masse  séparée  de  son  centre  et  ainsi  suspendue  í 

Be  beses  si  ’n  dret  jou  nou  soun  Tu  vois  si  je  n’ai  pas  le  droit 

E  si  nout  cìisi  dab  rasoun  Et  si  je  n’ai  pas  raison  de  diro 

Que  denqui’  au  celéste  repayre  Quo  jusqu’à  la  demeure  céiesto 

De  l*i  têiTo  en-la  tout  es  avrc,  De  la  terre  au-delà  tout  est  air, 

L’amic,  ni  nout  sio  degréou,  L’Ami,  il  nc  te  sera  pas  pénible 

De  crese  que  lou  mcdicli  Céou  De  croire  que  lc  Ciel  mème 

Per  dessus  lou  loc  deous  auratges  Par  dcssus  le  lieu  des  orages 
Nês  qu’un  ayre  à  dibcrs  estatges  N’est  qu’un  air  à  divers  étages 

Destingats  per  aquets  lugras  Distinguê  par  quelques  grandes  étoiles 

Que  nous  esclairon  aci-bas  Qui  nous  éclaircnt  ici-bas 

Lugras  do  qui  Tastofo  riclio  Etoiles  dont  la  richc  étoffe 

Es  de  ma  matiero  inedicho,  Est  faite  de  ma  matière  mèrne 

Soun  quo  soun  raés  espessits  Si  ce  n’est  qu’elles  sont  plus  èpaisses 

E  dab  aquù  més  cnlusits  ..  Et  par  cela  seul  plus  ètincelantes  .. 

(1)  II  fera  tout  à  l’heure  valoir  ceite  thèse  pour  les  besoins  de  sa  cause. 


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—  185  — 


Le  Paradis  iui-inême,  n'est  après  tout  qu’un  air  doux  embaumé  de  cent 
mille  odeurs  que  Ia  claire  essence  divine  illumine  de  ses  rayons. 

II  est  également  le  plus  beau  des  Eléments.  C'est  vers  lui  que  l'homme 
jette  ses regards avec  le  plus  de  plaisir  pour  jouir  de  sa  clarté.  Cest  lui  qui 
est  le  plus  regretté  du  prisonnier,  du  maladc  et  de  Taveugle.  Si  l’Eníer, 
séjour  de  ténèbres,  souffre  de  son  absence,  par  contre  le  Paradis,  oii  les 
nuits  n'existent  pas,  est  son  séjour  privilégié. 

Existe-t-il  rien  de  comparable  au  levcr  et  au  eoucher  du  Soleil  ?  Mais  ce 
n'est  pas  tout.  Son  cbef-d’ocuvre.  son  jo)?au  est  sans  contredit  Tarc-en-ciei 
dont  le  poète  fait  une  description  charmante.  Scs  adversaircs  n’ont  rien 
d'aussi  paríait  : 


Que  moun  arc,  qu’aquet  arc  ses  cordo, 
Arros  de  la  misericordo 
Que  Diou  aus  omes  prounietouc 
Quan  aquet  bet  arc  et  tenouc, 

Cap  d’obro  de  sa  man  genéquo, 

Arc  ses  bronc,  scs  plec,  é  ses  péquo, 
Arc  de  naturo  I’ournoment, 

Arc  de  l’oine  restounoment, 

Arc  deous  sabens  la  méreoiiillo 
Mês  que  tout  so  que  peou  Céou  brillo, 
Arc  l’assegurat  prounoustic 
Deou  paysant  lou  més  roustic, 

Car  Tarcoulan  de  la  maytiado 
Tiro  ion  bouc  de  la  laurado 
(Dits  et)  c  l’arcoulan  deou  cé 
La  maytiado  noun  es  arré. . . 


Que  mon  arc,  qne  cet  arc  sans  cordc, 
Rosêe  do  la  miséricorde 
Qne  Dieu  promit  aux  hommes 
Quand  il  tenditce  bol  arc, 
Chef-d’oeuvre  de  sa  main  génêreuse, 
Arc  sans  noeuds,  sans  plis  et  sans  peau, 
Arc  ornement.  de  la  nature, 

Arc  rétonuement  des  hommes, 

Aro  la  merveille  des  savanls 
Quibrilleplusque  toutcequiest  au  ciel, 
Arc  le  pronostic  assuré 
Du  paysan  le  plus  rustique; 

Car  l’arc-en-ciei  de  la  matinée 
Tire  le  bouvier  des  champs, 

(Dit-il)  et  Tarc-en-ciel  du  soir 
Ne  produit  rien  dans  la  matinée. . . 


C  est  là  son  triomphe;  iTaurait-il  que  cela  ce  serait  un  titre  suífisant  de 
noblesse. 

11  est  le  plus  saint,  car  Dieu,  en  toutes  circonstances,  Ta  cboisi  comme 
exécuteur  de  ses  oeuvres  surnaturelles;  il  est  dc  plus  son  grand  maìtre  de 
rartillerie,  et  comme  honneur  suprème,  c’est  dans  I’air  que  To?uvre  de  la 
Rédemption  s'est  accorapiie  : 


Ses  touca  coumo  qnad’  un  sap  Sans  toueher  comme  chacun  sait 

A  terro,  de  pé,  ni  de  cap?  A  terre,  de  pieds  ni  de  tètof 

Quant  â  son  utilitc,  elle  ne  saurait  ètre  inise  en  doutc.  C'est  entre  ses 
mains  qira  êté  confiée  la  corne  dabondance  pour  distribiier  sans  compter 
aux  hommes  leur  subsistance  : 


Diou  que  m’a  de  soun  pouchant  dit  Dieu  m’a  de  son  puissam  doigt 
En  tres  estatges  despartit,  Départi  en  trois  étages, 


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—  186  — 


La  deou  miéy,  la  haut  è  la  basso, 

De  quadun’  a  héyt  coum’  uo  placo, 
Ou  couni’  vo  boutiguo  oun  et  teng 
La  marchandiso  quet’  arbeng; 

Sur  mon  bas  soun  las  ronsadetos 
Que  destinglon  las  maytiadetos 
Coumo  jjerletos  suu  easau, 

Suu  camp,  suu  prat,  per  arrousau 
Au  tems  que  l’arroussignò  canto, 
Quan  Floro  la  Nympho  fringanto 
Hé  ílourcja  soun  senc  audous 
E  m’embaumo  de  mill’  aiulous. 

Leougéro  coumo  bero  plurno 
Suu  bas  bolo  tabe  la  brumo 
Que  ’spesso  derraubo  de  l’oueil 
La  dousso  bisto  dcou  Soureil 
Be  que  semble  ítant  es  menudo) 

A  la  liario  priin  sernudo 

Que  ses  hé  brut  lou  mcndre  peou 

Bous  enhario  tout  lou  peou, 

E  per  paue  que  n’emparets  tropo 
Pauc  é  }>auc,  tout  êro  bous  cliopo. 

Ero  hê  soun  plasent  eygout 
Per  las  samoiiados  suber  tout; 

Labets  la  térro  ero  nou  lêyclio 
Que  nou  la  bout’  a  hauto  gréycho. 

Mês  quan  niuun  bas  es  bengut  fret, 
Qu’om  es  au  jour  lou  mós  estret, 

Que  riouér  es,  labets  la  brumo 
Cambio  de  noum,  ê  de  eoustumo. 
Labets  s’empérlo  ù  s’emblanquich, 

E  en  gioiires  se  coumbertieh, 

Labets  bêsets  lou  glas  que  baro, 

Qu’en  goutetos  d’argent  debaro, 

Que  hê  lusi  bignos  ó  cams 
En  broudarios  ê  en  clincans; 

Debat  I’argent  l’arramo  tremblo, 

Bous  direts  projíioment  qu’et  scmblo 
(x>ue  lous  rouignurs  an  estenut 
So  quan  de  las  piastros  tounut... 


Celui  du  milieu,  du  haut  et  du  bas 
A  ehacun  il  a  accordê  comme  uneplace, 
Ou  comme  dans  uncboutique  il  tient 
La  marchandise  qu’ii  vencl; 

Sur  mon  bas  sont  les  petites  rosêes 
Qui  distillent  les  matinées 
Comme  des  petites  jxîrles  sur  lc  jardin, 
Lechamp,  surlaprairie  pour  les  arroser 
A  l’épocjue  où  chante  le  rossignol 
Lorsque  Flore,  la  Nymphe  i'ringante 
Fait  ileurir  son  sein  odorant 
Et  m’embaume  de  mille  od.eurs 

Lêgêre  conime  une  píume 
Sur  le  bas,  vole  aussi  la  brume 
Si  épaisse  qu’elle  dérobe  à  l’mil 
L’agrêable  vue  du  Soleil 
Bien  qu’elle  semble(tant  elle  cst  menue) 
A  la  farine  tamisée  fìnement, 

Qui  sans  faire  cle  bruit,  la  moinclrepar- 
Vous  enfarinc  tous  les  chevcux;  [celle 
Et  jiour  peu  que  vous  en  recevicz  trop 
Peu  à  peu  elle  vous  mouille  toutentier. 

Elle  fait  son  êgoùt  de  prédilection 
Principalement  dans  les  clíamps  ensc- 
Alors  elle  n’abandonne  la  terre  [mencós; 
Qu’elle  ne  l’ait  saturêe  d’cngrais. 

Mais  quand  mon  bas  estdevenu  froid, 
Comme  on  se  trouve  anx  jours  les  plus 
De  l’Hiver,  alors  la  bruine  [courts, 
Change  de  nom  et  d’habitudes, 

Alors  elle  se  eouvrede  j>erles  et  blanchit 
Se  convertissant  en  givres. 

Alors  vous  voyez  la  glace  se  íormer, 
Tombant  en  goutelettes  d’argent 
p]t  faisant  lnire  les  vignesetles  cliamps 
En  broderies  et  clinq uants; 

Le  ramean  tremble  sous  l’argent, 

Vous  diriez  exaetement  qu’il  semble 

Que  les  íilatiers  ontòtendu 

(’e  cju’ils  ont  rognò  des  piastrcs... 


Ses  pluies  et  sa  neige  seront  tout  aussi  bienfaisantes  : 


Tantes  bertatque  mas  plou  ados, 
Que  mas  brumos,  mas  arrousados 
Qu’azaygoiion  ton  camp  coueytiou 
L’Autouno,  la  Primo  é  rEstiou, 


Tant  il  est  vrai  que  mes  pluies, 
Que  mes  brumes  et  mes  rosòes 
Qui  arrosent  ton  champ  misérable 
L’Automne,  le  Printemjis  et  l’Eté, 


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187 


E  que  rna  néou,  é  que  raous  gioiipes  Et  que  ma  neige  et  mes  givres 
Soun  de  la  térro  lous  delioiires,  Sont  les  libêrateurs  de  Ja  terre. 

Y’  atau  toun  pan,  ton  bin,  ton  or,  Jesuis  ainsi  ton  pain,  ton  vin,  ton  or, 

E  ton  joveau,  é  ton  tésor.. .  Ton  joyeau  et  ton  trésor. .. 

Voilà  certes  des  éléments  de  supériorité  indiseutables,  mais  il  tienten 
réserve  un  dernier  argument  qui  doit  ôtre  décisif.  C  est  lui  qui  dirige  les 
vents  qui  obéissent  à  ses  moindres  caprices.  Ici  Dastros  en  profite  pour 
exposer  une  bien  curieuse  dissertalion  sur  ce  sujct  en  décrivani  ies  qualités 
attachées  à  chacun  d'eux  ainsi  que  leur  utilité  : 


L’Autan  (1)  ou  Sud  caut  é  umit, 

Ben  pesucas,  ben  acaumit, 

Lêoiio  lous  cruins,  ne  pleyo  l’ayre, 

E  remplougich  ses  triga  gouayre. 

Pucli  lou  fret  é  umit  Oiiést 
Per  hé  plaoue  sc  trobo  prêst; 

Jardiné  que  tout  azaygouo 
So  qu’om  planto  è  so  qu’om  samouo, 
Qu’a  boun  drct  couhessa  jou  bouy 
Batiat  deou  Gascoun  per  bent  plouy. 

Fred  é  sec  lou  Nord  que  de  Biso 
Porto  lou  noin  é  la  debiso; 

Caut  è  sec  lou  qu’es  Est  de  nom, 

E  Souledre  de  l’arrenom, 

Aquets  dus  soun  lous  qu’em’  balejon, 
Que  m’esclaricboun,  qu’em’  netejon, 
Que  bouton  touts  lous  crums  à  bas, 

E  ht»n  cessa  l’endalaoiias. 

L’Autan  bous  enílo  la  bereigno, 

Lou  Nort  de  blat  la  terr’  empreigno. 

Lou  gay  Zèphir  aqui  rnedich 
De  ieouandéro  lv  serbich, 

Ly  dubrich  sa  richo  matrisso, 

E  la  h’  esta  bosto  Nouyrisso. 

Lous  bens  dab  sous  bruts  è  sous  truts 
En  doundereja  bostes  fruts, 

Lous  assasoiion,  lous  maduron, 

E  lién  que  sances  ets  bous  duron. 

Om  bey  tout  ben  ans  bens  usa; 

Que  si  l’Autan  bous  hé  susa, 

Ou  s'  un  pauc  trop  bous  escauhuro, 

La  biso  bous  da  la  frescuro, 

Purguo  las  maychantos  umous, 

Qu’ets  engendro  lou  tems  crumous. 

(1)  Auster,  Zepnir  des  aneiens. 


L’Autan  ou  Sud ,  ehaud  et  humide, 
Vent  fatigant,  rempli  de  clialeur  lourde 
P"orme  les  nuages,  en  remplit  l’air, 

Et  produit  la  pluio  sans  tarderbeaucoup 
Puis  YOuest  froid  et  humide 
Pour  faire  pleuvoir  est  toujours  prêt; 
Jardinier  qui  arrose  tout 
Ce  que  l’on  plante  et  l’on  sème, 

Je  vous  confesse  que  je  veux  à  bon  droit 
Le  baptiser  en  Gascon  de  vent  plnvieux. 

Le  Nord  froid  et  sec  qui  de  Bise 
Porte  le  nom  et  la  devise; 

Chaud  et  sec  celui  qui  a  Est  pour  nom 
Et  communément  appclé  Soulèdrc, 

Ces  deux  sont  ceux  qui  me  balaient, 

Qui  m’éclaircissent  et  nie  ncttoient, 

Ils  mettent  bas  tous  les  nuages 
Et  font  eesser  ies  averses. 

L ’Autan  fait  grossir  le  raisir 
Le  Nord  fèeonde  la  terre  de  b.e. 

Le  gai  Zêphir  lui  aussi 
Servant  d’accoucheuse , 

Lui  ouvre  sa  riche  matriee 
Et  l’oblige  à  devenir  votre  nourrice, 

Les  vent?  avec  leur  bruitetleur  fracas 
En  bereant  vos  fruits, 

I.es  assaisonnent,  les  niàrissent  [tcmps. 
Et  font  que  sains  ils  durent  plus  long 
( )n  voit  tous  les  services  que  remlent  los 
Si  l'Autaii  vousfait  [vents  à  icur  us  ige; 

( )u  s’il  vous échauíïe  un  peu  troj>  [sucr, 
La  bise  vous  donne  de  la  fraiuheur, 
Purge  lcs  mauvaises  humeurs, 

Que  le  temps  crumeux  engendre; 


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—  188  — 


E  n’es  pas  uo  raenigario  Et  ce  n'est  pas  une  plaisanterie 

De  dise  qu’ets  bous  hèn  hario...  De  dirc  qu’ils  vous  fontde  la  farine... 


Qiu  pourraií  jamais  estimer  à  leur  juste  valeur  les  services  quhls  rendent 
sur  les  íleuves  et  sur  les  rners.  Gràee  à  eux,  ils  donnent  des  ailes  aux  navires 
qui  sillonnent  touh  les  eontinents  au  grand  bénófiee  du  trafic  et  du  com- 
merce.  Mais  là  ne  se  bornent  pas  les  uíilités  del'air.  II  possède  encoredans 
son  lot  les oiseaux  et  la  venaison  qu'il  fournit  aux  hoinmes  en  toute  saison, 
ct  dont  il  ênumère  rinlinie  variêté. 

Enfin  il  est  nêcessaire  à  l'liomme  et  il  le  prouve  : 


Coumo  ta  sang,  ta  ear,  tous  os, 
Couino  ramno  quet’  bat  au  cos, 

E  cau  que  dc  ]ramno  se  pavre 
Qui  se  lx)U illo  payrado  l’Avre. 

Bos  ne  plan  sabe  la  rasoun  ? 

L’amn’  é  l’Ayre  qu’un  soul  nou  soun; 
Quan  Diou  aoiig  prestit  i'argélo 
E  héyt  de  l’orae  lou  moudélo 
Per  li  da  bito,  que  héc-et  ? 

Arrc  soun  qu’un  petit  bouhet, 

Atau  l’amno  qui  li  houc  dado 
Houc  un  pauc  d'ayre,  iio  aleydado. 

Nou  couhesseras*tu  donc  pas 
Qtie  jou  soune  ta  bito  acy-has  ? 

Bito  quet’  benc  de  ma  presencio 
Coumo  ta  mort  de  mon  absencio... 


Comme  ton  sang,  ta  cliair,  tes  os, 
Comme  i’àme  qui  bat  dans  ton  corps. 

II  faut  se  priver  d’àmo 
Qui  veuille  se  passer  de  l’air. 

Veux-tu  en  bien  connaitre  la  raison  ? 
C’est  que  l’ámeet  l’air  ne  font  qu’unseul 
Quand  Dieu  eut  pêtri  l’argile  ftout; 
Et  fait  le  modòle  de  l’homme 
Pour  lui  donner  la  vie,  que  íit-il  ? 

Rien  si  ce  n’est  un  petit  souftle, 

C’est  ainsi  que  l’àmo  lui  fut  donnéc, 

Ce  fut  un  peu  d’air,  une  halenêe 
Xe  conviendras-tu  pas 
Qu’ici-bas  je  suis  ta  vie, 

Vie  qui  te  provient  de  ma  prèscnce 
Comme  ta  mort  de  moii  absence... 


L'Eau,  vint  à  son  tour  présenter  sa  défensc  : 

L’Ayguo  soun,  é  l’Ayguo  bouy  éste,  Je  suis  l’Eau,  et  Eau  je  veux  ètre, 

Puch  que  lou  gran  è  jx>uchaot  Móste  Puisque  le  grand  et  puissant  Maitre 
Qu’a  carjíentat  tout  l’Ounibèrs,  Qui  a  eonstruit  tout  l’l'nivers, 

Entre  sous  caps-d’obros  dibèrs  Entre  ses  chefs-d’oeuvre  divers 

Aoiiantatjousoment  m’a  hèyto  M’a  faito  avantageusement 

Deous  Elomens  la  mes  perfêyto...  La  plus  parfaite  dcs  Eléments  .. 

Elle  s’attaclie  d'abord  à  dêtruirc  les  prétentions  de  ses  concurrents  qui  ne 
sauraient  nier  sa  puissance  moins  par  force  que  par  raison.  La  Terre  a 
ressenti  ses  effets  lors  du  déluge  universel:  en  outre  combien  de  fois  ne  lui 
a-t-elle  pas  fait  éprouver  des  ravages  avec  le  choc  de  quelque  orage,  lors- 
que  échappée  de  son  lit  elle  dctruisait  tout  sur  son  passage  avec  ses  fleuves 
el  ses  mers.  Mais  d’un  còté  si  elle  est  à  l'occasion  un  fléau  à  son  êgard,  de 
l'auîre  elle  le  répare  amplement  en  arrosaut  de  ses  eaux  bienfaisantes  son 
sol  qui  se  sécherait. 


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—  189  — 


Quant  h  VAir,  il  n'ignore  pas  qu’il  ivest  qu'un  instrument  docile  enlre 
ses  mains  et  ses  vents  ne  sont  que  ses  vassaux,  ses  serviteurs,  ses  messa- 
gers,  ses  postillons  légers  avec  lesquels  elle  rit,  folàtre  et  se  déguise  : 


Millo  persounatges  jou’  y  héou, 
Tantos  en  ploujo,  puch  en  néou; 

Ar*  en  boulos  de  tor  luzentos, 

Pucli  en  arrousados  plasentos, 

Tantos  en  gioures  argentats, 

Puch  l’ambrumi  do  touts  coustats, 

E  bét  souen  bouts  direts  que  l’Ayre 
Es  més  lou  men  que  soun  repayre 
Denquio  qu'aprés  y  aouo  prou  ’stat 
Jou  m’  treymudi  ’n  rnoun  prum'  estat 
E  debés  moun  centre  jou  rodi... 


J’y  représente  mille  personnages, 
Tantôt  en  pluie,  tantôt  en  neige; 
Bientòt  en  boulesde  gelée  étincelantes, 
Puis  en  rosées  bienfaisantes, 

Tantòt  en  givres  argentós, 

Puis  je  l’estompe  de  tous  côtés, 

Et  bien  souvent  vous  diriez  que  l’air 
Est  plutòt  ma  demeure  que  la  sienne 
Jusqu’à  ce  que  apròs  y  ètreassez  restée 
Je  me  transforme  en  mon  état  primitif 
Et  vers  mon  centre  je  tourne... 


C'est  bien  autre  chose  avec  le  Feu>  son  premier  soin  est  de  s  enfuir  dès 
qu’il  la  voit,  car  sou  contact  est  Tannonee  de  sa  mort. 

Mais  régner  par  la  force  sur  une  compagnie  n'est  que  de  la  lyrannie,  il 
est  bienplushonorabled’avoir  le  droitdesoncòté.  Certes,  elle  n’acurc  dctre 
le  plus  ancien  des  Elémenls,  car  souvent  la  vieillesse  ne  prouve  }>as  la 
qualité.  Quoiqu’il  en  soit,  le  premier  horame  qui  vit  le  jour,  fut  un  ineur- 
trier,  le  preraier  Ange  que  Dicu  mit  au  Ciel,  se  révolta  contre  lui. 


Més  si  la  prumò  counegudo 
Me  lié  ’sta  la  prumé  basudo 
Nou  paric  pas  et  lou  men  cos 
Horo  deou  bente  deou  Caos 
Prumé  que  nou  paric  la  Térro 
Ni  lous  autes  que  m’  lien  la  guérro? 
Tei*ro  que  labets  dab  son  hoiiec 
Claustrat  en  quauque  caillau  sec 
En  moun  mitaner’  escounudo 
E  jou  tout  autour  estenudo, 

Ni  dc  nat  estrem  n'aparic 
Denquio  que  d’uu  emperious  cric 
Diou  dab  sa  paraulo  segrado 
Dedens  moû  liéyt  m’aouec  sarrado... 


Mais  si  d’ètre  la  preraiòre  connue 
Me  force  à  ètre  née  la  première, 

Cela  ne  parait  pas  et  riion  corps 
Fut  mis  hors  du  ventre  du  chaos 
Avant  que  la  Terre  parut 
Ainsiquelesaulres  qui  meíont  la  guerre? 
'Terre  qui  alors  avec  son  feu 
Enfermè  dans  quelque  caillou  sec 
Dans  mon  miiieu  ètait  cachèe. 

Et  moi  ètendue  tout  autour 
Eile  n’apparut  d’aucun  còtò 
Jusqu’au  momentoùd’un  cri  iinpéricux 
Dieu,  avec  sa  parole  sacrée, 

Dans  mon  lit  m’eut  pressèe. . . 


Or,  il  est  dans  l’ordre  que  le  premier  né  soit  considéré  comme  étant 
Tainé. 

Elle  ne  demande  pas  pour  cela  d  etre  proclamóe  souveraine,  dans  lous 
les  cas  on  ne  saurait  nier  qu ’elie  lemporte  par  ses  diiner.sions,  soit  qu’on 
Texamine  en  haut  et  en  bas. 


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—  190  — 


Aci-  bas  la  Térro  jou  bensi 
En  grandou  millo  cops,  jou  pensi; 
Soun  countengut  auprés  deou  men, 
B’es  plan  pauquet  si  nés  arren; 

Sa  facio  n’es  à  qui  l’aspîo, 

Qu’iio  nineto  auprés  de  la  mîo, 

E  tout  soun  tour  n’és  qu’un  Ilhot 
Auprês  deou  men,  un  esquilhot... 


Ici-bas  je  l’emporte  sur  la  Terre 
Mille  fois  en  dimension,  je  pense; 

Son  contenu  auprès  du  mien 
Est  bien  peu  de  chose  si  ce  n’est  rien; 
Sa  face  n’est  à  qui  la  regarde 
Qu’une  petite  fìlie  à  eôté  de  la  niienne 
Et  tout  son  tour  n’est  qu’un  ilot 
Auprès  du  mien,  une  noix... 


Là-haut,  quoi  qu’en  dise  1  'Air,  elle  siège  au-dessus  de  son  repaire  et 
par-dessus  la  sphère  sèche  de  cet  autre  vantard  de  Feu;  elle  est  donc  la 
plus  voisine  des  astres  et  à  la  portée  de  ia  main  du  Créateur,  car  l’Ecriture 
Sainte  le  confirme  quand  ellc  parle  des  Eaux  du  firmamentfl)  et  qu’eile 
i'explique  clairement. 


Tu  béses  plan  oun  jou  bouy  cage  : 
Qu’es  à  m’  hé  counegue  la  mage 
Pucli  qu’en  su  ma  sphero  conteng 
Ayre,  Terro  é  lou  Houéc  tabenc.. 


Tu  vois  bien  oà  je  veuxen  venir  : 

C’est  à  me  faire  reconnaitrela  pius  vaste 
Puisque  au-dessus  ma  sphère  contient 
L’air,  la  Terreet  ie  Feu  également  .. 


Elle  pourrait  aussi  tirer  vanitê  de  sa  beauté,  ie  cristal  de  ses  eaux  étant 
un  raagnifique  miroir  qui  réílète  tous  les  cliefs-dVjeuvre  de  la  nature. 


Que  dc  més  bet?  mós  agradable? 
Que  dessus  la  graoiio  ou  lou  sable, 

Bese  graoiieja  moun  dous  briou  f 
Bese  lou  frisadet  arriou 
Dab  lou  cristail  de  sas  oundetos 
Hó  mil’  essos  per  las  pradetos  f 
Que  de  més  bét  qu’espia  la  hount 
Douts  aux  estrems,  douts  au  pregount  ? 

Espia  ias  graoiietos  que  baron 
Ou  que  pujon  ou  que  debaron  f 
A  jamés  1  oiieil  mage  piaze, 


Quoi  de  plus  beauf  de  plus  agréable? 
Sur  le  gravier  ou  bien  le  sable, 
D’entendre  de  légers  cîapotements  ? 

Dc  voir  le  coquet  ruisseau 
Avec  le  cristail  de  ses  eaux 
FViire  milledétoursàtraversles  prairies? 
Quoi  de  plus  beau  que  de  regarder  la  fon- 
Sourcesur lescôtés.  sourcedans  le  (taine 
Voii*  les  grainsd-  sablequi  s’agitent(fonds 
Lesunsquimontent,lesautiesquidescen- 
L’orii  n’a  pas  de  plus  grand  plaisit*  (dentf 


(1)  Le  poèie  fait  ici  allusion  à  l’ctrange  théorie  de  Du  Bartas  sur  les  Eaux-sur- 
Ct* lestes  dans  le  2*  jour  de  la  Semaine  qu’il  reprend  pour  son  propre  compte. 

Du  Barias  s’appuie  sur  les  Ecritures  Saintes;  il  montre  par  quatre  raisons  que  ces 
eaux  peuvent  étre  sur  les  eieux  : 

1.  Dieu  sépara  ie.s  eaux  pour  pa<ser  les  cníants  d'Israel  et  les  roidit  en  deiix 
muráilles. 

II  a  donc  pu  voûter  des  eaux  sur  Ies  cieux. 

2.  La  mer  n’ose  surpasser  ses  bords  par  le  commandemen  de  Dieu. 

JCt  tu  oses  douter  s’il  a  puissance  dc  courber  les  eaux  là  haut. 

3.  II  n’est  rien  impossible  à  Dieu. 

11  peut  donc  tenir  en  état  ct  sans  glisser  en  lieu  glissant  et  grillant,  comme  sous  les 
voûtcs  des  cieux. 

4.  II  est  bien  convenable  qu’il  y  ait  des  eaux  en  haut  pour  temporiser  la  chaleur 
des  arbres  et  du  mouvement  célèste. 

11  íaut  donc  en  conclure  qu’il  v  eu  a. 


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-  191  - 


Qu’au  fìn  cò  de  l’Estiou  bese 
Ma  candou,  que  l’argent  surpasso, 
Pleya  bét  beyrc,  ou  béro  tasso 
Puxado  de  fresc  peou  goujat?  . . 

Si  elle  sollicite  la  supréraatie, 
justifiés  : 

Per  sò  que  la  niiihou  jou  soun 
La  mès  utilo,  la  niés  richo, 

La  meinch  cruyólo,  la  mens  chicho; 
Soun  la  qui  més  te  lié  besouing, 

La  qui  de  tu  a  mes  de  souing, 

La  quit’  hé  de  mages  serbichis, 

La  quit’  rend  de  milhous  aufìcis; 
Soun  la  qui  Dious  a  més  causit 
E  la  qui  més  a  benazit... 


De  voir  vers  la  fìn  de  i’Eté 
Ma  limpidité  qui  surpasse  l’argent, 
Quede  remplir  un  bon  verreou  une  bonne 
Puisée  de  frais  par  le  garçon?...  (tasse 

c'est  que  ses  droits  sont  araplement 

Parce  qus  je  suis  la  meilleure, 

La  plus  utiie,  la  plus  ricìie, 

La  moins  cruelle,  la  moins  chiclie, 

Celle  qui  tc  fait  le  plus  besoin, 

Ceilequi  prend  mieux  soin  de  toi, 

Qui  te  rend  les  plus  grands  services, 

Et  te  procure  les  meilieurs  offìces: 

Je  suis  celle  que  Dieu  a  choisi  de  préfé- 
Et  a  le  plus  béni...  (rence 


Elle  est  indispensable  â  1‘horame  et  aux  animaux  : 


Tabe  la  nature  me  dêc 
A  l’ome  talêou  quc  badéc 
Per  adjutori  necessari... 

II  y  a  eu  des  époques  el.  des  ìieux 
vant  santé  et  vigueur,  ii  n'en  est  pa 


Aussi  la  nature  me  donna 
A  I’homme  sitòt  qu’il  ouvrit  la  bouche 
(’omme  un  complóment  nêcessaire... 

)ìi  les  gens  ont  vécu  sans  feu,  conser- 
de  mèine  de  l’Eau  : 


Més  en  térro,  n’  in  ma,  n’  in  ayrc, 
Nou  v’  arren  que  d’ayguo  se  payre; 
Naturo  ag’  aquiou  tout  renjat 
Que  cau  beoiie  quant  an  minjat. 

E  lou  soureil  que  tout  cspio, 

Lou  soureil  raedich  quado  dio, 

Nous  sé  s’es  per  joc  ou  pcr  set 
Me  cbuq'  c  m’attiro  i>ers  et... 


Mais  sur  terre,  sur  mer  ou  dans  l’air 
II  n’existe  rien  qui  se  prived’eau; 
Nature  l’a  tout  ordonnó  ainsi 
Qn’il  faut  boire  quand  on  a  mangé. 

Et  le  Soleil  qui  regarde  tout, 

Le  Soloil  lui-mêine  chaque  jour, 

Je  ne  sais  si  c’est  un  jeu  ou  parsoif, 
Me  suce  et  m’attire  vers  lui... 


Dastros ,  fait  ici  pour  les  besoins  de  sa  cause  une  comparaison  entre  les 
deux  breuvages,  le  Vin  et  l’Eau,  où  le  preraier  est  raal  mené  par  sa  rivale. 
C’est  !a  contre-parlie  de  YOde  de  Gauthier  (1)  Odo  en  fabou  det  bi  costo 
Vaijcfo  (Odéen  faveur  du  Vin  contre  i’Eau);  dans  lc  discours  de  la  Terre, 
le  poètc  réfutera  ce  panégyrique  en  reniettant  les  choses  au  point. 

C'est  une  erreur,  dit-il,  de  prétendre  que  le  Vin  est  utile  à  l’homme  pour 

(\)  Poète  gascon  du  xvir  siêcle,  né  à  I.oinbez  (Oers).  U  a  ccritde  nombreuses  poé- 
sieson  dialecte  Languedocien  dont  quelques-unes  nous  ontété  conservées  et  ligureul 
à  la  fin  des  oeuvres  du  céièbre  barde  toulousain  Goudelin.  Son  ode  où  il  fait  J’eloge  du 
vin  est  unmorceau  didactique  fort  ìntéressant,  digne  de  íigurer  parmi  les  cheís-d’ceu- 
vre  de  Ja  poésie  néo-romane.  Oastros  a  :raité  le  même  sujet,  et  si  de  part  et  d’auire 
on  remarque  un  égai  emhousiasnie,  cliez  ce  dernier  le  trait  est  plus  bref,  plus  aiguisé, 
c’est  une  abondance  moins  réglóe,  et  qui  n’est  pas  exempte  d’une  agréable  saveur. 


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-  192  — 


son  alimentation.  II  faut  l’acheter,  et  si  les  panvres  gens  ne  possêdaient 
pas  d  autre  breuvage,  ils  mourraient  de  soif,  faute  d'argent.  L’Eau  lui  est 


de  beaucoup  supérieure,  puisqu  elle 

De  plus  lou  bin  nou  desaltéro, 

Per  amô  que  si  l’avguo  n'éro 
Sa  dits-om,  lou  bin  sire  blous: 

Atau  (surtout)  dab  las  calous. 

Cau  (despitant  que  l’ome  n’ajo) 

Ou  que  de  malo  set  et  cajo, 

Ou  be  qu’ajo  recours  à  jou 
Per  hourrupam’  ou  pauc  ou  prou. 

Lou  bin  blous  las  gens  embriayguo, 
Jamês  aquò  n’arribo  à  l'aygo; 

Lou  bin  destermeno  lou  sen, 

L’ayguo  no’ou  trebouilho  d’arren; 

Lou  bin  hé  parlau  fliscou  flaseou, 

E  hé  soiien  cascaiila  lou  cascou, 
L’ayguo  nou  hé  nat  mot  peca 
Ni  jamés  nou  hé  trabuca; 

Lou  bin  hé  courroussa  é  bate, 
L’ayguo  hé  la  coulér’  abale; 

Dab  lou  bin  la  fròbe  bourich 
Au  loc  que  l’ayguo  l’escantich; 

Eníìn,  ome.  à  toun  aoiiantatge, 

Jout’  soun  medeeino  é  beouratge; 

Jout’  soun  bouno  alégre  ê  malau, 
Toutjour  ben,  jamós  nou  t’  héou  mau 
E  be  cau  plan  que  sios  sage 
Si’ou  bin  à  la  fin  nout'  hê  cage. 

E  ni  més  ni  mencli  gué  deou  hoiiec 
De  tant  d’animaus  que  Diou  hùc 
Noun  y  a  nat  que  ses  bin  nous  bisquo. 
Ni  nat  que  de  bin  se  serbisquo, 

Si  n’esentr’  cous  omes  quauqu'un 
E  las  hemnetos  qu’auque  grun. 

Més  aquo  ’sun  entre  cent-milo, 

Car  en  touto  la  grano  pilo 

Deou  moun,  nou  saboun  qu’es  de  bin 

Sounquos  en  un  petit  couhin.. 


abonde  et  ne  coíite  rien. 

De  plus  le  vin  ne  désaltòre  pas, 

Par  Ia  raison  que  si  l'eau  n’existait  pas, 
Dit-on,  le  vin  serait  pur; 

Ainsi  (surtout)  avec  les  chaleurs 
II  faut  (dòpitant  que  I’homme  en  ait) 
Ou  qu’il  tombe  de  méchante  soif 
Ou  bien  qu’il  ait  recours  a  moi 
En  me  buvant  ou  pen  ou  assez. 

Le  vin  pur  enivre  les  gens, 

Jamais  cela  n’arrive  à  ieau; 

Le  vin  altère  la  raison, 

L’eau  ne  trouble  rien; 

Le  vin  fait  parler  à  tort  et  à  travcrs 
Et  souvent  trembler  le  casque, 

L’eau  ne  fait  commettre  nuilefaute  en 
Ni  jamais  trébucher;  (paroles 

Le  vin  fait  exciter  et  battre, 

L’eau  abat  la  colère; 

Avec  le  vin  la  fìòvre  bout 
Au  lieu  que  l’eau  I’éteint; 

Eníin,  homme,  à  ton  avantage. 

Je  suis  ponr  toi  médecineet  breuvage; 

Jc  te  suis  bonne  on  santé  et  mnlade, 
Tefaisanttoujoursdu  bien,jamais  du  mal 
II  faut  certes  que  tu  sois  sage 
Si  le  vin  à  la  íin  ne  te  fait  pas  tomber. 

Et  ni  plus  ni  moins  quodu  feu 
De  tant  d’animaux  que  Dieu  a  faits. 

II  n’y  en  a  aucun  qui  ait  recours  au  vin 
Ni  aucun  qui  s’enserve,  (pour  vivre 
Sice  n’estquelques-unsentre  les  hommes 
Et  les  femmes  quelques  grains. 

Mais  c’est  un  cas  entre  cent  mille, 

Car  toute  la  grande  masse 

Du  monde,  noussavonsqu’on  neproduit 

Si  cen’estdans  un  petit  cspace...  (du  vin 


L’Alcoran,  dêfend  le  vin  aux  Mahométans  répandus  en  Asie,  en  Afrique, 
en  Europe  même.  Toutes  les  peuplades  découvertes  par  les  navigateurs 
habitant  le  Nouveau  Monde,  navaient  ni  c;ives  ni  chais,  et  ignoraient  les 
vignes  et  le  Vin  Depuis  Adatn  jusqu’à  Noó,  le  peuple  iven  avait  pas 
connaissance. 


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Soûè  que  lou  bét  prumé  biatge  Noè  qui  le  premier  voyage 

Qu’en  beougouc,  paguéc  lou  binatge,  En  but,  paya  le  breuvage, 

E  déc  labets  per  un  bon  cop  Et  donna  alors  pour  une  bonne  fois 

Eyehimple  s’ey  cau  touca  trop. . .  L’exemplequ’ilnefautpastropenuser... 

IL  ne  serait  point  difficile  à  l’Eau  d'élablir  que  ses  adversaires  usurpent 
sans  vergogne  ce  qui  lui  appartient  de  droit. 


Jou,  jou  quesoun,  ome,  la  soulo 
Quet’  péychi,  quet’  pley  la  goulo, 
Quet’  pley  ta  car  ê  tous  os 
De  la  sustancio  deou  men  cos . . . 


Moi,  moi  je  suis,  liomrue,  la  seule 
Qui  te  nourris,  te  remplis  la  gueu^e 
En  entretenant  ta  chair  et  tes  os 
I)e  la  substance  de  mon  corps  .. 


Les  pluies,  les  givres  et  la  rosée  sont  sa  propriétè  :  sous  les  bienfaits 
dont  elLe  l  accable,  la  Terre  n'aurait  un  brin  d’lierbe  jx>ur  cacber  sa  |3au- 
vreté  et  serait  frapjìée  d’aridité  si  elle  ne  lui  accordait  libèralement  la  vie  et 
sa  íertilité. 

Le  feu  qui  ne  se  nourrit  que  de  combustible  n’existerait  }>as  davantage 
car  c'est  eile  qui  entretient  la  fraîcheur  dans  les  forcts  et  Ies  fait  prospèrer, 
lui  procurant  également  le  cliarbon  nécessaire  â  son  existence.  Le  pauvre 
qui  tremble  et  frissonne  durant  les  rigueurs  de  l’hiver  mourrail  de  froid  s’il 
ne  possèdait  de  l’argent  pour  adieter  du  l>ois. 

Avec  1‘Eau,  rien  de  tout  cela  n’est  à  craindre ;  on  peut  la  prendre  à 
discrétion,  elle  est  à  la  portée  de  tout  le  monde,  toujours  prclc  à  rendre 
service  aussi  bien  au  pauvre  qu’au  riche,  au  faiblc  comme  au  puissant. 


Qu’és  jou,  qu’à  ta  bouno  fourtuno, 
Soun  ta  perféyto  que  coumuno, 
Soun  un  ben  complét  de  moun  cru 
Ses  maleou’  arren  de  l’autru, 

E  soun  pert’ajudo  ourdcnario 
Ta  comuno  que  necessario... 


C’est  inoi,  pour  ta  bonne  fortune, 
Quisuis  aussi  parfaito  que  répandue, 

Je  constitue  un  bicn  complet  demoncru 
Sans  rien  prèlcver  sur  autrui, 

Kt  je  suis,  pour  ton  service  journalicr 
Aussi  commuue  que  néeessaire  . . 

l’homme  ct  les  animaux,  plus 


Sans  elle,  plus  d’existence  possible  pour 
de  lessive  pour  blanchir  le  linge. 

On  la  trouve  du  reste  aussi  bien  froide  que  ehaude. 


En  tèrro,  au  cubat,  en  la  gaudo,  En  terre,  au  cuvier,  dans  la  jatte, 

Pcr  t’abeoiira,  per  te  nouyri,  Pour  t’abreuvcr  ct  te  nourrir, 

Per  t’escauha,  per  te  gouari.  .  Pour  t’êchauíïer,  pour  te  guèrir... 

Combien  de  malades  n’a-t-elle  pas  guéris  à  Barèges,  à  Bagnères,  à 
Encausse  et  toutes  les  autres  stations  rèpandues  dans  les  Pyrénèes,  par  la 
puretéet  ìa  vertu  merveilleuse  des  principes  qu’elle  contient. 

A  quoi  serviraient  toutes  les  richesses  contenues  dans  les  entrailles  de  la 

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terre  sans  son  aide  ?  N’est-ce  pas  elle  qui  les  dissémine  dans  le  monde 
entier  en  favorisant  le  commerce  par  des  échanges. 


Parlem  de  tu  medich,  Gascoun, 
Dequi  la  provincio  bantado 
Es  Aquitanio  noumentado 
Per  l’Ayguo  qu’a  gran  quantitat 
Dious  é  Naturo  y  an  boutat, 

Qu’en  nat  cos  nou  y  a  tant  de  beos, 
Ni  t’aboundousos,  ni  ta  pleos 
Coumo  d’arrious  Diou  t’a  bourdat, 

E  de  flubis  entrelardat.  . 


Parlons  de  toi-même,  Gascon, 

De  qui  la  provirice  renommée 
Est  appelée  Aquitaine 
Pour  l’eau  qu’en  grande  quantité 
Dieu  et  nature  v  ont  répandu  à  tel  point 
Que  dans  un  corps  il  n’y  a  pas  tant  de 
Si  abondantes  et  si  pleines  (veines 

Comme  de  ruisseaux  dont  Dieu  t'a  en- 
Et  de  fleuves  traversée...  (tourée 


Son  délicieux  vin  de  Bordeaux  se  pourrirait  dans  les  chais,  si  elle  ne  le 
iransportait  en  Angleterre,  dans  les  Pays-Bas,  etc.  Ses  blès  seraient  dévorés 
du  charanqon  dans  les  greniers,  si  elle  ne  les  portait  à  rétranger,  ce  qui  est 
pour  lui  une  source  de  revenus.  II  en  est  de  môme  des  autres  pays  pour  les 
échanges. 


L’un  de  quauquo  causo  jouïs, 

E  qu’a  manquomentde  quauqu’auto. 
Aqueste  de  blat  arregautô, 

Mes  que  n’a  pas  gouto  de  bin, 

Aquet  qu’a  lan,  é  n’a  pas  lin, 

L’aute  qu’a  car  en  aboudancio, 

E  n’a  de  pan  nado  sustancio, 

L’aute  qu’es  deou  bin  trop  sasit, 

E  de  fruto  desperbcsit. 

Un  qu’a  bosquis,  nou  pas  herratge, 
L’aute  qu’a  prats,  nou  pas  bouscatge, 
L’un  qu’a  droguos  medicinaus, 

Mos  que  nous  porto  pas  metaus, 
L’aute  qu’a  des  metaus  las  minos 
E  que  n’a  nados  medecinos, 

Lou  qu’a  sedo  n’a  pas  coutoun, 

Ni  coués  de  bouéou,  ni  dc  moutoun, 
Aquet  qu’a  coués  è  n’a  j)as  sedo, 
Aquero  térro  qu’es  trop  fredo 
Per  aroumats  scoua  jamês, 

Mèsque  léouo  caucoumet  més  : 

E  ne  ba  dounc  d’aquero  sorto 
Que  so  qu’un  n’a  l’aute  qu’ag  porto; 
Més  per  hè  d’un  à  d’aute  bout 
Que  tout  lou  moun  ajo  de  tout... 


L’un  jouit  de  quelque  objet, 

Mais  il  est  privó  d’un  autre. 

Celui-ci  regorge  de  blé, 

Mais  n'a  pas  une  goutte  de  vin . 

Celui-là  a  de  la  laine  et  pas  de  lin, 
L’autre  a  de  la  viande  en  abondance, 

Et  n’a  pas  de  pain  pour  nourriture, 
L’autre  est  trop  fourni  en  vin 
Et  dépourvu  de  fruits. 

L’un  a  des  bois,  et  pas  de  ferrage, 
Lautre  des  prairies  et  pas  de  bois. 

L’un  a  des  drogucs  mòdicinales 
Mais  il  ne  produit  pas  des  métaux. 

L’autre  qui  a  des  mines  et  des  métaux 
Ne  possède  nullc  médecine, 

Celui  qui  a  de  la  soie  n’a  pas  du  coton, 
Ni  des  cuirs  de  bumfs  ni  de  moutons. 
CeluHà  a  des  cuirs  et  pas  de  soic, 

Cette  terre  est  par  trop  froide 
Pour  jamais  produire  des  aromates, 

Mais  elle  possède  quelque  chose  de  plus  : 
II  s’en  suit  donc  de  cette  façon 
Que  ce  que  l’un  n’a  j)as  l’autrolui  porte. 
Pour  faire  que  d’un  bout  à  l’autre, 

Tout  le  monde  ait  de  tout... 


Elle  cimente  des  alliances  entre  les  peuples  et  convertit  les  idolAtres.  Les 
villes,  les  ports  qu’elle  baigne  sont  les  témoignages  de  l’activité  de  son 


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oommerce  et  ce  qui  la  rend  aussi  opulente,  si  riche  ct  si  puissante,  ce  sont : 

Mous  nabiris  é  mas  galéros,  Mes  navires  et  mes  galères, 

Be  qu’àde  grans  castéts  goiiailléros,  Bienquesemblables  àdegrandschàteaux 
Mé  traoùèrson  touto  d’un  bol  Me  traversent  toute  d’un  vol 

E  ban  de  l’un  à  l’aute  Pol...  Et  vont  d’un  Pòle  à  l’autre. . . 

Elle  possède  encore  un  autre  élément  de  richesse,  ce  sont  ses  poissons, 
aliment  précieux  et  délicat. 

Jou  n’e  ma,  ni  flubi,  ni  lac,  Je  n’ai  mer,  ni  fleuve,  ni  lac, 

Arriou  per  tant  que  sîo  flac,  Ruisseau  pourtant  si  faible  soit-il, 

Més  qu’ajo  d’ayguo  quauquo  gouto  Pourvu  qu’il  ait  quelques  gouttes  d’eau 
Qu’erenou  ’n  bourrugùeje  touto...  Que  je  n’en  sois  toute  remplie... 

Mais  toutes  les  qualités  ne  sont  que  des  dons  de  la  nature ;  elle  en 
possède  de  surnaturels,  ceux  que  Dieu  de  sa  main  sacrée  iui  a  octroyés  en 
lui  faisant  voir  les  merveilles  de  ses  oeuvres. 

Ce  n'est  donc  pas  sans  raystère  qu*il  a  salé  la  mer  pour  lui  accorder  une 
plus  grande  durée  et  la  préservçr  de  toute  contagion.  Aussi  est-elle  nettc  et 
propre,  car  ses  impuretés  sont  rejetées  sur  ses  bords,  gràce  au 

Flus  é  reflus  de  qui  lou  branle  Flux  et  reílux  de  qui  l’impulsion 

Mercat  dessus  lou  sable  panle  Marqué  sur  le  sable  pàle 

D’un  compas  tout  just  é  tout  boun  D’un  coinpas  juste  et  précis 

Dus  cops  quado  dîo  deou  moun  Deux  fois  chaque  jour  qu’il  fasse 

Estouno  l’esperit  mès  sage. . .  Etonne  l’esprit  le  plus  sage... 

C’est  pour  ce  motif  qu ’elle  est  une  éeole  do  sagcsse.  Elle  est  égalemenl 
la  plus  sainte  et  comme  preuves  à  I'appui  elle  énumère  tous  les  miracles 
auxquels  elle  a  participé.  Enfin  commc  dernier  bienfait  elle  rappelle  qii'elle 
ouvre  aux  hommes  les  portes  du  Paradis  par  l’eau  du  baptème. 

En  somme,  en  récapitulant  : 

La  Térro  nou  t’  hè  quodamna,  La  Terre  ne  fait  que  te  damner 

Tu  nou  pensos  qued’y  pana,  Car  tu  ne  songcs  qu’à  v  voler, 

E  jxîr  un  pam  galous  de  tèrro  Et  pour  un  misèrablc  morceau  de  terre 

A  ton  besin  tu  hés  laguérro,  Tu  fais  la  guerre  à  ton  voisin, 

D’aqui  touto  raaladictioun  De  là  des  inalèdictions 

E  d’aqui  touto  damnaiioun.  Qui  entrainent  ta  damnation. 

De  quet’  bau  l’Ayre'r  D’yo  coucurlo,  Qu’est  pour  toi  l’Airf  Un  champignon^ 
Quet’  hélou  Houèc  sounquequet'  bur!o,Que  te  fait  le  Feu,  sinon  te  bruler, 

E  quet’  demoro  au  liouns  d’Ihèr  Et  te  retenir  au  fonds  de  l’c.nfer 

Per  *e  geyna  dab  Loucifér  Pour  te  danmer  avec  Lucifcr 

A  jamés  ses  soulas  d’uo  ouro?  A  jamais  sans  une  lieurcdetranquillité? 

E  jou  que  soun  ta  saubaduro...  Tandis  que  moi  je  suis  ta  libèratricc... 


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Quand  vint  son  tour,  la  Terre  s'avança  pleine  d'assurance  devant  son 
juge. 

Elle  rappelle  brièvement  à  l'homme,  ce  fils  ingrat  que  c'est  grâce  à  elle  et 
sur  clle  qu'il  prend  sa  nourriture.  Aurait  il  l'âme  si  vile  et  serait-il  à  ce 
point  dépourvu  de  sens  de  souffrir  qu'une  si  étrange  victoire  vienne  ternir 
la  gloire  de  sa  mère?  Certes  elle  ne  sollicite  cet  honneur  ni  par  reconnais- 
sance  ni  par  faveur,  elle  préfère  l'obtenir  de  haute  lutte  et  n’être  proclamée 
reine  que  par  la  raison.  Aussi  pour  écarter  toute  suspicion,  elle  le  supplie 
d'oublier  pour  un  instanl  qu’elle  est  sa  mère,  en  retour  elle ne  le  considérera 
pas  comme  un  fils  mais  bien  comme  un  juge  impartial.  Cela  fait,  elle 
développe  son  plaidoyer. 

Dieu,  dit  TEcriture  Sainte,  créa  le  Ciel  et  la  Terre,  mais  il  n'est  nulle- 
ment  fait  mention  de  l'Air,  de  TEau  et  du  Feu.  ce  qui  prouve  son  anti- 
quilé.  De  plus,  quand  il  disposa  des  Eléments,  il  la  rendit  stable,  ce  qui 
établit  sa  durée.  Elle  avoue  bien  qu'elle  tremble  quelquefois  mais  c'est 
lorsqu’elle  veut  se  secouer  ou  déchaîner  quelques  vents  pour  châtier  les 
méchants. 

L’Ecriture  ne  fait-elle  pas  également  entendre  d’une  façon  plus  explicite 
encore  : 


Que  tout  sô  qu'es  en  la  naturo 
E  dins  l’elementari  héyt 
Per  moun  serbichi  tout  es  héyt, 

Que  tout  es  per  moun  aquipatge, 

Que  tout  es  per  moun  atelatge, 
Qu'aquo  ’s  moun  carriot  triomphau, 
Oun  jou  bragui  coumo  bét  pau, 

Courno  Regino  soubirano 
Au  miey  de  la  machino  grano, 

Oun  coum  en  mon  liéyt  de  repaus 
Ses  augi  marmus  ni  perpaus, 

Tout  d’yo  coumuno  intelligencio, 

Me  serbich  en  gran  diligencio, 

Ayro,  Ayguo,  Hoiiéc,  ô  mês  grand  gay, 
L’un  es  page,  l’aute  es  laquay, 

L’un  es  baylet,  I’aute  es  surbento, 
Touts  pies  de  respét,  é  de  crento. 

Que  tant  bo  hò  lou  dominé, 

Lou  Hoiiec  n’es  que  moun  cousiné, 
L’Ayre  moun  baylet  qu’em’  balejo, 
L’Ayguo  mounsouillon  qu’ern’  netejo  .. 


Que  tout  ce  qui  est  dans  la  naturo 
Et  dans  l’ordre  èlémentaire 
Est  tout  préparé  pour  mon  service, 

Tout  est  pour  mon  érjuipage, 

Tout  est  pour  mon  attelage, 

C’est  là  mon  chariot  triomphal, 

Oú  je  resplandis  comme  un  beau  paon, 
Comme  une  Reine  souveraine 
Au  milieu  de  la  grande  machine, 

Où  comme  en  mon  lit  de  repos, 

Sans  entendre  murmures  ni  propos, 
Tout  d’un  commun  accord, 

Me  sert  en  grande  diligence, 

L’Air,  l’Eau,le  Fcu,  avec  grand  plaisir, 
L’un  est  mon  page,  l’autre  mon  laquais, 
L'un  est  domestique,  l’autre  servante, 
Tous  plein  de  respect  et  de  crainte. 

Le  Feu  qui  veut  tant  faire  le  maître, 
N’est  après  tout  que  mon  cuisinier, 
L’Air,  mon  valet  qui  me  balaye, 

L’Eau  mon  souillon  qui  me  nettoie... 


Et  pour  mieux  se  faire  compreudre,  elle  fait  en  manière  de  plaisanterie 
quelques  comparaisons  aussi  originales  que  concluantes.  En  somrae, 
dit-elle  : 


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Ome,  per  tu  soul  Diou  me  héc, 
Més  et  héc  l’Ayre,  héc  lou  Hoiiéc, 
E  héc  l’Ayguo  per  mous  aufìcis, 
Per  mas  ajudos  é  serbicis.  . 


Homme,  Dieu  m’a  créé  pour  toi  seul, 
II  fìt  aussi  l’Air  et  le  Feu 
Ainsi  que  l'Eau  pour  mes  besoins, 
Pour  mes  aides  et  serviteurs... 


preuves  indéniables  du  rang  qu’elle  occupe  et  du  bon  droitqu’elle  soutient. 

Mais  comment  se  mesurer  avec  l’Air,  dont  les  dimensions  l’emportent 
sur  les  siennes  ?  Elle  l’essaieia  néanmoins  ? 


Jouts  diré,  certo  lou  talos 
Nou  bau  pas  més  per  éste  gros, 

De  petitos  mousquos  hén  cage 
L’aze  mês  pouchant,  é  lou  mage; 

L’arreproiié  de  bieils  é  jouens 
Dits  que  toutjour  lous  bous  engoiiens 
Demoron  sarrats  en  las  boiiétos 
Més  petitos  é  més  estretos... 


Je  répondrai,  certes,  le  gros  ver  de  terre 
Ne  vaut  pas  davantage  parce  qu’il  est 
De  petites  mouches  font  tomber  (gros, 
L’àne  plusgrand  et  pius  puissantqu’elles# 
Le  proverbe  de  vieux  et  de  jeunes 
Prétend  que  toujours  les  bons  onguents 
Sont  enfermés  dans  les  boites 
Les  plus  petites  et  plus  étroites... 


Pour  que  le  Créateur  Lait  ainsi  faite  la  moindre  c’est  probablement 
parce  qu’il  la  jugeait  la  plus  parfaite.  Qu'est  après  tout  cet  Air  vaniteux 
qui  l’obsède  de  son  importance  ¥ 


Qu’un  galatras?  Qu’un  gran  espasi 
Boiiéyt  de  tout  ben,  plen  de  tout  glasi, 
Plen  de  teinpéstos  é  de  bens, 

De  hoiiecs,  de  toiiets,  é  d’espaoiiens? 

E  d’eycharruscles,  é  de  péyro, 

Que  ta  soiien  causon  ta  praubéyro, 

Dab  milo  demonis  que  soun 
Atraoiiés  l’ayre  en  garnisoun, 

Que  hón  d’aqui  ’nla  sur  ta  tésto 
Lou  diable  é  mós  la  tempesto  ? 

Onie,  considèro  dounc  plan 
Si  l’Ayre  es  boun  per  éste  gran, 

E  si  milhou  n’ou  t’aproufito 
Que  jou  sio  boun’  é  petito, 

Tant  es  bertat  sò  que  peou  moun 
L’om  dits  :  bau  mòs  petit  ò  boun... 


Qu’un  galetas?  Qu’un  grand  espace 
Vide  de  tout  vent,  plein  de  terreur, 
Rempli  de  tempêtes  et  de  vents, 

De  feux,  de  coups  de  tonnerre,  d’épou- 
De  foudres  et  de  pierres ,  (vantails  ? 
(Jui  causent  si  souvent  ta  ruine, 
Accompagnés  de  mille  déraons 
Qui  dans  l'air  tiennent  garnison. 

Et  de  là  déchainent  sur  ta  tète 
Le  diablc  et  mòrae  la  tempète  ? 

Honime,  considère  donc  bien 
Si  l’Air  est  bon  malgrò  qu’il  soit  grand 
Et  s’il  te  rend  plus  de  services 
Que  moi  qui  suis  bonne  et  petite, 
fIant  il  est  vrai  ce  que  par  le  monde 
On  répéte  :  II  vaut,  mieuxpetitet  bon... 


Mais  Texcès  de  sa  raison  la  tcnte  surtout  quand  il  s’agit  de  faire  allusion 
à  sa  noblesse  : 


La  man  deou  gran  Diou  benasido  La  main  bénie  du  grand  Dieu 

Me  héc  base  touto  bestido,  Me  fít  naitre  toute  vètue, 

Per  mérquo  deou  noble  bounur  Comme  marque  du  noble  bonheur 

De  mon  cos  berginau  é  pur...  De  mon  coeur  virginal  et  pur... 

Montrant  par  là  qu’il  la  tient  pour  si  noble  et  si  précieuse  que  sa  main 


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généreuse  et  puissante  lui  a  fait  servir  les  Eléments,  d’abri,  de  vètement 
et  de  parures. 

Y  éncoiia  daoiiant  Soureii  ê  Luo,  11  y  a  encore  avant  le  Soleil  et  la  Lune, 

L’Avguo  coum’  béro  raubo  bluo  L’Eau  qui  comme  une  belle  robe  bleue 

Touto  caperado  me  teng  Me  tient  toute  couverte, 

Exceptat  nia  caro  ê  mon  seng,  Excepté  mon  visage  et  mon  sein 

Oun  coumo  may  jou  t’accoucoli,  Oii  comnie  mère  je  te  dorlotte, 

E  coum’  nouyrisso  t’arrigoli...  Et  cornme  nourrice  je  te  gorge.  . 

Puis  s’adressant  à  Fhomme,  elle  le  proclame  la  créature  la  plus  parfaite 
puisque  sa  royauté  s'é'.end  depuis  le  Ciel  jusqu’aux  portes  de  TEnfer. 
Ainsi  l’a  voulu  le  Créateur,  qui  a  résumè  en  lui  sommairement  la  subs- 
tancedes  quati*e  Elèments  qu’il  gouverne  à  son  gré.  11  l’a  de  plus  faite  à  son 
image  et  à  sa  ressemblance  lui  donnant  ainsila  plus  haute  idée  de  noblesse 
et  de  perfection.  Elle  en  tire  la  conclusion  suivante  : 

Aro,  diguos,  la  man  dcouyno  Maintenant,  dis-moi,  la  niain  divine 

De  qu’a  tirat  toun  auriginof  D’où  a-t-elle  tiré  ton  origine  ? 

De  quigno  may  és-tu  sourtit?  De  quelle  mère  es-tu  sorti? 

De  quigno  pasto  és-tu  prestit  ?  De  quelle  pâte  as  tu  été  pétri  ? 

Quign’es  ta  matério  inés  richo?  Quelle  est  la  matière  la  plus  riche? 

Nado  cèrtos  que  jou  medicho...  II  n’y  en  acertes  d’autres  que  moi-mème. 

ne  formant  ensemble  qu’un  seul  être  commun. 

Ce  n’est  pas  tout.  LTIomme  Dieu  en  venant  sur  terre  pour  racheter  les 
pèchès  des  hommes  a  fait  rayonner  sur  elle  sa  glorieuse  divinité.  N’est-ce 
pas  elle  qui  a  eu  le  bonheur  de  conserver  dans  son  sein  ce  corps  si  pur 
trois  jours  durant  à  l’abri  de  la  pourriture?  Puis  survient  sa  résurrection 
triomphante  l’élevant  'au-dessus  du  Feu,  de  l’Eau  et  même  des  Airs  jus- 
qu’aux  Cieux,  à  la  droite  de  Dieu  le  Père  oii  pleine  de  gloire  et  de  conten- 
tement  la  Terre  est  la  Reine  et  maîtresse  souveraine  du  Ciel. 

Passant  de  là  à  la  beauté  que  ses  adversaires  revendiquent  également 
elle  n’aura  pas  de  peine  à  élablir  que  Toeuvre  du  Printemps  est  son  bien, 
rappelant  avec  salisfaction  les  variétés  de  fleurs,  joyaux  qui  entrent  dans 
son  lot,  vèritable  charme  des  yeux  et  de  l’odorat. 

E  d’autes  encoué  mes  de  cranto.  Et  d’autres  encore.  Mais  que  dis-je, 

Mès  que  dic-jou?  Gar  autaléou,  Plus  dc  quarante?  (’ar  plus  facilement 

Tu  coundares  lous  hoiiocs  deou  céou  Tu  compterais  les  ctoiles  du  ciel 
Que  mas  flous,  dignos  bragarios  Que  mes  fleurs,  diamants  précieux 

De  mous  casaus  è  pradarios,  De  mes  jardins  et  de  mes  prairies, 

Que  de  delicis  noumparèils  Lieux  de  délices  sans  pareils, 

PeychounlounaSjCharmon  lous  oueiIs...Quiilattentrodorat,charmentles  yeux... 

Mais  là  oii  sa  supériorité  èclate  d’une  facon  décisive,  c'est  sans  contredit 


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dans  la  forme  variable  de  sa  superficie  toute  dentelée  à  souhait.  Ce  sontses 
montagnes  majestueuses,  ses  collines,  ses  vallons,  ses  campagnes  si  riche- 
ment  decoupées  qui  en  font  l’un  dcs  plus  beaux  chefs-dàeuvre  de  la 
nature. 

Afin  de  donner  plus  de  poids  à  son  argumentation,  Dastros  fait  la  des- 
cription  d'un  paysage  en  véritable  artiste.  Cetle  poésie  agreste  et  naïve  est 
pleine  de  charme. 


Espiom’  aquet  taparrot, 

Couhat  d’un  poulil  bouscarrot, 

E  s’aquet  tepé  nou  t’agrado, 

Debaro  tous  oiiéils  en  la  prado 
Touto  broudado  haut  é  bas 
Dŷoumos,  de  bioules,  é  d’aubas. 
Quan  ajos  prou  bist  l’aubaredo 
E  remirat  la  coumo  fredo, 

Tous  oiièils  auran  lcou  esciilat 
Lou  fìlh  de  l’aute  coustalat. 

Aquiou  tu  beses  à  la  ligno 
Plantado,  berdeja  la  bigno, 

Que  presento  à  l’arrajadis 
Soun  frut  coulat  deou  Paradis. 
Après  aquù  pren  la  campaigno, 
Esten  ta  bisto  per  la  plaigno, 
F^spiom’  iio  lèguo  à  i’entour, 

Da  per  tout  dab  tous  oiiéils  un  tour, 
Causo  deou  moun  nou  set’  presento 
Que  nou  sîo  touto  plasento; 

Tu  nou  sabes  oun  liica  rouêil, 

Tant  peou  plase  tout  t’es  paréil. 
Beses  un  samouat  que  berdejo, 

Beses  un  baréyt  que  negrejo, 

Beses  handouéj’  aquet  bousquet, 

E  puch  un  aute  auprès  d’aquet, 
Puch  un  bergé  lou  loung  d’uo  bordo, 
Plan  arrenjat  à  hiou  é  cordo; 

Beses  lou  casau  que  s’y  teng, 

E  puch  l’ayriau,  é  lou  padouenc; 
Puch  dab  lous  oiiêils  au  dela  bayne, 
E  beyras  un  aute  bet  mayne 
Assourtit  de  tout  sò  que  cau, 

De  bosc,  bergé,  bigno  é  casau. 

Beses  un  aute  labouratge, 

E  puch  tu  beses  un  bilatge 
Embirouat  d’un  bét  bignares; 

Enfin  arre  tu  nou  beyres 


Regarde-moi  ce  petit  tertro, 

Coiffé  d’un  joli  bosquet, 

Si  ce  coteau  ne  te  convient  pas, 

Tourne  tes  yeux  sur  la  prairie 
Parsemêe  en  haut  et  en  bas 
D’ormeaux,  de  peupliers  et  de  saules. 
Quand  tu  auras  assez  contempléla  saulaie 
Et  admiré  le  froid  vallon, 

Tcs  yeux  auront  vite  gravi 
La  perspective  de  l’autre  vallon. 

Là  tu  vois  plantée 
Au  cordeau,  la  vigne  qui  verdoie 
Présentant  au  rayon  du  soleil 
Son  fruit  couló  du  Paradis. 

Cela  fait,  prends  la  campagne, 

Etends  ta  vue  vers  la  plaino 
Et  regarde  une  lieue  à  l’entour, 

En  faisant  partout  un  tour  avec  tes  yeux, 
II  ne  se  présentera  pas  un  seul  objet 
Qui  ne  to  soit  bien  agréable; 

Tu  ne  sauras  où  arrèter  ton  oeil 
Tant  le  plaisir  sera  égal  jx>ur  tout 
Tu  vois  un  semis  qui  verdoie, 

Un  labour  qui  parait  noir, 

Tu  vois  sccouer  ce  bosquet, 

Et  puis  un  autre  à  côté  de  celui-là, 

Puis  un  verger  le  long  d’une  métairie 
Bien  arrangé  à  fìl  et  à  corde; 

Tu  vois  le  jardin  eontigu, 

Puis  la  maison  et  l'enclos; 

Puis  dirige  tes  yeux  au-delà, 

Tu  verras  un  autre  beau  manoir 
Assorti  de  tout  ce  qui  est  nécessaire 
En  bois,  verger,  vigne  etjardin. 

Tu  vois  encore  un  autre  labourage, 

Et  puis  après  un  village 
Environné  d’un  beau  vignoble; 

Enfìn  tu  n’apercevras  rien 


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Que  n’arregausis  de  sa  bisto  Qui  ne  réjouisse  de  sa  vue 

L’armo  deou  mounde  la  més  tristo...  L’âme  Ia  plus  triste  qui  soit... 

S'il  nous  décrit  avec  un  enthousiasme  sincère  ce  beau  pays  de  Lomagne 
sa  petite  patrie,  il  trouvera  les  accents  d’un  lyrisme  plus  accentué  quand  il 
vantera  les  charines  de  TArrats,  cette  ravissante  rivière,  objet  de  ses  prédi- 
lections.  Aussi  dans  une  tirade  des  plus  intéressantes,  chante-l-il  ses 
louanges,  proclamant  qu’il  n  existe  nulle  part  au  monde  : 


Un  loc  ta  bct,  ni  t’agradabie, 
rl’a  plasent,  ni  ta  delectable 
Que  YArrats,  pastou  beu-urous. 
Lou  Céou  de  toun  plase  curous 
T’a  boutat  ses  fard  c*  ses  mcrro 
Au  més  gadau  loc  de  la  térro, 
UArrats  de  Loumatgno  I’aunou, 

L 'Arrats  moun  souci,  moun  amou, 
UArrais  que  sur  jou  n’a  ribéro, 

Be  que  més  grano,  de  més  béro, 

K  soun  baloun  dab  soun  tepê 
Se  trulïon  d’aquero  Tenifó  (1) 
Arrenoumiade  ta  joulio 
Deguens  Terbudo  Tessalio. 

Que  si  lous  Dious  boulén  quita 
Lou  Cêou  pcr  la  Têrro  abita, 

Kts  n'auren  pas  sous  oiiéils  dehoro 
Qu’ets  causiren  per  sa  dcrnoro 
Aquet  baloun  large  ê  pregount 
(Juc  teng  de  la  Briho  â  GramourU. 
A  tout  Jou  meincli  ina  caro  niuso 
T’out  aute  arretréyte  arreeuso. . . 


Un  lieu  si  beau,  ni  si  agrêable, 

Si  plaisant  et  si  délectable 
Quo  l’Arrats,  berger  bienheureux. 

Le  Ciel  curieux  de  ton  plaisir 
T’a  mis  sans  fard  et  sans  plainte 
Dans  le  lieu  le  plns  riant  de  la  terre 
L’Arrats  l’honneur  de  la  Lomagnc, 
L’Arrats,  mon  souci,  mon  amour, 
L’Arrats,  bien  qu  il  y  ait  des  rivières 
Plus  importantes,  il  n’y  en  a  pas  de  plus 
(beiles  pour  moi, 

Kt  son  vallon  avec  son  coteau  abrupt 
Se  moquent  de  cette  Tempée 
llenommée  si  jolie 
Dans  la  fertiie  Thessalie. 

A  tel  point  que  si  les  Dieux  voulaient 
Le  Ciel  pour  habiter  la  Terre  (quitter 
Sitòt  qu’ils  auraient  mis  leurs  yeux  de- 
Choisiraient  pour  leur  demeure  (hors 
Ce  vallon  largc  et  profond 
Qui  s’étend  de  la  BriJie  à  Grammont. 
T’out  au  moins  ma  chère  muse 
Refuse  toute  autre  retraitc. . . 


Elle  justifìe  done  ses  prétentions  ù  la  beauté,  car  pendant  que  le  Feu, 
l’Eau  ct  l’Air,  remplissent  leurs  tonetions  d’une  faqon  réguliòre  et  mono- 
tone,  il  n’en  est  pas  de  mème  pour  elle  qui  change  de  robe  à  chaque  saison 
de  i’anuée,  déplovant  ses  richesses  et  ses  trésors. 

Mais  la  beauté  n’implique  pas  la  bonté  et  sur  ce  point  ses  titres  sont 


(1)  DClicieux  vallon  situè  en  T’hcssalie  et  eonstitu<*  par  d  immenses  prairies  de 
.ì  millt*  d«*  long  sur  6  »le  large.  revetues  de  l’émail  d’une  verdure  éternclle  ave<*  une 
ìntinité  d’arbres  tirés  au  eordeau  et  arros<*es  en  inaints  endroitspar  les  eaux  du  lleuve 
IV'tice,  appel<*  pour  cctte  raison  vallon  Pénóan  par  Du  Hartas. 

Virf/tlc,  au  liv.  2  dos  Gt'orç/ìqm'*,  noinineainsi  tous  les  licux  plaisants  : 

Speluurtr  niuîqne  lamift  ar  fr  'u/ida  tompe. 

Oride ,  au  Jiv.  i  de  scs  Mètaphores,  décnt  ce  vallon  renommé. 

Strahon ,  liv.  vn,  Pline,  liv.  vm  chap.  iv,  et  Horare,  ode  i,  liv.  iu,  le  signalent 
•‘galement. 


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inappréciables  prodiguant  seule  à  Thomme  avec  générosité  tout  ce  qui  lui 
est  indispensable.  Elle  consent  pour  son  bien  à  d'autres  sacrifices  : 


Més  aro,  cinq,  siés  cops  encoué 
Jou  ’nduri  que  lou  rude  boué, 

Que  lou  bignairoun  m’espete, 

Me  haunille,  me  dechiquete 
Dab  sous  becherris  agusats, 

Dab  eychados,  dab  saudisats, 

A  grans  tamasclos,  à  grans  trossis, 
Denquio  me  hé  peta  lous  ossis 
Per  ra’empreigna  cad’  an  un  cop 
Deou  pan  ó  deou  bin  que  t’es  op 
Per  toun  susteng  é  nouyrituro 
Dc  blat,  de  bin  é  de  pasturo. 

Diguos,  tout  aquò  doun  te  beng 
Sounquo  de  moun  aboundous  seng  ? 
Que  tout  ande  tu  jou  ’stourrichi 
Ta  besiadoment  jout’  nouyrichi... 


Maintenant  cinq  ou  six  fois  encore 
J’endure  que  le  robuste  bouvier, 

Que  le  vigneron  me  claquent, 

Me  défoncent,  me  déchiquettent 
Avec  leurs  bèches  aiguisées, 

Leurs  houes  et  instruments  divers 
A  grandes  tranches  et  morceaux, 
Jusqu’à  me  faire  craquer  les  os, 

Pour  me  féconder  une  fois  chaque  année 
Du  pain  et  du  vin  qui  t’est  nécessaire 
Pour  ton  soutien  et  ta  nourriture 
De  blé,  de  vin  et  d’aliments. 

Dis-moi,  d’où  te  vient  tout  cela 
Si  ce  n’est  de  mon  sein  gcnéreux? 

C'est  pour  toi  que  je  mets  tout  en  réserve 
Pour  te  nourrir  abondamment... 


II  n  existe  même  ni  mère  ni  nourrice  qui  prodigue  à  son  nourrisson  tous 
ses  soins  plus  libéralement  pour  lui  faire  suer  nuit  et  jour  sa  substanee 
comme  un  lait  réparateur.  C’est  à  lui  qu’elle  destine  les  produits  de  ses 
champs,  de  ses  jardins,  de  ses  étables,  ainsi  que  les  hôtes  de  ses  bois  et  de 
ses  forets.  En  maître  d’hôtel  expert  elle  lui  sert  des  dcsserts  vatiés  et 
comme  eouronnement  un  breuvage  incomparable,  supérieur  à  l’ambroisie, 
vrai  nectar  des  Dieux,  qui  en  sont  jaloux. 


Certo  son  beoiiratge  deoiiin 
Nou  bau  ton  beouratge  de  bin; 

I.ou  binetqn’es  la  creaturo 
Més  perfcyto  de  la  naturo! 

Lou  bin  !  potus  courdiau  precious, 
Lou  bin !  arrestaulam  gracious, 

Bin  dcous  omes  las  amouretos ! 

Lou  mage  amic  de  las  hemnetos, 
Bin  qu’es  la  sang  de  bosto  sang, 
Sio  deou  cla,  sio  deou  blanc; 

Bin  qu’es  la  sangde  bosto  bito, 

Bin  que  lous  mors  arressouscito, 
Que  da  couratge  aus  mês  transits, 

E  forço  aus  més  engarransits; 

Bin  que  l’Ayguo  soulo  te  gouasto, 
Hasoun  que  souieto  te  basto 
Per  espudi  denqui’à  la  fin 
Aquet  líioment  gouasto  bin... 


Certes  son  breuvage  divin 
Ne  vaut  pas  ton  breuvage  de  vin; 
Le  vin  est  le  produit 
Le  plus  parfait  de  la  naturc ! 

Le  vin !  boisson  cordiale  précieuse, 
Le  vin!  réparateur  gracieux, 

Le  vin,  l’amour  des  hommes  ! 

Le  meilleur  ami  des  femmes, 

Le  vin  est  le  sang  de  votre  sang, 
Qu’il  soit  clair  ou  qu’il  soit  blanc; 

Le  vin  qui  est  lc  sang  dc  votre  vie, 
Qui  ressuscite  lcs  morts, 

Donne  du  courage  aux  plus  timides, 
Et  de  la  force  aux  plus  inipotents. 

Vin  que  l'eau  seule  te  gàte, 

La  preuvequcseule  elle  t’atfaiblit 
Pour  mêpriser  jusqu’à  la  íin 
Cet  Elément  gâte-vin... 


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Ce  magnifique  présent,  à  lui  seul,  mériterait  qu'elle  fut  proclamée  la 
Reine  des  Eléments;  elle  préfère  invoquer  d’autres  titres  à  sa  reconnais- 
sance.  Non  contente  de  faire  naître  l'homme,  de  pourvoir  à  sa  nourriture 
et  à  ses  vètements  : 


Jout’  doune  tabe  de  que  basti, 

Joum’  léychi  darriga  lous  ossis, 
Joum’  lèychi  bouta  touto  à  trossis 
Per  baillat’  la  peyro  que  cau, 
Causéo,  barroun  é  canau. 

Per  tu,  tant  toun  ayre  m’agrado 
Jou  souffricbi  d’est’  eybentrado 
Per  te  hé  part  deous  grans  jouyéous 
Que  demoron  per  mous  bouyéous... 


Je  te  procure  aussi  de  quoi  bâtir, 

Pour  cela  je  me  laisse  démolir  les  os, 

Je  me  laisse  mettre  en  morceaux 
Pour  te  fournir  la  pierre  qu’il  te  faut, 
La  chaux,  la  tuile  et  les  conduitesd’eau. 
Pour  toi,  tes  manières  me  plaisent  tant 
Que  je  souffre  d’ètre  éventrée 
Pour  te  faire  part  des  précieux  trésors 
Qui  sont  enfermèsdans  mes  boyaux... 


Elle  lui  prodigue  sans  compíer  l*or,  Targent,  les  pierreries  et  tous  les 
minerais  qu  elle  renferme  dans  ses  enírailles.  Elle  le  guérit  par  la  vertu  du 
suc  de  ses  plantes,  et  les  effets  bienfaisants  de  ses  eaux  minérales. 

Elle  termine  son  discours  en  posant  les  conclusions  suivantes  : 


Per  tu  dounquos  touto  jou  m’houni, 
A  tu  touto  jou  m’abandouni, 

Y  assô  sire  mon  darre  mot; 

Més,  moun  amic,  et  nou  se  pot, 

Puch  que  coumo  biou  jou  sounc  soulo 
Que  t’cntreteng  6  t’acoucoulo, 

Atau  jou  sounc  soulo  tal>enc 
Que  mort  t’arcebi  dins  mon  seng... 


Pour  toi  donc  je  me  fonds  toute, 
M’abandonnant  â  toi  toute  entière, 

Et  ceci  sera  mon  dernier  mot: 

Mais,  mon  ami,  celan’est  pas  possible, 
Puisque  toi  vivant  je  suis  seule 
A  t’entretenir,  à  te  combler, 

Je  suis  cgalement  seule 
A  te  rccevoir  mort  dans  mon  sein... 


Après  chacun  des  plaidoyers,  le  berger  fait  un  résumó  admiratif  des 
arguments  produits  par  chacune  des  parties  mises  en  cause. 

Malgré  son  embarras,  l’arrèt  final  sera  le  mème,  il  suffira  de  signaler  les 
derniers  vers  : 


Bousaus  demandats  dounquos  cau 
D’entre  bousaus  sira  lou  mestè, 

Beci  per  Arrést  quing  diou  estè, 
Cad’ux  es  méste  en  soux  oustau. 


Vous  dcmandez  donc  lequel 
D’entre  vous  sera  le  Maitrc, 

Voici  par  Arrêt  celui  qui  doit  l’ètre, 

ClIACUX  EST  LE  MAITRH  DANS  SA  MAISON. 


L’Ayre  es  Rey  au  loutgis  deous  bens,  L’Air  est  le  Roi  au  logis  des  vents, 
Lou  Hoiiec  au  Hoiiec,  la  Tcrroen  Térro,Le  Feu  au  Feu,  la  'lerre  sur  Terre, 
L’Ayguo  en  l’Ayguo,èses  auto  guèrro,  L’Fau  dans  l’Fau,  et  sans  autre  guerre, 
Horo  de  prolxés  ses  despens.  Hors  du  procês  sans  dêpens. 


La  note  dominante  de  ses  ceuvres,  c  cst  le  sentiment  vrai  de  la  campagne. 
Dans  son  Poème  des  Saisons ,  il  se  montre  observateur  sagace  tradui- 
sant  la  fraîcbeur  de  ses  impressions  avec  une  franche  et  bonne  humeur 


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champètre  relevée  ça  et  là  par  une  pointe  de  fantaisie  ou  de  légère  malice. 
Ses  tableaux  du  Printemps  el  de  YEtè  surtout  nous  charment  par  la  pro- 
fusion  des  couleurs  variées  et  de  sa  palette,  le  babil  de  ses  oiseaux,  la 
saveur  du  terroir.  Dédaignant  les  procédés  Académiques  en  usage,  il  nous 
décrit  en  peintre  réaliste  les  oeuvres  de  la  nalure  telle  qu'il  la  voit  et  la 
comprend.  Se  mêlantà  la  vie  journalière  des  paysans  il  connaît  à  fonds  les 
mcBurs  campagnardes  auxquelles  ii  nous  initie  et  si  dans  ses  descriptions  le 
trait  est  parfois  trop  naïf,  vulgaire  mème,  si  sous  sa  plume,  le  mot  est  un 
peu  cru,  ces  légères  imperfections  provoquent  le  sourire  et  l’indulgence, 
mais  n'offusquent  pas.  On  se  rend  facilement  compte  qu’il  va  le  plus  sou- 
vent  droit  devant  lui,  développant  sa  pensée  avec  abondance  sans  souci  du 
choix  des  détails,  acceptant  tout  ce  qui  s'offre  à  lui.  En  revanche,  sa  phrase 
est  loujours  harmonieuse  et  ses  images  sont  des  modèles  de  naïveté  exquise 
qui  donnent  à  ses  vers  un  charme  indéfinissable. 

Les  quatre  chants  des  Eléments  sont  plus  iraportants  que  leurs  aînés,  le 
Poète  ayant  voulu  sans  doute  montrer  l’étendue  et  la  diversité  de  son 
talent.  Nous  sommes  heureux  de  constater  qu'il  a  prouvé  victorieusement 
qu’il  était  à  la  hauteur  de  sa  tàche,  mais  en  revanche  ses  défauts  y  tiennent 
une  plus  large  place.  En  effet,  en  parcourant  son  Poème,  ce  qui  choque 
le  plus  c’est  Tallure  méthodique  de  ses  discours  ainsi  que  les  fastidieuses 
transitions  qu’il  emploie  fréquemment  pour  les  nécessités  de  son  sujet  et 
qui  trouveraient  mieux  leur  place  du  haut  d’une  chaire  afin  de  servir  à 
rédifieation  des  fidèles.  Ce  sont  eneore  ces  dissertations  sans  fin  sur  des 
théories  scientifiques  hypothétiques  et  qui  n’acquièrent  pas  d’intérêt  à  être 
versifiées. 

En  dehors  de  ces  faiblesses,  il  fait  preuve  des  qualités  éminentes  d’un 
avocat  au  Parlement  pour  défendre  les  avantages  de  chaque  Eiément  mis 
en  cause.  II  développe  afin  de  faire  valoir  leurs  qualités  des  ressources 
d'imagination  et  une  abondance  d’argumentation  vraiment  remarquables. 
Quand  il  rentre  sur  le  terrain  qui  lui  est  familier,  tout  ce  qu’il  dit  est 
simple  et  naturel,  déplovant  dans  ses  descriptions  les  ressources  de  son 
esprit  qui  enchantent  les  oreilles  les  plus  difílciles.  Cette  poèsie  facile,  il  l’a 
trouve  d’instinct,  sans  cherchci*,  comme  l’enfant  se  nourrit  du  lait  de  sa 
mère;  il  est  vrai  que  la  poésie  n ’est  pas  dans  lts  choses,  mais  dans  I’csprii 
qui  les  conçoit. 

Quoique  plein  d’admiration  pour  les  oeuvres  du  Créateur,  il  ne  se  fait 
nul  scrupule  à  l’occasion  d’aimer  les  bons  morceaux,  el  surlout  le  bon  vin, 
et  si  quelquefois  il  s’exprime  trop  franehement,  il  faut  sc  transporter  par  la 
pensée  à  son  époque  où  le  langage  ètait  plus  libre,  sans  pour  cela  choquor 
les  convenances. 


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Le  vin  était  bon  en  Gascogne,  et  les  plaisirs  de  la  table  élaient  forts 
goûtés  de  nos  aïeux  qui  ne  dédaignaient  pas,  à  la  fin  d’un  bon  repas, 
d'entonner  le  verre  en  main  quelques  couplets  guillereîs  (1).  Que  les  temps 
sont  changés!  De  nos  jours  la  vigne  se  meurt  et  avec  elle  disparaît  la  vieille 
gaieté  de  nos  pères. 

Dastros  n’aura  donc  pas  de  peine  à  faire  accepter,  dans  les  Odes,  les 
suppliques,  les  compliraents,  qu’il  adresse  à  la  noblesse  de  Lomagne  (2),  le 
culte  de  son  Dieu. 

Aussi  le  ^oyons-nous  frapper  à  la  porte  des  chais  les  plus  renommés  des 
seigneurs,  ses  voisins,  qui  se  chargent  de  très  bonne  gràce  de  Tapprovi- 
sionnement  de  sa  raodeste  cave;  et  quand  sa  fulaille  rendra  ce  son  creux 
et  sonore  qui  annonce  lagonie,  il  s’écriera  : 


Jouts  pregui,  nous  ahastiets  pas 
De  moun  empourtuno  pratiquo; 
Gouarats  rooun  bin  qu’es  fort  au  bas, 
On  auch  carrinqua  la  barriquo: 

Ádeja  la  rauso  ne  sort 
Aquô  prounoustico  la  raort .. 


Je  vous  prie,  ne  vous  formalisez  pas 
De  mon  procédê  importun; 

Voyez'  mon  vin  touchc  à  sa  fìn, 

On  entend  crier  la  barrique; 

Déjà  le  dépôt  apparaít 
Cela  annonce  la  mort... 


Un  cerlain  jour  M.  de  Magnas  ira  raême  au  devant  de  ses  dêsirs  en  lui 
écrivant  : 


M)  Ces  douccs  chansons  retentirent  dans  tous  les  diners,  au  dessert,  durant  tout  les 
xvi,  et  xvii*  siècles.  Clles  sont  nées  du  vin,  elles  rcndeiu  homniagc  au  vin  au  milieu 
cie  la  gaieté  clébordante,  du  rire  déboutonné,  des  lìacons  débouchés.  _  _ 

Le  \  in  de  France  est  généreux,  rien  ne  l’égale  sous  le  ciel;  il  est  g«ii,  d’une^  gaiete 
légêre  et  pétillante.  Ces  qualités  sontaussi  bien  celles  de  notrc  esprit  et  il  n'est  pas 
douteux  que  nous  n’en  devions  quelque  chose  au  produit  de  nos  vignes. 

Uornèrc ,  Catallc ,  Horara  avaient  prêcc*dé  Dastros  dans  cctte  voie,  líacchus  les 
ayant  inspirésplus  souvent  qu'Apollon,  c*ar  ils  buvaient  pro  sunirno  les  coupes  de 
Massique  et  de  Falerne.  Aprês  eux  viendronl  Luthcr,  le  titan  germanique,  Rabclais, 
(ioudelin ,  Gauthicr ,  Hêrangcr,  etj’en  passe,  qui  sauront  appr<*«;ier  le  précieux  breu- 
vage  en  faisant  son  êloge. 

Des  observateurs  philosophes  ont  afíirmé  que  les  peuples  cles  pavs  de  vignobles 
avaient  un  caraetère  analogue  à  celui  de  leurs  vins.  Nous  n’en  rechereherons  pas  !a 
cause,  nous  bornant  à  eonstater  que  l’intluence  du  vin  est  bienfaisanie,  l'histoire 
proclamant  que  la  civiiisaiion  est  toujours  montée  du  Midi  au  Nord  et  la  barbarie 
ciescenduedu  Nordau  Midi. 

Sans  vouloir  prétendre  que  le  génie  de  la  Gròce  et  de  ritalle  cst  sorti  des  amphores 
de  Cliio  et  de  Syracuse,  il  est  eertain  que  les  arts  et  la  poc'*sie  y  ont  puisé  leurs  plus 
belles  inspirations.  ...  ..  .. 

(2)  A  la  mort  de  sou  père,  notre  poète,  recueillit  son  petit  hcrilage,  car  il  existe  a 
Saint-Clar  un  registre  terrier  cHabli  entre  1625  et  1640.  et  rarticle  de  ce  cadastre,  con- 
sacrè*  à  Dastros,  porte  textuellement  ce  qui  suit  : 

«  M.  Jean  Géraud.  prctre, 

»  'rient  vigne  à  Bailhelimac ,  confrontc  du  lcvant  ct  midv  vigne  de  Jean  Blot 
\  ieux,  du  couchant  vigne  de  Nlonsieur  de  Chanteloup ,  du  septentrion  vigne  de 
Guilhcm  Cantaloup  contenant  six  places. 

»  Flus  tient  vigne  â  Las  Mèliandes  eonfronte,  du  levant  terre  des  héritiers  de 
Jean  Dupui/,  du  coiichaut  carrère  publicque  tendant  aux  Calaocs ,  du  midy  terre  de 
MicheL  Dulaur ,  du  se.ptentrion  vigne  de  Joan  fìordcnaoe ,  contenant  quatre  places 
vingt  cscats.  »  {Jiecue  de  Gascogne,  t.  xxxvu,  p.  38.) 

Mais  tout  uous  fa.it  supposer  qu’il  dut  se  dcsaisir  de  ces  vigncs  pour  subvenir  à  ses 
besoins  et  ceux  de  la  nombreuse  fainille  de  sa  steur  Jcanne. 


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205  — 


S’aougoussots  embiat  un  flascou,  Si  vous  ra’aviez  envoyé  une  futailie, 
Jouts  augouri  mandat  bin  blanc;  Je  l’aurai  rempliede  vin  blanc  : 

Quets  tenguere  loc  d’un  boun  cascou,  Elle  voustieudraitlieu  d’un  bon  casque, 
Quets  escauhere  plan  lou  ílanc.  Et  vous  échaufîerait  bien  les  flancs. 

Et  le  bon  vicaire  de  rêpondre  aussitôt  : 


Per  bous,  bous  aouéts  trop  parlat, 

De  m’  hé  counegue  que  lou  flascou 
Me  tenguere  loc  d’un  boun  cascou; 
Tabe  m’en  bau  tout  cap  pelat. 

Més  be  m’en  tirare  la  sang, 

Sa  materio  sire  trop  duro, 

Si  ’ou  pourtaoui  ses  hourradùro, 
Hourrats-me'ou  dounc,  sits  plats,  deou 

(blanc. 


Quant  à  vous,  vous  avec  trop  parlé 
En  me  faisant  connaitreque  mafutaille 
Me  tiendrait  lieu  d’un  bon  casque 
Tandis  queje  ra’en  vais  la  tètetoutenue. 

Mais  il  m’enléverait  tout  le  sang, 

Sa  matière  étant  trop  dure, 

Si  je  le  portais  sans  doublure, 
Capitonnez-le  donc,,  s’il  vous  plait,  mais 
(a vec  du  blanc . 


Les  anciens  croyaient  si  bien  que  lTisage  du  vin  étaitnécessaire  au  poète 
qu’ils  disaient  proverbialement  :  non  est  dithyrambus  si  acjuam  bibatt 
eonviction  si  bien  partagée  par  quelques  poètes  anciens  ou  modernes  qu’elle 
leur  a  inspiré  trop  de  dithyrambes  en  faveur  de  la  dive  bouteille.  Dastros 
connaissait  ce  proverbe  car  il  v  fait  allusion  quand  il  dit  : 


Cérto  quan  lou  bente  gourîoulo 
Per  n’aoue  pas  plan  tout  soun  cas, 
Labets  ni  la  bouquo  n’eychîoulo, 

Ni  lou  gaiit  nou  canto  pas. 

Arren  que  nou  dits,  si  n’es  plèo, 
L’ourguino  deou  bent  deou  barquin; 
Ni  lou  pouéto,  si  n’a  la  bèo 
Un  pauc  animado  de  bin. 

Ets  hén  Bénus  la  bïgagnéro 
Fredo  ses  Cerés  é  Bachus, 

Més  si  Cerés  é  Bachus  n’éro, 
Apouloun  nou  sire  qu’un  gus... 


Certes  quand  le  ventre  gronde 
Pour  n’avoir  pas  tout  son  nécessaire, 
Alors  la  bouche  ne  peut  siffler, 

Et  le  gosiei*  ne  chante  pas. 

Elle  ne  dit  rien,  si  elle  n’est  pleine 
L’orgue  du  vent  du  soufflet  de  forge; 
Pms  plus  que  le  poète,  s'il  n’a  les  veines 
Un  peu  excitées  j>ar  le  vin. 

Ils  représentent  la  bizarre  Vénus 
Froide  sans  Cèrès  et  Bacchus, 

Mais  si  CérèsetBacchus  n’existaientpas 
Apolion  ne  seraitqu’un  gueux... 


Dans  une  autre  circonstance  il  se  comparera  au  Soleil  et  il  trouvera  des 
arguments  d’un  caractère  bien  originalpourétablirsasupérioritésurrAstre 
du  jour  : 


E  raes  que  boutaré  boun  gatge 
Quc  suber  et  jou  é  l’aouantatge, 

E  ly  soun  bétcop  au-dessus; 

Et  chuquo  Taygo  coum’  bét  harri, 
E  jou  de  bin  que  m’apitarri; 

Et  n’a  qu’un  ouéil,  é  jou  n’é  dus... 


J’oserai  mèrae  mettre  un  bon  gage 
Que  j’aurai  l’avantage  sur  lui 
Et  lui  suis  de  beaucoup  supérieur; 
II  suce  l’eau  comme  un  crapaud 
Et  moi  je  rae  gorge  do  vin; 

11  n’a  qu’un  oeil,  moi  j’en  ai  deux  .. 


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—  2Ò6  — 


II  se  vante  de  trouver  ses  meilleures  inspirationsau  fonds  de  la  bouteille, 
dans  une  étrenne  au  duc  d’Epernon  où  il  dressc  un  trône  à  Bacchus  : 

Et  cau  encouéro  que  jouts  digo  II  íaut  encore  que  je  vous  dise 

Coum  à  ’poulloun  jou  héou  la  higo  Comment  je  fais  la  nique  à  Apollon 
E  a  soun  enthouziam  deouin.  Et  a  son  divin  enthousiasme. 

Car  puch  qu’Apoulloun  è  la  muso  Car  puisque  Apollon  et  la  muse 
Aquet  enthouziam  m'arrefuso,  Me  refusent  cet  enthousiasme, 

Joum  héou  un  enthouziam  de  bin  Je  m’en  fais  un  pour  lc  vin. 

Razum  potum,  yo  pléo  tasso  Rasum  potum,  une  tasse  pleine, 

D’aro  ’nla  sira  moun  Parnasso  Dorénavant  sera  mon  Parnasse 

Ses  més  d’arren  m’empetega.  Sans  me  préoccuper  d’autre  chose. 

É  boli  hé  tanto  de  nazo  Et  je  veux  faire  un  pied  dc  nez 

A  la  hount  pégo  deou  Pegazo,  A  la  sotte  fontaine  du  Pégase,  (de  vin. 

Més  qu’aje  la  hount  deou  pega  (1).  Pourvu  que  j'ai  la  fontaine  de  la  mesure 

É  pego  houc  la  fantesio  Bien  sotte  fut  la  fantaisie 

Que  hasoucde  la  pouesio  Qui  fìt  de  la  poésie 

Apollou/ 1  principau  patroun  Apolion  le  prineipal  patron. 

tìachus  es  (lou)  qui  s’ac  gouasagno,  tìacchus  est  eeiui  qui  l’emporte, 

Que  bau  mésqu’un  chibau  d’Espagno,  II  vaut  mieux  qu’un  cheval  d’Espagne 
E  l’aute  bau  meinch  qu’un  mitroun.  Et  l’autre  vaut  moins  qu’un  mitron. 

Jou  bouy  plan  més,  jou  bouy  hé  ’ncouéroJe  veux  bien  plus,  je  veux  encore  fonder 
Yo  religioun  touto  naouéro,  Une  religion  toute  nouvelle, 

E  jou  bouy,  per  l’amou  deou  bin,  Et  je  veux,  pour  l’amour  du  vin, 

Hé  Bachus  Diou  de  la  pouesio.  Proclainer  tìacchus  Dieu  de  la  poésie. 

E  s’ac  prengoun  per  heresio,  Si  on  prend  cela  pour  une  hérésie 

Quem  prengon  à  jou  per  Calbin.  Quron  me  reconnaisse  pour  Caloin . 

Per  coumença  dounc  la  reformo  Donc  pour  eominencer  la  rêforme 

D’aquer’  errou  biéllo  é  enormo  De  cette  erreur  vieille  et  énorme, 

Que  dab  rasoun  jou  é  coundamnat,  Que  j’ai  condamnée  avec  raison, 

Sio  qui  bouillo  Apollounisto,  Soit  qui  veuille  Apolloniste, 

Jou  proutésti  d’esta  Bachisto,  Je  proteste  d  etre  Bachiste, 

È  qui  noun  es  sira  damnat  Et  qui  n’en  est  sera  damné. 


Qu’es  Apolloun,  ni  qu’es  la  muso 
Ses  moun  Bachus,  qu’yo  cornomuso 
Que  tant  qu’es  ses  bent  es  sen  soun  ì 
Lou  pouéto  que  de  bin  nou  s’unto 
Es  coumo  béro  pincho  ses  punto, 

Per  hé  ’pigramo  ni  cansoun. 

Apoulloun  baillo  sas  mesuros 
Bét  souen  rebouchéros  ô  duros 
Coum  bét  gourrioula  de  porcs  : 

Au  loc  que  Bachus  las  a  justos, 


Qu’est  Apollon  et  qu’est  la  muse 
Sans  mon  Bacchus,  une  cornemuse 
Qui  sans  vent  est  privóe  de  son? 

Le  poète  qui  ne  se  frotte  pas  de  vin 
Est  coinine  une  pince  sans  pointe 
Pour  faire  des  épigrammes  et  chansons 

Apollon  donne  ses  mesures 
Bien  souvent  ingrates  et  dures 
Comme  des  grognements  de  porcs  : 

Au  lieu  que  Bacchus  les  a  justes, 


(1)  Le  pcga ,  ancienne  mesure  de  vin  usitée  dans  le  Midi. 


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-  207  - 


K  ta  douços,  que  més  y  tustos, 

Més  t’en  agradon  lous  accords . 

Quim  dira,  quan  de  m’  hé  hé  bersis 
Entre  tant  de  subjéts  dibérsis 
Lou  més  pouchant  es  lou  binat  : 

É  quim  dira  qu’aquo  ’s  la  tino, 

Nou  muso  gréquo  ni  letino, 

Aquet  aura  plan  debinat. 

Jou  n’é  qu’un  chay  per  moun  estudi, 
Oun  d’autes  libes  nou  bouludi 
Que  barriquos  é  que  pipôts 
Per  escritôri  jou  é  la  pinto . 

Sabéts  se  y  é  de  bouno  tinto  ? 

Cértos  bou  ’n  lequarets  lous  pots . . . 


Et  si  douces,  que  plus  tu  les  frappe, 
Plus  tu  en  apprécies  les  accords. 

Qui  me  dira  que  pour  que  je  fasse  des  vers 
Entre  tant  de  sujets  différents 
Le  plus  puissant  est  le  vin  : 

Qui  me  dira  que  c’cst  le  foudre 
Et  non  pas  la  muse  grecque  ou  latine, 
Celui-là  aura  bien  deviné. 

Je  n’ai  qu’un  chai  pour  bibliothèque 
Où  je  ne  feuillette  d’autres  livres 
Que  des  barriques  et  bariis 
Pour  écritoire  j’ai  la  pinte. 

Savez-vous  qu’ii  y  en  a  de  belle  teinte? 
Certes  vous  vousenlécheriez  leslèvres. . . 


11  ne  se  montre  pas  égoïste,  et  loin  de  se  réserver  exciusivement  les 
faveurs  de  son  dieu  il  cherche  à  les  étendre  à  tout  le  monde. 

Ayant  appris  que  M.  Sensoué  était  malade,  et  que  le  médecin  lui  avait 
interdit  i’usage  du  vin,  il  s'empresse  de  lui  envoyer  unerecette  à  son  usage 
dont  ii  s’est  bien  trouvé  : 


Qu’eri  maiau  denquio  mouri, 

Que  nou  troubé  per  me  gouari, 

Ni  nou  trobi  re  quem’  gouarisco 
Que  lou  bin  :  Diou  lou  benasisco. 

Lou  medecin  m’eou  dehené, 

É  tout  jamais  et  entené 

Que  jou  beougoussi  l’aygo  blousso, 

Ou  tisano  fadasso  é  douço . 

Més  cértos  aquet  mandoment 
Mé  tengué  trop  en  languiment, 

Car  oum  mès  d’aygo  jou  chucaoui, 
Mès,  praube,  jou  languinejaoui. 

A  la  fìn  dounc  jou’  m’  despité, 

É  tout  d’un  cop  m’arreboultó 
Countro  aquér’  oudounancio  aygouso, 
K  m’en  hi  medich  uo  binouso. 

Jou  beougu  bin  d’aqui  ’n  daouant, 

É  íoum  un  peych  bengu  benant. 
Sabets  se  y  bouti  aygo?  gouto. 

Si  m’en  porton,  la  giti  touto. 

Or  puch  qu’atau  lou  bin  gouarich, 
Moussur,  haséts  atau  medich 
Lous  Medecis  et  pouticayres 
Soun  aquets  maychants  presicayres 


J’étais  malade  à  mourir, 

Et  je  ne  trouvai  pour  me  guérir. 

Et  je  ne  trouve  rien  qui  me  giv'risse 
Que  le  vin  :  Dieu  le  bénisse. 

Le  médecin  me  le  dèfendait 
Et  il  entendait  que  jamais 
Je  ne  boirai  que  dc  l’enu  pure 
Ou  de  la  tisane  fade  et  douce. 

Mais  certes  cette  ordonriance 
Me  tenait  trop  en  état  de  faiblesse, 

Car  plus  je  buvais  d’eau, 

Plus,  pauvre,  je  m’épuisais. 

A  la  fìn  donc  je  me  dépitai 
Et  tout  d’un  coup  me  rèvoltai 
Contre  cette  ordonnance  aqueuse 
Et  je  m’en  préparai  uneavec  du  vin. 
J’en  bus,  et  à  partir  de  ce  moment  (tant. 
Comme  un  poisson  je  redevins  bien  por- 
Savez  vous  sij’y  metsde  l’eau?  pointdu 
Si  on  m’en  apporte  je  la  jette  touíe.  (tout. 
Or  puisque  le  vin  guérit  si  bien, 
Monsieur,  faites-en  de  mème. 

Les  Médecins  et  pharmaciens 
Sont  ces  mauvais  prédicateurs 


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—  208  - 


Desquaus  noste  Seigne  disc  Desquels  notre  Seigneur  disait 

Que  saboun  dise  é  nou  pas  hé. . .  Qu’ils  savent  conseiller  et  ne  pas  faire 

(eux-mêmes. . . 

II  mèlera  mème  le  profane  avec  la  lithurgie  quand  il  dit  au  duc  d’Epernon  : 


Quétscountentéts,sits  plats,  Mousseigne, 
Que  cado  dio  que  ou  lusich 
Et  sacrifìquo  à  Noste  Seigne 
Tant  per  bous  que  per  et  medich. 

Siats  countent  que  soun  exercici 
N’es  que  lou  serbichi  deouin, 

La  santo  messo  soun  auhci, 

K  puch  beoué,  més  qu’ajo  bin. 

Cado  maytin  cantara  messo  : 

E  cado  cop  qu’ajo  cantat, 

Noble  Duc,  et  lx>us  hc  proumesso 
De  beoue  à  bosto  santat... 


(Contentez-vous,  s’il  vousplait,  Monsei- 
Que  chaque  jour  qui  1  eclairo  (gneur, 
Et  sacride  à  Notre  Seigneur 
Aussi  bien  pour  vous  que  pour  lui-même. 

Soyez  assurè  que  son  exercice 
N’est  que  le  service  divin, 

La  sainte  messe  son  office 

Et  puis  boire,  pourve  qu’il  aitdu  vin. 

11  chantcra  la  messe  chaque  matin  : 

Et  chaquc  fois  qu’il  aura  chanté, 

Noble  Duc,  il  vous  fait  la  promesse 
De  boire  à  votre  santé .  . 


II  ne  terminera  les  odes,  les  souhaits  de  bonne  année  qu'il  adresse  à 
M.  d’ Ai/gues-Mortes ,  au  baron  de  Laïlle ,  à  M.  de  Larlat,  et  à  M.  le 
duc  d’ Epernon,  saus  accorder  un  pieux  souvenir  à  la  purée  septembrale 
qui  lui  tient  tant  au  coeur. 

Une  fois  lancé  sur  cette  voie  il  composera  des  chansons  bachiques,  des 
Noèls  mème,  avec  une  verve  et  un  entrain  tout  gaulois. 

Le  tournesol  n’est  pas  la  seule  plante  qui  dirige  son  calice  vers  le  soleil; 
tous  les  arbustes  penchent  leurs  tiges  vers  Tastre  qui  répand  la  chaleur  et 
la  lumière.  Le  bon  vicaire  subit  à  son  tour  l’influence  des  lois  physiques 
de  l’attraction,  mais  pour  lui  le  roi  des  aslres  réside  à  Toulouse.  Goudelin , 
à  cette  époque,  à  l'apogée  de  sa  gloire,  était  le  chef  de  cette  libre  association 
des  faciles  esprits  sachant  si  bien  reprendre  le  lendemain  de  leurs  fôtes  au 
cabaret  leur  dignité  quelque  peu  compromise  la  veille  à  la  iin  d’un  repas. 
Dastros  désira  le  connaître  et  lui  dcmander  d’ètre  reçu  parmi  ses  disciples. 
II  lui  adressa  à  cette  occasion  une  ode  charmante  le  proclamant  Maître  du 
Parnasse  Moundi ,  et  qu’il  terminait  ainsi  : 


Aro  be  jutjos  qui  jou  soun, 

Aro  be  ’ntenes  à  moun  soun 

Que  nou  sounpasbrico  beou-Taygo, 

Noum’  arrefuses  pas  aco 

Que  quand  ma  Muso  es  embriaygo 

Ma  Muso  hé  tout  so  que  bo. 

Rasum  potutn  yo  pleyo  tasso  (1) 

Es  moun  benerable  Parnasso 


Maintenant  tu  comprends  qui  je  suis, 
Maintenant  tu  entends  à  mon  son 
Que  je  ne  suis  pas  du  tout  un  buveur 
Ne  me  refusespas  cela  [d’eau, 

Que  quand  ma  Muse  est  enivrée 
Ma  Muse  fait  ce  qu’elle  veut. 

Rasum  potuni ,  une  tasse  pleine 
Est  mon  vénérable  Parnasse 


(1)  Mesure  des  liquides,  uu  demi-litre. 


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—  209  — 


Sés  (Tarren  raés  ra’empetega, 

É  boli  hê  tanto  de  naso 
Tant  qu'ajo  la  hount  deou  pega, 

A  ia  hount  pégo  deou  Pegaso 

Per  moun  Apoiloun  acos  tu, 

Que  si  tum’  counegues  trop  du 
Coum'  ag  soun,  ò  si  tu  m’arrefusos 
En  qualitat  de  toun  factou, 

Bouillats  ou  nou,  tu  ò  tas  Musos, 

Be  soun  aumens  toun  serbidou. 

Le  chanlre  de  Liris  lui  répondit  : 

Yeu  n’é  pas  peno  de  bous  creire 
Le  bayle  de  nostre  mestié, 

Et  que  nou  tirats  pas  coustie 
Quand  cal  douna  dedins  le  beire. 

Més  be  budats  milhou  la  tasso 
Quand  ben  pleno  del  grifoulet 
Qu’un  cop  de  pò  de  chibalet 
Féc  doutza  sur  le  mount  Parnasso. 


Sans  m'embarrasser  d'autro  chosé 
Je  veux  faire  un  pied  de  nez 
Tant  que  j’aurai  la  fontainede  lamesure 
A  la  sotte  fontaine  de  Pègase.  fde  vin 

Mon  A)X)llon  c*est  bien  toi, 

Si  tu  me  reconnais  trop  obstiné 
Comme  je  suis  et  si.  tu  me  refuses 
En  qualitò  d’appronti, 

Que  tu  veuilles  ou  non,  toi  ettesMuses, 
Je  n’en  suis  pas  moins  ton  scrviteur. 


Je  n’ai  pas  de  peine  à  vous  croire 
Le  juge  de  notro  métier, 

Et  que  vous  ne  reculez  pas 
Lorsqu’il  faut  lever  votre  verre. 

Mais  vous  videz  mieux  votre  tasse 
Quand  elle  est  pleine  de  bon  vin 
Qu’un  coup  de  picd  de  cheval 
Fait  jaillir  l’inspiration  sur  le  Parnasse. 


II  rend  hommage  à  ses  états  deservice,  lui  déclarant  qu’il  méritait  à  son 
lour  l’honneur  de  la  Muse  gasconne  et  celui  d’òtre  re<;u  dans  la  joyeuse 
Académie. 

Le  poète,  enchaìnéau  char  des  Muses  profanes,  entreprend  des  badinages 
poétiques  jusqu’à  raconter  Las  noços  cVun  caperan  é  ritou  naouet ,  badinago 
êrotique  d’Ovide,  boutade  humoristique  des  plus  franchement  gauloise. 

II  quilte  YHélicon  pour  proccder  à  la  ccrémonie  du  nouveau  curé  de 
Saint-Clar,  mais  quel  est  son  étonnement  de  voir  le  marié  sans  sa  fiancée  : 


Jou  ò  demandat  entran  aciou 
S’es  aquero  qu'a  l’ouéil  ta  bîou^ 

()u  b’aquero  plan  empernàdo, 

Ou  aquero  qu’a  lou  couhet  (1), 
Carot,  ça  m’a  dit  caucoumet  : 

Cérto,  nimpho,  noun  y  a  pas  nàdo. 


J’ai  demandé  cn  entrant  ici 
Si  c’est  celle  qui  a  l’oeil  si  vif, 

(>u  cclle  qui  est  si  bien  coiítòe, 

Ou  bien  ccllo  qui  a  la  coiffure, 
Tais-toi,  me  dit  quelqu’un  : 

Certes,  il  n’y  a  aucunc  nymphe. . . 


II  continue  en  poussant  une  pointe  de  sensualitc  : 

Jou  sabi  be  qu'en  boulerets  Je  sais  bien  que  vous  en  voudriez 

Uo,  é  quo  la  courtijarets  Unc,  et  <pie  vous  la  courtiseriez 

Coum  un  saruqueret  (2;  que  bàro,  Comme  uu  oiseau  qui  guette  sa  proie, 


(1)  Espèce  de  baynolète  que  les  femmes  placent  sur  leur  coitTe  pour  se  garantir  de 
la  pluie. 

(2)  Oiseau  qui  prend  les  rats. 


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—  210  — 


Aquo  's  un  coumun  apétit  C'est  bien  là  une  convoitise  ordinairO, 

Més  bo  cau  tasta  dab  lou  digt  Maisil  faut  vouscontenterdegoùter  avec 

Si  boun  poudêts  payra  per  aro.  Si  vous  pouvez  vousen  passer  [le  doigt, 

[pour  le  moment. 

Dieu  ne  conseut  au  mariage  du  prêtre  quavec  son  Eglisc  : 

Que  y  haran?  Diou  que  n’ac  bo  pas  :  Qu'y  ferons-nous  à  cela?  Dieu  le  défend, 
E  que  bo  que  lous  caperas  Et  veut  q*'e  les  prètres 

Se  countenten  de  sous  berbiàris. . .  Se  contentent  de  leurs  bréviaires. . . 


II  compare  le  Brcviaire  à  la  femme,  la  seulcqui  puisse  vivreavec  lecuré, 
et  il  lui  trouve  bien  des  mérites  : 


Tabe  nado  crento  nouts  cau 
Que’  ou  berbiàri  bous  hasso  mau, 
Nat  escarni,  ni  nad’  escorno, 

Ni  quets  boute  dcguens  lou  cap 
La  tempésto  que  trop  un  sab, 

Ni  quets  y  plante  nado  corno. 

Lou  praube  berbiâri  nou  inord, 

Ni  nou  rûo  que  couin  un  mort, 

Ni  n’arreguinno,  ni  nou  penno, 
Baysats  lou  haut,  baysats  lou  bas, 
Jaraês  et  nou  mourdera  pas, 
s'arc  be  bclcou  la  henno. 


Aussi  ne  faut-il  avoir  nulle  crainte 
Que  le  bréviaire  leur  fasse  du  mal, 
Nulle  moquerie,  ni  blessnre, 

Ni  qu’il  vous  mette  dans  la  tcte 
Le  désordre  que  Eon  connait  trop  bien, 
Ni  qu’il  vous  y  plante  quelque  corne. 

Le  pauvre  bréviaire  ne  mord 
Ni  ne  rue  que  comme  un  mort,  (prend, 
11  ne  donnepasdecoups  de  pieds,  ni  ne 
Embrassez  le,  en  haut  et  en  bas, 

Jamais  il  ne  vous  mordra,  (femme. 
II  n’en  serait  peut-ètre  pas  ainsi  de  la 


Haséts  coucha  touto  la  nùyt 
Boste  Ijerbiàri  dins  lou  liéyt, 
Croux  de  paillo,  si  mot  et  bâdo, 
Quan  degun  no’  ou  fuillelera, 
E  la  henno  s’aoujera 
Si  n’cs  un  pauquet  caressado. 


Faites  eouelier  toute  Ja  nuit 
Votre  bré\  iaire  dans  le  lit, 

Croix  de  puille,  s’il  dit  un  mot 
Lors  méme  que  personne  nelefeuilletera 
Au  eontraire  la  femme  s’ennuiera 
Si  elle  n’est  un  peu  caressée. 


Bous  nou  courrets  pas  lou  perii 
D’aoue  nado  hillo,  ni  hil, 

Aumens  qu’a  bostes  despens  bisquo, 
Si  lou  cas  es  qu'en  ajats  nat, 

Ou  de  tourut,  ou  de  panat 


Vous  ne  courez  pas  le  danger 

D’avoir  ni  iilles  ni  íìls 

Qui  vive  au  moins  à  vos  dépens, 

Si  le  cas  est  quo  vous  en  ayez  un 
D’oecíision  ou  bien  volé  (risse. 


Cauqu’unmêscauque  bo’ou  nouyrisquo.il  faut  que  quelqu'un  plus  vous  le  nour- 


11  poussera  la  licence  et  les  écarts  de  la  foiie  du  logis  jusqu'à  parlerdes 
proeminences  frontales  qu’un  curé  doit  se  garder  dc  placer  sur  la  tète  de  ses 
ouailles,  hardiesse  plus  digne  tYHorace  et  de  Ccitnlle  que  de  Saint- 
Auf/ustin  : 


Diou  bous  a  dat  lous  habitans 
D’aqueste  loc  per  parrouquians 
Au  nom  é  qualitat  d’aouèillos. 


Dieu  vous  a  donnè  lcs  habitants 
De  ee  lieu  pour  paroissiens 
Ayant  nom  et  qualité  de  brebis. 


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—  211  — 


Boun  pastou,  gouardats  que  bous, 
NoJ  ous  liasats  pas  bengue  moutous 
Dab  cornos  dessus  las  aurèillos. 

Més,  Moussur,  perque  direts-bous 
Qu'et  nou  bo  pas  que  sion  moutous? 

Misteri  qu'es,  nou  pas  coustumo. 
Nostc  Seigne  nou  bo  que  pax, 

Or  si  'ts  aouén  cornos  aus  caps, 

Ets  haren  toutjour  à  ia  tumo  .. 


Bon  pasteur,  gavdez-vous 
De  les  faire  devenir  moutons 
Avec  des  cornes  sur  les  oreilles. 

Mais,  Monsieur,  pourquoi  medemandez- 
Ne  veut-il  pas  que  nous  sovons  (vous, 
(des  moutons? 

C'est  un  mystère  et  non  une  coutume. 
Notre  Seigneur  ne  dèsire  que  la  paix, 

Et  s’ils  avaient  des  cornes  sur  la  tète 
Ils  se  frapperaient  toujours avec  la  tète.  . 


Et  notre  poèle  contimie  sa  plaisanterie  toute  Jîabelaísienne ,  r éritable 
esbaudissernent  de  r/auloiserie  joviale.  Pénctré  de  son  sujet,  il  se  eomplait 
à  le  dèvelopper  et.  va  droit  devant  lui,  avec  sa  franehise  liabituelle,  sans 
souci  de  la  critique.  Sous  la  protcction  de  réternel  princi|)e  méridional, 
«  j'ai  ri ,  me  voilù  désarmé ,  »  Dastros  n’enveloppe  pas  sa  pensée  du  rire 
désopillant  du  Curé  de  Meudon ,  mais  il  lui  donne  rassaisonnemenl  d’un 
sourire  agréable  et  d'une  attrayante  bonhomie. 

Le  duc  d’Epernon  (  Jean-Louis),  privé  de  ses  dignilés  en  1641,  élait  allé 
finir  ses  jotirs  à  Loches  oìi  il  mourut  le  13  janvier  de  la  mème  année  à 
l’áge  de  quatre-vingt-huit  ans.  Son  fds,  Bernard  de  Foix  et  de  La  Valette^ 
avait  obtenu,  dès  l'année  1034,  la  survivance  de  son  père,  mais  il  ne  prit 
possession  de  sa  charge  qu'en  1044  (1).  Lebon  vicaire  nous  i’apprend  lui- 
mòme  quand  il  dit  au  nouveau  duc  : 


Boste  pay,  de  qui  la  memorio 
Per  tout  lou  moun  arretrounich, 
Nous  a  taillat  prou  gran'  istorio 
Ses  counda  la  de  bous  medich. 

Boste  Pay,  més  quedic-jou,  boste? 
Cau  doubla  Jou  mot  é  la  boux, 

Cau  dise  :  lou  boste  é  lou  noste, 

É  cau  dise  :  lou  Pay  de  touts. 

Més  joum'  doun  un  cop  de  lanceto 
Quan  jou  noumenti  boste  Pay, 
Despuch  Jean-Louis  de  la  Baleto 
Au  moun  jou  nou  m’é  bist  nat  gav. 


Votre  Père,  dont  la  mémoire 
Qui  resplandit  dans  tout  le  pays, 

Nous  a  procurô  une  assez  bclle  histoire 
Sans  compter  celle  qui  vousappartient. 

Votre  Père,  mais  que  dis-je,  votre? 

11  faut  doubler  le  mot  et  la  voix, 

Et  dire  :  le  votre  et  le  notre, 

En  disant  :  le  Pèrede  tous. 

Mais  je  me  donne  un  coup  de  lancettc 
Quand  je  nomme  votre  Père. 

Depuis  Jean-Louis  de  la  Vatette 
Je  ne  me  suis  vu  nul  plaisircn  ce  monde. 


(1)  Sa  conduite  comme  gouverneur  de  la  Guienne  fut  en  tous  points  conforme  au 
niodèle  que  luioffrait  en  ce  genre  sa  fainille.  Dévouè  au  cardinal  dc  Mazariu.  il  soutint 
chaudement,  contrele  Parlèmentde  Bordeaux,  le  parti  de  ce  ministre  dont  il  partagea 
Ja  disgrâce.  8’étant  vu  contraint,  lorsque  son  protectcur  (  herclia  uu  refuge  <ìans  la 
ville  de  Uège.  de  cèder  son  gouvernement  au  prince  de  Condè  et  de  se  retirer  à 
Loches,  il  mourut  insolvable.  en  1660,  aussi  peu  regretté  des  Bordelais  que  l’avait  ètó 
son  père. 


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—  212  — 


Aros  ccrlo,  grand  Duc,  b’acabi, 
Lou  regret  me  sarro  lou  cò, 

Jou  nou  po  li,  ni  jou  nous  sabi 
Parln,  quau  me  brembi  d’aquo... 


Maintenant  certes,  grand  Duc,  j’achève, 
Le  regret  me  serre  le  cocur, 

Je  ne  peux,  ni  ne  sais 

Parler,  quand  jemesouviensdetoutcela. 


C  est  donc  a  lui  que  Géraud  adressera  dorenavant  ses  odes  et  ses  compli- 
ments;  c’est  lui  qui  lui  continuera  une  protection  bienveiilante  et  eííicace. 
Le  poète  reconnaissant  proclame  ses  vertus  et  son  grand  cteur  : 


Aro  lou  moustre  de  l’ambejo 
Debat  bostes  pés  abatut, 

Hé  que  lou  mès  abugle  bèjo 
S’ets  gran  de  cô  é  de  bertut 

Més  s’ets  courtés  é  s’ets  aimable 
Grand  Duc,  lou  quits  auch  équets  bey 
Cau  que  sio  piri  que  diable 
Si  n'ac  abouo,  é  si  n’ac  crey... 


Maintenant  le  monstre  de  l’envie. 
Abattu  sous  vos  picds, 

Fait  que  le  plus  aveuglo  s’aperçoit 
Si  vous  êtes  grand  de  coeur  et  de  vertu. 

Mais  si  vous  ètes  courtois  et  aimable, 
,Grand  Duc,celuiqui  vous  entendet  vous 
II  faut  qu'il  soit  pire  que  lediable  (voit, 
S’il  ne  l’avoue  et  ne  lecroit... 


Nous  avons  dit  que  Daslros  cessa  de  signer  les  registres  de  la  paroisse 
de  Saint-Clar  en  avril  1647.  A  cette  date,  son  nom  et  celui  dc  Darquier, 
vicaire  et  poète  comrae  lui,  sont  remplacés  par  deux  noms  nouveaux. 

Nous  savons  de  source  certaine  â  quelle  circonstance  011  doit  attribucr 
cette  disparition.  Deux  pièces  sur  parchemin  qui  exisient  et  signées 
par  róvôque  de  Lectoure,  frappent  les  deux  vicaires  d’une  peine  disci- 
plinaire,  car  lous  lcs  deux  sont  róvoquós  du  îitre  de  chapelains  pour 
cause  d'indignité.  Le  Prclat  avait  dù  ex^rcer  cclte  sévêrité  en  expiation, 
sans  doute,  des  peintures  par  trop  profanes  ccbappces  à  la  plume  des  deux 
vicaires.  Quoiqu’il  en  soit,  nous  savons  que  son  collcgue  Darquier  reprit 
possession  de  son  poste  en  1048  aprcs  un  an  de  suspcnsion. 

Géraud  íait  allusion  m  la  disgràce  qui  vient  de  le  frapper  quand  il 
écrit  au  duc  d’Epernon  : 


Sa  disgraço,  sa  malo  suno, 
Segoun  lou  report  que  jou  héou, 
Nouts  sir’  estado  qu’empourtuno 
E  jou  qu’ets  agrade  béleou... 


Sa  disgràce,  sa  triste  Pigure, 

Selon  Je  rapport  que  je  vous  fais, 
N’eutété  pour  vous  qu'importune, 
Mais  peut-òtre  cola  vous  plaît-il... 


Frappé  de  cctte  grande  infortune,  le  duc  le  console  el  i  engage  à  venir 
près  de  lui,  à  son  ehàteau  de  Caamont;  le  poctc  s  excuse  par  lottre  : 


Paperet,  ben  au  loc  de  jou 
Per  saluda,  ses  arre  creigne, 

Dab  tout  respèt  è  tout  aunou, 

Aquet  gran  Duc,  aquet  Mousseigne. 


Petit  papier,  va  à  ma  place 
Saluer,  sans  rien  craindre, 

Avec  tout  le  respect  et  lionneur  que  jc 
Ce grand  Duc,  ce  Monseigneur.  (lui  dois> 


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213  — 


Hé  dab  ounesto  libertat 
Moun  excuso  certo  plan  bouno, 
Édigos  ly  plan  la  bertat, 

Perque  jou  nou  y  bau  en  persouno. 


Expose  lui,  cn  toute  bonnète  liberté, 
Mon  excuse  certes  excellente, 

Et  dis-lui  bien  la  vérité, 

Pourquoi  je  n’y  vais  pas  en  personne, 


A  une  autre  époque,  il  invoquait  sa  pauvreté,  riiumilité  de  sa  modeste 
personne,  la  pénurie  de  son  costume,  il  oppose  maintenant  la  vieillesse 


comme  cause  d’empêchement : 

Que  si  jou  soun  estat  pourin, 

Jou  soun  aro  bengut  ta  rosso, 
Qu’ana  nou  podi  per  camin 
Acaouat,  à  pé,  ni  ’n  carrosso... 


Si  j’ai  été  poulain, 

Je  suis  maintenant  devenu  si  rosse, 

Que  je  ne  puis  plus  alìer  par  lescliemins 
A  cheval,  à  pied,  ni  même  en  carrosse... 


Dastros,  d’un  commerce  si  agréable  et  si  sùr,  n'oubliera  pas  ses  amis 
íidèles;  quoique  bien  malheureux  il  continuera  à  leur  envoyer  le  jour  de 
l’an  ses  souhaits  de  bonheur,  habitude  invétórée  de  l’usage  et  de  la  recon- 
naissance  qu’il  a  pratiquée  durant  trente  ans  envers  ies  petits  comme  les 
grands. 

Mais  l’âtre  est  sans  feu,  la  bise  glacée  envahit  sa  ohambre  et  engourdit 
ses  membres  : 


Jou  é  ma  muso  touto  estarido, 

Jou  ó  ma  bêo  touto  estourrido, 

Jou  é  moun  cerbct  embadouguit, 
Assecarat  jou  ê  rescritòri 
Coum’  bér’  amno  d’esprecatòri, 

É  moun  papé  chop  coum  un  guit 

Coumo  bét  tail  de  biéill’  eychado 
Jou  é  ma  plumo  tout’  amourchado, 
Ma  man  empeguido  de  fret, 

Mous  membres  an  tau  malananço, 
Qu’aquò  n’es  pas  en  ma  pouchanço 
De  beoue  un  cop  dab  lou  bras  dret  .. 


J’ai  ma  Muse  épuisèe, 

J’ai  mes  veines  transies, 

Et  le  cerveau  étourdi, 

Mon  écritoire  est  dessécliò 
Comme  une  âme  du  purgatoire, 

Et  monpapier  humidecommeuncanard. 

Comme  un  tranchant  de  vieille  houe 
J’ai  ma  plume  toute  ébréchée, 

Ma  main  engourdie  par  le  froid, 

Mes  membres,  en  si  mauvais  ètat, 

Qu’iL  n’est  mème  plus  en  mon  pouvoir 
De  boire  un  coupavec  lc  bras  droit... 


Et  malgré  tout,  il  conserve  sa  bonne  humeur,  il  tâche  de  faire  bonne 
contenance  en  public,  conservant  en  lui'mème  les  angoisses  et  les  tour- 
ments  qui  rassaillenl  et  le  vieillissent  avant  l’heure  A  travers  le  mMsquc 
souriant  du  visage,  on  aperçoit  les  ravages  occasionncs  par  les  tortures 
morales  et  physiques. 

Rien  n’arrete  son  labeur  de  poète,  mais  sa  táche  devicnt  plus  difíicile. 
Lui  le  brillant  improvisateur  d’antau;  l’enfantgàté  des  Muses,  déclare  son 
impuissance,  l’inspiration  est  rebelle : 

Brac  surtout  à  hé  pouesio,  Impropre  surtout  à  faire  des  vers, 

Aumenscoum  é  bist  que  hasio  Au  moins  comme  j’ai  vu  que  les  faisais 


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—  214  — 


Quan  éri  drillant  é  gourrin, 

Més  nou  soun  pas  encouó  en  la  liosso. 
Jamés  boun  pourin  nou  houc  rosso, 
Ni  jamés  rosso  boun  pourin. 


Quand  j’étais  bon  vivant  et  coureur. 
Mais  je  ne  suis  pas  encore  dans  la  fosse. 
Jamais  bon  poulain  ne  fut  rosse, 

Et  jamais  rosse  bon  poulain. 


II  n’abdique  pas  cependant,  mais  il  se  préoccupe  de  savoir  si  cette  fai- 
blesse,  due  aux  eífets  des  ans,  n’atténuera  pas  lestime  que  ses  amis  ont 
pour  lui  : 


Per  esta  dounc  biéii  arrimayre, 

E  qu’arrima  nou  pousco  gouayre, 
Nou  cau  pas  meinch  rn’en  estima. 
La  biéillou  me  tenc  sur  la  cene, 

Me  hé  ’sta  mès,  é  més  m'estene 
Prés  deou  houec,  per  més  arrima... 


Pour  n’être  plus  qu'un  vieux  rimeur, 

Et  que  je  ne  puisse  plus  guère  rimer, 

II  ne  faut  pas  moins  m’estimer. 

La  faiblesse  me  tient  sur  la  cendre 
Et  m’oblige  à  me  rapprocher  de  plus  en 
Près  du  feu  pour  mieux  rimer...  (plus 


Solliciteur  et  quémandeur  infatigable,  il  enverra  ses  vers  en  étrennes, 
oíi  seront  exposées  les  misères  qui  Fassaillent  de  tous  côtés.  Derrière  le 
prètre,  le  philosophe,  il  nous  raontre  Fhomme,  qui  n’est  pas  insensibleaux 
rigueurs  de  la  mauvaise  fortune. 


Cap  d’an,  é  cap  de  més,  é  mes  cap  de  semmano, 

M’a  talomont,  Moussur,  prés  au  desperbesit, 

Qu’en  bat  lou  miéy  dou  tour,  lou  caytiouê  m’escano, 

Jou  soun  tout  arrucat,  jou  soun  tout  encheprit. 

Chaque  lin  d’année,  de  mois,  et  inéme  de  semaine, 

M’a  tellement,  Monsieur,  pris  au  dépourvu 
La  misêre  m'étreint,  ine  gagnaut  tout  eutier, 

Je  suis  tout  pelotonné,  je  suis  tout  perclus. 

Mais  ce  cri  de  détresse  n’est  pas  inléressó ;  il  met  tout  sur  le  compte  du 
respect  dù  aux  usages,  aux  habitudes  quhl  a  contractées : 

Jou  nou  dic  pas  aco  per  bous  demanda  bioures, 

Ni  pan,  ni  bin,  ni  car,  per  m’unta  lou  gaiit, 

Ni  lx>y,  ni  bestimens  per  arbaja  lous  gioùres, 

Qu’cncoué  jou  bé  de  tout  pcr  huji  lou  traiit... 

Jc  no  dis  pas  cela  pour  vous  demander  des  aliments, 

Ni  pain,  ni  vin,  ni  viande,  pour  m’humccter  le  gosier, 

Ni  bois.  ni  vêtements  pour  m'abriter  <les  givres. 

Hien  <iu’encorc  je  fasse  tout  pour  fuir  le  mauvais  sort... 

Dans  cet  élat  cFesprit  il  se  reeueille  etretrouve  sa  íacilité  des  beaux 
jours  ;  sa  penscc  dêploie  ses  ailes  pour  prendre  sou  essor  dans  les  hautes 
sphères  de  Féternité  et  il  parle  de  ses  cheveux  blancs  avec  une  douce  phi- 
losophie  dans  sa  dernière  étrenne  (1647),  Lou  Cantdeou  Cigne,  (Le  chant 
du  Cygne)  son  adieu  à  la  vie,  qu'il  adresse  au  noble  duc. 


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—  215  - 


Sa  Muse  joyeuse  se  lait,  le  poète,  met  une  corde  à  sa  lyre.  L'heure  de 
sonder  le  grand  mystère  est  arrivée,  son  àme  est  toute  entière  envahie  ct 
comme  obsédée  de  cette  unique  souci.  II  réfléchit,  il  raédite  : 


Sic  abì  fata  cocant.  etc. . . 

Atau  pré.s  de  sa  fin,  tout  blanc,  canto  lou  cigne, 

K  deou  Mcandre  dous  hò  retrouni  lou  bord, 

Més  soun  cant  meloudious  cs  Tassegurat  signe 
Qu’et  es  à  Touro  de  sa  mort 

Atau  canti  jou,  biéil  é  blanc  coumo  lou  cigne, 

K  de  la  gayo  Arrats  héou  retrouni  lou  bord. 

Més  daro  ’nla  moun  cant  es  l’assegurat  signe 
Que  jou  m’aprochi  de  la  mort  (1).  . 

Ainsi  près  de  sa  íìn,  tout  blanc,  chante  le  cvgne, 

Et  du  doux  Méandre  fait  retentir  les  bords. 

Mais  son  chant  mélodieux  est  le  signe  certain 
Qu’il  est  à  l’heurede  sa  mort. 

C’estainsi  que  je  chante,  vieux  etbianc  comme  le  cygae, 

Et  du  joveux  Arrats  fais  retentir  les  bords, 

Mais  dorénavant  mon  chant  est  le  signe  certain 
(J»ue  je  m’approche  de  la  mort. . . 

Apròs  avoir  renouvelé  au  duc  son  attachement  et  lui  avoir  souhaitc  ùne 

(1)  Le  chant  ducvgnc  chanteur,  désagréable  de  près,  est  assez  harmonieux  entendu 
de  loin  :  il  a  un  timbre  très  clair,  comiiie  celui  d’une  clochette  d’argent.  II  chante 
souvent  et,  méme  au  moment  demourlr,  ses  dernières  respirations  produisent  un  son; 
de  J;ï  la  iégende  du  cvgne  qui  ne  chante  qu’au  momcnt  de  mourir  Le  cri  ordiuaire 
est  líillldLi ;  son  cri  lè  plus  doux,  ang.  II  est  souvent  célébré  dans  les  chansons  popu- 
Jaíres  russes.  «  Je  suis  parvenu,  dit  Homcycr ,  à  cntendre  la  voix  du  cvgne  chanteur. 
Huitàdix  de  ces  oiseaux  se  trouvaient  sur  le  Orabow.  à  environ  une  centaine  de 
pas  du  bord  et  poussaicnt  des  sons  perçants  et  harmonieux.  On  ne  pouvait  v  recon- 
uaítre  de  mélodie;  ce  n’étaient  que  quelques  notes  traìnantes,  mais  comme  ’les  unes 
étaient  plus  élevées,  les  autres  plus  basscs,  les  intervalles  des  sons  se  faisaient  sentir 
et  le  tout  constituait  un  ensemble  assez  harmonieux.  Malgré  Ja  dislance  ces  notes 
arrivaient  distinctes  à  mon  oreille.  » 

Scliilling  est  plus  explicite  :  «  Le  cygne  chanteur  charme  l’amateur,  non  senlemcnt 
par  sabeaúté,  sa  gràce,  sa  prudence,  mais  encore  par  sa  voix  forte,  riche  en  notes 
pures  et  variées;  il  Ja  fait  entendre  à  toute  oceasion,  c’est  un  cri  d’appel,  d’avertisse- 
nient.  Quand  il  est  réuni  à  ses  semblablcs  il  semblecauser  avec  eux  ou  rivaliser  àqui 
chantera  le  mieux.  » 

«  Lorsque  par  les  grands  froids  la  mer  est  couverte  de  glace  dans  les  endroíts  non 
occupés  par  les  courants,  que  les  cygnes  ne  pcuvent  plus  se  rendre  Jà  oû  l’eau  peu 
profonde  leur  garJe  une  uourriture  abondante  et  facilement  accessible,  alors  on  voit 
ces  oiseaux  se  rnssembler  par  ccntaines  sur  les  points  oû  des  courants  maintieniient 
ia  mer  Jibre,  et  leurs  cris  mélancoliques  raconte  leur  triste  sort;  souvent  alors,  dans 
ies  Iongues  soirées  d'hiver  et  pendant  des  nuiis  entières.  j’ai  entendu  leurs  cris  plain- 
tifs  reteutir  à  phisieurs  lieues.  On  croit  enteudre,  tautòt  des  sons  de  clocJie.  tantót 
des  sons  d’instrumcnts  à  vent;  ces  notes  soni  mcine  plus  harmonieuses,  provenant 
d’étres  animés,  elles  frappent  nos  sens  bien  plus  que  des  sons  produits  par  un  métal 
iuerte.  L’est  bien  là  la  réalisation  de  Ja  fameuse  légende  du  chant  du  cvgue;  c’est,  en 
effet,  souvent  le  chant  de  mort  de  ces  superbes  oiseaux.  Dans  les  eaux  profondes,  oû 
ils  ont  dû  chercher  un  refuge,  ils  ne  trouvent  plus  de  nourriture  sufflsante;  affamés, 
épuisés,  ils  n’ont  plus  Ja  force  d’émigrer  vers  des  contrécs  plus  propices,  et  souvent 
on  les  trouve  sur  la  glace,  morts  ou  à  moitié  morts  de  faim  et  de  froid.  Jusqu’à  leur 
trépas  ils  poussent  Teurs  cris  méìancoliques.  •  —  (Henri  Coupiu,  Le  Chant  des 
Oiscaiuc.) 


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—  216  — 


ongue  existence  dans  l'intérèt  de  la  Gnienne  et  de  la  France,  il  donne  des 
conseils  à  tous  les  hommes  pour  se  préparer  à  la  mort : 

lí  pueli  que  deou  moument  que  l’amno  se  separo 
D’aqueste  cos  pesuc  de]>end  l’eternitat, 

N’es  pas-et  passohol  lou  qui  nou  se  preparo 
Per  trouba  la  fclieitat  ? 

Jou  héou  dounc  un  gran  ben  à  mous  amics  d’escrioue 
I.ou  mouyên  de  trouba  la  bito  dab  la  mort, 

10  de  quino  faycoun  la  mort  nous  hara  biouc, 

Que  n’es  sounquo  de  y  pensa  fort. 

Qui  sustenguera  dounc  que  lou  cant  de  moun  cigne 
En  estrèo  n’es  pas  digne  d’un  goubernur, 

Digne  d’un  Rey,  deou  Papo,  ê  de  tout  lou  moun  digne, 

Puch  qu’à  touts  causo  tau  bounur? 

Quan  lou  cigne  se  sent  de  la  Parquo  la  proyo, 

Soun  sang  lon  més  subtii  s ’amasso  autour  deou  cò, 

Que  per  un  pauc  de  tems  l’ac  y  plêo  de  joyo 
E  lou  hé  canta  coum  aquô. 

Atau  l’ume  de  ben,  qu’au  puut  de  la  mort  s’armo, 

E  counforto  souncò  deou  millou  de  soun  sang, 

Jou  ’nteni  persoun  sang  las  bertuts  de  soun  armo, 

Canto  coumo  lou  cigne  blanc. 

Kt  puis  que  du  monient  où  l’àme  se  sêpare 
De  ce  corps  pesant  en  face  de  réternitê, 

N’est-il  pas  fou  cclui  qui  ne  se  prépare 
A  trouver  la  íélicité. 

Je  fais  donc  un  grand  bien  à  mes  amis  d’écrire 
Le  moycn  de  cherclier  la  vie  avee  la  mort, 

Kt  de  quelle  façon  la  mort  nous  îera  vivre, 

('e  n’est  certes  qu’en  y  songeant  souvent. 

(v>ui  soutiendra  donc  <[ue  le  chant  de  mon  cvgne 
Kn  étrennes,  n’est  pas  digne  d’un  gouverneur, 

Digue  d’un  Koi,  du  Pape,  de  tout  le  monde  eníìii. 

Puisqu’à  tous  il  cause  un  tel  bonìieur? 

Quaud  le  cygne  se  sent  la  proie  de  la  Parque. 

Son  sang  le  plns  subtil  reflue  vers  son  cceur 
Qui  le  remplit  de  joic  pour  un  peu  de  temps 
Kt  le  faitchanter  de  cette  faeon. 

Ainsi  l’homme  dc  hien,  qui  s’arme  au  moment  de  ln  mort 
l-.t  rêconforte  son  camr  du  plus  pur  Ke  son  sang, 

J’entends  par  son  sang  les  vertus  de  son  àme, 

Chantc  coinme  le  cygne  hlanc. 


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—  217  — 


Atau  Tome  de  ben  cantara  coutn  un  cigne 
Quan  sento  que  lou  céou  lou  ba  tira  d’aciou, 

Més  que  jouvousoment  labets  et  se  resigne 
A  la  boulentat  deou  boun  Diou. 

Atau  l’ome  de  ben  cantara  coum  un  cignc 
En  tout  tems,  coumo  s’éro  à  l’ouro  de  la  mort, 

Per  gouarda  que  l’ihér  countro  d’et  n’arreguinne, 

E  per  se  rendé  lou  més  hort. 

Atau  l’omede  l>en  cantara  coum  un  cigne, 

Ousio  en  sa  maysoun,  ou  qu’ane  per  camin, 

Ou  que  beille,  ou  que  dromo,  ou  quc  soupe,  ou  que  dinne, 
Si  s’arrebrembo  de  sa  fìn. 

Atau  l’ome  de  ben  cantara  coum  un  cigne, 

Mòs  que  quan  et  se  sento  a  la  mort  coundamnat, 

Soun  armo  boulentés  à  l’anjou  et  eounsigne 
Que  ly  es  per  gouardian  ourdenat. 

Atau  l’ome  de  ben  cantara  coum  un  cigne, 

Coumo  cantéc  joyous,  lou  Saubado  deou  moun, 

Puch  que  daouant  sa  mort  et  cantéc  un  bct  himne, 

É  nous  héc  â  touts  la  leçoun. 

Atau  l’ome  de  ben  cantara  coum  un  cigne, 

Quan  daouant  soun  trespas  aura  gran  countritioun, 

Ainsi  rhomme  de  bien  chantera  comme  un  cygne 
Quand  íl  sent  que  le  ciel  va  le  tirer  de  là, 

II  faut  qu’alors  il  se  résigne  joyeusement 
A  la  volonté  du  bon  Dieu. 

Ainsi  l’homme  de  bien  chantera  connne  un  cygne 
Hri  tout  temps,  comme  s’il  était  à  l’heure  de  la  rnort, 

Pour  évitcr  que  l’enfer  contre  lui  ne  résiste 
Et  pour  se  rendre  le  plus  fort. 

Ainsi  l’homme  de  bien  chantera  corame  un  c-ygne, 

Qu’il  soit  dans  sa  nmison,  qu’il  aille  pur  les  chemins, 

Ou  qu’ii  veille,  ou  qu’il  dorme,  ou  qu’il  soupe,  ou  qu’il  dine, 

S’il  se  souvient  de  sa  mort. 

Ainsi  l’homme  de  bien  cliantcra  comme  uii  cvgne, 

Pourvu  quand  il  se  sentc  condamné  à  la  mort; 

11  consigne  \  olontiers  son  âme  à  l’ange 
Qui  lui  est  donné  pour  gardien. 

Ainsi  rhomme  de  bien  chantera  comme  un  cygne, 

Comme  chanta  joyeux  le  Sauveur  du  ìnoiule, 

Puisque  avant  sa  mort  il  chania  une  bclle  hynme 
Et  nous  tìt  à  tous  la  leeon. 

Ainsi  l’hoinme  de  bien  chantera  comme  un  eygne, 

Lorsqu’avant  son  trépas  i)  éprouvera  une  grande  contrition, 


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-  218 


Se  couhessera  pian,  esperan,  be  qu’endigne, 

De  sous  pecats  la  remission. 

Atau  cantaro-jou  daouant  ma  mort  ses  creigne, 

Aumens  se  Diou  me  presto  é  lou  cò  é  lou  scn. 

Per  gagna  paradis.  Desirats-oc,  Mousseigne, 

E  bous  nou  y  pcrderats  arren . 

Quan  jou  siré  pujat  dessus  aquero  sérro 

Oun  disoun  qu’on  nou  bîou  que  de  sucre  é  de  méou, 

Coum  bous  aurats  augut  un  serbidou  sur  térro, 

Bous  aurats  un  amic  au  céou. . . 

Se  confessera  ensuite,  espérnnt,  bien  cju‘indignc, 

Avoir  la  rémission  de  ses  péchés. 

Ainsi  je  chanterai  moi-méme  en  face  de  la  mort  sans  crainte, 

Au  moins  si  Dicu  me  prétc  le  cceur  et  la  raison, 

Pour  gagner  le  Paradis.  Désirez-lc,  Monseigneur. 

Et  vous  n’v  perdrez  rien. 

Quand  je  serai  monté  dans  cette  rcgion 

()û  Pon  dit  que  Pon  ne  vit  que  de  sucre  et  de  miel, 

Comme  vous  aurez  eu  un  serviteur  sur  terre 
Yous  aurez  un  ami  au  cicl. . . 

Dastros  sentait  si  bien  sa  tin  sapprooher,  (ju’il  terniinait  ce  chant  par  sa 
propre  êpitaphe,  ct,  nielant  ses  pensces  deternité  â  ses  aimables  joyeusetés 
d'autrefois,  il  disait : 

Si  ma  bito,  passant,  t’a  jamcs  hêyt  arrise, 

Nou  ploures  pas  ma  mort,  que  nat  subjét  nou  y  a, 

Jout  prégui  sulament  per  raoun  repaus  dc  dise 
Lou  Patcr  é  1  ’Ace  Maria. 

Si  ma  vie,  passant,  t’a  jamais  íait  rire, 

Ne  pleures  pas  ma  mort.  il  n’y  a  nul  molif, 

Je  te  prie  seulement  de  dire  j>our  mon  repos 
Lc  Pater  ct  YAvq  Maria. 

11  sïdeignait,  en  eífet,  doucement  à  Saint-Clar,  son  pays  natal,  où 
le  rcteuaient  de  constantes  amitiés,  le  9  avril  1648  (1). 

Apròs  la  lecture  de  ses  poésies,  on  doit  se  représentcr  notre  pocte, 
comnie  un  de  ces  Ecclêsiastiques  faisant  passe-temps  des  lettrcs  un  peu  à  la 
Gauloise,  quand  ils  losaient,  mais,  au  fond,  plein  de  respect  pour  les 
principes  honnèles  et  chrétiens,  imagc  de  leur  vie  moitié  sensuelle  et 
moitiê  dévote. 

Homme  de  son  siècle,  il  ne  s  effrave  pas  outre  mesure  des  danses,  des 

(1)  Lettrc  de  M.  Cabos,  ruaire  de  Saint-Clar,  à  M.  Bernadau,  homme  de  lettres  à 
Bordeaux.  ( Recue  de  Gascogne,  1895,  p.  455.) 


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chansons,  des  spectacles  p  ofanes,  pourvu  que  la  morale  n'ait  pas  trop  à 
s?en  plaindre,  et  que  ses  paroissiens  ne  dérobent  pasàces  distractions  le 
temps  qu’ils  doivent  consacrer  à  la  prière  et  aux  cérémonies  religieuses.  J1 
fait  marcher  de  front  la  joie  et  la  gravité. 

Notre  éminent  compatriote,  M.  Noulens ,  termine  son  salut  à  1  'Hésiode 
Gascon ,  extrait  de  ses  Méridionales ,  en  disant : 

Je  le  vois  s’enivrant  de  l’air  de  la  campagne, 

Grapillant  comme  un  merle  et  comme  lui  sifílant: 

Ce  doux  homme  noir  fut  le  raerle  de  la  Lomagne , 

Mais  le  merle  phénix,  appelé  merle  blanc. 

C'est,  en  effet,  le  poète  le  plus  reraarquable  qirait  produit  le  Gers,  et  il 
surpasse  ses  émules  par  lentrain,  la  vivacité,  Tabondance  de  son  inspira- 
tion.  De  plus,  son  dialccte  est  supcrieur  en  ressources  à  celui  qu’ils 
emploient  et  il  aura  sur  eux  un  autre  avantage,  c  est  une  aptitude  vrai- 
ment  remarquable  de  penser  en  patois  qu’ils  ne  sauraient  atteindre.  Avec 
autant  de  verve  que  Bedoui ,  il  a  infiniment  moins  sacrifié  au  mauvais 
goùt  Mazarin,  il  a  moins  de  correction  et  de  distinction  que  Baron ,  mais 
il  le  surpasse  par  Tentrain,  la  vivacité,  l’abondancc. 

II  est  plus  facile  de  le  rapprocher  du  barde  loulousain  Goudelin,  avec 
lequel  il  a  bien  des  points  de  ressemblance.  Comme  lui  il  possédera,  grâce, 
force,  harmonie,  qualités  auxquelles  viennent  se  joindre  les  nuances  de  ce 
stvle  enchanteur  qui,  du  ton  le  plus  calme  et  le  plus  sérieux,  s’élève  aux 
conceptions  les  plus  hardies.  Tandis  que  les  oeuvres  de  leurs  conlempo- 
rains  sont  à  peine  connues  de  quelques  lettrés,  ils  auront  l'un  et  l’autre  l’hon- 
neur  légitime  de  perpétuer  leur  célébrité  due  à  la  force  de  lcur  génie,  à  la 
verve  et  Toriginalité  de  leur  talent. 

II  n’est  pas  sans  intérèt  d’établir  les  points  de  ressemblance  qui  existent 
encore  entre  Dastros  et  Du  Barlas. 

Le  poème  d ela  Semaine  n’est  qu’unelonguesériede  descriptions  de  tout 
notre  univers,  et  les  deux  grands  poèmes  de  Dastros,  les  Saisons  et  les 
Eléments,  sont  aussi  des  peintures  de  la  nature.  Mais  ce  dernier  rcstc 
toujours  original,  même  quand  il  utilise  des  réminiseences. 

C’est  ainsi  qu’il  fait  l’éloge  de  Du  Bartas  et  de  sa  plume  à  propos  cles 
oiseaux  (t.  i,  p  116). 

II  imitera,  comme  nous  lavons  vu,  le  célèbre  passage  dc  ce  deinier  sur 
le  chant  de  l’alouette  (1)  :  La  lauzeto  per  lauza  Diou ,  qui  vaut  mieux  que 
le  modèle. 

(1)  LSl  gentille  alouette  avec  son  tire-lire 

Tirelire-relire  et  tirelirant  tire 


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Le  poème  des  Trois  Nymphes  qui  vont  recevoir  la  reine  Marguerile  et 
son  époux  Henri  à  leur  entrée  à  Nárac,  et  celui  des  Trois  Beryers  qui 
viennenl  saluer  M.  le  marquis  de  Faudoas  à  son  cntrée  à  Plieux. 

Le  poète  de  Saint-Clar  emploiera  des  épithètes  composêes  à  la  Du  Bartas, 
ainsi  l’Eté  dit  : 

.  ,  .  .  .  Soun  lou  casso-hame , 

Casso  mau-iens ,  casso-talent  (t.  i,  p  8). 

L’Eté  appelle  l’IIiver : 

Couo-tisous,  couo-cene  (t.  i,  p.  15). 

Lous  caus  minjo-mèquo , 

Lou  haubereou  bolo-haut  ( t-  ì,  pp.  112  et  113). 

Nous  trouverons  au  hasard  : 

Barbo-yilat ,  barbo-lourit , 

Escano-biêlhos ,  barbo-léqua ,  pano-beoutat ,  eic*., 
et  on  pourrait  allonger  la  liste. 

Vers  la  voúte  du  e-iel,  puis  son  vol  vers  ce  lieu 

Vire  et  semble  nous  dire  ;  adieu,  adieu,  adieu  ! 

Dupont  do  Nemours  a  traduit  ainsi  le  cliant  du  rossignol  pendaut  la  couvce  : 

Dors,  dors,  dors,  dors,  dors,  ma  douce  amic, 

Amie,  amie. 

Si  belle  et  si  cliérie, 
l)ors  en  aimant, 

Dors  en  aimant, 

Ma  belle  ainie, 

Ma  belle  arnie, 

Mes  jolis  enfants, 

Nos  joíis,  jolis,  joíis,  jolis 
Petits  enfants. 

Le  même  cbaut  a  ctc  ainsi  notc  par  Dureau  de  la  Mallc  : 

Tinù,  tinù,  tinù,  tinù,  tinù, 

•Spretiú.  z-(;ua, 
íjuerrce,  pi,  pi, 

Tio,  tio,  tio,  tix, 

Outio,  qutio,  qutio,  qù-tio. 

/(pio,  zquo,  zquo,  zquo, 

/i,  zi,  zi,  zi.  zi,  zi.  zi. 

Querrer,  tiu,  zquia,  pi,  pi,  qui ! 

II  n’y  a  j>as  qu’en  France  qu’ou  ait  icntô  de  parcillcs  iinitations. 

Malgré  sa  simplicité,  le  chant  des  oiseaux  n‘est  peut-êtrc  imitc  par  aucuu  de  nos 
instruiiients  de  musique.  On  arrive  bien  à  reproduire  la  suecession  des  notes  avec 
leur  lianteur  et  leur  mtensitc,  mais  le  «  timbre,  »  e'est-ù-dire  ce  qui  donne  au  chant 
son  caraetcre  particulicr,  cst  eomjïosc  d’un  si  grand  nombre  de  sons,  qu’il  a  étc.  jus- 
(ju'à  cc  jour,  impossible  de  le  rendre  avec  exactilude. 

Une  des  imitations  lcs  inicux  rcussies  est  lc  fameux  adafjio  dans  la  sixième  sým- 
jihonie  pastorale  de  Hethouren ,  qui  imite  le  coucou,  la  caille  et  le  rossignol.  Le  Sairit 
Franrois  de  Liszt  et  le  Vogels  als  Prophet  de  Schumann.  sont  aussi  fort  rciuar- 
quables.  C’est  presque  toujours  au  chant  du  plus  mélodieux  des  oiseaux,  le  rossignol, 
que  se  sonl  altaqucs  les  compositeurs;  c’cst  lui  qu’on  retrouve  dans  le  Mecìsto- 
\YaDer,  dc  Liszl,  ct  la  romance  Et  la  nuit  ct  la  Lune  et  Vamour  de  Davidof.  Fu 
Ailcmagnc,  les  dilletanti  font  leurs  dclices  d’un  morccau  de  musique,  le  Coioben 
nisse  ou  le  Nachligall  vlcs  Allcmands  qii’on  peut  assimilcr,  parmi  lcs  chauts  natio- 
naux,  aux  Iians  drs  cachcs  suisses.  Cetie  baliade,  par  sou  rhythnie  autant  que  son 
expression,  rajipelle  les  trilles  du  rossignol.  A.  d’Orbignv  a  rendu  le  chant  d’une 
troupiale  de  Cuba  Celui  du  eoucou  a  ctó  imitc  par  Atha/tase  hirchcr  et  i\I.  Oj)/>cl. 
tll.  Coupin,  Le  Chant  des  oiscau.c.) 


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J'en  dirai  autant  de  letrange  théorie  de  Du  Bartas,  sur  les  eaux  sur- 
cêlestes  (0e  jour  de  la  Semaine ,  vers  1029),  qui  est  reprise  par  Dastros  dans 
le  plaidoyer  de  l’Eau. 

Malgré  ces  rapprochements,  rhumeur,  le  tcmpérament  et  la  culture  intel- 
lectuelle  élaient  bien  diíïérentes  entre  les  deux  poètes. 

Du  Bartas  avait  de  grandes  conceptions,  Dastros  était  terre  à  terre,  mais 
tout  en  restant  original  il  s'est  souvenu  tres  souvent  de  ce  qui  Ta  frappé 
dans  Du  Bartas,  et  l’on  est  heureux  de  retrouver  dans  le  poète  patoisdes 
traces,  des  réminiscences  du  grand  poètedes  Semaines  etde  VUvanie,  son 
compatriote  et  son  voisin. 

II  fétait  également  et  de  plus  son  grand  ami  l'auteurdela  Christiade , 
Jean  d' Escorbiac  (1),  seigneur  de  Bajonnette,  neveu  et  disciple  de  Du 
Bartas,  qui  lui  dédia  deux  sonnets  qui  sont  en  tête  des  Elèmenis  (t.  ì, 
pp.  56,  58).  Du  reste,  il  eut  d’excellents  rapports  avec  tous  les  poètes  de  son 
temps,  et  ìl  se  dislingua  par  la  diversité  de  ses  ceuvres.  On  a  encore  de  lui 
un  grand  nombre  d'épigratnmes ,  d'anagrammes,  d 'épitaphes,  d'épilha- 
lames ,  d 'étrennes  et  de  chansons ,  une  comêdie  intitulée  Moundino ,  farce 
en  un  acte  et  en  vers  de  huit  svllabes,  à  rimes  plates,  étude  peu  poéliquc  de 
ménages  pauvres  de  !a  Lomagne.  La  Bebengudo  deous  Pastous  de  Gas - 
cougno  à  Àíoussu  d'Espernoun  (La  bienvenue  des  bergers  de  Gascogne 
à  Monsieur  d' Epernon),  poème  à  quatre  personnages,  dont  un  Frcincillon , 
que  le  poète  a  créé  et  qui  est  un  type  bien  curieux. 

Voilà  pour  lYeuvre  du  poète. 

L’Ecclésiastique  apparaìt  à  son  tour  dans  des  Xoèls,  malheureusement  en 
petit  nombre.  Le  clergé  de  Gascogne  avait  reconnu  que  les  livres  d’instruc- 
tion  religieuse  écrits  en  frangais  avaienteu  peu  de  succès;  le  diocèse  d’Auch 
eut  plusieurs  catéchisme  en  dialeete  palois  oii  les  principes  de  la  religion 
chrétienne  étaient  exposés  sous  la  formeagrèable  de  la  poêsie.  La  Lomagne 
eut  le  sien  fait  par  Dastros,  avec  fapprobation  des  docteurs  rêgents  en  thêo- 
logie  de  f  Université  de  Toulouse  et  qui  figure  dans  ses  ceuvres. 

II  a  été  inspiré  par  celui  de  Duponi  mais  ce  dernier  est  composê  en 
octosyllabiques  à  rimes  plates,  et  de  plus  il  n’est  pas  fait  pour  le  chant. 

Au  poinî  de  vue  orthographique,  Dastros  écrit  Ia  diphtongue  au,  qui  se 


(1)  Dans  l’anagrarame  Díeu  guiclcra  son  astre ,  le  savant  M.  Léonce  Couture  a 
recherché  les  deux  noms  de  bapk*nie  du  poòte  gaseon  de  Saint-Clar  : 

1  2  3  4  5  (I  7  8  9  1011  121311  15 1017  1S 

DIE  V  GVIDERA  SON  ASTRE 
2  3  14  5  4  7  10  11  0  1  8  9  1512171813  1(1 

IEN  GVIRAVD  DE  ASTROS 

Dieu  guidera  ton  astre,  et  ton  auivre  à  la  fìn, 

Foulant  d'un  pied  vainqueur  l'envie  et  le  destin, 

Hendra  du  nora  de  Dastros  la  gloire  in\  iolable. 


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prononce  aou,  en  une  syllabe.  Mais  il  écrit  eou,  éou ,  iou  les  diphtongues 
analogues  ou  les  troubadours  ne  mettaient  pas  d'o.  Eu  revanche  il  écrit  cor- 
rectementsuM  (sur  le),  buu  (bceuf).  et  non  suou ,  buou .  Dans  sa  première  édi- 
tion.  imitant  en  cela  du  Barícis,  Garros,  au  xvie  siòcle,  ainsi  que  les  poètes 
du  xvii6,  Ader,  Bedout,  Baron,  Dugay ,  il  écrit  comme  eux  e  la  finale 
fèminine  qui  sonne  o  atone.  Dans  les  éditions  suivantes  il  adoptera  lortho- 
graphe  toulousaine  et  partout  Ve  final  sera  remplacé  par  o. 

On  a  allribué  à  Dastros,  ct  cela  bien  à  tort,  un  recueil  d 'arreproués 
(proverbes)  dont  le  véritable  auleur  n’est  aulre  que  Volíoire. 

Des  honneurs  posthumes  ont  été  décernées  à  sa  Muse  depuis  sa  mort;  de 
nombreuses  éditionsde  ses  oeuvres  ont  honoré  sa  mèmoire  et  répandu  au 
loin  sa  cêlébrité. 

Dors  en  paix,  toi  le  plus  aimable  et  le  plus  spirituel  des  poètes;  ton 
souvenir  est  impérissable,  comme  tes  ceuvres,  toi  qui  as  porté  si  haut  le 
génie  de  notre  langue  gasconne. 


ANNEXE  A 

I.  —  Convention  entre  Messieurs  Bernard  Desparbés  et  autres  consuls 
de  la  ville  de  Saint-Clar ,  d’une  part ,  et  Jean-Gèrauld  Dastros  et 
Anthonio  Ilélies ,  escoliers  de  la  dite  viLle ,  d'autre  part. 

L’an  mil  six  cens  doutze  et  le  vingt-quatre  jour  du  movs  de  juin  avant 
midv,  régnant  Louys,  par  la  grâce  de  Dieu  roy  de  France  et  de  Navarre, 
dans  la  ville  de  Saint-Clar  de  Lomaigne,  sénéchaussée  d’Armaignac,  par 
devant  moy,  notaire  royal  et  tesmoins  bas  nommés,  sont  esté  présans  et 
constitués  en  leurs  personnes.  Messieurs  Bernard  Desparbès,  Pierre 
Lablanche,  Jean  Arquieret  Michel  Dulaur,  consulsde  ladite  ville  de  Saint- 
Clar,  taisant  comme  consuls  et  au  noni  de  toute  la  communaulté  de  ladite 
ville,  d’une  part,  Jean-Gérauld  Dastros  et  Anthoine  Helies,  escoliers,  habi- 
tant  de  ladite  ville,  d’autre  part,  lesquels,  de  leur  gré  et  volonlé  franche, 
respectivement,  ont  avoir  convenu  et  arresté  ce  que  s’ensuict  :  En  premier 
lieu  que  lesdits  Dastros  et  Ilélies  seront  tenus  de  résider  et  habiter  conti- 
nuellement  dans  ladite  ville  le  tems  et  espassed’une  année  complète  et 
révolue  commençant  ce  jourd'huy,  datte  du  présent,  et  à  mesme  jour  finis- 
sant,  pendant  lcquel  temps  seront  tenus  sieurs  Dastros  et  d'Hêlies  de 

(1)  L’Ascolo  cJcou  chrcstian  idiot ,  catrcbisme  rimó  publié  en  1645;  íl  est  mis  sous 
les  auspices  de  Xotrc-Da9  cle  Tudet  par  une  pieuse  dédicacc.  Dans  ce  morceau 
d'Astros  revient  â  l’usage  gascon  et  partout  Ve  íìual  remplace  l’o. 


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stistenir  et  endoclrìner  les  enfants  de  ladite  ville  tant  à  lire,  escrire,  que  de 
la  grammaire,  de  tout  leur  pouvoir  et  comme  il  esi  requis,  et  pour  leur 
j^eyne,  vacation  e't  sallaire,  lesdits  sieurs  consuls  ont  promis  et  seront  tenus 
de  donner  et  payer  aux  dits  Dastros  et  Hélies  la  soinme  de  soixante  quinze 
livres  tournois  pavable  de  troys  en  trovs  moys  la  quatriesme  partye,  est  en 
oultre  lesdits  sieurs  consuls  bailleront  auxdits  percepteurs  unc  maison 
propre  à  tenir  lesdits  enfans.  2st  party  arresté  que  sy  lesdits  percepteurs  ne 
font  lire,  écrire  et  endoctriner  lesdits  enfans,  scra  loisible  et  permis  ausdils 
sieurs  consuls  de  pourvoir  de  tel  autre  percepteur  que  leur  plaira  sans  figure 
de  procès.  Et  oultre  la  susdite  somme  les  pères  desdils  enfants  seront  tenus 
chacun  d'iceulx  donner  et  paier  auxdits  perceptcurs  pour  la  doctrine  de  leurs 
dits  enfanls,  scavoir  :  ceux  qui  seront  à  i  alphabet  cinq  souls  pour  chacun 
ruoys,  et  pour  ceux  quy  escriront,  liront  et  apprendront  de  la  grammaire 
sept  souls  et  demy  pour  chacun  d’iceuix,  saulf  s'ils  sont  vrayes  pauvres  et 
n'ayant  moyen  de  paver,  desquels  iis  jie  prendront  aucun  salaire  ny  paie- 
ment,  néantmoins  les  endoctrineront  aussy  soigneusement  que  de  ceux 
qu'ils  seront  payés,  et  à  ce  dessus  promis  et  observé  partyes,  respective- 
ment  en  ce  qui  leur  concerne,  ont  obligé,  scavoir  lesdits  consuls  les  biens 
de  iadite  communaulté  et  lesdils  Dasti*os  et  Helies,  tous  et  chacun  leurs 
biens  et  l’un  d’eux  pour  tous  rneubles  et  immeubles  prcsens  et  advenir 
qu’ont  soubmis  à  toutes  rigueurs  de  justiee  avec  toutes  renonciations  au 
contraire.  Et  ainsy  l’ont  promis,  en  préscnce  de  Me  Jean  Rivière  et  Jean 
Pedeioup,  dudit  Sainct-Clar,  habitans  soubsignés  avec  iesdites  parties 
et  moy. 

Signé  :  Esparbès,  Lablanche,  consuls;  J.  Pedelolp, 
présent;  de  Rivière,  prêsent;  d’IIelies,  conlractant; 
Dastros,  contractanl;  Castéra,  notaire  (1). 


ANNEXE  B 


II.  —  Convention  entre  MM.  les  Consuls  de  Saint-Clar ,  MM.  Jean - 
Gérauld  Dastros  eí  Jean-Bernard  Heltjes. 

L‘an  mil  six  cens  vingt  et  six  et  Ie  vingliesrae  jour  du  mois  de  may  appres 
midy,  régnant  Loys,  par  la  gràce  de  Dieu,  roy  de  France  et  de  Navarre, 
dans  la  ville  de  Sainct-CIar  dc  Lomaigne  sénéchaussèc  d’Armaignac,  par- 
devant  moy,  notaire  royal  soubsigné,  et  présents  les  tesmoins  bas  nommês, 

(1)  Recue  de  Gascogue ,  t.  xxxvu,  pp.  44,  et  45. 


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eonstitués  en  leurs  personnes,  Messieurs  Bertrand  Bruzault  et  Pierre 
Arquier,  consuls  de  ladite  ville,  faisant  aussi  pour  Raimond  Masaron  et 
Guiihaume  Larribau,  aussi  consuls  de  ladite  ville,  d’une  pait,  et  Mre  Jan- 
Gérauld  Dastros,  prestre,  el  Jan-Bernard  Helves,  advocat,  habitant  dudit 
Saint-Clar,  lesquels  respectivement  deleur  gré,  ont  dict  avoir  convenu  que 
lcsdits  Dastros  et  Helyes  apprandront  les  enfants  des  habitants  de  ladiie 
ville  lant  à  lire  que  d  escrire  et  de  la  grammaire  et  les  bien  morigéner,  à 
quov  ils  s ‘emploieront  assiduement  suivant  la  teneurdes  estatuts  qu'ils  ont 
dressé  et  remis  ès  mains  desdits  sieurs  eonsuls,  excepté  l'arithmétique  qui 
demeureretranché  desdits  estatuts;  et  commenceront  à  la  feste  de  saint  Jean- 
Baptiste  procliaine  advenant  et  continueront  jusques  à  pareilhe  feste  de 
Tannée  mil  six  cent  vingt  et  sept,  ct  pour  tenir  lesdits  eufants  leur  est  bailhé 
une  petile  maison  appartenant  à  la  communauté,  bastie  au  devant  du  chatau 
vieulx  pour  logé,  laquelle  lesdits  Dastros  et  Iíelyes  soignerontet  prandron1 
guarde  que  la  maison  ne  déperisse  par  lesdils  enfants  et  leur  faulte  à  peine 
de  la  réparer  et  remettre  en  Testat  que  la  première.  J'iendronl  lesdits  enfants 
bien  rangés  tant  à  rêgliseque  aux  processions,  et  pour  leur  pevne  et  sallaire 
lesdits  sieurs  consuis  doneront  et.  payeront  auxdits  Dastros  et  Helyes  pour 
toute  ladite  année,  la  somme  de  quatre-vingts  livres  tournoises,  payable  de 
trois  niois  en  Irois  mois  la  quatriesme  partye.  Est  avouc  que  cn  advenant 
iceuls  Dastroset  Ilelyes  ne  fairont  bien  leur  debvoir  à  endoctriner  et  inori- 
géner  lesdits  enfants,  lcsdits  sieurs  consuls  les  pourront  congédier  sans 
figure  de  procès,  répandre  lesdites  escoles  et  les  baillerà  lel  autre  précepteur 
qu'il  leur  plaira  eslire.  Est  aussi  arresléqueoullreet  pardcssus  ladite  somnie 
lesdits  prêcepteurs  pouriont  prande  de  chacun  desdits  enfants,  savoir  :  des 
aliecedaires  5  sols,  etceulx  qui  liront,  escripront  et  aprandront  de  la  gram- 
maire  7  sols  1/2  pour  chacun  moys,  que  les  pères  desdits  cnfants  seront 
tenusà  lcur  payer,  saulf  si  sont,  vrays  pauvres,  auquel  cas  lesdits  précep- 
teurs  seront  tenus  les  apprandre.  Et  à  lobservance  dc  ce  dessus  parties  ont 
obligé,  scavoir :  lesdits  sieurs  consuls,  les  biens  de  la  communaultè,  lcs 
biens  propres  et  de  l’ung  d'eux  présent  et  advenir  qu’ont  soubmis  aux 
rigueurs  de  juslice,  et  ont  prornis  sur  les  Evangiles,  prêsents  :  Anthoine 
Dulaur,  fils  dc  Bernard,  signês  avec  Iesdites  parties,  et  Jacquou  Caignao 
dudit  Saint-Clar,  non  signé  pour  ne  sçavoir. 

Sifjnè  :  Debruyault,  consul;  de  Mossaron,  consul;  Darquier, 
consul;  Dastiìos,  contractant;  de  Helyes,  contraclant; 
Dulaur,  prcsent;  Castéra,  notaire  (1). 

(I)  Hccite  de  Gatcognc,  t.  xxxvii,  pp.  45  et  46. 


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BÀRON  (Louis) 


Louis  Baron  est  né  en  1612,  k  Pouyloubrin  (1),  dans  lecoraté  d’Asíarac. 

On  a  cherché  rétymologie  de  ce  nom.  Le  chroniqueur  Dom  Brugêle 
Findiquequeìque  part  par  les  niots  réunis  de  Podio-Lobrino;  un  autre  le 
traduit  par  Podium ,  colline,  élévation,  et  brin ,  petite.  M.  Ccnac-Moncaut 
accepte  la  signification  de  Podium  ( Pouy ,  hauteur,  serait  k  notre  avis  plus 
juste),  mais  il  croit  que  la  finale  bren  est  d’origine  celtique  et  veut  dire 
chef,  roi,  ou  raont  du  roi,  ce  qui  rappellerait  d’apròs  lui  un  manoir  primi- 
tivement  princier,  ce  qui  paraît  très  vraisemblable. 

Le  point  central  du  village  est  constitué  par  un  groupe  de  raaisons  agglo- 
mérées  autour  d’une  vieille  église,  et  un  monticuleentouré  delarges  fossés, 
ombragé  d’arbres  séculaires,  parsemé  de  ruines,  révèle  Fassiette  d’une 
demeure  féodale. 

En  effet,  un  d’Orbessan ,  baron  d'Attas ,  avait  été  autrefois  le  seigneur 
de  Fendroit. 

II  y  avait  eu  aussi,  d’après  la  chronique,  une  famille  noble  du  nom  de 
La  Rèmole ,  qui  avait  étá  l’objet  d'une  lugubre  légende.  Un  de  ses  membres, 
épris  d’une  vive  passion  pour  la  châtelaine  de  Lamothe ,  avait  assassiné-  le 
mari  pour  épouser  la  veuve. 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  demeure  patrimoniale  de  Baron  était,  à  Fépoque, 
constituée  par  deux  belles  maisons  entourées  d’un  bois  à  haute  futaie  dont 
il  ne  reste  plus  de  vestiges.  L’une  d’elles  subsiste  encore,  raais  bien  diffé- 
rente  de  ce  qu’elle  a  díi  ètre  autrefois  (2). 


(1)  Canton  de  Saramon ,  arrondissernent  d’Auch,  219  habitants.  Cette  commune 
avaii  été  formée  des  sections  de  Pouyloubrin ,  d \\ttan.  de  Lanabère  et  de  Lamothe, 
Le  village.  aussi  peu  considérable  alors  comme  aujourd’hui.  est  bùti  sur  un  platoau 
élevé  entre  deux  rivières.  D’un  cótt*.  la  vue  s'étend  sur  la  plaine  du  Gers;  à  Pest  et  au 
sud,  on  voit  serpenter  la  vallée  de  VArrats  presque  coiistamment  tlominée  par  une 
chaine  de  cóteaux  fortement  accidentés  et  dont  la  crête  se  découpe  dans  le  fonds  bleu 
des  montagnes  Pyrénéennes.  De  tous  cótés  le  terrain  est  tourmentê  par  des  soulève- 
ments  volcaniques  ;  la  campagne  est  coíipée  par  une  divcrsité  de  cultures,  et  tout  cet 
ensemble  forme  des  contrastes  heurtés  de  nature  à  frapper  rimagination  et  à 
impressionner  surtout  un  esprit  vif  et  artistique. 

(•>)  Cette  dernière  ne  renfermepas  moins  de  onze  appartemcnts  (ou  cnambres)  avec 
granges  et  écuries;  tout  après  sont  les  remisis  d’un  bàtiment  qui  pouvait  étre  oceupé 
par  les  colons  ou  doraestiques  de  la  famille  Baron. 


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—  $26  - 


Ce  lieu  s’appelait  le  Garrousset  (1). 

La  famille  Baron ,  du  Garrousset,  élaiLd'origine  bourgeoise  etdalait  du 
xvic*  siècle.  Elle  comptait  dans  son  sein  plusieurs  collecteurs  de  laxes 
royales  qui  s’étaient  succédés  durant  près  d'un  sièele,  depuis  1691  jusqu’à 
la  Révolution  de  1789. 

L’un  devint  agent  supérieur  des  íìnances,  un  aulre  mourut  curéd'Aa- 
rimont  en  1718. 

Si  lon  en  croit  la  légende,  un  des  ancêlres  du  poète,  aurait  été,  sous  le 
règne  de  Louis  XIV  ou  de  Louis  XV,  un  des  membres  les  plus  distingués 
du  barreau  de  Paris. 

Enfin,  un  Baron  habita  lui  aussi  pendant  longtemps  la  capitale  où  il 
exerça  la  médecine  avec  quelque  distinction.  II  existe  de  lui  une  lettre 
qu’il  écrivail  à  son  cousin  le  poète  auquel  il  reproche  «  d'avoir  quelque 
>  peu  dégradé  les  deux  maisons  de  leur  oncle  commun  en  abattant  le 
»  bois  à  haute  futaie  qui  embellissait  lc  dehors.  »  II  y  parle  égalernent  «  de 
»  son  aïeul  Jean  Baron ,  marié  à  Jeanne  de  Cabiran ,  »  d’une  famille 
lilrée,  comme  on  voit.  II  lermine  «  en  réclamantsa  partde  succession  d’un 
»  autre  oncle  disparu  depuis  cent  ans  et  présumé  mort  en  pays  ètranger.  » 

Le  père  de  Louis  Baron  avait  éludié  le  droit  à  Técole  de  Pothiery  et  le 
vieux  Furgole  encouragea  ses  premiers  succès  comme  avocat  au  Parlement 
de  Toulouse.  II  remplit  plus  tard  les  fonctions  de  juge  dans  la  contiée  de 
Pouyloubrin,  qui  dépendait  du  comté  d’Astarac. 

Le  jeune  Baron  monlra,  dès  sa  plus  tendre  enfance,  d’heureuses  dispo- 
silions;  une  bonne  éducation  les  féconda.  II  fut  êlevé  dans  un  milieu  où  se 
transmettaient  inlactes  les  habitudes  de  vie  lalx>rieuse  et  vilile.  II  put  juger 
de  bonne  heure  de  quelle  considération  jouissait  son  père;  il  n’eut  d’autre 
guide  que  lui,  et  sous  ses  yeux,  sous  sa  direciion  éclairée,  il  fit  ses  pre- 
mières  études.  Elles  furent  solides;  un  esprit  droit,  unjugement  sur,  et,ce. 
qui  ne  vaut  pas  moins,  une  grande  bonté  d  àme,  un  amour  passionné  du 
vrai,  un  immense  Ixsoin  du  réel,  telles  furent  les  qualiíés  maìtresses  que 
forlifìèrent  encore  les  Ix>nnes  leçons  des  Jésuites  du  collège  d’Auch,  qui 
secondèrent.  admirablement  le  père  Baron  dans  sa  tàche  êducatrice  Après 
avoir  terminé  ses  humanitês,  ce  dernier  envoya  son  fils  à  Toulouse  pour  y 
apprendre  le  droit. 

Là,  comme  au  collège,  sa  rcputaiion  ne  se  dêmentit  pas,  et  les  talents 
qu’il  déploya  dans  le  cours  de  ses  cludes  de  jurisprudence  lui  méritèrent 
les  èloges  de  ses  maîlres. 

Son  premier  essai  dans  l’art  des  vers  fut  un  hommage  adressé  au  Père 
(1)  Un  fiòlcrinage  à  Pouyloubrin,  par  Cassassolles,  Recue  d’Aquitainc ,  t.  m. 


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de  la  Poêsie  Toulousaine.  Goudelin ,  dans  la  plénittide  dc  son  talent  et  de 
sa  renoramée,  venait  d  ajouter  à  son  Rameiet  Moundi ,  dont  trois  fleurs 
s’étaient  déjà  épanouies,  uno  Floureto  Noubelo  (une  íleur  nouvelle).  Avant 
son  apparition,  norabre  d’admiraieurs  cnvoyèrent,  selon  Tusage de lepoque, 
au  chantre  de  Liris,  leur  tribut  d'hommages  en  odes  et  en  madrigaux. 
Notre  étudiant,  plein  d'admiration  pour  soìi  génie,  lui  adressa  un  toutpetit 
sizain,  très  gentiment  ciselé  en  dialecte  languedocien,  s  il  vous  plaît,  qu’il 
eut  la  satisfaction  de  voir  imprimé  dans  le  volume  du  Maître. 

Jugez-en  : 


En  tout  qu’on  préze  per  aci 
La  Girouflado,  le  Souci, 
L’Englantino  dan  la  Biuleto, 
Nou  se  gauson  pas  explandi 
Despéy  quei  Ramelct  Moundi 
A  crescut  d’un’  autro  Floureto. 


Pour  tant  qu’on  estime  par  ici 
La  Giroflce,  le  Souci, 

L’Eglantine  avec  la  Violette, 

N’osent  pas  s'ctaler 

Depuis  que  le  petit  Ramcau  Toulousain 
S’est  accru  cl’une  autre  Fleurette. 


CTétait  signé :  Baron,  esc.,  c'est-à-dire  escoulié  (écolicr).  II  avait,  en 
efïet,  quinze  ans  à  cette  époque  (1627). 

Ce  coup  d’audace  devait  lui  procurer  Famitié  de  Goiuìelin  qui  ne  cessa 
de  lui  prodiguer  des  conseils  et  des  encouragements. 

Cet  essai,  du  reste,  ne  devait  pas  èire  le  seul,  car  nous  le  vovons  dans 
cette  même  année  prendre  part  au  concours  (1)  des  Jeux-Floraux  et  oblenir 
V Eglantine  (2)  pour  un  Chant  Royal  que  nous  avons  recueilli  dans  les 
archives  de  cette  Académie  : 


(1)  Cette  épreuve  consistait  dans  la  coniposition  d’une  strophe  s'harmonisant  avec 
un  vers  à  eux  proposé.  On  appelait  cela  donner  á  l'o&sai.  <)n  acoordait  seulement 
quelques  heures  aux  poòtes  pour  faire  la  composiiion,  qui  permettait  aux  juges  du 
concours  de  statuer  sur  l’attriuution  du  prix. 

(2)  Extraits  du  registre  intitulc  :  Actes  et  dêlibérations  du  collène  du  Gau-Sacoir 
de  1584  à  1641. 

Le  troisiesme  jour  du  mois  de  may  du  dict  an  (1G27),  à  sept  heures  du  matin.  dans 
la  maison  de  M.  le  Présideut  Monrabc ,  chancelier  des  jeux.  auoinct  esté  assemblés 
les  Mainteneurs  et  Maitres,  lesquels,  ayant  lcur  Verguier  portant  la  masse  d’argent 
devant,  seroinct  allés  à  J’esglise  du  colliègc  Sainct  Martial  et  de  là  dans  la  maison 
de  ville,  où  ìls  auroinct  esté  rcccus  par  ]cs  Capitouls;  et  après  ouv  la  messe  à  ces  lins 
préparée,  chacun  ayant  prins  sa  place  dans  ie  grand  Consistoire,  auroint  vaqué  à 
ouyr  prononcer  uivers  chauts  royals  et  autres  poâsies.  ei  les  actions  de  gr.ìces  qui 
feurent  rendues  par  M<%  Olicier  et  Rodolin,  pour  les  lleurs  qu’ils  avòinct  eues 
l’annóe  précédente,  et  ce.  jusques  à  l’heure  de  onze  heures. 

Ce  íaict,  le  dict  sieur  Cliancelier,  Mainteueurs  et  Maitres  des  Jeux,  ensemblc  tous 
les  Capitouls  ctant  entrcs  dans  le  petit  Consistoirc,  le  dict  A/  Olirier ,  advocat,  auroit 
presté  Le  serement  de  Mainteneur  des  dicts  Jcux,  ez  tnains  du  diot  sieur  Chanceiicr, 
et  ies  Capitouls  estant  sortis,  hormis  les  trois  bailes  seulement,  feust  arresté  que 
M*' de  Caminade ,  Bainacjuet  et  d' Hautpoul,  advocats  en  laCour;  M  Bertrand,  esco- 
lier  tholosain;  Me%  Blanr ,  du  Querey;  Bonet ,  dc  Hé/.iers;  Tornier ,  de  Mirepoix,  et 
Baron ,  gascon,  escoiiers  emreroinct  a  l’essay;  et  leur  fcust  haillé  pour  refrain  : 

Le  seul  soing  du  Seigneur  est  Ia  garde  des  villcs. 

Après  disner  le  dict  sieur  Chancelier,  Mainteneurs  et  Maitres  des  diets  Jcux.  et  lcs 
trois  Capitouls  bailes  seulement,  estant  enlrés  dans  le  petit  Consistoire,  appelé  la 
trésorerie,  après  avoir  vcu  ies  essais  et  oeuvres  des  dictans,  auroiet  cstc  arrestc  que  la 


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CHAÎNíT  ROYAL  (1) 


Le  matin  est  tout  d’or  et  Tombre  se  retire 
Le  front  de  l’Orient  estalle  ses  couleurs, 

L’aurore  soupirant  d’un  amoureux  martyre  (2). 

Dans  les  bras  de  Céphale  adoucist  ses  douleurs; 

Uu  bruict  sourd  et  confus  dissipe  le  silence, 

Le  travail  des  humains  reprend  sa  violence: 

Dorylas,  levons-nous,  vois  la  clarté 

Faict  blanchir  le  coupeau  de  ce  mont  escarté; 

Les  plaisirs  ont  leur  tour  et  le  ciel  sans  orage. 

Pour  ung  entier  repos  tient  dans  l’obscurité 
Lc  bel  astre  du  jour  cachc  sous  le  nuagc. 

La  campagne  sourit  au  gréd'un  doux  zéphire, 

Une  mortc  (3)  fraischeur  baigne  lc  sens  (4)  des  fleurs 
Nos  rochers  sont  coutès  (5)  de  jaspe  et  de  porphyre; 
lci  ne  viont  jamais  lo  démon  des  malheurs, 

Jusques  à  nos  déserts  sont  des  lieux  de  plaisance, 

Tout  se  trouve  ròduict  au  point  de  l’innocence; 

Flore  esmaille  les  champs  des  traicts  de  sa  beauté, 

Les  arbres  et  les  prcs  sont  en  leur  majestò. 

II  n’est  rien  ici-bas  qui  n’ait  quelque  advantage 
Despuis  que  dans  ces  lieux  met  la  sérénitò 
Le  bei  astrc  du  jour  cachè  sous  lc  nuayc . 

L’air  sème  des  saphirs,  la  terre  semble  rire. 

Le  chaud  dessous  un  voile  estoufïe  ses  rigueurs, 

Icare  voleroit,  et  ses  aisles  de  cire 
Le  pourroinct  garantir  de  toutes  ses  terreurs; 

Les  amans  sont  flattcs  d’une  douce  espérance, 

Us  peuvent  à  couvert  raconter  leur  souffrance, 

La  joyo,  suit  l’espoir  de  leur  félicité, 

Leurs  soleils  n’auront  plus  tant  de  sòvérité, 

tleur  le  Souci  estoit  adjugée  à  M  d'llautpoul,  advocat  en  la  Cour,  et  passc  Maitre 
pour  le  chant  royal  qui  a  pour  refraiu  : 

L’aniante  qui  se  plaint  des  parjures  d’année. 

La  fteur  de  Violette  feust  adjugée  à  Me  Cami/iade,  advocat  en  la  Cour,  ei  passò 
Maitre  pour  le  chant  royal  qui  a  pour  refrain  : 

Neptune  adoucissant  la  colèrc  de  l'ond»*. 

La  íleur  d ’Esglantinc  feust  adjugée  à  M‘  Baron,  cseolior  gascon,  pour  le  chant 
royal  qui  a  potir  refrain  : 

Le  bel  astre  du  jour  caché  sous  lc  nua^e. 

(1)  La  copie  du  registre  reufermait  plusieurs  fautes,  uolamment  dans  ce  premier 
cliaut.  J’ai  mis  en  uote  ies  mots  qui  me  paraissaicnt  devoir  remplacer  ceux  que  je 
n’ai  point  compris,  tnais  sans  en  afíìrmcr  rexactitude,  les  correctious  ne  fìgurant  pas 
sur  le  registrc. 

(2)  Sourire. 

(3)  Morne. 

(4)  Sein. 

(5;  Yétus. 


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Le  plaisir  caimera  leur  coeur  et  leur  visage, 

S’ils  viennent  réclamer  en  leur  captivitc 
Le  bcl  astre  du  jour  cachè  sous  le  nuayc. 

Dès  la  pointe  du  jour  Phiiomèle  souspire 
Et  raconte  aux  échos  ses  fïatteuses  langueui*s, 

Sur  ce  peuple  íleuri  le  temps  n'a  point  d’empire 
Et  l’hiver  s’est  noyé  dedans  l’eau  de  ses  pleurs; 

L’air  embausmé  d’odeur  destruict  son  insolence, 

Et  la  rose  a  l’object  do  sa  douce  présence 
Des  lieux  moins  gracieux  faict  une  nouveauté, 

Les  myrthes  amoureux  naissent  à  son  costé, 

Le  Lis  s’espanouist  dedans  ce  jardinage. 

Et  recognoist  autheur  de  son  teinct  argenté 
Le  bcl  astrc  du  jour  cachè  sous  le  nuaye. 

Ainsi  divin  soleil  ne  cesse  de  reluire, 

Aux  rais  de  ton  fiambeau  dissipe  nos  vapeurs, 

Puisque  sous  ta  douceur  tout  le  monde  respire, 

Par  le  canal  des  yeux  entre  dedans  nos  coeurs; 

Fais  couler  nos  saisons  avec  intelligence, 

Ne  détourne  jamais  l’oeil  de  ta  bienveillance. 

Ainsi  rompant  le  cours  de  toute  adversité, 

Malgré  les  dures  lois  de  la  néccssité. 

Nostre  soing  ne  sera  que  de  te  rendre  hommage 

Et  de  faire  adorer  à  la  poslérité 

Le  bel  astrc  du  jour  cachè  sous  le  fcuUlagc. 

HEDDITION  D'ALLÉGORIE 

Jésus-Christ  revestu  de  nostre  humanitè 
Pour  sauver  le  pècheur  qui  par  sa  vanité 
Dans  l’escueil  de  la  mort  alloit  faire  naufrage 
Est  celui  qu’en  mes  vers  aujourd'hui  j’ay  chanté 
Lc  bel  astre  du  jour  cachè  sous  le  nuage 

L’ivresse  de  la  jeunesse  et  du  succès  auraient  pu  modifier  les  rèves 
d’avenir  du  jeune  lauréat;  il  n’en  fut  rien.  II  conlinuaà  fréquenter  l’Ecole 
avec  assiduité,  restant  fidèle  à  Barthole  et  à  Cujas.  Doué  d'heureuses 
disposilions  poétiques,  il  profila  des  moments  de  lil>erté  que  lui  laissaient 
ses  études  et  de  sériense  occupations  pour  se  livrer  à  Famour  des  lettres 
qu’il  affectionnait.  De  tout  temps,  du  reste,  l’alliance  la  plus  élroite  ne 
s’était-elle  pas  formée  entre  les  Muses  et  Thémis ,  ou  pour  parler  plus 
prosaïquement,  entre  la  littérature,  les  arts  et  le  droit?  Rien  d'étonnant  de 
voir  Avocats,  Magistrats,  Piètres  et  Médecins  renonçant  un  instant  à  la 
solennité  de  leurs  fonctions  et  à  la  sévérité  de  leur  langage,  pour  s’écliapper 
volontiers  en  rimes  faciles  et  légères,  à  leurs  moments  perdus.  Ce  travail 


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—  230  — 


devait  porter  ses  fruits,  car  ils  n'ignoraient  pas  quele  culte  des  lettres  tend 
à  orner  l’esprit,  former  le  coeur  et  fortifier  le  jugement, 

En  1633,  nous  retrouvons  notre  Poòte  régent  du  collège  de  Lesquille  (1), 
il  avait  par  conséquent  21  ans.  II  recevait  cette  même  année  des  mains  de 
l’Académie  des  Jeux  Floraux  (2),  une  seconde  couronne,  la  Violette ,  cette 
fois,  pour  un  Chant  Royal  que  nous  donnons  en  entier  : 

Que  fais-tu,  malheureux,  au  milieu  du  bocaige 
Où  jamais  le  solcil  ne  répand  sa  elarté, 

Où  ton  plus  beau  palais  est  un  antre  sauvaige 
Et  ton  lieu  de  plaisance  un  rocher  escarté; 

Quel  fruict  esperes-tu  si  ton  printemps  se  passe 
Après  un  vain  plaisir  que  tu  prends  a  la  chasse; 

Les  remparts  qu*Apollon  bastit  superbement 
N’ont-ils  rien  de  plus  doux  qu’un  tel  esbatement, 

Esloigne  ces  déserts  ou  sans  point  de  remède 
Tu  verras  dessus  toy  fondro  légèrement 
L'oiseau  dc  Jupitcr  qui  ravist  Ganimède . 

Le  fidèle  courrier  entroprend  son  messaige, 

Le  vent  n’arresto  point  son  vol  précipité, 

II  vient  comme  un  esclair  et  perce  le  nuaige, 

Plus  viste  que  le  traict  qu’il  a  souvont  porté; 

Le  soleil  à  son  gró  faict  naistre  la  bonace, 

Soo  visaige  serein  n’a  rien  qui  le  menace, 

(1)  Duranty  (Jean-Etieniìc),  nonimé  prcmier  Présidcnt  du  Parlement  de  Toulousc 
par  Henri  111  en  1589,  périt  victime  de  son  attachement  au  Prince.  II  avait  fondé  le 
superbe  Collège  de  Lesquille  et  était  l’auteur  d’un  ouvrage  excellent,  Do  ritibus 
Ervlcsur.  Chez  1  n i  les  vertus  égalaient  le  savoir. 

(2)  Extraits  du  registre  intitulé  :  «  Actes  et  délibérations  du  Collège  du  Gay  savoir 
de  158-1  â  1641.  » 

Le  troisiesme  de  may  an  d.  an  (1633),  sur  les  sept  heures  de  matin,  dans  la  maison 
de  messire  Jcan  dc  Bcrticr ,  scigneur  de  Montrabe,  chevalier,  conseiller  du  Kov  en 
ses  C’onseils  d’Hstat  et  privè,  et  premier  Président  en  la  Cour  de  Parlement,  chance- 
lier  des  Jeux  Floraux,  auroint  csté  assemblés  lc  d.  sieur  prcsideut  de  Ftcubet , 
d ’Olicicr.  Tcrlon .  Rarthclênu /,  de  Paulo ,  Juliard ,  Chalcct,  Caminadc.  conseillers 
au  ParJernent ;  d ' Aussonnr,  prèsident  aux  requestes;  Maran ,  docteur  rêgeut;  Vays- 
srýrc,  niagistrat  prèsidial;  Duplantê.  clianoine;  Molinery;  Dalics,  cbanoine;  Palarin , 
d'llautpoul.  Courtois,  Bartnès  et  Baynayuet,  advooats  au  dit  Parlement,  mainte- 
neurs  et  maisires  des  d.  jeux.  lesquels  ayant  le  verguier  du  L'ollège  dcvant,  seroiut 

allès  dans  l’Fglise  Sainct  Martial,  et  dehi  dans  la  maison  de  ville .  seroint  entrès 

dans  le  petit  consistoire,  appeîè  la  tn'sorerie  oii  auroit  ètè  arrestè  que  M.  de  Sainct- 
Blancat,  advocat  au  Parlement.  Lautiní ou  Lantin),  Baron ,  Doujac,  Bonct,  Andricu. 
Tailhasson,  Boycr,  ttciuy,  Consc,  Claircfont  et  Laroquc ,  escoliers,  entreront  à 
l’e^sav,  et  leur  sera  bailhè  pour  refrain  le  vcrs  «jui  s’ensuit  : 

Lc  dexfre  du  Sei^neur  te  niet  en  asseuranee. 

. .  Ft  incontinent  après  disner  les  d.  seigneurs,  premier  président,  chancelier 

<les  d .  jeux,  et  de  Ficubct,  aussi  Prèsident,  avec  les  d  Sicurs  mainteneurs  et  maistres 
des  d.  jeux  et  les  trois  Capitouls.  bailes.  seulemen;,  estant  de  reclief  entrès  dans  le 
]>etit  C  onsistoire  et  veu  les  essais  et  chants  royaux  des  sus  dits,  J‘adjudic4ition  des 
flcurs,  mise  on  dèlibcration  auroict  esté  arrcstcc  que  la  fleur  le  Soucy  est  adjugèe  à 

M.  Bcntyne  Lantin.  escolier  bourguignon .  YFsylantìnc,  à  Me  Haymond  de 

Samct-Blancat,  docteur  et  advocat  en  Ja  C’our.  Toulousaiu .  et  la  Violcttc ,  à 

M'  Baron,  régent  au  collège  de  Lesquille,  pour  le  chant  royal  dont  le  refrain  esl : 

L’oiseau  de  Jupiler  qui  ra\ist  Ganimêde. 


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L’air  luy  promet  sa  paix,  et  Ton  voit  seulement 
Esclater.les  saphirs  parmy  cest  élément; 

L’ombre  fuit  devant  luy,  la  tempeste  luy  cède 
Et  l’on  n’a  veu  jamais  voler  plus  seurement 
L'oiseau  tle  Jupiter  qui  ravist  Ganirnède. 

Que  peut-on  dans  les  Cieux  souhaiter  davantaige, 
La  terre  ne  prisoit  que  cette  nouveauté, 

Narcisse  estoit  une  ombre  auprès  de  son  visaige, 

Le  berger  de  Diane  avoit  moings  de  beauté; 

Les  roses  et  les  lys  peignoint  sa  belle  face 
Et  quelque  bcau  portraict  que  la  nature  fasse, 

Son  ouvrage  n’a  rien  qui  plaise  esgaliement; 

Les  Dieux  aussv  ravis  d’un  si  riche  ornement, 

Qui  dcs  pius  grarids  trésors  les'merveilles  excède, 
Admirent  transportés  de  leur  contentemnnt 
l/oiseau  de  Jupiter  qui  raoist  Ganirnède 

Les  Nymphes  des  foresís  qui  lui  rendent  hommage 
Pour  garder  sa  mémoire  avec  solempnité 
Dans  leurs  temples  sacrés  eslèvent  son  image 
Et  le  ticnnent  au  mng  d’une  divinité; 

Leur  áme  qui  brusloit  se  convertit  en  glace, 

Rien  que  le  désespoir  nrv  trouve  point  de  place 
Seamandre  de  douleur  couie  plus  lentement, 

Les  faunes  explourés  sont  dans  i’estonnement; 

A  leur  pius  doux  repos  le  desplaisir  succède, 

Tandis  que  l’on  reçoist  au  sein  du  íirmament 
L'oiseau  de  Jupitcr  qui  racist  Ganimède. 

Junon,  de  son  araour,  luy  donne  tesmoniage, 

Pallas  vouldroit  toujours  l’avoir  à  son  cousté, 

Mars  pour  le  carcsser  adoucit  son  courage 
De  ces  divins  regards  Mercure  est  enchanté; 

Le  monarque  des  Cieux  boit  à  sa  bonne  grâce 
Sitost  qu’ii  a  versé  le  nectar  dans  sa  tasse, 

Ii  l’appelle  á  sa  table  et  tient  incessamment 
A  ce  divin  object  uni  son  pansement 
Qui  mesmes  tout  espris  du  bonheur  qu’il  possède 
S’estonne  de  sa  gloire  et  ílatte  doucement 
L’oiseau  de  Jupitcr  r/ui  racist  Ganiniède. 

EXPLICATION 

Ganimède  emporté  par  le  commandement 
Du  maistre,  qui  des  Cieux  reigie  le  mouvement, 
Est  Celuy  que  la  grâce  eslève  par  son  aide; 

Est  l’ange  dont  le  soin  veille  éternellement 
L’oiscau  de  Jupiter  qui  racist  Ganirnède. 


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En  1635,  Baron,  est  reçu  avocat  au  Parlenient  de  Toulouse.  II  se  pré- 
sente  pour  la  troisième  fois  aux  suffrages  de  la  Doete  Académie  (1)  etreçoit 
comme  récompense  le  Souci  pour  un  Chant  Roijal ,  intitulé  :  Le  Prin- 
temps ,  que  nous  reproduisons  à  titre  de  curiosité. 


Debout,  chère  Philis ,  allons  au  jardinage, 

Dans  ces  froides  prisons  Hiiver  est  enfermé, 

Et  la  terre  aujourd’hui  comme  vostre  visage 
De  roses  et  de  lis  a  le  sein  parsemé; 

Les  monts  qui  se  geloint  au  plus  fort  de  ieur  masse 
Semblent  des  prés  fleuris  où  l’herbe  s’entrelasse, 
Nature  d’un  désert  faict  un  Fontainebleau 
Et  d’une  terre  inculte  un  merveilleux  carreau; 

On  n’entond  que  les  jeux  d’amour  et  d’hymènèe 
Depuis  qu’on  voit  paroistre  en  forme  de  taureau 
L'ustrc  rcnoucclant  lcs  hcautcs  dc  Vanncc. 

Les  arbres  sont  parés  de  íleurs  et  de  feuillagc, 

Le  Rosier  qu’on  croyaitpar  le  froid  consommé 
Descouvre  sa  grandeur  sur  un  trosne  d’herbage, 
Avec  ces  petits  feux  dont  il  est  alluraé; 

Narcissc  est  à  ses  pieds  et  semble  encor  qu’il  fasse 
La  guerro  à  quelque  Nymphe  et  l'amour  à  sa  face; 
Mais  qui  ne  diroit  point  qu’auprès  do  ce  ruisseau 
II  se  clierche  soy  mesmes  une  autre  fois  dans  l’eau, 
Gependant  que  CUjiic  en  amour  obstinée 
Se  plaist  à  regarder  comme  un  soleil  nouveau 
Uastrc  rcnoucclant  lcs  hcautc s  dc  Vanncc . 

Voyez  coinme  le  Ciel  a  dissipé  l’ombragc, 

Gontre  nostre  plaisir  il  n’est  plus  animé, 

La  funeste  coleur  et  son  fâcheux  nuage 
Ont  fuy  vers  la  Seytie  où  l’air  est  embrumé, 

Orion  dont  les  Dieux  redoublent  la  disgrâce 


(1)  L istc  des  juffds  du  Concours  dc  ladile  année  1635. 

Jcati  dc  Bcrtier ,  seigneur  de  Montrabe,  conseiller  du  Roy  en  ses  Conseils  d’Etat 
et  privê.  premier  président  du  Parlement  de  Toulouse,  chancelier  des  Jeux  Floraux; 
de  Terlon ,  fìarthclêmy ,  JuLiard ,  Castcl ,  d'Aussonnc ,  Chalocl ,  conseillers  en  la 
Cour;  Maran ,  docteur  régent;  Vayssièrc ,  ci-dcvant  conseiller  et  magistrat  prósidial; 
du  Plantý,  Molinicr ,  Palarin ,  d’ Hautfjoul,  Courtois,  Barthès ,  d’Aties  ei  Baina- 
guct ,  Mainteneurs  et  Maitres  des  Jeux  Floraux. 

Laurèats  do  Vannêe  1635. 

La  Violette,  adjugée  â  M«  Pol  François  de  Belloy ,  advocal,  Toulousain,  pour  un 
Chant  Royal  ayant  pour  refrain  :  * 

I.e  funeste  desbris  de  la  tour  d’Assyrie. 

l.’Esglaniine,  adjugèe  à  Me  Pierre  lioger,  advocat,  Gascon,  pour  le  Chant  Roval 
dont  le  refrain  est : 

La  Verge  qui  gerrae  dans  I’arche  d’allianee. 

Le  Souci ,  adjugó  à  Raron,  advocat.  et  passé  maistre  par  le  Chant  Royal  qu’il  a 
prononcé  dont  le  rcfrain  est  : 

L’astie  renouvelanl  les  beautés  de  l’année. 


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-  233  - 


Ne  couvre  plus  nos  champs  de  frimats  ni  de  glace, 

Le  nocher  se  rasseure  et  reraet  son  vaisseau 
Sur  l’ondequi  tantost  lui  marquoit  le  tombeau, 

Prochnè  se  resjouit,  jadis  infortunée, 

Et  mesmes  des  petits  chantent  dans  leur  bereeau 
L'astre  rcnoucclunt  les  beautcs  de  l'annèe. 

Jupitcr  n’eut  jamais  un  si  grand  advantage 
Que  lorsqueson  amour  Teustainsy  transformé, 

Sous  une  pluye  d’or,  ou  sous  un  beau  plumage 
La  fllle  d ’Agenor  ne  l’auroit  pas  aimé; 

Qu’il  doibt  estre  bien  faict  puisque  Junon  l’embrasse 
Et  que  de  tous  còtés  les  astres  luy  font  place; 

Astrèe  pour  ie  voirdétache  son  bandeau, 

Ariadne  le  baise  et  luy  faict  un  chapeau 
Des  doutze  diamants  dont  elle  est  couronnée 
Et  vouldroit  embellir  d’un  plus  rare  joyau 
L'astrc  rcrioucelant  lcs  beautès  de  l'anncc. 

On  ne  tira  jamais  un  funeste  présage 

De  son  divin  aspect  dont  le  monde  est  charmé, 

Et  bien  que  pour  marquer  sa  force  et  son  courage 
D’un  arc  d’or  et  d’yvoire  il  ayt  le  front  armé, 

Laissant  pour  le  lion  l’orgueil  et  la  menace, 

Ainsi  que  les  jumeaux  il  promet  la  bonace, 

Dans  tout  le  Zodiaque  ii  n’est  rien  de  si  beau 
Que  l'esclat  radieux  qui  part  de  ce  ílambeau. 

Aussy  la  nuict  est  triste  et  la  lune  estonnée 
Si  l’ombre  quelquefois  couvre  de  son  rideau 
L'astre  rcnoucelant  lcs  beautès  dc  i'anncc. 

EXPLICATION  D’ALLÉGORIE 

Bertier ,  des  vicieux  la  terreur,  le  fléau, 

Je  peints  vostre  vertu  dans  ce  petit  tableau; 

Toulouse  où  vous  m’avez  tant  de  gloire  donnée 
Voit  briller  son  esclat  ainsi  qu'au  renouveau, 

L'astrc  renoucclant  les  beautès  de  l'annèc. 

L’obtention  des  trois  fleurs  onvrait  de  droit  à  Baron,  les  portes  de  TAca- 
démie  ;  il  y  fut  admis  corarae  Maitre-es-jeux.  II  remercia  la  Société  des 
fleursdans  une  Odeassez  longuequi  nousa  étéconservée  par  le  Prèsident 
d'Orbe8san  (1)  et  qui  mérite  d’être  connue. 

(1)  Anne-Mario  d'Aignan ,  marquis  d’Orbessan ,  baron  d'Atas ,  pr*‘sident  â  mor- 
tier  du  Parlement  de  Toulouse,  membre  de  l’Académie  des  Sciences,  lnscriptions  et 
Belles-Lettres  de  cette  ville  et  Mainteneur  des  Jeux  Floraux. 

Le  chàteau  d'Orbessan  fut  le  berceau  de  ses  ancétrcs. 

Dès  sa  plus  tendre  enfance,  au  ruilieu  des  fortes  òtudes,  le  Président  d'Orbessan 
s'etait  épris  des  charmes  semés  daus  les  livres  classiques  et  animé  de  la  passiou  du 
rrai,  du  beau,  de  l’utile  répandus  dans  les  monuments  litU'raíres  et  artistiques  de> 


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—  234  — 


ODE 


EN  ACTIOXS  de  graces  du  dernier  trix  qu’il  avait  remporté 

Nymphes,  qui  buvez  lo  Permesse 
Vous  m’avezenfìn  rccêtu  (1) 

Après  une  longue  promesse, 

Des  fruits  qu’on  donne  à  la  certu  (2), 

Votre  faveur,  si  peu  commune, 

A  fait  triompher  raa  fortune; 

Et  d’un  favorable  support 
Contre  la  tempète  et  l’orage 
Où  tant  d’autres  ont  fait  naufage 
J’ai  trouvè  la  douceur  du  port. 

L’astre  qui  répare  l’année 
Et  pour  qui  j’ai  tant  de  respect 
M’a  fait  voir  l’heui’euse  journée 
Que  j’attendois  de  son  aspect. 

Par  lui  j’ai  reçu  la  couronne 
Qui  trois  fois  le  front  m’environne 
Avec  de  si  belles  couleurs; 

Que  leur  éclat  même  désigne 
Qu’il  n'appartient  qu’à  ce  beau  signe 
De  faire  revenir  los  ileurs  (3). 

Que  Pisc  célèbre  sa  fète 
Où  tant  d’athlètes  courageux 
Vieillissent  après  la  conqnète 
Du  prix  qu’on  reçoit  en  ses  jcux  (4); 

Que  Florc  désormais  renomme 
Ceux  qu’on  lui  consacrait  à  Rome; 


anciens. 

Entrè  fort  jeune  au  Parlement  de  Toulouse  avec  la  charge  hèrèditaire  de  Conseiller, 
il  v  devint  bieutòt  Prèsideut  à  mortier  et  aurait  été  plus  tard  èlevé  à  la  dignitc  de 
Chef  de  la  Corupagnie  s’il  avait  voulu  aceepter  les  oífres  du  ( Jianceìier  de  Meaupoti. 
II  abandonna  la  carrière  cn  1749,  au  grand  regret  de  scs  collègues,  laissant  un  grand 
vide  dans  le  Parlement. 

II  entreprit  des  vovages  en  Italie,  en  Grèce  et  jusipi’en  Palcstine,  et  il  en  rapporta 
une  masse  de  connaissances  variécs  qu’il  rèpaudit  dans  ses  oeuvres  imprimèes  (2  vol. 
in-8**,  Auch,  1788),  destinées  à  scs  amis  seulement,  d'uprès  sou  èpigraphe^  noa  remto 
»  culdani  nisi  aniiei<  »  et  où  il  traiiait  successivement  divers  sujets  d’archèologie, 
de  glyptique,  d’histoire,  de  nuraismatique  et  mème  d’agriculture. 

Le /Président  d’Orbessan  sacrilla  ègalement  aux  Nluses,  iniitant  en  cela  son  voism 
et  compatriote  Baron,  de  Pouyloubrin.  Lorsqu’il  eut  rèsigné  sa  charge,  et  apres  ses 
voyages  dc  Iong  cours,  il  s’arréta  quelque  tempsà  Paris  pour  rentrer  ensuite  «latis  son 
chàtcau  qu’il  ne  devaii  plus  quitter.  II  y  terrnina  paisiblement  ses  jours  le  3  uovembre 
1796  dans  uti  ágc  fort  avancè  et  cclibátaire. 

(1)  Gratiflè. 

(2)  Anx  talents. 

(3)  Allusion  aux  prix  distribués  le  3  mai  de  chaque  annèe.  v  , 

(4)  Les  jeux  dc  Pi.<e  ou  d’Olimpie  en  Elidc  datts  le  Pìd  iponese  ou  l’ott  cèlebrait  les 
jcux  Olymphptes  dout  on  attribuait  l’inslituiion  à  Hcrcule. 


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—  235  — 


La  pompe  qui  reluit  ici 
Surmonte  leur  magnificence, 

Et  toute  leur  réjouissance 
Ne  valait  pas  nôtre  souci  (1) . 

Tous  ces  tournois,  dont  la  raémoire 
A  péri  dans  la  nuit  des  temps, 

N'offrent  à  peine  dans  VHistoirc 
Leurs  mémorables  combatants; 

Mais  aujourd'hui  notre  Toulouse 
En  rendant  la  terre  jalouse 
Du  riche  ornement  de  ses  Prix, 

Répand  une  rare  semence 
Dedans  les  jardins  de  Clèmencc 
Qu’elle  n’ouvre  qu’aux  bons  esprits. 

Après  ma  première  conquête 
J’avais  presque  désespéré 
De  porter  jamais  sur  ma  tête 
Le  bandeau  dont  je  suis  paré. 

On  assuroit  qu’en  ce  Parnasse 
L’Etranger  n’avoit  jamais  place, 

Quelque  rang  qu’il  eùt  mérité; 

Qu’une  fleur  étoit  son  partage. 

Et  qu’en  espórer  davantage 
Tenoit  de  la  témérité. 

Maisquelle  ignorance  profonde ! 

Quelleerreur  d’un  peuple  léger  I 
Bicn  qu’il  fasse  le  tour  du  monde, 

Phoebus  n’est  jamais  étranger, 

Ses  filles  ont  mème  louange 
Chacune  étale  ses  douceurs; 

Et  bien  que  parfois  séparées 
Elle8  sont  partout  révérées, 

Et  ne  laissent  pas  d’ètre  soeurs. 

Ocide  paya  la  folie 
D’avoir  lascivcment  écrit : 

II  n’emporta  de  Fltalie 
Que  son  sçavoir  et  son  esprit 
Le  Scyte  félon  et  barbare 
Fut  ravi  d’un  homme  si  rare; 

Et  certes  des  plus  froids  liyvers 
Sa  plume  auroit  été  flétrie 
Si  seulementen  sa  patrie 
On  eut  fait  état  de  ses  vers. 

(1)  C’était  sans  doute  la  prmcipale  íleur  que  Fou  distribuait  alors  ;  ce  jeu  dc  mois 
était  dans  l’esprit  du  temps. 


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—  236  — 

Par  cet  art  faraeux  que  je  vante, 

Et  dont  les  attraitg  sont  si  doux, 

Ma  Muse  a  passé  pour  sçavante 
Et  s’est  faite  connoitre  a  vous. 

Sans  lui  toute  ma  renommée 
Se  perdroit  ainsi  que  fumée, 

Après  avoir  payé  Caron; 

Et  la  plus  heureuse  mémoirc 
Ne  conserveroit  pas  la  gloire 
De  Pouylouhrin  ni  de  Baron . 

Berthicr^  le  soleil  de  ce  temple 
Et  mon  plus  favorable  appui, 
Corame  vous  êtes  sans  cxcmple  (1) 
Votre  faveur  l’est  aujourd’hui. 

Aussi  mes  soins  et  mon  étude, 
Ennemis  de  l'ingratitude 
En  garderont  le  souvenir 
Jusqu’au  dernier  point  de  raa  vie; 
Ils  vous  redonneront  envie 
De  m’obliger  à  ravenir. 

Malgré  les  lois  des  destinées, 
Comme  un  superbe  monument, 

Les  fleurs  que  vous  m’avez  donnêes 
Dureront  éternellement. 

Oui;  lorsque  la  rigueur  de  l’àge 
Abattra  le  plus  grand  courage 
Qui  ílatte  Torgueil  des  humains, 

Sa  force  ne  pourra  détruire 
Ces  trésors  que  chacun  admire 
Pour  être  partis  de  vos  mains. 

Et  vous  demi-Dieux  adorables, 

D’où  la  vertu  prend  ses  appas, 
Après  tant  de  fleurs  admirables 
Quel  fruit  ne  vous  devrais  je  pas  f 
Les  traits  de  ma  plume  féconde 
Vous  montreront  à  tout  le  monde 
Avec  un  ornement  si  beau, 

Que  la  beautó  de  mon  ouvrage 
Ne  soutírira  jamais  loutrage, 

Ni  des  siècles,  ni  du  tombeau. 

Tant  que  je  remplirai  ma  veine 
Des  ondes  du  sacré  vallon, 

Où  je  vais  quelquefois  sans  peine 
Puiser  les  faveurs  d’AppolIon, 


(1)  Sans  modèle. 


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Je  n’entretiendrai  la  mómoire 
Que  de  vous  et  de  votre  gloire; 

Et  louant  même  aprés  mon  sort 
L'effet  de  votre  bienveillance 
Ma  bouche  rompra  le  silence 
Dedans  l'empire  de  la  raort  (1). 

Grands  Princes  de  ce  Capitole, 

Où  vos  portraits  sont  appendus, 

Quel  conseil,  ou  quelle  parole 
Pourroit  exprimer  vos  vertus  î 
Une  fidèle  obéissance 
Tiendra  lieu  de  reconnaissance; 

Et  les  plus  grands  seront  jaloux 
Quand  je  flatterai  les  oreilles 
Des  doux  accords  et  des  merveilles 
Que  ma  lyre  fera  pour  vous . 

Mais  à  quel  discours  je  m’engage 
Au  souvenir  de  tant  drhonneur  ! 

Plus  je  fais  durer  mon  hommage 
Plus  je  diffère  mon  bonheur. 

Je  suis  à  la  fin  de  ma  course  : 

Le  taureau  (2)  qui  m’a  servi  d’ourse, 

Me  découvre  un  port  assuré; 

Oui,  par  sa  bénigne  influence 
Je  vais  avoir  la  jouissance 
Du  bien  que  j’ai  tant  désiré. 

Chastes  Vierges  que  je  révère, 

Depuis  que  vous  m’avez  appris 
Ce  haut  et  relevé  mystère 
Qui  m’a  fait  avoir  tant  de  prix; 

Puisque  dans  ce  nouveau  Parnasse, 

Après  dix  ans  nous  trouvons  place, 

Ne  nous  écartons  pas  d’ici, 

Quelqu’autre  lieu  qui  nous  demande, 

A  moins  que  Dieu  ne  le  commande, 

Où  que  Bcrthiet  ie  veuille  aussi. 

Grâce  aux  documents  fournis  par  le  registre  de  l’Académie  des  Jeux 
Floraux,  il  nous  est  permis  de  suivre  aisément  la  carrière  de  Baron.  C  est 
ainsi  qu’en  1636 ,  nous  savons  qu’il  figure  parmi  les  juges  du  coneours  en 
sa  qualité  de  Maître-ès-jeux.  II  en  sera  de  même  en  1637 ,  mais  ù  cette 
date,  il  a  ajouté  à  son  litre  d'avociil  celui  de  Docteur  en  droit.  Les  procès- 
verbaux  de  1638  et  1639,  ne  raentionnent  pas  le  nora  de  Baron  ;  nous  en 

(1)  Trépas. 

<2)  Fiûe  allusion  aux  armes  de  la  maison  du  prósident  Berthier  (C’était  un  taureau). 


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—  238  - 

Soupçonnons  le  motif.  Forcé  de  quitter  Toulouse  pour  rejoindre  son  père 
âgé  et  infirme,  il  avait  regagné  le  lieu  de  sa  naissance.  Nous  le  verrons 
bien  encore  en  1640  au  nombre  des  juges  du  concours  ;  mais  à  partir  de 
1641,  son  nom  ne  figure  plus  sur  le  registre.  La  mort  du  vieux  juge 
d 'Astarac,  survenue  très  probablement  à  cette  époque,  jeta  un  trouble 
profond  dans  son  existence.  Renonçant  à  ses  rêves  d’ambition,  il  abandonne 
une  situation  acquise  des  plus  enviables,  un  avenir  des  plus  brillants, 
pour  vivre  à  la  campagne. 

Dêsormais  seul,  maître  de  sa  terre,  il  ne  songera  pas  à  Tagrandir  mais  à 
approprier  sagement  le  domaine  paternel,  à  Forner  sans  faste,  à  le  rendre 
commode  et  agréable  sans  grosse  dépense.  II  se  contente  d’une  honnète 
médiocrité,  possédant  en  sommo  dans  un  petit  rayon  ce  qu’il  pouvait  sou- 
haiter  dans  son  rêve  de  poète  propriétaire,  son  hoc  erat  in  votis,  II  obtient 
ainsi  ce  qui  était  à  ses  yeux  le  premier  des  biens,  la  liberté  de  s 'appartenir, 
de  se  posséder,  autant  que  la  chose  était  possible,  de  vivre  pour  lui.  Qu'on 
ne  Faccuse  pas  trop  sévèrement  d’égoïsme,  car  il  est  excusable  de  ne  s’être 
occupé  que  d’être  heureux,  n’ayant  nulle  autre  chose  à  faire.  Heureux  !  il 
Fétait  à  peu  de  frais  sachant  tirer  parti  du  peu  qu’il  possédait.  On  se  le 
représenle  passant  sa  vie  à  Pouyloubrin  en  doux  loisirs.  II  seHève,  il  se 
couche,  il  sort,  il  rentre,  il  travaille,  il  se  repose  à  ses  heures  sans  autre  loi 
que  sa  fantaisie.  II  distribue  son  temps  comme  il  lui  plaît  entre  le  commerce 
de  ses  amis,  la  reverie,  la  composition  poélique,  la  lecture  des  bons  vieux 
auteurs,  ’Ie  sommeil,  et  cet  autre  sommcil  tout  èveillè  qui  rend  si  bien  le 
délicieux  :  inertibus  horis  d ’Horace  !  la  vie  paresseuse,  Viners  vita ,  de 
Tibulle,  heureuse  indolence  semblable  à  celle  de  Lafontaine ,  qui  disait 
comme  ses  devanciers  «  ne  rien  faire  ».  Elle  n’a  étè  autre  chose  pour  ces 
excellents  poètes  que  la  rèverie  féconde  d'où  sont  sortis  leurs  admirables 
vers. 

Tenant  à  bien  remplir  son  existence,  il  fair,  comme  dit  Montaigne , 
«  Sa  profession  est  de  la  vivre  mollement  pour  la  jouir  au  double  des 
autres.  »  II  cherche  le  bonheur  par  le  chemin  d’une  philosophie  non  point 
chagrine  et  morose,  mais  douce,  agréable  «  mère  nourrice  des  plaisirs 
humains.  » 

La  noblesse  de  son  caractère,  la  dignitè  de  ses  manières,  enfin  son  heu- 
reux  naturel,  ses  riches  qualitès  du  coeur  et  de  Fesprit  lui  créèrent  des 
relations  les  plus  honorables. 

C’est  dans  cette  paisible  rctraite,  que  Baron,  aimait  à  faire  les  honneurs 
de  sa  pelite  aisance,  à  traiter  dc  son  mieux  ses  rustiques  voisins.  A  ces  repas 
simples  et  affranchis  de  règles  gcnantes,  la  conversation  était  libre  et 
enjouèe,  sans  ètre  futile.  Cette  demeure  hospitalière  s’ouvrit  aussi  à  des 
hôtes  de  haut  parage.  La  nobiesse  d’Armagnac  et  d’Astarac  le  visitait 


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_ _ _  ( 


souvent,  lui  témoignantamitiéet  considération.  La  magistrature  etleclergé 
s'y  coudoyaientaux  meilleurs  jours  et  applaudissaient  ensemble  les  strophes 
spirituelles  et  harmonieuses,  modestement  débitées.  Le  premier  Président 
Berthier ,  son  collègue  à  TAcadémie,  le  protecleur  des  gens  de  lettres,  et 
dont  la  vertu  et  les  lalents  poétiques  furent  chantés  par  Goudelin  (1),  ne 
dédaignait  point  de  Fy  voir  chaque  année,  il  recevait  également  la  visile 
dfun  évêque  d’Aire  devenu  son  ami ;  c’était  ordinairement  à  la  saison  des 
figues  (2),  dont  le  bon  prélat  s’était  rendu  très  friand.  L’un  des  ancêtres  du 
Président  d’Orbessan  (3),  se  rendait  parfois  au  Garrousset  et  était  reçu  à 
la  lable  du  Poète. 

Enfìn  des  relations  les  prlus  cordiales  furent  élablies  avec  tous  les  poètes 
ses  contemporains  qui  venaient  rendre  hommage  au  confrère  de  son  talenl 
et  de  sacordiale  bienvenue.  Une  intime  liaison  le  rapprocha  de  Dastros , 
son  voisin,  le  joyeux  chantre  de  la  Lomagne.  Un  seul,  dil-on,  resta  volon- 
tairement  à  Fécart,  c’est  FAuscitain  Bedout. 

Comme  Poète,  Baron  eut  son  heure  de  célébrité,  comment  alors  s'expli- 
quer  que  son  nom  ne  soit  connu  de  nos  jours  que  de  quelques  leltrés  ?  La 
cause  de  cet  oubli  injustifié  est  cependant  toute  naturelle,  ses  oeuvres  sont 
restées  inédites. 

Le  Président  d’Orbessan,  dans  un  article  consacré  à  Baron  (4),  dit  bien 
qu'il  a  laissé  un  petit  volume  in-4°  de  ses  oeuvres  en  langue  Gasconne  et 
Française  et  qu’il  en  possède  Foriginal,  mais  il  oublie  de  nous  dire  si  elles 
ont  jamais  été  imprimées.  En  tout  cas,  aucun  bibliographe  ne  les  a  citées, 


(1)  A  Monaeìgneur  le  premier  Prêsiclent 


Merbeillous  Bertiè ,  bous  ets  el 
En  qui  la  perfecciu  demoro 
De  qui  nostro  terro  s’hounoro, 
Coumo  le  Cél  de  soun  Soulel, 

Bostre  lezé  se  dibertis 
A  courtisa  las  nau  sourretos 
Que  bous  íourissen  Jas  flouretos 
Des  Grecs,  Francòses  ei  Latis. 


Merveilleux  Bcrthier  vous  étes  celui 
Dans  lequel  la  perfection  demeure, 

Et  de  qui  notre  terre  s’honore 
Comme  le  CieJ  de  son  îíoleil. 

Votre  loisir  s’amuse 
A  courtiser  les  neuf  soeurs 
C>ui  vous  fournissent  les  fleurs 
Dcs  Grecs,  des  Français,  des  Latins. 


A  Monsetgneur  le prcnucr  Prèsulent,  rJiancelier  des  Jeux  Floraux  et  á  Messieurs 
lcs  Juges  ôt  Mainteneurs.  —  Fhtite  Saj.utation. 


....  Pla  bous  bal.  filletos  de  Floro, 
Que  Je  Gran  Bertiè  bous  hounoro, 
De  qui  le  noum  a  meritat 
L’aunou  de  l’lmmourtalitat. 


Bien  vous  en  vaut,  íilles  de  Flore, 
Qne  le  grand  Berthur  vous  honore, 
l.ui  dont  le  nom  a  mérilé 
L’honneur  de  l’Immortalih;. 


( G  o  i ;  d  e  1. 1  n  ■ -  N  o  u  n  i-:  i  .o-  F  lo  u  h  eto)  . 

(2)  Baron,  dans  son  Ode  de  Pouyloubrin,  exalte  le  mérite  de  ses  fìgues  dont  il 
attribuait  la  délicisuse  saveur  au  terroir  de  I*ouyloubrin.  Au  dire  de  Janin ,  Horaee 
cultivait  des  choux  renommés  dans  ses  jardins  de  Tibur. 

(3)  Ce!a  est  tròs  probable,  cette  iainille  avant  possédé,  comme  on  le  sait  déjà,  des 
terres  seigneuriales  à  Pouyloubrin. 

(4)  Mémoire  lu  daíns  une  séance  de  l’Académie  des  Jeux  Floraux.  le  19  mai  1769, 
conteuu  dans  ses  variétés  littéraires  pour  servir  de  suite  aux  mélanges  historiques, 
critiques,  de  pbysique,  de  liltérature  et  de  poésie.  Tome  n,  page  134.  (Bibliothèque 
d'Auch). 


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—  240  — 

auiîune  bibltothèque  ne  les  possède,  et  si  elles  ont  été  publiées,  leur  perte 
est  irréparable. 

Pour  y  suppléer,  nous  avons  puisé  à  quatre  sources  difïérentes  :  1°  Les 
Archives  de  U Acadéniie  des  Jeux  Floraux  ;  2°  Le  Président  d’Orbessan ; 
3°  Les  Mémoires  manuscrits  de  M.  Yabbé  d’ Aignan  du  Sendat ;  4°  Le 
Parterre  Gascony  publié  en  1850,  par  Philibert  Abadie  ;  5°  Une  remar- 
quable  étude  sur  le  Poète,  par  M.  Léonce  Couture ,  qui  a  eu  le  mérite  de 
le  mettre  le  premier  en  pleine  lumière  et  d'exhumer  ses  oeuvres  manus- 
crites. 

Ces  éléments  réunis  nous  ontfourni  une  matière  sufïisante  pour  Tétudier. 

Nous  avons  pu  nous  convaincre,  par  les  nombreuses  citaiions  que  nous 
venons  de  produire,  que  Baron,  en  tant  que  poète  Frau<;ais,  possédait  du 
talent  et  de  la  fécondité,  ainsi  que  le  sentiment  des  traditions  classiques.  Si 
parfois  son  style  n'est  pas  assez  châtié,  il  rachète  ce  défaut  par  du  naturel, 
de  la  douceur  et  un  véritable  sentiment  de  l'art.  Malgré  tout,  son  langage 
est  du  meilleur  français  d'alors,  bien  supérieur,  dans  tous  les  cas,  à  celui 
qu’employaient  ses  émules  de  la  Gaseogne  et  qu’ií  nous  a  été  permis  d?ap- 
précier.  Son  mérite  est  d’autant  plus  précieux  à  nos  yeux,  que  la  province  à 
cette  époque  avait  son  existence  propre  et  détachée,  la  cour  et  la  ville  impo- 
sant  le  règle  du  beau  langage.  Si  imparfaites  qu'eiles  nous  paraissent  de 
nos  jours,  les  oeuvres  de  jeunesses  reflètent  la  gràce  et  la  fraîcheur  de  Tins- 
piration  qui  les  a  dictées.  C’est  là  que  les  poètes  mettent  ce  qu'il  y  a  de 
meilleur  en  eux,  c’est  là  qu’ils  efïeuillent  la  virginité  de  leur  ame;  à  ce 
titre  elles  ont  droit  à  notre  respecî. 

Nous  avons  encore  de  lui  trois  Sonnets  qui  nous  ont  été  conservés  :  le 
premier  s’adresse  aux  Monts  Pyrénèens ,  le  second  concerne  les  Bains  de 
Barège ,  et  le  troisième,  la  Rivière  de  UAdour. 

Nous  nous  abstiendrons  de  les  commenter,  on  peut  les  iire  aux  sources 
que  nous  avons  indiquées.  Ils  sont  du  reste  couiés  dans  le  même  moule 
que  ceux  des  de  Gombaud ,  du  Pelletier ,  Maynard  et  Malteville . 

Mais  je  no  puis  souffrir  qu’un  esprit  de  travers, 

Qui  pour  rimer  des  mots  pense  fairedes  vers, 

a  dit  Boileau  dans  son  Epitre  au  Roi ,  c’est  le  cas  de  Baron.  Nous  y  trou- 
vons  trop  de  mots  et  trop  peu  de  pensées;  celle  qui  termine  lient  à  cette 
galanterie  des  poètes  Italiens  dont  la  France  reçut  les  sonnets  vers  le 
xvie  siècle,  et  qui  comparent  toujours  leurs  belles  au  soleil. 

A  cela  près,  les  sonnets  de  Baron,  ne  sont  pas  trop  mal  tournés,  et  de 
son  temps  ils  ont  pu  faire  illusion  (1). 

(1)  Mémoires  mauuscrites  de  l’abbé  Daignan  pour  servir  à  l’histoire  et  description 
de  la  villc  d’Auch.  (Bibliothêque  d’Auch.) 


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—  241  — 

En  ajoutant  à  notre  nomenclature  des  Epigrammes ,  des  Madrigaux  et 
quelques  Epitaphes  très  gentiment  tournées,  raais  en  petit  nombre,  nous 
aurons  épuisé  Yceuore  française  de  Baron  qui,  sans  mériter  de  survivre,  a 
vécu  et  recueillit  à  son  apparition  sa  part  d’honneur  et  de  faveurs. 

Campagnard,  vivant  de  la  vraie  vie  des  champs,  noíre  poète  tint  à  hon- 
neur  de  cultiver  Tidiome  paternel  qu'il  aimait  tant  à  parler  etqu’il  maniait  si 
bien.  Un  charme  particulier  Tattirait  vers  cette  poésie  en  langue  vulgaire 
qui  devait  s’accroître  par  son  araour  de  la  vie  rustique.  II  la  irouvait  plus 
que  tout  autre  conforme  à  la  nature,  plus  saine,  plus  agrêable ,  plus  paisible, 
plus  raorale,  et  ces  motifs  de  préférence  il  aima  à  en  renouveler  1‘expression 
dans  des  délicieux  morceaux  composés  presque  tous  aux  chanips,  nès  de 
son  loisiret  du  sentiraent  réfléchi  de  son  bonheur. 

Aussi  avecquelle  vériiéd’accent  il  parle  de  son  domainede  Pouyloubrin, 
du  charme  de  ses  eaux  et  de  ses  ombrages,  où  il  trouvait  la  solilude  et 
l'indépendance,  dans  TOde  suivante  : 


ODE  Â  POUYLOUBRIN  (1) 

Cantem,  gascounes  pastourettes 
Las  bigarrades  mountagnettes, 
Deu  tucoulet  de  Pouyloubrin; 

E  per  sa  glorie  qu’es  ta  bere 
Hasan  tinda  per  la  ribére 
Lous  fredous  de  nostre  clarin. 

Aquet  bèt  loc  de  ma  nechense 
Merite  per  recounechence 
Un  councert  tà  plan  aiustat, 
Qu’au  dous  aire  de  noste  muse 
L'embeie  se  trobé  eamuse, 

E  lou  préts  de  noste  coustat. 

Aquiu,  qué  quès  digue  Parnasse, 
Es  Tendret,  é  l’hurouse  place 
Oun,  aprés  aquet  gran  aygat 
Que  troubèc  la  terre  petite 
Deucalioun  (2  rehèc  la  bite 
Deu  mounde  qui  sére  nêgat. 


ODE  A  POUYLOUBRIN 

Chantons,  Gasconnes  pastourellcs 
Les  petites  montagnes  variêes, 

De  la  petite  montagne  de  Pouyloubrin, 
Et  pour  sa  gloire  qui  est  si  belle 
Faisons  résonner  le  long  de  la  rivière 
Les  refrains  de  notre  hautbois. 

Ce  beau  lieu  de  ma  naissance 
Mérite  par  reconnaissance 
Un  concert  si  bien  préparé, 

Qu’au  doux  accents  de  notre  Muse 
L’envie  se  trouve  confuse, 

Et  met  le  prix  de  notre  côté. 

Là,  quoiqu’en  di.se  Parnasse, 

Est  l’endroit  et  Theureuse  place, 

Où,  après  ce  grand  dêluge 
Qui  trouva  la  terre  petite, 

Dcucalion  redonna  la  vie 
Au  monde  qui  s'était  noyê. 


(1)  Baron,  a  employé,  dans  ses  ceuvres  Gasconnes,  la  vraie  nnHhode  orthographi- 
que  suivant  en  cela  la  route  tracée  par  ses  devanciers. 

Pour  le  comprendre.  il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que  IV  muet  remplace  l’o  íìnal  et 
que  la  lettre  u  après  une  voyelle  texcepté  après  un  O)  se  prononce  ou  mais  sans 
former  une  syllahe  :  Ex.  haiit ,  Ccu ,  Diu,  biu ,  suu,  pour  haout,  Céou,  Oiou,  biou, 
suou,  etc..  monosyllabes. 

(2>  Roi  de  ThessaJie,  íils  de  Prométhée  et  mari  de  Pyrrlia.  Les  Dicux  firent  périr 
tous  les  hommes  de  son  temps  par  un  déluge  universel  'parce  qu'ils  ètaient  méchants. 
Deucalion  et  Pyrrha  en  furent  préservés  à  cause  de  leur  équité.  Après  le  déluge  ils 
consultèrent  Toracle  de  Thémis  qui  leur  conseilla  de  jeter  les  os  de  leur  mère,  cVst-à- 
dire  des  pierres,  derrière  eux,  par  dessus  leur  tête  ;  et  ces  pierres  en  sortant  de  leurs 
mains,  se  métamorphosaienl,  celles  de  Deucalion  en  hommes,  et  celles  de  Pvrrha  en 
íemmes.  (Ovide,  Liv.  ì,  Métam.)  *  16 


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—  242  — 


Lou  boussutqui  lous  Dious  empare 
Dab  sa  liautou  nou  s’accouinpare 
A  l’aunou  de  noste  climat 
Per  aiien  quauque  ielousie 
Ossa  (1)  sentich  trop  la  rousie 
E  Pclion  (2;  es  trop  cramat. 

La  Pirène  cap-releuade, 

De  thils  et  de  pignés  couhade 
Nou  gause  banta  pròs  de  nous 
Pic  d 'Abidon  ny  de  Meydic 
Ni  Jous  tepès  de  T/iessalic , 

Nou  soun  pas  nostes  coumpaignous. 

Au  plus  haut  d’aquere  montade 
Mille  arberets  hèn  la  ramade 
E  surtout  au  soumeit  d'un  tap, 
Cubert  d’un  tapis  de  berdure, 

Oun  tout  lou  jour  l’oumbre  dure, 

Ue  grane  oume  leiie  lou  cap. 

Sas  branques  ta  plan  ournades 
Tout  esprés  semblen  ajustades 
Per  tira  contre  la  calou, 

Qui,  taleu  que  las  bé,  récule, 

Quan  l’estiu  dab  la  canicule 
Hé  cambia  l’herbe  de  coulou. 

Las  Nymphes  dansen  la  pabane 
Sur  la  poumpouse  barbacane 
Oun  ere  teng  sas  arrasics; 

E  l’amour  quey  hè  bésiadures, 

Per  esprouba  s’an  las  cars  dures, 
Lous  y  beng  da  quauques  pessics. 

Un  castet  de  pevre  carrade, 

De  sa  bieillesse  hè  parade, 

Sur  iie  tour  bastide  en  arbot, 

Qu’a  sous  titres  en  letre  rouge, 

Doun  lou  fret,  lou  bent  ni  la  plouge 
N’an  destintat  lou  mendre  mot 

Las  peyres  y  soun  enqouè  toutes 
Mais  las  murrailles  soun  arroutes, 
Despuch  qu’un  souldat  d’aquet  loc, 
Passat  force  cops  per  las  piques 
Eu  coumbat  deus  Jocs  Olimpiques 
Sur  toutis  s’empourtèc  lou  floc. 


Le  Mont  Olympe,  séjour  des  Dieux, 
Avec  sa  Jiauteur  ne  se  compare  pas 
A  l’honneur  de  notre  cJimat, 

Pour  cela  nous  éprouvons  quelquejalou- 
Ossa  sent  trop  Ja  résine  [sie 

Et  Pclion  est  trop  briilé. 

I^es  Pyrènées  tèto  relevées 
De  tilleuls  et  de  pins  coiffées 
N'osent  pas  vanter  près  de  nous 
Pic  d ’Abidon  ni  de  Mèdic 
Et  les  coteaux  de  Thessalic 
Ne  sont  pas  nos  compagnons. 

Au  plus  liaut  de  cette  éminence 
Mille  petits  arbres  font  la  ramée 
Et  surtout  au  sommet  d’un  tertre 
Couvert  d’un  tapis  de  verdure 
Où  tout  le  jour  J’ombre  persiste, 

Un  grand  orme  lève  ia  tète. 

Ses  branches  si  bien  ornées 
Tout  exprès  semblent  préparées 
Pour  garantir  contre  Ja  chaleur 
Qui,  sitòt  qu’il  les  voit,  recule, 

Lorsque  l’Eté  avec  la  canicule 
Fait  changer  l’herbe  de  couleur. 

Les  Nymphes  dansent  la  pavane 
Sur  la  fière  barbacane 
Où  eJJes  tiennent  leurs  ébats; 

Et  l’amour  qui  leur  fait  des  gentillesses 
Pour  éprou  ver  si  elles  on  t  les  chairs  dures, 
Vient  Jeur  y  donner  queJques  pincées. 

Un  chàteau  de  pierre  carrèe, 

De  sa  vieillesse  tire  vanité, 

Sur  une  tour  construite  en  voûte, 

Qui  a  ses  titres  en  iettres  rouges, 

Où  le  froid,  ie  vent  ni  la  pluie 
N’ont  efïacé  ie  moindre  mot. 

Les  pierres  y  sont  eneore  toutes 
Mais  Jes  murailles  sont  rompues, 

Depuis  qu’un  soldat  de  cet  cndroit, 

Passé  bien  des  íois  par  ies  piques 
Au  combat  des  jeux  Olympiques, 

Sur  tous  remporta  le  prix. 


(I  et  2)  Ossa  et  Pèlion ,  montagnes  de  la  Thessalie  que  les  géants  entassèrent  les 
unes  sur  les  autres  pour  escalader  Je  Ciel. 


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—  243  — 


Acy  qu‘un  aire  salutari 
Es  médecin  é  pouticari, 

Nou  parJe  pas  de  récipès; 

E  ses  aute  mau  ni  feblesse, 

Las  gens  mourïchen  de  bieiilesse 
Si  nou  s’aussisen  tout  esprès. 

Deu  temps  qu’un  rebès  de  fourtune 
Cassèc  Apollon  è  Neptune 
Deu  palaïs  oun  lotgen  lous  Dius, 
Neptune  à  Troye  massounaiie, 
Apollon  acy  cansounaiie 
Tout  au  long  d’aquestes  arrius. 

Despuch,  lou  tepè  ni  la  plane 
Nou  be  nade  aueille  de  mane, 

Si  lous  marrets  si  soun  baignats, 

Ni  lous  pousouès  dab  encantatje, 
N’an  entecat  noste  fourratje 
Ni  lous  aignets  embranats. 

Jamais  lou  Soureil  nou  s’apreste 
Per  tira  sa  lusente  teste, 

Que  nou  salude  Pouyloubrin; 

Coum  temps  passat  haseiie  à  Rhodcs 
Talèu  qu'et  boutgeaûe  sas  rodes 
Andè  repréne  soun  camin . 

Nostes  bousquets,  oun  touts  lous  dies 
Tan  d’auzerets  canten  maities 
Soun  per  oun  cau  ta  plan  partits 
Que  per  affln  que  tout  y  placie 
Lous  petits  aus  grans  baillen  gracie 
E  lous  grans  oundren  lous  petits . 

A  lour  fabou,  las  Ourèades  (1) 

Hèn  lous  festis  è  las  balades, 

E  ses  trace,  martet  ny  pic, 

Deguens  ùe  petite  cabane 
Dressen  à  l’aunou  de  Dianc , 

Un  auta  d’isop  e  d’aspic. 

Aquestes  bosses  bigarrades 
De  mile  flous  soun  pimparades; 

De  Cerès  soun  lous  escalous, 

E  las  poupétes  d’oun  Nature 
Tire  la  leit  e  la  pasture 
Doun  se  nouirichen  lous  balous. 

(1)  Nymphes  des  montagnes. 


lci  qu’un  air  salutaire 
Est  médecin  et  apothicaire, 

On  ne  parle  pas  d’ordonnances, 

Et  sans  autre  mal  ni  faiblesse, 

Les  gens  meurent  de  vieillesse, 

S’ils  ne  se  détruisent  tout  exprès. 

Du  temps  cju’un  revers  de  fortune, 
Chassa  Apollon  et  Neptune 
Du  palais  où  logent  les  Dieux, 

Neptune,  à  Troie,  maçonnait 
Apollon  ici  chansonnait 
Tout  le  long  de  ces  ruisseaux. 

Depuis,  le  coteau  ni  la  plaine 
Ne  voient  nulle  brebis  stèrile, 

Si  les  béliers  s’y  sont  baignés, 

Ni  les  sorciers  avec  leurs  sortilèges, 
N’ont  détérioré  notre  fourrage, 

Ni  les  agneaux  n'ont  été  gâtés. 

Jamais  le  Soleil  ne  s’apprête 
A  sortir  sa  brillante  tête, 

Qu'il  ne  salue  Ponyloubrin; 

Comme  temps  jadis  il  faisait  à  Rhodcs 
Sitôt  qu’il  remuait  ses  roues 
Pour  reprendre  son  chemin. 

Nos  bosquets,  où  tous  les  jours, 

Tant  de  joetits  oiseaux  chantent  matines 
Sont  là  où  il  faut  si  bien  placés. 

Qu’a  seule  fin  tout  y  soit  agréable. 

Les  petits  aux  grands  font  grôce, 

Et  les  grands  respectent  les  petits, 

Á  leur  faveur,  les  Orèadcs 
Font  leurs  fe^tins  et  leurs  danses, 

Et  sans  traces  de  marteau  ni  pic, 

Dans  une  petite  cabane 
Dressent  en  l’honneur  de  Diane 
Un  autel  d’hysope  et  de  lavande. 

Tous  ces  monts  variés 
De  mille  fleurs  parsenìês 
De  Cerès  sont  les  échelons, 

Et  les  mamelles  d’où  Natnrc 
Retire  le  lait  et  l’alimcnt 
Dont  se  nourrissent  les  vallons. 


I  _ 


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—  244  — 


Tant  de  rouquets  e  de  bousigues, 
Que  force  cresen  enemigues, 

Deu  prouflt  deus  tribailladous, 
Sauben  debat  lour  tnagre  mine 
L’esbat  deus  ausets  de  rapine 
E  lou  plazé  deus  cassadous. 

Flore ,  que  lou  Zèphir  poutoune, 
Beng  aci  bisita  Potimoune  (1) 

Que  perbesich  nostes  bergès, 

E  quan  Ja  sasoun  ac  demande 
Hè  braga  de  fruts  de  coumande 
Dinquiaus  mes  praubcs  atiargés. 

Themole ,  que  lou  nectar  embeje, 

Ta  doucement  nou  saboureje 
Coum  la  iiquou  de  noste  bin; 

Ny  iou  bignariu  de  Sècubc  (2) 

Nou  couie  ta  dous  coum  la  cube 
Deu  cameroy  de  Pouyioubrin. 

En  la  ribere  la  mès  grasse, 

Un  ta  boun  pasteng  nou  s’amasse 
Coum  lou  qui  crech  cn  nostes  prats, 
Tant  que  iou  Gers  mous  abesie 
E  hè  seca  de  ielousie 
Lou  Sousoun,  la  Lause  è  l  Arraés, 

Las  aragues,  las  rouges  mailloques 
Bermillejen  à  bères  troques 
Tant.  sur  la  plane  que  suou  roc; 

E  lou  jus  de  lour  ambrousie 
Més  dous  que  lou  mèou  rassasie 
Lous  majouraus  deu  noste  loc. 

Higues  blanques,  grises  è  nères, 
Coudouis,  auèrats,  poumes,  pères, 
Guindouiis,  sèrides,  bigarreus... 

Lou  mes  simplecasau  ne  baiile; 

E  quado  bigne  quès  tribaille 
Ne  passemente  sous  carreus. 

Pouris,  coum  de  Bucephales, 

Per  brouhous,  mulets  e  cabaies 
Nous  nou  troubam  prou  de  pastous. 
Bederets  nou  n’auen  ses  counde; 

E  lou  tnendre  pagès  abounde 
En  bouciis,  aueilles  è  moutous. 


Tant  de  rochers  et  de  friches, 

Que  beaucoup  croient  ennemis 
Du  gain  des  travaiileurs, 

Favorisent  sous  leur  maigre  apparence 
L’ébat  des  oiseaux  de  rapine 
Et  le  plaisir  des  chasseurs. 

Flore  que  le  Zéphir  baisotte 
Vient  ici  visiter  Pomone 
Qui  approvisionne  nos  vergers, 

Et  quand  la  saison  le  réclame 
Fait  éclore  des  fruits  de  choix 
Jusque  dans  nos  pius  pauvres  vergers. 

Themole,  que  le  nectar  envie, 

Si  agrèablement  ne  sent  si  bon, 

Comme  la  liqueur  de  notre  vin; 

Et  ie  vignoble  de  Sécube 
Ne  coule  si  doux  comme  Ja  cuve 
Du  crû  de  Pouyloubrin. 

A  l’entour  de  la  rivière  la  plus  fertile 
Un  si  bon  fourrage  nesamasse 
Comme  celui  qui  croítdans  nos  prairies 
Tant  que  le  Gers  nous  avoisine 
II  fera  sécher  de  jalousie 
Le  Sousson ,  la  Lauzee t  YArruts. 

Les  grappes,  ies  rouges  provins 
Vermillonnent  à  beiles  masses 
Tant  dans  la  plaine  que  sur  le  roc; 

Et  le  jus  de  leur  ambroisie 
Plus  doux  que  le  miel  rassasient 
Les  grands  de  notre  endroit. 

Figues  blanches,  grises  et  noires, 
Coings,  noisettes,  ponimes,  poires, 
Griottes,  cerises,  bigarreaux... 

Le  moindre  jardin  en  produit, 

Et  chaque  vigne  quiest  travaillée 
En  orne  ses  carreaux. 

Des  poulains  de  mèmequedes  chevaux, 
Pour  les  ânes,  mulets  et  juments, 

Nous  ne  trouvons  pas  assez  degardiens 
Des  veaux  nous  en  avons  sans  compter; 
Et  le  moindre  paysan  abonde 
En  bceufs,  brebis  et  moutons. 


(I)  Dècsse  des  fruits  et  des  jardins. 

(’J)  Vignoblc  de  Sicile  qm  fournissait  la  table  des  Dieux. 


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—  245  — 


De  perdics  tout  l’ayre  s’embroume, 
Are  en  tap,  tantos  en  la  coume, 

De  tourtères  mile  parcils; 

Lèbes,  lebrauts  é  quade  mate, 

E  ses  plapè  ny  casemate, 

Lous  counils  mous  tiren  lous  oeils. 

La  douts  de  noste  hount  contente, 

Lou  mes  alterat  destalente 
Dab  soun  cristail  qui  semble  biu; 

E  lou  Gers,  quan  la  bè  ta  fresque, 
Tout  escounut  deguens  la  cesque 
Nou  gause  pareche  l’estiu. 

Quan  la  gaujouse  primaiière 
Desplegue  sa  raube  mes  bère, 

Lous  auserets  resuscitats 
S’amassen  deguen  las  alées 
De  nostes  petites  balées 
E  tenguen  aquiu  lous  Estats. 

Dessus  touts,  un  couró  saubatge, 

Que  lous  habitans  deu  bilatge 
Apéren  lou  Rouchinoulet 
Dab  un  bec  qui  dab  tout  s  accorde, 
Soune  sur  iie  metiche  corde 
Luth,  espinete  et  ílageoulet. 

Echo  (1)  soulamens  acy  plouro, 

Quan  lou  soubeng  lou  tempsè  l’houre 
D’aquet  ta  malhurous  ahè 
Qui  neit  è  jour  la  turmentaiie, 

Quan  Narcisse ,  qn’ére  prégaiie, 

Lou  digoug  que  n’ac  boulò  hè. 

Acy  lou  merle  nisereie, 

Aci  la  tourtere  carreie, 

E  sur  la  fìn  deu  mes  de  mai, 

Dab  lour  mainadete  nauère, 

Peus  arbes  troubats  la  cuignère, 

De  l’aurio,  deu  tour  et  deu  gay . 

Mès  qui  pouire  se  rende  quiti 
En  lauza  lou  rare  meriti 
D’un  terradou  ta  renoumat? 

Sa  balou  de  peccat  m’accuse, 

E  preteng  de  quauqu’aute  muse, 

Un  oubratge  raillou  limat. 


De  perdrix  tout  l’air  s’obscurcit, 
Maintenant  en  hauteur,  tantôt  dans  le 
De  tourterelles  mille  paires;  [vallon; 
Des  lièvres,  levreaux  à  chaque  motte, 
Et  sans  clapier  ni  casemate 
Les  lapins  nous  fatiguent  les  yeux. 

La  source  de  notre  fontaine  contente, 

Le  plus  altéré  satisfait 

Avec  son  cristail  qui  semble  vivant, 

Et  le  Gers,  quand  il  la  voit  si  fraiche, 
Dissimuló  dans  les  roseaux 
N’ose  se  montrer  l’été. 

Quand  le  joyeux  printemps 
Etale  sa  robe  la  plus  belle, 

Les  pelits  oiseaux  ressuscités 
Se  rassemblent  dans  les  allées 
De  nos  étroites  vallées 
Et  tiennent  là  leurs  Etats. 

Par  dessus  tous,  un  chantre  sauvage 

Que  les  habitants  du  village 

Nomment  le  Rossignolet 

Avec  un  gosier  qui  avec  tout  s’accorde, 

Iraite  sur  une  unique  corde 

Luth,  épinettc  et  flageolet. 

Echo  seulement  ici  pleure 
Lorsqu’elle  se  souvient  l’époqueetl’heure 
De  cette  malheureuse  aventure 
Qui  nuit  et  jour  la  tourmentait, 

Quand  Narcisse,  qu’elle  implorait, 

Lui  répondit  qu’il  ne  voulait  pas  le  faire. 

Ici  le  merle  fait  son  nid, 

Là  la  tourterelle  charrie, 

Et  sur  la  fln  du  raois  de  mai 
Avec  leur  famille  nouvelle, 

Dans  les  arbres  vous  trouvez  le  l)erceau 
Du  Loriot,  du  Tour  et  du  Geai . 

Mais  qui  pourraitse  croire  dégagé, 

En  louant  le  rare  mérite 
D’un  terroir  si  renommé? 

Sa  gloire  de  tîédeur  m’accuse, 

Et  réclame  de  quelqu'autre  muse 
Un  ouvrage  mieux  limc. 


(1)  Cette  nvmphe,  flllede  l’Air  etde  la  Terre,  ayant  vouhi  se  íaire  aimer  de  Nar- 
ci#se  et  s’en  vovant  méprisée,  se  retira  dans  les  grottes.  les  montagnes  et  les  foréts, 
oû  elle  sécha  dè  douleur  et  fut  métamorphosée  en  rocher. 


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-  246  — 


Per  n’aue  pas  mes  de  bergouigne 
Jou  bouti  fin  à  ma  besouigne; 

E  pregui  que  d’aquet  tepé 
Toustem  lou  ceu  prengue  la  cure 
E  que  nade  male  abenture 
Noui  boute  iamés  lou  pé . 

Que  tout  soun  mau  sorte  dehore, 

Que  nade  tare  de  Pandorc  (1), 

Noui  porte  nat  brut  importun; 

E  placie  à  Diu  que  la  coumune 
Dab  las  cartes  de  la  Fourtuney 
N'aie  jamès  que  trente-un. 

Jamès  l'agraiie  ny  la  guerre 
Nou  benguen  en  aquere  terre 
Bouta  lou  repaus  à  l’escart; 

Mès  perlou  mens,  tant  que  iou  bisque 
Lou  boun  temps  ta  plan  s’y  partisque 
Que  ioun  aie  la  meillou  part. 


Pour  n’avoir  pas  plus  de  honte 
Je  mets  un  terme  à  ma  besogne; 

Et  je  prie  que  de  ce  coteau 
Toujours  le  Ciel  en  prenne  soin, 

Et  qu’aucune  mauvaise  aventure 
N’y  mette  jamais  le  pied. 

Que  tout  son  mal  reste  dehors, 
Qu'aucune  tare  de  Pandore 
N’y  apporte  trace  de  bruit  importun, 
Et  plaise  à  Dieu  que  la  commune, 
Avec  les  cartes  de  la  Fortune, 

N’ait  jamais  que  trente-un. 

Que  jamais  la  maladie  ni  la  guerre 
Ne  viennent  sur  cette  localité 
Mettre  le  repos  à  l’éeart, 

Mais  pour  le  moins,  tant  que  je  vive, 
Le  bon  temps  s’y  répartisse  si  bien 
Que  j’en  aie  la  meilìeure  part. 


Tel  est  1e  tubleau  que  Baron  a  tracé  de  Pouyloubrin  et  dans  lequel  il  s'est 
délecté  jusqu’à  s’oublier  comme  on  s’oublie  aux  lieux  que  l’on  chérit. 

Ce  devoir  filial  accompli  envers  son  viilage  et  son  foyer,  il  lui  restait  à 
payer  un  tribut  à  la  Gascogne.  II  lui  consacre  une  ode  palriotique  oii  en 
vrai  gascon  il  exaite  ses  mérites  ; 


ODE  A  L’AUNOU  DB  LA  GASCOUIGNB 

Muses,  aquô  mous  es  bergouigne, 

E  mous  deurém  accusa, 

(Juan  n’auém  de  loungtemps  en  sa, 
Cantat  l’aunou  de  la  Gascouigne. 

Despleguém  sa  glorie  sur  taule; 

E  que  per  dret  mous  sîe  permès 
De  la  banta  tout  à  jamés, 

Entroque  perdara  la  paraule. 

Si  noubs  y  penats  Aonidcs  (2) 

Ma  coulcre  boun  cassara, 

E  boste  nom  s’cspassara, 

Quan  ne  serats  horebandides. 


ODB  BN  UHONNBUR  DE  LA  GASCOGNB 

Muses,  cela  nous  fait  honte, 

Et  nous  devrions  nous  accuser 
Quand  nous  navons  depuis  longtemps 
Chanté  l’honneur  de  la  Gascogne.  [déjà 

Etalons  sa  gloire  sur  table 
Et  que  par  droít  il  nous  soit  permis 
De  la  glorifìer  à  tout  jamais 
Jusqu’à  ce  que  nous  perdions  la  parole. 

Si  vous  n’y  peinez  Aonides, 

Ma  colère  vous  en  chassera, 

Et  votre  nom  disparaitra 
Lorsque  vous  en  serez  bannies. 


(1)  CVtaitune  statue  que  Vulcain  fit  et  qu’il  aima.  Les  Dieux  s’assemblèrent  pour 
la  rendre  parfaite,  en  lui  donnant  chacun  une  perfection.  Jupiter.  irrité  contre  Pro- 
mcthr>\  qui  avait  dérohé  le  feu  du  (  iel  pour  animer  les  premiers  hommes,  envoya 
/’andore  sur  la  terre  avec  une  boite  où  tous  les  maux  étaient  renfermés.  On  dit  que 
Promèthêr ,  à  qui  elle  proposa  cette  boite,  l’ayant  refusée,  elle  la  donna  à  Epimèthéc 
quieut  rinsdiscrétion  de  rouvrir,  et  que  cíe  cette  boite  sortircnt  tous  ensemble  les 
maiix  qui  inoudèrent  toute  la  terre.  II  ne  resta  que  la  seule  espèrance  dans  le  fond. 

(2)  Aon,  fils  do  Neptune,  ayant  été  obligó  de  fuir  de  YApuln*.  vint  dans  )a  Bèotie 
où  il  s’établit  sur  des  montagnes  appelées  Aonienncs  de  son  nom.  Ces  montagnes 
furent  consacrées  aux  \fuses,  et  c’est  de  làqu’elles  ont  aussi  été  appelées  Aonides. 


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—  247  — 


Enquoére  que  tà  bere  race 
Deus  omes  que  nechen  aquiu 
Merite  que  quauque  gran  Diu 
Bengue  deu  Cèu  prene  ma  place 

Ses  menti,  jou  podi  sustengue 
Au  dise  de  bet  arramat, 

Que  countre  aquet  noble  climat 
Toute  la  terre  n’a  que  tengue. 

Que  las  beutats  mes  estimades 
En  soun  seï  prenen  nouiritut, 

E  que  la  gracie  e  la  bertut 
Per  tout  jamès  sy  soun  loutgeades 

Per  castéts,  bourgades  e  biles 
Oun  s’en  poden  trouba  d ’ataus 
E  per  las  faiçous  deus  oustaus, 
Quin  pot  bcse  de  mes  gentiles? 

Countre  las  forces  enemigues 
Oun  y  a  de  meillous  bataillous  ? 
Cabailés  mes  que  mouscailhous, 

E  pietous  atau  coum  hourmigues. 

Qué  qué  d’autes  disen  per  glorie, 
Hercule  ere  de  moun  paTs  (1); 

Per  aquó,  segoun  moun  abis, 
Surtout  et  gaignet  la  bictorie. 

Nostes  tucòs,  nostes  ribéres 
Soun  terresde  proumissioun; 

E  Cerès  mous  hè  pensioun 
De  sas  coueilhetes  las  mes  bères. 

Toutis  lous  coustalats  de  Mole  (2) 
Nou  porten  de  bin  ta  subtil 
Nou  poudem  da  barres  au  *V/7, 

E  més  au  sable  de  Pacíole  (3). 


Encore  qu’une  si  belle  race 
Des  hommes  qui  naissent  là 
Mérite  que  quelque  grand  Dieu 
Descende  du  Ciel  prendro  ma  place. 

Sans  mentir,  je  puis  soutenir 
Au  dire  du  plus  grand  nombre 
Que  contre  ce  noble  cìimat 
Toute  la  terre  n’a  qu’à  se  bien  tenir 

Que  les  beautés  les  plus  estimées 
Dans  son  sein  prennent  naissance, 

Et  que  la  gràce  et  la  vertu 
Pour  toujours  s’y  sont  implantées. 

Pour  les  châteaux,  bourgades  et  villes. 
Où  peut-il  s’en  trouver  de  semblables, 
Et  pour  l’aspect  des  maisons 
Où  peut-on  en  voir  de  plus  gentilles? 

Contre  les  forces  ennemies, 

Où  trouvent-on  de  meilleurs  bataillons? 
Des  cavaliers  plus  nombreux  que  rnou- 

[cherons 

Efc  des  piétons  ainsi  que  des  fourmis. 

Quoique  d’autres  disent  par  vanité, 
Qu’Hercule  était  de  mon  pays; 

C’est  pour  ce  motif,  selon  mon  avis, 
Qu’il  remporta  la  victoire. 

Nos  hauteurs,  nos  prairies, 

Sont  des  terres  de  promission 
Et  Cerès  nous  fait  eadeau 
De  ses  cueillettes  les  plus  belles. 

Tous  les  coteaux  de  Mole 

Nous  procurent  un  vin  si  gènércux, 

Que  nous  pouvons  donner  barre  au  Nil 
Et  inème  au  sable  de  Pactole. 


(1)  Avant  lui,  Du  Bartas  rappelle  â  sou  tour  rorigine  tlatteuse  des  Gascons  quand 
il  dit  : 

De  ees  monis  sourcilleux,  dessus  les(|uels  iadis 
\' llrrcicle  des  (ìaulois,  non  le  batard  d 'Alcmcnc, 

Engrossa,  comine  on  dit,  la  priucesse  Pyrène 
Du  père  des  Gascons,  qui  par  faits  genéreu.x 
Se  montrent  dignes  fUs  d’ayeul  si  valheureux. 

(2)  Coteaux  de  Fouyloubrin,  probablement, 

(3)  Fleuve  de  Lvdie  dont  le  sable  etait  d'or,  diseiU  les  Foètes  depuis  que  Mídas  s’v 
íut  baigné. 


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—  248  — 


Toute  sorte  de  frut  s’y  trobe  : 

Nat  arbe  nou  mous  pot  troumpa, 

So  que  lous  autes  ban  croumpa, 

Acy  ses  argent  se  retrobe. 

La  Fourtune  n’a  pas  d'estatge 
Que  ses  pene  nous  n’escalem; 

Nous  auèm  tout  so  que  boulém 
Enquoère  quaucoum  dauantatge. 

Lou  cristail  de  nostes  hountetes 
Casse  las  plus  hortes  calous, 

Lou  printemps  courounat  de  flous 
S’y  beng  refresca  las  gautetes. 

Roses,  tulipes,  margalides, 

Girouflades,  miresoureils, 

Per  mous  tira  l’amne  peus  oueils 
Hen  acy  mile  piramides. 

Flourich,  benaside  Gascouigne, 
Teng-te  teustem  en  boun  estat, 

Ma  man,  per  traça  ta  beutat, 

Sera  tout  jamés  én  besouigne. 

Tas  terres  seran  renoumades, 

De  tu  parlaran  en  tout  loc; 

E  tu  tén  pourtaras  lou  floc 
Dessus  las  isles  fortunades. 

L'Adour  pouira  mes  que  la  Sôrie; 

L 'Arrats  hara  trabuca  1  'Ers; 

L 'Arros,  la  Baìse  e  lou  Gers 
Se  trufaran  de  la  Garonne  (1). 

Lou  Soussoutiy  lou  Touch,  la  Girnoùe> 
E  lou  Gaue  de  Pouyloubrin 
Au  Tagc,  à  la  Dourdouigne ,  au  Rhin 
En  pauc  de  temps  haran  la  moiie. 


Toute  sorte  de  fruits  s’y  trouvent : 

Pas  un  arbre  ne  peut  nous  tromper, 

Ce  que  les  autres  vont  acheter, 
lci  sans  argent  nous  le  trouvons. 

La  Fortune  n’a  pas  d’étage 
Que  sans  peine  nous  n’escaladions ; 
Nous  avons  tout  ce  que  nous  voulons 
Encore  même  quelque  chose  de  plus. 

Le  cristal  de  nos  petites  fontaines 
Chasse  les  plus  fortes  chaleurs ; 

Le  printemps  couronné  de  fleurs 
Vient  s’y  rafraichir  les  joues. 

Roses,  tulipes,  marguerites, 

Giroflées,  tournesols, 

Pour  nous  tirer  l’àme  par  les  yeux 
Font  ici  mille  pyramides. 

Fleuris,  bienheureuse  Gascogne, 
Tiens-toi  toujours  en  bon  état, 

Ma  main,  pour  vanter  ta  beauté, 

Sera  à  tout  jamais  en  besogne. 

Tes  terres  seront  renommées. 

De  toi  on  parlera  en  tout  lieu ; 

Et  tu  remporteras  le  prix 
Entre  les  îles  fortunées. 

L’Afìíoarauraplusdecréditquela^aó^c; 
L 'Arrats  fera  trébucher  YErs; 

L’A rros,  la  Baïsc  et  le  Gers 
Se  moqueront  de  la  Gat'onne . 

Le  Sousson ,  le  Touchy  la  Gimoney 
Et  le  Gace  de  Pouyloubrin 
Au  Tage,  à  la  Dordogney  au  Rhin 
En  peu  de  temps  feront  la  moue. 


(I)  Dans  sa  ConsidêraUon ,  traitant  des  eaux  douces  et  des  fleuves  les  plus  reuom- 
més  de  la  terre,  Du  Barthas  décoche,  à  son  tour,  íi  la  Garonne  un  tran  perflde  : 

Le  Taqe  au  bord  doré,  la  Tarnise,  le  fìosne, 

Le  JFÌ/iin,  YEbre,  le  Pô,  la  Seine  et  la  Garonnc, 

(îaronne  qui  si  fort  s’enflera  de  mes  vers 

Que,  peut-êU'e,  son  bruit  s’orra  par  l’Vniueis,  ete. 

Hnfin,  de  nos  jours,  la  Garonne  a  ser\i  de  thême  à  Gustace  Nadaud  pour  une  dc 
ses  chansons  les  plus  populaires;  j'en  ciierai  une  strophe  : 

Si  la  Garonne  Hvait  voulu, 

Lanturlu ! 

Quand  elle  sortit  de  sa  source, 

Diriger  autremcnt  sa  course 
Et  sur  ie  Mídi  s’épancher. 

Qui  donc  eût  pu  l’en  ompêcher? 

Trancbant  vallon,  pluine  et  montagne, 

Si  la  Garonne  avait  vouln, 

Lantnrlu ! 

Elle  allait  arroser  l’Espagne,  etc. 


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Léchem-hé,  terre  de  plasence, 
Lechetem  neit  e  jour  canta. 
L’aunou  quim  reste  det  banta 
Me  serbira  de  recoumpense . 


—  249  — 

Laisse-moi  faire,  terre  de  plaisance, 
Laisse-toi  nuit  et  jour  chanter. 
L’honneur  que  je  retire  de  te  vanter 
Me  servira  de  récompense. 


Voilà,  certes,  un  tableau  bien  fait  pour  cbatouiller  la  vanité  gasconne.  En 
faisant  la  part  de  certaines  exagérations,  Baron  niet  en  évidence  un  fait 
incontestable,  à  savoir,  la  riche  variété  des  produits  d’une  région  privilégiée 
et  si  opulente  jadis  par  Tagriculture. 

De  son  temps,  du  Barthas  se  plaisait  à  le  constater  à  son  tour,  quand 
il  disait  : 

Or,  comme  ma  Gascogne,  lieureusement,  abonde 
En  soldats,  bleds  et  vins,  plus  qu’autre  part  du  monde,  etc. 


Cetáge  d’or  amalheureusement  disparu  de  noscontrées  depuis  longtemps; 
aujourd’hui  le  vin  nous  manque  et  aussi  Tabondance  d'autrefois. 

Le  16 septembre  1649,  Goudelin  mourut.  Ladésolationfutgrandeparmi 
les  Poètes.  Ce  fut  à  qui  viendrait  le  pleurer,  à  qui  chanterait  le  mieux  dans 
des  odes,  des  élégies,  des  quatrains.  Notre  Poète,  attaché  d’affection  avec 
Tillustre  chantre  de  la  belle  Liris,  paya  son  tribut  de  regrets  à  la  mémoire 
de  son  ami  dans  une  Ode  Epitaphe  qui,  à  part  quelques  rares  imperfec- 
tions,  est  de  belle  allure  et  parfaite  de  style  : 


Acy  deguens  ès  susterrat 
Per  tout  jamès  bouquebarrat 
Gouitoulin ,  l’aunou  de  Toulouse  î 
Countre  aquet  esperit  gaillard 
La  mort  a  jougat  au  bieillard 
E  la  fourrat  en  la  balouse . 

Las  Nymphes  deou  double  tucô, 
De  tant  qu’eres  n'an  mau  de  co, 
Dechen  seca  dequia  la  base 
Parnasse  qu*a  lou  flus  malau, 

E  nou  beng  mès  pourta  la  clau 
De  ia  hountéte  de  Pègasc . 

De  gran  sentiment  de  doulou, 
Phocbus  a  cambiat  de  coulou, 

E  despuch  que  iou  clot  embarre 
Un  trésor  rare  coum  aquet, 

E  boute  au  croc  soun  réseguet 
E  desacorde  sa  guitarre. 

Parnasse  qui  le  jour  e  neit 
Droumi  son  mignon  en  un  leit 
Oun  jamès  persoune  ne  beille, 


Ici  dedans  est  enterré 
La  bouche  fermée  à  jamais 
Goudelin,  l’honneur  de  Toulouse  ! 
Contre  cet  esprit  gaillard 
La  mort  a  joué  au  billard 
Et  l’a  fourré  dans  la  blouse. 

Les  Nymphes  de  la  double  hauteur, 
De  tant  qu’elies  en  ont  mal  au  coeur, 
Se  laissent  sécher  j  usqu’à  la  base 
Parnasse  a  son  flot  malade, 

Et  ne  vient  plus  p>orter  la  clé 
De  la  fontaine  de  Pègase . 

Par  grand  sentiment  de  douleur, 
Phícbus  a  changé  de  couleur, 

Et  depuis  que  latombe  enfentie 
Un  trésor  rare  comme  celui  là, 

II  metau  croc  son  violon 
Et  désaccorde  sa  guitare. 

Parnasse  qui  jour  et  nuit 
Fait  dormir  son  favori  sur  un  lit 
Oû  jamais  personne  ne  veille, 


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—  250  - 


Per  planta  de  tristes  cyprès 
Arringue  sous  majes  laurés 
Ou  per  despeitlous  escabeille. 

Coum  Ourphèe  en  souna  deu  luth 
A  passejat  coum  a  boulut 
Tantos  un  roc,  tantos  un  arbe, 
Goudoulin  a  rebiscoulat 
Soun  co  tout  transit,  e  gelat 
Debat  un  bisatge  de  marbe. 

La  ílou  que  prengoug  de  sa  man, 
Nou  pergoug  pas  lou  lendouman 
Acquere  en  pourtec  mes  de  mille; 
E  deus  boutous  d’un  pè  soulet, 

Se  coumpousec  lou  rainelet 
Qui  flaire  per  toute  la  bile. 

Qui  nou  scab  pas  que  sas  cansous, 
Fournichen  toutes  las  douçous 
Que  pot  demanda  la  musique? 
Près  d’un  eap-d’obre  ta  plasent 
En  la  bouque  dòu  maudisent 
La  lengue  beng  paralitique. 

Quan  bo  parla  dab  grabitat, 
Catoun  dab  sa  seberilat 
Nou  trobe  pas  un  mot  à  disc; 
Quan  d’un  aire  mignard  e  dous 
Et  accoumode  sous  fredous 
Catoun  s’escoumpiche  de  rise. 

Toulouse,  tu  noun  podès  mòs, 
Roume  a  perdut  per  tout  jainès 
Sous  Houraccs  et  sous  Birgiles ; 

E  la  Gròce  a  bist  entutat 
Soun  Houmère  qu’a  meritat 
D’este  bourgès  de  tant  de  biles. 

En  tout  cas,  aquets  esperits 
Qui  soun  estats  ta  fabourits 
De  las  hilletes  de  memorie, 
Enquoere  que  perdan  lou  cos 
Lechen  aci  bach  force  échos 
Qui  retentichen  de  lour  giorie. 

Atau  deu  famus  Goucloulin 
Lou  renom  n’aura  jamès  fin ; 

E  sas  flouretes  ta  bantades 
Dab  lou  lustre  qu’an  meritat, 

Eu  casau  de  l’eternitat 
Se  beiran  tout  jamès  plantades. 


Pour  planter  de  tristes  cyprès, 

Arracho  ses  plus  beaux  lauriers 
Ou  par  dépit  leur  coupe  la  tète. 

Comme  Orphée  en  jouant  du  luth 

A  promené  comme  il  a  voulu 

Tantôt  sur  un  roc,  tantôt  sur  un  arbre, 

Goudelin  a  réveillé 

Son  cceur  tout  transi  et  geló 

Sous  un  visage  de  marbre. 

La  fleur  qu’il  cueiliit  de  sa  main, 

II  ne  la  perdit  pas  le  lendemain 
Celle-là  en  porta  plus  de  mille; 

Et  des  bourgeons  d’un  seul  pied, 

Se  composa  le  petit  rameau 
Qui  embaume  toute  la  ville. 

Nul  n’ignoro  que  ses  ciiansons 
Fournissent  toutes  les  douceurs 
Que  peut  procurer  la  musique  f 
Près  d’un  chef-d'oeuvre  si  charmant 
Dans  la  bouche  du  médisant 
La  langue  devient  paralytique. 

Quand  il  veut  parler  avec  gravité, 
Caton  malgré  sa  sévérité 
Ne  trouve  pas  un  mot  à  dire. 

Quand  d’un  air  mignard  et  doux 
11  accommode  ses  rofrains, 

Caton  s’esclaffe  de  rire. 

Toulouse,  tu  n’en  peux  mais, 

Rome  a  perdu  pour  jamais 
Ses  Horaces  et  ses  Virgiles; 

Et  la  Grèce  a  vu  enterrer 
Son  Homère  qui  mérita 
D’ètre  citoyen  de  tant  de  villcs. 

En  tout  eas,  ces  esprits 
Qui  ont  été  les  favoris 
Des  fìllettes  de  mémoire, 

Hien  qu’ils  aient  ]>efdu  leur  corps 
Laissent  ici-bas  de  nombreux  éclios 
Qui  retentissent  de  leur  gloire. 

Ainsi  du  fameux  Goudelin 

I>a  renommée  n’aura  jamais  de  fìn; 

Et  ses  fleurettes  si  vantèes, 

Avec  le  lustre  qu’elles  ont  mérité 
Dans  le  jardin  de  l’êternité 
Se  verront  à  tout  jamais  plantées. 


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Pénétré  de  son  sujet,  Baron  se  laisseeraporter  au  courant  de  son  inspi- 
ration.  Son  verbe  puissant  fait  éclater  dans  un  style  plein  de  noblesse  les 
larmes  et  les  regrets  qu'il  éprouve  de  la  perte  de  rillustre  barde  toulou- 
sain.  Avec  quel  lyrisme  il  chante  en  une  langue  harmonieuse,  tissée  de 
simplicité  et  de  richesses,  son  oeuvre  impérissable  où  brillent  les  qualités 
de  son  cceur  et  de  son  esprit?  C’est  doux  et  c’est  pur,  c  est  naturel,  et  on 
reste  sous  le  charme.  Touteíois,  en  dépit  de  la  gravité  du  sujet,  notre  poète 
laisse  percerça  et  là  le  bout  de  l'oreille.  Le  fonds  en joué  de  sa  nature  appa- 
raît  malgré  ses  efforts  sous  le  voile  de  deuil;  malgré  sa  douleur,  les  yeux 
étincellent  et  la  bouche  sourit. 

Du  reste  nous  retrouverons  les  mêmes  tendances  dans  une  pièce  qui  est 
intitulée  Ode  et  qui  est  plutôt  une  Elégie.  Elle  a  pour  titre  :  UErmiite 
amouroux  (1)  ( YErmite  amoureux).  Le  gai  compère  de  Pouyloubrin 
accorde  sa  lyre  pour  exhaler  les  plaintes  d'un  pauvre  eoeur  désabusé  des 
mensonges  et  des  vanités  du  monde,  qui  cherche  le  calme  de  son  âme  et  le 
salut  contre  les  angoisses  qui  le  déchirent.  Son  hérosne  suceombera  pas  à  sa 
douleur;  en  homme  de  foi,  il  ira  chercher,  non  pas  dans  la  mort,  mais  dans 
la  solitude  et  dans  la  prière,  un  remède  à  ses  maux  : 


VBRMITTE  AMOUROUX 

Louy  de  jou  matich  escartat 
Au  ta  plan  coum  de  la  coumune, 
Assi  deguens  dap  libertat, 

Jou  bengui  plagne  ma  fourtune, 
Triste  desert  plen  de  crumou 
Taplan  bastit  à  mou  umou, 

Lotjo  umbradiue  de  las  hades; 
Recep  un  ermite  caytiu 
Que  dure  trop  è  que  nou  biu 
Que  de  soupis  è  de  pensades. 

Aux  millous  cops  Chloris  me  fail, 

E  iou  gay  frut  qu’en  sa  berdure, 
Sey  cultibat  de  mon  tribail 
Per  mon  ribal  are  madure, 

Penes,  susous,  larmes,  tourmens, 
Chagris,  despeits  et  pensamens 
Nou  son  mes  en  ligne  de  conte, 


VBRMITB  AMOURBUX 

Loin  de  moi  mème  éearté 
Comme  aussi  bien  de  la  commune, 

Ici  dedans  en  toute  liberté, 

Je  viens  expier  ma  mauvaise  fortune. 
Triste  désert  plein  de  nuages 
Si  bien  conforme  à  mon  huraeur, 
Logement  sombre  des  fóes; 

Reçois  un  ermite  malheureux 
Qui  dure  trop  et  qui  ne  vit 
Que  de  soupirs  et  de  regrets 

Aux  meilleures  occasions  Chloris  me 

[fait  défaut 

Et  le  fruit  appétissant  dans  sa  verdure 
Quî  est  éclos  de  mon  travail 
Mûrit  à  présent  pour  mon  rival, 

Peines,  sueurs,  larmes,  tourments, 
Chagrins,  dépits  et  inquiétudes 
N’entrent  plus  en  ligne  do  compte. 


(1)  Tiré  des  Manuscrits  Daiguan  du  Sendat.  (Bibliothèque  de  la  vilie  d’Auch.  — 
Miscellanéa ,  n°  69,  pages  1,071  et  suivantes.) 

Ce  poème  offre  de  nombreuses  lacunes  dans  le  manuscrit,  imputable*  à  un  relieur 
peu  consciencieux  et  à  un  copiste  infldèle,  ce  qui  est  très  regrettable.  Xous  avons 
essayé  de  les  combler  en  rétablissant  le  texte  primitif  dans  la  mesure  du  possible,  eu 
cvitant  toutefois  d’altérer  la  penséede  l’auteur. 


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-  252  — 


Et  ringratte  apprès  tout  acco 
Me  tire  biti  de  son  co 
Per  me  tira  tabe  deu  monde. 

Qu’asset  roc  ey  heit  a  perpaus 
Per  y  basti  ma  caperette  ! 

Lou  soureil  y  deche  en  repaus 
L’ayre  fresquet  è  mes  l’oumbrette; 
L’auta  sera  de  bouch  tout  lis, 

Lous  candelès  de  flous  de  lis 
De  roses  fresques  las  candeles; 

En  l’arbot  nou  manquerau  pas, 
Lous  muguets  è  lous  toulipas 
Que  sembiaran  d’autes  esteles. 

Deu  brasè  de  mon  co  malau 
Sera  la  lampase  alucade, 

E  de  plous  a  double  canau 
Mous  oèils  haran  l’aygue  seignade. 
Dessus  la  porto  ò  tout  autour, 
Quallès  de  chiffre  è  ias  d’amour, 

La  parade  sera  tant  bére 
Que  sense  gloric  ni  mesprex 
Jou  cresi  que  sera  lou  prex 
Deus  majès  temples  de  Citòre . 

Ma  couchette  beirats  au  près 
Dainbe  la  mes  riche  courtine, 

Heyte  dab  brancos  de  ciprès, 

E  béts  linsos  de  mousse  fìne, 

Lou  capseret  sera  tescut 
De  jung  au  matich  loc  nescut, 
Abricara  coum  beres  dagues, 

La  couberte  è  Jou  matalas, 

Moun  praube  cos  fei  è  las 
Sus  las  espies  et  toujages. 

Troubaré  de  tristes  iessous 
Au  cant  de  cansous  amourouses  : 
Dins  lous  temps  passat  las  doulous 
En  semblauen  ta  soubourouses. 
Ouey  serenade  e  concert 
Embarrat  deguens  mon  désert 
Dam  la  soule  melancouiie, 

Be  m’aué  meslèu  resoulut, 

Per  enqoué  serca  mon  salut  : 

D’en  hè  toute  raa  compagnie. 

L’Arrouchinol  que  tant  s’ausi 
Esbayant  lous  eccos  ses  beree, 


Et  l’ingrate  après  tout  cela 
Me  chasse  au  plus  vite  de  son  coeur 
Pour  m’exiler  aussi  du  monde. 

Que  ce  rocher  est  fait  à  propos 
Pour  y  bàtir  ma  petite  chapelle ! 

Le  soleil  y  laisse  en  repos 
L’air  frais  et  de  plus  l’ombre; 

L’autel  sera  de  buis  tout  simple, 

Les  chandeliers  de  íleurs  de  lys, 

De  roses  fraìches  les  chandelles: 

A  la  voûte  ne  manqueront  pas 
Les  muguets  et  les  tulipes 
Qui  fìgureront  d’autres  étoiles. 

Le  brasier  de  mon  coeur  malade 
Sera  la  lampe  allumée, 

Et  de  pleurs  à  double  canai 
Mes  yeux  feront  l’eau  ljcnite. 
Au-dessus  de  ia  porte  et  tout  autour, 

De  tels  emblêmes  et  lacs  d’amour, 

L’ornoment  sera  si  beau 

Quc  sans  vanité  ni  fausse  honte 

Je  crois  qu’il  emportera  le  prix 

Sur  les  plus  bcaux  temples  de  Cythórc. 

Ma  couchette  vous  verrez  auprès 
Avec  la  plus  riche  courtine, 

Faite  avee  des  branches  de  cyprès 
Et  des  beaux  draps  de  mousse  íine, 

Le  traversin  sera  tissé 
De  joncs  poussés  sur  place 
Abritera  comme  de  bellcs  dagues, 

La  couverture  et  le  matelas 
Mon  pauvre  corps  brisé  et  las 
Sur  les  débris  de  paille  et  les  tuies. 

Je  trouverai  d’amères  leçons 
Au  refrain  des  chansons  amoureuses 
Dans  le  ternps  passé  les  douleurs 
Me  semblaient  bien  savoureuses. 
Aujourd’hui  sérénade  et  concert 
Enfermé  dans  mon  désert 
Avec  la  seule  mélancolie, 

Ne  vaut-ii  pas  mieux  m’y  ètre  résolu 
Pour  chercher  encore  mon  salut  : 

D’en  faire  toute  ma  compagnie. 

Le  Rossignol  qui  se  fait  si  bien  entendre 
Cliarmant  les  échos  sans  interruption, 


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—  253  — 


Pouyre  plan  cauque  cop  assi 
Esprouba  lafEront  de  Terèe  (1)  : 

Per  mau-voulet  n’ac  hasses  pas 
En  lou  cugna  hec  un  fau  pas 
Nou  bouilles  pas  que  raau  l’abengue; 
N’ajos  lou  repentic  cant  è  cant 
Certos  n’aures  pas  ta  bèt  cant, 

Quant  t’aousson  coupat  la  lengue. 

Jou  souy  rabit  d’aquet  arriu 
Dont  i’aygue  clare  et  cristalline 
A  petits  sauts  porte  son  briu 
Tout  lou  loung  daqueste  couline 
E  puits  seslengue  en  un  balon 
Oun  an  descoubrit  (?)  Apollon. 

Las  nimphes  si  lauent  la  care 
E  pescon  dab  lous  bras  tout  nuts 
Cauques  gras  darjent  plan  menuts 
Deguens  lou  sable  que  débare . 

Un  pignié  quey  assi  plantat 
Coum  lous  moustis  de  Flayredosse 
Semble  bouié  de  banitat 
Touca  lou  cèu  dap  sa  cabosse. 

Mile  arberets  tout  abarrey, 

Coum  sére  en  la  plasse  d’un  rey 
A  sa  poumpe  renden  oumatgé; 

Car  auprès  dacquet  grand  gigant, 
Lou  cassou  lou  mès  arrougant, 
Plegue  soun  cos  e  soun  ramatgé. 

Las  biches  e  lous  cabiros, 

Que  l’amour  cauque  cop  amasse, 
Benguen  assi  batte  l’arros 
Tant  que  lou  cor  souno  la  casse. 
Jamès  ny  can  ny  cassadou 
Nat  cop  mourtau  ny  las  traydou, 
Nou  gausòc  hè  assi  mourtaille; 
Soulaumens  aux  parpaiìloulets, 

Lous  parrats  quan  seren  soulets, 

Nou  gauseren  y  da  bataille. 

Cauque  cop  un  esquirogay 
Dab  iou  floc  poumpous  de  sa  coue, 
Pane  bet  au  bet  cap  d’un  hay 
Lous  oueus  que  la  paloume  coue; 

Me8  bey  piaii  punit  deu  iarcin, 

E  minjo  plan  ca  iou  boucin, 

(1)  Voir  note  identique  page  169. 


Pourrait  bien  quelquefois  ici 
Eprouver  l’aíïront  de  Terèe  : 

Par  mauvais  vouloir  ne  lui  fais  pas 
En  le  berçant  faire  un  faux  pas; 

Ne  veuilies  pas  que  malheur  lui  arrive; 
N’aie  pas  ce  regret  quand  même, 

Certes  tu  n’aurais  pas  un  si  beau  chant, 
Quand  on  t’aurait  coupé  la  langue. 

Je  suis  ravi  de  ce  ruisseau 
Dont  l’eau  claire  et  cristalline 
A  petits  bonds  porte  son  cours 
Tout  le  long  de  cette  colline 
Et  puis  se  répand  dans  un  vallon 
Où  on  a  découvert  (?)  Apollon. 

Les  Nymphes  s’y  lavent  le  visage 
Et  pêchent  avec  leurs  bras  nus 
Quelques  grains  d’argent  bien  petits 
Dans  le  sable  qui  descend. 

Un  pin  qui  est  ici  bien  planté 
Comme  les  molosses  de  Flayredosse 
Semble  vouloir  par  vanité 
Atteindre  ie  ciel  avec  sa  tète 
Mille  arbrisseaux  toutau  beau  milieu, 
Comme  s’il  occupait  la  place  d’un  roi, 
A  sa  majesté  rendent  hommage; 

Car  auprès  de  ce  grand  géant 
Le  chêne  le  plus  orgueiileux 
Plie  son  corps  et  son  branchage. 

Les  biches  et  les  chevreaux 
Que  l’amour  quelquefois  rasserable 
Viennent  ici  fouler  la  rosée 
Pendant  que  le  cor  sonne  la  chasse. 
Jaraais  ni  chien  ni  chasseur, 

De  nul  coup  raortel,  ni  piège  trompeur 
N’oseraient  ici  faire  des  victimes ; 

Pas  mème  aux  petits  papillons, 

Les  moineaux  lors  même  qu'ils  seraient 
N’oseraient  leur  y  livrer  bataille.  (seuls 

Queiquefois  un  écureuil 
Avec  le  bouquet  toutîu  de  sa  queue, 
Dérobe  hardiment  au  soramet  d’un  hètre 
Les  oeufs  que  la  palombe  couve. 

Mais  certes  il  est  bien  puni  de  son  larcin 
Et  mange  bien  cher  le  inorceau, 


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—  254  — 


Quan  un  astou  sort  de  son  ayré 
E  lou  carréje  en  soun  nisé, 

Oun  sous  petits  an  un  guisé 
Aquiu  esprobe  gras  e  raagré. 

Assi  nat  Satiri  courrent, 

Nou  bengouc  jamès  hè  trouffée 
Daué  gagniat  lou  co  bourent 
De  nade  desbouchade  fée. 

Diane  régine  deu  loc 
Soularaens  y  benc  hé  lou  íloc 
Dab  ue  amistouse  caribte 
E  recep  dessus  soun  auta, 

Tout  l’aunou  qu’on  ly  sap  pourta 
E  nou  na  pas  tout  iou  qui  méi  ite. 

L’escharuscle  qui  dun  soul  pous 
La  teste  d’un  gran  roc  abache 
E  deu  cassou  lou  mes  poumpous 
Boute  peu  sousté  la  moustache. 
Acquet  treit  deu  cèu  courroussat 
Na  jamès  encouèro  frétat 
Aquestes  rocos  herissades 
Ny  lûgraiian  dap  lou  bent  piouy 
Nou  bengueran  de  près  et  dc  louy 
Per  segouti  las  palissades. 

Jamès  courbas  enrumassat 
Présicadou  de  cementery 
De  lauta  quey  assi  dressat 
Nou  troublec  lou  sacrat  mistery 
Jamès  nou  si  bic  nat  renard, 
Tachon  pansut,  ni  bouc  cournard; 
Ny  la  cauèco  lunatique, 

Dap  sous  desacourdans  accors, 

De  long  do  toumbes  ny  de  mors, 
Ne  despleguec  ia  prounoustique 

Si  besets  un  arbé  traucat 
L’abeille  cant  è  cant  si  fourre 
E  dehé  lou  leit  embuscat 
De  la  meillenguo  è  de  la  chourre. 
Leschamou,  quan  benc  lou  temps 
Ba  serca  de  toutis  estremps, 

Lou  tim  que  ílourich  è  qu’enflayro, 
Per  ne  hè  cire  è  meu  tout  bious 
Benc  poupa  l’amne  de  las  ílous 
Que  sens  pecat  sa  bouco  pario 
Enfìn  asso  ney  qu’un  amas 


Lorsqu’un  épervier  sortant  de  son  aire, 
Le  transporte  dans  son  nid 
Oú  ses  petits  ont  un  gèsier 
A  i’épreuve  du  gras  et  du  inaigre. 

Ici  nul  Satyre  vagabond 
Ne  vint  jamais  faire  parade 
D’avoir  séduit  le  coeur  ardent 
De  quelque  fée  dcbauchée. 

Diane,  reine  de  ce  lieu 

Y  vient  seulement  faire  un  bouquet 

Avec  une  graeieuse  suivante 

Et  roçoit  sur  son  autel 

Tout  l’hommage  qu’on  sait  lui  témoigner 

N’ayant  pas  encore  tout  celui  qu’elle 

[mérite. 

La  foudre  qui  d’un  seul  éclat 
La  pointe  d’un  grand  rocher  abaisse, 

Et  du  chène  le  plus  superbe 
Réduit  en  litière  la  moustache. 

Ce  trait  du  ciel  en  courroux 
N’a  jamais  encore  atteint 
Ces  roches  sauvages. 

Ni  la  grèle  avec  le  vent  pluvieux 
Ne  viendront  de  près  ni  de  loin 
Pour  ébranler  les  palissades. 

Jamais  corbeau  enroué, 

Prèdicateur  dc  cimetière, 

De  I’autel  qui  est  ici  dressé 
Ne  troubla  le  mystère  sacré. 

Jamais  on  n’y  vit  le  moindre  renard, 
Blaireau  pansu,  ni  bouc  cornard; 

Ni  la  chouette  lunatique, 

Avec  ses  discordants  accords, 

Loin  des  tombeaux  et  des  morts 
N’annonça  ses  pronostics. 

Si  vous  y  voyez  un  arbre  trouè 
L’abeille  aussitòt  s’y  fourre 
Et  détruit  le  nid  caché 
De  la  mésange  et  du  roitelet. 

L’essaim,  quand  vient  la  saison, 

Va  chercher  de  tous  cótés 
Le  thym  qui  fleurit  et  embaume 
Pouren  faire  cire  et  iniei  au  naturel, 
Vient  aspirerl’àme  des  fleurs 
Que  sans  erreur  sa  bouche  engendre 
Enfln  tout  ceci  n’est  qu’un  amas 


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255  — 


De  merueillos  de  la  nature, 

E  d’un  cap  d’obre  de  sas  mas 
Lou  patroun  è  la  tablature. 

Hurous  lestat  sant  quey  assy, 

Libre  deu  prex  et  deu  soucy 
Que  lembarras  deu  moun  capere; 
Joious,  moun  cens  hara  lou  floc, 
Car  dap  la  puretat  deu  loc 
Serey  urous  dins  ma  capère. 

Are  donc  tribail  mau  mersat 
Coume  hum  esperanse  rnorte; 
Deguens  moun  co  qui  temps  passat 
La  man  d’amour  aubris  la  porte. 
Goustous  mouloun  coubert  de  mèu, 
Be  t’en  bas  tart  é  bengues  lèu, 

Dam  ta  pilule  plan  daurade; 

Mes  de  tout  hat  serbet  perit, 

Piri  que  de  her  hol  esperit 
Mille  cops  et  esperjurade. 

Souy  per  are  è  per  jamès 
Ingratte  è  mensoungère, 

Despush  ches  ans  ou  dilleu  mès, 
Souy  bengut  piri  quen  galère, 
Amour  tu  m’as  troumpat  soubent 
E  tas  paraules  sount  de  bent. 

Nou  matraparant  dauantatge 
Soulet,  trop  countent  jou  gbrò, 

Tout  soulet  joum  jx)ussédarè, 

En  poussòdà  mon  ermitatge. 


Des  merveilles  de  la  nature 
Et  d’un  chef-d’oeuvre  de  ses  mains 
Le  modèle  et  Tenseignement. 

Heureux  l’état  de  sainteté  que  j’ai  ici 
Dégagé  de  labeur  et  de  soucis 
Queles  diffìcultés  de  la  vie  recouvrent; 
Joyeux,  ma  conscience  fera  le  bouquet, 
Car  avec  la  pureté  de  ce  lieu 
Je  serai  heureux  dans  raa  chapelle. 

Maintenant  donc  travail  mal  employó 
Gomme  la  fumée  l’espéranceest  morte; 
Dans  mon  coeur  dont  au  temps  passé 
La  main  d'amour  ouvrait  la  porte, 
Délicieux  souvenir  couvert  de  miel, 
Que  tu  t’en  vas  tard  et  reviens  tôt, 

Avec  ta  pilule  si  bien  dorée; 

Mais  par  le  destin  le  cerveau  périt, 

Pire  que  par  le  fer  l’esprit  s’affolle, 
L’eût-il  mille  fois  conjuré. 

Je  suis  maintenant  et  pour  jamais 
Ingrate  et  mensongère, 

Depuis  six  ans  et  peut-ôtre  davantagc, 
Devenu  pire  qu’en  galère. 

Amour,  tu  m’as  souvent  trompê, 

Et  tes  paroles  qui  sont  de  vent, 

Ne  me  tromperont  pas  davantage; 

Seul,  trop  heureux  je  resterai, 

Seul  je  m’appartiendrai, 

En  possédant  mon  ermitage. 


Comme  011  le  voit,  Baron  verse  en  se  jouant  le  inétal  de  sa  pensée  dans 
le  moule fantaisiste  qu'il  sest  choisi  et  triomphe  aisément  des  difficultés  du 
rythme.  De  ses  larmes  il  en  fait,  par  la  vertu  de  son  art,  de  brillanîes 
gouttes  de  rosée  qu’il  répand  dans  son  champ  de  poésie  qu’elles  fécondent. 
11  développe  son  ihèmeavec  une  intarissable  fécondité,  assemblant  les  mots 
en  groupes  sonores  et  combinant  ses  vers  dans  la  strophe  comme  les  fils 
précieux  d’un  tissu  d  or.  Malgré  la  mélancolie  du  sujet,  sa  verve  narquoise 
le  préserve  de  toute  monotonie. 

Notre  joyeux  élégiaque  Gaseon,  appliquera  avec  plus  de  succès  les  qua- 
lités  de  son  esprit  dans  une  boufronnerie,  intitulée  :  Lou  Toumbèu  de 
Beulieu  (1),  (le  Tombeau  de  Beauiieu)  oíi  l’on  retrouve  le  caractèrc  fac.ile 
et  léger  de  sa  Muse.  Le  style  buriesque  fut  extrêmement  en  vogue  depuis 


(1)  Manuscrits  de  M.  Daignan.  (Bibliothèque  d’Auch).  Dans  le  Parterrc  Gascon , 
édilé  par  Philibert  Abadie,  sans  nom  d’auteur. 


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—  25G  — 


le  commencement  du  xvie  siècle  jusque  vers  1660,  époque  où  ii  disparut.  II 
fut  suivi  avec  succès  par  Dassoucy  et  surtout  par  Scarron ,  le  maître  du 
genre.  Goudelin  lui-mème  cultiva  les  sujets  plaisants,  les  mascarades, 
comrae  on  les  appelait  de  son  temps,  et  où  il  excellait.  Quoique  l’on  pense, 
dit  Marmontel  (1),  du  styie  burlesque,  c’est  peut-ètre  celui  de  tous  qui 
demande  le  plus  de  verve,  de  saillie  et  d'originalité.  Rien  de  plat,  rien  de 
froid,  rien  de  forcé  n’y  est  supportable  par  la  raison  que  de  tous  les  person- 
nages  le  plus  ennuy'eux  est  celui  d’un  mauvais  bouffon.  » 

Le  Tombeau  de  Beaulieuy  n’est  qu’un  badinage  agréable  où  pétilie 
Tesprit  de  l’auteur  dans  des  dètails  ingénieux  où  i’abus  des  images  mytlio- 
logiques  font  taclie  (2).  Ce  Beaulieu  était  un  pauvre  hère,  poète  d’opinion, 
auteur  pitoyable,  visant  au  bel  esprit,  il  était  en  tout  ridicule  et  débauché. 
Peu  soigné  de  sa  personne,  les  clieveux  et  la  barbe  incultes  donnaient  à  sa 
physionomie  un  air  piteux  et  bouffon.  Présomptueux  à  I’excès,  il  avait  de 
lui-même  une  opinion  exagérée,  ce  qui  provoquait  la  risée  de  tout  le  monde. 
II  mit  un  terme  à  sa  misérable  existence  en  se  noyant  daus  la  Garonne, 
près  du  petit  Ramié.  Baron  prit  prétexte  de  cet  événement  pour  composer 
une  oraison  funèbre  en  l’honneur  de  ce  grotesque  personnage.  Ecoutons-le  : 


Are,  Muses,  per  pourta  do 
Quitats  aquet  blanc  arrodo 
Qui  bostes  pelets  entrelasse; 

Tout  lou  moun  dira  qu’auéts  tort 
Si  las  campanes  deu  Parnasse 
Neit  et  jour  nou  toquen  à  mort. 

A  raort,  campanetes,  à  mort  î 
Patic,  patac,  toutes  d’accord  ! 
Hets  ta  plan  que  boste  sounayre 
De  soun  tribail  nou  bengue  llac, 
E  d’un  brut  qu’espaiiente  l’ayre, 
Barrats  la  bouque  à  Cardeillac  (3: 


Maintenant,  Muses,pourprendreledeuil 
Quittez  cette  blanche  couronne 
Qui  entrelasse  vos  jolis  cheveux: 

Tout  le  monde  dira  que  vous  avez  tort 
Si  les  cloches  du  Parnasse 
Nuit  et  jourlie  sonnent  à  niort. 

A  mort,  clochettes,  à  mort  1 
Patic,  patac,  soyez  toutes  d’accord ! 
Faites  en  sorte  que  votre  sonneur 
De  son  travail  ne  devienne  amolli, 

Et  d’un  bruit  qui  épouvante  l’air 
F’ermez  la  bouche  à  Cardeillac. 


(1)  Eléments  de  Littérature. 

(2)  «  Au  xvue  siècle,  dit  Tainc ,  on  vit  le  spectacle  le  plus  extraordinaire  et  le  plus 
rìdicule,  la  Poésie  scparce  de  la  Heligion,  dont  elle  est  le  fond  naturel  ct  I’aliment 
intime,  un  Ciel  païen  introduit  dans  un  moude  chrétien.  l’OIympe  restauré,  non  par 
sympathie  sensuelle  comme  à  ia  Renaissance,  ou  par  sympathie  archéologique  comine 
aujourd’hui,  mais  par  convenance  pour  remplir  un  cádre  vide  et  ajouter  une  parade 
de  plns  à  toutes  celles  dont  ce  sièclc  s’était  affublé.  II  v  eut  une  sorte  de  jargon  Grec 
et  Latin,  convenablc  au  même  titre  qu’une  perruque;  on  employa  Apollon  et  les 
Muses  comme  rhémistiche  et  la  ccrusii;  on  mit  en  ceuvrei’Amour  ctles  Gràces  conune 
les  cèdrats  coníits  ct  les  billets  doux;  il  v  eut  uu  dictionnaire  mvthologique  corame  un 
code  de  savoir  vivre,  et  les  pauvres  bicux  antiques  arrivcrènt  à  cette  humiliation 
extréine  dc  servir  de  pastiches  et  de  paravenls.  »  Hien  dV*tonnant  que  nos  Poètes 
Gascons  aient  sacrifié  au  mauvais  goût  de  cette  époque  en  exhibant  à  tout  propos 
leurs  friperies  mythologiques. 

(3)  Magnifique  et  énorme  cloche  de  l’église  Saint-Etienne  de  l’oulouse,  donnée  par 
l’archevéque  Jean  de  Cardeillac  vers  1380.  Elle  servit  en  1794  à  faire  une  somme 
énorme  en  monnaie  de  billion.  (Note  Ph.  Abadie.) 


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—  257  - 


Beulieu .  boste  grand  fabourit, 

Aquet  délicat  esperit, 

Ses  négat  ta  brabe  coum’ere, 

Garone,  be  las  plt\  toucat  ! 

Jou  pregui  Diu  que  ta  sequère 
Te  punisque  d’aquet  pécat. 

tìe  l’agoure  meslèu  balut 
Per  sa  glorie  é  per  soun  salut, 

Que  housse  baignat  à  la  plouge, 

Ou  coum  un  brabe  coumpaignoun 
Négat  en  passa  la  Ma  Rouge 
Deu  rebregat  ou  deu  gipoun 

Taleù  qu'et  agouc  cluquat  Tceil, 

Mile  pechis  tengoun  counseil 
De  l’ensebeli  deguens  la  base, 

E  toute  la  troupe  à  la  fin 
S’agousse  agut  la  barbe  rase 
L’agoure  pres  per  un  Dauphin 

Lous  brouchèts  dansaùent  auprès, 
Las  carpes  seguien  de  près, 

Lous  trauguens  estaùen  de  coste, 

La  siège  autour  bengoug  rouda 
E  lou  saumon  courrouc  la  poste 
Per  aiie  tems  deu  saluda. 

Lou  barbèu  coundusic  aqui 
Mile  lamprèscs  que  l’Estiu 
Dab  sa  calou  teng  encourdades, 

Lou  lamprcsoun  dab  Jou  coula , 

A  traùés  un  reflus  d’oundades, 

De  plasé  semblaùe  boula. 

Un  que  nadaùe  dessus  tout 
Troubec  l’usatge  de  la  bouts 
E  d’ùe  gaillardiue  marcesque 
Montéc  ses  parédeu  paselis 
Dessus  un  gabarrat  do  cesque 
Per  abérti  lous  Dius  Maris. 

Autalèu  coum  lous  abertic 
Neptune  au  grand  gaiop  partic, 
Clymènc ,  Pithos ,  Leucothèo  (1), 
Marchen  coum  et,  lou  plussoubent, 
E  per  passa  daùant  Prothèc  (2) 

Se  métamorphosec  en  bent. 


Beaulieu,  votre  grand  favori, 

Cet  esprit  délicat, 

S’est  noyé,  si  brave  qu’il  était, 

Garonne,  que  tu  l’as  bien  touehé  ! 

Je  prie  Dieu  que  la  sécheresse 
Te  punisse  de  ce  péehé. 

II  lui  aurait  cortes  mieux  valu 
Pour  sa  gloire  et  pour  son  salut, 

Qu’il  se  fut  baignè  à  la  pluie, 

Ou  comme  un  brave  compagnon 
Noyé  en  traversant  la  Mer  Rouge 
Drapé  dans  son  haillon. 

Sitòt  qu’il  eut  fermè  les  yetix 
Mille  poissons  tinrent  conseil 
Pour  l’ensevelir  dans  la  vase, 

Et  toute  la  troupc  à  lá  tin, 

S’il  eût  eu  la  barbe  rasée, 

L’aurait  pris  pour  un  Dauphin. 

Les  brochets  dansaient  auprès, 

Les  carpes  suivaient  de  près, 

Les  goujons  restaient  par  còté, 

La  siège  autour  vint  rixler, 

Et  le  saumon  courut  la  poste 
Pour  avoir  le  temps  de  le  saluer. 

Le  barbeau  (;onduisit.  là 

Mille  lamproies  que  l’Eté 

Avec  sa  chaleur  tient  roulées  en  corde, 

Le  lamprillon  avec  l’alose, 

A  travers  un  reílux  d’ondées 
De  plaisir  semblaient  voler. 

L’un  d’eux  qui  nageait  mieux  que  tous, 
Trouva  l’usage  de  la  voix, 

Et  avec  une  gaillardise  de  printemps 
Monta  sans  besoin  d'un  passage 
Sur  un  terrain  couvert  d’ajoncs 
Pour  avertir  les  Dieux  Aîarins. 

Sitòt  qu’il  les  eut  prévenus 
Neptune  au  grand  galop  partit, 
Clymène ,  Pithosy  Lcucothèey 
Marchaient  à  sa  suite  le  plus  souvent, 
Et  pour  pnsser  avant  Prothèc 
Se  mètamorphosèrent  en  vent. 


(1)  Clymèna  Pilhos  Leucotê,  divinites  de  la  Mer. 

(2)  Dieu  marin,  flls  de  Neptune  et  de  Téthvs. 


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Cymothoè  (1),  dab  lous  Tritous 
Que  naden  meilhou  que  guitous, 
Passen  dab  Dorisi 2)è  dab  Glauque  (3) 
Pròs  d’aquet  engourgat  prógount 
Oun  de  la  Regine  Pèdauque  (4) 

Tems  passat  bragaûe  lou  pount. 

A  pene  lou  poudoun  bese 
Que  las  Nayadesy  de  plasé, 

Hen  un  bal  autour  de  la  proye; 

E  ses  gouaire  se  destriga 
Bastiu  autour  un  houec  de  joye, 

Doun  i’aygue  pensec  s’aluga. 

Lous  arbres  queren  tout  auprés 
Semblaiien  este  cypròs 


Cyrnothée,  avec  les  Tritons , 

Qui  nageaient  mieux  que  des  canards, 
Passèrent  avec  Doris  et  avec  Glauque 
Près  de  ce  trou  profond 
Où  la  reine  Pèdauque 
Teraps  passé  éclairait  le  pont. 

A  peine  purent-elles  le  voir 
Que  les  Naïades ,  de  plaisir, 

Firent  un  bal  autour  de  la  proie; 

Et  sans  guère  se  détourner, 

Bátirent  autour  un  feu  de  joie, 

Dont  l’eau  failiit  s'allumer. 

Les  arbres  qui  étaient  auprès 
Semblaient  ètre  des  cyprès 


(1)  Nymphe,  fìlle  de  Nérée  et  de  Doris. 

(2)  Fille  de  l’Océan  et  de  'rélhys.  Elle  épousa  son  frère  Nérèe  dont  elle  eut  cinquante 
Nymphes  appelées  Néréides,  Divinité  de  la  Mer. 

(3)  Diviuité  de  la  Mer. 

(4)  Rcine  Pédauquc  (pede  d’occa,  en  italien,  patte  d’oie.  Malgré  toutes  les  hypo- 
thèses  émises  sur  le  compte  de  ce  personnage  la  Reine  Pédauque,  reste  malgré  tout 
assez  éuigmatique. 

Parmi  toutes  les  conjectures,  celle  de  Bullet  nous  parait  la  plus  vraisemblable  et 
la  plus  satisfaisante. 

Robert  I*r,  roi  de  France,  avait  épousé  en  995  Berthe  de  Bourgogne,  dont  il  était 
Je  eousin  au  quatrième  degré.  Excommunié  par  le  Pape  Grégoire  V  pour  cette  union 
contraire  aux  canons  de  l’Eglise,  il  ne  fallut  nen  moius  que  l’interdit  jeté  sur  son 
Royaume,  et  l’abandon  où  lc  iaissèrent  tous  ses  serviteurs,  pour  qu’il  put  se  résoudre 
â  rêpudier  Bertbe,  qu’ii  chérissait  tendrement.  Le  cardinal  Pierre  Damieu,  qui  écri- 
vait  00  ans  après  cet  événement  et  fut  vraisemblablement  i’écho  de  la  tradition  popu- 
laire.  raconte  que  Berlhe  accoucha  pendant  l’interdit  et,  «  par  l’efíet  de  la  colère 
divine,  mit  au  moude  un  fils  dont  la  téte  et  Ie  cou  étaient  d’une  oie  et  non  d’uti 
homme.  »  II  est  donc  probable  que  l’on  voulut  éterniser  Je  souvenir  de  cette  prétendue 
vengeance  céleste,  pour  épouvauter  par  la  vue  perpétuelle  de  ce  châtiment  ceux  qui 
oseraient  braver  les  censures  ecclésiastiqucs.  Et  Berthe.  porlautavec  elle  le  signe  de 
rêprobation  dont  Dieu  l’avait  frappée  dans  son  íils,  devint  un  symbole  menaçant  pour 
les  adversaires  du  pouvoir  temporel  de  I’F'glise  ct  dut  ètre  alors  misc  en  évidence  sur 
nos  ìnonuments  religieux.  Observons  d’autre  part  que  Robert  fut  le  bienfaiteur  de 
I’abbaye  de  Saintc-Bénigue,  à  Dijon,  et  que  sa  statue  et  celle  de  la  lleine  Pédauque 
s’y  trouvent  placées  I’une  en  regard  de  l'autre.  de  manièrc  â  confirmer  pleinemcnl  ce 
qtte  nous  venons  de  dire  tout  á  I'heure.  C’est  à  ’roulouse  que  le  personnage  de  la 
Reine  Pédauque.  est  le  plus  populaire.  Buliet  entre  â  ce  sujet  dans  une  série  d’in- 
ductions  curieuses  ù  suivre,  comme  un  témoignage  des  eíforis  auxquels  on  peut  se 
hvrer  pour  venir  à  bout  d’une  thèse  douteuse. 

Apres  sa  séparation  d’avec  Berthe,  Bobert  épousa  une  méridionale,  Constance,  tille 
de  Guillauiue,  comte  d’Arles,  íemme  impérieuse. 

(  eux  qui  aspiraieut  à  des  grâces  cherchaient  à  la  fiatter.  Le  moyen  le  plus  súr  clait 
de  railler,  d’outrager  Berthe,  qu’ellc  regardait  comme  sa  rivale,  parce  que  celle-ci 
possédait  toujours  Je  ctBur  du  roi  et  jouissait  de  grandes  prérogatives.  Ainsi  on  ne 
manqua  pas  d’appeler  devant  elle  Berthe  la  reine  au  pied  d’oie.  tonstance  allaà  Tou- 
iouse,  on  lui  fit  une  entrée  magnifique  dans  cette  ville  et  logea  à  la  Pevlarade,  château 
bâti  par  les  Romains,  vis-à-vis  de  Toulouse,  sur  la  rive  gauche  de  ia  Garonne.  L'u 
aqueduc,  antique  aussi,  passait  par  les  jardins  de  cette  habitation  pour  conduire  les 
eaux  de  ia  rivière  dans  la  ville.  11  formait  un  espèce  de  pont  si  étroii  qu’un  homme 
n’y  eut  pu  passer,  mais  seulement  une  oie;  on  J’appela  donc  par  badinage,  le  Pont 
de  l’Oie.  Pour  faire  Ja  cour  à  Constance.  pendant  son  scjour  à  Toulouse,  en  lui  mon- 
trant  le  Pont  de  l’Oie,  qui  était  vis-à-vis  de  son  palais,  on  Iui  disait  que  c’était  le  pont 
de  la  Reine  aux  pieds  d’oie.  Cette  raillerie  se  perpètuant  parmi  le  peuple  de  la  ville, 
il  appela  cet  aqueduc  le  pont  de  la  Reine  IV'dauque  et  c’est  ainsi  que  cette  tradition 
aurait  été  plus  connue  à  Toulouse  que  partout  ailleurs. 

Auguste  Fourcs ,  poèrae  de  la  Reine  Pédauque  dédié  à  son  ami  Marcel;  Anatole 
France  a  traité  le  méme  sujet. 


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—  259  — 


A  las  coulou  de  las  arrames, 

E  lous  qui  toucaiien  lou  bord 
Cinq  ou  ches  cops  pleguen  las  cames 
Per  cabucha  lou  praube  mort. 

Lou  ramiè  qui  bit  tout  aquo 
S’esbalousic  de  mau  de  co, 

E  s’en  atristec  de  tau  sorte, 

Que  per  mostre  de  sas  doulous 
Et  se  tintec  en  hueille  morte 
Sa  raube  de  satin  dab  ílous. 

Lou  Rouchinol  que  tout  lou  jour 
Aiie  discourit  de  l’amour 
Dab  lous  fredous  de  sa  lenguete 
En  entrecoupa  sous  accords 
Semblaue  dessus  iie  brauquete 
Entouna  l’aufìci  deus  morts. 

Lou  miraillo  perdouc  lou  cant, 

La  cardinete  quant  é  quant 
S’anec  escoune  en  las  tenebres 
E  lous  bents  d’aquet  parsan 
Augin  las  ouresous  funèbres 
De  la  calandr’  è  deu  pinsan. 

Cependent  per  ta  gran  aunou 
Et  nou  poudouc  dise  de  nou 
A  la  parque  qua  touts  ourdoune 
S’entene,  après  prese  de  cos 
D'ana  compareiche  en  persoune 
En  la  tournele  de  Minos. 

Coum  et  paric  dessus  lou  bord 
De  la  ribêre  de  la  mort, 

Charoun  lou  demande  i’obole; 

Mès  et,  d’abord  l’arrepartic 
Dab  iie  radaumontade  espagnole 
Doun  lou  bieillar  s’estrementic. 

c  Possoni'  lèu  flcld.  barbc  blanc , 
Ou  jou  boutarè  tout  á  sangt 
Dab  lous  canous  dc  ma  coulcre , 
Nou  bouillcs  pas  dc  mouu  argent , 
Ta  barque  nes  pas  ue  galcre 
Pcr  rançouna  la  brabe  gcnt.  » 

Labets,  couin  se  boulouc  boutgea, 
Charoun  lou  hèc  arranquéra, 

E  troublat  d’aquere  abenture 
Atau  coum  s  apresséc  deu  port 


A  la  couleur  de  leurs  branches. 

Et  celles  qui  touchaient  le  bord 
Cinq  ou  six  fois  plièrent  leurs  jambes 
Pour  saluer  le  pauvre  mort. 

Le  Ramier  qui  vit  tout  cela, 
S’évanouitde  mal  au  coeur, 

Et  s’en  attrista  de  telle  sorte, 

Que  pour  preuve  de  douleur 
II  teignit  en  feuille  verte 
Sa  robe  de  satin  avec  des  fleurs. 

Le  Rossignol  qui  tout  le  jour 
Avait  discouru  sur  l’amour 
Avec  les  refrains  de  sa  petite  langue 
En  entrecoupant  ses  accords 
Semblait,  perché  sur  une  branchette, 
Entonner  l’office  des  morts. 

La  fauvette  perdit  le  chant, 

Le  chardonneret  quant  et  quant 
Alia  se  cacher  dans  l’obscurité, 

Et  les  veuts  de  ce  quarlier 
Entendirent  les  oraisons  funèbres 
De  l’alouette  et  du  pinson. 

Cependant  pour  un  si  grand  honneur 
II  ne  put  pas  dire  non 
A  la  Parque  qui  à  tous  prescrit 
De  s’entendre,  après  prise  de  corps, 
D’aller  comparaitre  en  personne 
A  la  Tourncllc  de  Minos. 

Sitôt  qu’il  parut  sur  le  bord 
De  la  rivière  de  la  mort, 

Cavon  lui  rèclama  l’obole; 

Mais  lui  d’abord  lui  rèpondit 
Avec  une  rodomontade  espagnole 
Dont  le  vieillard  fut  très  surpris. 

•  Passe  moi  ritc  au-dclà,  barbe  blanc , 
Ou  je  mcttrai  tout  à  sang, 

Aoec  les  canons  de  ma  colcre , 

Ne  oeuilles  pas  de  mon  argcntt 
Ta  barque  n’cst  pas  une  galcre 
Pour  rançonncr  lcs  braoes  gens.  » 

Alors,  eomme  il  voulut  se  remuer, 
Caron  le  fìt  boiter, 

Et  troublé  de  cette  aventure 
Au  momentoù  il  s’approchait  du  port, 


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—  2G0  — 


Crésouc  à  bese  sa  pounture 
Qu’ere  Vulcan  lou  came-tort. 

A  la  fiu  delà  houc  passat 
Après  s’este  prou  courroussat; 

Més  be  b  agug  de  maus  alarmes  : 
Quan  entre  dus  pourtaus  ardens 
Despouillat  de  secour  è  d’armes 
Un  mastin  (1)  lou  niountrec  las  dens. 

Sous  peus  cren  coul^erts  d’aspics, 
Sous  oeils  bourdats  de  basilics, 
Sagorge  presentaiie  un  goufîre, 

Sa  lengue  es  un  triple  hissoun, 

Soun  nas  arrouílaiie  lou  souíïre, 

Sa  lei  la  peste  è  lou  pousoun. 

Et  bengouc  blanc  coum  lou  papê 
E  pensaiie  de  hé  repé 
Quan  lous  fourrous  de  Rhadaniantc  (2 
Qu’eren  autour  dc  PhlèyiHûun  (3) 
L’ari  ousséguen  per  Ja  gargante 
Au  consistori  de  Pluioun. 

Coum  ere  nut  è  désarmat, 

Et  demourec  tout  esparmat; 

E  crésouc  que  per  héu  ia  guerre 
Deguens  la  campaigne  deus  morts, 
L’Infer  aué  boueitat  la  terre 
Et  de  sargcants  è  de  récors. 

Force  esperits  qui  bin  aquo, 

Lou  deuen  mage  mau  de  co, 

E  per  esmaiie  mes  sa  pegue 
Lous  plus  bouffous  bengoun  crida  : 

<  tìeulieu  rot,  couhete  de  pegue , 
tìeulicu ,  tournot  n  qui  nout  da  f  » 

A  qui  lou  praube  miet  tentat 
De  se  bese  ta  mau  tractat, 

Bengouc  més  rouge  que  la  brase 
E  dan  soun  cap  teste  morbiu, 

Gouardec  se  troubare  lespase 
Que  pourtaiie  quan  ei*e  biu. 

Pusch,  fougous  eoum  un  aute  Mars 
Lous  |>erseguigde  toutes  parts, 

E  cridec  quan  sur  la  bataille, 


II  erut  voir  â  sa  démarche 
Qu’il  était  Vuicain  le  boiteux. 

A  la  fìn  quand  il  fut  passé  au-deJà 
Après  s'être  assez  courroucé,  (quiétudes : 
Mais  voilà  qu’il  eut  d’autres  sujets  d’in- 
Quand  entre  deux  portails  flambovants 
Privé  de  secours  et  d’armes 
Ln  chien  lui  montra  lesdents. 

Ses  poils  étaient  couvers  d’aspics, 

Ses  yeux  bordés  de  basiiics, 

Sa  gorge  présentait  un  gouffre, 

$a  langue  ètait  un  triple  dard, 

Son  nez  respirait  le  soufre, 

Son  Jialeine  Ja  peste  et  le  poison. 

Lui  devint  hlanc  corame  le  papier 
hit  il  pensait  opérer  sa  retraite 
Lorsque  lesgurnissaires  d e  Rhadamante 
Qui  étaient  autour  de  Phlèyeton 
Le  trainêrent  par  la  gorge 
Au  tribunal  de  Fluton. 

Comme  il  était  nu  et  désarmé 
II  en  resta  tout  pâmé; 

Et  crut  que  pour  faire  la  guerre 
l)ans  le  séjour  des  morts 
L’Enfer  avait  vidé  la  terre 
Et  de  sergents  et  de  records. 

Beaucoup  d’osprits  qui  virent  cela 
Lui  donnèrentun  plusgrandmal au  cceur 
Et  pour  émouvoir  davantage  sa  sottise 
Les  plus  bouffons  vinrent  crier  : 

«  Beaulieu  rat ,  eoijje-toi  depoix 
BeaulieUji'eciens  à  qui  ne  te  donne  pas ?» 

Et  là  le  pauvre  à  moiliè  fou 
l)e  se  voir  si  maltraité, 

Devint  plus  rouge  que  la  braise 
Et  avec  son  front  tète  morbleu, 

II  regarda  s’il  trouverait  l’èpèe 
Qn’il  portait  lorsqu’il  ètait  vivant. 

Puis,  fougucux  comme  unautre  Mars 
11  les  poursuitde  tous  cótés, 

Et  s’ètTÌa  quand  sur  le  champde  batailie 


(1)  Corbcre,  chien  à  trois  tètes  et  à  irois  gueules  qui  gardait  la  porte  des  Enfers  et 
du  Falais  de  Pluton. 

(2)  Juge  des  Enfers  avec  Eaque  et  Minos. 

(3)  L’un  des  fleuves  des  Eníers. 


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-  261  — 


Lous  bic  cage  à  grans  boulops, 

«  Be  bous  hisats  plan  ra  fataiUc , 
Quan  tiou  poudcts  niouri-  dus  cops.  » 

<*  Bous  rne  haratsy  lumillais  ou  nott , 
Reparation  de  /noun  aunou, 

Ou joujuri  lou  (ftti  dornine...  » 

En  acjuct  mot  touts  estên  dous, 

E  Jous  laquais  de  Prousrrpine 
Lou  demanden  milo  perdous. 

Lou  bous  bela  dounc  arribat 
Après  aiie  rendut  combat 
En  la  crambe  de  Libitinc  (1) 

Oun  tres  bieillards,  barbe  hérissats, 
Ses  nat  raport,  v.y  sabatine, 

Hèn  lous  proucès  aus  trepassats. 

Touts  l’aiien  dejà  coundamnal 
A  demoura  coum  un  damnat. 

Deguens  la  presoun  oun  habite 
I. a  poou,  la  praubére  è  la  mort 
Per  amou  que  pendent  sa  bite 
Et  aiie  toustem  augut  tort. 

Aquet  arrets  s’anaiie  da, 

Minos  coumeriçaiie  a  bada 
Quan  Bculieu ,  dispos  de  la  lengue 
E  ses  besoui  d’aute  leçoun 
Hèc  de  repente  sa  harengue 
E  parléc  d’aqtiere  faiçoun  : 

«  Prèsidcns,  cn  darrc  ressort 
Qui  cabats  (as  rcgles  dcu  sorf 
E  dab  las  fabous  de  las  hadcs 
Qucts  an  autrcjat  aquct  dret 
Lcgits  lous  fcicts  è  las  pcnsados 
Dcguens  lou  co  lou  rncs  cstrct : 

9  Si  d'autcs  cops,  dab  sous  Jredous, 
E  dab  soun  lut  querc  ta  dous 
Coum  sa  cansoun  mignard ’  è  bcrcy 
Orphce  cn  scrca  sa  moulhè 
Hèc  cagc  las  dens  ù  Cerbèrc 
E  las  claus  à  bostc  janliè; 

9  E  si  labets  bostc  rigou 
Lcchec  afflaqui  sa  bigou, 

Gran  counscil  doun  pren  sa  mcsure 


11  les  vit  tomber  à  pleine  volée, 

«  Vous  aous  prècalc^  bicn  racaillcs 
Dc  cc  quc  vous  ne  pouvc:  tnourir  dcux 

L fois.  » 

*Vou$  îtiefcrez,  quc  cous  lc  voulic^  ou 
Rèparation  dc  mon  honncur ,  [non 
Ou  j'aftcstc  lc  Maìtrc  du  tonnerrc. . . » 
A  ces  mots  tous  restérent  caimes, 

Et  les  laquais  de  Proscrpinc 
Lui  présentèrent  mille  excuscs. 

Le  voilà  donc  arrivé 
Apïés  avoir  livré  combat 
Dans  la  chambre  de  Libitinc. 

Où  trois  vieillards,  la  barbe  hérissée, 
Sans  nul  rapport  ni  procédure, 

Font  leurs  procès  aux  trépassés. 

Tous  l’avaient  déjà  eondamné 
A  rester  comme  un  damné 
Dans  la  prison  où  séjourne 
La  peur,  la  misère  et  la  mort 
Par  la  raison  que  durant  sa  vie 
II  avait  toujours  eu  tort. 

Cet  arrèt  allait  ètre  prononcé, 

Minos  commençait  à  onvrir  la  bouche 
Lorsque  Beaulieu ,  dispos  de  la  langue 
Et  sans  besoin  d’autre  préparation 
Fit  d'improvisation  sa  harangue 
Et  parla  de  cette  façon  : 

«  Prèsidents  cn  dcrnicr  rcssort , 

Qui  appliqucz  lcs  règles  du  sort 
Et  acec  la  Jaccur  dcs  fècs 
Qui  rous  ont  octroyè  cc  droit 
Dc  lirc  lcs  faits  ct  lcs  pcnsècs 
Dans  le  coutr  le  plus  ètroit; 

»  Si  tcmps  jndis ,  accc  scs  refrains 
Et  acccson  luth  qui  ètaitsi hurmonicu  v 
Comrnc  sa  chunson  gracieusc  ct  sèdui- 
Orphèe  en  chcrchant  sa  fenime.  [santc 
Fit  tombcr  lcs  dcnts  à  Cerbèrc 
Et  lcsclcs  à  cotre  geôlicr; 

»  Et  si  aiors  votre  sèvèritè 
Laissa  Jlèchir  sa  rigueur, 

Grand  conseil  d’oit  prend.  sa  mesure 


(I)  Divinité  qui  prcsidait  aux  fuuérailles. 


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—  262  — 


La  pene  è  lou  soulatjeament 
Per  la  pietat  qui  bottn  counjurc 
Retractats  bostc  jatgeanient . 

»  Lous  qui  soun  aimats  (VApollouri 
E  qui  de  soun  sacrat  baloun 
Beùen  la  liquou  toute  purc , 

A  plan  ana  bouten  faiçoun , 

E  biucn  toustem  dab  mcsurc 
Per  nou  demcnti  so  que  soun . 

»  Bous  scabets  couni  es  bertat 
Quc  tout  janxès  ma  libertat 
A  bouyat  ses  nade  malicic , 

E  beus  aùes  trop  boun  lou  sens 
E  trop  sensere  la  justicie 
Per  coundaeina  lous  innouccns. 

«  Si  pcr  malhur,  mon  esperit , 

Dc  ias  Muses  lou  Jabourit, 

Serc  caryat  dc  cauque  pouryue; 
Pla.n  ses  lauat  è  seyoutit 
En  aquere  bilene  youryue 
Oun  ioujonr  se  nies  amourtit.  » 

Quan  Taugin  ta  plan  rasouna, 

Lous  jutgas  toumen  oupina, 

E  per  sa  noble  gaillardise, 

Lou  digoun  qu’anesse  à  lésó 
Deguens  las  carapagnes  d’Elisè 
Nada  sur  la  raadeu  plasé. 

Per  mostre  d’un  maje  support, 
Pluton  iou  bailléc  passeport, 

Quan  augoug  signat  la  sentencie; 

E  despuch  lou  proucès  boueitat, 

Per  nou  raiie  meillou  tractat, 

Lous  esperits  hén  penitencie 

Cerbère,  ses  mes  arrauga, 

A  l’entour  lou  bengoug  couéga, 

Kt  lou  héc  heste  de  merbeilles; 

E  librement  l’anec  touca 
E  l’arrapec  per  las  aureilles, 

Coum  un  barbet  que  bo  cerca. 

Are  jou  erei  qu’en  aquet  loc 
Beulieu  s'en  pourtara  lou  floc, 

E  debisant  coum  iie  cardine, 

Sera,  per  soun  bet  esperit, 

Lou  pouéto  de  Prouserpine 
Ou  l'histourien  de  soun  marit. 


La  peinc  et  le  soulagement 
Par  la  pitiè  qui  cous  supplie 
Retractez  botrc  jugement. 

»  Ceux  qui  sont  aitnès  d’Apollon 
Et  qui  de  son  vallon  sacrè 
Boicent  la  liqueur  toutc  pure, 

A  bien  se  conduirc prennent  soin 
Et  vicent  toujours  avec  mcsure 
Pour  ne  pas  dèmentir  ce  qu’ils  sont. 

»  Vous  sacez  comme  il  est  vrai 
Que  tout  jatnais  ma  libertè 
A  naviyuè  sans  la  moindre  malice , 

Et  oous  acez  trop  droit  le  sens , 

Ei  irop  èquitable  la  justice 
Pour  condamner  lcs  innocents . 

»  Si  par  malheur ,  tnon  esprit , 

Dcs  Muses  le  facori , 

Etait  charyè  de  quelque  impuretèy 
CerteSy  il  s'est  purifiè  et  secouè 
Dans  cet  horriblc  souterrain 
Où  le  jour  s'cst  pour  tnoi  voilè.  » 

Quand  on  l’entendit  si  bien  raisonner, 
Les  juges  recommcncèrent  à  délibérer, 
Et  par  sa  noble  attitude 
Lui  dirent  qu’il  allât  à  loisir 
Dans  les  campagnes  de  YElysèe 
Nager  sur  la  mer  du  plaisir. 

Pour  lui  fournir  un  plus  puissantappui, 
Pluton  lui  donna  un  passeport 
Quand  il  eut  signé  la  sentence; 

Et  puis  le  procès  terminé, 

Pour  ne  l’avoir  pas  mieux  traité, 

Les  esprits  font  pénitence. 

Ccrbère ,  sans  plus  gronder, 

Vint  autour  de  iui  le  flatter 
Et  lui  fit  fète  de  caresses; 
Famiiièrement  il  aila  le  toucher 
L'attrapant  par  les  oreilles 
Comme  un  barbet  qui  veut  ramener. 

Maintenant  je  crois  qu'en  ce  lieu 
Beaulieu  remportera  le  prix; 

Et  babillant  comme  un  chardonneret, 
Sera,  par  son  bel  esprit, 

Le  poète  de  Proscrpinc 
Ou  l’historien  de  son  mari. 


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Contemplateur  des  merveilles  de  la  nature,  il  sent  dans  son  coour  une 
sorte  de  printemps  élernel  qu'il  fait  revivre  partout  où  il  passe.  On  peut  se 
représenter  le  poète  errant  le  long  des  rives  de  TArrats,  quùl  aimait  tant, 
où  dans  ces  vallées  si  fraîches  émaillées  de  fleurs.  Si  jamais  homme  a  pu 
comprendre  la  pureté  dece  ciel  Gascon,  le  charme  de  ces  paysages  lointains, 
de  cette  nature  riante  etensoleillée,  c'est  bien  ce  poète  à  Foeil  si  vif,  au  coeur 
si  gai.  Aussi  sa  Muse  prend-elle  un  nouvel  essor  dès  que  les  premières 
fleurs  commencent  à  reparaître  et  il  {>eut  dire  comme  un  ancien  Trouba- 
dour  :  «  Li  nouveaux  temps  et  mai  et  rossignox  me  semont  de  chanter.  » 
Et  il  chante  le  renouveau  avec  des  accents  mélodieux  comme  on  chanle 
ce  que  Fonaime  et  que  Fon  comprend.  N’est-ce  pas  le  Printemps  qui  réveille 
et  embellit  la  nature  engourdie  et  dépouillée  par  Fliiver?  II  ne  manque  pas 
cl'étaler  toutes  ses  íleurs  et  de  faire  chanter  tous  ses  oiseaux.  C'est  en  outre 
la  saison  des  amours,  un  reste  de  1  age  d  or,  une  image  du  Paradis.  Lais- 
sons-lui  la  parole  : 

Diu  Fajud,  bére  sasoun 
Que  lou  siegle  d'or  accounipaigne, 

Per  bouta  l’hyiier  en  présoun 
E  lou  bét  temps  à  la  campaigne. 

Despuch  que  tu  tires  lou  cap 
Dab  iio  gracie  toute  naùere, 

Noste  luth  hé  tout  so  que  s<;ap 
A  Faunou  de  la  primauére. 

Per  tu  lou  fret  es  apaisat, 

E  Borcas  en  la  Scythic  (1) 

A  déjà  mille  cops  baisat 
La  gaute  fresque  d'Orithie. 

La  terre  qu'anaùe  mouri 
De  bert  espère  s’es  bestide, 

Deguens  soun  seï  prest  à  flouri, 

Cloris  sa  maison  a  bastide. 

Lou  Zephiri  dous  è  plasent 
En  aquet  loc  tout  dret  s'abie, 

E  quade  iour  lou  hè  present 
De  quauque  parfum  d’  A  rabic. 

Tantós  amasse  lous  beirats 
En  un  casau  de  musc  è  d’ambre, 

(1)  Du  Bartas  avait  dit  avant  lui : 

u’au  plus  chaud  ionr  d’esté,  qui  fait  que  la  Scythie 
aisée  trop  souvent  p&r  l’époux  d’Oiithie,  ete. 

C'est-à-dire  de  Boréc  ou  Aquilon,  cliarmante  périphrase  signifiant  que  la  Scythie 
est  uu  paj’s  très  froid. 


Dicu  t’aide,  belle  saison 
Que  le  siècle  d’or  accompagne, 

Pour  mettre  Fhiver  en  prison 
Et  le  beau  temps  à  la  campagne. 

Depuis  que  tu  montres  la  tête, 

Avec  une  gràce  toute  nouvelle, 

Notre  luth  fait  toutce  qu’il  sait 
En  Fhonneur  du  Printemps. 

Gràce  à  toi  le  froid  est  apaisé, 

Et  Borce  dans  la  Scythie 
A  déjà  mille  fois  baisé 
I^a  joue  fraiche  d 'Orythie. 

La  terre  qui  ailait  mourir 
De  ver  tendre  s’est  vètue; 

Dans  son  sein  prêt  à  fleurir 
Cloris  aconstruit  sa  maison. 

Le  Zéphir  doux  et  plaisant 
Vers  ce  lieu  tout  droit  se  dirige, 

Et  chaque  jour  lui  fait  présent 
De  quelque  parfum  d’Arabie. 

Tout  à  Fheure  vous  les  verrez  ensemble 
Dans  un  jardin  de  musc  et  d’ambre. 


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—  264  — 


Oun  quade  flou  que  remirats 
Bous  da  suous  oeils  coum  un  eslambre. 

Lous  pastourets  deu  noste  loc, 

Are  cuberts  de  siraples  téles, 

Dab  las  pastoures  hên  lou  floc 
En  asset  prat  qu’ei  tout  d'esteles. 

Quin  plazé  d’augi  lous  berdous, 

Lous  miraillos  è  las  cardines, 

Lou  loung  deu  jour  cantà  mès  dous 
Que  lous  claris  ni  las  ourguines! 


Oii  chaque  fleur  que  vous  admirerez 
Vous  éblouit  les  yeux  comme  un  éclair 

Les  petits  bergers  de  notre  pays, 
Maintenant  revètus  de  toiles  légères, 
Avec  leurs  bergères  font  des  bouquets 
Dans  ce  pré  tout  parsemé  d’étoiles. 

Quel  plaisir  d’entendre  les  verdiers, 
Les  fauvettes  et  les  chardonnerets 
Le  long  du  jour  chanter  plus  doux 
Que  les  hautbois  et  les  orgues  ! 


Le  chant  s'arrête  là  dans  le  manuscrit;  il  est  évidemment  incomplet,  ce 
qui  est  très  regrettable.  Tel  qu’il  est,  dans  sa  briéveté  gracieuse,  eemorceau 
renferme  de  nombreux  vers  heureusement  tournés  qui  restent  dans  Foreille 
comme  des  refrains  harmonieux. 

Adonné  à  Fétude  des  aneiens,  Baron  appliqua  parfois  son  facile  talent  à 
imiter  assez  librement  du  reste  les  lyriques  latins  dont  sesceuvres  originales 
offrent.  de  noinbreuses  réminiscences.  Sous  ce  rapport,  il  futFun  des  pre- 
miers  àentrer  dans  cette  voie  où  le  suivront  une  foule  depoètes.  II  prend 
Iíorace  pour  guide  en  imitant  d'abord  en  français  les  odes  Audivere 
Ltjce  (1)  et  Extremum  Tanain  (2),  ceuvre  diffuse,  mal  venue;  la  seconde 
est  incomplète;  c’est  en  somme  plntôt  une  paraphrase  quTine  imitation. 

II  a  mieux  réussi  dans  son  imitation  gasconne  de  Fode  A  Torquatm 
( Diffucjere  nivex)  (3),  qui  est  un  modèle  du  genrc.  Après  avoir  remplacé 
Torquatus  par  une  certaine  Caliste ,  ce  qui  donne  au  morceau  une  saveur 
toutc  particulière,  lc  poète  exprime  avec  une  gráce  naïve  le  retourdu  prin- 
tciups  après  Fhiver  rigoureux,  la  diversité  des  saisons,  la  fragilité  dc  notrc 
exislence  sans  négliger  les  charmantes  images  que  la  mythologie  avait 
fournies  a  son  modèle  : 

Lou  frèt  a  jdeguat  en  Svtliie, 

I.ou  tcms  n’a  rcs  que  nou  sie  (4)  dous, 

E  loui  de  noustès  terradous 
Lou  ben  barbegelat  perseguis  Orithie 

Le  froid  s’est  repliè  en  Scythie, 

Le  teiups  n’a  ricn  qui  ne  soit  doux, 

Ll  loin  de  nos  terroirs 
Le  vent  barbe  gelé  poursuit  Orithic. 

fl)  Ode  xni,  Livre  iv.  (Audicere,  Lyce ,  Di  mca  cota;  Di.) 

(2)  Ode  x,  Liv.  m.  ( ' Ejctremum  Tanain  si  biberes,  Lyce.) 

(3)  Ode  vu,  Liv.  iv.  (Diffityere  nices,  redeunt  jam  yrarnina  campis.) 

(4)  Dans  te  langage  louiousain  on  dirait  sio  au  lieu  de  sic.  La  principale  différence 
emro  ces  idiomes  consiste  Uans  les  terniinaisons  en  O  ou  en  E. 


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—  265  — 


La  terre  semble  esté  de  noces, 

Adiou  las  piouges  é  las  neiis, 

Per  oun  passa)>en  lous  bateii?, 

Are  sensé  dangé  passen  force  carrosses, 

I>as  gracies  dansen  toutes  nudes 
K  tenguen  lou  bal  neit  è  jour, 

Las  nymphes  toucades  d'amour, 

En  un  roc  ahumat  nou  son  mes  escounudes. 

Per  tout  s’entreng  Tallegrésse, 

Lou  plasé  court  per  touts  estrems; 

A  la  bengude  deu  Printems, 

Noste  cos  adroumit  hè  biarda  la  paresse. 

Més  lou  bet  temps,  bere  Calistc, 

Nou  dure  pas  tout  à-jamès, 

Lou  jour,  la  semmane  è  lou  més 
Passen  coume  lou  treit  per  datiant  nostre  biste. 

Las  sasous  coulen  iie  per  iie, 

L’youer,  printems,  autumne,  estiu; 

E  toustems  la  qui  toque  au  biu, 

Entre  quenous  surpren,  hè  peu  moun  la  rébue. 

A  la  fin,  toutis  ém  dé  passe, 

E  disparechém  coum  bét  hum; 

La  terre  semblait  étre  de  noces, 

Adieu  les  pluies  et  les  neiges, 

Par  oìi  passaient  les  bateaux, 

Maintenant  sans  danger  passent  force  carrosses. 

Les  grâces  dansent  toutes  nues 
Kt  tienncnt  le  bal  nuit  et  jour 
Les  nymphes  touchées  d'amour 
Sous  un  roc  enfumé  ne  sont  plus  cachécs. 

Partout  apparait  l’allégresse, 

Le  plaisir  court  de  tous  cótés 
A  la  venuc  du  Printemps, 

Notre  cteiir  endormi  fait  marcher  la  paresse. 

Mais  ie  beau  lemps,  beile  Calistc, 

Ne  dure  pas  à  lout  jamais, 

Le  jour.  la  semaine  et  le  mois 
Passent  comme  le  trait  par  devant  notre  vue. 

Les  saisons  s’êcoulent  une  à  une, 

L’Hiver.  Pnntemps,  Automne,  Eté, 

Et  toujours  celle  qui  touche  au  vif 
Tandis  qu’elle  uous  surprend,  fait  le  tour  du  monde. 

A  la  fìn,  nous  sommes  tous  de  passage, 

Et  nous  disparaissons  comiiio  bclle  fumée. 


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--  266  — 


Tantos  hè  cla,  tantos  hè  crum, 

E  réz  d'assegurat  nou  demore  en  iie  plasse. 

Tout  ço  que  teng,  eau  que  s’csblincè, 

Rey,  Gentilhomé,  Mangouné, 

E  nous  bézém  én  un  carné 

Lou  ossis  d'un  Paìsant  dab  lous  deu  plus  grand  Prince. 

Que  sçap*on  s’aqueste  bet  die, 

Sera  lou  darré  qué  beirem, 

Dilleii  douman  nous  jougarem 
L"acté  que  dab  la  fin  hè  noste  tragédie. 

Caliste,  tas  lisses  gautetes, 

Oun  es  lou  Paradis  d'amour, 

Se  ranciran  au  prumè  jour, 

Coum  hên,  en  plen  youér,  las  plus  beres  flourettes. 

Aquet  cot  poulit  coum  l’ibori, 

Nou  sentira  qu’a  l’escaudat, 

E  toun  béroi  seï  meï  courdat 
Sera  de  las  lédous  lou  petit  consistori. 

Dìanc  se  trobe  petite, 

E  per  tant  que  pregue  lous  Dius, 

Nou  pot  remette  au  reng  des  biiis 
L/esperit  innoucent  de  soun  caste  Hypoulite. 

11  fait  tantôt  clair,  tantót  il  fait  obscur, 

Lt  rien  d’assurc  ne  reste  â  sa  place. 

Tout  ce  qui  tient  debout,  doit  disparaitre, 

Roi,  gentilhomme,  serviteur, 

Kt  nous  voyons  dans  un  cimetière, 

Les  os  d’un  pavsan  mélés  à  ceux  du  plus  grand  Prince. 

Qui  sait-on  si  ce  beau  jour 
Sera  le  dcrnier  que  nous  verrons, 

Peut-ctre  demain  nous  jouerons 
I/acte  quiavec  la  ftn  fait  notre  tragédie. 

Caliste,  tes  petites  joues  lisses, 

Où  réside  le  paradis  d'amour, 

Se  ranciront  au  premier  jour 
Comme  font  en  plein  hiver,  lcs  plus  belles  fleurettes. 

Ce  cou  joli  comme  Tivoire 
Ne  sentira  qu’à  Téchaudé, 

Et  ton  beau  sein  réduit  en  corde 
Sera  des  taideurs  le  petit  consistoire. 

Diane  se  trouve  impuissante 

Et  pour  íant  qu’elle  supplie  les  Dieux, 

Elle  ne  peut  reiuettre  au  rang  des  vivants 
L’esprit  inuocent  de  son  chaste  Hipi>olyte. 


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—  267  — 


Thèsée  n’a  pas  la  licencie 
De  delibra  Pirithoàs  (1), 

Nous  crejés  pas  de  tourna  plus 
Quan  lou  juste  Minos  m’aura  dade  sentencie. 

Si  jou  nou  conserbi  ta  glorie, 

Toun  renom  se  troubara  court, 

E  toutis  lous  qui  t’hen  la  court 
Nou  dresseran  jamés  d’autas  a  ta  mémorie 

La  plus  praube  de  la  coumune, 

Aur’  autant  coum  tu,  sez  ma  man, 
Pren-mé  mes  iéu  oué  que  douman 
De  jou  dèpend  ta  boune  ou  maubése  fourtune. 


Thésée  n’a  pas  le  pouvoir 
De  délivrer  Pirithoiis, 

Ne  crois  pas  revenir  jamais 
Quand  le  juge  Minos  m’aura  accordé  sa  sentence. 

Si  je  ne  conserve  pas  ta  gloire 
Ta  renommèe  se  trouvera  amoindrie, 

Et  tous  ceux  qui  te  font  la  coui; 

Ne  dresseront  jamais  d’autels  à  ta  mémoire. 

La  plus  deshéritée  de  la  commune 
Aura  autant  que  toi,  sous  ma  main, 
Accepte-moi  piutót  aujourd’hui  que  demain 
De  moi  dépend  ta  bonne  ou  mauvaise  fortune. 


Tel  est  le  ton  naturel  et  uniformedu  chantre  Gascon,  se  traduisant  en  un 
style  élégant  et  facile,  avec  quelques  mignardises  semées  ça  et  là,  sans 
fadeur  pourtant,  il  ne  s'élève  jamais  plus  haut.  Néanmoins  la  délicatesse 
des  images  qu’il  rend  et  des  sentiments  qu’il  exprime,  Theureux  choix  des 
termes  qu’il  emploie,  donnent  un  charme  réel  à  ses  vers. 

Les  Epigrammes  Gasconnes  (2)  connues  de  Baron  n'étant  qu’en  très 
petit  nombre,  nous  les  donnerons  en  entier  : 


COtìTRB  UN  MAUVAIS  POÈTB 

En  la  hountete  de  Pegase , 

Tu-t  bantes  de  t’este  baignat, 
D’equiau  hoiis,  jou  crez  qu’èz  anat, 
Car  ta  rime  sent  à  la  base. 


CONTRB  UN  MAUVAIS  POÈTE 

Dans  la  fontaine  de  Pègase , 

Tu  te  vantes  de  t’ètre  baigné, 

Jusques  au  fond,  je  crois  que  tu  es  allé? 
Car  ta  rime  trouve  à  la  vase. 


(1)  Pirithoàs ,  flls  d ’lxion,  ayant  ouï  dire  une  inflnitê  de  nouvelles  de  Thcsnc. 
fils  d'Egée  et  d’Ethra,  lui  dèroba  uu  troupeau  pour  l’obligerâ  le  poursuivre,  ce  que 
Thésée  ne  ruanqua  de  faire.  Ils  ronrurent  dans  )e  combat  tant  d’estime  l’un  pour 
l’autre  qu’iìs  jurerent.  de  nc  plus  se  quitter.  Piritlioûs  secourut  Thésée  contre  les 
Ccntaures  qui  voulaient  lui  enlever  Hippodamie  et  l’aida  encore  à  enlever  Hclène. 
II  descendit  aux  Enfers  pour  enlever  Proscrpinc ,  mais  il  fut  dévorè  par  le  chien 
Cerbère,  et  Thésée,  qui  l’avait  suivi  afìn  de  l’aider,  fut  enchainé  par  ordre  de  Pluton 
jusqu'à  ce  que  Hercule  vmt  le  délivrer. 

(2)  Manuscrits  Daignan,  président  d’Orbessan.  (Loa  Parterrc  Gascoan.  p.  86.) 


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-  268  - 


Ltjndas  qu’es  riche,  poutént, 

A  sous  festis  toustem  mapère, 

Mes  jou  nou  soui  gouaire  countent, 

Ni  d’et  ni  de  sa  boune  chére; 

Sous  bailets,  per  cambia  soubent 
Sous  plats  que  passen  coum  lou  bent, 
Ban,  é  tournen  à  lacousine. 

.lou  n’aymi  pas  aquet  fatras, 

K  quin  mouyen  de  bengue  gras 
D’un  festin  qui  toustem  camine. 

lUlTATÏON  D'UN  DISTIQUE  D'AUSONE  <  U 

Deguens  un  cascou,  l'aute  jour, 

Dus  couloumèts  hen  lour  couade, 
Jutgeats  d'aqui  qu’in  ez  lamour 
Qu’au  Diu  Mars.  Vénus  a  iurade. 


Lyndas  qui  est  riche,  puissant, 

A  ses  festins  toujours  m’invite, 

Mais  moi  je  ne  suis  guère  satisfait, 
Nide  lui  ni  de  sa  bonne  chòre; 

Ses  valets,  pour  changer  souvent 
Les  plats  qui  passent  comme  le  vent, 
Vont  et  retournent  à  la  cuisine. 

Je  n’aiine  pis  tout  co  fatras, 

Kt  quel  moyen  de  devenir  gras 
D’un  festin  qui  toiijours  cliemine. 

IMITATION  DTN  DISTIQUE  D'AUSONE 

Dans  un  casque,  l’autre  jour, 

Deu\  pigeons  font,  leur  couvèe, 

Jugez  par  là  quel  est  l’amour 
Qu’au  Dieu  Mars,  Vénus  a  juré. 


Notre  poète  gascon  avait  une  rare  bonté  de  aour,  une  grande  vivacité 
d’esprit,  une  gaieté  inépuisable  et  dn  meilleur  ton  ;  enfin,  il  ètaitdoué  d'une 
prodigieuse  facilité  à  rimer  sur  toutce  qui  renvironnait,  et  toujours  avec  un 
à-propos  charmant.  On  fcrait  assurêment  un  volumedes  saillies,  impromp- 
tus,  lambeaux  de  poèsies  qui  n’ont  peut-ètre  pas  èté  colligés  dans  le  reeueil 
original  qn'a  possédé  le  président  d’Orbessan  etqui  sont  perdus  à  tout  jamais. 

Ainsi  au  sujet  de  son  épigramme  contre  un  mauvais  poète  que  nous 
venons  de  donner,  on  raconte  (2)  qu’une  servanle  qui  entendit  lapostrophe 
pria  ingénuement  son  maitre  «  qui  faisait  des  vers  pour  lout  le  monde  » 
d’en  faire  au  moins  un  pour  elle. 

Commcnt  fappelles-tu?  lui  demanda  Baron...  Celle-ci  répondit  aussilôt : 
Cayras,  Moussu  (Cayras,  Monsieur). 

Eb  bieu  : 

Toun  nom  se  rapporto  a  toun  bici,  Ton  nomadurapportavcctoninclination 
Per  pauc  qu’ajos  d’ajudo  Pour  peu  qu’on  te  pressc 

Cayras,  se  n'es  pas  cajudo.  Tu  touiberas,  si  tu  n’es  dèjà  toml>èc. 

Dans  une  auire  circonstance  il  venait  de  dìner  chez  Moníaut ,  son  ami. 
En  sortant  de  lable  il  aperçoit  un  des  eonvives  nommé  Lacroix  couché 
par  terre  et  cuvant  son  vin. 

11  rentre  et  s  ecrie  en  riant  : 


(1)  Militií*  in  jalcù  nidiun  fccerc  Columbcv. 

Apparct  Marti,  quarnjit  amica  Vênui *  ( >'.r  Ausonis). 

(2)  Un  Pèlcrìnaffc  á  Pouifldubrin ,  par  M.  Cassassolcs.  ( liccuc  d’Aquitainc ,  t.  m.  < 


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—  269  — 


Le  sais-tu,  chez  Montaut 
Quoi  ?  ton  vin  est  un  sot 
Qui  vient  nous  dêclarer  la  guerre. . . 

II  est  mème  un  peu  huguenot 
Car  il  a  mis  La  Croiv  par  terre. 

Baron  mourut  à  Pouyloubrin  en  1663,  à  l’àge  de  51  ans. 

Telle  est,  vue  de  si  loin  à  travers  les  siècles,  la  physionomiede  ce  fils  du 
Midi  que  j'ai  cherché  à  reconstituer  et  qui  nous  apparalt  comme  l'un  des 
plus  gracieux  poètcs  de  notre  Gascogne.  L’évocation  des  choses  et  des 
horames  d'uneépoque  disparue  est  pour  nous  d'un  intéivt  palpitant,  ear  ce 
passé  si  richeen  souvenirs  avec  son  originalité  si  curieuse  est  bien  éteint  à 
tout  jamais. 

Qu'il  nousconsole  du  présent.  Baron  fait  oublier  nos  poctes  décadenls. 


BEDOÏÏT  (Géràud) 


Nous  avons  dit  à  propos  d’Ader  que  celte  nrrière  saison  de  la  Muse 
roruane  murit  une  abondante  moisson  de  poètes  en  Gascogue  et  spêcialc- 
mentdans  la  partie  deslinée  à  devemr  le  déparlement  du  Gers. 

Comme  leurs  aìnés,  ils  sont  tous  des  homtnes  savants,  et  leurs  pocsies 
atîectent  les  allures  bucoliques. 

La  ville  d?Auch  (1),  alors  capitale  de  rArmagnac,  eut  rhonneur  de  donner 
le  jour  à  un  poète,  Gérxud  Bedout. 

(1)  Auch  autrefois  Cliberri  ou  CLimbarri ,  ólait  le  ctieí-lieu  des  Ausci  ou  Aushs, 
Uun  des  peuples  qui  habitaieiu  l’Aquitaine  avaui  la  conquéte  Homaine.  Leur  cité, 
ceinte  de  murailles  était  située  sur  le  promontoire  où  se  irouve  la  ville  actuellc.  Sous 
l'empereur  Augustc,  elle  s’appela  Augusta  Ausciorum.  Une  colonie  s'établit  dans  ta 
plaiue  de  VEycrcius,  le  Gers.  Aprés  quelqties  révoltes,  provoquées  par  les  cruauîés  et 
îes  exactions  des  proconsuls.  les  Ausci,  descendirent  de  ieur  hauteur  pour  se  mêler 
aux  vétérans  de  la  colonie  Homaine.  qui  prit  le  nom  de  Citê.  naLlùe  claire.  S’il  íaut 
en  croire  la  chronique  d’Auch,  Ja  ville  fut  préservéc  des  dcvastations  des  Vandales , 
<les  Sueccs,  des  Alains  et  des  Goths,  grace  à  rintercession  de  saint  Orens ,  letir 
évêque.  Mais.elle  fut  ravagée  tour  à  tourpar  les  Francs .  les  Maures  etles  Normands. 

Dans  le  x*  siêcle,  le  cointe  GuilLaume  Garsie,  fils  de  Garsie  Sanche,  duc  de  Gas- 
cogne.  ií  qui  dans  ie  partage  des  Etats  de  son  père,  était  échu  ìe  pavs  de  Eezensac,  lit 
élever  un  chàteau  sur  le  promontoire  méme  ou  avait  été  située  la  ville  des  Ausoi.  Les 
rares  vassaux  restés  parmi  les  débris  de  la  cité  Homaine,  accoururent  se  placer  sous 
la  protection  du  nouveau  seigneur.  Un  mur  d’em  einte  protégea  le  groupe  de  maisons 
ainsi  que  la  forteresse  du  comte.  Ce  fut  le  premier  embrvon  de  ce  qui  sera  au  xvn* 


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—  270  — 


On  a  cherché  l’étymologie  du  mot  Auch  (Aouch  en  Gascon),  M.  Cénac- 
Moncaut  évite  de  le  faire  dériver,  et  avec  juste  raison,  du  celtique  Haouh , 
cochon,  colline  fréquentée  par  les  pourceaux,  raais  plulôt  de  Haout ,  élevé, 
mot  qui  répond  à  la  situation  de  la  ville,  ou  du  basque,  Os ,  Ossé ,  Ossau , 
lieu  salubre,  bien  aéré,  sain.  Nous  lui  préférons  l’étymologie  celtique  Od 
ou  os ,  excellent,  qui  est  au-dessus  des  autres,  Gwys ,  hommes,  ou  Awch, 
Aus,  force,  vigueur,  Gwys ,  hommes,  Ausgwys,  Ausgi,  Ausci,  hommes 
illustres,  peuple  distingué,  hommes  forts  et  vaillants.  ( Climberri  ou  Cli- 
berri  de  Colyny  parapoc.  Ctyny  pointe,  sommet  et  Bar,  montagne.  D'après 
M.  Mary  La/ony  Cliberry  signifierait  ville  claire.) 

Mais  revenons  à  notre  poète,  qui  naquit  en  1617.  Tous  les  historiogra- 
phes  qui  se  sont  occupés  de  lui  le  font  naître  en  1606  et  le  gratifient  du 
prcnom  de  Gabriel.  Des  recherclies  laborieuses  entreprises  dans  les 
Archives  départementales  du  Gers  démontrent  victorieusemenl  i  erreur  de 
ces  allégations,  et  nous  permettent  d’établir  d’une  façon  certaine  Torigine 
auscitaine  de  la  familie  Bedout  (1)  et  sa  filiation. 

Georges  Bedouty  le  père  du  poète,  appartenait  à  une  excellente  et  vieille 
famille  bourgeoise.  11  se  destinade  bonne  hcure  à  la  médecine.  Aprèsavoir 
fait  d’excellentes  études  à  la  Faculté  de  Montpellier,  il  était  venu,  muni  de 
son  titre  de  docteur,  exercer  la  médecine  dans  sa  ville  natale. 

Le  10  août  1614  ii  s'était  marié  avec  Miie  Antonye  (Antoiuette)  de 
Latont ,  dont  le  père,  Gérauld  Lafont ,  est  désigné  dans  Tacte  (2)  de 
mariage  comme  marchand  d’Aux. 


siècle,  la  Hépublique  d’Auch  et  la  ville  de  nos  jours. 

Auch  avait  pour  armes  :  nartie  au  premier  de  yueules  à  un  agneau  d'argentpor - 
tant  croix  d’or;  au  secona  d’argent  au  léopard  Lionnê  rampant  de  gueules . 

Le  double  symbole  du  lion  et  de  I'agneau  est  rembléme  de  la  force  politique  et  de 
Tinfluence  reli'gieuse,  association  de  la  tutelle  combmée  du  eomte  etde  l’évéque.  Une 
fatale  expérience  n’avait  que  trop  longtemps  appris  aux  Auscitains  la  vérité  du  vieil 
adage  de  leurs  pères  :  «  Tot  solet  non  posc  Atue  »  seul  ncpeut  Auch. 

(1)  M.  I’abbé  Ducruc,  dans  une  remarquable  étude.  qu’il  a  íaite,  sur  les  curés  de 
Cazaubon  ( Recue  de  Gascognc ,  tome  xx\ .  page  17(»),  émet  l’opinion  que  les  Bedout 
dont  il  s'occupe  appartiennent  à  Ja  famille  du  Poète.  C’est  évidemmeut  une  erreur, 
car  ces  Bedout  étaient  originaires  de  Jeguu  et  n’avaient  aucun  iien  de  parenté  avec 
ceux  qui  habitaient  Auch.  Nous  avons  Ta  certitude  que  bien  avant  1614.  il  existait  à 
Jegun  une  famille  Bedout  étrangère  à  l’autre,  e’esi  de  celle-Jà  que  provient  la  souche 
des  Bedout  qui  donna  des  prétres  à  Cazaubon. 

Kz)  Extrait  des  mmutes  de  VI'  Pardeilhan.  notaire  royal  à  Auch.  (Etude  actuelle  de 
M*  Ernest  Gez,  notaire  à  Auch). 

Pactes  de  mariage  dentre  maistre  Georgc  de  Bedout,  doctcur  en  médecine,  et 
damoiselle  Antonve  de  Lafont,  de  la  citté  dvAux. 

Le  futur  flgure  clans  l’acte  avec  la  particule,  de  méme  que  Ja  future,  tandis  quc  le 
père  de  celle-ei  en  est  dépourvu. 

Les  parents  du  futur  ne  sont  pas  représentés  en  l’acte. 

Tout  comme  Jes  Bedout,  Jes  Lafont  appartenaieut  à  Ja  bourgeoisie.  Le  chef  de  la 
famiJle  Géraud  Bedout,  dénommé  marehand  dans  l’acte  de  sa  lille  Autonia,  avait  èté 
consul  en  1611.  Nous  retrouvons  plusieurs  membres  de  cetie  famille  investis  des 
honneurs  consulaires  :  Bertrand  I.afont,  doctenr  en  droit,  fils  de  Géraud,  consul  en 
1C24,  Jean  Lafont,  en  1636  et  Manaui  Laíont,  procureur  en  l’élection,  consulen  1644. 


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—  271  — 


De  celte  \mion  naquirent  quatre  enfants  (1)  : 

1°  Catherine  de  Bedout ,  le  20  septembre  1615;  2°  Guirault  de  Bedout 
(le  poète),  le  13  janvier  1617;  3 °Jean  Bedout ,  le  12  janvier  1622;  4°  Pierre 
Bedout... 

L  excellent  docteur  était,  comme  on  diî,  un  très  bon  raari,  un  père  irré- 
prochable,  à  qui  une  solide  aisance  permettait  de  mener  une  douce  vie  en 
partageant  son  temps  entre  ses  devoirs  professionnels,  sa  famille,  ses  amis 
et  Tétude  des  belles-lettres. 

L'estime  et  la  considération  dont  il  jouissait  près  de  ses  concitoyens  allè- 
rent  grandissant,  car  en  1626,  nous  le  voyons  investi  de  la  magistrature 
suprème,  le  Consulai  (2). 

Les  Archives  municipales  nous  ont  conservé  les  nomsdes  sept  collègues 
qui  partagèrent  cet  honneur  avee  lui,  ce  sont  :  MM.  Bernard  Sentetz , 
doeteur  en  droit;  Guillaume  Escuilhès;  Jean  Sonis;  Peyrusse ,  docteur 
en  droit;  Dominique  Fulgoux ,  bourgeois;  Pierre  Cassaignard;  Jean 
Saint-Martin. 


(1)  Extrait  de  l’état  civil  ancien  de  la  paroisse  de  Saint-Orens  d’Auch,  (série  G, 
supp1,  Archives  départementales  du  Gers.) 

Ces  difïérents  actes  nous  fourniront  Toccasion  de  formuler  quelques  observations  : 
1*  Catherine,  I’ainée  des  enfants  est  inscrite  avec  la  particule,  tandis  que  les  autres 
ne  l’ont  pas;  2°  Dans  les  deux  premiers  actes  la  mère  est  dite  de  La  Font ,  tandis  que 
dans  la  troisiòme  elle  est  désignée  de  Lafont. 

Beaucoup  de  gens  croient  que  la  particule,  à  savoir  la  proposition  de  devant  un 
nom,  est  un  signe  de  noblesse  et,  Dieu  me  pardonne,  confèrc  la  noblesse.  Oh !  grande 
vertu  d’une  proposition. . . 

La  vérité,  comme  on  le  savait  déjà,  est  que  jamais  la  particule  n’a  rien  prouvé  ni 
signifìé  du  tout  etque  de  tout  temps  il  y  a  eu  des  nobles  qui  n’avaientpas  la  moindre 
particuleet  de  tout  temps  aussi  des  gens  munis  de  la  particule  qui  n’étaient  pas  plus 
nobles  que  Colin  Tampon... 

Cela  a  fait  depuis  très  longtemps,  depuis  Ie  xvr  siècle  au  moins,  une  fausse 
noblesse,  aussi  íausse  que  lafausse  tiare,  et  qui  n’a  avec  la  véritable  noblesse,  non 
seulement  rien  de  commun,  mais  non  pas  Je  moindre  rapport,  ete. 

Emile  Faguet ,  de  I’Académic  française,  La  Partieulc  nobiliaire  ( Recuc  bleue, 
ler  août  1903);  Michel  Breuil ,  doeteur  en  droit,  avo^-at  â  la  Cour  d'appcl  de  Paris, 
De  la  particule  clite  nobiliaire. 

Passons  au  prénom  de  notre  Poète  qui  est  autrcment  intcressant. 

Nous  le  voyons  daus  cct  aete  dénommc  Guirault.  tout  aussi  bien  du  reste  que  son 
parrain  Lafont,  son  grand-père  maternel,  qui  fìgure  dans  l’acte  de  mariage  précité 
sous  celui  de  Gêraul.  Est-ce  une  erreur  du  copisteï 

De  plus,  dans  son  contrat  de  mariage,  dans  son  inscription  sur  les  registres  de  la 
paroisse,  dans  les  minutes  de  notaires  concernant  des  achats,  des  ventes  ou  des 
procès,  le  prénom  de  Gérarcl  alterne  quelquefois  avec  celùi  de  Géraud  avec  t  ou  d 
tìnal.  maisil  est  vrai  de  dire  que  c'est  le  dernier  qui  est  le  plus  généralement  employc. 
N’esfc-ce  pas  du  reste  le  prénom  de  son  parrain?  c’est  celui  que  nous  lui  maintiendrons 
jusqu'à  plus  ample  informé. 

Nos  recherches  pour  retrouver  l’extrait  de  naissance  de  Picne  le  quatrième  enfant 
sur  les  registres  des  paroisses  de  Saint-Orens  et  Sainte-Vlarie,  ont  été  infructueuses. 
On  ne  saurait  dans  tous  les  cas  nier  son  existence,  car  il  figure  à  titre  «  descolicr  »> 
dans  l’acte  demariage  de  son  îrère  ainé  Gêraud.  11  devint  par  la  suite  avocat  et  doc- 
teur  en  droit. 

(2)  Les  Consuis  étaient  au  nombre  de  huit  et  nos  fastes  consulaires  les  désignent 
souvent  pour  ce  motif,  par  le  nom  quelque  peu  prétentieux  d ’Octocirs. 

Ce  fait  prouverait  à  lui  seul  que  l’art.  iv  de  nos  Coutumes  Auscitaines,  rédigées 
en  1301.  ne  fait  que  constater  un  usage  déjà  fort  ancien  qui  fìxait  ce  nombre  de  huit. 

En  1667,  le  nombre  des  consuls  sera  réduit  à  quatre. 


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—  2/2  — 


Nous  avons  d  excellentes  raisons  decroire  queBedout  n'occupa  ces  fonc- 
lions  qu'une  seule  fois,  car  nous  n'avons  pu  découvrir  dans  les  Archives 
iuunicipales  des  traces  d’unc  nornination  nouvelle,  ce  qui  dctruit  la  légende 
qu'il  fut  plusieurs  fois  eonsul. 

Le  nom  de  Bedout  n’apparaît  de  nouveau  sur  les  registres  qu’au  com- 
mencement  du  xvme  siècle  :  où  ron  voit  deux  membres  de  cette  famille, 
Pun,  François  Bedout,  consul  en  1725,  et  Tautre  en  1765. 

II  est  aisé  de  se  convaincre  en  parcourant  les  nombreux  articles  des 
Coutumes  d' Auch  que  le  consulat  était  une  véritable  charge;  aussi  les 
honneurs  dont  on  Tenvironnait  n’étaient  pas  le  seul  dédommagement 
accordé  aux  hommes  de  bien  qui  acceptaient  ces  fonctions. 

Le  jeune  Géraud  grandit  dans  ce  miiieu  bourgeois  et  cultivé,  et  son 
óducation  fut  dirigée  par  un  guide  aífectueux  et  dévoué. 

A  lïige  de  sept  ans  il  entra  au  Collège  d'Auch,  alors  dirigé  par  les 
Jésuites  (1),  et  qui  jouissait  d'une  grande  réputation.  C’est  sous  la  direclion 
de  ces  maîtres  habiles  que  se  développèrent  d’heureuses  dispositions. 

Son  éducation  était  parachevée  en  1633  et,  bourré  de  grec  et  de  latin,  il 
entrait  à  16  ans  dans  la  vie  déjà  savant,  savantissime,  per  omnes  modos 
et  cusuSj  corame  dit  Molière. 

II  fallait  se  décider  pour  le  choix  d’une  carrière;  la  médecine  et  le  droit  le 
tentaient  également,  d’oìi  une  hésitation  bien  naturelle.  Eníin,  après  mùres 
rêflexions,  il  reporta  ses  préférences  sut*  l’étude  du  droit.  C’est  à  TUniver- 
sité  de  Toulouse,  qui  brillait  d'un  vif  écdat,  que  notre  jeune  étudiant  com- 
menga  ses  études  de  jnrisprudence.  Mais  à  la  fìn  de  la  prcmière  année  les 
hésitations  de  la  première  lieurc  lcreprirent,  il  comprit  qu  il  avait  fait  fausse 
roule,  il  chercha  de  nouveau  sa  voie.  C’est  à  rêtude  de  la  médecine  qu'il 
devait  s’attacher  et  à  laquelle  ii  resta  fìdèle. 

A  cette  époque,  la  capitale  du  Languedoc  était  exclusivement  livrée  à  la 


(1)  Auch,  oû  les  sciences  ct  les  belles-lettres  fleurirent  et  furent  cultivées  sous  les 
llomains  avec  uu  certam  éclat,  se  rappelant  sans  doute  cette  phase  grandiose  de  son 
histoire,  fut  une  des  premières  villes  de  son  nnportance  qui  possédèrent  un  CoJlêge. 
La  fondation  de  cet  éuiblissement  date  de  la  belle  époque  de  Ja  Henaissance  (1543). 

Aprè.s  des  alternatives  cfe  splendeur  et  d’insuccès.  il  fut  livré  aux  Jêsuites  en  1589; 
ces  Fères  le  dirigèrent  jusqu’ìi  leur  expulsion,  en  1764.  Cet  établissement  compta 
parmi  ses  proíesseurs  des  hommes  disiingués;  on  y  vit  tout*  à  tour  :  Murct,  orateur 
célèbre  de  son  époque;  Arnaad  d’Ossat,  qui  plus  tard  fut  cardmal  et  évéque  de 
Bayeux,  diplomate  renommè;  Macrobe,  savant  érudit;  Turnèbe ,  t^asscrat.  grammai- 
riens  distinguès;  le  célêbre  Sostradamus ,  les  Pòres  Aubcry  et  Montgaillard.  ce  der- 
nier  auteur  d’une  histoire  Jatine  inêdite  de  la  Gascogne. 

Apròs  l’expulsion  des  Jésuites,  le  collòge  fut  dirigè  par  des  prètres  jusqu’en  1790. 
Plus  tard,  en  I’an  111  de  la  Hépublique  (1795),  on  y  étabJit  HvcoJe  centrale  du  Gers 
qui  íut  suppriméeen  1806.  Les  bàtiments  furent  occùpés  provisoirement  par  une  insti- 
tution  privée  jusqu’au  momeiit  oii  vcrs  Ja  íin  de  l’Iùnpire  (15  novembre  1808)  ils  furent 
affectés  à  un  collòge  communal. 

En  1833,  M.  Guizot,  mimstre  de  I'instruction  publique,  érigea  le  collège  d’Auch  en 
collège  royal  de  3'  classe,  aujourd’hui  Iycée. 


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-  273  - 

lìttérature.  Goudelin,  par  ses  oeuvres  immortelles,  avait  rerais  en  honneur 
le  culte  de  la  Poésie  romane ,  et  autour  de  lui  une  foule  de  poètes  suivaient 
son  impulsion. 

L’admiration  de  notre  carabin  pour  le  poète  toulousain  fut  plus  que  suffi- 
sante  pour  éveiller  dans  son  cerveau  la  passion  des  vers,  que  ses  anciens 
maîtres  avaient  du  développer  en  lui,  et  pour  lui  inspirer  ledésirde  s’illus- 
trer  à  son  tour.  Mais  à  1  encontre  de  ce  qui  arrive  à  la  plupart  de  ceux  qui 
entrent  dans  cette  difïìciie  et  ingrate  carrière  en  cédant  plutôt  à  lentraîne- 
mcnt  de  Texempie  qu  a  leurs  propresinspirations,  notrefutur  poète  s’essaya 
tout  d’abord  dans  le  seul  genre  qui  lui  permit  de  se  livrer  en  toute  iiberté  à 
la  mobilité  de  son  huraeur  et  aux  fantaisies  de  son  esprit.  C’est  ie  genre 
pastoral  qui  le  sóduisil;  toutefois,  il  attacha  à  sa  viole  une  corde  bien  rare 
chez  nos  poète  gascons,  la  mélancolie.  Ce  genre,  ilest  vrai,  avait  étécultivé 
avec  succès  par  des  poètes  élégiaques  teis  que  Desporte ,  Voiture ,  Racan , 
Segrais,  Parny ,  etc.  li  reslait  une  expérience  à  faire  poursavoir  comment 
le  diaiecte  gascon  se  comporterait  dans  eette  nouvelle  manière. 

Bedout  se  mit  à  Toeuvre  et  composa  une  sorte  d'élêgie,  la  Solitude 
amourouse  ou  Y Amourous  soulitari  ( la  Solitude  amoureuse  ou  VAmou- 
reux  solitaire ),  qui  le  fit  distinguer.  Deux  poètes  avaicnt  avant  iui  traité 
en  français  le  même  sujet,  Théophile  Viau  (1)  el  Saint-Amand  (2).  En 
abeille  induslrieuse  qui  sait  recueillir  le  suc  des  fleurs  poétiques,  Géraud 
s’en  inspira.  Dans  cette  pièce  de  vers,  il  prend  prétexte  des  rigueurs  d'une 
belle  et  ingrate  maîtresse  Ladis  (3)  pour  s'exercer  dans  le  genre  descriptif. 
Malgré  Hnexpérience  de  l’auteur,  son  age  est  une  excuse  (il  n  avait  que 
19  ans),  on  y  remarque  une  versification  heureuse  et  facile.  Ecoutons-le  : 


(1)  Théophile  Vriau.  1590-1626.  Ode  d  la  soliíudc.  II  débute  ainsi : 

Dnns  re  val  solitaire  el  sombre 
I.e  cerí  qui  branie  au  bord  de  1‘eau 
Penchant  ses  yeux  dans  un  ruisseau 
S'amuse  à  regarder  son  ombre... 

Un  froid  et  ténébreux  silence 
Dort  à  l'ombre  de  ces  ornieaux. 

Kt  les  vents  baltent  les  ruisseaux, 

D’une  amoureuse  violence... 

(2)  Saint-Aniand  (1593-1660).  La  Solitudc.  oû  le  poòte  cliante  sa  Philomèle.  Nous 
avous  mis  en  évidenceies  rares  emprunts  que  notre  poête  a  pu  lui  faire  etquc  nous 
avons  relevés. 

(3)  Au  xvi*  siècíe,  la  manic  de  l’imitation  n’avait  pas  connu  de  bornes.  Les  poòtes 
de  la  pléiade,  après  avoir  copié  les  formesgrammaticales  et  les  mots,  voulurent  repro- 
duire  les  moeurs  :  chaque  membre  magniha  sa  maitresse  à  la  mode  ultramontaine  se 
promettant  de  volcr  à  rimraortalité  sur  les  ailes  de  son  amour.  Cette  coutume  de 
célébrcr  une  femme  airaée,  de  mettre  une  vaine  ostentation  à  la  place  du  sentiment, 
ne  fut  qu’une  regrettable  corruption  de  l’exemple  de  Dante  et  de  Pétrarque,  La  dame 
étaitla  protectrice  du  troubadour,  la  source  de  toutes  ses  inspirations,  tandis  que  les 

Îiremiers  sèparèrent  avec  soin  la  contemplation  spiritualiste  des  appétits  vulgaires, 
es  poètes  de  la  plòiade  les  confondirent. 

Dans  le  sonnet  ù  Liris,  de  Goudelin,  qui  est  un  petit  chef-d’oeuvre  du  genre,  un 
berger  se  plaint  aussi  des  rigueurs  de  sa  maitresse.  Nous  le  sigualons,  sans  essayer 
le  moindre  rapprochement. 


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—  274  — 


La  Solitude  mourouse  ou  l'Amourous  La  Solitude  amoureuse  ou  l'Amoureux 
soulitari  à  sa  Mastresse  Ladis.  solitaìre  à  sa  Maltresse  Ladis. 


Aco’s  heit  dounc  pei*  jou,  Ladis ! 
Push  que  toun  co,  moun  paradis, 

Per  tant  de  penes  endurades 
Nou  se  trobe  pas  en  estat 
D’aubri  las  portes  adourades 
Deu  tribunau  de  ta  piatat. 

L’infer  tabe,  d’aute  coustat, 

De  mas  doulous  espaiientat, 

Dits  que  nat  martir  oun  nou  damne, 
Si  lou  céu  ni  l’infer  tapoc 
Nou  bo  pas  recebe  moun  amne 
Quin  Diu  me  dara  quauque  loc? 

Per  la  terre,  iou  sabi  prou 
Que  nou  hé  pas  counde  dé  jou, 

Lou  malhur  se  plats  à  ni’abate, 
Pendent  que  lous  quouat’  élêmens 
Prenen  passetems  à  s’esbate 
A  qui  ’m  dara  mes  de  turmens. 

Lous  bens,  messajets  malurous, 
Counden  aus  autes  amourous, 

Lou  subjét  per  qui  jou  souspiri, 

Kt  si  i’arreng  deguens  lou  inoun 
Qu’age  piatat  de  moun  martiri 
Aco  ’y  Thfjrsis  ò  Dori/noun. 

Ets  me  proumeten  que  mous  maus 
Auran  un  jour  quauque  repaus; 

Més,  élas!  degus  nou’  ni  ajude. 

Tout  es  sourd,  degus  nou’  m  augis, 
La  médecine  hé  la  mude 
Quan  ei  besouy  de  soun  abis. 

En  un  bosc,  horc  deu  païs, 

Oun  moun  propi  sen  me  traïs, 

Jou  gourrichi  coum’  un  saubatgo, 

E  pertout  oun  jou  jòti  l’oiieil 
Nou  béi  que  crums  suoii  mon  bisatgo, 
En  l’absence  de  moun  soureil . 

Aquiu  loiii  de  la  luts  deu  jour, 

Oun  mile  mounstres  hen  lou  tour, 
Arreng  nou  trobi  qué’m  soulatge, 
Arreng  nou’rn  parle  de  gouari. . . 

Tout  me  dits  en  soun  ìnut  lengatge 
Que  sotii  prou  malau  per  mouri. 


C’en  est  donc  fait  pour  moi,  Ladis, 
Puisque  ton  coeur,  mon  paradis, 

Pour  tant  de  peines  endurées 
Ne  se  trouve  pas  en  état 
D’ouvrir  les  portes  adorêes 
Du  tribunal  de  ta  piété. 

L'enfer  aussi,  de  son  côté, 

De  mes  douleurs  épouvanté, 

Dit  qu’aucun  martyr  ne  me  damne. 

Si  le  ciel  ni  l’enfer  non  plus 
Ne  veut  pas  recevoir  mon  Ame 
Quel  Dieu  medonnera  quelque  asile? 

Sur  la  terre,  je  sais  suffisamment 
Qu’on  ne  tient  aucun  compte  de  moi; 
Le  malheur  se  plaît  à  m’abattre 
Pendant  que  les  quatro  éléments 
Prennent  leur  amusement  à  se  divertir, 
A  qui  me  procurera  le  plusdetourments. 

Les  vents,  messagers  malheurcux, 
Contentaux  autres  amoureux 
Le  sujet  qui  fait  que  je  soupirc, 

Et  s’il  n’y  a  rien  dans  le  monde 
Qui  ait  pitié  de  mon  martyro 
C’estsanscontredit  Thyrciset  Dorimont . 

Ils  me  promettent  que  mes  maux 
Auront  un  jour  quelque  adoucissement: 
Mais,  hòlas,  personne  ne  vient  à  mon 

[secours. 

Tout  est  sourd,  personno  nc  m’entend, 
La  médecine  fait  la  muette 
Quand  j’ai  besoin  de  ses  conscils. 

Dans  un  bois,  loin  du  pays, 

Où  mon  propre  bon  sens  me  traliit, 

Je  cours  comrae  un  sauvage, 

Et  partout  où  mon  ceil  se  fixe 

Je  ne  voisque  des  nuages  sur  mon  visage 

En  l’absence  de  mon  soleil. 

Là,  loin  de  la  lumicre  du  jour, 

Où  mille  monstres  font  le  tour, 

Je  ne  trouve  rien  qui  me  soulage, 

Rion  ne  mc  parle  de  guêrison  . . 

Tout  mc  dit  en  son  muet  langage 
Que  je  suis  assez  malade  pour  mourir. 


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-  275  - 


Sur  un  arroe,  teste  hérit, 

Un  cassou  presque  tout  pouirit 
S’en  ba  touca  de  nas  à  terre 
Lou  uiautems  l*a  desaunourat 
E  la  bermine  hé  la  guerre 
Au  houns  de  son  bente  curat. 

A  cent  pas,  un  castet  deshéit  (1), 

Oun  lous  lairous  héiien  lou  gueit, 

N’a  que  tres  boussis  de  murraille, 

Un  chac  tout  ac  ba  manéja, 

Lou  houns  de  despeit  se  hénaille, 
Qnan  be  so  dé  haut  s’aiiéja. 

Jou  y  bei  pro  mau,  en  un  cournó, 

So  que  m’an  coundat  de  Daphné 
E  lous  bérs  qui  m’ac  hen  coumpréno, 
M’y  muschen  tabenc  à  lezé, 

La  bite  d’un  que  s’anec  péne  (2) 

De  regret  ò  de  desplazé. 

Clytère  l’aueiie  charmat 
Et  l’aimaiie  ses’  est’  aimat; 

Mes  lou  mespréts  de  la  murtrére 
Lou  hec  beze  quc  soun  cerbet, 

Aueiie  la  liie  naiiere 

D’eu  couha  d’un  soureil  ta  bét. 

Soun  ben,  sa  gracie,  soun  parla, 
Tribaillaiien  a  hé  coula 
D’aquet  co  mes  fret  que  gélade, 

LTè  douts  per  affresqui  sous  blaus, 

Quan  sa  pene  trop  mau  pagade, 
Deguens  la  mort  troubec  repaus. 

Vénus  anèc  on  larmeja 
Autour  deu  clot  hé  goutéja 
Lou  baume  de  sas  amouretes, 


Sur  un  rocher,  tête  hérissée, 

Un  chêno  presque  tout  pourri 
Sen  va  touchant  du  nez  la  terre 
Le  rnauvais  temps  l’a  déshonoré, 

Et  la  vermine  fait  la  guerre 
Au  fond  de  son  ventre  creusé. 

A  cent  pas,  un  château  en  ruincs 
Où  les  voleurs  faisaient  le  guet 
N’a  plus  que  trois  morceaux  de  murs. 
Le  moindre  choc  va  renverser  tout  cela; 
Les  fondations  de  dépit  se  crevassent 
Quand  elles  voient  la  partie  supérieure 

[s’ennuyer. 

Moi  j’y  vois  assez  mal  dans  un  coin 
Ce  que  l’on  m’a  conté  de  Daphné. 

Et  les  vers  qui  me  l’ont  fait  comprendre, 
M'y  montrent  aussi  à  loisir, 

La  vie  d’un  certain  qui  alla  se  pendre 
De  regret  et  de  désespoir. 

Clyícre  l’avait  cnsoreelé 
Et  il  l’aimait  sans  ètre  payé  de  retour; 
Mais  le  mépris  de  la  meurtrière 
Lui  fìt  voir  que  son  eerveau, 

Avait  la  lune  nouvelle 

En  le  coiffant  d’un  soleil  si  beau. 

Son  bien,  sa  graco,  son  langage, 
Excitaient  à  faire  jaillir 
De  ce  cceur  plus  froid  que  la  glace 
Une  source  pour  rafraichir  ses  meur- 

[trissures , 

Lorsque  sa  peine  trop  mal  récompensée 
Dans  la  mort  trouva  le  repos. 

Vrnns  alla  en  larmoyant 

Autour  de  la  fosse  pour  répandre  goutte 

Le  baume  de  ses  amours,  [à  goutte 


(1)  Que  i’ayme  à  voir  la  dècadence 
De  ces  vieux  cliàteaux  ruinez 
Contre  qui  les  ans  mutinez 
Ont  déployc  leur  insolence. 

Saint-Amand  ( La  Solitude). 

(2)  Dans  ces  lieux  remplis  de  ténèbres 
Sous  vn  cheuron  de  bois  maudit, 

Y  branle  le  sqnelette  horrible 
D’vn  pauvre  Amant  qui  se  pendit 
Pour  une  bergcre  insensible, 

Qui  d’un  seul  regard  de  pitié, 

Ne  daigna  voir  son  amitie. 

S.vint-Amand  (La  Solitude), 


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—  £76  — 


E  <Tué  bite  plée  d’ardou, 

L’amour  boutec  en  sas  tabletes, 

Las  bertuts  de  soun  serbidou . 

Apolloun  tabé  lou  plourec 
E  tout  un  loung-tems  demourec 
Beuzé  de  beutat  é  de  gracic, 

E  Pan  crezeiie  d’aue  tort 
Si  nou  legiuen  sur  sa  facie 
Que  soun  gran  amic  ere  mort. 

Las  Naïades  lou  regreten, 

Las  Nereides  proutesten, 

Après  ûe  doulou  ses  exemple, 

D’ana  graìia  per  raretat 

Dessus  lou  clot,  au  mei  d’un  temple, 

Sa  bit’  à  la  pousteritat. 

Lous  arrius  de  do  marmurèn, 

Lous  arrocs  s’en  arrencuren, 

Lous  arbes  s’esquissen  la  raube, 

Leu  jour  houc  desplazcnt  à  l’ouéil 
E  touts  jutgen,  a  beze  l’aube, 

Ou  mort  ou  malau  lou  soureii. 

Tout  lou  païs  s’en  ressentic, 

Clytère  medische  patic 
La  géine  deguens  sa  pensade, 

E  soun  co,  de  doulou  traucat, 

Hec  un  criét  de  sa  boutade 
Per  ne  pourga  soun  bieil  pêcat. 

Après  qué’m  soiii  mes  aiiansat, 

Per  beze  so  qui  céy  passat 
Pendent  la  bite  de  Clytère, 

Jou  bei  debat  un  íìnestroun, 

Sur  un  buffet  cargat  de  quère 
Un  bieil  imatge  de  Plutoun. 

Autour  d’et,  Minos  é  lous  sous, 

Me  muchen  en  quantes  faissous 
L’amnedebat  sa  man  endure, 

Soun  can  me  hè  de  poou  tranci, 

E  tout  gorge  aubert  m’assegure 
Que  nou  soiii  pas  boun  per  aci. 

A  la  mine  d’aquets  traidous, 

Lous  soupirs,  tremblans  é  fredous» 
Coumpozen  toute  ma  musicque. 

La  mort  m’y  benc  estrangoula, 

Si  mon  anjou  nou’m  coumunicque, 
Quauque  secret  enta  bouìa. 


Et  drune  vie  pleine  d'ardeur, 

L’amour  inscrivit  sur  ses  tablettes 
Les  vertus  de  son  serviteur. 

Apollon  le  p’eura  également 
Et  resta  un  long  laps  de  teraps 
Veuf  de  beauté  et  de  grâce, 

Et  Pan  aurait  cru  avoir  tort 
Qu’on  ne  comprit  sur  son  visage 
Que  son  grand  ami  était  morl. 

Les  Naiades  le  regrettèrent, 

Les  Nèreides  décidèrent 
Après  une  douleur  sans  exemple, 
D’aller  graver  par  exception, 

Sur  la  fosse  au  milieu  d’un  temple 
Sa  vie  à  la  postérité. 

Les  ruisseaux  de  douleur  murmurèrent, 
Les  rochers  s’en  attendrirent, 

Les  arbres  déchirèrent  leur  robe, 

Le  jour  parut  déplaisant  à  l’oeil 
Et  tous  crurent,  en  regardant  l’aube, 

Le  soleil  ou  malade  ou  mort. 

Tout  le  pays  s’en  ressentit 
Chjtère  elle  aussi  eut  à  en  souffrir 
La  torture  dans  son  âme, 

Et  son  ccnur,  percé  de  douleur, 

Eit  un  crible  de  ses  regrcts 
Pour  en  cribler  son  vieux  péchè. 

Après  m’ètre  un  peu  avancè 
Pour  voir  ce  qui  s’est  passé 
Durant  la  vie  dc  Clytère. 

J’aperçois  sous  une  petite  fenêtre 
Sur  un  buffet  couvert  de  vermoulure 
Un  vieil  image  de  Pluton . 

Autour  de  lui,  Minos  et  les  siens, 

Me  font  voir  en  combien  de  façons 
L’áme  sous  sa  main  supporte. 

Son  chien  me  fait  trembler  de  peur. 

Et  Ja  gueule  ouverte  me  donne  à  com- 
Quejen’ai  rienà  fairepar  ici.  [prendre, 

A  Ja  mine  de  ces  traitres, 

Les  soupirs,  tremblants  et  glacés 
Composent  toute  ina  musique. 

La  mort  vient  m’y  serrer  la  gorge, 

Si  mon  ange  ne  me  divulgue 
Quelque  secret  pour  m’envoler. 


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—  277  — 


En  sourti  d’aquet  triste  loc, 

Jou  bei  Vulcan,  lou  came-croc, 

Suoii  cap  d’un  banc  heit  à  Tantique; 
Et  ei  detja  tout  esbraspat, 

E  Mars,  enquoiié  quage  la  pique, 

S’y  trobe  deu  mau  tems  blassat. 

Diane  parech  à  coustat, 

Dab  pe  raes  entiére  beutat 
En  un  baign  qu’Actoeoun  abize 
Lou  praube,  be  i’a  pauc  gaigna 
Push  que’u  hè  muda  de  camize 
Per  tres  goutcs  que  l’an  baignat. 

Mes  enlà  lou  Diu  deus  pastous, 
Lésch’à  labandoun  sous  moutous 
Per  segui  la  qui’u  désespère. 

Aprés  aûe  prou  countestat 
Se  trobe  sur  uè  canaùére, 

Quan  se  pense  meillou  mountat. 

Aquets  tablóus  de  moun  turment, 
Heprczenten  naibement 
Que  ma  fourtunc  rembersade 
N’aura  pas  qui  la  repara 
Si  tu  nou  tcngues  arbiuade 
La  boulentatde  m’cmpara. 


En  sortant  de  ce  triste  lieu, 

Je  vois  Vulcaia ,  Ies  jambes  croches, 
Sur  le  bout  d'un  banc  fait  à  l’antique 
II  est  déjà  tout  dépourvu  de  bras; 

Et  Marst  bien  qu’il  ait  encore  sa  lance, 
S’y  trouve  maltraité  par  le  mauvais 

[temps. 

Dianc  m’apparait  à  côté 
Avec  une  beauté  plus  parfaite 
Dans  un  bain  qu ’Actòon,  découvre. 

Le  malheureux,  comme  il  y  a  peu  gagné 
Puisqu’elle  le  fait  changer  de  chemise 
Pour  trois  gouttes  qui  l’ont  trempé. 

Mais  plus  loin,  le  Dieu  des  bergcrs, 
Laisse  ses  moutons  à  l’aventure 
Pour  suivre  celle  qui  le  réduitaudéses- 
Après  s’ètre  longtemps  disputé,  (poir, 
Se  retrouve  sur  un  roseau, 

Lorsqu’il  pensait  être  mieux  monté. 

Çes  tableaux  de  mon  tourment, 
Représentent  siraplement 
Que  ma  fortuno  contraire 
N’aura  pas  qui  la  réparera 
Si  tu  ne  tiens  avivée 
La  volonté  de  me  supporter. 


Le  poète  est  mal  inspiré  en  faisant  étalage  de  son  érudition  mythologique, 
mais  il  fallait  sacrifier  au  goùt  de  l’époque. 

Cela  nous  prouve  combien  elle  s’adapte  raal  aux  franches  allures  du  lan- 
gage  vulgaire  où  tout  doit  être  réel  et  vivant,  par  conséquent  étranger  aux 
convenîiosis  litíéraires.  M.  de  Chateaubriand  a  raison  de  dire  que  la  mytho- 
logie,  loin  d’embellir  la  nature,  en  détruit  les  vóritables  charmes. 

Tout  autre  cst  le  seniirnent  que  Bedout  nous  faitêprouver  lorsqu*il  renlre 
dans  le  cadre  descriptif  de  Ia  naturc  qu’il  nous  dèpeint  : 


Aco’s  bcrtat  que  lous  grillous 
M’y  balen  autant  de  biulous; 
L’abeille,  segount  sa  coustume, 
M’entreteng  de  perpaus  dibérs, 

Lou  bauous  limac  dab  sa’scumo, 
Beng  toustem  argcnta  mous  bors  (1). 


II  est  bien  vrai  que  les  grillons 
Sont  pour  moi  autant  de  violons; 
L’abeille,  selon  son  habitude, 
M’entretient  de  propos  divers; 

Le  bavoux  limaçon  avec  son  ccume 
Vient  constammcnt  argonter  mes  vers 


(l)  Là,  se  trouent  sur  quelques  marbres 

Dcs  deuises  du  temps  passé; 

Ici,  râge  a  presque  eftacé 

Des  chiftres  taillez  sur  les  arbres. 

Le  plancher  du  licu  le  plus  haut 


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—  278  - 


La  Cigale  per  acet  prat 
S’arrigole  d’erb’  à  soun  grat; 

La  hourmic,  meillou  mainatgère, 
Quan  a  heit  l’estiu  soun  proufeit, 
Lou  dits  l’iiier,  saute  leugère 
Push  qu’as  are  lou  bente  boiieit. 

Jou  bei  sur  acets  arberets, 

Tout  un  régiment  d’auzerets, 

Quo  bouten  fin  à  lour  querelle; 
Lou  Rouchinoi  é  lou  Parrat 
Y  fadegen  dab  lour  fumòle, 

E  coillen  lou  frut  desirat. 


La  Cigale,  à  travers  cc  pré, 

Se  repait  d’herbe  à  sa  convcnance; 

La  fourmi,  raeilleure  mónagère, 

Quand  elle  a  fait  son  profìt  durant  l’été, 
Lui  répond  l’hiver,  saute  lègère, 
Puisque  maintenanttu  as  le  ventre  vide. 

Je  vois  sur  ces  arbrisseaax 
Tout  un  régiment  de  i>etits  oiseaux 
Qui  mettent  fìn  à  leurs  querelles; 

Le  Rossûjnol  et  le  Pierroé 
Y  caquettent  avec  leurs  femelles 
Et  cueillent  le  íruit  désiré. 


Dastros  avait  trop  bien  réussi  certains  cffels  d’harmonie  imitalive  pour 
que  Bedout  nesseyat  pas,  à  son  tour,  de  traduire  le  langage  des  oiseaux 
qui  n ’avaient  pas  dit  lout  ce  qu’iis  sentaient  au  fond  de  leur  camr,  puisque 
leur  interprèíe  leur  restitue  la  parole.  11  faut  lui  rendre  cetíe  justice,  sa  ten- 
lalive  esl  lieureuse.  Tout  est  pris  sur  nature,  lout  est  légèremeat  modulé, 
il  est  comme  le  poète  oriental,  il  entcnd  la  voix  des  ètres  ailès  : 


Lou  Berdoun  dab  soun  zòc,  zêc,  zèc, 
Hè  tout  so  que  bo  dé  soun  béc; 

Lou  Cublanc  è  lou  Pelehigue 
S’y  pelegen  dab  lou  Tracliet, 

E  lou  Sènil  lou  hè  la  higue 
De  hé  de  mes  bèts  moutcts  qu  ct. 

Lou  Mèrlé,  la  Trid’  è  lou  Tour, 
Gazoíiillen  aquiu  tout  lou  jour; 

Lou  Quoiie-roìiy  é  l’Auranglete, 

La  Capulade,  tiu,  tiu,  tiu, 

Lou  Reycouchet  è  la  Lauzetc 
M’y  benguen  toutjour  diz’  adiu. 

La  Tourtere,  bourrou,  bourrou, 
L’Aurio  dab  soun  birou,  birou, 

Lou  Zouéc  è  l’Astaragassc, 

Lou  Picglai  è  lou  Bècudet, 

M’y  benguen  soubent  dab  l'Agasse 
Hè  partde  quaucoun  dc  naiict. 

Lou  Pèdou  beng  d’aciu  debat, 

I,a  Mouraehe  dab  l’Alabat, 
L’Estournèc,  lou  Gay  è  la  Chourre 


Le  Verdier  avec  son  zéc,  zéc,  zèc, 

Fait  toul  ce  qu’il  veut  de  son  bec; 

Le  Cal-Blanc  et  le  Bec-Figuc 

S’y  disputent  avec  lc 

Ec  le  Serin  les  met  au  dcfì 

De  faire  dc  plus  beaux  chants  que  lui. 

Le  Mcrlc ,  la  Grice  et  le  Tour 
Gazouillcnt  dans  ce  lieu  toute  la  journéc* 
Le  Qucuc  rougc  et  Yfíirondcllc , 

Le  Cochccis,  tiu,  tiu,  tiu, 

Le  Ricochct  et  YAloucttc 
Vicnnent  constamment  m’y  dirc  adieu. 

La  TourtcrcUe  bourrou,  bourrou, 

Lc  Loriol  avec  son  birou,  birou, 

Le  Pinson  et  la  Picgricchc , 

I.e  Pie-X vrt  et  la  pctìtc  Bccassinc 
Vienncnt  souventavec  la  Pic 
M’y  faire  part  dc  quclquc  nouveauté. 

Le  Progcr  sort  dc  là-dessous, 

La  Faucctfc  avec 

L 'Ftourncau,  le  Gcai  et  ie  Roitclct 


Kst  tombè  iusque  daus  la  ca ue 
Que  la  Limace  et  le  (’rapaut 
Suiiilleut  de  veuin  et  de  baue. 

S.unt-Amand  ( La  Solitudc). 


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—  279 


Arriben  toats  à  bets  boulops, 

I-a  Calande  tabe  s’y  fourre 
Ente  pareich'  aus  meillous  cops. 

Ere  hò  soun  cant  per  B-mol 
Quan  escarnisch  lou  Roucliinol; 
Mes  quan  bo  countrehè  la  Parre, 
Lou  Rey-couchet  ou  lou  Berdoun, 
Que  dits  sous  aires  per  B  carre, 

E  desplegu’  un  aute  jergoun . 

Lou  Pinsan  s’esparreque  tout 
Qu’an  be  que  nou  pot  bengu’à  bout 
De  hè  meillou  que  la  Meillcngue, 

E  lou  Miraillo  qu’es  auprés 
Tu  dircs  qu’a  debat  sa  lengue, 
Enclaiierats  mile  courès. 

Aqiu  lous  autans  lous  mes  horts, 

De  poou  de  troubla  sous  accorts, 
Bouten  fin  à  lour  bioulence, 

E  l’écho  qui  n’a  jamós  paus, 
Coumand’  au  bosc  de  hè  silence 
Per  augi  de  ta  béts  perpaus. 

La  Cotturche  qui  parle  pauc 
S’estuge  deguens  quauque  trauc 
Per  aiie  part  en  la  muzique; 

Lou  Goutouliu  y  beng  après, 

Et  sur  touts  lous  autes  se  picque 
Quan  se  trobe  dab  lous  darrès. 

La  Cardine,  tire,  liric, 

Dispute  dab  lous  Benarric*, 

EnUmt  que  sur  accr’  arroque, 

Que  t’es  semblabl’  cn  calitat 
Tout  so  que  raoun  praube  cos  toquo 
M’abertis  de  ta  cruautat. 

Lou  Carbounòu  è  lou  Tarin 
Roden  aquiu  tout  lou  matin; 

Lou  Cache-mousques  ei  de  costes, 

La  Campiche  beng  dab  lou  Ciu, 

E  las  Tites  prenen  la  poste 
Per  beze  lou  proube  roumiu. 

Mès  quan  jou  bei  Jous  Berdaulats, 

De  plumes  naiies  abillats, 

Entouna  l’amourous  auíici, 

Labets,  sur  moun  lut  tant  bantat, 
Jou  souni  so  que  moun  serbici 
Meritaùe  de  ta  beutat. 


Arrivent  tous  à  belles  petites  volées, 

La  Calandre  s’y  présente  aussi 
Pour  se  montrer  aux  premièrcs  places 

Elle  entonne  son  chant  en  Bémol 
Quand  elle  imite  le  Rossignol; 

Mais  lorsqu’elle  veut  contrefaire  le  moi- 
Le  Ricochet  ou  le  Verdier ,  [neau 

Elle  chante  ses  airs  en  Bécarre 
Et  déploie  une  autre  chanson. 

Le  Pinson  se  défend  folleraent 
Quand  il  voit  qu’il  ne  peut  venirà  bout 
De  mieux  faire  que  la  Mòsange, 

Et  la  Fauocttc  qui  est  à  còté 
On  dirait  qu’elle  a  sous  sa  langue 
Mille  accords  enclavés. 

Là  Jes  autans  les  plus  impétueux, 

De  crainte  de  troubler  leurs  accords, 
Mettent  fin  à  leur  violence, 

Et  l’éeho  qui  n’a  jamais  de  repos 
Ordonne  au  bois  de  faire  silence 
Pour  entendre  de  si  beaux  concerts. 

Le  Tovcol  qui  parle  peu 
Se  cuche  au  fond  de  quelque  trou 
Pour  prendre  sa  part  de  la  musique, 

La  Mauoicttc  y  vient  ensuite 
Et  sur  tous  les  autrcs  a  la  prètention 
Quand  elle  se  trouve  avec  les  derniers. 

I.a  Chardonncrette ,  tire,  liric, 

Se  dispute  avcc  1  ’Ortolan, 

Pendant  que  surce  rocher 
Qui  te  ressemble  en  quaJitc, 

Tout  ce  que  mon  pauvre  cccur  touche 
M’avertit  de  ta  cruauté. 

Le  Curbonneau  et  le  Tarin 
Rodent  par  là  tout  le  matin; 

Le  Gobc  /nouche  se  ticnt  à  côlé, 

La  Benjcronettc  vient  avec  YAlouette 
[à  doigt  court 

Et  les  Poulcs  prennentla  poste 
Pour  voir  le  pauvre  Pèierin. 

Mais  quand  je  vois  les  Xcrdiers 
Habillés  de  plumes  neuves, 

Eutonner  l’amoureux  oílìce, 

Alors,  sur  mon  luth  si  renommé 
Je  sonne  ce  que  mon  service 
A  mérité  pour  ta  grande  beauté. 


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280  — 


Après  que’m  soiii  entrotengut 
Dab  lous  auzcts  é  dab  lou  lut, 

Près  d’un  arriu  jou’m  arretiri; 

Més,  ma  Ladis,  lou  men  co  fail, 
Quan,  per  me  mucha  moun  martiri, 
L’aigue  m’y  serbis  de  mirail. 

A  jou’m  semble  deguens  l’arriu 
Beze  lou  cassadou  gentiu, 

Que  mire  sa  beutat  murtrère, 

E  charmat  de  sous  faus  apas, 

Apròs  que  s’es  perdut  oun  ére, 

Que  se  cérque  de  l’an  nó  pas. 

A !  jou’m  brembe  de  ta  beutat, 

Quan  embesquèc  ma  libertat, 

E  quan  ta  mine  mensoungère 
Coumo  l’arriu  d’aqueste  loc, 

Me  hec  perde  l’amour  oun  ére 
Per  iou  cerca  sur  un  arroc . 

La  neit  quan  m’y  trobi  soulet, 
L’enemic  deu  jour,  lou  houlet 
M’y  beng  hè  cent  rodamountades ; 
E  quan  lou  jour  sort  d’arriba 
L’ardou  de  mas  penes  passades 
Que  s’arbiiie  per  m’acaba. 


Après  m’ètre  entretenu 

Avec  les  oiseaux  et  avec  mon  luth, 

Près  d’un  ruisseau  je  me  repose; 

Mais  ma  Ladis,  le  coeur  me  faut 
Lorsque,  pour  mc  montrer  mon  martyre, 
L’eau  m’y  sert  de  miroir. 

II  me  semblc  aiors  dans  ce  ruisseau 
Voir  le  gcnlil  chasseur, 

Qui  admire  sa  beauté  fatale, 

Et  charmé  de  ses  appas  trompeurs 
Après  s’être  perdu  où  il  était 
Se  cherclier  là  où  ii  n’est  pas. 

Ah !  je  me  souviens  alors  de  ta  beauté 
Dans  le  temps  où  elle  emprisonna  ma 
Et  quand  ta  mine  mensongère,  [liberté; 
Comme  le  ruisseau  de  ce  lieu, 

Me  fit  perdre  l’amour  où  il  se  trouvait 
Pour  le  chercher  sur  un  rochcr. 

Lorsque  la  nuit  m’y  rencontrc  seul 
L’ennemi  du  jour,  le  lutin 
Vient  m’y  faire  cent  rodoraontades; 

Et  à  peine  le  jour  vient  d’apparaítre, 
Que  l’intensitè  de  mes  souffrances  pas- 
Sc  ravivent  pour  m’achever.  [sées 


Voilà  bien  du  chemin  parcouru  en  peu  de  temps,  et  trop  d’objets  peut- 
ètre  dans  un  cadre  si  resserré.  Tout  y  passe  et  sert  de  prétexte  à  poindre 
sestrop  longues  doléances.  Notre  Poète,  semble  avoir  conscience  de  cet 
abus,  quand  il  ajoute  : 


Boun  Diu  !  tant  d’oubjets  ta  dibérs 
Qne  jou  canti  deguens  mous  bèrs; 
Cèu,  Infer,  elemens,  campaignes, 
Prats  tapissats  d’erb’  c  de  flous. 
Arbes,  arrius,  castéts,  mountagnes, 
Auzets,  cigales  è  grillous. 

Tout  enftn,  hè  creche  moun  mau 
Quan  tu  nou’m  bos  da  so  qui’m  cau, 
Tu  per  qui  tanta  jou  souspiri, 

Après  aiic  loungtems  begut 
Lou  bin  dèchent  d’un  tau  martiri, 
Que’m  nues  so  qui’m  es  degut. 

Jou  speraui  pcr  ma  doulou 
Après  la  ’spine  quauque  flou; 

Mès  élas !  ma  bère  traidoure, 


Bon  Dieu!  que  d’objets  si  divors 
Je  chante  dans  mcs  vers  : 

Ciel,  Enfer,  èlèments,  campagnes, 

Prés  tapissés  d’herbes  et  de  fleurs. 
Arbres,  ruisseaux,  cháteaux,  montagnes, 
Oiseaux,  cigales  et  grillons. 

Tout  enftn,  fait  croitre  mon  mal 
Quand  tu  me  refusesce  qu’il  me  faudraiti 
Toi  pour  qui,  j’ai  soupirc  si  longtemps, 
Après  avoir  longtemps  bu 
Le  vin  dècevant  d’un  tel  martyrc, 

Que  tu  m’accordes  ce  qui  m’est  dù. 

J’espèrais,  pour  ma  douleur, 

Après  l’èpine  quelque  fleur. 

Mais  hélasl  raa  bclle  traitresse, 


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—  281  — 


L'arrelotge  de  tas  fabous  L’horloge  de  tes  faveurs 

Demore  trop  à  touca  l’oure  Reste  trop  longtemps  à  marquer  Thoure 

Qui  deu  courouna  mas  amous.  Qui  doit  couronner  mes  amours. 

La  Solitude  amoureuse  fut  rorigine  de  la  répulation  de  Bédout,  dont 
le  talent  ne  s’éleva  jamais  plus  haut. 

Cet  heureux  début,  fut  salué  en  Gascogne,  par  d'unanimes  applaudis- 
sements ;  ses  amis  surtout  exaltèrent  ce  premier  succès  qui  dépassait  toutes 
les  espérances.  Ce  concert  de  louanges  vint  assaillir  notre  jeune  poète  à 
Monlpeliier,  oii  il  s’était  rendu  pour  terminer  ses  études  médicales.  II  en 
reviendra  dans  les  premiers  mois  de  l’année  1638,  muni  de  son  titre  de 
Docteur,  pour  exercer  la  médecine  près  de  son  père,  qui  eut  le  bonheur  de 
le  voir  s’unir  en  mariage  avec  mademoiselle  Jeanne  de  Lesca  (1)  le 
17  juillet  de  la  même  année. 

Ce  premier  succès  remporté  en  1636  iavait  encouragé  à  continuer  son 
commerce  avec  les  Muses,  dans  les  loisirs  que  lui  laissaient  sesétudes,  et 
plus  tard  ses  devoirs  professionnels.  Mais  au  lieu  de  s’en  tenir  à  des  pasto- 
rales  dans  ie  genre  de  la  Solilude,  on  ne  le  vit  s’inspirer  à  tout  propos  que 
des  oeuvres  de  GoudeLin ,  alors  dans  toute  la  plénitude  de  son  talent.  II 
s'essaya  à  sa  suite  dans  les  genres  les  plus  variés,  le  prenantpour  modèle 
en  toutes  choses,  sans  néanmoins  i’avouer,  et  comme  cela  arrive  toujours 
en  pareil  cas,  l'imitant  dans  ses  qualités  les  moins  dignes  d’estime. 

En  1642,  lorsque  notre  Poète  avait  atteint  sa  vingt-cinquième  année, 
ses  vers,  jusque  là  éparpillés,  furent  réunis  et  publiés  sous  le  titre  de  : 

Lou  Parterre  Gascoun,  coumpouzat  Le  Parterre  Gascon,  composé  de  qua- 
de  quaoute  carréus,  per  G.  Bedout,  tre  compartiments,  par  G.  Bedout, 
d’Auch  (2).  d’Auch. 


(1)  Archives  départementales  du  Gers.  (Registro  des  insinuations  —  série  B.  séné- 
chaussée  d’Auch. 

Pactes  de  mariage  entre  maistre  Géraud  Bodout ,  raédecin  et  damoiselle  Joannc  de 
Lcsca ,  17  juìllet  1638.  —  Barbe ,  notaire  royal  à  Auch. 

Cérômonie  religieuse,  le  18  juillet  1638.  —  Extrait  des  registres  de  la  paroisse  de 
Saint-Orens.  Sujnc  :  Ducnos,  vicaire. 

Dans  le  premier  acte,  le  marié  est  assisté  de  maistre  Gèraud  Bedout,  docteur  en 
médecine,  et  damoiselle  Antholnette  dc  Lafont.  ses  père  et  mère  et  autres  proches 
parents  ct  amis ;  la  íuture,  Jeanne  dc  Lesna ,  est  acistóe  de  damoiselle  Marguerite 
Ducos,  sa  mère,  veuve  de  M.  Bernard  Lcsca,  conseiiler  du  Roy,  recepveur  des 
Tailhes  d’Armagnac,  et  autres  parents  et  amis. 

Ont  signé  avec  le  notaire,  Jes  parents  des  conjoints  précilés,  Anthoine  Lesca , 
notaire  à  Vic.  et  son  fìls  Bernard  et  Picrre  Bcdout,  írère  du  marié,  ces  deux 
derniers  dénoramés  escholiers. 

La  famille  de  Lesra  ou  Lesca,  ètait  originaire  de  Vic-Fezensac. 

(2)  A  Bordeus,  à  rimprimarie  de  Pierre  du  Coq,  à  la  carrère  de  Saint-Jaymes  1624. 

Le  seul  exemplaire  connu  est  à  la  Bibliothèque  d'Auch.  Ce  dernier  est  relié  avec 

un  Goudelin  in-4“,  imprimé  par  Bosc ,  en  1617  aux  frais  de  ia  ville  de  Toulouse.  11 
existe  quelques  feuillets  mal  placés  par  le  relieur ;  le  volume  serait  complet,  si  on 
rétablissait  Jes  feuillets  d’après  leurs  signatures. 


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—  282  - 


L’auteur  s  empresse  d’informer  le  lecteur,  par  un  avis  qui  figure  à  la  fin 
de  ses  oeuvres,  qu'il  est  resté  étranger  à  cette  publication  (1),  en  disant  : 


Amics,  si  troubats  fautes  d’impres- 
sioun  deguens  moun  Parterre,  coume 
per  exemple,  letres  rembersades,  punts, 
apostrophos  ou  virgules  hore  de  loc,  etc. , 
letres  de  soubres  ou  de  manque  au 
coumencement,  au  miei  ou  à  la  fin 
deus  mots,  qui  poden  carabia  lou  Gas- 
coun  en  Francês,  é  a  bets  cops,  en 
quauque  lengatge  incounegut,  escuzats 
la  haste  de  mous  amics  ct  l’absence 
deu  boste,  e  crezets  que  jou  trobarè  per 
bous  de  force  péces  qu’cts  an  lechat 
perde. 


Amis,si  voustrouvcz  des  fautes  d’im- 
pression  dans  mon  Parterre,  conime 
par  exemple  des  lettres  renversées,  des 
points,  des  apostrophes  ou  des  virgules 
hors  de  propos,  etc.,  lettres  en  trop  ou 
demanqueau  ccmmencement,aumilieu 
ou  à  la  fìn  des  mots,  qui  peuvent  chan- 
ger  le  Gascon  en  Français  et  bien  sou- 
ventenquelque  langage  inconnu,  excu- 
sez  la  háte  de  mes  amis,  et  l’absencc  de 
votre  serviteur,  et  croyez  que  je  trou- 
verai  pour  vous  donner  beauconp  de 
pièces  qu’ils  ont  laissé  pcrdre. 


Cette  aflíirmation  nous  paraît  dautant  plus  suspecte,  que  réconomie  du 
livre  et  surtout  les  préfaces  dont  il  fait  précéder  chaque  compariiment, 
prouvent  d’une  fayon  irrêfutable,  la  part  que  l’autcur  y  a  prise,  et  Bedout, 
si  fier  de  son  oeuvre,  fait  là  bien  inutilement  acte  de  fausse  modestie. 

II  met  son  oeuvre  sous  la  protection  non  plus  d’un  grand  Seigneur,  riche 
et  puissant  comme  l’ont  fait  ses  devanciers,  mais  sous  celle  plus  modeste 
d’un  bon  bourgeois  (2),  il  le  dédie  : 

Au  brabe,  Gran,  è  tout  accoumpiit,  Au  brave,  noble  et  modèle  de  perfec. 
Simoun  de  Lassale,  Gascoun  per  la  tion,  Si/non  clc  Lassalc ,  Gascon  pour 
bite,  etc.  la  vie,  etc 


C’était,  à  n’en  pas  douter,  un  ami  de  la  faraille  Bedout,  un  admirateur 
de  Ia  première  heure  du  jeune  Poète,  el  un  fervent  du  dialecte  Gascon.  Lcs 


(1)  11  ne  fit  pas  comme  Voiturc,  qui  n’avait  pas  publié  une  seule  ligne  de  son 
vivant,  ce  qui  lui  faisait  dire  :  «  Vous  verrez  qu’on  aura  la  sottise  dc  publier  mcs 
oeuvres  apres  ma  mort.  »  Cette  sottise  fut  faitc  en  1649. 

(2)  La  noblesse  ct  le  clergé  avaient  vu  arriver  avec  peine  l’hcure  de  la  déeh áance 
de  leur  puissance  dominatrice,  provoquèe  par  l’avèucmcnt  de  la  bourgeoisie  qui, 
d'accord  avec  la  royauté,  travailleut  à  la  mèmc  oeuvre.  à  la  fois  poliiique  et  sociale  : 
concentrer  en  une  seule  main,  rèduirc  à  un  mème  nivcau  toutes  ics  classes  de  la 
nation.  Dès  le  xm*  sièclc,  les  lê^istcs  bourgeois  fonderont  le  droit  royal  par  opposiuon 
au  droit  ícodal,  proclamant  ainsi  la  thi*orie  du  pouvoir  royal  absolu  :  cn  mème  temps, 
par  son  intelligente  activitè,  quo  récoaipensc  un  enriehissement  rapide  ct^  par 
rexercice  des  íònctions  publiques,  Ja  bourgeoisie  commeiice  â  prendre  dans  ì’Ltat 
uue  influence  qui  ne  cessera  degrandir.  Les  llois  de  b’rance  ne  Ini  ménageront  pas 
leurs  faveurs.  Cette  classe  autrefois  craintive.  qui  n'osait  fronder  ses  ni  utres  qne 
sous  la  forme  de  l’allusiou  et  de  rallégoric,  la  voilà,  foreant  au  \\ir  siècles  toutes  les 
barrières,  euvahissaut  tous  les  domaiues.  La  Doésie,  c'cst  elle  qui  la  dirige.  la  Pliilo- 
sophie  c’est  elle  qui  en  tient  lc  spectre,  la  Magistrature  et  le  Larlement  cest  elle  qui 
en  alimente  les  rangs.  C’cst  dans  son  sein  quc  se  reeruteront  rimmense  inajoritó  des 
défendeurs  de  rindêpendaiice  littéraire.  artistique,  philosophique,  polinque.  etc.  Au 
xvii*  si«»cle  elle  a  fini  d’absorberet  de  concenirer  en  elle,  au  dètriment  de  la  noblesse 
réduite  à  un  róle  puremeut  décoratif,  la  plénitude  du  devoir.  Ce  sout  des  bourgeois 


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éloges  que  ce  derniei*  lui  décerne  si  libéralement,  la  déférence  qu’il  lui 
témoigne.  le  respectueux  dévouement  qu’il  professeà  son  égard,  sont  autant 
de  preuves  qu'il  jouissait  à  Auch  d'une  grande  considération.  Voici  du 
reste  en  quels  termes,  il  termine  sa  dédicace  : 


Mès,  jou  bezi  detjà  que  lou  respet 
que  jou’ts  porti  me  tire  la  plume  de  la 
man,  è,  certes,  jou  seri  tabe  plan  ma- 
lau  de  cerbet  si  pensaui  dignement 
descriiie  bostes  calitats  qui,  per  esté  trop 
béres  è  deguens  un  noumbre  tropgran, 
nou’m  leschen  ny  lou  poude,  ny  lou 
moûyen  do  las  banta  coum  cau. 

Jou  nou  boli  pas  tapoc  las  recouné- 
gue  d’aute  faissoun  qu’en  me  counsa- 
cra  tout  à  bous,  qui  las  poussédats  urou- 
zoraent,  dab  las  assegurcnces  de  bitio  è 
mouri,  etc. 


Mais,  je  vois  déjà  que  le  respect  que  je 
vous  porte  me  tire  la  plume  de  la  main 
et,certes,  je  serais  égaleraent  maladedu 
cervcau  si  j’osais  dignement  décrire  vos 
qualitésqui,  tout  en  étanttrop  brillantcs 
et  en  nombre  trop  grand,  ne  me  four- 
nissent  ni  le  pouvoir  ni  le  moyen  de  les 
vanter  comme  elles  le  méritent. 

Je  ne  veux  pas  non  plus  les  reconnaitre 
d’une  autre  maniére  qu’en  me  consa- 
crant  tout  à  vous,  qui  les  possédez  à  un 
si  haut  degré  avec  1‘assurance  de  vivre 
et  mourir,  etc. 


Nous  avons  recherché  dans  les  archives  les  documents  qui  nous  permet- 
traient  de  connaltre  ce  personnage,  Auscitain  sans  nul  doute,  nos  efforts 
n’ont  pas  été  couronnés  de  succès- 

Le  Premier  Compartiment  du  Parlerre  Gascon  est  rempli  par  la  Soli - 
tude  amoureusey  dont  nous  avons  déjà  parlé  et  dont  Tauteur  disait,  en 
s'en  exagérant  le  mérite  : 


Bous  aoiiets  remarcat,  à  l’entrade  de 
moun  Parterre  la  beutat  à  l’audou  de 
V Amourous  soulitari ;  aco’s  íie  flou 
que  lous  meillous  nas  an  sentit  dab 
plazé,  ó  lous  meillous  oiioils  espiat  dab 
admiratioun,  si  mesléu  jou  nou  deui 
dize  qu’aco  soun  milo  flouretos  que 
néchen  l’iic  coste  l’aute  per  garni  lou 
pramé  carréu,  etc. . . 


Vons  avez  remarqué  au  début  de  mon 
Parterre  la  bcauté  et  le  parfum  de  l'A - 
mourcux  Solitaire;  c’est  là  une  tleur 
que  les  meilleurs  nez  ont  flairé  avec 
satisfaction  et  les  yeux  substils  apprécié 
avec  admiration,  si  je  nedevais  pas  affir- 
mer  plus  tôt  que  ce  sont  là  mille  fleu- 
rettes  qui  naissent  còte  à  còte  pour 
garnir  ie  premier  compartiment... 


Le  Deuxième  Compavtiment  comprend  une  sêrie  de  mascarades  en 
prose,  passe-temps  carnavalesque,  en  vogue  à  cette  époque  et  composées 


ces  citoyens  dont  parle  La  Bruyère,  qui  «  pendant  que  lcs  grands  négligent  de  rien 
connaiire...  se  placent,  s'élèvent,  deviennent  puissants  »  par  rétude.  la  spéculation, 
le  négoce  ;  et  leur  ambition  ne  va  pas  seulement  à  la  satisfaction  de  leurs  intéréis 
privés  :  Ils  étudient  le  gouvernement,  (ìeviennent  fins  et  politiques,  savent  le  fort  et 
le  íaible  de  tout  un  Ktat... ;  soulagent  le  prince  d’une  partie  des  soins  publics.  » 

Le  règne  Ue  Louis  XIV  marquera  le  point  culminant  du  long  travail  fait  en  comraun 
par  la  bourgeoisie  et  la  rovauté,  Mais  au  siècle  suivant  l’accord  est  rompu,  le  bour- 
geois  devient  politique,  etdu  même  coup  méeontent,  ilprépare  la  Révolution  de  1789. 


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—  284  — 

sur  le  patron  de  celles  que  Goudelin  avait  écrites  pour  les  fètes  de  Tou- 
louse  (1). 

Nous  n’insisterons  pas  outre  mesure  sur  ces  composilions  qui  ne  sont, 
du  propre  aveu  de  notre  poète, 

Q’iie  countinuelle  applicatioun  de  Qu’une  continuelle  application  do 
touts  lous  estats  qui  soun  aci  deguens  toutes  les  formes  qui  sont  próscntées  ici 
à  l’estat  de  l'amou,  etc...  à  l’état  de  l’amour,  etc. . . 

etqui  n'offrent  que  des  expressions  surannées,  des  tours  de  phrases  inu- 
tiles,  des  jeux  de  mots  dont  on  ne  saurait  apprécier  le  sel  ni  l’à  propos. 
Nous  donnerons  un  spécimen  de  cette  mascarade  comme  curiositéj  ce  qui 
nous  permeltra  de  juger  les  aptitudes  de  Géraud  à  manier  la  prose  Gas- 
conne,  et  deconstater  les  changements  qui  se  sont  produits  avec  le  dialecte 
parié  de  nos  jours  : 

L’Adiu  deu  boun  tems  é  PAmourous  L’Adieu  du  bon  temps  ou  TAmoureux 
mau  pagat  mal  payé 

Be  serats  plan  en  pene  de  sabe  qui  Vousserezcertesen  peinedesavoirqui 
jou  soiii  è  coum  m’apóri,  si  de  quouate  jesuiset  commentje  m’appellc,  sidequa- 
liùres  d’esperit  é  dejutgeraent  que  Pro-  tre  livresd’espritet  dejugementque  Pro- 
mèthée  boutec  deguens  lou  moun  qaon  méthèe  mit  dans  le  monde  quand  il  créa 
créec  i'ome,  boste  cap  n’ou’n’a,  per  lou  l’homme,  votre  tètc  nen  possède pour le 
mens,  la  tres  èmege.  Dei’eu,  quouqu’n  moins  trois  et  derai.  Peut-òtrcquelqu’un 
d’entre  bous  aus  pensera  que  jou  soui  d’entre  vous  pensera  que  jesuis  unnou- 
un  nauet  Saturne,  persoque  hèineche  veau  Sí^ur/ieqparcequejefaisnaitrepar- 
pertout  oun  bau  un  siègle  d’or  mes  pla-  tout  ou  je  vais  un  siècle  d’or  plus  sédui- 
zentquelou  prumé.  Mesnou.  Aquet  n'a  sant  que  le  premier.  Mais  non.  Celui-là 
pas  troubat  per  are  ia  haiie  deguens  la  n’a  pas  encore  cette  fois  trouvé  la  fève 
coque.  Quauqu’aute  dira  que  jou  soùi  dans  la  coque.  Quelqu’autre  dira  que  je 
iou  mestedeus  bens  quan  entene  rouna  suislemaitredes  ventsquand  ilentendra 
moun  bente  dab  mes  de  bioulence  que  gronder  mon  ventre  avec  plusdeviolcnce 
sas  mountaignes;  mesaquets’y  manque  quesesmontagnesjmaiscelui-làsetrompe 
tabe  coume  l’auto.  Aqueste  creira  que  aussi  bien  que  l’autre.  L’un  croira  quc  je 
jou  soiii  Cupidoun  l’ainat  ou  Narcissé  suis  CupldonYaìnèon  Narcìssc  lcbarbu, 
lou  barbut,  o  diables,  o.  L’aute,  quan  oh,  diables,  oh.  L’autre,  quand  ii  verra 
bege  moun  bet  bizatge,  sera  de  ia  medis  mon  beau  visage,  partagera  la  mème  opi- 

(1)  Durant  le  xvn*  siècle,  Toulouse  ètait  uti  séjour  de  prèdiieclion  pour  les  princi- 
paux  Seigueurs  et  Gentilshoinmes  de  la  province  de  Languedoc. 

Le  dtic  dc  Montmorcncy ,  gouverncur  de  la  province.  ie  comtc  dc  Caraman , 
réunissaieut  dans  leurs  magnifiques  hótels  lVlite  de  la  noblessc  du  pays.  Les  íétes  et 
les  réjouissances  du  carnaval  ctaient  trcs  brillantes  et  les  Seignems  menaient  des 
trains  de  Princes,  Lierre  Goudelin  étíiit  leur  convive  indispensable.  Le  poète.  qui 
aimait  beaucoup  les  plaisirs  et  la  bonne  chèrc.  payait  cn  chansons  ies  diners  splen- 
dides  de  ses  amphytrions.  11  rcc  tait,  dans  leurs  réunions,  des  pièces  <le  prose,  qu*il 
ílt  imprimer  sous  le  titre  de  Lrologues  et  qu’il  avait  imité  dcs  lialiens.  On  dit  qu’il  se 
couvrait  le  visage  d’iin  masque  parce  qu’il  poussait  très  souvent  un  peu  trop  Ioin  la 
satire  et  se  livrait  aux  mspiraiions  de  sa  verve  caustique.  Sa  raiîlcrie  ètait  si  ílne,  si 
adroite,  si  délicate,  queles  personnes  qu'il  tournait  en  riuicule  n’osaient  pas  se  fàcher 
sérieusement. 


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-  285  - 

che  opinioun,  ou  per  lou  mens,  assegu-  nion,  ou  pour  le  moins  assurera  que  si  je 
rera  que  si  nou  soiii  pas  Cupidoun  ou  nesuis  ni  Cupidon  ni  Narcisse ,  il  faudra 
Narcisse,  que  cau  necessariement  que  nécessairement  que  je  sois  Adonis  Tor- 
siei  Adonis  lou  bouharut,  ou  Acis  l’en-  gueilleux  ou  Acis  le  ténébreux.  Mange 
crumat.  Minge  ciiiaze,  coumpai,  n’as  de  l’avoine,  corapère,  tu  n’as  pas  deviné. 
pas  debinat.  Jou  nou  soiii  ni  Saturne,ni  Je  ne  suis  ni  Saturne,  ni  le  Maître  des 
lou  Mesté  deus  bens,  ni  Cupidoun,  jou  vents,  ni  Cupidon;  je  ne  suis  pasdavan- 
nou  soiii  ni  Narcisse,  ni  Adonis,  ni  tage  NarcissCy  ni  Adonis ,  ni  A cis  Qui 
Acis.  Qui  soiii-jou  dounc?  Aco’s  à  jou  suis-je  donc?  C’està  moide  vous  ledire 
à  dise  et  à  bous  auts  à  sabé.  Cap  de  la  et  vous  autres  à  le  sayoir.  Tête  de  paque- 
briole!  be’ts  cau  prene  lous  besicgles  rette!  il  vous  faut  prendre  les  lunettes 
d’iie  fìlouzouphie  mes  releuade  que  la  d’une  philosophie  plus  relevée  que  celle 
d'Àristote  pcr  aùe  ma  counechence.  d'Ari&totc  pour  possóder  mon  secret. 
Cachats  la  came  de  boste  curiouzitat  Cachez  la  jambe  de  votre  curiosité  avec 
dab  la  causse  deu  respét  si  bouléts  que’ts  la  chausse  du  respect  si  vous  voulez  que 
doungue  la  garroutière  d’aquet  mystèri.  je  vous  donne  la  jarretière  de  ce  mystère. 
Jou  soiii  lou  bénérable  Matgras,  lou  Je  suis  le  vénérable  Matgras,  le  chasse 
casse-mau-temps  è  lou  destrousse-  mauvais  temps,  et  le  chasseur  de  la 
hame;  jou  soùi  lou  Diu  de  la  rejoùis-  faim,  je  suis  le  Dieu  de  la  réjouissance, 
sence,  paï  de  labounechère  ède  Cupi-  père  de  la  bonne  chère  etde  Cupidon , 
doun,  Diud’amou.  Nou’ts  estounetspas  le  Dieu  de  l’amour.  Ne  vous  étonnez 
si  bau  bestit  d’aqueste  faissoun,  aco  n’es  donc  pas  si  je  vais  ainsi  vètu  de  cette 
pas  sense  quauque  sujet.  Lous  autes  façon,  cc  n’est  pas  sans  quelque  raison. 
Dius,  embejous  deu  respét  que  touts  Les  autres  Dieux,  envieux  du  respect 
lous  bous  compaignousmeporten,  s’en-  que  tous  les  bons  compagnons  me  por- 
tenen  countre  jou,  è  crezen  qu’un  ta  tent,  s’unissent  contre  moi  et  croyent 
gran  noumbre  d’ennemics  me  hasse  qu’un  si  un  grand  nombre  d’ennemis  me 
]XK)u  ?  Niargue  per  ets.  fassent  peur?  Nargue  pour  eux. 

Jou  boi  que  touts  lous  qui  se  daran  Je  veux  que  tous  ccux  qui  me  feront 
l’aunou  de  m’espia  recouneguen  à  la  rhonneurdemedistinguer,reconnaissent 
bouhe  de  porc  que  jou  porti  dessus  lou  à  la  vessie  de  porc  que  je  porte  sur  ma 
cap,  que  la  débinitatde  touts  lous  autes  tòte,  quo  la  divinité  de  tous  les  autres 
Dius  à  masse,  n’es  quo  bent  auprès  de  Dieux  réunie,  n’est  que  du  vent  à  còté 
la  mie;  l’abillament  de  plume  qui  crou-  de  la  mienne,  le  vêtement  de  plume  qui 
bis  ma  prestance,  rcustre  prou  que  couvre  mon  corps,  montre  assez  que  je 
jou’m  truffl  d’ets,  è  que  la  force  qu’éris  me  moque  d’eux,  et  que  la  forcc  qu’ils 
an,  n’es  que  plume  auprès  de  moun  possèdent  n’est  qu’une  plume  à  côté  de 
poude,ò  qu'erissoun  incounstens,  pauc  mon  pouvoir,  et  qu’ilssontinconstants, 
assegurats  è  fèbléscourae  la  plume  Lou  peu  sùrs  d’eux-mèmes  et  faibles  comme 
passement  d’irange  qui  parech  per  des-  la  plume.  La  garniture  d'orange  qui 
8U8  tout,  sur  moun  gîpoun  hò  beze  que  domine  partout  sur  mon  jupon  fait  voir 
coume  l’irange  n’es  pas  s’emblabl’  en  que  eomme  l’orange  n’estpas  semblable 
nature  à  l’or,  enquoùé  que  sie  s’em-  en  nature  à  I’or,  bien  qu’elle  le  soit  en 
blabl’  en  coulou,  a  tau  medish  qu’eris  couleur,  aussi  de  même  qu’ils  s’effor- 
s’eshorcen  d’imita  lous  petits  accidents  cent  d’imiter  les  petits  accrocs  de  ma 
de  madibinitat,  ses  y  poude  arriba  de  divinité,  sans  pouvoiry  arriver  de  mille 
mile  lègues,  è  de  cent  mile  mile  mi-  lieues  et  de  cent  mille  millions,  quatre- 
lious  quouate  bints  sasoùante  miliaces  vingts  soixanto  railliards,  à  la  perfection 
à  ia  perfection  de  ma  nature.  de  ma  nature. 


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-  28è  — 

Lous  cos  (fauque,  qui  serbichen  de  Les  coeurs  d’oies,  qui  servent  de  bou- 
boutous  à  moun  abillement,  dan  ácou-  tons  à  mon  vètement,  font  connaitre 
negue  qu’eris  an  lou  couratge  d’aquet  qu’ils  ont  le  courage  de  cet  oiseau;  la  bro- 
auzet :  l'ast  é  la  cane  de  saucisse  que  che  et  la  canne  de  saucisse  que  je  porte 
porti  au  loc  d’iié  s’paze  é  d’un  baudrié,  à  la  place  d'une  épée  et  d’un  baudrier, 
mustren  que  toutes  las  armes  qu’êris  démontrent  que  toutes  les  armes  qu’ils 
cmpleguen  à  sa  deffense  soun  rouilla-  emploient  à  leur  défense  sont  rouillées 
des  coume  l’ast,  é  que  jou  soui  capable  comme  la  broche,  et  que  je  suis  capable 
d’em  deshè  d’ets  coume  d‘un  tros  de  de  me  débarrasser  d’eux  comme  d’un 
saucisse.  Lous  goùants  de  pet  de  cerbi,  morceau  de  saucisse.  Les  gants  de  peau 
è  las  botes  de  pet  de  lebraut,  lien  beze  de  cerf  et  les  bottes  de  peau  de  lièvre, 
qu’eris  nou  trouben  aute  mouyen  per  font  voirqu’ilsnetrouventd’autreexpé- 
escapa  ma  balentizeque  de  hugi  coum’  dient  pour  éviter  ma  bravoure  que  de 
aqueres  dues  bestiés  per  se  sauba  de  la  fuircommecesdeux  bêtes  pour  échapper 
man  deu  cassadou.  Cupidoun,  sou-  à  la  poursuite  du  chasseur.  Cupidon, 
lomens,  aquet  petit  escay  de  ma  bra-  seulement,  ce  petit  résidu  de  ma  bra- 
guete,  lou  hè  caga  de  poou  en  las  guette,  le  fait  so  décharger  le  ventre  de 
causses.  peur  dans  ses  chausses. 

L’aute  jour,  per  boutade,  lou  coum-  L’autre  jour,  par  caprice,  le  compa- 
pagnoun  anec  da  dus  ou  tres  cops  de  gnon  alla  donner  deux  ou  troiscoupsde 
matras  à  Jnpiter,  au  bét  mei  deu  boil-  matraque  à  Jupiter,  aû  ìjeau  rnilieu  du 
lou  de  l’entendement,  è  lou  hec  courre  siège  de  Tentendement,  et  l’obligea  à 
après  ué  nymphe,  coum’  un  desespe-  courir  après  une  nymphe,  commo  un 
rat,  etc.  désespéré,  etc. 

Nous  ne  suivrons  pas  le  poète  dans  ses  élucubrations  carnavalesques, 
son  style  est  toujours  obscur  et  confus,  pompeux  jusqu  a  l’emphase,  alam- 
biqué  jusqu’au  galimatias. 

Le  Troisième  Coniparliment  renferme  des  pièces  diverses,  parmi  les- 
quelles  il  faut  distinguer  :  Les  Plaintes  de  Dorimont.  Dans  cette  pièce  il 
montre  du  naturel,  du  sentiment,  mais  cette  souplesse  dela  formcnerem- 
pèche  pas  de  tomber  dans  la  monotonie  de  la  pensée;  la  plainte  est  le  diapason 
continuel  de  son  amour,  les  larmes  ne  quittent  pas  ses  yeux,  les  bergers  de 
à'Urfè  et  de  Florian  ne  pousseront  pas  de  soupirs  plus  lamentables  : 

DORIMOUN  QUI  SE  PLAINQ  DB  SA  PASTOURE  JAQUETB 

Dous  aire  de  moun  Gers,  è  tu,  douce  ribère, 

Oun  mous  oûeils  an  jetat  ùè  ribère  de  plous, 

E  bous  auts,  arbcrets,  qui  couneguets  ma  bère, 

Coundats  lou  mas  doulous. 

DORIMONT  qui  SB  PLAINT  DB  SA  BBRGÈRB  JACQUETTB 

Doux  air  de  mon  Gers,  et  toi,  douce  rivière, 

Oû  mes  yeux  ont  versó  un  ruisseau  de  pleurs, 

Et  vous  autres,  petits  arbres.  qui  connaissez  ma  belle, 

Contez-lui  mes  douleurs. 


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Petits  anjous  de  bosc,  qui  dessus  ué  branquete, 

Per  me  da  lou  boun  jour,  entounats  uò  cansoun, 

Si  bezetsper  aci  ma  pastoure  Jaquete, 

Hazets-lou  la  lessoun. 

Pastourets  d’alentour,  qui  benguets  à  l’oumbrete 
Counda  bostes  amous  au  soun  deu  flajoulet, 

Mentre  que  l’Espaignol  se  crame  la  berrete 
Au  hoíiêc  deu  pistoulot. 

E  tu,  troupet  d’agnéts  qui  per  acere  prade, 

Repauzes  à  plazé  dessus  l’erb’  è  las  flous, 

Entretant  que  Lidor,  Thirsis  é  Filorade, 

Ban  amassa  grillous. 

Secretari  d’amou,  qui  sabes  ma  tristesse, 

E  qui  per  m’escouta  camines  lentement, 

Arriu,  bigne,  bergè,  quan  bejats  ma  mastresse, 
Digats-lou  moun  turment. 

Moun  mau,  despush  lou  jour  que  sa  facie  traidoure 
Boutéc  dab  moun  repaus  ma  libertat  au  croc, 

Trobé  mens  de  piètat  auprès  de  ma  pastouro 
Qu’auprès  d’aquet  arroc. 

Més  perque  se  facha  de  mile  cops  de  dagues 
Que  sous  oûeils  courroussats  tiren  à  tout  moument 

Petits  anges  des  bois,  qui  sur  une  branchette, 

Pour  me  donner  le  bon  jour,  entonnez  une  chanson, 

Si  vous  voyez  parici  ma  bergère  Jacquetle, 

Faites-lui  la  lcçon. 

Bcrgers  des  environs,  qui  venez  sous  l'ombrage 
Haconter  vos  amours  aux  accords  de  la  fluie, 

Tandis  que  l’Espagnol  se  brûle  le  berret 
Au  feu  du  pistolet. 

Fttoi,  troupeau  d'agneaux,  qui  à  travers  cette  prairie 
Repose  agréablement  sur  l’herbe  et  les  fleurs, 

Pendant  que  Liclor ,  Thirsis  et  Filorado 
Vont  chercher  des  grillons. 

Secrétaire  d’amour,  qui  connais  ma  tristesse 
Et  qui  pour  m'écouter  chemine  lentement, 

Ruisseau,  vigne,  verger,  quand  vous  verrez  ma  maítresse, 
Dites-lui  mon  tourment. 

Mon  mal,  depuis  le  jour  où  sa  beauté  perflde 
Mit  avec  mon  repos  ma  liberté  au  crochet, 

Trouve  moins  de  pitié  aupròs  de  ma  bergère  < 

Que  près  de  ce  rocher. 

Mais  pourquoi  se  plaindre  de  mille  coups  ds  poignards 
Que  ses  yeux  courroucés  lancent  à  tout  moraent 


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—  288  — 

Push  que  lou  qui  se  plats  a  recerca  las  plagues 
Endure  justement. 

La  pene  qui  dab  jou  mouris  é  ressuscite 
Hé  beze  que  mous  maus  soun  reprouchats  â  tort, 

Push  que  jou  boï  mouri  per  qui  hugis  ma  bite, 

Jou  meriti  la  mort. 

E  si  nou  podi  pas  parla  dab  ma  bergère 
Are  que  sa  rigou  me  defïen  de  goiìari, 

Jou  leschi  quouâte  bérs  dessus  aqueste  péire 
Prumè  que  de  mouri  (1). 

Puisque  celui  qui  se  plait  à  rechercher  ses  blessures 
Les  endure  justement. 

I.a  peine  qui  est  avec  moi  meurt  et  ressuscite 
Fait  voir  que  raes  maux  sont  à  tort  reprochés, 

Puisque  je  veux  mourir  pour  qui  fuit  ma  vie, 

Je  mérile  la  mort. 

Mais  si  je  ne  puis  m’entreteuir  avec  ma  bergère 
Maintenant  que  son  indifférence  m’interdit  la  guérison, 

Je  laisse  quatre  vers  pour  graver  sur  cette  pierre 
Avant  que  de  mourir. 

Et  il  continue  ainsi  sur  le  tonde  Yamoureux  solitaire  délayantà  propre- 
ment  parler  la  même  pensée  dans  dix  strophes,  pour  arriver  à  cette 
pensée  inattendue  : 

Adiu,  Jaquet'!  adiu!  lou  Ceu,  lou  tems,  ma  pene, 

Haran  déléu  qu’un  jour  tu  cambiaras  d’umou, 

Quan  beges  Dorimoun  renesche  de  sa  cène 
Coum’  un  phénix  d’amou. 

Adieu,  Jacquette!  adieu!  le  ciel,  le  temps,  ma  douleur, 

Feront  peut-ètre  qu’un  jour  tu  changeras  d’humeur 
Quand  tu  verras  Doriniont  renaitie  de  ses  cendres 
Comme  un  phénix  d’amour. 

Ces  íréquenles  répétitions  de  Ia  mème  penséc  font  plus  d’honneur  à  la 
flexibililé  du  dialecte  qu’il  emploie  qu’a  la  richessede  son  imagination. 

Dans  une  élégie  plainlive,  Mathurin  Regnier  exprime  lui  aussi,  dans 
trente-six  strophes,  des  regrets  sur  Tabsence  d’une  maîtresse  qu’il  termine 
ainsi  : 

Adiea  donc,  clairs  soleils,  si  divins  et  si  beaux; 

Adieu  l’honneur  sacré  des  forest  et  des  eaux; 

Adieu  monts,  adieu  préz,  adieu  campagne  verte 
De  ses  beautéz  dèserte. 

(1)  Quand  la  mèlancolie  se  glisse  dans  la  galanterie  sentimentale  des  Troubadours 
et  des  Jongleurs,  cette  atmosphère  de  soupirs  et  de  plaintes  quelqueíois  puériles,  ces 
adoralions  mystérieuses,  elle  va  raremcnt  jusqu’au  désespoir. 


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—  £8d  — 

Las!  recevez  mon  âme  en  ce  demier  adieu, 

Puisque  de  mon  malheur  ma  fortune  est  vaincue, 

Misérable  amoureux,  je  vais  quitter  ce  lieu 
Pour  scavoir  aux  enfers  ce  qu’elle  est  devenue. 

La  comparaison  ne  supporte  pas  l'analyse. 

II  dirige  raclivitê  de  son  esprit  vers  d'autres  sujets.  II  aborde  le  genre 
badin  dans  la  Mort  d'un  gat  (la  Mort  d'un  chat),  lou  Mounde  rembersat 
(le  Monde  renversc),  ain^i  que  dans  ses  Perpaus  deu  Pout  à  VAze 
(Propos  du  Coq  à  VAne)  oìi  la  verve  Gasconne  reprend  ses  droits,  pétil" 
lanle  d'esprit  Gaulois. 

Plus  loin,  il  plaisante  agréabiemenl,  en  saqualité  de  médecin,  ces  types 
d'Escuìapes  que  notre  grand  Molière  devait  quelques  années  plus  tard, 
dénoncer  en  Ics  clouant  au  pilori.  Notre  poète  intitule  sa  fantaisie 
humorislique  : 

LA  MÈDSCINE  A  LA  MODE  LA  MÈDECINE  A  LA  MODE 


Franccs  Bruncl,  Guillem  Bussac, 
Médécis  de  cord’  é  de  sa< , 

Richés  de  sciénce  maleiiade, 

Qoan  ban  beze  quauque  malau 
Ban  hé  de  lour  sabé  parade 
Per  lou  goiiári  si  n’a  pas  mau. 

Ets  dizen  en  tasta  lou  pous 
Si  bat  rede,  nou  bat  pas  dous, 

E  jutgen  à  beze  sa  mine, 

Que  lou  mau  s’es  arrebeillat, 
Perso  qu’en  l’art  de  medccine 
Qui  suze  se  trobe  meuillat. 

Etó  ourdounen  per  aquet  cop 
Dus  ou  tres  cuillós  de  cirop, 

E,  tout  en  parla  d’Hypoucrate, 
Proutésten  au  praube  malau 
Qu’un  batedis  n’es  pas  la  rate 
E  qu’un  seignau  n’es  pas  un  blau. 

Atau  counsuiten  toutis  dus 
E  respounen  tant  pis,  tant  inietis, 
Aus  argumens  qu’om  lous  aporte, 
E  Brunel,  que  hó  I’abizat, 

Dits  que  la  doulou  s’en  ba  morte, 
Quan  lou  mau  a  horonizat. 

Si  lou  malau  es  trespassat, 
Hussac  jure  qu’a  mau  passat 
E  mes  caut  qu’un  cu  de  raarmite 


François  Brunel,  Guillaume  Bussac, 
Médeeins  de  corde  et  de  sac, 

Riches  en  science  empruntée, 

Lorsqu’ils  vont  voir  quelque  malade 

Font  étalage  de  leur  savoir 

Pour  le  guérir  s’il  n’est  pas  malade. 

Ils  prétendent  en  tâtant  le  pouls 
S’il  bat  vite  qu’il  ne  bat  pas  lentement, 
Et  apprécient  à  voir  son  visage 
Que  la  maladie  s’est  réveillée, 

Parce  que  dans  iart  de  la  médecine 
Qui  sue  se  trouve  mouillé. 

11«  ordonnent  pour  cette  fois 
Deux  ou  trois  cueillerées  de  sirop, 

Et,  tout  en  discutant  d’Hypocrate, 
Persuadent  au  pauvre  malade 
Qu’un  panaris  nest  pas  la  rate 
Et  qu’un  signe  n’cst  pas  une  blessure. 

lls  se  consultent  ainsi  tous  les  deux, 
Répondant  tant  pis,  tant  mieux, 

Aux  argument  qu’on  leur  soumet, 

Et  Brunely.qui  fait  l’important, 
Soutient  que  la  douleur  s’étoint 
Quand  le  mal  a  disparu. 

Si  le  malade  est  trépassé. 

Bussac  aíïirme  que  ce  n’est  pas  naturel, 
Et  plus  chaud  qu’un  fondsde  marmite. 

19 


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-  2Ô0  - 

Críde  que  lou  malau  a  tort,  Proclame  que  le  malade  a  eu  tortf 

Perso’que  ser’  enqoùer’  en  bite  Parce  que  s’il  était  encore  en  vie 

Si  nou  housse  pas  taléu  mort  11  ne  serait  pas  mort  sitòt. 

Bedout  fait  preuve  d*une  certaine  raalice  ct  son  esprit  se  montre  parfois 
assez  caustique,  ses  Epigrammes  qui  terminent  ce  compartiment  en  font 
foi.  Mais  il  fait  lui-mênie  desréserves  eu  avouant  qiril  évitera  le  moindre 
trait  qui  puisse  porter  atteinteà  l’honneur  de  son  prochain. 

Jou  boi  dise  que  las  puntes  de  mas  Je  veux  dire  que  les  pointes  de  mes 
épigrammes,  ni  las  autes  qui  sount  épigrammes,  ni  celles  qui  sont  dans  ce 
deguensaquestecarréu,nou  soun  james  compartiment,  n’ont  jarnais  étó  con- 
partides  de  moun  cap  que  per  trauca  çues  dans  mon  esprit  que  pour  flétrir 
lou  bicipres  généralement;que  siquau-  le  vice  pris  en  général.  Que  si  quel 
qu’un  ei  bistd’aquet  drap,  jou  nou  soûi  qu’un  se  sert  de  ce  drap,  je  ne  suis  pas 
pas  ome  prou  riché  per  l’abilia  de  l’as-  liomme  assoz  riche  pour  le  vêtir  de 
tofïe  qui  m’agrade  aumens  :  l’étoífe  qui  me  convient  le  moins  : 

Jou  boi  ana  més  léu  tout  nut  Je  veux  aller  plutòt  tout  nu 

Que  pourta  do  de  ia  bertut .  Que  porter  le  deuil  de  la  vertu. 

Corame  on  le  voit  il  pratique  la  charité.  Or  la  charité  du  satirique  c  est 
de  montrer  qiril  pourra  se  fàcher,  et  de  se  contenter  de  le  monlrer.  L’au- 
teur  emploie  la  bonne  humeur,  jeune  et  saine,  gage  non  seulement  de  bel 
équilibre,  mais  encore  d’une  cerlaine  sympathie,  mêiée  à  tout  ce  qu’on 
voudra  de  satire.  II  est  diffîcilc,  dans  ces  conditions,  que  la  bonne  humeur 
ne  se  transforme  pas  un  peu  en  quelque  indulgence  définitive.  Elle  exclut 
tout  au  moins  l’amertume,  et,  en  effet,  )  amertume  est  ce  que  ne  eonnait 
pas  Géraud. 

II  raille  sans  colère  et  sans  indignation.  La  satire  n’est  pas  pour  lui  une 
composition  régulière;  le  désordreet  la  libre  fantaisie  lui  semblent  consti- 
tutif  du  genre.  Cette  liberté  d'un  genre  où  l’écrivain  peut  suivre  son  capric-e, 
voilà  la  raison  de  son  choix. 

C’est  sur  l’Envieux  qu’il  dêcociie  son  premier  trait,  qu’il  exerce  une 
douce  vengeance,  agréable  aux  Dieux  et  aux  poètes. 

A  VEMBBJOUS 

Tu,  quî  nou’t  plazes  pas  d’augi  qu’om  me  sustengue 
E  qui  per  m’ouffensa,  te  hes  beze  ta  prount, 

Pren  garde  qu’un  matin  la  punte  de  ta  lcngue 
N’ane  loui  de  mous  bers  pica  sur  un  estrount. 

A  L’ENVIEUX 

Toi  qui  ne  te  plais  pas  d'entendre  qu’on  me  soutienne 
Et  qui  pour  m’offenscr  tc  fais  voir  si  prompt, 

Frends  garde  qu’un  matin  la  pointe  de  ta  langue 
N’aille  loin  de  mes  veis  piquer  sur  un . 


-  - 


Voilà  à  coup  sûr  du  réalisme  le  plus  púr  ;  mais,  comme  le  latin, 

Le  gascon  dans  les  mots  brace  VhonnHetè 

Veut-il  peindre  le  langage  vulgaire,  lexpression  crue,  triviale  mômeî  II 
trouvera  des  ressources  infinies  à  Tidiome  pour  produire  des  effets  irrésis- 
tibles  de  bouffonnerie. 


Bièlle  masque,  biéi  matassin 
Oùeil  de  buzoc,  gorge  d’armari, 

Tu  nou  prenes  per  ourdinari 
Qu’un  tros  de  mul  ou  d’arroussin; 

La  male-hame  t'estrangole 
Si  ta  hile  nou  t’en  escole 
Per  hó  ílouri  toun  biéil  estat; 

Aco  's  lou  mouyen  qui  t’ajude, 
Autemens  tu  t’en  bas  perdude 
Ses  lescha  q*un  courcet  de  pouils  passementat. 

Vieux  niasque,  vieux  matassin, 

CEil  de  buze,  gorge  d’armoire, 

Tu  n’emploies  corame  nourríture 
Qu'un  morceau  de  mulet  ou  de  cheval; 
La  màle  íaim  t’étrangle. 

Si  ta  fille  ne  tient  école 
Pour  faire  fleurir  ton  vieil  état; 

Ç'a  c’est  le  moyen  qu’elle  t’aide, 

Sans  cela  tu  t’en  vas  perdue 
Sans  laisser  qu’un  corset  bourré  de  poux. 


Dans  le  même  genre  nous  trouvons  plus  loin  un  autre  clichétout  aussi 
expressif : 


Pé  de  couloum,  came  d’aussin, 
Couéche  de  porc,  bente  de  mule, 

Sei  de  baque,  cot  d’arroussin; 

Bras  pelut  coume  lou  d’Erculc, 

Man  d’arpie,  mus  de  renard, 

Gorge  de  loup,  nas  de  mounard, 
Oueil  oun  las  gracies  soun  malauzes, 
Oun  la  beutat  se  soupelis 
Si  tu  tengues  de  tant  de  cauzes 
Nou  podes  pas  este  Philis. 


Pied  de  pîgeon,  jambe  d’oison, 
Cuisse  de  porc,  ventre  de  mule, 
Sein  de  vache,  cou  de  roussin, 

Bras  velu  comme  celui  d’Hcrculc , 
Main  de  liarpie,  museau  de  renard, 
Gorge  de  loup,  nez  de  singe, 

CEil  où  les  gràces  sont  malades, 

Où  la  beauté  est  ensevelie, 

Si  tu  possèdes  tant  de  qualités 
Tu  ne  saurais  ètre  Philis . 


Nous  lui  ferons  un  dernier  emprunt  en  citant  le  dizain  suivant  pris  au 
hasard  : 


Damoun  é  Lydor  ban  soubent 
Beze  ma  mouillé  Coundourinc, 
E  jou  n’ei  sentit  quauque  bent 


Danion  et  Lydor  vont  souvent 
Visiter  ma  femme  Condorine , 
Et  moi  j’ai  eu  quelque  soupçon 


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292  — 


Per  la  porte  de  la  couzine. 

Lous  poutets  qui'u  ban  demanda 
Lous  prezens  dats  sensc  counda 
E  push,  las  naiìeres  coustumes, 

Qu'an  aqueris  coumpagnouicts 
D’cu  manda  letres  é  poulets 
Me  hen  creze  qu’un  jour  sereï  cargat  de  plumcs. 

Par  la  portc  de  la  cuisine, 

Les  baisers  qu’ils  \  ont  lui  dcniamler, 

Les  cadcaux  offerts  sans  conipter, 

Et  puis  Ics  nouvelles  Iiabitudcs 
(Ju'ont  ces  petits  compagnons 
De  lui  adresser  missives  et  lettres, 

Me  font  appréhender  qu’un  jour  jc  serai  cliargé  de  plumes. 

11  n’aborde  pas  la  chanson,  rieuse,  élourdie,  folâtre,  conime  le  fait 
souvent  Béranger ,  ou  lac.hanson  bacliique,  couronnée  de  roscs  et  de  lierre, 
comme  celle  à'Anacréon  ;  le  spécim  en  qu’il  nous  a  laissé  conscrve  Lair  de 
tristesse  qui  lui  est  familier. 

Le  Quatrième  et  dernier  Comparliment  est  tout  dcvolieux.  II  s'ouvre 
par  un  Cìiant  Royal ,  sorte  d  allégorie.  Du  reste,  le  xvt®  et  le  xviie  siècles 
furent  lïtge d’or  de  ces  compositions  ;  tous  Ics  poètes  se  mirent  lcsprit à  la 
torture  et  dêpensèrent  inutilement  leur  verve  et  leur  esprii  en  fntilitês  (1). 
Celui  qui  nous  occupe  est  jeté  dans  le  moule  de  ceux  de  Goudelin,  qui 
portent  tous  rempreinle  d’un  vêritable  talent  poétique.  Sans  parvenir  à 
cette  perfection,  notre  poète  atteint  malgré  lout  un  genre  élevéqui  n'est  pas 
sans  mérile. 


CANT  ROY  i  V  (2) 

Lou  flambéu  de  la  neït  dab  soun  nègre  équipatge 
Dospuch  quauque  matin  s’estuge  prountement, 


CHiNT  ROYAL 

Le  flambcau  de  la  nuit  avec  son  noir  équii>age 
Depuis  quelquc  matin  se  caclic  vivement, 


(1)  Cette  manie  de  l’allégorie  ètait  si  ít  la  mode  au  xv'  siècle  que  Froissard  lni- 
méme.  un  des  csprits  les  plus  observateurs  et  les  plus  lucidcs  de  í'époquo,  ne  putse 
défendre  de  cette  déplorable  contagion.  Son  Horloqe  d’cimour  est  un  vériiable  clief- 
d’oeuvrc  de  combinaisons  ridicules  :  le  e<eur  est  riiorloge  humaino,  ledésir  le  ressort 
principal,  la  b.‘auté  en  esi  le  contrepoids. 

(2)  Au  xvr  siècle,  les  poètes  suppléent  â  l’imagination  qui  leur  manque  par  la 
science  du  rythme  qu’ils  compliquent  ìi  plaisir.  Le  principal  genre  qui  naquit  de  ce 
travail  fut  le  C/iant  Royal,  composé  de  einq  stroplies  d<?  onze  vers  dc  dix  syllabes 
avec  refrain  et  envoi  de  cinq  vcrs. 

Lc  Chant  Royal  fut  aiusi  appelé  paree  (pi’on  i’adrcssait  au  prince  ou  au  roi  d’une 
assembiée  littéraire,  puy  ou  chatnbre  de  rlictorique.  Au  xvn'  siècle,  lc  cliaut  royal 
netait  autrechose  qu’une  allégoric.  La  rcemupcnse  atinbuce  à  ce  genre  de  compo- 
sition  par  rAcadciuie  des  Jeux-Lloraux  ctait  la  violetie. 


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—  203  - 

E  detja  lou  soureil,  arribat  de  soun  biàtge 
Port’à  noste  casau  un  bét  abillement. 

Jou  bei  seigne  Peyrot  dab  sa  mouilé  Jaimette, 

Que  ncteje  lous  ails  deu  tail  dè  sa  sarclete, 

Sous  ouèilsqu’un  dous  printems  embesque  de  bcutat, 
Lou  tiren  deu  cerbet  sa  biêille  praubetat, 

Pendent  que  lous  poumês,  autour  de  la  passade, 
S'abrassen  de  plaze  quan  bezen  à  coustat 
La  hranqne  (lcu  perc  sur  l’espin  empciiiade . 

Flor’a  qui  lou  mautems  estoufïéc  lou  couratge, 

Are  que  soun  amic  la  baise  fresquement, 

Ente’u  musti*a  lou  sei,  descorde  lou  coussatge, 

Que  mile  béres  ílous  embaumen  richement, 

Lou  galant,  tout  araou,  sur  sas  poupes  se  jete, 

E,  per  tant  de  rigous  que  l’autan  lou  proumete, 

Nou  reste  per  aco,  sur  sous  pots  afustats, 

I)e  recebe  lou  prèts  de  sa  ftdèlitat, 

Et  sadout  de  fabous,  à  traués  la  triilado, 

S’embague  peu  cazau  é  teng  en  boun  estat, 

La  hranquc  dcu  pcrc  sur  l'cspin  cinpeutadc. 

Que  jou  preni  piaze  deguens  un  jardinatge, 

De  marida  ma  bouts  au  soun  d'un  insturment, 

E  d’escouta  l’auzct  qu’acordo  soun  lengatge 

Kt  déjíi  le  soleil,  de  retour  de  sou  voyagc, 

Apporte  à  notre  jardiu  une  riche  parure. 

J’aperçois  seigneur  Pcyrot  avec  sa  femme  Jaimetc 
Qui  nettoic  les  aulx  du  tranchaut  de  son  sarcloir, 

^es  yeux  qu’un  doux  printemps  illumine  de  beauté, 
Ecartent  de  sou  cerveau  sa  vieillc  pauvreté. 

Pendant  que  les  pommiers,  tout  autour  de  l’allée, 
S’embrassent  de  joie,  lorsqu’ils  voient  à  cóté  d’eux 
La  hranrhe  du  poiricr  sur  Vêpinc  fjrc[fcc. 

FiorCy  à  qui  le  mauvais  temps  étouffa  le  courage, 
Maintenant  que  son  ami  la  baise  fraichemcnt, 

Pour  lui  montrer  sou  sein,  dégrafe  son  corsage. 

Que  raille  belles  ftcurs  enibaument  en  abondance. 

I.e  galant,  plein  d’amour,  sur  ses  mamcllcs  se  jette, 

Kt,  pour  tiint  de  rigueurs  que  l’autan  lui  réserve, 

II  nc  reste  pas  moins  pourcelasur  scs  lòvres  prétes 
A  recevoir  le  prix  de  sa  lidéliié. 

Et  comblé  de  faveuis,  à  travers  le  treillage. 

II  vague  dans  le  jardin  ct  tient  en  bon  élat 
La  hrancfic  du  poiricr  sur  Vcpinc  yrcffêc. 

Que  je  prends  du  plaisir  dans  un  jardinagc 
A  marier  ma  voix  au  son  d’un  instrument 
Et  d’écouier  loiseau  qui  accorde  son  chant 


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—  294  — 


Aus  fredous  de  l’arriu,  qui  coule  doucement 
Aquiiiu,  lou  rouchinol,  quillat  sur  iie  branquele 
Escarnich  l’eschiulct,  lou  fiftreè  la  muzete; 

Tout]parle  de  boun  tems,  de  doussou,  d'amislat, 

E  per'nous  amea  lou  siégle  tant  bantat 
La  biiilete  de  mars,  de  cent  flous  entourade, 

Perfum !  en  un  courné  d’ysops  passementat 
La  branque  deu  pèrè  sur  l’espin  cmpcutade . 

Jou  bezi  Philidor  debat  acet  oumbratge 
Qu’entreteng  lous  échos  de  soun  countentement. 

Liris,  despush  dus  jours,  lou  hc  mèillou  bisatge 
E  proumet  à  soun  mau  quauque  soulatgement. 

Auprès  d’un  cabinet,  cost’  acere  placete, 

Ué  nimphe  ba  plea  de  flous  uè  cassoulete, 

Un  Mercure  de  bouch,  près  d’un  laurè  plantat, 

Hè  qu’aquet  urous  loc  ei  deu  cèu  respectat, 

E  Naïs,  de  cent  juncs  la  teste  courounade, 

Benazis  lou  carreú  oun  Poumoun’  a  pourtat 
La  branque  deu  pèrè  sur  l’cspin  ernpeutade 

Que  mous  oiieils  soun  countens  de  remerca  l’oubratge 
D’un  parterr’  aoabat,  oun  direts  justcment 
Que  mii’  astres  naiiets  disputen  l’aùantatge 
E  hen  a  mes  luzi  dab  lous  deu  fìrmement. 

Aux  murmures  du  ruisseau,  qui  coule  sans  bruit. 

Là,  le  Hossiguol,  perché  sur  une  branchette, 

Contrefait  le  sifflet,  Je  fifre  et  la  cornemuse; 

Tour  parJe  de  bon  temps,  de  douceur,  d’amiiié, 

Et  pour  nous  ramcner  le  siècle  si  renommé 
I.a  violette  de  mars,  de  cent  fleurs  escorh'e, 

Parfum,  en  un  coin  d’Jivsopes  tapissó 
La  branch'. *  dupoirier  sur  Vèpinc  qrrjjèe. 

Je  vois  Philidor  sous  cet  ombrage, 

Qui  redit  aux  échos  toul  son  contentement. 

Liris .  depuis  deux  jours,  lui  fait  meilleur  accueil 
Et  prometà  ses  maux  quelque  soulagement. 

Auprès  d’un  cabinet,  à  cóté  de  cctte  petite  place, 
t’ne  uymphe  va  reraplir  de  fleurs  une  cassollette. 

I  n  Mercurede  buis,  près  d'uu  laurier  plantè 
Eait  que  cet  heurcux  Jieu  est  respectc  du  Ciel; 

EiAVtis.de  cent  joncs  la  tête  couronnée, 

Bènit  le  compartiment  où  Pornonc  a  porté 
La  branche  du  poirier  sur  Vcpine  qrojìèe. 

Combien  mes  veux  sont  Jieureux  de  se  reposer  sur  l’ieuvre 
D’un  parterre  aclievé.  oii  l’on  dirait  avec  raison 
Que  mille  astres  nouveaux  se  disputent  l’avantage 
Et  font  à  celui  qui  reluira  le  plus  avec  ceux  du  flrmatnent 


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De  matin,  loo  soureil,  quan  tire  sa  bounete 
Per  dize  lou  boun  jour  à  la  rose  musqueto 
S’y  trobe  tout  d’un  cop  de  nectar  empastat, 

E  chuque  dab  plaze  Tarabré  qui  l’a  jetat 
Mentre  que  lou  tarin  teng  sa  lengu’  apuntade, 
Per  saluda  d’un  cant  que  sa  mai  l’a  dictat 
La  branquc  deu  pûrò  sur  l’cspin  cmpeutadc . 

l)e  bon  matin.  lors<jue  le  soleil  retire  son  bonnet 
Pour  souhaiter  le  bonjour  à  Ja  rose  mus<pjée 
11  se  trouve  toutd’un  eoup  cnivré  de  nectar, 

Et  suee  avec  plaisir  l’ombre  qu’elle  lui  a  jeté 
Pendant  que  le  tarin  tientsa  Iangue  toute  prête 
Pour  saluer  d’un  chant  que  sa  mère  Itii  aappris 
La  branche  du  poiricr  tmr  l’òpinc  <jrc[1ee . 

Explicatioun  dó  Tallógourie. 

Lou  Chrestian,  au  bet  méi  de  l’inftdelitat 
Qui  flouris  sur  ui'*  crouts,  oun  I’amou  l’a  plantat 
E  de  qni  la  bertut  s’y  trobe  mau  tractade 
Ei  so  qu’aci  deguens  bous  a  representat 
La  branquc  dcu  pèrò  sur  l'espin  e/npcutadc. 

Explication  de  Pallégorie 

Le  Christ  au  beau  milieu  de  rinfldélité 

Qui  fleurit  sur  uue  croix,  oit  son  amourl’a  plantè, 

Kt  de  qui  la  vetlu  s’y  trouve  mal  traitée 
C’est  ec  qu’ici  vous  a  représentê 
La  branchc  cla  poirier  sur  Vèpinc  yrcjjèe. 


Le  docteur  Xoulet ,  qui  s’est  occupé  du  Poète,  trouve  cette  allégorie  obs- 
cure,  embarrassée,  mal  conduile,  efc.  Cetie  appréciation  du  savant 
Toulousain  nous  paraît  excessive.  Nous  somnies  d’accord  avec  lui  pour 
reconnaîire  qu ’elle  n  est  point  parfaiteet  qu’elle  ne  constitue  pas  assurément 
un  chef-d\euvre  poéiique.  Mais  telle  qu’clle  est,  nous  y  trouvons  de  réelles 
qualités  de  style,  ses  images  ont  du  coloris,  du  relief  et  elle  se  recommande 
par  le  tour  facilc,  la  cadence  de  vers  et  l'harmonie  de  la  nériode. 

Les  Noèls  étaient  iròs  cn  vogue  au  xvu°  siècle  et  ce  genre  de  poésie 
religieuse,  irès  goûtê  en  (jascogne.  Bedout,  nous  en  a  laissé  plusieurs, 
suivis  d'une  sêrie  de  prières  en  prose  auxquelles  il  délivre  un  brevet 
d’orthodoxie  quand  il  dit  : 


Las  counceptious  de  mas  darivrcs 
prêgaries  se  poiiyren  cxj>r  ina  dab  mes 
de  facilitat  en  Grec  ou  en  Latin  que 
nou  pas  en  noste  lcngatge.  coumo  lous 
uute8  passatges  de  la  theoulougio  è  deu 


Les  conceptions  de  mes  dernicres 
prières  pourraienl  s’exprimer  avec  plus 
de  facilité  en  Grec  ou  cn  Latin  qu’en 
notre  langage,  comme  les  autres  pas- 
sages  de  la  théologie  et  du  pays  de 


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—  296  — 


païs  de  lagleise,  oun  jou  harei  toatjour  l’Eglise,  où  je  me  ferai  toutjours  gloire 
glorié  de  pesca  lou  mouyen  d’este  ome  de  puiser  le  moven  d’être  lionime  de 
de  ben,  ses  auansa  james  paraule  de-  bien,  sans  jamais  introduire  dans  les 
guens  las  pèces  de  deboutioun  countre  pièces  religieuses  des  paroles  contraires 
Ja  fé.  Jou’n  héi  jutgesqui  soun  sabents  à  la  foi.  Je  prendspour  juges  ccux  qui 
deguens  aqueres  matières.  sont  experts  dans  ces  matiòres. 


Nous  prenons  acte  de  ses  affirraations,  nous  bornant  à  constater  en 
passant,  que  ces  pièces  n’ont  pas  grande  valeur  littéraire. 

Dans  une  Préface  de  son  Parterrey  Bedout,  annoncant  qu'il  donnera 


bientôtà  rimprimeur  ses  oeuvres  fran< 

Jou’ts  pagarei  de  mile  gran  merces 
dab  proumesse  que  la  musc  franccze 
sourtira  léu  de  moun  cabinet  per  bous 
hè  la  rebelencie  de  ma  part;  si  bous 
me  demandats  per  que  jou  hci  mes 
léu  imprima  las  péces  gascounes  que 
las  francézes  aco’s  ]>er  so  que  jou 
eï  aprés  aquet  lengatge  prun.e  que 
l’aute. . . 


;ai$es,  s'exprime  ainsi  : 

Je  vous  paierai  de  mille  grands  remer- 
ciements  avcc  la  promesse  que  la  muse 
fram;aise  sortira  bientòtde  mon  cabinet 
pour  vous  faire  sa  révérence  de  ma 
part;  si  vous  me  demandez  pourquoi 
j’ai  fait  plutòt  imprimer  les  pièces 
gasconnes  que  lcs  françaises,  cela  est 
parce  que  j’ai  appris  ce  langage  bien 
avant  l’autre. . . 


Nous  ignorons  si  son  projet  fut  mis  ù  exécution,  c^ir  son  livreest  introu- 
vable  à  Fexception  toutefois  dc  Fun  de  ses  Poèmes  que  nous  avons  eu  la 
bonne  fortune  de  retrouver,  ce  qui  nous  permeltra  de  juger  notre  compa- 
triote  comme  Poète  Franqais.  Ce  spécimen  nous  a  étè  conservé  dans  les 
manuscrits  de  Fabbé  Daignan  du  Sendat  (1).  (Nouvelle  còie,  n°  73,  page 
999,  tome  86.  Bibliothèque  de  la  ville  d'Auch.) 

11  est  consacré  à  la  description  dcs  peintures  qui  ornaient  la  chapelle 
des  Pénitents  Bleus  (2)  à  Auch  qui  setrouvetii  aujourd’hui  à  Féglise  Saint- 


(1)  Daìr/nan  clu  Sendat  (í.ouis),  naípiii  Aucli  en  1081.  N  fut  d’abord  chanoine 
archidiacre  de  Magnoao  et  ensuite  vicaire-gûìéral  de  quatro  archevêques,  parini 
lesquels  nous  pouvons  citer,  MM.  Desmarct x,  dc  Dolif/nar  et  dc  Montillct.  Ces 
préíats  étaient  fréipiemment  absents  dc  leur  si<‘ge;  il  tui  snccessiv  ement  leuriuté- 
rimaire  dans  radministration  du  diocèse.  Passíonné  ponr  JVtude,  il  consacra  ses 
loisirs  àgrouper  les  documents  relatifs  à  rhistoire  civile  et  religiense  de  la  Gascogne. 
Illaissa  ses  mòmoires,  sa  colleetion  numismati(|iie,  le  portrait  de  (juatre  archevéques 
et  mille  livres  pour  rinslallation  de  s.i  bibliotl.i'qiic  comprise  aussi  dans  le  legs  aux 
Pêres  Cordeliers  qui  avaient  succ/dé  aux  Jésuites  dans  la  direclion  du  eollège.  II 
recommanda  quc  tout  fut  mis  à  la  dîsjtositon  du  publie.  A  sa  mort,  arrivée  Ie  17  mai 
17G4,  il  témoigna  le  désir  dVtre  iuhumè  dans  l'église  Sainte-Marie  ct  dans  la  chapelle 
de  la  Purification,  oû  il  reposc  aujourd’hui. 

(2)  II  existait  à  Aucîi  pîusieurs  eonfréries  de  eet  ordre. 

Les  Pénitents  Blanrs,  établis  en  1Gu7.  (La  ehapelle  et  lcs  bàtiments  sont  occupes 
aujounrhui  par  IVtablissement  des  Frêres  de  Ja  Doctriue  chrétieiiue.) 

Les  Pénitenis  Bleus,  établis  en  1610. 

Les  Pénitents  (iris,  veis  la  même  époque.  Cette  confrérie  avait  une  chapellc  à 
lVglise  de  Saint-iqerre  ;  clie  s’en  lit  bûtir  une  quelques  annccs  avant  la  Hévolution, 
rue  de  l'Oratoire. 


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Orens.  Nous  en  détaclions  quelques  strophes  qui  sufliront  à  apprécier  sa 
manière  de  faire. 


Riches  possesseurs  des  merveilles 
Maistres  des  graces  non  pareillcs, 

Je  veux  que  panout  l’Univers 
Un  langage  rempli  d’oracles 
Porte  sur  l’aisle  de  mes  vers 
La  mémoire  de  vos  miracies. 

Mes  chers  confrères,  si  ma  rime 
Peut  vivre  dedans  votre  estime 
L’envie  ne  m’estone  plus, 

Puisque  dèjà  son  oeil  funeste 
Remarque  sous  vos  habits  blus 
En  terre  une  troupc  céleste, 

Louys  celte  vivante  image 
Du  Dieu  dont  vous  ètes  l’ouvrage 
Ce  prince  favori  des  Cieux 
Vous  témoignent  par  sa  tendresse 
Que  votre  sac  lui  plaisait  mieux 
Que  le  sac  d’une  fortcresse. 

Les  íleurs  dc  lys  qui  sur  vos  poiles 
Reluisent  conime  autant  d’ètoiles 
Pour  íaire  un  nouveau  (ìrmament 
Par  une  pompe  sans  égale 
Font  reconoistre  clairement 
Vostre  compagnie  royale. . . 

Viennent  ensuite  les  descriptions  des  tableaux,  au  nombre  de  vingt-huit, 
oii  chaque  sujet  est  glorifié  par  le  poète. 

Parlant  dans  une  autre  partie  de  ses  manuscrils  des  peintures  des 
Pénitents  Bleus,  M.  Daignan  rappelle  que  M.  Bcdout.  bel  esprit  de  la  ville 
d’Auch  en  a  fait  la  descriplion  en  vcrs  qui  furent  fort  estimés. 

Nous  tenons  à  faire  des  réserves  sur  cet  enthousiasme  de  ses  contcmpo- 
rains,  en  nous  rappelant  le  vers  du  poète  : 

Le  juge  sans  reproche  est  la  postêrité. 

II  est  en  effet,  ccrtain,  que  si  Bedout  a  voulu  se  survivre  commc  poète 
français,  il  n’a  pas  rèussi,car  nous  voyons  à  chaque  pas,  dans  ce  spécimen 
de  ses  ceuvres,  son  embarras  â  manier  la  langue  Française,  Tidiome 
national.  Après  la  Iccture  de  ce  long  poème,  il  ne  viendra  à  i'esprit  de 
personne  de  regretter  la  perte  de  ses  oouvres  françaises.  Cette  pénurie 
poétique  nous  paraît  d'autant  plus  choc|uante  que  nous  sommes  au  moment 


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oii  Ja  langue  est  capable  d'cxpiimer  désorraais  toutes  ses  idées,  en  pleine 
possession  d’elle-mème,  elle  est  entiòrement  franeaisc  par  la  syntaxe  et  le 
vocabulaire.  C’est  du  resle,  du  coucours  deces  circonstances,  de  la  réunion 
dc  ces  élémenls  que  va  sortir,  arméc  de  pied  en  cap,  nolre  littéralure 
classique. 

Jusqu'à  nouvel  ordre,  nous  considèrerons  Bedout  comme  Poète  patois. 
A  ce  titre,  notre  táche  sera  facile. 

L'un  des  traits  les  plus  saillanls  du  caractòre  Gascon,  pris  en  gènéral, 
c’est  sans  contredit  son  culte  pour  la  petite  palrie  d’origine. 

Tous  nos  poòtes  du  Moyen-Age,  troubadours  et  jongleurs,  nos  glorieux 
ancèlres,  glorificnt  dans  la  langue  paternellc,  leur  cher  pavs  de  Gascogne, 
la  fraîchcur  du  matin,  les  fleurs  des  prairies  ct  leurs  couleurs  brillantes. 
Ils  vantenl  la  limpidité  des  ruisseaux,  lc  chant  des  oisillons,  et  proclament 
qu'un  petit  jardinet  vaut  mieux  qu'une  terre  ailleurs.  Plus  tard,  Garros , 
Ader ,  Dasiros ,  Bedoul  lui-même  et  ceux  qui  suivront,  fidèles  à  la 
tradilion,  manifesteront  à  leur  tour  pour  le  ciel  natal,  un  attachement 
infini.  IIs  le  célèbrent  à  l’envi  les  uns  des  aulres,  préférant  leur  coin  de 
terre  à  l’univers  entier. 

Cette  constatation  de  patriolisme  local  bien  ètablie,  nous  signalerons 
ègalement  un  fait  non  moins  curieux,  c’est  robstinaiion  des  Méridionaux 
dans  lcur  patois  et  dans  leur  musique. 

Lorsque  Ilenri  IV,  en  habile  politique,  disgraeia  notre  palois  qu'il  écrivait 
et  parlait  si  bien,  au  profit  de  la  langue  du  Nord,  il  savait  bien  qu'il  ne 
mourrait  pas  de  ce  coup.  La  laugue  pour  le  patriote  n’cst-elle  pas  aussi 
chòre  que  la  foi  pour  le  croyant?  Cette  persislance  en  faveur  de  la  résur- 
rection  de  l’idiomc  local  est  surtout  remarquable  en  Gascogne.  En  pleine 
pêriode  française,  lous  nos  Poètes,  sans  exccption,  arborent  l’étendard  de 
la  révoltc  et  prèchent  la  croisade  contrc  la  langue  triomphantc. 

Bedouf,  à  l’exemple  de  scs  aìnés,  s'institue  lui  aussi  son  dcfenseur,  en 
íaisanl  ressortir  sa  beauté  et  scs  mérites  : 


Jou  diri  quauques  paraules  en-fabou 
deu  lengatge  Gascoun,  que  la  doussou, 
la  raajcstat  ò  la  gracie,  so  plazen  d’ac- 
coumpaigna,  talòu  qu’un  boun  ê  franc 
Gascoun,  aubris  la  gorgo  per  desplega 
sas  pensadcs.  Jou  hari  bozequ’aco’s  un 
lengatgc  digne  dc  bantalasactious  genc- 
rouses  deus  millous  souldats  de  la  terre, 
auta  p’an  couracd’estouíîa  deguens  lou 
mesprets,  la  banitat  d’aquets  que]n’au 
jamèsheitarrengque  baille.  Jouparlari 


Jedirai  quclques  paroles  cn  faveur  du 
dialecte  Gaseon,  que  la  douccur,  la  raa- 
jestê  et  l’êlégance  sc  plaisent  à  acconi- 
pogner,  sitòt  qu’un  bon  ct  franc  Gas- 
eon  ouvrc  la  bouche  pour  expriraer 
ses  pensées.  Je  ferai  voir  quc  e’cst  là 
un  langage  dignode  vanter  lcs  actions 
gónéreuses  des  raeillcurs  soldats  de 
la  terre,  aussi  bien  que  d’êtoufïer  dans 
le  mépris,  la  vanitê  de  ceux  qui  n’ont 
jaraais  rien  fait  qui  vaillc.  Je  parlerai 


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d’et  coume  d’un  lengatgeque  lou  Fran-  de  lui  ootnme  d’une  idiome  que  le 
cès  recouneich  per  soun  caddèt ou  locte-  Français  reconnait  pour  son  cadet  ou 
tenent,  è  que  lou  Diu  de  la  guerre  par-  lieutenant,  et  que  le  Dieu  de  la  guerre 
iaraperarrounsalapooudeguensramne  empioiera  pour  enfoncer  la  peur  dans 
deus  Gigans,  si  tournauen  prene  Jas  1‘àme  des  Géants,  s’ils  retournaient 
armes  countre  lou  Ceu.  .  prendre  les  armes  contre  le  Giel. . . 


Avant  lui,  Dastros  donnait,  comme  nous  l’avons  vu,  des  conseils  à  ses 
contemporains,  en  leur  disant  : 


Crey-me,  Gascon,  n’ajos  bergouigno 
De  nosto  lenguo  de  Gascouigno, 

Ni  de  l’augi,  ni  d’en  parla 
Coumo  à  Leytouro  è  à  Sent-Cla. 


Crois-moi,  Gascon,  n’ai  pas  lionte 
De  notre  langue  de  Gascogne, 

Ni  de  l’entcndre,  ni  de  la  parler, 
Comme  à  Lectoure  et  à  Saint-Clar. 


S’attachant  à  faire  ressorlir  le  mérite  du  dialecte  de  sa  toute  petite  patrie 
de  Lomagne,  dont  il  se  fait  le  chanipion,  il  prétend  que  les  autres  sont 
horriblement  corrompus,  le  sien  étant  aussi  pur  et  aussi  franc  que  le  grec 
et  le  Jatin. 

Bedout,  de  son  côté,  défeud  sa  ville  natale,  dont  il  dit  en  bon  íìls  : 


Que  noste  bilc  d’Auch,  ei  auta  plan 
per  parJa  coume  hè,  la  maï,  la  prin- 
ccssc,  la  douts  è  la  prumère  bile  de 
Gascouigne . . . 

11  ne  sera  pas  moins  catégorique 
dialecte  qu’il  emploie  : 

Siquauq’undits  que  moun  Gascouu 
n’es  pas  lou  mes  franc,  lou  mes  gene- 
rous,  è  lou  mes  sancé  qu’om  pousquc 
parla  deguens  la  Gascouigne,  jou’n  pre- 
garé  d’em  hé  bezc  que  noste  bile  d’Auch 
nou  paresch  pas  sur  un  loc  haut  aus  qui 
bengucn  de  TouIouse,è  jou  l’anirépesca 
deguens  lou  Gers . . . 


Que  notre  villo  d’Auch  estaussi  bien 
pour  parler  comme  pour  faire,  la  mèrc, 
la  princesse,  la  scurce  jaillissante,et  la 
prcmière  villo  de  Gascogne.  . 

quand  il  proclame  la  supériorité  du 

Si  quelqu’un  soutient  que  mon  gascon 
n  est  pasle  plus  franc,  leplus  géncreux, 
Je  plus  pur  qu’on  puisse  parler  en  Gas- 
cogne,  je  le  prierai  de  me  déinontrer 
que  notre  ville  d’Auch  ne  parait  pas 
sur  un  lieu  élevé  à  ceux  qui  vien- 
nent  de  Toulouse,  et  j’irai  lo  pècher 
dans  le  Gers. . . 


On  lui  pardonnerait  aisément  le  lvrisme  avec  lequel  il  parle  de  sa  vieille 
cité  Gasconne,  juslifié  du  resle  par  son  passé  historique  qui  ne  manque 
pas  de  grandeur;  on  ne  lui  en  voudrait  pas  davanlage  du  culle  qu’il 
professe  pour  le  dialecte  qui  lui  est  propre  et  qu’il  gloriíie,  si  on  ne  décou- 
vrait  dans  sa  manière  une  contradiction  avec  ses  afíirmalions.  Car  au  lieu 
de  s’appliquer  commc  ses  èmules  de  la  Gascognc  à  maintenir  dans  ses 
écrits  la  purelé  de  1‘idiome  aquitain,  il  ne  eesse  d’y  déroger. 

Voltaire ,  ce  maîlre  inappréciable  en  matière  destyle,  de  goútetde  saine 


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appréciation  liltéraire,  a  Hit  dans  son  Dictionnaire  philosophif/ae  au  mot 
Langues  : 

«  Toute  langue  étant  imparfaite,  il  ne  sen  suit  pas  qu  on  doive  la 
*  changer.  II  faut  absolument  s'en  tenir  à  la  manicTedont  lcs  bons  auleurs 
»  lont  parlée,  et  quand  on  a  un  nombre  sullisant  d 'auteurs  approuvés,  la 
»  langue  est  fixée.  Ainsi  on  ne  peut  rien  ehanger  à  l’italien,  à  l’espagnol, 
»  au  français,  à  l’anglais,  sans  les  corrompre  ;  la  raison  en  est  claire, 
»  c’estquon  rendrait  bientòt  ininlelligibles  les  livres  qui  font  rinstruction 
»  et  le  plaisir  des  natious.  » 

Cette  pensêc  si  vraie  s'appliquc  directemenl  au  poète  auscitain,  car  il  a 
tout  à  fait  change  les  conditions  ct  la  nature  de  la  p  )ésie  gasconne  ;  sous 
sa  plume,  le  patois,  si  cnergique  et  si  pittoresque,  a  perdu  ses  qualités 
natives.  II  pense  en  franrais,  et  dcs  lors  il  ne  fait  qu’un  Irès  rare  usage  du 
génie  particulier  du  dialecte  doiit,  il  se  sert,  renoiv,ant  ainsi  à  la  seulepoinle 
d’originalitè  qui  reslàt  encore  à  la  liltéralure  mêridionale. 

Du  reste,  ses  contemporains  avaient  du  luien  faire  la  remar((ue,  car  il 
cherche  à  s’en  excuser  : 

Jou  desabuzari  tabe  l’esperitde  quau-  Je  dêsabuserai  êgalement  l’csprit  de 
quesfats  qui  mous  eschorden  de  parau-  quelques  prétentieux  qui  nous  assour- 
les  è  qui  pcnsent  auc  troubat  la  haue  disseut  de  parolcs  et  qui  eroient  avoir 
degucns  la  coque,  mès  qu’agen  assegu-  trouvê  la  fève  dans  la  coque,  sitòt  qu’ils 
rat  que  lou  boun  gascoun  ei  nescut  dab  ontaílirmó  que  le  pur  gaseon  est  né  avec 
ets,  coume  si  noste  lengatge  se  rezer-  eux,  eomme  si  notre  langagechoisissaU 
baue  la  gorged’aquets  badis  per  explica  la  bouchedoees  farceurs  pour  expliquer 
sous  oracles.  Si  jou  bouleui  segui  ma  ses  oracles.  Si  je  voulais  suivre  mon 
boutade,  jou  pouiri  lous  embrouma  de  raisonnement,  je  pourrai  les  accabîer 
razous  toutes  toucantes,  per  lous  empa-  d’arguments  irréfutables  qui  les  em|)ê- 
cha  de  trouba  luts  deguens  las  naueres  cheraient  de  trouver  la  lumière  dans 
propositious  qu’eris  an  aprezes  dab  leurs  nouvellcs  théories  qu’ils  ont  ap- 
quauque  régent  de  bilatge  . .  prises  avcc  quelque  régent  de  village... 

II  se  défend  avec  non  moins  d  energic  conlre  les  aeeusations  formulêes 
contre  lui  d'ètre  un  plagiaire  (1)  : 

(1)  Au  siïvle  suivanl,  Amlrc  Chcnicr  répondra  à  eeux  qtii  lui  rcp/oclient  scs  em- 

Srunts,  cn  Jeur  signalant  danircs  larcins,  íaisant  ainsi  de  rimitalio  t  non  pas  une 
abitude  mais  nnc  théoric  : 

l ‘ ii  ju^<‘  siíuroillcM.x  épiant  nx's  mnrap's 

Toiit  ;i  couj»  â  ^rands  «*ris  d«'n<»n<  <'  \ín^t  itassatrcs 

Traduits  <l<*  tcl  autcur  nommc.  ct  lcs  trouvant 

II  s’admip'  <‘î  sc  j>Iait  à  s<-  \oir  si  savant 

(^uc  nc  \iciit-il  vois  moi  !  ,Jc  lui  frrais  <-.>nnaitr<' 

Millc  d<*  iiics  larcins  Qtril  i;;n<»r<'  |>cut-òire . 

Mon  <loi"t  sur  nmn  mantcau  lui  <lcvoilc  à  l'instant 

I.a  <<>iitur<'  inviisiblc  ct  <|ni  va  s<'rj>cntant 

l'our  join<lrc  à  mon  ctoflc  unc  j>oiirj>rc  ctranj;crc, 

Jc  lui  montrerai  l’art  ifrnor(*  du  vuljrairc 
I)e  séparcr  au\  ycnv,  cn  suivant  leur  lien, 

Tous  ces  niétaux  unis  dont  j’ai  fornic*  le  micn. 


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-  301 

L’embejous  remarcara  deleu  deguens 
moun  Parterre,  dues  ou  tres  pensades 
que  d’autes  an  agut  ou  pouscut  aue; 
mes  jou  l’asseguri  qu’eres  s’emprezenten 
dauant  en  despeit  qu’en  agei,  ses  que 
las  ane  cerca.  E  per  quenou  las  pouiri 
pas  jou  trouba  tabe  coume  lous  qui 
soun  nescuts  prumêque  jou,  pusch  qce 
Diu  m’a  dat  las  tres  íacultats  de 
l’anine?  D’aute  coustat,  jou  podi  dize, 
scs  poou  d’em  banta,  que  jou  n’  nou’m 
coumporti  pas  counie  lous  qui  coupen 
las  aureilles  aus  passatges  deus  autes, 
è  qui  lien  d’un  banc  ue  scabòle  ente 
qu’om  nou  counegue  pas  so  qui  j>a- 
nen.  Au  countrari,  jou  héu  dues  ou 
tres  puntes  d’ue  soule  qu’om  aura 
heit  d’autes  coj>s  sesque  jou’n  sapio 
arreng,  è  j)usch,  jou  las  desplegui 
d’autc  faisoun  è  en  d’autes  ternies.  En 
un  mot,  si  per  este  Gascoun  è  cau  este 
lairoun,  bous  aurats  subjètd’ém  prene 
per  Angles... 


L’envieux  remarquera  peut-ètredanâ 
mon  Parterre  deux  ou  trois  pensées  que 
d’autres  ont  eues  ou  ont  pu  avoir;  mais 
je  lui  donne  l’assurance  qu’elles  se  sont 
présentées  devant  moi  et  en  dépit  de  moi- 
mème,  sans  que  j’aille  les  chercher.  Et 
pour  quelle  raison  n’aurai  je  pu  les 
trouver  aussi  bienqueceuxquisont  nés 
avant  moi,  puisque  Dieu  m’a  accordè  les 
trois  facultésde  l’àme?  D’un  autre  cótè, 
jepuisafíirmer,  sans  craintede  me  van- 
ter,  que  je  ne  me  comporte  pas  corame 
ceuxqui  rompent  lesoreillesauxouvra- 
gesd’autrui,etqui  font  d’un  banc  un  es- 
cabeauafìnqu’on  nereconnaissepas  leur 
larcin.  Au  contraire,  je  fais  deux  ou 
trois  pointes  d’une  seule,  comme  cela 
se  sera  produit  en  d’autrcs  temps  sans 
que  je  sache  rien,  et  puis  je  les  dóve- 
loppe  d’une  autre  manière  et  en  d’au- 
tres  termes.  En  un  mot,  si  pour  ètre 
Gascon  il  fant  être  voleur,  vous  aurez 
raison  de  meprendrepour  un  Anglais... 


Ne  possédant  pas  le  génie  créalenr,  on  ne  saurait  raisonnablement  lui 
reproídier  d’avoir  pris  pour  modèle  le  style,  le  tour,  rharmonie,  le  genre 
d’un  aulre.  lmiter  ainsi,  dit  Voltaire,  ce  n'est  pas  êlre  plagiaire.  II  est 
ccrlain  que  rimitation  ne  lui  aurait  valu  que  des  éloges  s’il  avait  atteintou 
mème  dèpassé  la  perfeetion  du  modèle,  mais  il  a  eu  le  tort  de  se  montrer 
inférieur,  cela  suffit  pourqu’on  lui  en  fasse  un  crime. 

II  lermine  sa  boutade  contre  ses  envieux  en  leur  dècochant  quelques 
trails  pleins  de  malice  : 

Après  tout  aco,  qui  se  menlera  de  Après  ccla,  que  celui  qui  se  mêlera  de 
reprene  quauque  cauze  degucns  mas  critiquer  quelque  ehose  dans  mcs  «îu- 
obres,  que  se  soubengue  qu’aco  n’es  vressj  souviennequcce  n’est  pas  seule- 
pas  ouei  soulamcns  que  lous  igrou-  ment  aujourd’hui  que  ]•  s  ignorants  et 
rens  é  lous  malicious  coumencen  de  se  les  prétentieux  commencentà  se  trom- 
troumpa  qu’an  prenen  la  libertat  d’este  per  quand  ils  prennent  la  libortè  d'ètrc 
jutges;  è  que  hasse  so  que  jou  ei  héi  juges  :  qu’il  produise  donece  quemoi- 
enta  pauc  de  tems  (I),  dab  ta  pauc  de  mème  ai  fait  en  si  peu  de  temps,  avec 


(1)  Happelons  en  passant,  que  ses  premiers  essais  poètiqucs  datent  de  1636,  etque 
lc  l'arterre  Gascon,  fut  imj)rimè  en  1642.  C'est  donc  dans  l'intcrvalle  de  cinq  ou  six 
annèes  à  peineque  !e  Poète  produisit.  sesdiverses  compositions,  qui  sont  j>ar  consé- 
quent  une  oeuvre  de  jeunesse.  Comme  notre  grand  Poète  Jasmin.  avec  lequel 
il  a  des  poinls  de  ressemblanoe,  Bedout  serait  arrivé  comme  lui  à  dépouiller  sa  langue 
des  scories  r**rancimandes  de  sa  jiremière  manière,  s’il  avait  continué  àson  exemple  à 
tréquenter  les  Muses. 


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—  âós  — 

peine  è  sense  pana,  è  labets  jou  tour-  si  peu  de  peine,  et  sans  voler,  alors  je 
narei  à  n)a  nouirisse  . .  retournerai  à  ma  nourrice. . . 

II  reconnait  loyalement  s'être  servi  de  cerlains  mots  dont  Forigine 
Gasconne  ne  saurait  ctre  ì-èvoquéeen  doule.  et  il  réclame  dans  d'autrescas 
le  bénéficedes  licences  poéiiques. 

Acclamé,  adulé  par  des  amis  complaisants  qui  le  grisèrent  d  eloges  en 
toutes  langues  selon  la  mode  du  temps,  nolre  Poòte  Auscitain,  se  gâta  bien 
vile  anx  cnivremcnts  de  la  flatterie,  montrant  un  orgueil  supériour  à  son 
talent.  Aussi  se  erut-íl  le  premier  poète  de  son  temps. 

Cette  vaniiè  excessive  s'exercera  tanlòt  au  profit  de  son  père  que  dans 
une  Epigramme  il  compareà  un  soleil ;  tantôt  il  gratifie  un  de  ses  oncles 
Lafont,  docleur  en  droit,  d'éloges  aussi  ridicules  que  hors  de  proportion 
avec  ses  mériles. 

Les  termes  dans  lcsquels  il  parle  de  lui-même  en  s  adressant  à  ses  amis 
témoignent  d’une  imperlurbable  outrecuidance. 

RBSPOUNCB  AUS  BÈRS  DB  MOUS  AMICS 

Si  boulets  liè’m  un  ben,  amics,  aco  siè  prou 
Desplega  bostes  bérs  per  banta  moun  oubratge. 

Qui  dira  qu’aco’s  trop?  jou  bau  plega  bagatge 
Se  he  millou  que  jou. 

Mès  en  déspeit  de  tout,  jou  boï  que  moun  pincéu 
Bante  ta  haut  moun  nom  au  temple  de  memorie 
Qu’om  nou  creira  jamès,  per  desquilla  raa  glorie 
Me  poude  hè  rampèu. 

REPONSE  AUX  VERS  DB  MBS  AMIS 

Si  vous  tcnez  à  me  faire  plaisir,  amis,  qu'il  vous  suffìse 
D'étaler  vos  vers  pour  vanîer  mon  <cuvre, 

Qui  trouvera  que  c’est  exagéré  ?  jc  consens  à  plier  bagage 
S’il  cn  est  qui  fassent  inicux  qite  moi. 

Mais  en  dèpit  dc  tout,  je  veux  que  mon  pinceau 
Vante  mon  nom  si  haut  au  temple  de  la  renomméc 
Qu’on  ne  pourra  jamais  pour  renverser  ma  gloire 
Me  tenir  tt*te. 

Bedout  nous  rappelle  ce  vers  de  Sedaine ,  dans  son  Epìtre  à  mon  habit. 
On  applaudità  tout,  j’avais  tant  de  génie  ! 

Malgré  Fardcur  de  sa  foi,  il  ne  pousse  pas  la  vertu  jusqu’à  la  pralique 
de  la  modestie.  II  n  en  a  cure,  se  bornant  à  cultivcr  son  Moi  avec 
conviclion  ;  il  découvre  en  lui  le  grand  homme  dc  Province,  plein  de  suffi* 


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-  303  — 

sance,  ce  qui  nous  laisse  supposer  qu’il  a  dû  ètre  dans  sa  vie  solennel  et 
iruporiant. 

Comme  poète  rexaltation  de  la  pensée  est  loin  d'ètre  vive  et  il  n  atteint 
jamais  la  perfection  de  slvle  qui  est  le  secret  des  grands  poètes.  La  poésie 
populairc  n'est  jamais  plus  sure  de  plaire  qu'en  i*estant  fidèle  à  son  génie 
qui  est  Tinspiration.  Sans  ôtre  dépourvu  de  ce  don  précieux,  Bedout  ne 
nous  donne  pas  la  mesure  de  son  talent  en  éviiant  d  alxirder  les  grands 
sujets.  Ce  n'est  ni  un  Ivrique  ni  un  épique,  ce  serait  plulôt  un  descriptif. 
II  n  est  pas  grand,  et  lorsqu’il  veut  s’élever  il  manque  de  souffle  pour 
arriver  jusqu’aux  cîmes  qu’il  n’a  jamais  pu  alleindre.  Sa  muse  se  plaît  dans 
les  sujets  moyens,  le  genre  familier.  11  manque  mème  d’originalitè,  qualité 
que  Ton  reeherche  dans  un  poète  patois,  car  on  remarque,  comme  nous 
l'avons  déjà  dit,  dans  tous  le  cours  de  ses  ouvragcs  une  tendance  secrèle 
à  imiter  Goudelin  sans  toutefois  arriver  à  sa  hauteur. 

Nèanmoins,  nous  lui  savons  gré  d’avoir  eraployé  dans  ses  ceuvres  la 
vraie  forme  orlliographique  (1),  suivant  ainsi  la  tradition  des  Troubadours 
que  du  reste  Pey  de  Garros  ei  avaient  à  leur  tour  respectée.  Dastros 
est  le  seul  qui  ait  êtê  infidèle  à  la  règle  ;  partout  où  les  premiers  metlent 
dans  leurs  chants,  au,  euy  iu ,  ce  dernier  écrit  aou,  eou,  iou . 

Pour  le  lire  avec  facilité,  il  est  indispensable  de  savoir  que  Ye  muet 
remplace  Vo  final,  et  que  la  lettre  u  après  une  voyelle  (excepté  après  un  o) 
sonne  comrae  ou  mais  sans  toriner  une  syllabe  comme  dans  haut%  ceu, 
Diu ,  suu,  qui  se  prononcent  haout ,  ceou ,  Diou ,  suou%  etc.,  monosvllabes. 

En  résumé,  Bedout  jouitde  la  rèputation  d’un  homme  d’esprit;  il  faisait 
ses  vers  avec  facilitè,  ses  expressions  et  ses  tournurcs  de  phrascs,  sont 
souvent  heureuses.  II  ne  put  cependant  s  empêcher  de  sacrifier  un  mauvais 
goût  de  l’époque,  importè  d’Espagne  et  d'Italie,  ce  qui  faisait  trouver  plai- 
sanles  certaines  manières  de  parlercommuneset  triviales.  Malgrèlout,  son 
oeuvre  n’est  pas  sans  mérite.  Elle  sedistingue  moins  par  la  virtuosiiè  et  les 
habiles  artifices  de  la  versification  que  par  la  simplicilé  de  la  forrne.  Sous 
la  plume  de  notre  compatriole,  le  dialecte  Auscilain  se  rajcunit  et  sc  prôte  à 
lous  les  tons,  devenant  tour  à  tour,  grave,  moelleux,  trivial  ou  mélancolique 
II  parvient  à  l’assouplir  et  les  cordes  de  sa  lyre  sont  assez  dociles  pour 
chanter  l’amour,  la  nature,  les  bergères  et  scs  amis.  Tantôt  triste,  tantôt 
badin,  la  langue,  sous  ses  doigts,  se  transforme,  se  module  et  se  ploie  à 
toutes  ses  fantaisies  dans  les  différents  sujets  qu’il  traitc. 

(1)  11  existe  en  Gascogne  un  code  remontant  à  1531  rcglé  par  les  trois  Klals  de  la 
Xavarre  bien  adapté  à  notre  idiotne  et  qne  les  auieurs  ont  adoptc  depuis  cettc  cpo(iue. 
l.es  impritneurs  Toulousains  ont  continué  le  nicme  système  orlographique  et  par 
suite  tous  les  1‘octes  du  rayon  Toulousain  des  xvr,.\vir  et  xvnr  siècles  ont  ccrit  de 
mcme;  cette  uniíonuitc  permet  de  lirc  leurs  ohin  rcs  avcc  facilitc. 


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—  504  - 

Enfin,  Tun  des  caractères  les  plus  précieux  de  ses  compositions  poetiques^ 
c  est  d  avoir,  dans  une  certaine  mesure  conservé  à  ses  vers  l’arôme  du  sol 
natal. 

Bedout  mourul  à  Aucli,  en  1693,  à  1 ’âge  de  76  ans  (1). 

En  1850,  un  érudit  Toulousain,  M.  Philibert  Abadie ,  publiaune 
nouvelle  édition  des  ceuvres  du  Poète  auscitain,  sur  Texemplaire  existant  à 
la  bibliothèque  d’Auch  (2). 

D  après  son  édileur,  Bedout  n  enlrelint  aucun  rapport  avec  Goudetin  ct 
scs  êrnulcs  de  la  Gascogne.  Jaloux,  sansdoutede  leurmérite  etnetrouvani 
pas  auprès  d'eux  le  concert  de  louanges  qu’il  avait  l’habitude  d’entendre,  il 
dèdaigna  Icur  commerce.  C  esl  peut-être  pour  le  même  molif  qu’ií  ne  prit 
jamais  part  aux  concours  des  Jeux-FIoraux  à  Toulouse. 

Sa  vie  privée  et  professionnelle  out  droit  à  tout  notre  respect.  Ce  fut  un 
honnctc  homme,  un  excellent  pralicien,  et,  de  plus,  un  patriote.  Durant 
lepidémie  de  pesle  (3)  quisévità  Auch  en  1653,  nous  voyons  Géraud  à 
côlé  de  son  père  (4),  prodiguantleurs  soins  aux  pestiférés  avce  un  courage, 
une  abncgation  dignes  des  plusgrands  êloges. 

Son  oeuvre,  malgré  ses  dèfauts,  lui  assure  une  place  honorable  parmi  la 
phalange  Gasconne. 

C’est  le  seul  poète  qu’ait  produit  la  ville  d’Auch  ;  il  a  de  plus  écrit  ses 
(euvres  dans  ce  gai  patois  du  Midi,  montrant  ainsi  combien  vraiment 
l'esprit  poêtique  court  le  monde  et  sait  éclore  sous  le  soleil  partout  où  il  y  a 
des  abeilles,  des  cigales  et  des  papillons. 


(1)  Dc  son  mariago  avec  Jeanne  de  í.esca,  Géraud  Redout  avait  eu  cinq  enfants  : 
Thoineítc ,  Jcnn ,  Marie-Anne,  Marie-Roze  et  Pierrc-Hiacinthc  Redout. 

La  date  dc  sa  mort  que  nous  íixons  en  l’annéc  1093  nous  parait  certaine,  eJle  est 
basée  sur  Jes  deux  ncies  autlientiques  suivants  : 

Le  17  jauvier  1092.  Gcraud  Bedout,  sa  femme  ctant  dècédée,  assiste  avec  Tlioinette, 
son  tils  Jean,  dooteur  en  módecine,  et  Marie-Roze,  comme  témoin  au  mariage  de  sa 
lllle,  Marie-Anne,  avec  Louis  dc  Barranque .  sieur  de  Belile ,  liabitant  de  I.agraulet. 
(J^xtraitdes  minutes  de  M.  Dupuv.  notaire  royal.) 

Le  29  mars  1094,  Louis  Barranque  sieur  de  Belile.  licritier  testamentaire  de  feue 
Mai  •ie-Anne-Bedoul,  sa  femine,  subroge  «  dcmoiselle  Thoinette  de  Bedout  ít  tous  les 
droits  qu’il  a  ou  peut  prétendre  sur  Ja  succession  de  Jcanne  de  Lesca  el  de  Géraud 
Bedout  (Lxtrait  des  minutes,  mêine  notaire  ) 

(2)  Lou  Parterrc  Gascoun  coumpousatde  quouate  carrêus,  par  G.  Bedout,  d’Auch. 
préc<‘dé  d’une  introduction  et  suivi  d’uu  choix  de  l^oésies  de  divers  auteurs  et  d’uu 
Dictionnairc  des  principaux  termes  du  Dialecte  Gascon,  par  A.  Rhilibert  Abadie, 
Toulouse,  Jougla,  libraire-éditeur,  Auch,  Brun,  Jibraire,  1850.  ímprimerie  de  J.  Foix. 

(3)  Le  terrible  fléau  qui  avait  êclaté  le  6  juin  1653  e\er<;a  ses  ravagcs  durant  cinq 
ou  six  mois  et  Ilt  4  ou  5,000  vietimes  dans  la  ville  ou  la  juridiclion. 

(4)  Georges  Bedout  était  mort  â  Auch  cn  l’an  1662  ;  il  fut  enterré  dans  l’église  des 
Pères  CordeJiers  de  cette  ville. 


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DÏÏGÁY  (Dominique) 


Pendant  la  deuxiême  moitié  du  xvne  siècle,  TArmagnac  eut  rhonneur 
de  donnerle  jourà  un  poète,  Dominique  Dugay,  qui  naquit kLavardens  (1) 
en  1643. 

Si  nous  sommes  à  court  de  renseignemenis  biographiques,  cela  tient  à  ce 
que  les  archives  de  cette  commune  ne  datent  que  de  1700,  un  incendie  ayant 
détruit  toutes  celles  qui  dataient  d'une  époque  anlérieure. 

Nous  n’en  avons  pas  moins  acquis  la  eertitude  que  la  famille  Dugay, 
était  d'origine  bourgeoise  et  qu  elle  jouissait  dans  le  pays,  d'une  grande 
considération,  qui  s  accrut  encore  par  ses  alliances.  Nous  savons  en  effet, 
que  le  père  de  notre  Poète  avait  épousé  Bernarde  Meilhan ,  de  bonne 
bourgeoisie  et  dont  le  nom  est  encçre  très  répandu  dans  la  contrée. 

Nous  avons  d’elle  quelques  vers  qu’elle  adressait  à  son  fils  à  Toccasion 


(1)  Village  situé  à  18  kilomètres  d’Aucli,  appartenant  au  canton  de  Jegun  et  cons- 
truit  sur  un  maraelon  entouré  d'une  ceinture  de  collines  percées  par  trois  vallées. 
Hntièrement  dominé  par  le  eháleau  perchó  *ur  un  roc,  Ies  maisons  au  nombre  de  80 
sont  étagées  en  amphithéâtre  \  ers  le  midi.  I.a  populaiion  agglomérée  compte  200 
habitants,  mais  de  nos  jours  plusieurs  constructions  nouveiles  se  sont  édinèes  en 
dehors  de  la  porte  Est.  Le  style  ronian  des  parties  du  château  qui  subsistent  encore, 
Ja  tour  de  l’ancienne  église,  dont  le  pied  esi  carré  avec  quatre  portes  en  style  ogival, 
et  qui  sert  de  clocher  à  l’èglise,  témoignent  de  leur  antiquité  qui  peut  étre  rapportée 
au  moyen  âge.  Le  site  était  admirablemcnt  choisi  pour  la  defense,  et  le  vieux  mauoir 
féodal  comportait  une  masse  importante  de  constructïons  susceptibles  de  loger  une 
nombreuse  gamisou  de  gens  d’armes  et  soutenir  avantageusement  un  siège. 

C’est  en  raison  de  son  importance  que  durant  la  guerre  de  Cent  Ans  Edouard  IIÍ 
imposa  aux  Gascons  vaincus  une  garnison  an  château  de  Lavardens  à  la  charge  des 
habitants  (1343). 

En  1620,  le  duc  de  Roquelaure  entreprit  la  restauratio'n  du  vieux  chàteau  fort  qu’il 
fit  raser,  ne  conservant  que  les  écurics  qui  existent  encore  en  asscz  bon  état  et  flt 
édifler  le  cháteau  actuel  qui  n'a  jamais  èté  terminé.  C’est  une  masse  sans  style  aux 
murs  épais  jusqu’au  premier  étage.  Au  couchant  il  se  termine  par  deux  tours  latérales 
d’une  egale  hauteur  d’au  moins  trente  mètres,  soutenues  par  deux  cuillers  en  ogive 
d’une  grande  hardiesse  architecturale. 

Eti  1789,  le  château  nppartenait  à  la  famille  Mirabeau  qui  ne  l’a  jamais  habité;  il 
passa  ensuite  entre  les  mains  de  la  famille  de  Pins  qui  fut  forcée  de  s’en  dessaisir.  11 
appartient  aujourd’hui  à  p'usieurs  petils  propriétaires  qui  en  possèdent  chacun  une 
partie. 

Au  moyen  âge.  Lavardens  était  considéré  comme  villc;  en  1789,  il  était  chef-lieu 
de  distric’l  assez  considérable.  Le  curé  avait  le  titre  d’archíprêtre,  sa  juridiction  s’éten- 
dant  sur  plusieurs  paroisses.  Le  dernier  fut  M.  dc  Saint-Mcsard ,  que  le  clergé  de 
Gascogne  nomma  député  aux  Etats  Généraux  en  1789. 

20 


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—  306  — 

de  ses  succes  poétiques  et  qui  prouvent  que  leur  auteur  élait  un  esprit 
cuitivé  : 

Mon  ílls,  que  je  te  trouve  heureux  I 
De  ce  qu’aux  Jeux  Floraux,  pour  seconder  tes  voeux, 

On  te  donne  une  fleur  d’éternelle  duréo; 

Mais  combien  t’en  trouve-je  plus 
De  ce  qu’on  dit  par  tout  qne  tu  l’as  méritêe. 

Mademoiselle  de  Moisen ,  cousine  du  Poète,  lui  adressait  à  son  tour  ses 
félicitations  en  ces  termes  : 

Lorsque  tout  ìe  monde  s’erapresse, 

Pour  pouvoir  te  féliciter, 

Ne  serois-ce  pas  mcriter 
Que  l’on  m'accusât  de  faiblesse 
Si  l’on  m’en  voyoit  exempter  ? 

Et  bien  !  je  te  félicite 
De  ce  qu’on  a  si  bien  secondé  ton  désir, 

Et  sois  seur  que  ta  réussite, 

Cousin,  m’a  fait  force  plaisir. 

Un  autre  mcmbre  de  la  famille,  Joseph  Ditgay ,  également  désigné 
bourgeois  sur  les  acles,  était  avocat  du  duchê  de  Roquelaure.  II  s’élait 
marié  le  18  novembre  1621  avec  Mademoiselie  Jeanne  de  Loubère  (1),  dont 
les  parents  étaient  originaires  de  Sabazan.  De  cette  union  naquit  une  fille 
Jeanne  Fernande  Dugay  (2),  qui  fut  baplisée  le  13  septembre  1722. 

La  fiiiation  se  conlinue  ainsi  jusqu’au  docteur  Louis  Molas ,  décédé  h 
Auch  en  1867  ou  1868  à  un  âge  très  avancé  (3),  et  ellc  subsiste  encore 
de  nos  jours,  avec  honneur. 

(1)  Contrat  dc  mariagc  du  sieur  Joscph  Dupuy  et  demoiselle  Jano  Loubèrn  (dite 
ailleurs  do  Loubère)  du  18  novembre  1721.  (Extrait  des  minutes  de  l’étude  de  Mr 
Daubas ,  notaire  à  Lavardens.) 

(2)  Fxtrait  des  registres  dc  baptême  de  la  paroisse  de  Lavaidens. 

(3)  Dans  l’esquissc  d’unc  topographie  mêdicale  de  la  ville  d’Auch  (Brun.  lib.-impr.. 
Anoh,  1836),  le  docteiir  Motas,  en  parlant  du  dialecle  gascon,  cite  quelques  vers  de 
du  Gat f  qu’il  prêsente  oonmie  étant  son  aïeul  maternel.  On  nous  communique  à  ce 
sujet  un  souvenirqm  a  sou  prix.  1/excellent  docteur  possédaitdes  pièces  d’argenterie 
avcc  un  geai  en  écusson  sur  le  manche.  véritables  armes  parlantes,  qui  devaienl  sans 
nul  doute  provenir  de  la  succession  du  Poète.  Or  chacun  sait  que  gay.  en  gascon, 
signilie  geai  (oiseau);  si  ces  couverts  avaient  appartenu  à  Dugay,  son  nom  devraii  se 
piouoncer  Dugaï. 

11  est  également  à  rcinarquer  qu’il  écrit  du  Gay  en  deux  mots.  Dans  sa  Statistiquo 
des  dêparicnxents  Pyrènccns  nu  Mi:oi-:  einploie  le  inémemode  orthographique.  Ce  qui 
coufirme  que  de  tout  temps  la  bourgcoisie  a  eu  des  tendances  à  se  rapprocher  de  la 
noblesse.  Nous  iui  uiaintiendrons  celui  (ju’il  a  emplovè  dans  ses  oeuvres  imprimées. 

«  Du  Oay,  ajonte-t-il,  n’est  pas  le  seul  poète  qne  LaVardens  ait  pro  luit.  Cette  petite 
i»  ville,  pres  d’.Vnch.  placée  sur  un  momicule  élevé.  peut  être  considérée  comme  Ie 
»»  Damasse  du  pays.  ('ela  dépendrait-il  de  la  vivacitè  de  l’air  qu’on  v  respire?  V 
»  aurait-il  uu  hyppocrène?  C’est  ce  que  j’ignorc;  je  sats  seulement  qu’il  V  a  une  fois 
»  tous  les  ans  une  très  belle  foirc  de  dindons.  (Honni  snit  qui  mal  y  ponsc.) 

»  Je  rogrciie  de  u’avoir  pu  me  procurcr  les  cotnposiiious  d'un  poete  vivaut  dc  la 
»  méme  ville.  îS’il  est  perniis  d’en  juger  par  qnelques  fragmeuts  qui  sont  venus  à  ma 
»  conuaissance,  je  dois  dire  qu’oo  y  trouve  toute  la  pureié  de  langage,  sa  richessc  et 


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—  30?  - 

Le  jeune  Dominique  fit  ses  humanités  au  collègedes  Jésuites  d’Auch  où 
les  pères  développèrent  de  bonne  heure  sa  vive  intelligence  et  le  goût  de  la 
poésie.  Ses  études  terminées  il  fallut  se  décider  sur  lechoixd'une  carrière; 
c’est  la  médecine  qui  l’attira.  II  commença  ses  premières  leçons  à  Toulouse 
pour  aller  ensuite  prendre  ses  grades  à  Montpellier.  Muni  de  son  titre  de 
docteur,  il  vint  se  fixer  à  Lavardens  près  des  siens  et  y  pratiquer  l’art  de 
guérir. 

C’est  dans  cette  retraite  paisible  que  les  Muses  vinrent  le  solliciter  et 
Dugay,  à  ses  moments  de  loisirs,  se  livra  à  leur  aimable  séduction.  La  vraie 
poésie  est  toujours  sortie  du  sol  natal ;  allez  par  les  bois  et  les  champs  qui 
ont  éveillé  votre  cceur  d’enfant  et  vous  trouverez  les  choses  qui  parlent  à 
1  ame  mème  de  la  foule  indifférente.  II  ne  se  borna  pas  aux  Muses  sévères, 
il  sessaya  modestement  à  la  poésie  légère  ;  les  confidents  de  ses  premiers 
essais  y  applaudirent  sans  doute,  et  bientôt  il  reçut  un  encouragement 
public. 

Vaincu  au  concours  des  Jeux-FIoraux  en  1689,  il  se  présentait  de 
nouveau  devant  ses  juges  l’année  suivante  et  obtenait  comme  récompense, 
La  Vioietle  (1),  pour  un  Chant  Royal ,  ayant  pour  refrain  : 

Alcide  (2)  qui  dompta  le  monstre  d'Erinianthe , 

que  nous  sommes  heureux  de  reproduire. 

La  paix  régnoit  partout,  et  la  sage  nature 
Faisoit  de  FArcadie  un  séjour  enchanté, 

Tous  ses  peuples  exempts  de  fraude  et  d’imposture, 

»  la  vigueur  du  coloris  qu'il  est  susr-eptible  de  donner  à  un  tableau  composó  par  un 
»  homme  habile.  J'ai  remarqu»?  dans  ce  que  je  counais  du  Poème  du  Cabinet  cer- 
»  taines  scènes  burlesques  du  mcilleur  goût.  Je  souhaiterais  que  mon  jugement  eút 
»  assez  de  poids  et  pút  inspircr  assez  de  confiance  à  M.  C...  pour  le  dêterminer  à  íaire 
»  jouir  le  public  de  ses  oeuvres.  » 

(1)  Le  V'  mai  de  chaque  année.  depuis  l'an  1324,  Toulouse  célòbre  en  grande  pompe 
des  tournois  poétiques.  Pour  prix  décernés  aux  Poòtes,  des  fleurs. 

A  la  Violctte  d’or  primitive,  on  ajouta  plus  tard  le  Souci  et  YEglantine.  A  ces 
trois  fleurs,  Louis  XIV  joignit  Y Amarante  d'or  lorsqu’en  1694,  par  lettres  patentes 
datées  de  Fontainebleau,  le  grand  roi  érigeait  en  Acadéniie  le  collège  de  la  Gaie 
Science.  Depuis  lors,  sont  successivemcnt  écloses  au  soleil  des  libéralitès  privées  le 
Lis,  la  Primeoère  et  YCEUlet ,  augmentées  en  ces  derniers  teinps  du  Jasniin  et  de 
Ylmmortclle. 

L'Amarante  dror  est  le  prix  exclusivement  réservé  à  l’Ode.  L’Académie,  composée 
des  Mainteneurs  éius  et  de  Maitres  es-jeux  sortis  dti  concours.  s’en  montre  avare ;  à 
peine  en  décerne-t-elle  une  tous  les  vingt  ans.  C’est  qu’accompagnée  de  deux  autres 
fleurs  d’argent,  elle  détermine  la  délivrance  des  leitrcs  de  Maitrise  et  donne  droit  de 
siòger  parmi  les  juges  du  camp.  En  possession  dêjà  dc  deux  Violettes  et  de  trois 
Soucis,  M.  Step/ien  Liègard  remporta  au  concours  de  1866  une  double  Amarante. 
Une  seule  autreíois  dans  le  sièclc  le  fait  s’est  produit  :  le  21  juillet  1825  Victor  Hu<fO 
cueillait  en  móme  temps  deux  fleurs  d’or  pour  le  Moïsc  saucé  das  caux  et  le  Réta- 
blisscmcnt  de  la  statue  de  Henri  IV.  A  mainies  époques,  d’ailleurs.  les  registres  de 
l’Académie  ont  inscrit  des  célébrités  parmi  leurs  lauréats,  depuis  le  superbe  Ronsard 
jusqu’à  Fabre  d' Eglantine  et  Autran. 

(2)  Hercule,  fils  de  Jupite> *  et  d ’Alcmène,  reine  de  Tirynthc.  Virgile ,  daiis  YEnéide 
livre  vin,  lui  donne  le  nom  d ’Alcide. 


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—  308  — 


Voyoient  couler  leurs  joursdans  la  félicité, 

Lorsque  Pluton ,  jaloux  du  bonheur  de  cet  àge, 
Rópand  de  toutes  partsle  tumulte  et  l'orage, 

Fait  sortir  de  l’abime  un  monstre  furieux, 

Pour  bannir  de  leurs  bords  le  calme  précieux. 

Les  mortels  alarmés,  d’une  voix  éclatante, 

Poussent  des  vceux  au  ciel  et  demandent  aux  Dieux, 
Alcide  qui  dompta  le  Monstre  d’ Erimanthe . 

A  ce  malheur  naissant,  tout  se  plaint,  tout  murmure, 
La  campagne  est  déserte  et  l'Enfer  irrité 
Efface  de  leurs  champs  l’agréable  parure 
Pour  y  peindre  l’horreur  de  sa  malignité. 

D’abord  ce  beau  climat  prend  une  affreuse  image, 

Des  troupeaux  innocens  le  confus  assemblage, 

Ne  respire  déjà  qu’un  air  contagieux, 

Le  temps  môme  roulant  sur  ses  foibles  essieux, 

Attend  que  Jupiter  de  sa  main  bienfaisante, 

Dissipe  tantde  maux,  rende  victorieux, 

Alcide  qui  dompta  lc  Monstre  d' Erimanthe. 

Les  plus  fiers  animaux,  dans  cette  conjoncture, 

Ne  so  fioient  qu’apeine  à  leur  agilité, 

Ils  n’aloient  qu’en  tremblant  quèter  leur  nourriture, 
Et  toujours  le  retour  étoit  précipitê. 

Les  plus  vaillans  Héros  que  nourrit  cette  plage, 

En  vain  contre  le  Monstre  exerçoient  leur  courage. 

Et  de  tous  les  mortels  les  plus  audacieux, 

Ne  se  croyoit  pas  seur  dans  les  plus  sombres  lieux, 

A lcmòne,  Alcmènc  même  étoit  dans  l’épouvante, 

Au  point  quo  le  hazard  déroboit  à  ses  yeux 
A lcide  qui  dompta  le  Monstrc  d’ Erimanthe . 

Vaines  précautions,  inutile  murmure! 

La  raison,  la  valeur  et  la  dextêrité, 

Ne  sauroient  prévenir  unc  triste  aventure, 

Dont  le  destin  nous  fait  une  nécessité, 

Le  sanglier  courant  le  mont  et  le  rivage, 

Laisse  dans  les  forêts  des  marques  de  sa  rage: 

Dévore  également  hommes  jeunes  et  vieux. 

11  jonche  de  corps  morts  son  antre  spacieux, 

Et  menaçant  lcs  airs  de  sa  hure  écumante, 

11  sembloit  dêfìer  sur  ce  lit  odieux, 

Alcide  qui  dompta  le  Monstve  d'Erimanthe. 

A  ce  fìer  ravisseur,  Àlcide  se  mesure, 

Le  regarde,  s’élance  avec  rapiditc, 

II  le  saisit,  l’étreint,  évite  sa  morsure, 

II  triomphe  et  se  rit  de  sa  férocité, 

Orgueilleux  de  sa  proye,  et  Ûer  de  l’avantage, 


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—  309  — 

II  le  traine  vivant  au  milieu  du  bocage, 

Pour  Pluton  indigne,  quei  spectacle  hydeux  ! 

Le  Héros  s’aplaudit  et  rend  grâce  aux  Dieux, 

Le  peuple  rasseuré  de  toutes  parts  le  vante, 

Et  bénit  dans  Tespoir  d*un  temps  délicieux 
Alcide  qui  dompta  le  Monstre  dC Erimanthc . 

AUégorie 

Le  Sanglier,  jadis  monstre  pernicieux, 

Est  le  démon  fatal  à  nos  premiers  ayeuls, 

Et  Jèsus  renchainant  de  sa  main  triomphante 

Nous  peint,  mais  en  vainqueur  plus  saint,  plus  glorieux, 

Alcide  qni  dompta  le  Monstre  d’Erimanthc. 

Nous  le  voyons  couronner  de  nouveau  par  la  noble  Académie,  trois  ans 
après.  Cette  fois  c’est  YEglantine  qui  luiest  attribuée  pour  un  Sonnet,  qui  * 
est  donné  à  Tessai  avec  le  vers  suivanl : 

L’insensé  mèconnoit  l’ Autheur  de  la  Nature 

qui  mérite  d’ètre  signalé  : 

Quel  est  l’aveuglemeut  où  le  péoheur  s’engage? 

Sans  cesse  il  s’abandonne  à  sa  coupable  ardeur; 

Et  tu  souffres,  grand  dieu,  qu'il  blesse  ta  Grandeur, 

Et  qu’il  ose  entasser  outrage  sur  outrage. 

Ses  crimes  redoublés  effacent  ton  image  : 

Ils  t’usurpent  le  droit  de  régner  sur  son  coeur 
L’ennemi  de  ton  nom  y  maitrise  en  vainqueur  : 

Ce  Titan  orgueilleux  en  reçoit  tout  l’hominage, 

Ta  bonté,  qui  toujours  parle  à  ce  cceur  ingrat, 

Luy  représente  en  vain  son  déplorable  état  : 

Ses  plus  pressans  remords  n'ont  qu’un  foible  rnurmure. 

Ta  justice  irritée  enfln  a  bcau  tonner, 

Rien  ne  peut  le  flóchir,  rien  ne  peut  I’étonner, 

L’Inscnsó  meconnoit  l'Authcur  dc  la  Nature. 

Nous  ne  nons  attarderons  pas  à  critiquer  la  valeur  de  ces  deux  compo- 
sitions  françaises,  qui  du  reste,  font  honneur  à  notre  compatriote,  car  elles 
se  recommandent  par  une  étude  suffisante  de  la  langue  nationale  qui  est 
fixée  depuis  longtemps  par  tous  nos  chefs-d’oeuvre  classiques. 

Dans  rintervalle  de  ces  deux  concours,  Dugay,  récitait  à  Toulouse  dans 
les  séances  publiques  du  mois  de  Mai,  ses  CEuvres  Gasconnes ,  qui  durent, 
nous  en  avons  la  ferme  conviction,  disposer  les  juges  en  ?a  faveur,  plutôt 


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—  310  — 


que  ses  (Euvres  Françaises ,  ces  dernières  n’ayant  été  composées  que 
pour  répondre  aux  exigences  du  programme  Acadéraique. 

Sa  vraie  raanière,  eneffet,  est  la  manière  Gasconne  ;  il  confìe  ses  concep- 
tions  à  cette  langue  douce  et  harmonieuse,  simple  et  naïve  et  on  voit  sans 
peine  que  le  dialecte  qu’il  emploie  lui  est  familier. 

Ses  oeuvres  constituent  un  recueii  divisé  en  deux  parties  comprenant  : 
1°  Le  Triomphe  de  la  Violette  (1),  petit  in-8°  de  39  pages,  portant  la  dale 
de  1692  ;  2°  Le  Triomphe  de  VEglantine  (2),  24  pages,  iraprimé  en  1693, 
livre  devenu  très  rare  (3). 

Dans  le  Triomphe  de  la  Violette ,  il  débute  par  un  acte  d’aíTirrnation, 
contre  Dame  Clèmence  où  il  expose  avec  entrain  et  bonne  humeur  les 
griefs  qu’ii  articule  contre  la  noble  Dame,  laissant  à  ses  juges  le  soin  de 
prononcer  en  dernier  ressort  : 

Jou  Doumengues  Dugay,  parent  de  mous  parens, 

Afftrmi  dab  bertat  à  Moussu  Catalani, 

Que  souy  bengut  en  Capitani 
D’un  loc  qu'aperon  Laíiardens. 

Sabéts  au  mens  à  quatre  estrius: 

Car  jou  mountaiii  yo  cabalo 
E  raoun  Baylet  (pes  tretze  bius) 

Un  chibau  de  gran  préx  per  me  pourta  la  raalo. 

Atau  scs  crcigne  l’enemic 
Jou  ê  heyt  dex  leguetos  én  cliic, 


Moi,  Do.MiNHjUi:  Duoay,  parcnt  de  mes  pareuts, 
J’afíirme  en  toute  vérité  à  Monsicur  Catalan, 

(Jue  jc  suis  venu  en  capitaine 
D’uu  iieu  qu'ou  nomme  Laoardens 
Savez-vous  au  moins  à  franc  étriers; 

(  ’ar  je  montais  unc  jument 
Kt  mon  valel  (mareliant  à  pied) 

Un  clieval  de  grand  prix  pour  me  porter  la  malle. 

Ainsi  sans  craindre  rennemi 
J'ai  fait  dix  petites  lieues  de  cliic. 


(1)  Rer.ucil  de  toutesles  Piêccs  Gasconncs  et  Françaises  qui  ont  été  récitées  à  l’Aca 
démie  des  Jeux  Floraux,  dans  l’Hótel-de- Ville  de  Toulouse.  (A  Toulouse.  cliez 
/\ ntoina  Colomi.cz,  imprimeur  et  inarcliand-libraire,  vis-à-vis  la  Monnoye,  prês  la 
porte  du  Palais.  m.ih  .ncii.) 

(2)  Uc  Triom/ilu!  do  l’ Rf/lantinc,  nvec  les  Picces  Gasconnes  qui  ont  été  réeitées 
dans  rAcadémie  des  Jeux  Floraux  les  annres  précédentes.  (A  'l’oulouse,  cliex  Antoina 
('olomiej,  imprimeur  et  marchand  libraire,  vis-à-vis  la  Monuoye,  près  la  petite  porte 
du  Palais.  m. dc. \ciii.) 

(3)  (  es  recueilsn’existentpas  dans  nos  Bibliothèques  Parisiennes.  I.es  seuls  exem- 
plaires  connus  en  province  appartenaicnt  à  MM.  Ics  Docteurs  Bernard  Dasbarreauas 
et  iXoulaL  Cielui  de  M.  Taillade,  très  complet,  provient  de  la  Bibliothèque  A.  Du 
Mêge;  c'est  ce  dcruier  qui  a  été  giacieusement  mis  à  notre  dispositiou. 


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—  311  — 


Per  traíiersa  nosto  Gascouigno, 

En  bengue  jou’  é  tant  despcnut, 

Que  bous  juri  sense  bergouigno, 

Que  quan  soiiy  arribat  moun  bousset  ero  eschut. 

Ey  quitat  enqoiié  mous  ahés 
En  de  hc  jutja  lou  proucés 
Que  jou’  é  crounto  Damo  Clamhnço 

Moussurs,  qu’éts  touts  d'abillos  gens, 

Au  mens  quan  dets  bosto  sentenço, 

Nouts  dcibrembets  pas  lous  despens. 


Pour  traverser  notre  Gascogue, 

En  venant  j'ai  tant  dépensé, 

Que  je  vous  jure  saus  honte, 

Que  lorsque  je  suis  arrivé  mon  gousset  était  vide. 

J’ai  quitte  encore  raes  afïaires 
Pour  íaire  juger  les  procòs 
Que  j'toi  contre  Damr  Clrmencr, 

Messieurs,  qui  êtes  tous  d'habiles  gens, 

Au  moins  lorsque  vous  rendrez  votre  sentence, 

N’oubliez  pas  ies  dépens. 

Tout  aulre  que  lui  auraitsongé  à  mettre  sa  muse  sous  le  liaut  patronage 
du  Président  Jean-Guy  de  Maniban  (1),  mainteneur  des  Jeux-Floraux  et 


(1)  L’origine  des  Maniban ,  est  des  plus  plébóiennes.  Sortis  du  village  de  Mauléon , 
dans  le  Bas-Armagnac,  leur  premier  nom  est  La  fìassa  ou  dc  La  fìassa  C’est  sous 
cette  dénomination  que  nous  les  trouvons  durant  la  première  moilié  (iu  xvr  siècle  et 
c’est  comme  bourgeois  et  souvent  même  comrae  marchands  qu’ils  sont  désignés  dans 
les  actes,  assez  rares  du  reste,  de  cette  époque.  Ce  qui  ne  Ics  empêche  pas  de  devenir 
en  très  peu  de  temps,  successivemcnt  seigneurs  des  terres  de  La  Causannc ,  de  Lusson , 
toutes  aeux  autour  de  Mauléon,  et  aussi  de  Maniban.  dont  ils  prirent  le  nom  au  lieu 
et  place  de  celui  de  La  fìassa.  avec  des  Jettres  d’anoblissement. 

C'estvers  1560,  qu’un  seigneur  de  Maniban,  Pierre  dit  Lar.hcsnayc  dcs  Bois  sans 
autres  indications,  éle\  a  considérablement  sa  maison  en  épousant  une  noble  héritière 
du  Haut-Armagnac,  Franaoiso  dc  Bousty ,  dame  du  Busca  et  d’Anrpcils ,  et  qui  devint 
ainsi  le  chef  de  la  famillc.  De  cc  niariage  naquit  vers  1566.  Jcan  dc  Maniban  qui 
devait  jouer  un  ròle  important  dans  l’exercice  de  ses  fonctions  administratives. 

En  effet.  le  13  aoút  1594,  il  est  reçu  Conseiller  au  grand  Conseil  du  Hoi  et  I’année 
suivante,  ii  peine  àgé  de  trente  ans,  il  est  nommé  Lieutcnant-Général  en  la  séné- 
chaussée  de  Bordeaux,  puis  Maitre  des  Hequêtes.  11  avait  épousé,  le  6  mai  1605, 
Jeannc  dc  Ram ,  fllle  de  Tbomas  do  Ram ,  Lieutenant  en  la  sénéchaussée  de  Bor- 
deaux.  Eu  1614,  il  remplaçait  ì\  Toulouse,  le  Président  Potierdc  la  Terrassc ,  chargc 
qu’il  illustra  et  qui  allait  durant  quatre  générations  devenir  hcrcditaire  dans  sa  íamille. 
II  mourut  vers  1630,  laissant  quatre  enfants  :  Thomas ,  Guy%  N.  dc  Ram  du  nom  de 
sa  mère,  et  François  Lancclot. 

Très  jeune  cncore  et  alors  que  son  père  Jcan  occupait  au  Parlement  de  'roulouse  la 
haute  situation  que  nous  vcnons  d’iudiquer,  Thoma*  dc  Maniban  avail  été  pourvu 
d’une  charge  de  Conseiller  à  la  Cour  du  P.irlement  de  Bordeaux  et  dès  le  mois  de 
janvier  1632.  il  est  reçu  en  roífice  de  Conseiller  et  d’Avocat  gcncral  au  Parlement  de 
Toulouse  qu’il  devait  exercer  d’une  façon  des  plus  brillante*.  II  mourut  le  7  janvier 
1652.  De  son  mariage  avec  Antoincttc  du  Faur  dc  Pibrac,  il  laissait  quatre  eníants  : 
Jcan-Guy.  Maric ,  Jcannc  et  François  Lancclot ,  baron  de  Cazaubon. 

Dès  l’année  1651.  et  tout  jeune  encore,  comme  autrefois  son  père,  Jean-Guy  dc 
Manibanf  exerce  dès  cette  époque,  au  Parlement  de  Toulouse  la  charge  d’Avocat 


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—  312  - 

son  illustre  compatriote ;  en  Gascon  avisé  et  par  une  délicale  attention, 
c'est  à  son  fils  Joseph  Gaspard  de  Maniban ,  tout  jeune  enfant  mais  doué 
d’une  intelligence  précoce,  qu*il  adresse  sa  dédicace  et  ses  éloges  hyper- 
boliques.  11  s’empresse  d’expliquer  les  raisons  de  son  choix  : 

AU  MERBEiLLOUS  MARqUlS  JOUSEP-GASPARD  DE  MANIBAN 

Que  s’ane  passéja  l’enibejo  mauhaséro? 

Moun  tribail  nou  creing  pas  soun  hissoun  descarat 
Se  ma  Muso  touto  estrangéro, 

Marquis,  pot  éste  à  boste  grat. 

Enquoué  qu’aro  caucun  l’y  boiiillo  serca  brut 
Nou  cau  pas  qu’ero  l’aprehende, 

Tout  petit  coum  bous  éts,  ja  pouyrats  la  deíïende, 

Boste  soul  nom  hara  que  tout  demore  chut . 

Au  hill  de  Jupiter,  en  un  brés  trousserat, 

Un  serpont  benimous,  houc  d’un  hurous  presatge, 

AU  MERVEILLEUX  MAR'}UIS  JOSEPH-GASPARD  DE  MANIBAN 

Qu*elle  aiJle  se  promener  l’envie  malfaisante  ? 

Mou  travail  ne  craint  pas  sou  dard  excilé 
Si  ma  Muse  quoique  étrangère, 

Mauquis.  peut  étre  à  votre  goût. 

Bien  que  maintenant  quelqu’un  veuille  lui  cherchcr  chicane 
II  ne  faut  qu’clle  l’appréhende, 

Jeune  comrae  vous  l’étes,  vous  pourrez  la  défendre, 

Votre  noni  seul  fera  que  tout  restera  silencieux. 

Au  fils  de  J i'PiTEit,  en  un  berceau  garni, 

Un  serpent  venimeux,  fut  d’un  heureux  présage, 


Général,  et  en  1683  il  étaitnommé  Président  à  mortierau  méme  Parlement.  II  mourut 
en  1707.  De  son  mariage  avec  la  fìlle  du  premier  Président  cle  Fieubct ,  il  n’eut  qu’un 
fils.  Joseph-Gaspand,  qui  naquit  Ic  2  juillet  1686. 

Pourvu  d’une  charge  de  Conseiller  au  Parlement  dc  Toulouse,  Joseph-Gasparcl  clc 
Maniban.  à  peine  àgé  de  vingt-un  an««.  s’allia  à  la  famille  du  fameux  Présidcnt 
cie  Lamoirjnon.  Mainteneur  des  Jeux-Kloraux  en  1712.il  fut  nommé  dès  le  22août  1714 
Président  à  mortier,  et  en  1722  il  était  appelé  par  le  Boi  aux  hautes  fonetions  de 
Premier  Président.  II  concentrait  entre  ses  mains  les  immenses  fiefs  acquis  par  la 
famille  et  qui  comprenaient  :  le  marquisat  de  Maniban,  le  marquisat  de  Campague 
et  d’Ayzieu,  la  seigneuric  de  Cazaubon,  les  terres  de  l.abastide,  de  Toujouze,  de 
Montguilhem,  le  oomté  d’iùiuze,  et  dans  le  Haut-Armaguac  les  seigneuries  du  Buscn, 
Ampeils,  Uagardère,  Mouchan,  Cézan.  Tilladet.  Yalenee.  de  Mansencòme,  elo. 

De  son  mariage  avec  Jaanne-Christinc  de  Lamoiffnon .  Gaspard  de  Maniban  ne 
laissait  que  deux  fillcs.  11  mourut  à  'loulouse  le  Vr  septembre  1762  à  l’àge  de  76  ans. 

Ueurs  armes  étaient  :  def/uoulcs  à  dcux  bnurdons  d'or  passês  cn  sautoir ,  canton- 
ncs  cnchcf  d’un  croisscint  cí’art/ent  et  d'un  fcu  /bllct  ou  larmc  dans  les  autrcs  can - 
tons,  lc  tout  surmontó  d’unc  couronnc  dc  Marqivs  et  au-dessus  cncore  cl'un  /norticr 
dc  mar/istral . 

(Extrait  d’une  remarquablc  ôtude  de  M.  Piiimimm;  Uai  zi  n,  parue  dans  la  Recue 
de  Gascoync,  t.  xxxv  ct  xxxvi). 


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—  313  — 


Un  parionn  boun  es  preparat, 

Se  crounto  lou  critic  proutetjats  moun  oubratje. 

D’autes  l’auren  plassat  debat  l’oumbro  presado 
De  bosto  digno  May,  de  bosto  auguste  Pay, 

Jou  nou  n’ei  pas  besoui  ni  de  Pay,  ni  de  May; 

La  bosto  soulo  es  prou  bantado. 

Enqoiiéro  be  qu’a  lours  fabous 
Las  bertuts  d’eris  dus  se  rencountron  en  bous 
Diuguo  lou  frut  de  ma  bictorio, 

A  bosto  oumbro  jou’  éi  mage  glorio. 

Quat’ans  à,  1’Armaignac  hasouc  milo  halliéros, 

Quan  bic  que  lou  Céu  boun  é  just, 

D’un  hust  ta  renoumat  tiréc  quauques  esteros; 

Aro  d'un  houèc  naiiet  diure  hén  de  mes  béros, 

Puch  que  bey  ressembla  las  estéros  au  hust 

Aco  pareich  un  espectacle, 

Tout  lou  moun  es  esbalaurit, 

D’aprene  que  sense  miracle 
En  un  ta  petit  cos  lotjo  tant  d’esperit. 

Mès  de  tant  bous  lauza  n’es  pas  de  raoun  rnestié, 
h]n  noun  disé  pas  prou,  jou  bous  hari  coustiè, 

Agradats  sulomens  boste  nom  en  mas  obros, 

Un  pareil  vous  en  est  réservé, 

Si  contre  la  ciutiqce  vo»is  protègcz  mon  ouvrage. 

D'autres  rauraient  placé  sous  Ia  protection  respectée 
De  \  otro  digne  Mere,  de  votre  vénéré  Père, 

Moi  je  n’ai  besoin  ni  de  Père,  ni  de  Mòrc; 
l.a  votre  seule  est  assez  vantée, 

Encore  bien  qu’à  leurs  faveurs 
Les  vertus  de  tous  les  deux  se  rencontrent  en  vous 
Dút  lc  fruit  dc  ma  victoire 
A  voire  ombre  j’acquiers  une  plus  grande  gloire. 

II  y  a  quatre  ans,  1’Aumagnac  tit  mille  feux  de  joie 
Quand  il  vit  que  le  ciel  bon  et  juste, 

D’une  ligc  si  renommée  fìt  sortir  quelques  copcaux; 
Maintenant  d'un  feu  nouveau  il  devrait  cn  faire  de  plus  beaux 
Puisqu’il  voit  ressemblcr  les  copeaux  au  tronc. 

Ccci  parait  un  spectacle, 

Tout  le  monde  est  cmerveillé 
D’apprcndre  que  sans  miracle 
Dans  un  si  pctit  corps  loge  tant  d’esprit. 

Mais  de  tant  vous  loucr,  n'est  pas  de  mon  métier, 

En  n'cn  disant  pas  assoz,  jc  vous  ferai  moindre, 

Agrécz  seulement  votre  nom  dans  mes  couvres, 


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—  314  - 


Se  jou  V y  besí  escriut  re  nouin  hara  pouchiii, 

E  quan  mouriri  goiiey  (per  lou  boule  de  Diu) 

Més  que  biscats  cent  ans,  joun  éy  aqui  de  sobros. 

Si  je  l’y  vois  écrit  rien  ne  me  fera  obstacle, 

Et  quand  je  mourrai  aujourd’hui  (par  la  volonté  de  Dieu) 

Pourvu  que  vous  viviez  cent  ans,  j’en  aurai  là  de  reste, 

II  fait  suivre  sa  dédicace  flatteuse  de  trois  ou  quatre  suppliques  qu'il 
présente  à  Tauguste  aréopage,  dispensateur  des  trésors  de  Clémence,  oii  il 
traduit  ses  déboires  et  ses  défaillances,  ses  peines  et  ses  espérances. 

Les  plaintes  qu’il  exprime  si  librement  n'étaient  point  du  reste  sans 
íondement.  Tombée  en  pleine  décadence  et  devenue  la  proie  d’une  mesquine 
coterie,  TAcadémie  du  Oai  Savoir%  n'était  plus  à  cette  époque  que  l'ombre 
d  clle-même  (1).  La  Poésie,  sa  raison  d'être  principale,  en  était  presque 
totalement  exclue.  Les  parlementaires  avaient  accaparé  le  verger  de 
Clémence  Isaure  et  la  charge  de  Mainteneur,  comme  cn  louíe  chose,  était 
devenue  héréditaire.  Les  rivalilés  du  Parlement  et  du  Capitoulat  avaient 
encore,  en  réduisant  les  faibles  ressources  dont  disposait  TAcadémie, 
aggravé  cet  état  dechoses  si  bien  que  de  toutes  les  traditions  populaii*es  et 
littéraires,  il  n'était  demeuré  que  le  banquet,  auquel  prenaient  part 
annuellement  les  membres  de  cette  Académie.  En  ajoutaut  à  ces  grief?  les 
nombreux  cas  de  favoritisme  dans  ratlribution  des  prix  dans  les  concours 
au  détriment  des  concurrents  étrangers,  nous  trouverons  la  légitimilé  du 
mécontentement  du  Médecin-Poète  de  Lavardens. 

11  disait  enlre  autres  choses  à  ses  juges  : 

A  MOUSSUS  DBUS  JOCS  DB  DAMO  CLAMBNÇO 


Ço  que  meschabousis,  es  que  Damo  Clemenço 
Nou  da  qu’a  la  susou  la  mendro  recoumpenço; 

É  se  cadun  n’a  pas  tribaillat  coumo  très, 

A  MBSSIEURS  DBS  JEUX  DE  DAME  CLEMENCE 


Ce  qui  me  boulevcrsc,  c’est  que  Damc  Clémence, 

Ne  donne  qu'à  la  sueur  la  moindre  rccompense 
Kt  si  cliacun  n’a  pas  travaillé  comme  trois, 

(1)  Le  Hoi,  rendit,  sur  la  demande  d^s  principaux  Maintcneurs  en  excroice.  cn 
date  de  septembre  1694,  des  lettres  patentes.  qui  réformaient  entièreraent  raneieu 
collèce  de  la  Gaie-Science ,  et  un  déeret  du  26  du  inéme  mois  rcglemeniait  tous  lcs 
détails  de  la  nouvelle  organisation.  I/Acadcmie  était  composée  dorénavanl  de  trente- 
cinq  Mainteneurs  nommés  par  le  Roi.  dont  les  sept  en  exercice;  de  plus,  le  Chancelier 
devait  étre  élu  à  la  pluralité  des  suffrages,  ìnais  il  ne  pouvait  ètre  pris  que  parmi  le 
Premier  Président  ou  les  Prèsidents  à  mortier.  Le  premier  Chancclier  nommè  par  le 
Roi.cette  annèe,  fut  Jean-Guy  de  Maniban,  depuis  longtempsMainteneurdesdits  jeux. 

(  Traité  de  l’oripine  des  Jeux-Floraux  de  Toulousc ,  chez  Ci.audl:  Gilliìs,  à  Tou- 
lousc  1715.  Mémolres  pour  scrcir  à  l'histoirc  des  Jeux-Floraux  par  Poitkmn-Pei- 
tavi-Ca/.eneuve,  De  Vorigine  des  Jeux-Florauxt  Toulouse,  1059,  111-4*. 


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315  — 


Cad'un  se  bey  pagat  d'un  triste  granmercés. 

Qui  bo  jouga  dab  jou,  qu’enquoué  qu’aro  parecho 
D’un  an  ni  mes  de  dus,  Clamenço  noum’  counecho? 
Pacienço,  car  aumens  nou  seréy  pas  soulet 
Engoiian  ny  aura  deléu  mes  de  quate  au  hilet. 


En  de  gaha  yo  flou  cau  hé  mant  un  ourbari, 

Cau  este  counegut,  cau  aiie  loung  lou  bras, 

Cau  este  pacient,  é  jou  que  noun  soiii  pas; 

S’en  eri  hari  tort  à  las  gens  de  Gascouigno, 

Qu’an  touts  acousturaats  d’ana  biste  en  besouigno, 
Enquoué  qu’ajo  lous  dits  h’eits  à  modo  de  croc, 

E’y  poou  qu’acy  deguens  nou  pouirè  pas  hè  floc. 

N’importo,  boy  tenta,  lou  qui  s’estouno  pago, 

Délèu  truflo  trufïant  inhilarey  la  bago  : 

Om  a  sperimentat  abarrey  lous  ahés 

Que  lous  que  benguen  tart  soun  lous  qu’auansô  mès 

Tau  qui  n’a  bist  qu’un  cop  yo  beutat  rigourouso, 

En  un  birat  de  man  la  pot  rende  amistouso; 

Enquoué  que  sous  ribals  ajon  souen  meritat 
De  poudé  dauant  et  hé  lou  medich  bantat. 

Jou  boy  d’aro  endauant  aoué  bouno  esperanço, 
Toustem  nou  gaigno  pas  qui  bouto  per  aiianço  î 
K  tout  ben  que  nou  sio  deus  darré  benguts, 
Clamençoen  ma  fabou  ne  pot  hé  de  coucuts. 

Chacun  sc  voit  payé  d’un  triste  grand  merci. 

Qui  veut  parier  avec  moi  quoique  cela  paraisse  maintenant 
D’un  an  ni  méme  de  deux  Cléinence  ne  me  connaisse? 
Patience,  car  au  moius  je  ne  serai  pas  scul 
Cette  année  il  y  en  aura  peut-êtrc  plus  do  quatre  au  fllet. 


Pour  attraper  une  fleur,  il  faut  faire  maint  ouvrage 
11  íaut  ctre  connu,  il  faut  avoir  le  bras  long, 

II  faut  être  patient,  et  je  ne  le  suis  pas  ; 

•Si  je  l’étais  je  ferai  tort  aux  gens  de  Gascognc, 

Qui  sont  tous  babilués  d’aller  vite  en  besogne, 

Et  bien  que  j’aie  les  doigts  faits  en  forme  de  croc, 

J’ai  peur  qu’ici  dedans  je  ne  puisse  faire  de  bouquet. 

N’importc,  je  veux  tenter,  celui  qui  s’étonne  paie, 
Peut-étre  moquc  moquant  j’enfllerai  la  bague  : 

On  a  expérimenté  à  travers  les  affaires 

Que  ceux  qui  viennent  tard  sont  ceux  qui  avancent  le  plus. 

Tel  qui  ne  voit  qu’une  fois  une  beauté  farouche 

En  un  tour  de  main  peut  la  rendre  aflfablc 

Encore  que  ses  rivaux  aient  souvent  méritc 

De  pouvoir  devant  lui  faire  la  méme  vanterie. 

Je  veux  dorénavant  avoir  bon  espoir, 

Toujours  ne  gagne  pas  cclui  qui  met  par  avance, 

Et  bien  que  je  ne  sois  que  des  derniers  venus, 

Clémence,  en  ma  faveur,  peut  en  faire  de  cocus. 


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—  316 


Bejam,  nobles  Moussurs,  dats  me  bostesufíratje, 

Nou  bous  recusets  pas  parmo  deu  parentatje, 

A  mens  de  housilha  tout  lou  biéil  Testoraen, 

Degun  nou’ra  pot  prouba  que  legitimomen 
Y  ajo  acy  de  tans  qu’éts  nat  Jutje  que  m’attaigno, 

Ni  que  8Ìo  moun  amic  à  modo  de  Bretaigno  : 

É  quan  aco  sere,  Moussurs,  h’ets  un  efïort 
Dab  aquestes  Goujous,  joun  serey  prou  d’accort. 

Considerats  au  mens  que  sense  nado  ajudo, 

Jou'm  trobi  aci  deguens  coura  yo  péyro  cajudo; 

E’  se  boulets  sabe  qu’ei  ço  que’  my  a  pourtat, 

Acos  bosto  justicho  é  bosto  integritat  : 

La  soullicitatioun  de  tout  tems  rebutado, 

A  tant  esparricat  bosto  grand  renoumado, 

Que  n’aprehendy  pas  que  me  doungats  dèu  mus 
Mens  enquouè  que  bouillats  que  m’entourne  camus. 

Empachats  me  s’etz  plats  d’aue  aquero  bergouigno  f 
É  nou  boulentets  pas  que  quan  tourne  en  Gascouigno 
Lous  que’m  saben  aci  digon  a  tout  perpaus, 

Yé  gouax  ?  lou  qu’an  cassat  à  cops  de  cabessaus  : 

Courounats  moun  tribail  de  cauquo  recoumpenço 
Lous  Gascous  boun  auran  tant  de  recounechenço, 

Que  m’arrembiaran  asseguradoment 

L’an  que  beng  dab  un  humble  et  bét  remerciement. 

Voyons,  nobles  Messieurs,  donnez-moi  vos  suffrages, 

Ne  vous  récusez  pas  à  cause  de  la  parenté, 

A  moins  de  compulser  tout  le  vieux  Testament, 

Personne  ne  peut  me  prouver  que  légitimement 

11  y  ait  ici,  tant  que  vous  êtes,  aucun  juge  qui  me  touchc  de  près 

Et  quand  cela  serait,  Messieurs,  faites  un  effort 

Avec  ces  enfants,  je  serai  suftisamment  d'accord. 

Cousidérez  au  moins  que  sans  le  moindre  appui, 

Je  me  trouve  ici  dedans  comme  une  pierre  tombée  ; 

Et  si  vous  voulez  savoir  ce  qui  m’y  a  conduit, 

Ce  n’est  que  votre  justice  et  votre  intógrité  : 

La  sollicitation  de  tout  temps  rebutée, 

A  tant  répandu  votre  grande  renommée, 

Que  je  n’appréhende  point  que  vous  me  donniez  sur  lé  rauseau 
Moins  que  vous  désiriez  que  je  m’en  retourne  confus. 

Evitez-raoi,  s'il  vous  plait,  d’avoir  cette  lionte  î 
Et  ne  veuillez  pas  que  lorsque  je  rentrerai  en  Gascogne 
Ceux  qui  me  savent  ici,  disent  à  tout  propos 
Et  voyezî  Celui  qu’on  a  chassé  à  coups  de  lorchons 
Couronnez  mon  travail  de  quelque  récompense 
Les  Gascons  vous  témoigneront  tant  de  reconnaissance 
Qu’ils  me  renverront  assurément 
L'an  qui  vient  avec  un  humble  et  beau  remerciement 

Dans  une  autre  pièce  sur  le  même  sujet,  après  avoir  dépeint  son  état 


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—  317  - 

cTesprit,  qui  s’est  réconforté,  de  nouvelles  craintes  Tassaillent  au  souvenir 
de  Taffront  que  lui  a  valu  son  dernier  échec,  et  s'adressant  à  sa  Muse,  il 
cherche  à  lui  inspirer  confiance. 


Teng  boun,  Muso,  teng  boun,  nou  mous  rebuten  pas, 
Azart  d’aiie  per  pago  un  second  pan  de  nas, 

Puch  qu'au  prumé  bourrat  l’arbe  nou  poudouc  caje, 
Delèu  aqueste  cop  mous  y  pouyrém  escaje . 

Qui  de  bousaus  a  bist  liémnos  d’aquero  humou. 

Que  dan  de  prim-abort  yo  noutablo  fabou, 

Per  eros  cau  aiie  mante  yo  coumplasenço, 

Dauant  de  merita  nado  recounechenço. 

Ça,  Muso,  panem  douno  à  forço  de  douçous, 

L’estimo  è  l’affectioun  de  nostes  auditous, 

Mès  de  tant  que  l’on  sab  que  touts  Sans  bon  candelos, 
Coumencem  tout  prumé  per  acéro  Dounzélo. 

E  dementre  qu’arren  nou  mous  hé  pas  pouchiu, 

Béjam  s  à  bot  ourdit,  Noste  Seigne  da  hiu. 

Clamenço !  are  cs  lou  tems  qu  cau  que  hassats  beze 
S’ets  mastresso  d’aqueste  loc, 

S’en  ets,  engouaillats-m’y  lou  floc, 

Automens  n’ac  pouyré  pas  crese. 

Après  la  susou  qu’ey  bengut, 

En  un  camin  qu’es  de  ta  loungo  aléno, 


Tiens  bon.  Muse,  tiens  bon,  ne  te  rebutes  pas. 

Au  hasard  d’avoir  pour  récompense  un  second  pied  de  nez 
Puisque  à  la  première  secousse  l’arbre  ne  put  tomber. 

Peut-étre  cette  fois  nous  pourrions  nous  y  rencontrer 
Qui  de  vous  a  vu  ferames  d'une  humeur  telle 
Qu'elles  accordent  de  prime-abord  une  notable  faveur, 

Pour  elles  il  faut  avoir  maintes  complaisances 
Avant  de  mériter  la  moindre  reconnaissance 
Ça,  Muse,  volons  donc  par  beaucoup  de  douceur, 

L’estime  et  Taffection  de  nos  auditeurs, 

D’autantplusqueronsaitquetouslesSaintsveulentdeschandelles 
Commençons  tout  d’abord  par  cette  Donzelle 
Et  pendant  que  rien  ne  nous  fait  obstacle 
Voyons  si  à  vceu  ourdi,  notre  seigneur  donne  du  fil. 

Clémence  I  le  mornent  est  venu  où  il  faut  que  vous  fassiez  voir 
Si  vous  étes  maitresse  de  ce  lieu, 

Si  vous  1‘étes,  accordez-moi  le  bouquet, 

Autrement  jê  ne  pourrais  pas  le  croire. 

Après  étre  arrivé  en  sueur, 

En  un  chemin  qui  est  de  bien  longuc  haleine, 


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—  3Í8 


Nou  bouiliats  qu’en  pago  de  ma  peno, 

Jou  m’en  tourne  coum  souy  bengut. 

L’an  passat  dab  millo  plases, 

Jou  bengouy  tout  esprès  bous  aufïri  mous  serbici  , 
Say  pas  s’eus  troubèts  estadissis, 

Mès  nouts  entenouy  pas  à  dise  gran  mercès. 

Quan  érom  touts  deguens  bosto  balanço, 

Certo,  jamès  jou  n’aury  dit, 

Que  per  fabourisa  la  Franço, 

Bous  aoussots  dat  lou  cop  de  dit. 

Jou  me  souy  transpourtat  deguens  aqueste  loc, 

Per  flechi  boste  co  d’arroc, 

Bem  abusi  jou  plan  !  mau  de  Santo  Quitéiro  (1), 
Tout  me  ben  peu  coustat  esquèr, 

D’inqu’acy  l'ey  cresut  de  peyro, 

Ai*o  lou  soubçouni  de  hér. 

Ne  veuillez  pas  qu’en  payement  de  ma  peine 
Je  m’en  retourne  corame  je  suis  venu. 

L’an  passó  avec  mille  contentement, 

Je  vins  tout  exprès  vous  ofírir  mes  services, 

Je  ne  sais  si  vous  les  trouvâtes  de  peu  d’importance, 
Mais  je  ne  vous  entendis  pas  me  dire  grand  nierci. 

Quand  nous  étions  tous  dans  votre  balance, 

Certes,  janrnis  je  n’aurais  dit 
Que  pour  favoriser  la  France 
Vous  eussiez  donné  le  coup  de  doigt. 

Je  me  suis  transporté  dans  ce  lieu 

Pour  fléchir  votre  coeur  de  rocher, 

Comme  je  m’abuse  bien !  mal  de  sainle  Quitterie, 
Tout  me  vient  par  le  cóté  gauche, 

Jusqu’ici  je  l’ai  cru  de  pierre, 

Maintenant  je  le  soupçonne  de  fer. 


(1)  Le  Poète  faït  sans  doute  allusion  à  son  état  de  célibat  et  à  ses  peines  de  coeur. 
La  Rúcue  d’Aquitainc  (1857)  contient  un  curieux  catalogue  des  Saints  Gascons, 
reproduit  par  le  Bréciairc  de  Lescar  (1541).  Recue  de  Gascogne  1890,  au  nombre 
desquels  se  trouve  Saincte  Quitterie  qui  est  Saincte  Quitteyrc ,  vierge  et  martyre, 
morte  à  Aire  vers  477  ou  478.  Cette  Sainte  Gasconne  jouissait  d’une  grande  célébrité 
et  la  Gascogne  professait  pour  elle  un  véritable  culte;  elle  était  également  honorée  en 
Espagne.  à  Narbonne,  à  Toulouse  et  à  Hodez. 

Elle  était  íille  d’un  gouveneur  de  Galice,  du  teinps  de  l’Empereur  Commodc.  Sa 
mère  désespérée  de  mettre  au  monde  une  sixième  íille  et  redoutant  les  sarcasmes  et 
la  colère  de  son  époux  avait  chargé  une  femme  de  la  íaire  mourir;  dérobée  à  cet 
arrét  barbare  par  la  pitié  de  celle  qui  devait  l’exêcuter,  Quitîerie  devint  grande,  belle 
et  alluma  la  passion  d'un  seigneur  puissant  qui  demanda  sa  maiu.  Poussée  dans  nne 
voie  différente  par  uue  irrèsistible  vocation,  Quitterie  se  réfuffia  daus  une  vallèe  pro- 
fonde,  que  les  uns  placent  en  Espagne,  les  aulres  dans  la  Novempopulanie.  Après 
bien  des  recherches,  son  admirateur  ia  dêcouvre,  il  veut  la  faire  céder  à  son  arnour 
brutal;  elle  refuse;  ii  lui  trancha  la  tète  dans  un  transport  de  jalousie. 

Montle/.ln,  Histoire  de  Gascognc,  t.  i.  D’après  un  manuscrit  sur  les  Evéques 
d’Aire. 


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—  319  — 

Gouayre  lous  estraxigés  n’an  arre  que  bous  placio, 
E  cadun  lous  tratto  d’escrocs, 

S’eus  accourdats  anfín  la  mendre  gracio, 

Toustem  l’angouloupax  deguens  un  hcich  de  brocs. 

Quan  éts  sadouro  deus  presens 
Que  bous  an  hèit  lous  Toulousens, 

Lous  dous  estrangés  bous  auéjon. 

Enben  boun  portonde  millous, 

Afín  de  bous  hé  gratuillous; 

Puch  qu’à  couloums  sadouts  garrohos  amarejon . 

L'innoucent  nou  deu  pas  paga  peu  criminel, 

Se  caucun  bous  es  infídel, 

Adaquét  soul  cau  hé  la  trouigno, 

Cependent  perço  qu’un  bous  a  trattado  mau, 

Jamès  n’ou  recebéts  coum  cau, 

Ny  PAubergnio  ni  la  Gascouigno. 

Après  un  ta  hort  argument, 

Louy  d’aiie  nat  ressentiment, 

A  cadun  deuéts  hé  justicho, 

Automens  tout  biro  camin, 

E  per  atau  ja  beyrats  à  la  fln 
Boste  parterro  tout  eu  fricho. 


Guère  les  étrangers  n’ont  rien  qui  vous  plaise, 

Et  chacun  les  traite  d’escrocs, 

Si  vous  Jcur  accordez  enfín  la  moindre  faveur, 

Toujours  vous  l*enveloppez  dans  un  fagot  d’épines. 

Quand  vous  étes  saturée  des  présents 
Que  vous  ont  fait  les  Toulousains, 

Ceux  des  ctrangers  vous  ennuient. 

Envain  vous  en  offrent-ils  de  meilleurs, 

Afln  de  vous  rendre  chatouilleuse; 

Puisque  à  pigeon  repus  les  vesces  sont  amères. 

L’innocent  ne  doit  pas  paver  pour  le  coupable, 

Si  quelqu'tm  vous  est  infídèle , 

A  celui-là  seul  il  faut  faire  mauvais  visage, 

Cependant  parce  que  l’un  d’entre  eux  vous  a  maltraitée, 
Jamais  vous  n’accueillez  comme  il  faut 
Ni  l’Auvergne  ni  la  Gascogne. 

Après  un  argument  si  concluant, 

Loin  d’éprouver  nul  ressentiment, 

A  chacun  vons  devez  íaire  jnstice, 

Autrement  tout  dévie  du  droit  chemin, 

Et  pour  cela  certes  vous  verrez  àla  fín 
Votre  parterre  tout  en  friche. 


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—  320  — 


II  termine  ainsi  : 

A  perpaus,  ian  passat  me  deguets  touts  paraulo, 

De  nou’m  hè  pas  engouan  coupa  ser  la  canaulo, 

S’aro  nou  l’am  tenguets,  jou  souy  sense  crédit, 

E  mous  mages  amics  m’amucharan  au  dit, 

D’inqu’aus  quitis  fourrous  (1)  (ô  que  jamès  nous  crebe). 

Me  diran,  hoou  Gascoun,  as  bit  passa  la  lebe? 

Se  d’eco  cau  tamouéns,  jou’n  sabi  uu  arramat, 

Que  se  n’cron  pas  muts  auren  ditja  bramat, 

E  que  soun  peu  segu  tamouens  de  noblo  raço, 

Gouâts-lous,  despuch  labets  n’an  pas  mudat  de  plaço. 

Mes  nou  bous  cau  pas  nat,  ja  boun  soubenguéts  prou. 

Muso,  nou  sabi  pas  coum  te  gouberni  jou, 

Nou  poussem  pas  ta  louy,  yo  ta  ber’  entrcpreso, 

Mahen,  de  tant  parla  pouires  esta  represo. 

Ditja  sur  l’Helicoun  souno  lou  darré  toc, 

Muso,  repausen-nous,  é  boutem  aqui  uu  broc. 

A  propos,  l’an  passé  vous  me  donnátes  tous  parole 
De  nepas  me  faiie  eette  année  tomber  au  ruisseau, 

Si  maintenant  vous  ne  la  tenez,  je  reste  sans  crédit, 

Et  mes  meilleurs  amis  me  montreront  au  doigt, 

Jusque  aux  garnissaires(oh!  que  jamais  je  ne  sois  leur  victime) 

On  me  dira,  oh!  Gascon,  as-tu  vu  passer  le  liòvret 
Si  de  ccla  il  faut  des  témoins,  j'en  connais  une  poignòe 
Qui  s’ils  n’étaient  inuets  auraient  déjà  parlé 
Et  qui  sont  pour  súr  témoins  de  noble  race, 

Voyez-Ies,  depuis  lors  ils  n’ont  pas  changé  de  place, 

Mais  il  ne  vous  en  faut  aucun,  certes,  vous  vous  en  souvenez. 

Muse,  je  ne  sais  plus  comment  je  te  gouverne, 

Ne  poussons  pas  si  loin,  une  si  belle  entreprise, 

Par  ma  foi,  de  lant  parler  tu  pourrais  étre  reprise. 

Déjà  sur  l’Hélicon  on  sonne  le  dernier  coup, 

Muse,  reposons-nous,  et  mettons  là  une  épine. 

Dans  un  Placet  au  Pahnasso  ( Placet  au  Parnaxse)  il  continue  son 
arguraentation  sans  se  soucier  de  ce  que  diront  ses  auditeurs,  dont  il  n’a  cure. 


Coum  ld  boux  deu  taùau  espaurich  las  abeillos, 
Jou  sai  qu’a  forçogens  resseigui  las  aureillos, 


Comme  la  voix  du  taon  effraie  les  abeilles, 

Je  sais  qu’à  bien  des  gens  je  scie  ies  oreillcs, 


(1)  C’est  généralement  dans  les  époques  de  troubles,  lorsque  le  fléau  de  la  guerre 
sème  la  ruine  chez  nos  malheureuses  populations  des  campagnes,  que  ie  sentiment 
d’aversion,  de  haine  méme,  contre  lous  Fourrous ,  les  Garnissaires  ou  Collecteurs 
d'impôts,  tend  à  se  développer;  Dastros  et  aprés  lui  Duguav,  à  des  époques  différentes 
mais  également  bouleversées,  s’en  fout  les  éloquents  interprétes. 


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E  que  mantun  dauaut  que  m’augi  dèclama, 
Escoutare  meslèu  un  mulet  à  brama. 

Més  que  rusen  lou  nas  pendent  que  jou  declami , 
Que  se  fìguren  plan  qu’en  soiii  un  ó  que  brami, 

Can  haren  mil  efforts  per  troubla  moun  repaus, 
Mens  restaréi  labets  de  segui  moun  prepaus, 

Perbu  que  moun  tribail  plassio  à  Damo  Clamenço , 
Jou  n'ei  peus  delicats  la  mendre  coumplasenço. 

Om  se  trufo  de  tout  certen  atge  acoumplit, 
L’estopho  a  près  soun  pléc,  lou  base  es  abeurifc, 

Lou  qu'ajo  poou  deu  loup  qu’embarre  sas  auoeillos 
E  qui  noum  bouillo  augi  qués  bousse  las  oureillos. 
Ça  que  dira  deléu  caucun  de  mous  ribals, 

Qué  nou  boi  pas  besecourouna  mous  tribails, 

A  m’entene  parla  dab  tant  d’indiferenço  't 
Més  bet  troumpos  ptt  plan  s’as  aquéro  cresenço, 

É  se  jutges  de  jou  d'yo  ta  praube  faiçoun, 

Tirot  aco  deu  cap,  bouto’t’in  paiUassoun. 

L’ounesto  libertat  n’es  james  incoumodo, 

La  bertat  de  tout  tems  es  estado  à  la  modo, 

E  se  moun  proucedafc  blasso  los  délicats, 

Aco  diu  supourta  cadun  per  sous  pecats. 

Clamcnço  sabbe  prou  que  las  gens  de  Gascouigno 
Disen  ço  quan  eu  co  sense  poou  ni  bergouigno, 


Et  que  beaucoup  qui  m’entendent  déclamer  devant  eux 
Ecouteraient  plutót  un  mulet  braire. 

Pourvu  qu’ils  se  trémoussent  le  nez  pendant  que  je  déclame 
Qu’ils  se  flgurent  que  j’en  suis  un  et  que  je  braie, 

Quand  ils  feraient  mille  eíforts  pour  troubler  mon  repos 
J’hésiterai  moins  alors  à  suivre  mon  discours 
l’ourvu  que  mon  travail  plaise  à  Dame  Clèmcncc , 

Je  n'ai  pour  les  délicats  aucune  complaisance. 

On  se  raoque  de  tout  certain  âge  accompli, 

L’étoffe  a  pris  son  pli,  le  vase  est  saturé, 

Qui  a  peurdu  loup  enferme  ses  brebis; 

Qui  ne  voudra  pas  m’écouter  se  bouche  les  oreilles. 

Ça,  dira  peut-être  un  d’entre  mes  rivaux, 

Que  je  ne  veux  poiut  voir  couronner  mes  travaux 
A  m’entendre  parler  avec  tant  d’indifférence  ? 

Mais  tu  te  trompe  bien  súr  si  tu  as  cette  croyance 
Et  si  tu  juges  de  moi  d’une  si  pauvre  façon, 

Tire-toi  cela  de  la  téte,  mets-y  un  paillasson. 

L’honnéie  liberté  n’est  jamais  incoramode, 

I.a  vérité  en  tout  temps  a  été  à  la  mode, 

Et  si  mon  procédé  blesse  les  délicats, 

Cela  chacun  doit  le  supporter  pour  ses  péchés. 

Clémence  sait  assez  que  les  gens  de  Gascogne 
Disent  ce  qu’ils  ont  sur  le  cceur  sans  peur  ni  honte, 


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—  323  — 


Qu*un  Gascoun  qu’es  coustrein  seré  boun  per  hé  bréus 
E  que  toutis  sounfrancs  coumo  béts  macaréus 


Qu  ’un  Gascon  qui  est  contraint  serait  bon  pour  faire  dcs  reliques, 
Et  que  tous  sont  francs  comme  de  beaux  maquereaux. 


Puis,  faisant  allusion  au  long  postulat  qui  lui  a  été  irnposé  avant  de 
cueillir  la  seconde  fleur,  il  dépeint  le  désarroi  du  Parnasse  durant  celíe 
période : 


Ditja  despuch  loung  tenips  las  nau  sos  ta  bantados, 
Deguens  un  clot  pregound  se  trobon  embarrados. 
Appoulloun  tout  escas  tourno  mucha  lou  goueil, 

E  nou  lusis  pas  més  qu’yo  méco  de  careil. 

Aci  plau  dus  ans  a  coumo  per  las  carreros, 

La  grélo  é  lou  mau  tems  y  an  héit  milo  goutéros. 

E  coumo  lou  Parnasso  ero  ta  desanat, 

Nou  cau  pas  s’estouna  se  tout  s’en  éro  anat. 

Oy,  tout  aiioé  hugit  d’inqui’à  Damo  Clamenço; 

Per  n’aiioé  pas  dequé  se  paga  la  despen<;o; 

É  qui  la  coustreignouc  é  decha  aço  soulet, 

Quauques  minjos  crestias  qne  hérren  lou  mulet. 


Dójà  depuis  longtemps  les  neufs  soeurs  si  vantées, 

Dans  un  trou  profond  se  trouvent  enfermées. 

Apoilon,  tout  endormi,  vient  de  montrer  son  ceil 
Qui  ne  luit  pas  plus  qufune  inéche  de  lampe. 

Ici  il  pleut  depuis  deux  ans  comme  dans  les  rues, 

I-a  gréle  et  lc  mauvais  tcmps  oni  fait  mille  gouttières 
Et  comme  le  Parnasse  était  si  désemparé, 

II  nc  faut  point  s’ètonner  si  tout  avait  disparu. 

Or,  tout  avait  fui  jusqu'à  Dame  Clémence, 

Pour  nva\*oir  pas  de  quoi  se  paver  la  dépense  ; 

Et  qui  la  contraignit  à  tout  laisser  à  l’abandon, 

Quelques  mangeurs  de  chrétiens  qui  ferrèrent  le  mulet. 


II  termineen  sollicitant  près  de  ses  juges  une  nouvelle  récompense  qui 
achèvcra  dignement  roeuvre  commencée.  Puis,  s’adressant  au  Président  de 
Maniban,  il  implore  sa  puissante  intervention  en  ces  termes  : 

Aumens,  gran  Maniban,  nou’m  hassats  pas  la  trofiigno, 

Puch  qu’èts  proutectou  de  toute  la  Gascouigno, 

Coumo  au  Sant  de  Parrochio  acos  à  bous  qu’em  doiii 

Au  moins.  grand  Maniban,  ne  me  faites  pas  la  moue, 

Puisque  vous  étes  le  protecteur  de  toutc  la  Gascogne, 

Comme  au  Saint  de  Paroisse,  c’està  vous  que  je  me  suis  consacré 


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—  323  - 

Perso  que  sustenguets  lous  amics  au  besoui, 

Per  quate  cos  deu  moun  bost’umbro  es  ta  presado 
Que  jou  nou  doubti  pas  quan  aquesto  assemblado, 

Nat  de  tantis  que  soun  me  refuse  yo  flou, 

Més  que  tant  sulomens  badets  en  ma  fabou; 

Noum  dechéts  pas  lou  floc  a  mei  heich,  mejo  endorto, 

É  nou  soufriscats  pas  que  Dimenche  quan  sorto, 

Lous  qui  m’an  bist  aci  digon  a  joc  segu, 

Yé  goiiats  que  lian  baillat  de  la  palo  seu  cu 

Parce  que  vous  soutenez  les  amis  au  besoin, 

Par  les  quatre  coins  du  monde  votre  personne  est  si  venérée 
Que  jene  doute  pas  que  dans  cette  assemblée 
Nul  tant  que  vous  êtes  me  refusiez  une  fleur, 

Pour  peu  que  vous  ouvriez  la  bouche  en  ma  faveur  ; 

Ne  me  laissez  pas  le  bouquet  à  moitié  fagot,  à  moitió  lien, 

Et  ne  souffrez  pas  que  dimanche  quand  je  sortirai, 

Ceux  qui  m'ont  vu  ici  disent  à  jeu  certain, 

Et  voyez  on  Iui  a  donné  de  Ia  pelle  au  ,M. 

Telle  est  la  manière  de  Dugay  dans  les  spécimcns  que  nous  venons  de 
donner  en  les  abrégeant  toutefois.  On  peut  se  convaincre  aisément  qu’ii 
manie  assez  bien  la  langue  gasconne  et  qu’il  sait  s’en  rendre  maître.  II  ne 
soufïle,  il  est  vrai,  que  sur  des  pipeaux  bien  légers,  mais  ii  faut  lui  rendre 
cette  justice,  qu’il  sait  adroitement  en  tirer  des  modulations  très  agréables. 
Malgré  la  monotonie  du  sujet,  il  possède  néanmoins  Tallure  dégagée  d’une 
imagination  riante  et  facile.  avec  une  pointe  de  gauloiserie  qui  n’est  pas 
sans  saveur.  C’est  un  franc  réalisme  qu*il  emploie,  sinon  inconscient,  du 
moins  sans  apprèt  ni  iapage(I).  II  ne  vise  ceries  pas  à  Pélégance,  mais  par 
contre  ses  vers  respirent  la  franchise,  le  naturelet  Pabandon.  On  rencontre 
ça  et  là  de  charmantes  images,  dans  cette  poésie  familière,  qui  en  rehaussent 
Téclat  et  le  ch^rme. 

Si  les  cordes  de  sa  Jyre  sont  assez  dociles  pour  chanter  des  sujets  badins, 
il  n’en  sera  pas  toujours  de  môme  quand  il  traitera  des  sujets  graves  corame 
il  l’essaie  dans  une  pièce  intitulée  Stanços  Mouralos  ( Stances  Morales ), 
oii  il  se  borne  à  versifier  les  lieux  communs  sur  la  mort  : 

L'arrêt  es  dat,  que  cau  moury,  L’arrèt  est  donné,  il  faut  mourir, 

Nat  remédy  nou  pot  gouary,  Nul  remède  ne  peut  guérir, 

La  mes  pouchanto  creaturo.  La  plus  puissante  créature. 

Lou  Rev,  lou  Prince  c  lou  Bourgès,  Le  Roi,  le  Prince  et  le  Bourgeois 


(1)  Dans  les  entretiens  des  gens  da  xvu*  siècle,  que  de  propos  gaillards,  qui  n’effa* 
rouchaient  personne  et  qu’on  n’entendrait  pas  aujourd’hui  sans  quelque  embarras! 
Que  d’usages  qui  nous  paraissent  grossiers  et  qui  semblaient  alors  les  plus  naturels 
du  mondel 


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-  324  — 


Pagon  taplan  coum  lou  pagès, 

Aquet  tribut  à  la  naturo. 

L’exomple  mous  es  trop  présent, 

È  ço  que’y  a  de  mes  prusent, 

Noste  fourtunable  Dauíìno  (1), 

Qu’a  ùt  despuch  pauc  aquet  sort, 

Per  se  garanti  de  la  mort 
N’a  pas  troubat  nado  lésino. 

Puch  qu'ac  besem  è  qu'es  atau, 
Attendamous  touts  coumo  cau, 

A  la  fin  que  se  mous  aprésto. 
Biscam  dounc  plan,  per  plan  mouri. 
Qui  biu  plan  nou  pot  pas  peri 
De  mau  biue  malo  mort  résto. 


Payent  aussi  bien  que  le  Paysan, 

Ce  tribut  à  la  nature. 

L’exemple  nous  est  trop  connu, 

Et  ce  qu’il  y  a  de  plus  cruel, 

Notre  fortunèe  Dauphine , 

Qui  a  subi  depuis  peu  cette  destinée, 
Pour  se  garantir  de  la  mort 
N’a  trouvé  aucun  moyen. 

P  uisque  nousle  voyons  etq  u’il  en  est  ai  nsi , 
Préparons-nous  tous  comme  il  le  faut, 
A  la  fìn  qui  pour  nous  s’apprète. 
Vivonsdonc  bien,  pour  bicn  mourir. 
Qui  vit  bien  ne  peut  pas  périr, 

De  mal  vivre  une  mauvaise  mort  reste. 


Le  sujet  se  dóveloppe  dans  les  six  strophes  qui  suivent  et  rien  ne  vient 
rehausser  cette  poésie  traînante  et  décolorée. 

La  France  venait  d’être  mise  au  ban  de  Tempire  et  la  grande  alliance  se 
formait.  Tous  les  Princes  Allemands  y  adhérèrent ;  les  Provinces-Unies , 
YAngleierret  Y Espagne ,  s'unirent  pour  le  rétablissement  des  trailés  de 
Westphalie,  et  des  Pyrénées.  L’Europe  espérait  à  lorl  obliger  Louis  XI V 
à  restituer  toutes  ses  conquêtes. 

Notre  poète  gascon  prend  prétexte  de  cet  événement  historique  pour 
adresser  au  Grand  Roi  des  Stances  oii  il  exalte  et  glorifie  la  grandeur  de 
ses  exploits. 


A  L'INCOUMPARABLÈ  LOUIS  LE  ORAND  SOUS  AHÈS  PRESENS 
STANSOS 

Gran  Rey  tout  lou  moun  bous  attaco, 

Quan  bosto  prudenço  s’estaco 
A  semoùa  lou  repaus  deguens  bostes  Estats, 

Ditja  de  milo  estrems  milo  enemics  poustats, 

Guignon  ples  de  gelou  l’aunou  de  bostos  armos; 

A  VINCOMPARABLE  LOUIS  LE  GRAND  SUR  LES  EVENBMENTS  PRBSENTS 


STANCF.S 

Grand  roi,  tout  le  monde  vous  attaque, 

Quand  votre  prudence  s’attaclie 
A  semer  le  repos  dons  vos  Etats, 

Déjà  de  milJe  cótés  mille  ennemis  postés 
Guettentpleins  de  jalousie  l’honneur  de  vos  armes  ; 

(!>  A farie-Anne-ChrÌ8tine-Victoû'e  dc  Bacièrc.  daupbine  de  France.  morte  le 
20  avril  1690  à  í'àge  de  30  ans. 


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Louy  de  sounja  que  bosto  Majestat 
Creing  mens  abarrey  las  alarmos, 

Que  quan  es  en  tranquilitat. 

De  touts  bosttes  proujets  la  bertut  es  la  guido 
Uiniquitat  es  esblasido, 

Tapé  que  Louis  a  sentit  lou  herum, 

Bosto  justicho  es  un  alum 
Que  brullo  deu  pecat  d’ulcere  embereado, 

É  deguens  TUnibèrs  nou  y  a  pas  ome  biu, 

Que  finisco  coum  bous  uno  obro  coumençado, 

Mès  que  mès,  quan  redoundo  à  la  glorio  de  Diu. 

Dab  tout  aco,  Gran  Rey,  milo  moustres  se  leiion, 
E  las  armos  d’Infer  maléoiion, 

Per  millou  trioumpha  de  bosto  santo  ardou; 
Souben  de  la  bertut,  yo  petito  coulou, 

Capéro  lou  desi  deus  que  bon  bosto  perto. 

E  pendent  que  bous  hen  la  cour 
Lous  trètes  soun  toustem  alérto, 

Afin  de  bous  jouga  quauque  tarrible  tour. 

Mès  puch  qu’a  co  balentarren  n’es  impossible, 
Que  bengon  d’ennemics  au  tribble, 

Boste  bras  nou’n  redoubto  nat. 


Loin  de  songer  que  \rotre  Majesté 
Craint  moins  à  travers  les  alarmes 

Que  lorsqu’elle  jouit  de  latranquilJité. 

De  tous  vos  desseins  la  vertu  est  le  guide 
L’iniquité  est  tremblante 
SiUH  que  Louis  a  senti  l’odeur, 

Votre  justice  est  un  feu 
Qui  cicatrise  le  péché  d’ulcère  empoisonné, 

Et  dans  l’Univers  il  n’est  homme  vivant 

Qui  termine  commc  vous  une  oeuvre  commencée, 

Plus  que  jamais,  lorsqu’elle  contribue  à  la  gloire  de  Dieu. 

Avec  tout  cela,  Grand  Roi,  mille  monstres  se  lèvcnt 
Empruntant  les  armes  de  l’Enfer, 

Pour  mieux  triomplier  de  votre  sainte  ardeur; 

Souvent  de  la  vertu  une  petite  nuance 
Cache  le  désir  de  ceux  qui  veulent  votre  perte, 

Et  pendant  qu’ils  vous  font  la  cour 
Les  traitres  sont  toujours  en  éveil, 

Aftn  de  vous  jouer  quelque  terrible  lour. 

Mais  puisque  à  coeur  vaillant  rien  n’est  impossible, 

Que  les  ennemis  viennent  au  triple, 

Votre  bras  n’en  redoute  aucua. 


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—  326  — 


Puis  ii  énumère  les  Etats  coalisés,  en  donnant  à  chacun  d’eux  le  nom 
d'un  animal  accompagné  du  qualificatif  qui  caractérise  ie  mieux  ses  instincts 
et  ses  convoitises.  II  les  dófie  et  leur  oppose  lou  Pout%  le  Coq  gaulois ,  la 
France  en  un  mot,  qui  fera  bonne  garde  autour  du  poulailler  et  ne  se 
laissera  pas  surprendre. 

A  Tentour  deu  Lyri  Francès  : 

Atau  hen  lou  tutét  las  bestios  noumentados; 

E  sahiscon  de  maus enches 

Per  abraca  las  urpos  agusados 
D’un  pout  qu’arrits  qu’an  l’y  muchon  las  dens ; 

Bertat  es  que  n’an  que  flaquéro; 

É  quan  n’y  aure  dex  millo  Régimens, 

S’esmoutiren  de  poou  en  beze  sa  memèro . 


Au  tour  du  Lys  Français, 

Ainsi  íont  le  guet  les  bêtes  dénonimées 
Et  s’excitent.  par  de  mauvais  propos, 

Pour  raccourcir  les  griffes  aiguisées 
D’un  coq  qui  rit  quand  on  lui  montre  les  dents ; 
La  \  éritê  est  qu’elles  n’éprouvent  que  couardise, 
Et  quand  méine  il  y  aurait  dix  mille  régiments, 
Elles  s’èvanouiraient  de  peur  en  vovant  sa  crcte. 


II  termine  en  souhaitaut  à  Louis  le  Grand ,  une  iongue  vie  ainsi  qu  a 
son  valeureux  coq  qui  sortira  victorieux  de  la  lutte. 

Mais  contrairement  aux  prévisions  optimistes  qu’il  exprime,  la  fortune  se 
lassait  bientôt  d’ètre  favorable  à  la  France. 

Les  maréchaux  De  Duras  et  d 'Humières  ne  purent  enlraver  Ies  mouve- 
ments  du  Duc  de  Lorraine ,  Charles  V ,  et  de  YElecteur  de  Bacière  ;  les 
garnisons  de  Mayence  et  de  Bonn  furent  obligées  de  capituler  après  une 
héroïque  défense,  les  munitions  vinrent  à  manquer.  Le  Roi  rappela  le 
Maréchal  de  Luxemhourg  à  la  tète  de  ses  armées.  Ce  dernier  passa  la 
Sarnbre  le  29  juillet  entre  Charleroi  et  Namur,  et  le  2  juillet  iì  attaqua  le 
Prince  Waldeck  auprès  du  ruisseau  de  Fleuras.  Le  succès  fut  complet 
mais  sans  résullat,  comme  la  victoire  de  Stajfarde  rcmportèe  par  Catinat 
sur  le  Duc  de  Savoie ,  Victor  Amédée ,  ouvertement  allié  à  Ia  coalition. 

Dugay  a  conscience  de  ce  nouvet  état  de  choscs  :  son  enlhousiasme 
patriotique  est  alarmé  par  la  réalité  des  faits  qu'il  développe  dans  le 
morceau  suivant,  qui  est  une  page  d’histoire  vécue. 

II  met  dans  la  bouche  d’un  modeste  ramoneur,  échappé  des  derniers 
combats,  les  réílexions  que  ces  graves  êvénements  lui  inspirent  pour 
l’avenir  de  son  pavs  : 


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—  327 


RBriSXlOUN  SBRIOUSO  D'UN  RiSCLO  CHaMINÈOS  ESCÂPAT  DE  LA  BATAILLO  DfESTAFFARDO 

Mourmcillan ,  qu  es  estat  lou  climat  de  la  joïo, 

Tu  que’t  bescs  l'aunou  de  touto  la  Saboyo, 

Espio  enque  debengueras, 

Tu  nou  bas  pas  este  arren  qu*yo  machanto  tucouèro, 

Qu’un  arroignous  eschugomas, 

E  qu’yo  retreito  de  misero . 

Toustem  lou  désaste  é  lou  mau. 

Aro  aciu,  aro  aqui  se  loguon  à  journau; 

Las  bilos  la  mes  renoumados, 

E  las  maisous  mes  remountados, 

D’un  cop  qu’an  pres  machant  déclin, 

Lou  méstre  be  pot  hé  mars  e  moun  tant  que  bisco, 

Per  ta  plan  que  la  condousisco, 

Se  lou  désaste  y  es  b’auran  machanto  fin. 

Quan  de  causos  y  augut  au  mounde, 

Qu’aro  nou  pouiren  pas  este  en  ligno  de  counde, 

Perço  quan  pres  y  auto  coulou. 

Troyo ,  la  pruméro  en  balou, 

NinivOy  la  mes  grano  ó  la  mes  aunourado, 

RBFLEXION  SERIBUSE  D'UN  RAMONBUR  BCHAPPE  DE  LA  BATAILLE  DE  STAFt'ARDE 

Montmélian  (1),  qui  as  été  le  pays  de  la  joie, 

Toi  qui  te  vois  l’honneur  de  toute  la  Savoie, 

Regarde  ce  que  lu  deviendras, 

Tu  ne  vas  plus  étre  rien  qu’un  misérable  réduit, 

Qu’un  essuie  mains  crasseux 
Et  qu’une  retraite  de  misère, 

Toujours  le  désastre  et  le  malheur. 

Maiutenant  là-bas,  puis  ici,  se  louent  à  la  journée, 

Les  villes  les  plus  renommées, 

Et  les  maisons  les  mieux  montées, 

Une  íois  qu'elles  ont  pris  un  raauvais  déclin, 

Le  maitre  peut  bien  faire  mars  et  mont  tant  qu’il  vivra, 

Pour  si  bien  qu’il  les  administre, 
í?i  la  débaclc  s’y  trouve,  elles  auront  une  triste  fin. 

Combien  d’événements  n’y  a-t-il  pas  eu  au  monde 
Qui  ne  pourraient  maintenant  entrer  en  ligne  de  compte 
Parce  qu’ils  ont  pris  un  autre  caractère. 

Troiet  la  preinière  en  valeur, 

Ninice  la  plus  importaate  et  la  plus  honorée, 

(1)  Petite  ville  de  la  Savoie  située  à  15  kilomètres  de  Chambéry,  sur  la  rive  droite 
de  í’Isère,  et  située  sur  une  montague  assez  élevée.  Au  sorumèt  on  remarque  les 
ruines  d’un  cháteau  fort  qui  dominait  toute  la  vallée  de  l’Isère  et  passait  pour  une 
position  très  forte.  Elle  fut  prise  par  Catinat  en  1691. 


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-  328  - 


Babylono,  ta  renoumado, 

Babel  ta  reguillé,  Jèricho  ta  bantat, 

La  famouso  Gasa  que  s’aploumbéc  en  patis, 

E  milo  locs  plés  de  beutat, 

Tout  aco  s’es  hounut  en  un  nornine  patris . 

Tout  se  pérd  per  machant  gouber, 

Taplan  l’acïé  coumo  lout  hér, 

S’arrouigno  é  se  pouiris  à  fauto  de  prudenço. 

La  bertut  cédo  à  l’ignourenço, 

E  toustem  lou  dangé  seguich  l’ome  mutin. 

Praube  païs  natau  pertant  qu’aro  parechos  f 
Se  nou  prengués  y  aute  camin, 

Tu  beiras  ses  triga  cambiat  en  hum  de  déchos. 

Ben  as  augut  ditja  yo  rudo  estacassado, 

Diu  te  guardo  qu'aquesto  annado 
Lou  medich  hazendé  t’en  baillcsso  yo  tau  ! 

Ah  !  s’et  arribo  aquet  journau  ! 

Tas  daunos  de  regret  houneran  a  oueil  bistos; 

E  tas  païsantos  toutos  tristos, 

Se  ban  desespera  seu  malhur  deùs  ahés. 

Anfln  praube  Parsan  après  d’autos  defféitos, 

Tu  podes  léu  plega  paés, 

Car  per  tu  bereignos  soun  heitos. 

habijlone  si  rcnommée, 

Babel  si  séduisante,  Jéricho  si  vantéc. 

I^a  fameuse  Gaza  qui  fut  réduite  en  pâturages. 

Et  niille  Jieux  pleins  de  beautê, 

Tout  cela  a  disparu  en  un  nomi/ic  patris. 

Tout  se  perd  par  mauvaise  gestion, 

Aussi  bien  l’acier  que  le  fer 
Se  rouilJe  ct  se  pourrit  par  défaut  dc  prudence. 

I.a  vertu  cède  à  l’ignorance. 

Et  toujours  le  danger  suit  l’bomme  mutin. 

Pauvre  pays  natai  pour  tant  que  tu  paraisses  maintenant? 

Si  tu  ne  prends  un  autre  chemin, 

Tu  te  verras  sans  tarder  transformé  en  íumée  de  déeadenee. 

Tu  en  as  déjà  certes  éprouvc  une  rude  secousse, 

Dieu  te  garde  que  cette  année 
I.e  même  estivandier  t’en  procuràt  une  pareille! 

Ali !  si  ce  jour-là  arrive ! 

Tes  dames  de  regret  íondront  à  vue  d’ceil ; 

Et  tes  pavsannes  toutes  tristes, 

\'ont  se  désespérer  sur  le  malheur  des  affaires  publiques. 
Entìn  pauvre  paysan  apròs  d’autres  défaites 
'I  u  peux  bientôt  serrer  tes  paniers; 

Car  pour  toi  vendanges  sont  faites. 


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—  329  - 


S'om  nou's  gouardo  d'arren  sounque  de  las  carrétos, 

Per  m  sauba  las  bragos  netos, 

Cau  espia  més  loui  que  deu  nas, 

L’infortuno  automens  mous  seguich  pas  à  pas. 

Dinquio  quem  à  regrèt  segus  de  nosto  perto. 

Can  la  gato  a  troubat  la  saladouro  auberto, 

Se  bo  bey  pot  entra  dus  ou  tres  cops  arrount, 

Més  sé’i  bo  ana  trop  soiien  ja  pagara  la  grécho, 

Tant  tourno  la  crugo  à  Ja  hount, 

Qu’a  la  fìn  lou  tutoun  y  lécho. 

Qui  temerarioment  s’engatjo, 

Dad  forço  peno  se  desgatjo. 

Pi  souben  y  décho  la  pet. 

Bac  bey  à  joc  segu  noste  praube  troupét; 

Per  auoé  trop  coundat  sur  son  pauc  d’espéranço; 

Que  mau  d’espitau  sio  lo  Franço. 

Ta  picantos  soun  sas  ourtics. 

Àlit  se  dus  ou  tres  cops  mous  a  baillat  Banilomo  (1) 

Ja  certos  lou  qu'aura  sas  gens  per  ennemics, 

Nou  cau  ét que gouaire  sendromo. 

Si  on  ne  nous  préserve  de  rien  si  ce  n’est  des  charrettes, 

Pour  conserver  nos  braies  nettes, 

11  faut  regarder  plus  loin  que  son  nez, 

L’iufortune  autrement  nous  suit  pas  à  pas, 

Jusqu’à  ce  qu’à  regret  nous  sovons  sûrs  de  notre  perte. 

Quand  Ia  chatte  a  trouvé  la  salière  ouvcrte 
Si  elle  veut  elle  peut  y  entrer  deux  ou  trois  fois  de  suite 
Mais  si  elle  y  veutaller  trop  souvent,  certes,  elle  paiera  la  graisse- 
Tant  va  la  cruche  à  la  fontaine 
Qu’à  la  fln  le  goulot  y  reste. 

Celui  qui  téinerairement  s'engage, 

Avec  beaucoup  de  peine  se  dégage, 

Kt  souvent  y  laisse  la  pcau . 

11  le  voit  bien  à  coup  síir  notre  pauvre  troupeau ; 

Pour  avoir  trop  compté  sur  son  peu  d’espérance, 

Quel  mal  d’hópilal  frappe  la  Francc. 

Sur  ses  orties  si  piquantes. 

Ah!  si  deux  ou  trois  fois  elle  nous  a  donné  Venilòtne 
En  vèrité  celui  qui  aura  ses  gens  pour  ennemis, 

11  ne  faut  guère  qu’il  s’endorme. 

11  passe  au  récit  de  la  bataille  de  Staffarde  (2)  : 


fl)  Dac  dc  Ventlome ,  petit-fìls  de  Henri  IV,  se  distingua  aux  sièges  de  Muns,  de 
Namur ,  aux  batailles  de  Steinhcrque  et  de  la  Marsaille. 

(2)  Catinat ,  comniandait  en  Italie.  Pour  amener  son  adversaire  à  une  action  décisive 
avant  l’arrivée  des  troupes  Allemandes,  il  dévasta  les  campagnes  du  Piémont,  fit 
couper  lcs  arbres,  arracher  les  vignes,  brûler  les  villages.  Victor  Atnèdèe  ne  sut  pas 
se  contenir  devant  ces  ravages  et  livra  ía  bataillc  de  Stafftxrde.  près  de  Saluees 
(18  août  1690).  II  perdit4,000  nommes  tandis  que  les  Français  eurent  àpeine  500  morts. 


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—  330  — 


La  susou  me  parso  la  hardo, 

Taupunt  que  me  soubeng  deu  coumbat  d’Estaffardo, 
Coumbat  ou  lou  Francès  pariúo  auta  sagnous, 

Coum  un  soul  maseré  qu’a  ’scanat  cent  moutous; 

Oun  lou  hum  deu  canoun  ennegriuo  tant  l’aïre, 

Qu’om  nou  bese  lusi  nado  brico  d’esclaire, 

Soun  soul  houec  descarat  serbiuo  de  flambéu, 

Per  mes  faciloment  embia  gens  ent’au  Céu, 

Mès  que  mcs  au  Frances  doun  la  ’spaso  murtróro 
Partiuo  l’arramat  d’yo  larjo  carretéro. 

Coumbat  oun  lou  barbet  asclat  d’un  rede  pic, 

Hourrupaiio  miey  mort  la  sang  de  son  amic, 

Oun  lous  morts  tourtissats  à  modo  de  barraillo,' 
Empachauon  lous  bius  de  hé  mage  mourtaillo; 

Oun  anfln  lou  Gascoun  passaùo  per  pé  mot, 

Se  noun  aùé  de  tres  coupat  camos  é  cot . 

S’aoùéts  bist  lous  païsans  quand  la  terro  badaillo, 

A  grans  cops  delagèts  esbricailla  la  paiilo, 

Farci  des  gras  de  blat  au  so  lou  mendre  trauc, 

E  hè  boula  à  touts  bents  ço  que  peze  mes  pauc, 

Atau  deus  petrinals,  lous  boulets,  las  cadeos, 

Enrougiùon  l’autan  dcu  pur  sang  de  las  béos, 

E  deu  resto  deu  cos  lous  ossis  séparats, 

Farciùon  à  bet  tail  curados  è  barats. 

Hurous  lou  qui  labets  à  forco  de  lezino, 

I«a  sueur  me  trempe  les  vêtements. 

Dès  que  je  me  souviens  du  combat  de  Stq/f'arilo 
Combat  où  le  français  paraissait  aussi  souillé  de  saug 
Qu’un  seul  boucher  qui  a  égorgé  cent  moutons; 

Où  la  fumóe  du  canon  obscurcissait  tellement  l’air, 

Qu*on  ne  vovait  briller  le  moindre  éclair, 

Son  feu  destructeur  servait  seul  de  flambeau, 

Pour  envoyer  plus  súrement  les  gens  au  Ciel 
I’lus  que  jamais  au  Français  dont  l’arme  raeurtrière 
Les  salves  partaient  d’un  cherain  spacieux. 

Combat  où  le  cheval  pourfendu  d’une  large  blessure 
Aspirait  à  demi-mort  le  sang  de  son  ami, 

Où  les  morts  enduits  de  terre,  en  façon  de  palissade 
Empcchaient  les  vivants  de  faire  plus  grand  carnage 
()ù  enfln  le  Gascon  passait  pour  pied  uiou 
îS’il  n’avait  au  rnoins  coupé  de  trois  les  jambes  et  le  cou. 

8i  vous  aviez  vu  les  pavsans  quand  la  terrc  baillc 
A  grands  coups  de  fléaux,  briser  la  paille, 

Remplir  de  grains  de  blé  sur  l’aire  le  moindre  trou 
Et  faire  voler  à  tous  les  vents  ce  qui  pèse  le  rnoius, 

II  en  était  ainsi  des  armes  retentissantes,  les  boulets,  les  chaines 
Uougissaient  le  sol  du  plus  pur  sang  des  veines, 

Et  du  reste  du  corps  les  os  séparês, 

Comblaient  hachés  en  pièces,  sillons  et  íossés 
lleureux  celui  qui  alors  à  íorce  d’habileté 


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-  331  — 

Attrapec  lou  segret  de  huge  à  la  sourdino 
Dỳun  loc  oun  lous  chibaus  aueuon  per  paillat 
Yo  doutzeno  de  morts  l*un  dab  Taute  engouaillat, 

È  miey  transits  de  set  a  plasé  s’abeurauon, 

De  la  baue  è  deu  sang  que  lous  morts  regautaûon. 

Hurous  lou  qui  pouscouc  à  guiso  d’arruhaut, 

Archa  per  s’estuja  lou  tepé  lou  més  haut 
Hnrous,  tres  cops  hurous,  qui  sustengouc  las  ruos, 

Sense  s’esté  esdejuat  de  ta  machantos  pruos, 

É  qu’après  aue  bist  tant  de  sang,  tant  de  mau, 

Poudouc  s’en  ana  entiè  de  caps  à  soun  oustau. 

Enquoué  ni’en  trobi  prou  de  m’en  tourna  la  peille, 

Sense  y  auoue  dechat  que  tres  dens  é  yo  aureilho. 

Posséda  le  secret  de  fuir  sans  bruit, 

Un  lieu  où  les  cbevanx  avaient  pour  litière, 

Une  douzaine  de  morts  l’un  dans  J’autre  enchevètrés 
Qui  à  moitió  transis  de  soif,  à  plaisir  s’abreuvaieut 
De  la  bave  et  du  sang  que  les  morts  vomissaient. 

Heureux  celui  qui  put,  en  guise  de  rempart, 

Atteindre  pour  se  cacher  le  coteau  le  plus  élevé, 

Heureux,  trois  fois  heureux,  qui  se  soutint  dans  les  rangs 
Sans  s’étre  exposé  à  des  prunes  si  raeurtrières 
Et  qui  après  avoir  vu  tant  de  sang,  tant  d'horreurs, 

Put  s’en  aller  sain  et  sauf  vers  sa  demeure. 

Certes  je  ra’en  trouve  assez  d’en  rapporter  mon  vétement 
Sans  n'y  avoir  laissé  que  trois  dents  et  une  oreille. 

L’échec  infligé  à  nos  armes,  snivide  la  perte  dela  Savoieetdu  Piémout, 
fruit  de  notre  dornière  victoire,  ainsi  que  les  i*epréssailles  sanglantes  exercées 
dans  le  Dauphiné,  iui  font  désirer  une  paix  bienfaisante  que  personne  n’ose 
espérer.  II  prévoit  les  conséquences  désastreuses  de  la  conlinuation  des 
hostilités  qu’un  traité  honorable  peut  seul  conjurer  : 

Mès  que  sera  aço  quan  sio  cooeit  1 
Ditja  lou  Piémount  s’en  ba  boueit 
É  dégun  nou  bei  pas  que  la  guerro  mourisco, 

I>ou  poultroun  seus  tisous  nou  bo  pas  que  ftnisco, 

Ix>u  riche  que  nou  sent  arrouignos  ni  turmons, 

Lou  Seignou  que  hugis  la  misero  deu  tems, 

Nous  se  soucion  pas  que  s’apaise  : 

Mais  qu’adviendra- t-iJ  de  tout  cela  quand  ce  sera  fìni! 

Dájà  le  Piémont  nous  échappe. 

Et  personne  ne  voit  que  la  guerre  s’éteigne, 

I.e  poltron  sur  les  tisons  ne  veut  pas  qu’elle  ftnisse 
Le  riche  qui  n’éprouve  ni  ruines  ni  tourments, 

Le  seigneur  qui  échappe  à  la  misère  du  temps, 

Ne  se  soucieut  pas  (|u'elle  s’apaise  : 


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-  332  - 


Mès  s'aqaeste  malhur  duro  lou  plend’un  &n, 

Riches  é  grans  Seignous  que  jasats  à  boste  aíse, 

Jou  bous  beiré  róduits  à  noste  gaigno-pan  (1). 

N’auets  pas  jamès  bist  desbourda  la  ribero, 

É  Taigo  8’en  amia  de  pachéro  en  pachèro 

Lou  bareit  d'un  Seignou,  la  leigno  d'un  marchant, 

Lou  hén  d'un  arrendié,  lous  peillots  d'un  truchant, 

Atau  bous  pot  tracta  la  machanto  fourtuno, 

La  misero  d'un  soul  pot  lèu  bengue  coumuno. 

Y  enquoué  qu’aro  bous  tracte  plan, 

Gouardax  -bous  qu’à  la  fìn  soun  caignot  nou  bous  mordo, 

É  que  nouts  caillo  ana  se  boulets  minja  pan 
Dab  la  barro  seu  cot  serca  misericordo. 

Necessitat  n’a  pas  de  ley, 

Hets  léu  pax  dab’  un  ta  gran  Rey  (2) 

Per  counserba  ço  que  mous  resto. 

Mais  si  ce  malheur  dure  une  anuée  enlière, 

Hiches  et  grands  seigneurs  qui  causez  à  votre  aise, 

Je  vous  verrai  réduits  à  notre  gagne  pain. 

Vous  n’avez  jamais  vu  déborder  la  rivière 

Et  l’eau  entrainer  de  digue  en  digue 

Le  labour  d'un  seigneur,  le  bois  d’un  marchand, 

Le  foin  d’un  fermier,  les  hardes  d’un  jourualier, 

Ainsi  peut  vous  traiter  la  mauvaise  íortune, 

La  misère  d’un  seul  peut  bientót  devenir  commune. 

Et  encore  bien  qu’elle  ne  vous  traite'pas  mal, 

Méttez-vous  qu’à  la  fiu  son  chien  ne  vous  morde, 

Et  qu’il  ne  vous  faille  aller  si  vous  voulez  manger  du  pain 
Avec  le  bâton  sur  le  cou  chercher  miscricorde. 

Nccessité  n’a  pas  de  loi, 

Faites  vite  la  paix  avec  un  si  grand  Hoi 
Pour  conserver  ce  qui  nous  reste. 

(1)  En  consultant  les  récits  des  voyagcurs  Auglais  qui  ont  visité  la  France,  sous 
Louis  XIV  et  Louis  XV,  on  voit  une  Cour  magninque,  des  bàtiments  somptueux,  des 
Académies,  un  superbe  appareil  d’armées,  de  vaisseaux,  de  routcs,  une  administra- 
tion  toute  puissante,  une  pelite  élite  de  gens  pnrés  et  polis.  Par  dessous,  un  amas  de 
paysans  hàvcs  qui  grattent  la  terre  infatigablemenl.  qu'on  recrutc  de  force  par  des 
chàsses,  qui  mangent  du  pain  de  fougères.  qui  s’accrochent  aux  yoitures  des  étran- 
gers  pour  mendier  un  morceau  de  véríiable  pain.  Par  dessous  les  íêtes  et  les  broderies 
ae  Versadles.  une  populace  d’affamés  et  de  déguenillés  (Lady  Montagne ,  Lockc , 
Aildisson  Arthur  Yotuig). 

Avant  la  guerre  de  succession,  Vauhan  écrivait  déjà  :  «  Près  de  la  dixième  partie 
du  peuple  est  rèduite  à  mendier ;  des  neuf  autres  parties,  cinq  ne  peuvent  faire 
raumône  à  celle-là,  dont  clles  ne  diffèrent  guère  ;  trois  sont  malaisées  ;  la  deuxième 
ne  compte  pasplus  de  100.000  íamilles  dont  ìl  n'y  a  pas  10,000  fort  à  leur  aise  ».  ( Dttne 
Royale .  collecuon  des  Economisles,  t.  ì.  page  3*4). 

Fénclon  écrivait  au  Hoi  en  1694  :  «  Vos  peuples  meureut  de  íaim.  La  culture  des 
terres  est  presque  abandonnée  :  les  villes  et  les  campagnes  se  dépeuplent,  tous  les 
métiers  languissent,  tout  le  commerce  est  auéanli  »  ( CEucros  do  Fénelon ,  éditiou 
Didot,  t.  iii,  p.  427). 

(2)  La  paix  était  de  courte  durée  sous  le  règne  de  Louis  XIV  et  souvent  si  précaire 
qu’elle  ne  permettait  pas  le  désarmement. 


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-  333  - 


Nousaus  en  loung  tems  a  de  caro  à  la  tempesto 
Perço  qu’ac  aouen  meritat 
Aro  dounc  per  biasa  n’ajam  plus  de  lesino 
Car  dus  cops  es  toustem  picat 
Lou  qui  countro  esperoun  reguino. 

Coum,  cap  de  Sent-Jouan,  de  que  serbich  Guerro, 
Nou  balere  pas  mès  hé  trouta  la  pichorro, 

E  minja  sas  soupos  en  pax, 

Qu’ana  deguens  un  clot  luta  dab  lous  taupats, 
Aprés  aoué  clucat  en  mustra  soun  couratge. 
fìau  mès  lèu  soufri  en  pax  é  biue  dauantatje, 

Que  de  boule  hó  pax  quan  tout  es  escanat, 

Brico  plus  n*e3  tems,  malo-raujo, 

De  cassa  lous  arrats  que  soun  en  la  biscaujo 
Quan  tout  lou  blat  s’en  es  anat. 

N’es  pas  toustem  sasoun  de  cresta  las  abeillos . 
Toustcin  n’es  pas  estiu  per  toune  las  aíieillos, 
Tabenc  n’es  pas  toustem  lou  dio  de  hé  pax. 

En  attende  à  douman  n’y  a  forço  de  troumpats. 

E  s'aro  en  dilaya  bousauts  perdets  lou  douto, 
Quan  bouillats  conclusi  que  nous  sera  pas  ouro; 
Coueitats-bous-y  dounc  tout  de  boun 
E  n’ajals  pas  mós  disputo, 


Nous  autres  depuis  longtemps  faisons  face  à  la  tempéte 
Parce  que  nous  Tavons  mérité. 

Maintenant  donc  pour  tergiverser  n’avons  plus  d’excuse, 
Car  deux  fois  est  toujours  piqué 
Celui  qui  contre  éperon  regimbe. 

Comment,  téte  de  Saint-Jean,  à  quoi  sert  la  guerre 
Ne  vaudrait-il  pas  mieux  faire  circuler  la  jarre 
Et  manger  sa  soupe  en  paix, 

Que  d’aller  dans  un  trou  Jutter  avec  les  taupes, 

Après  avoir  tourné  l’oeil  en  montrant  son  courage. 

11  vaut  raieux  souffrir  en  paix  et  vivre  davantage 
Que  de  vouloir  faire  la  paix  quand  tout  est  égorgé. 

II  n’est  plus  temps,  mauvaise  colère, 

De  chasser  les  rats  qui  sont  dans  la  maison 
Quand  tout  le  blé  s’en  est  allé. 

Ia  saison  n’est  pas  toujours  de  chàtrer  les  abeilles, 

Ce  n'est  pas  toujours  l’été  pour  tondre  les  brebis, 

Aussi  n’est-ilpas  toujours  le  moment  de  faire  la  paix. 

En  attendantà  demain,  il  y  en  a  beaucoup  de  trompés. 
Et  si  maintenant  en  diflòrent  vous  perdez  l’occasion 
Quand  vous  voudrez  conclure  il  ne  sera  plus  l'heure; 
Attelez-vous-y  donc  tout  de  bon. 

Et  n’ayez  plus  de  querelles. 


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—  á34  - 

Lou  mès  machant  acord  merito  yo  rançoun 
E  lou  millou  proucós  nou  bau  pas  yo  flaiito. 

Après  qu’n  loung  iuoiir  a  jougat  de  soun  resto, 

E  que  lou  gay  printems  descapero  sa  testo, 

Tout  ço  que  biu  es  encantat : 

Om  bei  lous  auserous  seu  segot  échutat 
Bresilha  de  plasé,  boulateja  per  l’aire; 

Om  bei  lou  groûoillat  hé  tutet  au  pescaire, 

Om  bei  boundi  l’aignet  à  Toumbro  deu  sapin. 

E  courna  lou  limac  à  l’arros  deu  matin . 

A  tau  sun  cop  poudém  cassa  la  periggléro, 

E  peu  mouyen  d’yo  pax  flni  nosto  misero, 

Om  beira  lou  seignou  dab  yo  troupo  de  cas, 

Crida,  hou  Beléloou,  de  matas  en  matas. 

Lou  bourgés  peu  marcat  passéja  sa  parento, 

E  l’artisan  pauruc  tribailia  sense  crento, 

La  païsante  anira  peu  bareit,  per  i’estout 
Dab  la  haus  ou  dab  ia  matuilio, 

E  Iabets  cantara  pertout 
Lou  Rasclo  chaminéo,  autaba,  flneguillo. 

Le  plus  mauvais  accord  mérite  une  rançon 
F.t  le  meilleur  procès  ne  vaut  pas  une  flúte. 

Après  qu'un  long  hiver  a  joué  de  son  reste, 

Et  que  le  gai  printemps  découvre  sa  téte, 

Toutce  qui  vit  est  enchanté  : 

On  voit  les  petits  oiseaux  à  l’abri  de  la  haie 
Gazouiller  de  plaisir,  voltiger  dans  l'air, 

On  voit  la  grenouille  íaire  des  arances  au  pccheur, 

On  voit  bondir  l’agneau  à  I'ombre  du  sapin, 

Et  le  limaçon  jouer  des  cornes  à  la  rosce  du  matin. 

De  cette  façon  si  une  fois  nous  pouvons  ohasscr  la  guerre 
Et  par  le  moyen  d’une  paix  finir  notre  misère 
On  verra  le  seigneur  avec  une  troupe  de  chiens, 

Crier,  hou,  Belcloou,  de  ballier  en  hallier. 

Le  bourgeois  promener  sa  parente  au  marché. 

Et  l’ouvrier  peureux  travailler  sans  crainte, 

La  paysanne  s’en  ira  par  la  terre  labourée  à  travers  le  chaume 
Avec  la  íaux  ou  l’émottoir. 

Et  alors  cbantera  partout 
Le  Ramoneur,  également,  fìne  aiguille. 

Cetle  fantaisie  poétique  sur  des  événements  historiques  vrais,  sans  viser 
à  la  perfection,  est  néanmoins  intéressante  à  plus  d’un  titre.  La  phi*ase  est 
facile,  coulante,  et  sonne  agréablement  à  roreille.  Le  style  tantôt  énergique, 
coloré,  plein  d’images,  tantôt  sentimental  et  descriptif,  révèle  lout  à  la  fois 
le  Poète  et  l’homme  de  guerre.  Sa  peinture  du  combat  de  Siaffarde  ne 
manque  ni  de  soufíle,  ni  de  vivacité,  et  il  assouplit  à  son  gré  la  langue  pour 


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nous  raconter  les  menus  délaiis  de  cette  boucherie.  On  s’aperçoit  aisément 
qu’il  s’est  inspiré  des  oeuvres  de  son  compatriote  Ader ,  passé  maître  dans 
le  genre. 

Le  Poète-Médecin  nous  apparaît  comme  un  fin  lettré,  nourri  de  la 
moelle  des  classiques,  qu’il  se  plaisait,  en  homme  de  goût,  à  consulter  dans 
ses  moments  perdus.  Les  auteurs  Grecs  et  Latins  lui  en  fournissaient  le 
plus;  il  aimait  à  y  revoir  ce  qu'il  trouvait  de  plus  beau  sans  s‘en  dégoûter 
jamais,  à  la  recherche  du  bon  sens  et  non  du  bel  esprit. 

II  prend  d’abord  Homère  pour  modèle. 

Ce  dernier  a  célébré  dans  VOdyssée  «  le  jardin  à’ Alcinoìis,  roi  de 
Corcyre  ( Corfou )  et  racontc  la  généreuse  hospitalité  que  ee  monarque  offrit 
à  Ulysse  naufragé.  » 

II  s'empare  de  ce  thème  pour  en  faire  le  sujet  d’un  Chant  Royal  où  il 
compare  sous  le  voile  de  rallégorie  Jean  Guy  de  Maniban  (1)  au  roi 
Alcinoiis ,  et  les  jardins  de  Clémence-Isaure  à  ceux  de  Fîle  de  Corcyre,  se 
réservant  pour  lui  le  rôled'Ulysse  naufragé. 

II  cherche  en  vain  à  guinder  sa  Muse,  ses  alexandrins  sont  impuissants 
à  rendre  sa  pensée.  Le  Poème,  malgré  ses  efforts,  resteconfus,  embarrassé. 
et  obscur ;  sa  langue  n’en  reste  pas  moins  simple  et  naturelle  et  du  milieu 
même  des  broussailles  surgit  à  chaque  instant  une  épithète  pittoresque,  une 
trouvaille  d’expression.  11  Tachève  par  une  allusion  à  sa  précédente  défaite 
aux  Jeux  Floraux. 

D’Ulici  patient,  dah  la  boux  emprountado, 

Jou  déplori,  hillots,  lou  malhur  déu  Gascoun, 

Qu’aouc  tanto  de  nas  per  la  pruinèro  annado 
Que  s’ensajec  d’archa  ser  lou  Mont  Hclicoim 
Peu  casau  renoumat  en  las  obros  d’Oumôro; 

Enteni  aqueste  loc  oun  l’esperit  hé  chéro  : 

Loc  que  lou  maubes  tems  aurè  ditja  gouastat 
Se  bistoment  caucun  nou  l'aousso  artetat; 

D  Ulysse  patient,  avec  sa  voix  d’emprunt, 

Je  déplore,  mes  enfauts,  le  ruaiheur  du  Gascon, 

Qui  eut  tant  de  déceptions  pour  la  première  année, 

Qu’il  essaya  de  gravir  le  Mont  Hélicon. 

A  travers  le  jardin  renommé  dans  les  oeuvres  d 'Homère 
J’entends  ce  lieu  où  J’esprit  est  bien  accueilli  : 

Lieu  que  le  mauvais  temps  aurait  déjà  gàté, 

Si  prestement  quelqu’un  ne  l’eút  protégé  ; 

(1)  On  sail  en  effet  que  l’illustre  Président  contribua  dans  une  large  mesure  au 
rajeunissement  du  Collège  de  Clèmence-Isaure,  soit  coinme  Mainteneur,  soit  comme 
Chanceher ;  et  c’est  avec  un  soin  jaloux  et  une  remarquable  autorité  qu’il  en  survedla 
les  travaux  jusqu’aux  derniers  moments. 


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—  336  - 

Més  qui,  gran  M&niban  que  tout  lou  moun  admiro 
Acos  bous,  è  per  tant  jou  bous  ei  noumentat. 

Alcinous  soignous  deu  casau  dc  Corcyro . 

Mais  qui,  grand  Maniban  que  tout  le  monde  admire 
C'est  bien  vous,  et  pourtant  je  vous  ai  désigné. 

Alcinoû8  soigneux  du  jardin  de  Corcyre. 

'  Comme  Baron ,  le  Poète  de  Lavardens,  prit  plaisir  à  imiter  Horace .  Ii 
traita  à  son  tour  TOde  vuf  Diffugere  Nioes  ;  nous  avons  pu  apprécier  la 
maniòre  de  Baron,  celle  de  Dugay,  nous  îacilitera  la  comparaison.  Le  retour 
du  printemps  qui  frissonne  dans  les  feuilles  agitées  par  le  séphir,  lui  sert 
à  rendre  courage  aux  désespérés  en  lui  faisant  voir  que  les  mauvais  jours 
ne  durent  pas.  Le  renouvellement  des  saisons  lui  montre  que  rien  ne  dure 
et  qu’ii  ne  faut  pas  nourrir  de  trop  vastes  espérances  ni  de  trop  longues 
douleurs.  Laissons  lui  la  parole  : 

Aro  que  lou  tor  es  passat 
Diu  sap  en  nostes  prats  coum  l’herbeto  ba  crèche ! 

La  hoiieillaco  ditja  coumenço  de  pareche, 

E  lou  cabeil  deu  blat  sourtich  tout  hérissat. 

La  Tèrro  beng  de  prene  un  bisatje  fort  gay, 

L’aygo  que  cour  tout  dous  de  pachérn  en  pachéro, 

Nou  campejo  pas  més  deguens  nost’  arribéro, 

Et  respetto  lou  mès  de  May. 

Rejoiiiscam’us  dounc  Goujous, 

Las  gracios  toutos  despuillados, 

Las  Nimphos  cargados  de  flous 
Mous  coumbidon  à  hè  forço  sauts  é  camados. 

Démést  nostos  rejouissenços 
Sounjem  pourtant  à  boun  assient 

Maiutenant  que  la  glace  est  passée  dans  nos  près 
Dieu  sait  comme  rherbette  va  croitre ! 

Le  feuillage  commence  à  paraitre  déjà, 

Et  l'épi  sort  du  bJé  tout  hérissé. 

La  Terre  vient  de  prendre  un  visage  fort  gaì 
L’eau  qui  s’écoule  sans  bruit  de  diguc  en  digue 
Ne  séjourne  plus  dans  notre  rivière 
Et  respecte  le  mois  de  Mai. 

Réjouissons-nous  donc,  enfants, 

Les  Gràces  toutes  nues, 

Les  Nymphes,  couronnées  defleurs. 

Nous  invitent  à  faire  forces  sauts  et  gambades 

A  travers  nos  réjouissances, 

Souvenons-nous  à  bon  escient 


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Que  lou  tems  lou  mes  arrisent 
Nou  permet  pas  qu’ajam  de  loungos  espéranços. 

Tout  cour  en  arremoulieja 
A  l’entour  d’un  sercle  immoubile, 

Lou  tems  nou  hé  que  cousseja, 

De  crese  l’arresta  sere  plan  inutile. 

Lou  Printoms  de  l’Hyuoer  adoucis  la  rigou, 

Puch  deu  Printems  l’Estiu  beng  acaba  l’oubratje, 
E  l’Autouno  seguich  dab  soun  noble  atelatge, 

Que  l'agroupit  hyuoer  casso  dab  sa  fredou. 

La  Luo  cado  trento  jours 
Toustem  dab  medicho  bitesso 
Tourno  arrecoumensa  soun  cours 
Per  empacha  qu’arren  nou  cajo  de  feblesso. 

De  nousauts  noun  es  pas  atau 
Quan  em  en  la  demoro  nero, 

Fau  punt  qu’aiiem  biardat  d’aqueste  coumunau, 
N’em  arrem  qu’ouinbro  é  quc  poubéro. 

Hassam,  hillots,  de  bounos  obros 
Que  pouscon  gratuilla  la  justicho  de  Diu, 

Tau  que  douman  nou  deu  pas  este  biu 
Boulere  plan  n’aiie  de  sobros. 

Que  le  teinps  le  plus  heureux 
Ne  pcrmet  pas  que  nous  ayons  de  longues  espérances, 

Tout  marche  en  tourbillonnant, 

Autour  d*un  cercle  immobile, 

Le  temps  ne  fait  que  fuir 

De  croire  J’arréterserait  bien  inulile. 

Le  printemps  de  Hiiver  adoucit  la  rigueur, 

Puis  du  printemps  Véié  vient  achever  la  besogne 
Et  l’autoinne  suit  avec  son  noble  attelage 
Que  l’Iiiver  accroupi  chasse  avec  sa  froidure. 

La  Lune  chaque  trente  jours 
oujours  avec  la  méme  vitesse 
Vient  recommencer  son  cours, 

Pour  empécher  que  rien  ne  tombe  de  faiblesse. 

De  nous  il  n’en  est  pas  ainsi 
Quand  notis  sommes  en  la  demeure  sombre 
Si  bien  qu'aprcs  avoir  quittó  ce  monde, 

Nous  ne  sommes  plus  rien  qu’ombre  et  poussière. 

Faisons,  mes  chers  petits,  des  bonnes  oîuvres, 

Qui  puisscnt  flatter  la  justíce  de  Dieu, 

I  el  qui  demaiu  ne  doit  plus  être  en  vie, 

V  oudrait  bien  en  avoir  de  reste. 


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—  338  — 


Jou  boy,  abaricious,  qu’an  un  replec  de  tuto 
Estujes  toun  argent  d'inquios  au  mendre  so, 

Nou  t’empourtaras  qu’un  linso 
Qu’an  te  caillo  ana  hé  dab  bermous  à  la  luto. 

Ço  que  hê  fremy  de  hèrou 
És  que  qu’an  de  Plutoun  endura  lou  supplicy, 
Per  paga  las  penos  deu  bicy, 

Mès  hèlas,  dab  quino  rigou ! 

Quan  om  es  en  aquet  estat 
D’en  sourty  jamès  plus  cau  pas  aué  ’spèranço; 
La  noublesso,  ni  la  beutat 
Nou  soun  pas  de  nado  assistanço. 

De  Diano  lou  poude  houc  autcs-cops  l’abus, 
Quan  boulouc  hè  sauba  deiis  Infers  Hyppouhto; 
È  T/ièsào  troubec  sa  forço  trop  petito 
Per  ne  tira  Pyrit/ioiïs. 


Je  veux,  avare,  qu’en  un  repli  secrct 
Tu  caches  ton  argent  jusques  au  moiudre  sou, 

Tu  n’emporteraá  qu’un  iiuccul, 

Quancl  tu  iras  lutter  avec  les  vers. 

Ce  qui  fait  frémir  de  írayeur, 

C’est  quandil  faudra  endurer  le  supplice  de  Pì.uton, 

Pour  expier  les  peines  du  vice, 

Mais  hèlas,  avec  quelle  rigueur  ! 

Lorsqu’on  est  dans  cet  état 
D'en  sortir  jamais  plus  il  n’en  faut  avoir  l’espoir 
Ni  lanoblesse,  ni  la  beauté 
Ne  sont  d’aucun  secours. 

De  Dianc  le  pouvoir  fut  autrcfois  impuissant 
Quand  elle  voulut  faire  sauver  Hyppolite  dcs  enfers  ; 

Et  T/iésce  trouva  sa  íorce  insufíìsante 
Pour  cn  retirer  Pyrithoiïs. 

L’ode  du  lyrique  latiu,  soussa  plumc,  cotuporle  une  moralité  chrétienne, 
sans  toutefois  porter  atteinle  à  aucun  des  trails  de  la  mythologie.  Si  son 
stvle  est  moins  assoupli  que  celui  de  son  émule,  il  montre  plus  dc  vigueur 
qûe  lui,  et  l’imitation  se  tient  êgalement  plus  près  de  son  modèle. 

Toutefois,  il  ne  sera  pas  si  heureux  dans  l’Ode  xi“  du  mème  auteur  : 
Quid  bellicosus  Caníaber  et  'Acythes.  (Que  peuvent  tramer  encore  et  le 
Cantabre  belliqueux  et  le  Scythe),  qu’il  paraphrase  plutòt  qu'il  ne  traduit, 
ne  conservant  que  l'idèe  maitresse.  Malgré  ee  dèfaut,  ses  vers  son 
gentiment  tournés,  pèlillants  de  bonne  humeur  et  d'esprit  gaulois.  C’est 


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—  339  — 

facile,  ingénieux,  bien  phrasé,  bien  rvthmé,  assez  gascon  quant  à  la  lettre, 
beaueoup  moins  toulefois  sous  lerapport  cle  Tinspiration. 

Viennent  ensuite  les  félicitations  d’usage  en  français,  en  languedocien  et 
en  gascon  qui  lui  sont.  adressées  par  ses  amis  et  ses  admirateurs.  A  côté  de 
Mesdemoiselles  de  Guitard ,  de  Moisen ,  sa  cousine,  figurent  MM.  Pagès , 
Vares ,  Lassalte ,  Garbag ,  de  Beaufils ,  Retj,  de  Guitard,  toulousains, 
qui  dans  leurs  vers  lni  prodiguent  leur  encens. 

Le  Triomphe  de  V Êglantine,  contient  les  pièces  gasconnes  qui  furent 
récitées  dc  1691  à  1693. 

Dugag ,  met  ce  nouveau  recueil  sous  la  protection  d'un  de  ses  amis. 


A  MOUSSUR  DE  PRADINOS(l),  ABOUUAT  AU 
PARLOMENT,  ANCIEX  CaPITOUL,  ASSES- 
SOU  DE  LA  MAISOUN  DK  BILO,  JUT(iÉ  K 
SIXDIC  DEl'S  JOCS  DE  DAMO  CLAMEXÇO. 

Voici  sa  dédicace  : 


A  MOXSIEUR  DE  PRADLNES,  AVOCAT  AU 
PARLEMEXT,  AXCIEX  CAPITOUL,  ASSES- 
SEUtt  DX  LA  MAISOX  DE  VILLE,  JUGE  ET 
SYXDIC  DES  JBUX  DE  DAME  CLEMEXCE. 


A  bous,  coum  à  moun  mage  amic, 

Brabe  Moussur,  xoble  Pradixos, 

Ma  Muso  beng  hè  cent  jouguinos, 

Afìn  de  se  bouta  à  i’abric, 

Dou  his«oun  de  l’embéjo,  é  de  sas  dcns  caninos. 
N’es  pas  sense  rasoun  qu'ero  s’adresso  à  bous  : 

Gar  per  tant  de  deminjasous, 

Que  certéns  esperits,  gelousis  dc  ma  glorio, 

Ajon  de  deminja  l’aunou  d’uo  bictorio, 
Qu'engoiian  de  gasaigna  soiiy  estat  tant  hurous; 

Chardit,  quan  auren  cent  canous, 

Que  l’ausen  attaqua  debat  bostes  auspicis, 

A  vous,  comme  à  mon  plus  grand  ami. 

Brave  Monsieur,  noulk  Piiadines, 

Ma  Muse  vient  faire  cent  gentillesses, 

Afin  de  sc  mettre  à  l’abri 
Du  dard  dc  l’cnvie  et  de  ses  denus  canines. 

( ’e  n'est  píis  sans  raison  qu’elle  s’adresse  à  vous  : 

Car  pour  tant  de  démangeaisons, 

Que  certains  esprius.  jaloux  de  ma  gloire, 

Aient  de  diminuir  l’honneur  d’une  victoire, 

Que  cette  année  j’ai  êté  heureux  de  rcmporter ; 

Qui  seraitsi  liardi,  aurait-il  cent  cauons, 
()u’ils  osent  l’attaquer  sous  vos  auspices, 


(1)  11  en  cxistait  trois  de  ce  nom.  tous  Avocats  et  Capitouls.  Ce  sont  :  Guillaumc 
íle  Pradines  (Capitoul  en  1668,  1675, 1694,  et  1703) ;  Jean-Joseph  de  Pradines  (Capi- 
toul  en  1694);  Guillaume-Hyarinthe  dc  Pradines  (Capitoul  en  1709).  Heste  à  savoir 
quel  cst  celui  des  trois  qui  aurait  exercé  les  fonctions  de  Juge  et  Syndic  des  Jeux- 
Floraux  ?  II  reste  néanmoins  acquisque  ce  nom  ne  íigure  dans  aucún  des  Recueils 
publiés  de  1694  à  1702. 


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-  â40  - 

De  poou  que  lour  temeritat 

No’oiis  maumesclés  dab  bous,  qu’ets  un  tau  Magistrat, 

Que  hèts  dab  tant  d’ardou  toustem  la  guerro  aus  bicis. 

K  quan  jou  n’auri  pas  yo  ta  horto  rasoun, 

Bost’  amistat  m’es  yo  causo  ta  caro, 

Que  per  l’am  counserba,  jac  disi  tout  de  boun, 

Au  houec  jou’m  boutari  tout  aro, 

Hurous  qui  a’n  boun  araic  en  aquesto  sasoun^ 

De  peur  que  leur  téméritú 

Ne  me  brouille  avec  vous  qui  étes  un  magistrat  si  accompli, 

Qui  fait  toujours  avec  tant  d’ardeur  la  guerre  au  vice , 

Et  quand  méme  je  n’aurai  pas  un  motií  si  décisif, 

Votre  amitié  m’est  chose  si  chère 

Que  pour  me  la  conserver,  je  le  dis  sérieusement, 

Au  íeu  je  me  jetterai  tout  à  l’heure, 

Heureux  qui  possède  un  bon  ami  en  cette  saison. 

Les  poésies  qu'il  met  sous  la  protection  de  sou  éminent  ami,  sont  du 
resteen  petit  nombre,  ce  qui  nous  permeltra  d’en  faire  un  rapide  examen. 

Nous  ne  nous  attarderons  pas  à  celle  qui  se  présente  tout  d’abord  et  qui 
esl  intitulée  Pehpaus  d'un  Filosopho,  A mourous  d't/o  Damaysello  de 
Gimount  en  Gascouigno,  au  subjet  d'un  sounge.  ( Propos  d'un  Philo - 
sophet  amoureux  d'une  demoiselle  de  Gimont  en  Gascogne,  au  sujet 
d’un  songe ),  qui  n'est  qu’un  badinageamusant  plein  de  verve  etd  entrain. 
II  débute  d  abord  par  Texposition  du  songe  suivi  de  son  explication,  pour 
arriver  à  cette  conclusion  inattendue  qu 'Iris,  sa  belle  maîtresse  le  trompe 
avec  un  heureux  rival.  En  termes  amers,  il  reproche  à  Tamour  de  l'avoir 
traité  avec  tant  d’indiffcrence  et  flétrit  sa  trahison. 

Puis  interpellant  son  infidèle  amante,  ii  la  met  au  défi  de  justifier  son 
inconslance  après  les  preuves  d  amour  qu'il  luia  données.  Mais  puisquelle 
est  insensible  aux  tourments  qu’il  endure  par  sa  faute,  elle  peut  à  loisir 
embrasser  son  rival  et  respirer  son  haleine.  La  satiété  viendra  bientôt ;  elle 
regrettera  ce  jour-là  sa  perfidie,  mais  il  n'en  sera  plus  temps. 

S’adressant  à  son  heureux  rival,  qu'un  lien  indissoluble  unit  à  Fingrate 
il  souhaite  que  l’heurc  vienne  où  le  démon  de  la  jalousie  Tétreignant 
empoisonne  son  existence  et  qu’après  lui  avoir  fait  subir  peines  et  tourments 
sans  nombre,  l’amour  enfin  touché  de  son  humble  requète,  lui  inflige  le 
châtiment  suprème  réservé  aux  maris  trompés. 

Te  hasse  empauhisca  per  quoiiate  ou  cinq  maraus, 

Las  armos  deu  Turc  ser  la  testo. 

Te  fasse  incru.'ter  par  quatre  ou  cinq  marauds, 

Les  armes  du  Turc  sur  le  front. 


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—  341  — 


Et  donnant  un  libre  cours  à  sa  douleur,  il  s’écrie  : 

Esclato  ma  doulou?  perque  tant  se  coustreigne, 

Quan  om  a  tout  perdut,  om  nou  deu  pas  mes  creigne. 

Adiu,  soumbre  Gimount,  adiu,  bilèn  climat, 

Que  jou'éy  autes-cops  tant  aymat; 

Hasse  ser  tu  lou  céu  plaue  tant  de  miséro 
Qu'a  tout  punt,  en  tout  temps  ajo  de  tout  nessero  : 

Que  la  dailho  de  Bilaret 
Nou  deche  en  toun  Parsan  nat  huset  en  paret  : 

Que  lous  omes  que  soun  autour  de  ta  countrado, 

Te  hujon  à  jamès  coumo  yo  pesto  alugado  : 

Qu’à  fauto  de  jouenesso  om  beje  en  tous  parsàs, 

Sexe,  bignos  é  camps,  ta  loung  temps  en  bousigos, 

Que  d’un  siéggle  nou  porten  pas 
Ny  gens,  ny  blat,  ny  bin,  ny  flou,  ny  broc,  ny  higo. 

Eclale  ma  douleur  ì  pourquoi  taut  se  contraindre, 

Quand  ona  tout  perdu,  on  ne  doit  plus  rien  craindre. 

Adieu.  sombre  Gimont,  adicu  vilain  climat 
Que  j’ai  autrefois  tant  aimé  ; 

Fasse  le  ciel  sur  toi  pleuvoir  tant  de  miscres 
Qu’en  tous  points,  en  tout  temps  tu  manques  dc  tout  : 

Que  ìa  faux  de  Bilaret 

Xe  Jaisse  dans  ton  hameau  nul  fuseau  en  réserve. 

Que  les  hommes  qui  sont  autour  de  ta  contrée, 

Le  fuient  à  jamais  comme  une  peste  contagieuse.  » 

Qu’à  défaut  de  jeunesse  on  voie  en  tes  hameaux 
Séxe,  vignes  et  ehamps,  si  longtemps  eu  friche, 

Que  d’un  siccle  ne  puisse  produire 
Ni  gens,  ni  blé,  ni  vin,  ni  fleur,  ni  épine,  ui  figue. 

Horace ,  lui  sert  encore  de  modèle  dans  la  suivante  où  il  cherche  à 
imiter  l’Ode  xiv6,  qui  commence  ainsi  : 

E  heu  t  JutjaccSj  Posíu/nc,  Postunie ,  labuntur  anni, 

Elles  s’en/uicnt ,  /lélas!  Postumus ,  nion  c/icr  Postumus ,  cllcs  nous  èchappcnt 
nos  rapides  annécs , 

oii  il  pcint  la  fragililé  de  notre  existence,  la  vieillesse  avec  ses  affaiblis- 
sements  jusqu’à  la  mort.  Quoique  s’éloignant  du  modèle  qu’il  a  choisi, 
cette  poésie  nous  paraìt  excellente  et  l'liomme  de  foi  y  expose  les  théories 
philosophiques  qui  lui  sont  chères.  Jugez-en  : 

Nou-y  a  re  desoulide  en  aqueste  bas  mounde; 

Tout  cambio  en  un  birat  de  man 
Milanto  pécadous  que  so  porton  ta  plan, 

II  n’y  a  rien  de  solide  en  ce  bas  monde  ; 

Tout  change  en  un  tour  de  main 
Des  milliers  de  pécheurs  qui  se  portent  si  bien 


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—  342  — 


Et  que  n’an  pas  enqoué  sounjat  à  rende  counde, 
Déleu  se  soun  biiis  ouèy,  noun  soran  pas  douman. 

Aquetsgrans  insturmens  de  majestat,  de  glorio, 

Que  hón  croupetes  au  pecat, 

Soun  de  béts  ornomens,  per  oundraquauqu’historio, 
Més  la  mort  nous  appren  que  tout  es  banitat. 

Lou  mounde  es  de  rhumou  d’yo  poulido  goujato, 
Qu'a  tant  de  serbidous,  que  sôn  cartiè  ne  put; 

Er’ous  caresso  touts;  raès  aquéro  madrato, 

Nou  teng  jamès  arren  de  ço  qu’a  proumetut. 

Toutis  em  d’yo  medicho  traco 
E  toutis  espcram  dc  biue  loungoment, 

Més  be  mous  troumpam  lourdoment 
Puch  que  de  mens  en  mens  nosto  bito  s’abraco. 

Lou  tems  es  tout  plen  d’incoustenço, 

E  soun  cours  per  nousaus  cs  ta  mau  coumpassat, 
Que  lou  passat  n’es  plus,  l’abengue  es  en  nechcirço, 
E  sense  qu*en  ajani  la  mendre  counechen<,*o 
Lou  prcsent  se  trobo  passat. 

Quan  ajam  noste  cos  de  bieillesse  crouchit, 

Cadun,  de  tantis  qu’em  bouler’aue  gemit, 

Pcr  sous  mendres  peccats,  cn  yo  pregoundo  groto; 


Et  qui  n’ont  pas  song<‘‘  à  rcndre  dcs  comptes, 

l*eut-ètre  s’ils  sont  en  vie  aujourd’hui  ne  le  scront  pas  demain. 

Ces  grands  instrumcnts  de  ìnajest*'*,  de  gloire, 

Qui  font  corU*ge  au  péehé, 

Sont  de  beaux  oruements  pour  pa»*er  quehpie  liisloirc 
Mais  la  mort  nous  apprend  que  tout  cst  vanité. 

Le  monde  est  de  rhuineur  d’une  jolie  tille 

Qui  a  tant  d’adnnrateurs  que  soii  quartier  en  esl  empoisonuè 

Elie  lcs  caresse  tous;  mais  cotte  rusôe 

Ne  tient  jamais  rien  de  ee  qu’ellc  a  promis, 

Nous  sommes  lous  d’une  mèmc  faeon 
Et  nous  espèrons  tous  de  vivrc  longuemeut 
Mais  certes  nous  nous  mèpreiioiis  lourdement 
Puisque  de  moins  cn  moius  notre  vie  s’abrège 

Le  temps  est  toul  plcin  d’inconstance, 

Et  son  <3ours  est  pour  nous  si  mal  distribuè, 

Que  lc  passè  n’est  plus,  l’avenir  est  â  naitrc, 

Et  sans  que  nous  en  avons  la  moindrc  counaissance 
Le  prèsent  se  trouve  èvanoui. 

Quand  nous  aurons  notre  corps  oassi'ï  de  vicillcsse. 

Chacun  Umt  que  nous  sommes  voudrions  avoir  gèmi 
Pour  nos  moindres  pècliès,  dans  une  grotte  profonde  ; 


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—  343  — 


Enqoíiéro  qu  anirem  pendent  quc  mous  gargoto, 

Se  heiiora  reílexioun  qu’un  dio  noste  cos 
Diu  serbi  d’estuch  au  talos 
Per  hê  cado  pip-pap  cent  tours  de  biraboto. 

Quan  aurem  touts  la  forço  de  Sanion , 

Quan  serem  auta  grans  coumo  lou  hil  de  Floro , 

Aoussom  be  tres  cos  coum  aiie  Gerioun  (1): 

Perço  qu’un  medich  jour  mous  a  boutats  au  raoun 
Yo  médicho  néit  mous  demoro. 

Touts  deiié  dounc  mouri,  sià  Reys,  Contes,  Barous, 
Bourgésis,  Counsèillès,  Artisans  é  Pastous, 

Touts  courren  au  galop,  per  hé  crouxa  la  tailho 
Que  Laiiriuo  teng  en  sa  man; 

Aeet  gè,  l’aute  oiiéi,  è  jou  deleu  douinan, 

Passerèy  peu  tail  de  sa  dailho. 

Aquet  qu’un  gran  couratge,  ó  yo  scienço  pregoundo 
An  héit  tant  reputa  ser  Ja  terro  é  sur  l’oundo, 

Qu’an  quouate-bins  liiiiers  lou  hen  garrampieja, 

E  que  cadun  l’y  a  dat  yo  redo  massoculo, 

Deu  labets  soulomens  sounja, 

lùicore  où  irions  nous  pendant  qu'elle  nous  travaille, 

Si  nous  réllèclnssons  qu’un  jour  notre  corps 
Doit  servir  d'étui  aux  vers  de  terre 
Pour  fairo  à  cliaque  mouvement  cent  tours  sans  dessus  dessous. 

Aurioiis-nous  tous  la  force  de  Sanuton , 

Serions-nous  aussi  puissants  quc  le  fìis  de  Flore. 

Aurions  nous  ìnôme  trois  corps  comme  avait  Gèrion  : 

Car  le.  même  jour  où  il  nous  a  mis  au  monde 
L  ne  seule  nuit  nous  reste. 

Nous  dcvons  tous  mourir,  serions-nous  rois,  comtes,  barons, 
Bourgeois,  conseillers,  artisans  et  laboureurs; 

Tous  nous  courons  au  galop  pour  fairc  croiser  le  ciseau 
(jue  la  cruelle  tient  dans  sa  inain. 

Celui-là  liicr,  l’autre  aujourd’hui,  peut-ètre  deinaiu 
Je  passcsai  par  Ie  tranchant  de  sa  faux. 

Celui  dà  qu’un  grand  courage,  une  scicnce  profondc 
Ont  tant  fait  réputer  sur  Ja  terre  ct  sur  l’onde, 

I.orsque  quatre-vingts  hivers  le  íont  paralysè, 

Et  qiie  chacun  lui  a  donnc  une  violente  secousse, 

II  doit  alors  seulement  songcr. 


(2)  Roi  d 'Erithic,  tils  de  Chrysare.  II  avait  trois  corps  et  îut  tué  par  Hercule, 
parce  qu’il  nourrissait  des  b<cufs  avec  de  la  chair  humaine.  t  n  clncn  à  trois  tetes  et 
un  Dragon  à  sept,  gardaient  ces  boeufs.  Hercule  tua  aussi  ces  monstres  et  emmeni 
les  boeufs. 


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344  — 


Que  nou  hé  que  repapieja, 

E  qu'au  loc  d’aiiansa  reculo. 

Que  serbich  d’este  flats,  en  la  plano  íïanianto, 

E  d’est’  anats  risa  lou  cros  de  Rhadamanto  (1), 
Ses  aue  trebucat  au  tremail  de  la  mort; 

Ja  cairam  lèu  ou  gréu  deguens  sa  pescadero; 

Lou  centre  d’un  bachet  es  la  rado  é  lou  port, 

E  lou  noste,  chrestias,  es  l’oumbro  ó  la  ]X)iibéro. 

Nosles  jours  soun  coundats  dab  tant  d’exactitudo 
Que  taupunt  que  l’houro  es  bengudo, 

Anem,  cau  desloutja  scs  counsulta  degun; 

Nosto  bito  é  la  mort  tribaillon  en  coumun 
E  lou  darré  moument  enqoiié  que  mous  estiue 
N’es  pas  lou  que  mes  hè  peri  : 

L’home  coumenço  de  mouri 
D’abord  que  coumenço  de  biue. 

Pourtant  aquero  mort  es  yo  causo  ta  duro 
Que  soun  approche  soul’  hé  frêmy  la  naturo; 

Talomens  qu’en  un  ta  gran  pas, 

Cau  eshi  plan  segu,  per  nou  tremoula  pas; 
tìcrtat  es  qu’om  nou  déu  pas  creigne, 

Qu’il  ne  fait  que  radoter, 

Et  qu’au  lieu  d’avancer  il  recule. 

Que  sert-il  d’être  vaniteux  dans  ce  triste  monde, 

Et  d’étre  allés  braver  la  fosse  de  Rliailamantc, 

Sans  avoir  trcbuclié  au  seuil  dc  la  mort ; 
tìientôt  nous  tomberons  à  son  gré  dans  ses  íilets; 

Le  centre  d’un  bateau  est  la  rade  etleport 
Et  le  notre,  chrétiens,  est  l’ombre  et  Ia  poussière. 

Nos  jours  sont  comptés  avec  tant  d’exactitude 
Que  sitót  quc  l’heure  est  venue, 

Allons,  il  faut  déloger  sans  consulter  personne ; 
Notre  vie  et  la  mort  travaillent  en  commun, 

Et  le  dernicr  moment,  bien  qu’il  nous  moissonne, 
N’est  pas  celui  qui  nous  fait  succomber  davantage  ; 
L’homme  commence  à  mourir 
Dès  qu’il  commence  de  vivre. 

Pourtant  ccttc  mort  est  chose  si  eruelle 
Que  son  approche  seule  faií  frémir  Ia  nature. 

De  tclle  façon  qu’en  un  si  grand  pas 
11  íaut  étre  bien  préparé  pour  ne  pas  treinbier  ; 

II  est  vrai  qu’on  ne  doit  pas  craindre, 


<l)  Lycio ,  flls  de  Jupitcr  et  d 'Europe.  II  rcndit  la  justice  avec  tant  de  sévêritc  et 
d’impartialité,  qu’étant  mort,  on  s’imagina  qu’il  avail  été  nonimé  par  Ic  Sort ,  pour 
étre  juge  des  Enfers  avec  Eaque  et  Minos, 


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345  — 


Perbu  que  las  actious  qu’om  hé  cado  moument, 

Se  raporten  unicoment 
À  la  glorio  de  Noste  Seigne. 

Pourvuque  les  actions  que  l’on  faitâchaque  instant 
Se  lapportent  uniquement 
A  la  gloirc  de  Notre  Seigneur. 

Dugay  a  mieux  rèussi  dans  une  composition  à  laquelle  il  n’a  pas  mis  de 
tilre  et  qui,  à  en  juger  par  les  caractères  typographiques  qui  dans  le  recueil 
la  distinguent  des  autres  ceuvres  du  Poète,  avait  à  ses  yeux  et  à  ceux  de 
ses  amis  un  mérite  hors  ligtie.  II  l'adresse  du  reste  à  ses  juges,  et  il  débule 
par  ce  vers  bien  connu  de  YArt  Poétique  d'Horace  : 

Parturient  montes,  nascctur  ridicu-  Les  montagnes  accoucheront,  et  il 
lus  mus.  naitra  une  souris  ridicule 

dont  il  se  sert  pour  imiter  la  délicieuse  fable  de  La  Fontaine  :  La  Mon - 
tagne  qui  accouche  d'une  Souris ,  alors  dans  toute  sa  primeur.  II  prend 
prétexte  de  la  moralité  qui  en  découle  pour  rappìiquer  d’une  façon  très 
heureuse  à  tous  les  sujets  qu’il  passe  en  revue.  Ecoutons-le  : 

Yo  mountagno  autes  cops  en  gran  mau  dc  mainatge 
Amiaíio  tant  de  brut,  que  tout  lou  besiatge, 

A  l'entene,  cresouc  que  hare  yo  ciutat; 

Més  de  que  s’accouchéc  après  tout,  d’un  arrat. 

Yo  tau  fablo,  moussurs,  enquouè  que  mensoungcro, 

Abarrei  lous  ahés  se  trobo  bertadéro. 

Coum  om  bei  en  estiu  qu’un  auratge  brounent, 

Bèt  souben  n’es  arre  qu’un  eschaurede  bent. 

Atau  deus  enemics  ligats  côntre  la  Franço, 

L’embejo  descarado  ó  la  soto  arrouganço, 

Quan  an  de  touts  estrems  saraoiiat  lou  terrotrum, 

Nou  soun  jamés  arrè  qu’yo  mountagno  de  hum . 

Om  bei  quc  l’Espaignol  dab  sa  mino  brabacho, 

Une  montagne  autrefois,  en  grand  mal  d’enfants, 

Faisait  tant  de  bruit,  que  tout  le  voisinage, 

A  rentendre,  crut  qu’elle  engendrerait  une  ville  ; 

De  quoi  accoucha  t-elle  après  tout,  d'une  souris. 

Une  telle  fablc,  Messieurs,  bien  que  mensongère, 

A  travers  les  événements  se  trouve  vraisemblable 
Comme  on  voit  en  été  qu’un  orage  violent 
Bien  souvent  n'est  rien  qu’un  coup  de  vent. 

Ainsi  des  ennemis  ligués  contre  la  France, 

L'envie  décbainée  et  la  sotte  arrogance , 

Quand  ils  ont  de  tous  cótés  semé  répouvante, 

Ne  sont  jamais  rien  qu’une  moutagne  de  fuinée. 

On  voit  que  l’Espagnol,  avec  son  air  bravache, 


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—  346  — 


De  poou  de  s’arrima  lous  péus  de  la  moustacho, 
Hugis  lou  Gran  Louis,  èu  mes  pressat  besoiii, 

E  se  hè  cauque  brut,  aco  ’s  toustem  de  loiii. 

Ocn  bei  lou  Sabouyart  se  mouri  de  bergoiiigno 
D’aue  liòit  lant  de  brut  é  ta  pauc  de  bcsoiiigno, 

La  Ligo  anfin  parech  coum’  un  gran  espaiient, 

E  jamês  sous  proujets  nou  soun  arre  que  bent. 
Poussem,  poussem  mes  loiii  yo  ta  richo  pensado; 
Jamés  om  nou  prcn  pech  en  yo  gourgo  bantado; 

Om  trobo  forco  gensquan  yo  reputatioun 
Que  na  per  foiidement  qu’un  paucde  presoumptioun 
E  ressemblon  pou  plan  au  toum  toum  d’yo  barrico 
Que  boueito  coumo  es,  mes  bero  es  sa  musico, 

Mes  coum  en  uu  graué  demès  for<;o  caillaus, 

Om  gaho  plan  souben  lous  grans  é  bèt  grouignaus; 
Atau  en  cauques  us  que  ban  sense  tìnesso, 

Om  bei  souben  brilla  l’oloqucnço  c  l’adrcsso, 

E  lour  testo  ressemblo  à  l’esclin  d’un  caehoun 
Que  per  este  trop  plen,  nou  hè  pas  gouaire  soun. 
Tant  de  Flandrinos  y  a  doguêns  aqueste  moundo 
Que  crosen  qu’en  beutat  arrc  nou  las  scgounde, 

E  quan  lou  co  doulent  se  nou  se  bescn  pas, 

Seguidos  à  tout  punt  de  trento  pichocas. 

Eros  soun  tout  un  tems  las  relicos  d’yo  bilo; 

Sous  oueils  arron  pcr  tout  lous  caus  à  tail  de  pilo, 

De  peur  do  roussir  les  poils  de  sa  mouslaclie. 

Iívite  le  Guano  Louis  au  moment  le  plus  pressant, 

Et  s’il  fait  quelque  bruit  cest  toujours  dc  loin. 

On  voit  le  îSavoyard  se  confondre  de  honte 
D’avoir  fait  tant  de  bruit  et  si  peu  de  bcsogne  ; 

La  Ligue  enlìn  parait  comme  un  grand  cpouvantail 
Et  jamais  ses  projets  ne  sont  rien  que  du  vent. 
Poussons,  poussons  plus  loin  une  si  riclie  pensce  ; 
Jamais  on  ne  prend  du  poisson  dans  un  trou  renommé 
On  trouve  bien  des  gcns  (jui  ont  une  réputation 
<Jui  n’a  pour  fondcmeiU  qu’un  peu  de  prósomption 
Kt  ressemblent  assez  au  creux  d’unc  harrique 
tjui  vide  comme  ellc  est,  plus  belle  est  sa  musique, 
Mais  comme  un  gravier  â  travers  force  cailloux 
On  attrape  souvent  de  grands  et  beaux  goujons, 

De  méme  pourquelqucs  gens  allant  sans  íinesse 
Ou  voit  briller  souvent  rêloquence  et  l’adresse 
Lt  leur  tête  ressemble  aux  battants  d’une  armoire 
Qui  pour  étre  trop  pleine  ne  rend  guère  de  son. 

Lombien  de  Flandrines,  n’y  a-t-il  pas  en  ce  monde 
Qui  croient  qti’en  beauté  rieii  ue  les  égale, 
lù  qui  ontle  coeur  dolent  si  elles  ne  se  voient  pas 
Suivies  ineessamment  de  trente  désteuvrés. 

Llles  sont  durant  un  temps  les  rcliques  d’uue  ville 
Leurs  yeux  cherchent  partout,  il  leur  íaut  l’apparence 


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347  — 


En  un  mot  tout  se  rend  à  sous  mendre  guignous 
E  puch  íìnaloment  demoron  sous  tinous. 

Y  a  forço  gens  que  hén  un  éléphant  d’yo  mousco, 
Aperpaus,  grâs  Moussurs,  jouts  haré  atau  cou  pousco 
Ser  aqueste  subjet  un  counde  à  ma  faissoun  : 

Certén  Joùanas  pourte<?  en  aqueste  sasoun 
Un  barlet  plen  de  bin  à  cauqu’es  tribaillayrés, 

Boiieit  que  houc;  caucoumet  que  boulauo  peus  aires 
Peu  hourat  deu  bardoc  y  entrec  adesastant. 

Jouanas  à  nou  y  pensa  l’y  barrecquant  ó  quant  : 

E  se  boutec  d’abord  lou  barlet  en  baliso. 

Cependant  l’animau,  quetoustem  herbouriso, 

Taupunt  que  se  sentic  deguens  yo  tau  prcsoun, 

Coumenséc  d’entouna  soun  brutô  sa  cansoun. 

Taloinens  que  Jouanas,  fredoulic  en  couratge, 

S’en  cour  au  gran  galop  decaps  entau  bilatge, 

En  crida,  alarmo,  alarmo,  aci  lous  encmics  : 

Barricadem  la  porto,  boutem  gens  en  campaigno; 

Més  que  direts  que  honc  causo  d’yo  tau  magaigno; 

E  déu  gran  tiragos  d’aquet  praube  argoulct : 

Un  petit  moussailioun  cmbarrat  eu  Ixirlct. 

Nou  serquem  pas  ta  louï  lou  sens  d’y  tau  pensado. 

Ja  se  trob’  explicat  pcu  brut  d’aquesto  ann^do, 

Sertout  qu’an  an  Ixiulut,  à  grans  pics  de  dcstrau, 
Esclaboussa  ias  ílous  d’aqueste  bct  casau; 

Kn  un  mot  tout  se  reml  à  leuis  moindres  capriccs 
Et  puis  fìnalemcnt  ellcs  restent  cn  plan. 

II  existe  bicn  dcs  gens  qui  font  un  élt'íphant  d’une  mouche 
A  ce  propos,  grands  MM.,  je  vous  ferai  comine  je  pourrai 
£ur  ce  sujet  uu  contc  â  ma  faoon  : 

Certain  (jrosjean  porta  en  cctte  saison 
l’n  baril  plein  de  vin  à  quelques  travailleurs. 

Vide  il  le  fut;  quelque  chose  qui  volait  dans  les  airs 
Par  ie  trou  de  la  futaille  v  pénétra  aussitót ; 

Grosjean  sans  y  penser,  l’y  enferma  par  mvgardc 
Et  mit  ensuite  lc  baril  sur  ses  cpaules  ; 

Cependant  i’animal,  qui  toujours  Iierborisc, 

Sitót  qu’il  se  sentit  dans  une  tellc  prison, 

Commença  d’entonner  son  bruit  et  sa  cbansou. 

Tellement  que  C.rosjean,  frileux  en  couragc, 

S’en  va  au  grand  galop  vcrs  le  village 
En  criant  :  alarme,  alarme,  voici  Icsennemis  ; 

Barricadons  les  portcs,  mettons  gens  en  campngne  ; 

Mais  que  croiriez-vous  qui  fut  cause  d’un  tel  tapage 
Et  du  grand  émoi  de  ce  pauvre  niais  : 

U’n  petit  moucberon  enfenné  dans  le  baril. 

Ne  cherchons  pas  si  loin  le  sens  d’une  telle  pensée 

Qui  se  trouve  suttìsammentexpli(iuée  par  le  bruit  faitcctteannée, 

Quand  on  a  essayé  à  grands  coups  de  liacbe 

De  détcTÌorer  les  fleurs  de  ce  beau  jardin  ; 


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-  348  — 


Qu’ei  ço  que  n’an  }>as  heit  countro  la  praubo  Floro; 
Qu’in  tintamarro  affrous,  qu'is  crics,  qu'in  biahoro, 
Qu’in  terrotrii  brounent,  qu’in  esclau,  qu’iu  marmut, 
Yè  puch  qu*es  aco  cstat?  arre  que  forço  brut. 

Coum  que  crese  l’hiuér  dab  touto  sa  tourrado, 

Poude  lassi  de  flous  d’yo  éternelo  durado  ? 

Que  sapio  aquet  hiiiér  que  deu  cracha  mes  bas, 

Ou  toustem  lou  crachat  l’y  tournara  seu  nas, 

Tant  que  las  fious  seran  debat  la  man  presado 
D’un  ta  rare  printoms;  que  bouhe  la  trumado; 

Que  parecho  l’hiiiér  dab  toutos  sas  rigous, 

Lou  printcms  hounera  quant  é  quant  sous  glaçous  : 
Oy  lou  pouchant  soureil  que  toustem  l’acoumpagno, 
Per  tant  que  la  fredou  blanquisco  la  campaigno, 

En  despieyt  de  l’hiiier  las  hara  berdeja, 

E  sous  giiires  hounuts  cairan  en  gouteja. 

A  bous,  Gran  Maniban,  s’adresso  l’allegorio, 

Protectou  cle  las  flous  d'yo  éternelo  memorio  : 

Bous’  éts  noste  printems,  ê  l’hiiier  sense  bous 
D’inqu’a  las  arrasics  s’aure  croucat  las  flous. 

Que  n’a-t-oii  pas  fait  contre  la  pauvrc  Flore  ï 
Quei  tintamarre  aíïreux,  quelles  clamcurs,  quels  cris 
Qucl  tremblement  violent,  quel  esclandre,  quel  murmure 
Et  puis  qu’en  est-il  rcsulU*  ?  rien  si  ce  n’est  force  bruit. 
Comment  supposer  que  i’hiver  avec  ses  gelées 
Puisse  tlctrir  des  fleurs  d’une  éternelle  durée  ? 

Qu’ii  sache  cet  hiver  qu'il  doit  cracher  plus  bas 
Ou  toujours  le  crachat  iui  retombera  sur  ie  nez, 

1  ant  que  les  fleurs  seront  sous  la  main  respectée 
D’un  si  rare  printemps  ;  que  la  tempcte  se  déchaine 
Que  l'hiver  paraisse  avec  toutes  ses  rigueurs, 

Le  printemps  fondra  quand  même  ses  glacons  : 

Or  ie  puissant  soleil  qui  toujours  l’accompagne 
Pour  tant  que  le  froid  bianchisse  ia  campagne, 

En  dépit  de  i’hiver  les  fera  verdover. 

Et  ses  givres  fondus  couleront  goutte  à  goutte. 

A  vous,  Giianu  Manidan,  s’adresse  l’allégorie, 

Protecteur  des  fleurs  d’une  cternelie  mémoire, 

Vous  ctes  notre  printemps,  et  l’liiver  sans  vous 
Jusques  aux  racines  aurait  dévorc  lcs  fleurs. 


Nous  trouvons  enfin  une  Ode  à  Nanette ,  en  franqais  cìc  belle  allure  et 
parfaite  dc  stylc. 

Ce  nouveau  triomphe  lui  valut  un  redoublement  de  madrigaux  et 
d’hyperboles  louangeuses  de  la  part  de  scs  amis  Nous  citerons  :  Madame 
de  Cortade ,  Mademoiselle  Despiau.  MM.  de  Lucas ,  conseiller  au 
Parlement,  Guitard ,  juge  aux  Jeux  floraux,  Delopesy  de  Robert ,  Baurenst 
toulousain,  de  Qrangeron}  d' Abadie  de  Pavithac ,  de  Boutan  et  Gom- 


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doulin,  docteurs  en  théologie,  Tun  curé  et  Tautre  chapelain  de  Roquelaure, 
de  Beriaud ,  Sère ,  d'Espiau ,  d’ Autrouil,  Doazan ,  de  Marsoulan,  de 
de  Lamare  d’Asimont,  prètreetdocteur  en  théologie,  et  enfin  son  imprimeur 
A .  ColomieZy  qui  lui  adresse  îi  son  tour  son  tribut  dadmiration  : 

As  plus  belis  esprits,  le  boste  fa  la  niquo, 

E1  es  digne  d'admiraciu  : 

Boslres  bcrses  toutjour  soun  de  berses  en  raiquo, 

Tabes  nou  douti  pas  que  dins  dus  ans  d’aciu 
Nou  me  tournets  douna  pratiquo. 

Aux  plus  beaux  esprits,  le  votre  fait  la  niquc, 

11  est  digne  d’admiration  : 

Vos  vers  sont  toujours  des  vers  en  mie 

Aussi  je  ne  doute  pas  que  dans  deux  ans  d’ici 
Vous  ne  reveniez  me  donner  du  travail. 

Nous  avons  toutes  les  raisons  de  croire  que  ce  voeu  ne  se  réalisa  pas  (1). 

A  parlir  de  celte  époque,  Dugayt  renonçant  à  ses  succès  poétiques,  dut 
se  livrerà  Lavardens  auxdevoirsde  sa  profession,  n’abandonnant  pas  pour 
cela  la  culture  de  la  poésie.  Nous  savons,  en  efFet,  qu'il  a  laissé  des  manus- 
crits  qui,  dit-on,  furent  recueillis  par  M.  de  Noé ,  évêque  de  Lescar,  et  qui 
paraissent  perdus  pour  jamais. 

Quoi  qu’il  en  soit,  ce  fut  un  esprit  cultivé,  suffîsamment  nourri  des 
anciens  qu’il  se  plut  à  imiter,  mais  sans  atteindre  ralticisme  des  modèles. 
S’il  ne  possède  pas  la  distinction  qui  était  si  exquise  chez  son  compatriote 
Barony  il  a  par  eontre  une  façon  plus  franche  et  plus  déterminée  que  lui 
pour  exprimer  sa  pensée.  Nous  trouvonsdans  ses  oeuvres,  du  style,  le  tour 
heureux  de  Timagination,  la  vivacilé  des  figures  et  les  saillies  d’une  bonne 
humeur  qui  attestent  le  parfait  équilibre  desonesprit.  Tanlôt  badin,  enjoué, 
tantôt  séricux  à  ses  heures,  on  s'aperçoit  qu’à  la  faveur  de  son  vocabulaire 
débordant,  il  sait  profiter  des  ressources  du  dialecte  qu'il  met  en  onivre. 
Aussi  fait-il  valoir  en  véritable  artiste  cette  fleur  de  poésie,  si  haute  en 
couleur  et  si  drue,  si  finement  nuancéepar  places,  si  imprégnée  du  parfum 
des  odeurs  rusliques. 

Ses  poèmes,  il  est  vrai,  il  ne  les  prend  pas  en  lui,  il  ne  les  sent  pas  en 
lui,  il  ne  les  fait  pas  de  sa  substance ;  non,  il  est  celui  qui  va  par  des 

(1)  Le  registre  des  Jeux-Floraux  se  termine  à  la  date  de  1641  ;  ei  il  n’existe  plus 
rien  sur  les  concours  jusqu’â  I'année  1694,  époque  à  Iaciuelle  ou  commen<;a  d’imprimer 
un  Recueil  où  flgurent  les  ouvrages  couroimés  ct  distingués  par  I’Acadéinie.  Or  ces 
derniers,  parcourus  avec  soin  depuis  1694  jusqu'á  170;:.  ne  nous  ont  pas  permis  de 
rencontrer  une  seule  fois  le  nom  du  Poète,  ce  qui  prouve  qu’il  n’a  pas  pris  part  à 
d'autres  concours,  ni  remporté  de  nouveaux  pnx.  l)u  reste  son  nom  ne  flgure  pas 
d'avantage  au  Brevet  du  Uoi  portant  confirmation  des  Chanceliers,  Mainteneurs  et 
Maitres-es-jeux-floraux,  aux  dates  précitèes,  ce  qni  nous  conflrme  qu’il  n’a  íait 
partie  de  l’Académie  à  aucun  titre. 


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—  350  - 


chemins  connus  récollant  son  bien  partoutoù  il  le  trouvc.  Cela  ne  reni}>éche 
pas  d’avoir  des  idées  personnelles,  seulement  il  ne  les  approfondit  pas. 
Poète  fécond  en  pensées  plulòt  que  penseur,  et  auquel  on  est  tenté 
dappliquer  quel(|ues-uns  des  vers  par  où  Lafontaine  (1)  se  peignait 
lui-même. 

Papillon  dii  Parnasse,  et  seinblabie  aux  abeilles, 

A  qui  le  bon  Platnn  compare  nos  merveilles, 

Je  suis  ehose  légère  et  vole  à  tout  sujet, 

Je  vais  de  íleur  en  fleur  et  d’objet  en  objet... 

Ses  biographes  le  font  mourir  à  Lavardens  en  1735,  à  lïige  de  G2  ans. 

Dujjaij  clôlure  Iionorablement  cette  renaissance  de  la  Muse  Gasconne 
qui,  corame  nous  l'avons  vu,  s’est  épanouie  sans  inlerruption  durant  deux 
siècles.  Ces  invesligalions  à  travers  les  époques  lointaines,  n’auronl  pas  èié 
siériles,  car  elles  nous  ont  perruis,  en  fils  pieux,  de  sortir  d’un  oubli 
injustifié  des  hommes  qui  ont  fait  honneur  à  la  palrie  Gasconne  et  remeltre 
en  lumière  les  reliques  óparses  de  ces  ancèlres. 

André  Theuriet ,  Téminent  Académicien,  le  poète  sensible  et  doux, 
l’analyste  des  coeurs  peu  compliqués  des  provinciaux  et  des  campagnards, 
êcrivait  naguèreà  ce  sujet  : 

c  A  une  époque  où  la  centralisation  submerge  tout,  il  est  bon  d’organisor 
le  sauvelage  de  nos  vieilles  coutumes,  de  nos  mythologies  populaires  et  de 
nos  palois.  Pour  ne  parler  aujourd’hui  que  de  ccs  derniers,  je  vous  assure 
que  les  philologues  de  bonne  volonté  qui  voudront  s'en  occuper  seront 
largement  pavés  de  leurs  peincs  par  les  découvertes  de  linguistique  qu’ils 
v  feronl. 

»  On  ne  s'imagine  pas  quelle  variété  de  vocables  offrent  nos  dialecles 
piovinciaux  et  de  quels  jolis  mots  ils  pourraient  enrichir  notre  langue 
écrite;  comnie  le  langage  populaire  est  rielie  et  comme  ces  mots  sont  coloròs, 
font  image.  On  peut  se  convaincre  combien  l’élude  de  ces  dialectes  locaux, 
permettrait  d’introduire  de  jolis  mots  iraprévus  dans  notre  langue  poélique 
et  descriptive.  Cela  ne  vaudrait-il  pas  mieux  que  les  emprunts  exoliques 
faits  aux  littèralures  du  Xord  par  nolre  siècle  symbolistel? 

»  Ouvrir  une  fenètre  sur  un  pavs  neuf  et  original,  c'est  de  ce  côté  qu’il 
faudrait  aiguiller  pour  donner  une  vasle  nouveauté  à  nolre  art  national.  » 

(1)  Epitrc  xvi  (Discours  de  Madeiuoiselle  de  la  Sablicrcs). 


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L’abbé  LÀFFÀRGUE  (Jean-Baptiste) 


11  naqnit  le  6  septombre  1797  à  Vie-Fezonsac  (1).  Son  père  Jean  Laf- 
fargue,  mariè  à  Marie  Moulié,  appartenait  à  la  classc  des  artisans  aisés 
de  la  localilé;  il  y  exercait  honorablement  le  mélier  de  forgeron.  Le  jeune 
Jean-Baptiste  frêquenta  1  ecole  communale  jusqu’au  jour  oii  ses  parents 
renvoyèrent  au  sêrninaire  d'Auch  pour  y  faire  ses  hnmanités.  C’esl  durant 
son  séjour  dans  cet  établissement  que  la  vocalion  de  la  carrière  ecclésiastique 
se  dessina  chez  lui.  Scs  études  théologiques  terminées  il  reçut  la  tonsure 
le  25  févricr  1820  dans  la  chapelle  du  séminaire  d’Auch  des  niains  de 
Mgr  Jacoupj /,  évèriue  d’Agen,  qui  se  trouvait  à  Auch  en  cours  de  visite. 
En  voici  la  raison  : 

Lediocèsed'Auch,  n’ayant  pas  été  rélabli  par  le  Concordat,  fut  rêorganisé 
on  1804  et  administré  jusqu  en  1823  par  révêque  d’Agen,  Mgr  Jacoupy f 
qui  y  nommait  un  vicairegénêral  spécial  pour  gouverner  en  son  nom  et  s'y 
rendait  pour  lordinalion  des  clercs  (2),  radministration  de  la  confirraation 
et  la  visite  des  paroisses. 

11  reçut  les  ordres  minours  et  le  sous-diaconat(3)  le  ler  juin  1822  dansla 
chapelle  du  séminaire  d’Agen  des  mains  de  Mgr  Jacoupy  ainsi  que  le 
diaconaí  le  15  mars  1823  et  enfin  la  prêtrise  le  24  mai  1823. 

En  juin  1823  il  fut  nommé  curé  à  Crastes  (4),  dans  lediocèse  d’Auch,  par 
Mgr  de  Morlhon ,  qui  était  nommé  lui-mèine  presque  en  même  temps  pre- 
mier  archevèque  d'Auch  depuis  1802  (date  de  la  mort  du  précédent  arche- 
vèque,  Mgr  de  Latour  du  Pin-Montauban). 

C’est  dans  cclte  rctraile  que  la  Muse  gasconne  vint  le  solliciter  et  c’est  à 

(1)  Cheî  lieu  ile  cantonde  rarroudisâement  d’Aucli,  sur  la  rive  gauchc  de  la  Losse, 
4.195  habitants. 

(2)  Quand  il  ne  les  faisait  píis  venir  â  Agen  pour  leur  conférer  les  ordres  comnie 
pour  J.-B.  Laffargue  qui  vint  y  recevoir  3  ordinalions  sur  4. 

(3)  Pour  te  sous-diaconat  J  .-B.  Laffargue  fut  du  nombre  des  clercs  un  peujortunéa 
qui  entraient  dans  lesordres  avec  un  titre  patrimonial  (lUUécus);  son  titre  patnmonial 
íut  enregistré  par  François-Michel  Meilhan,  notaire  à  Vic-Fezensac,  lo  12  mai  1822. 
(Archives  de  révéché  d’Agen,  A.  42  et  43). 

(4)  Comuiune  appartenant  au  canton  Nord  d’Auch,  553  habitauts. 


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—  352  — 

elle  qu’il  confia  ses  premières  inspirations.  D’humeiir  gaie  et  caustique,  ses 
premiers  essais  eurent  du  succès  pi*ès  de  ses  contemporains;  ils  lui  acquirent 
mème  une  certaine  popularité. 

Si  ce  poète  est  peu  connu  de  nos  jours  cela  tient  à  ce  que  ses  oeuvres  n?ont 
jamais  été  imprimées.  Ce  n'est  qu’après  sa  mort  qu'un  érudit  magistrat, 
M.  Delp)*,  actuellement  avocat  géncral  â  Riom,  les  recueillit  cliez  les  héri- 
tiers  et  nous  les  a  conservées. 

Ces  manuscrits  autographes  secomposent  de  11  cahiers  in-8°  comprenant 
414  pages  d’une  très  íìne  mais  très  lisible  êcrilure. 

En  voici  la  nomenelature  : 


ler  cahier  34  pages  Poésies  diverses 


2e 

— 

20 

— 

3e 

— 

38 

— 

4® 

— 

22 

— 

5e 

— 

20 

— 

6® 

— 

3G 

— 

7« 

— 

3G 

— 

8e 

— 

54 

— 

9e 

— 

62 

— 

10« 

— 

72 

— 

11« 

— 

20 

— 

I  Ces  3  cahiers  sont  incomplets  de 
j  quelques  feuillets. 

ÌCes  2  cahiers  ne  contiennent  que  de  virulentes 
satires  contre  Renan  et  la  Vie  de  Jésus. 

|  Lou  Coumunisme  (le  Communisme). 

Mous  bint  et  cing  ans  (Mes  vingt-cinq  ans). 

Moun  petit  gabinet  d' Histouero  Naturello  (Mon 
pelit  cabinet  d’Ilistoirc  naturelle). 


Combien  daûtres  ceuvres  éparses  et  quiseront  peul-êlre  un  jour  réunies, 
se  sont  échappées  de  sa  plume  féconde.  Toutes  ces  inspirations  rèunies  en 
faisceau  constitueraicnt  un  curieux  volume  qui  scrait  accueilli  avec  plaisir 
par  les  patoisants. 

Nous  avons  pu  glaner  de  ci  de  là  quelqucs  morccaux  dêlacliés  de  Toeuvre 
maîlresse;  si  quelques-uns  d  entre  eux  sont  connus,  la  plupart  ont  le  mérite 
de  l’inédit.  Cette  cueillette,  quoique  modcste,  nous  permettra  nêanmoins  de 
juger  sa  manière  et  de  mettre  en  relicf  ses  défauts  et  scs  qualités. 

En  1845,  un  essai  de  renaissanee  est  tenlê  en  Gascogne  pour  réveiller 
sa  Muse  endormie.  La  ville  de  Condom  eut  lc  mérite  de  prendre  cette  heu- 
reuse  initiative,  qui,  hélas!  n’a  pas  eu  de  lendemain,  en  organisant  un 
concours  de  prose  et  de  poésie. 

Le  sujet  imposé  avait  pour  lilre  :  La  délicrance  de  cette  cille  à  Vêpoque 
de  Voccupation  Anglaise.  Une  Comniission  fut  nommée  à  reffet  de 
recueillir  et  de  classer  lcs  ceuvres  des  Concurrents  et  le  29  juin  1846  des 
prix  furent  dêcernés  en  séanc'e  solennelb'  aux  meilleurs  ouvrages. 

Notre  poète,  à  celle  époque,  à  Papogée  de  sa  gloire  toute  locale,  prit  part 


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au  Concours  et  sou  Ode  eut  Thonneur  de  recueillir  tous  ies  sufîrages.  Ell® 
a  pour  (itre  : 

La  Hesío  de  S f  Pierré  à  Condom  'l).  La  frte  de  Saint  Picrrcà  Condom. 

Dês  le  début,  rauteur  explique  en  deux  vers  la  raison  de  sa  participation 
à  cette  lutte  poétique  : 

Et  jou  tabô,  bazut  près  de  Condom 
iioy  cólebra  soun  trioiunplié  et  soun  nom. 

Et  moi  aussi,  né  près  de  Condom 

Je  veux  eélébrcr  son  triomplie  et  son  nom. 

Laissous-lui  la  parole  : 

Lou  canoun  a  rounílat,  è  riiurouso  Baïzo 
De  soun  ancieno  glorio  aperceb  vo  laïzo; 

Soun  seng  a  tressaiilit  é  sey  gounflat  d’amour  : 

<•  Ey  dounc  tournat,  ça  dits,  lou  mêmourable  jour 
Oùn  la  bictouêre  enfln,  après  un  grand  carnadgé, 

De  mous  hils  générous  prouclamet  lou  couradgé  I 
Esberido  Gascougno!  en  parla  dc  Coundom 
Qui  rèlèouo  lou  cap  è  s’a  créat  un  nom, 

Tous  poètos  diran  lou  coumbat  enti*èpidó 
Qui  lioro  de  mous  bords  casset  l’Anglès  perfidé ! 

«  Pendent  que  renemic  drom  debat  sous  laourés, 

Flêtrido  dens  sous  bras  é  foulado  à  sous  pès, 

Mous  maynadgèsan  bists  c  plourat  sur  mas  larrnos; 

E  touts,  petits  è  grands  an  courrut  à  las  armos. 

Si  dcns  lous  ílâncs  dou  fer  dount  nou  soun  pas  munits 

Lc  canou  a  grondé  etl’hcureuse  Baise 
De  son  ancienne  gioire  apercoit  nno  étinccîle  ; 

Son  scin  a  Ir(‘ssailli  et  s’est,  gonllé  d’amour  ; 

«  11  est  donc  revcnu,  dit-ellc,  le  mémorable  jour, 

( >ù  la  victoirc  entin.  après  un  grand  carnage. 

De  mcs  fils  géncrcux,  proclama  lc  courage  ! 

Joveuse  Gascogne  !  eu  parlant  de  Condom 
(Jui  relcve  la  tóte  et  s’cst  crcce  un  nom, 

Tes  poctes  raconteront  le  combat  intrcpidc 
Qui  hors  de  mes  bords  chassa  PAnglais  períìde  ! 

«  Pendant  que  rcnnemi  «iort  sur  ses  lauriers, 

Flétrie  dans  ses  bras  ct  foulce  sous  ses  pieds. 

Mes  eníants  m’ont  vue  ct  pletirc  sur  mcs  larmes  ; 

Ft  tous,  petits  ct  gramls,  ont  couru  aux  armcs, 

Si  dans  les  fiancs  du  fcr  dont  ils  n’ctaient  munis 


(1)  Clief-lieu  d’arrondisscmenl  du  d»*partement  du  Gcrs,  b  uie  cn  ampliitln*àtrc  sur 
la  rive  droite  dc  la  Baise.qiii  y  devient  uavigable  :  8,555  habitauts. 


'Si 


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—  354  — 


Lou  boulet  ni  lou  ploum  sé  soun  pas  engloutits; 

Si  la  poudro  atend  pas  la  rapido  laïzo 
En  d’engrécha  de  niorts  lous  prats  de  la  Baïzo; 

Dou  sang  dou  Léopard'lou  large  sabre  a  set, 

Et  la^piquo  guerrièro,  è  l’èlegant  courset, 

Brulon  déguens  sous  flancs  de  laoua  moun  aoufenso 
Mous  brabés  an  cridat :  la  mort  ou  la  bengenço  ! 

Lou  cric  es  estenut  :  cadun  s’armo  aou  hasard, 

Et  cadun  dou  coumbat  grillo  d’aoué  sa  part. 

Dè  l’amour  dou  paysla  braboure  ey  bazudo; 

Lou  piiblé  és  un  lioun  aoutaléou  que  remudo. 

Mous  hils,  coumo  un  soul  home,  é  d’un  couradgè  esgal, 
De  l’ataquo  subito  an  baillat  lou  signal  : 

La  campano  a  sounat,  é  lou  cric  de  la  guerro 
Bolode  touts  coustats,  é  ressemblo  aou  tounerro. 

«  Dens  l’amo  dous  Anglés  l’alarmo  so  répend, 

E  cadun,  en  désordé,  à  soun  posto  sè  rend. 

€  La  libertat  coumando,  et  la  piquo  se  croutzo. 

Lou  fer  brillo  c  s’esmousso,  é  pcrtout  lou  sang  doutzo, 
La  bictouèro  chancelo.  Aou  nom  de  Charlùs  cinr/ , 
Coundom  dé  soun  coustat  apero  lou  destin 
L’énemic  a  coul>ert  de  sa  largo  cuirasso, 

Opposo  un  mur  de  fcr^à  la'més'noblo  audaço  : 

Le  boulet  ni  le  plomb  ne  sont  pas  cng’.outis ; 

Si  la  poudre  n'attend  pas  la  rapide  étincelle 
Pour  eugraisserde  morts  lesprès  de  la  Baïse  ; 

Du  sang  du  Léopard  le  large  sabre  a  soif, 

Et  la  pique  guerriêre,  et  l’èlègant  corset, 

Ont  hàte  dans  ses  flancs  de  laver  mon  otïeuse. 

Mes  braves  ont  crié  :  la  mort  ou  la  vengeance  ! 

Le  cri  est  entendu  :  chacun  s’arme  au  hasard, 

Et  chacun  brûle  du  dèsir  d'avoir  sa  part  au  combat, 

De  l’amour  du  pays  la  bravoure  est  nèe; 

I.e  peuple  est  un  lion  sitôt  qu’il  se  remue. 

Mes  flls  comme  un  seul^homme,  et  d’un  ègal  courage 
De  l’attaque  subile  ont  donné  le  signal  : 

La  cloche  a  sonnè,  et  le  cri  deja  guerre 
Vole  de  tous  còtès  et  ressemble  au  tonuerre. 

«  Dans  ràme  des  Anglais  l’alarme  se  répaud, 

Et  chacun,  cn  dèsordre,  à  son  poste  se  rcnd. 

«  La  liberté  commande,  et  les  piques  se  croiscnt. 

Le  íer  brille  et  s’émousse,  et  partout  le  sang  coule 
La  victoire  chancelle.  Au  nom  dc  Charles  Cinq , 

Condom,  de  son  còté  appelle  le  destin.] 

L’ennemi  à  l’abri  de  sa  large  cuirasse, 

Oppose  un  mur  de  fer  à  la  plus  noble  audace : 


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—  355 


La  daillo  de  la  mort  bolo  de  reng  en  reng; 

Mais  que  pot  sa  furou  sur  un  generous  seng? 

Lous  rengs  qu'ero  esclarcis,  la  balou  lous  remplaço, 
Lou  jouc  ey  s’egoutit;  kaou  qué  cayjo  brisat, 

E  dou  sang  dous  Anglés  justoment  arrousat 

«  Pendent  que  d’un  coustat,  on  coumbat,  on  s’illustro, 
Lou  resto  de  rnous  hils  qui  per  laoutè  se  mustro, 

Tout  d’un  cop  a  poussat  d’espaouentables  crics, 

E  lou  brûlant  caillaou  brounis  sous  enemics  : 

Lou  sexé,  en  mêmo  tems,  dou  haout  de  ías  flnestros 
A  heit  caygé  d’aploum  la  mort  sur  milo  testos. 

«  La  derouto  coumenço  è  cour  parmi  lurs  rengs. 
Coundom  lous  perseguis  l’espaso  dens  lous  rengs, 

Lou  carnadgé  és  afrous,  cruélo  éy  la  bictouèro  : 

Mais  qui  pouyré  blama  la  més  noblo  coulèro  ? 

Oh  !  quo  de  frounts  hardits  soun  cayjuts  sou  paouat ! 
L’an  arrousat  de  sang  endé  ma  libertat ! 

Que  de  mays  an  perdut  l’objet  de  lur  tendresso  ! 

Lur  espouer  counsoulant !  lur  bastoun  de  bieilesso  ! 
Que  de  béousos  en  dol,  a  de  ta  bets  laourès, 

An  bist  en  un  moument  succèda  lous  cyprès  ! 

«  Ali!  mous  chers  hils,  salut!  salut,  âinos  guerrieros! 
Pendent  qu’accoumpagnats  las  célestos  banièros, 


La  faux  de  la  mort  vole  de  rang  en  rang ; 

Mais  que  pcut  sa  fureur  sur  une  poitrine  génércuse  î 
Les  rangs  qu'elle  éclaircit,  la  valeur  les  reiuplace. 

Le  joug  est  secoué  ;  il  faut  qu’il  tombe  brisé 
Et  du  sang  des  Anglais  justement  arrosé. 

Pendant  que  d'un  còté  on  combat,  on  s’illustre, 

Le  reste  de  mes  íìls  qui  de  l’autre  apparait 
Ont  poussé  tout  â  coup  d’épouvantable  cris, 

Et  le  caiilou  brûlant  frappe  les  ennemis  : 

Les  fommes,  en  même  temps,  du  haut  de  leurs  fenétres. 
Font  tomber  d’aplomb  la  mort  sur  mille  tótes. 

«  La  déroute  comraence  et  se  propage  dans  les  rangs 
I.es  Condomois  la  poursuivent  l’épée  dans  les  reins, 

I.e  carnage  est  aífreux,  cruelie  est  la  victoire 
Mais  qui  pourrait  blàmer  une  si  noble  colère  f 
Que  de  braves,  hélas  !  sont  tombós  sur  le  pavé  ! 

L’ont  arrosé  de  sang  pour  défendre  ma  liberU*  ! 

Que  de  mères  ont  perdu  l’objet  de  leur  tendresse  ! 

Leur  espoir  consolant !  leur  bâton  de  vieiilessc  ! 

Que  de  veuv  es  en  deuil,  pour  de  si  beaux  lauricrs, 

Out  vu  en  un  moment  suca;dcr  les  cyprès  ! 

A  meschers  flis  !  salut  !  salut,  Aines  gucrrières  ! 
Pcndant  que  vous  accompagncz  les  gioricuses  bannières, 


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356  - 


Countemplats  de  lahaout  bostes  írays  mès  hurous, 
Benjea  sou  fler  Anglès  boste  sang  generous ! 

Oui,  mous  hils,  éts  bengeats!  entenets  la  bictouèro 
Qui,  latroumpeto  en  man,  l’announço  à  l’Angleterro. 
Coundom  éy  barégeat!  SouiPado  de  lur  corps, 

Moun  ayguo  lous  a  prés  é  jitats  ser  lurs  bords  : 

Lou  resto,  mort  de  poou,  dêsirous  de  la  bito, 

Daouant  mous  flers  lious  la  trobo  dens  la  fuito. 

t  Librès,  lous  Coundoumés  célóbren  aquet  jour. 

Que  la  bictouère  enfln  racountéc  à  la  cour. 

Charlôs.  rócounéchent,  amic  de  la  brabouro, 

En  fabou  dc  mous  hils  a  décrétat  sur  l’ouro, 

Que  touts,  à  pareil  jour,  aouren  lou  noblé  drèt 
De  cinta  lur  espaso  é  d’ana  lou  cap  drét. 

Qu’éroy  bèro  è  superbo  en  aquet  jour  de  hesto  ! 

«  Mais  desbrenben  lou  tens  é  sa  marcho  funesto. 
Moun  trioumphè  ey  tournat!  Dejà  l’aubo  dou  jour 
Dou  soureil  de  Sent  Pierré  announço  lou  rétour. 

La  rousado  qui  cay  sou  seng  de  la  naturo 
E  qui  de  milo  houecs  brillo  sur  la  berduro; 

La  flou  qui  se  daourech  á  l’haleno  dou  bent; 

Lous  bets  eabeils  de  blat  qui  courren  douçoment 
Coumo  linsos  en  or  agitats  dens  la  plano 
E  formon  lou  cot  d’aouco  ou  la  pipo  sultano, 

Contemplez  de  là-haut  vos  frères  plus  heureux 
Venger  sur  le  fler  Anglais  votre  sang  gènéreux 
Oui,  mes  flls,  vous  ètes  vengès  !  entendez  la  victoire 
Qui,  la  trompette  en  main,  l’annonce  à  l’Angleterre. 
Condom  est  neltoyé  !  souillées  de  leurs  corps, 

Mes  eaux  les  saisit  et  rcjetés  sur  leurs  bords  : 
l.e  reste,  mort  de  peur,  désireux  dc  la  vie, 

Devant  mes  liers  lions  la  trouvent  dans  la  fuite. 

«  Librcîï,  les  Condomois  cèlèbrentce  jour 
Que  la  victoire  enfln  raconta  à  la  cour; 

Charlcs,  rcconnaissant,  ami  de  la  bravoure, 

F.n  faveur  de  mes  flls  a  décrèté  sur  riieurc, 

Que  tous,  à  pareil  jour,  auraienl  lc  noble  droit 
De  ceindre  leur  èpèe  et  d’aller  la  tète  haute. 

J’ètais  belle  et  superbe  en  ce  jour  de  fète  ! 

<r  Mais  oublions  le  temps  et  sa  marche  funeste. 

Mon  triomphe  est  revenu  I  Dèjà  l’aube  du  jour. 

Du  soleil  de  Sainl-Pierre  annoncc  le  rctour. 

La  rosèe  qui  tombe  sur  le  sein  de  la  natui  e 
Kt  de  qui  mille  feux  brille  sur  la  verdure  ; 

La  ileur  qui  s’ouvre  sous  I’haleine  du  vent  : 

Les  beaux  èpis  de  blés  qui  se  balancent  doucement 
Comme  des  draps  d’or  agilés  dans  la  plaine 
Formant  le  cou  d’oie  ou  de  poule  sultane, 


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—  357 


Lou  parfum  de  la  bigno  escapat  de  sas  flous, 

Et  qui,  pourtat  pou  bent  cmbaoumo  lous  coustous, 

Lou  calmé  d’un  cèou  pur;  la  bergèro  floucado. 

Tout  me  semblo  anounça  la  més  béro  journado. 

Dous  brabès  qui  bcrsen  tout  lur  sang  endé  jou, 

Petïts  hils,  cèlébrats  la  glorio  è  moun  aounou; 

Car  lurs  bras,  en  cassa  l’énemic  de  la  bilo, 

Hendoun  moun  ayguo  puro  è  ma  groto  tranquilo. 

Benguets  dounc,  galoupats  à  l’entour  de  mous  bords. 

Mas  hillo3  de  councert,  aou  mèy  de  lurs  transports, 

La  guirlando  de  flous  dens  lurs  inas  poutèlados, 

Courren  en  emtéli  las  tantos  alignados 
A  Toumbro  dous  drapéous  oun  s’amuso  lou  bent, 

En  tout  se  balança  douçoment  sur  moun  seng. 

Mar  barquos  qui  de  flous  soun  toutos  mirgaillados. 

Bous  prouméten  à  touts  d’aymablos  proumenados. 

Mais  deja  moun  aoureillo  entend  lous  chants  guerriès 
Succèda  tour*à-tour  aous  counccrts  lous  mès  gais. 

■  Jouéncsso  aou  dous  mcntoun,  aou  corps  plen  de  souplesso, 
Benguets  sur  aquet  màt  cxerça  bosto  adresso; 

Lou  camin  sabounat,  éy  glissant,  arroundit  : 

Couradgéí  Aoujets  pas  jx>ou  !  Deguens  moun  seng  humit, 
Si  quaouqu’us  de  bous  aouts,  chancclant,  pirouèto, 

Bous  tournèrèy  pourta  sur  la  camiolo  estréto. 

ï.e  parfum  de  la  vigne  s’échappant  de  ses  fleurs, 

Qui,  emporté  par  le  vent,  embaume  les  coieaux; 

I.e  calme  d’un  ciel  pur,  la  bergère  fleuric, 

Tout  serable  m'annoncer  la  plus  belle  journée. 

Des  braves  qui  pour  moi  versèrent  Jeur  sang, 

Petits  ttls,  célébrez  la  gloire  en  mon  honneur  ; 

(’ar  leurs  bras  en  chassant  l’ennemi  de  la  ville 
Rendirent  mes  eaux  pures  et  ma  grotte  tranquille. 

N'enez  donc,  accourez  à  l’entour  de  mes  bords, 

Mes  tìlles  de  concert,  au  miiieu  de  leurs  transports, 

La  guirlande  de  tleurs  dans  lcurs  mains  potelces, 

Courcnt  pour  embellir  lcs  tentes  alignées, 

A  Tombre  des  drapeaux  où  le  vent  s’amuse, 

En  se  balançant  douccment  sur  mon  scin. 

Mes  barques  qui  sont  toutes  émaillées  de  lleurs, 

Vous  promettcnt  à  tous  d’agréables  promenades. 

Mais  dèj  i  mon  oreille  pcreoit  des  chants  guerriers 
Succéder  tour  à  tour  aux  eoncerLs  les  plus  gais. 

«  Jeuncsse  au  doux  menton,  au  corps  plein  dc  souplesse, 

N  enez  sur  ce  màt  exercer  votre  adresse; 

Le  chemin  savonné,  est  glissant,  arrondi  : 

Courage  !  N’ayez  crainte  !  dans  mon  sein  humide, 

Si  quelqu’un  d’entre  vous,  chancelant,  pirouette, 

Je  viendrai  vous  remontcr  sur  le  chemin  ctroit. 


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—  358  — 


»  Mais  quin  loung  régiment  arribo  en  tourteja? 

Soun  mous  amics  lous  guits  que  benguen  boultija, 

De  neit  coumo  de  jour  sur  moun  avgo  argentado  : 

Soun  lous  mes;  bou  lous  daou,  prenguets  lous  à  la  nado. 

Glissats,  ploungeats  damb’  ets,  nadats,  ploungeats  encoué, 
Empougnats-lou  pou  cot,  saisissets*  lou  pou  pé 
Aou  disé  dous  gourmants,  un  canard  à  la  brocho 
Es  un  boun  mos  :  è  ouéy  célébran  la  balocho  ! 

«  Mais  déjà  lou  soureil  a  terminat  soun  coui*s, 

Qu'emporto  I  railo  houecs  cinton  mous  alentours; 

E  la  terro  ressemblo  aou  céou  brillant  d’estelos  : 

I^a  néit  diou  récula  daouant  tant  de  candélos; 

Ma  hesto  duro  encoué  :  touts  mous  liils  soun  aci; 

Touts  soun  amics,  touts  frays  è  librès  de  souci : 

E  la  damo  brilanto,  è  la  lcslo  grisèto, 

Ribalos  de  plasés,  íieros  de  lur  toilèto, 

E  lou  riché  è  lou  praoubê,  amassats  à  l'asard 
A  l’esberit  roundéou  bon  prengue  encouèro  part . 

t  Mas  ayguos,  anats  disé  à  ma  so  la  Garono, 

Que  m’ats  bisto  cn  passa  sétudo  ser  moun  trono, 

Celebra  lou  grand  jour  oun  mous  chers  Coundoumés 
Sé  bagnen  dens  lou  sang  dous  superbés  Anglès. 

t  Mais  grand  Diou !  tout  d’un  cop  quino  douço  noubèlo 
Encouòro  quaouqués  jours  è  serey  immourtélo  ! 

Mais  quel  long  régiment  arrive  cn  boitant? 

Ce  sont  mes  amis  les  canards  qui  vieunent  voltiger, 

La  nuitcomme  le  jour  sur  ines  eaux  argentóes  : 

Jls  sont  à  moi,  je  vous  les  donne,  prenez-les  à  la  nage. 

Glissez,  plongez  avec  eux,  plongez  encorc, 

Prenez-les  par  le  cou,  attrappez-les  par  les  pattes, 

Au  dire  des  gourmands,  un  cauard  à  la  broche, 

Est  un  morceau  savoureux  :  et  aujourd’hui  nous  cèlébrons  la  féte  locale 

«  Mais  Ic  soleil  déjà  a  tcrminé  son  cours, 

Qu’importe  !  mille  feux  sillonnent  les  alentours  ; 

Et  la  terre  ressemble  au  ciel  brillant  d'ctoiles  : 

La  nuit  doit  reculer  dcvaut  tant  de  chaudelles  ; 

Ma  féte  dure  encore  :  tous  mes  íils  sont  ici ; 

Tous  sout  amis,  tous  frères  et  libres  de  soucis  : 

Et  la  dame  éléganle,  et  la  leste  grisette, 

Rivales  de  plaisir,  íiòres  de  leurs  toilettes, 

Et  le  riche  et  le  pau\  re.  rassemblés  au  hasard 
A  I’èveillé  rondeau  viennent  prendre  leur  part. 

«  Mes  eaux.  allez  donc  dire  à  ma  soeur  la  Garonnc, 

Que  yous  m’avez  vue  eu  passant  assise  sur  mon  tróne 
Célébrer  le  grand  jour  où  mes  chers  Condomois 
Se  baignèrent  dans  le  sang  des  arrogants  Anglais. 

«  Mais  grand  Dieu  !  qu’entend-je  ?  quelle  douce  nouvelle  ! 

Encore  quelques  jours  ct  je  serai  immortelle  l 


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—  359  — 


Excitats  per  Tespouer  dou  laouré  lou  raés  dous 
Qu’un  amic  dou  sabé  proumet  à  lurs  cansous, 

Qué  de  chantrés  me  ban  counsacra  lurs  beillados  S 
E  reberdi  l’aounou  de  mas  bieillos  annados  ! 

Oui,  gracio  à  tous  souens,  ô  génêrous  amic ! 

Oui,  d’un  crueî  oubli  moun  nom  és  à  Tabric. 

Quo  rnoun  sort  heré  embéjo,  e  qué  seri  superbo 
Si  degnaouos  labets  bengue  trèpi  moun  herbo ! 

«  Jouénesso,  en  attenden,  d'un  pas  rapide  et  proun 
Rasats,  en  boulègua,  moun  tapis  de  gazoun; 

L’aounou  de  bosto  may  sera  boste  heyretadgé 
E  bous  aouts  qui  parlats  lou  celeste  lengadgé. 

Poètos,  celebrats  moun  noble  protectou, 

E  moun  amour  qui  diou  bioué  aoutant  coumo  jou. 

Ensi  dits  la  Baíso,  e  la  danso  léougèro, 

Quand  jou  me  retirey  countinuauo  encouéro. 

Excitès  par  l’espoir  dn  triomplie  lc  plus  cher 
Qu’un  ami  du  savoir  promet  à  leurs  chansons. 

Que  de  chantres  vont  me  conserver  leur  veillées  ! 

Kt  reverdir  l’honneur  de  mes  vieilles  années  ! 

Oui,  gràce  à  tes  soins,  oh  !  généreux  ami ! 

Oui  d’un  cruel  oublí  mon  nom  est  à  Tabri, 

Que  mon  sort  ferait  des  envieux,  et  comme  je  serais  fière 
Si  tu  daignais  alors  venir  îouler  mon  berbe  ! 

«  Jeunesse,  en  attendant,  d’un  pas  rapide  etprompt, 

Rasez,  en  folétrant,  mon  tapis  de  gazon  ; 

L’honneur  de  votre  mère  sera  votre  héritage. 

Et  vous  autres  qui  parlez  le  céleste  langage, 

Poètes,  célébrez  mon  noble  protecteur. 

Et  mon  amour  qui  doit  vivrc  autaut  que  moi. 

Aiusi  parla  la  Baïse,  et  la  danse  légère, 

Quand  je  me  retirai  continuait  encore, 

Cette  ode(l),  faitesur  unsujet  fantaisiste  de  prétendue  occupation  Anglaise 
de  la  ville  de  Condom,  nous  paraît  excellente.  Le  lauréat  a  su  vaincre  les 
difïìcultés  du  sujet  imposê,  par  l’lieureux  choixde  son  développement.  II  ne 
s’égare  pas  dans  les  rèves  de  son  imagination,  sa  langue  reste  soumise  avec 
docilité  à  nne  haute  inspiraíion;  la  Muse  Champèíre  devient  une  Vicrge 
intrépide  pleine  de  puissance  et  de  grandeur,  emblème  de  la  liberté  et  de 
findépendance  du  foyer.  Si  les  cordes  de  sa  lyre  vibrent  avec  une  màle 
fierlé  il  chante  avec  un  talent  varié,  d'un  ton  enjoué,  naïf  et  facile  le  len- 


(1)  Elle  fut  imprimée  à  I’époque  chez  Dupouv,  imprimeur  à  Condom;  roriginal 
nous  a  été  gracieusement  couunuiitqiiê  par  un  compatriote,  aussi  aimable  que  lin 
lettré,  M.  Adrìon  Laparrjno.  L’éditeur  des  Oíuvres  de  Bedout,  M.  Philibert  Abadie,  a 
reproduit  cette  ode  á  lá  íìu  du  volume.  mais  il  en  a  dénaturé  le  texte  en  quelques 
passages. 


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—  360  — 


demain  de  la  victoire  qui  est  un  jour  de  fèle,  la  fète  palronale  des  vaillants 
Condomois.  Malheureusement  ie  dialecte  qu'il  emploie  semble  n'ètre  que 
du  français  mis  en  couleur  Gasconne  qu'il  badigeonue  â  sa  faeon;  la  langue 
maternelle  ne  lui  doit  aucune  reconnaissance;  c’est  du  reste  un  défaut 
capital  que  nous  rctrouverons  dans  toutes  ses  produetions  poétiques. 

Comme  Y&hbè  Dastros,  le  joyeux  chantre  de  TArrats,  avec  lequel  il  a  plu- 
sieurs  points  de  ressemblance.  laimable  curé  aime  la  nature  qifil  contemple 
et  décrit  avec  fidélite  et  un  eharme  captivant.  Fin  observateur,  rien  ne  lui 
échappe  et  il  consigne  au  jour  le  jour  dans  soun  Gabinet  d' Histouèro 
Naturello  (son  cabinet  d'IIistoirc  Naturelle)  le  résultat  de  ses  impressions. 

Nous  détacherons  la  pièce  suivante  qui  fera,  certcs,  rcgrelterque  nous  ne 
puissions  montrer  toules  les  richesses  reníermèes  dans  ce  recueil  qui  con- 
tient  sans  contredit  les  plus  belles  inspirations  de  son  auteur. 

Elle  a  pour  titre  :  Lou  Cardin  (1)  (le  Chardonneret)  : 


Au  mièy  d’un  broc  arregagnat, 

Io  man  dambé  delicatesso 
E  sense  crento,  a  recougnat 
Un  petit  leit  per  la  tendresso 
E  per  l’amour  jadis  souegnat. 

A  soun  dèoué  io  mai  fidelo 
Lou  cauho  la  neit  e  lou  jour 
Dous  imatge  que  mous  rapelo 
Touto  l’ardou  de  soun  amour! 

Pausat  tout  prês  ser  uo  branqueto, 
Lou  cot  tenut  e  Toueil  ardent 
Ser  l’ajoucado  tranquileto 
Lou  marit,  las  alos  au  bent, 

Dits  à  soun  aimablo  coumpagno  : 

«  Io  bouno  mai  se  dèu  nèuri; 

€  Anats  quista  per  la  campagno, 

<  A  moun  amour  cedats  lou  ni .  » 
(îracious  parent  de  la  familho, 

I  n  troisièmo  dous  mes  coussus. 
Fur  e  brilhant  se  requinquilho 
A  quaucos  lignos  au-dessus. 
Parlerei  pas  de  lur  menatge 
Dous  cops  de  bec  que  soun  poutcts, 
Mais  bous  boi  dise  lur  plumatge, 
Car  mous  ausets  soun  charmantets. 


Au  milieu  d’un  buisson  montrant  les 
L’ne  main  avec  délicatesse  [dents, 

Et  sans  crainte,  a  façonnê 
lTn  petit  lit  par  la  tendresse 
Et  par  l’amour  jadis  ornê. 

A  son  devoir  une  mère  íidèle 
I.e  rèchauíle  la  nuit  et  le  jour 
Doux  image  qui  nous  rappelle 
rIoute I’ardeur  de  son  amour ! 

'Lout  près  posè  sur  une  branchette 
Lc  cou  tendu  et  l’aul  ardcnt 
Sur  la  eouvcuse  sans  inquiètude 
Le  mari,  les  ailes  au  vent, 

Dit  à  son  aimable  compagne  : 

«  Une  bonne  mère  doit  se  nourrir; 

«  Allez  picoror  clans  la  campagne 
«  A  mon  amour  cédez  le  nid.  » 
(îracieux  parent  dc  la  famille, 

Un  troisiènie  des  plus  cossus 
Fier  et  brillant  se  redresse 
A  quelques  ligncs  au-dcssus. 

Je  ne  parlcrai  pas  de  leut*  mènage, 

Dcs  eoups  de  bee  qui  sont  des  baisers, 
Mais  je  vcux  vousdccrire  leur  jtlumagc, 
Car  mcs  oiseaux  sont  charinants. 


L'artiste  ètale  â  nos  yeux  les  couleurs  varièes  de  sa  palette  en  nous  dècri- 


( 1)  I.c  journal  lu  Cif/ab'. d’or,  de  Dijon,  dans  son  imunh'o  du  15  janvier  1891,  a 
reprodiiit  cette  j>i«*oo ;  elle  a  cté  «*gahlincnt  en  parlie  insoiè<*  daus  Y.Mmanach  de  Ui 
Cascoync  dc  I9e0. 


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vant  dans  quelques  vers  plein  de  chanue  et  de  véritê  le  ravissant  plumage 
de  scs  oiseaux  : 


Io  cardinalo  clemantino 
Colo  scr  lur  cap  qui  rabis 
Io  plaoo  encouè  més  purpurino 
Debat  la  gorjo  s’arroundis. 

Un  coulié  blanc  que  prcnd  neciienoo, 
I)arré  lous  oueils,  cai  ser  lur  cot 
K  semblo,  dambé  coumplasenoo, 
Releoua  lur  petit  calot; 

Un  dous  fìchu  de  sedo  griso 
Ser  lur  jabot  cour  e  s'aliso 
Dou  haut  de  lur  petit  tuquct 
Debaro  un  ncgre  capulet 
Qui  s’elargis  c  countinuo, 

Coulou  café,  dinquo  â  la  euo, 

Qui  repreng  soun  tin  de  jaiet. 

On  bei  ser  lurs  poulidos  alos 
Dens  lur  biutat  toutjours  ribalos, 

On  bei,  coumo  un  liuge  rellet, 

Lou  ribant  d’or  dount  brilho  l’aubo 
Quan  lou  lustre  dou  jour  fcnis. 


Une  clémen'ine  cardinalice 
Colle  sur  la  tête  ravissante 
Et  une  placc  encore  jïlus  pourpréo 
S’arrondit  sous  la  gorge. 

Un  collicr  blanc  prend  naissance 
Derrièrc  les  yeux,  tombe  sur  le  cou, 
Et  semblc  avec  complaisanco 
Rclever  leur  pctito  calote; 

Un  doux  fichu  de  soie  grise 
Sur  leur  jabot  s’étend  uni. 

Du  haut  do  leur  petite  huppe 
Descend  un  noir  capuchon 
Qui  s'élargit  et  conlinue, 

Couleur  café,  jusqu’à  la  queue, 

Qui  rcprcnd  sa  teinte  de  jais. 

On  voit  sur  leurs  jolies  ailes 
Dans  leur  beauté  toujours  rivales, 
On  voit  comme  un  léger  reflet 
Le  ruban  d’or  dont  brille  l’aube 
Quand  le  lustre  du  jour  fln.it. 


L’abbé  Lafi'argue  ne  s  en  ticnt  pas  exdusiveinent  à  ces  peintures  où  ii 
excelic;  pourvu  d’une  solide  instruetion,  il  emploiera  sa  verve  toute  Gau- 
loise  à  eritiquer  tous  ies  sujets  d  aclualité  de  son  époque.  En  politique  il 
s’attaque  au  Communisme ,  en  philosophie  il  se  mesure  avec  Renan  et  sa 
Viede  Jésus.  Les  ruodes  féminines  extravagantes  et  même  ics  mandements 
de  son  archevôque,  lui  fournissent  roccasion  de  manifester  son  opinion  par 
des  vers  ou  des  ehansons,  sans  oublier  toutefois  la  déférence  et  le  respect 
dus  à  son  général,  comme  il  le  nomme  (l'. 

La  satire  suivante  est  de  ce  nombre;  elle  lui  fut  inspiròe  par  une  ordon- 
nance  du  cardinal  d'Isoard  à  l’endroit  du  costume  ecclêsiastique,  c’cst  du 
port  de  la  culotte  qu'il  s'agissait  et  de  la  prohibition  du  pantalon. 

Nolre  pauvre  curé  n'avait,  disait-il,  que  deux  pantalons;  un  neuf  pour 


(1)  Le  prétre  séeulier  estbeaueoup  plus  indí'*peiulant  qu’on  ne  se  (iiíure  en  gênéral. 
Si  niodeste  qu’il  soit,  il  ne  relève  tpje  de  son  Evêque;  la  snpérioritó  tles  grades  inter- 
mêdiaires.  le  doyenné,  l’archiprêtrise.  ne  se  fait  guère  sentir  à  Ini  ;  e.ts’il  a  du  taet, 
de  la  réserve.  s’il  ne  se  lanee  pas  <lans  les  e\(  enirieités  de  eonduite  ou  de  pensêe, 
ou  dans  des  enlreprises  par  trop  hasardeuses.  son  Evecjue  lc  laisse  parfaitemeut  tran- 
quille.  Dans  sou  presbyic>re,  le  eurc'*,  on  peut  le  dne,  est  son  propre  inaìtre,  dirigc  sa 
petite  vie  quotidienue  avee  la  meme  antonomie  qu’un  laïque.  11  a  fait  vceu  dobcds- 
sam;e,  mais,  sous  ce  rapport,  ses  supéricuirs  ne  le  soutuettent  pas  à  de  trop  rudes 
epreuyes,  Enlin,  si  ri*:vangile  Jui  itnpose  la  pauvretc'*,  ncn,  dàns  les  règlements 
Iveelêsiastiques  ne  iui  interdit  la  riehesse;  la  part  des  pauvres,  unc  fois  faite,  plus  ou 
moins  large,  il  peut  amasser  pour  lui  ou  pour  ses  héritiers. 


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—  362  — 


les  jours  de  fètes  et  un  Irès  vieux  pour  affronter  la  boue  et  Ie  mauvais 
temps. 

II  fait  venir  le  tailleur  (lou  sastré)  pour  eu  faii'e  une  culotteen  le  coupant 
à  la  jarretière,  surtout  pour  uliliser  los  restes  dont  il  décrit  lemploi. 

Lopération  terminée,  le  vieux  pantalon  transforméen  eulotte  va  ì’ejoindre 
dans  le  vestiaire  son  frère  privilégié.  II  s'établitentre  eux  un  dialogue  plai- 
sant,  plein  d'humour  et  de  verve,  où  chacuu  tour  à  tour  fait  valoir  ses 
mórites  et  ses  droits. 

Cette  pièce  bouffonne  a  pour  titre  : 

TRIOVNPHÈ  DE  LA  CULOTO  SOU  PANTALOUN 

Deguens  moun  gardo-raoubo  èron  dus  pantalous  : 

L’un  tout  raspat,  de  negré  èro  bengut  arrous; 

L’aoutè  frés  et  luzen  lustrat  coumo  la  sédo, 

Que  frizo  en  bet  toupetlou  perruquiè  Roucdo, 

De  me  serbi  d’estuch  atendeouo  l’aounou. 

Quant  on  ey  riche  è  bet  on  se  crey  gran  ségnou. 

Et  moun  pantaloun  naou  rèbo  dins  sa  cinturo 
La  hesto  d’un  amic  dens  ma  petito  curo 
E  lou  tros  réserbat  en  d’ana  pou  hangas 
A  l’aspect  d’un  bet.  jour  se  diseou  tout  bas  : 

Moun  prîntems  ey  passat!  serey  pas  mèsde  hesto, 

Souy  pas  qu’un  patiras  ou  qu’un  moussu  de  resto. 

Countro  l’humilitat  foundoment  dou  salut 
Qué  pot  touto  la  cour  dou  princé  Belzébut? 

Bien  souben  on  a  bist  la  bijarro  fourtuno 

De  la  classo  dous  grands  courré  chez  la  coumuno. 

TRIOMPHE  DE  LA  CULOTTE  SUR  LE  PANTALON 

Daus  ma  garde-robe  étaient  dcux  pantalons  : 

L’un  tout  rapé,  dc  noir  était  devenu  jaune, 

L’autre  frais  et  luisant  lustrc  comme  la  soie, 

Que  frise  en  beau  toupet  le  perruquier  Itoucde, 

Attendait  l’honncur  de  mc  servir  d’ctui. 

Quand  on  est  riche  et  beau  on  se  croit  grand  seigneur 
Et  mon  pantalon  ncuf  révait  dans  sa  ceinture 
La  féte  d’un  ami  datis  ma  petite  cure, 

Et  le  vieux  rcservc  pour  affronter  la  boue 
A  l'aspect  d’un  beau  jour  murmurait  tout  bas  : 

Mon  printemps  est  passc!  je  ne  serai  plus  de  féte; 

Je  ne  suis  plusqu’unsouffre  douleurou  qu’un  monsieurde  reste. 

Contrc  rhumilité,  fondement  du  salut, 

Que  peut  toute  la  cour  du  prince  Bclzcbuth  ? 

On  a  vu  bien  souvent  l’inconstante  fortune 
De  la  classe  des  grands  passer  chez  les  pauvres. 


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363  — 


A  mous  dus  pantalous  cn  arribcc  ataou 

Lou  qui  mustrec  la  cordo  aouc  lou  pas  sou  naou . 

En  se  Jéca  lous  pots  è  lou  plasé  dens  l’amo, 

Armat  de  sous  sizóous  à  ia  brillanto  lamo, 

Deguens  moun  gabinet  arribo  moun  taillur  (1) 

Doun  lous  oueils  exerçats  coumo  lous  d’un  boulur, 

An  d'abor  descoubert  parmi  raa  perrecaillo 
Moun  ancicn  serbitur  penjat  à  la  murraillo. 

L’a  prés,  è  counío  un  lard  estenut  tout  de  loun 
Sou  taoulé  qu’a  dressat  dens  moun  petit  saloun; 

E  d’un  doublé  cric-crac  en  dansa  la  gaboto, 

De  moun  bieil  pantaloun  a  heyt  uo  culoto  : 

Uzats  éron  lous  jouils,  jutjeats  dou  pays  bas. 

Mais  lous  coubro-moulets  an  serbit  dó  pèdas 

Et  terminado  en  íloc  l’espouliguo  luzento 

Aou  houns  dous  dus  mougnous  graciousoment  serpento. 

Or  dens  moun  cabinet  èro  lou  mandomen 
De  nostê  génêral  qui  tout  estroussomen 
Déguéns  un  paternel  mais  rèsolut  lengadgé 
D’ou  librè  pantaloun  mous  interdis  l’uzadgé. 

Dou  mens  l’aouon  lègit  dessègu  tout  de  loun 
Mais  nou  créseouon  pas  qu'cstesso  tout  de  boun. 

A  mes  deux  pantalons  il  en  arrivaainsi; 

Ceiui  qui  inontrait  la  corde  cut  lc  pas  sur  lc  neuí. 

En  se  léchant  les  lèvres  et  le  plaisir  dans  râmc. 

Armé  de  ses  ciscaux  à  la  brillante  laine, 

Dans  mon  cabinet  arrive  le  tailleur 
Dont  les  yeux  exercés  comme  ceux  d’un  voleur 
Ont  d’abord  découvert  parmi  mcs  chifïons 
Mon  ancien  serviteur  accroché  au  mur; 

11 1'a  pris,  et  cornine  uu  lard  étendu  de  sou  long 
Sur  la  table  dressée  dans  mon  petit  salon; 

Et  d’un  double  cric-crao,  en  dansant  la  gavotte, 

De  mon  vieux  pautalon  a  íait  une  culotte; 

Les  genoux  ètaient  usés,  jugez  dans  les  basses  régions. 
Mais  les  couvre-molets  out  servi  de  piòce 
Et  terminè  en  bouquet  le  ruban  luisant 
íserpcnte  gracieusement  le  long  des  deux  moignons. 

Or  dans  mon  cabinet  se  trouvait  le  mandement 
De  notre  général  qui  cavahòrement 
Dans  un  paternel  mais  énergique  langage 
Du  libre  pantalon  nous  interdit  l'usage. 

Du  moins  nous  l’avions  lu  siirement  tout  au  long 
Mais  nous  ne  pensions  pas  que  ce  fut  au  sérieux. 


(1)  Sastré  est  le  vrai  terme  gascon. 


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—  364  — 


Après  raoué  coupat,  ço  que  serbis  de  l>oto 
Lou  taillur  a  sa  plaço  a  tournat  rna  culoto. 

Or  entr’ero  è  souu  fray  s’esleouo  un  difèren 

Lou  cot  loun,  ious  oueils  grans  badèn  d’estounoment. 

LOU  PANTALOUN 

Moun  fray,  bien  lou  bounjour,  ou  mélèou  chèro  damo 
Lou  qui  bous  a  coupat  e  l’uo  e  l’auto  camo, 

Aouró  digut  bous  hè  rinestimablé  aounou  ' 

De  bous  bailla  pou  mcns  yo  doublo  ou  triplo  amplou 
Labets  en  d’habiila  lou  hil  de  quaouquo  Grèquo 
EsclaVjo  dou  Gran  Turc  ou  eurè  de  la  Mecquo, 

Perdoun,  ma  chèro  so,  screts  tout  ço  que  kaou. 

LA  CULOTO 

Bous  fachets  pas,  moun  fray,  counbengui  qu’ets  tout  naou, 
Ery  dens  lou  rebut;  mais  en  cambia  de  sexé 
Ey  représ  lou  déssus  bien  que  deleou  bous  bexé; 

Ey  triste,  maisenfin  bosté  règné  ey  finit. 

Daillurs  mous  flatten  pas,  dens  lou  moundè  esbérit 
I.’éndècent  pantaloun  aouo  pres  sa  néchenço; 

Moun  mestré,  en  lou  pourta,  se  dec  trop  deliccnço; 

Tournen  dounc  aou  bieil  tems,  aquet  en  sab  de  loun, 

Ancn  à  sas  lcçous  car  n’aouen  bien  besoun. 


Après  avoir  coupé  ce  qui  servait  de  botte 
Le  tailleur  a  remis  ma  culotte  à  sa  place. 

()r  entre  elle  et  son  frère  s’élève  un  diíïérend, 

Le  cou  long,  les  veux  grands  brilièrent  d'étonnement. 

LE  PANTALON 

Bien  le  bonjour,  inon  frère,  ou  plutót  chère  dame, 

Celui  qui  vous  a  coupè  les  deux  jainbes 

Aurait  dû  vous  íaire  l’inestimable  honneur 

De  vous  donner  au  moins  une  double  ou  triple  ampleur 

Afin  d'habiller  le  iils  de  quelque  Grecque 

Esclave  du  Grand  Turc  ou  curé  de  la  Mccque. 

Pardon,  ma  chère  soeur,  vous  seriez  tout  ce  qu’il  faut. 


j.a  cui.otti: 

Ne  vous  fâchez  pas,  mon  frère,  je  conviens  quevous  étes  neuf, 

J’éUiis  au  rebut ;  mais  cn  changeant  de  sexe 

J’ai  repris  lc  dessns  hien  que  cela  vous  vexc  peut-élre  ; 

C’est  triste,  mais  eníin  votre  règne  est  passé. 

D’ailleurs  ne  nous  tlaltons  pas,  dans  le  monde  joyeux 
Le  pantalon  indécent  avait  pris  sa  naissance  ; 

Mon  maitre.  en  le  portant.  s’octroya  trop  de  licence. 

Hcvenons  donc  au  vieux  temps,  celui-là  en  sait  de  loin, 

Allons  à  ses  leçons,  car  nous  en  avons  bien  besoin. 


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-  365  — 


LOU  PANTALOUN 

Dempus  qu’nouets  l’aounou  de  bous  nouma  culolo 
De  la  cinturo  aou  jouil  ets  telomen  déboto 
Que  ser  c;o  qu’a  toucat  bosté  cruel  hissoun 
Conmo  lou  d’un  scrpenl  dècho  un  subtil  pousoun. 

Es  à  bous  dessigu  de  parla  de  descenço, 

A  bous  que  soupirats,  qui  brulats  d’empatienço, 

De  sarra  dab  amour  un  pareii  do  jarrets 
Afìn  de  hé  gouníla  dus  superbés  moulets 
Qu’en  estiou  coubrira  la  sêdo  aoubeissento. 

Anats,  ma  chèro  so,  n’ats  pas  lou  sens  coumun, 

E  bosté  bésinadgé  enfìn  m’es  erapourtun. 

Jou  souy  d’ou  grand  progres,  bous  déguens  sa  balanço, 
Léougèro  coumo  paillo  ets  de  ia  bieillo  Franço. 

I.A  CULOTO 

N’aoujets  pas  tant  de  rail,  moussu  lou  pantalonn, 

On  pot  esté  baouar  e  n’aouè  pas  rasoun. 

Endé  qué  rcmounta  dinquo  moun  ourigino, 

Crésés,  naouet  béngut,  la  tuota  dibino. 
Perdounats-lou,  grand  Diou,  perdounerats  un  sot 
Qui  négro,  tranchêra  ser  yo  pet  bicn  luzento. 

Qu’on  pot,  à  tout  sêgu,  coanfoundé  d’un  soul  mot. 


I.K  l’ANTAI.ON 

Depuis  que  vous  avez  rhonneur  de  vous  nommer  culotte 
Dc  la  ceinture  au  genoux  vous  étes  tellement  dévote 
Quc,  sur  ce  qu’a  touché  votre  dard  venimeux 
Coninie  celui  d’un  serpent  laisse  un  poison  snbtil. 

Certes,  c’est  bien  à  vous  de  parler  de  décencc. 

A  vous  qui  soupirez  et  brûJez  d’impatience 
De  serrer  avec  amour  une  paire  de  jarrets 
Afìn  de  íairc  gonfler  dcux  superbes  mollets 
Qu’en  cté  rccouvrira  la  soie  obéissante. 

Allez,  ma  chère  soeur,  vous  n’avez  pas  le  sens  commun, 
Et  votre  badinage  à  Ja  fìn  m’est  importun. 

J’appartiens  au  vrai  progrès,  vous  dans  sabalance 
Légère  commepaille  représentez  la  vieillc  France. 

I.A  t  IT.OTTIî 

Tréve  de  raillerie,  monsieur  le  pantalon 
On  peut  étre  bavard  et  n’avoir  pas  raison. 

Etpourquoi,  s'il  vous  plait,  remontcr  jusqu’à  mon  origine 
Crois-tu,  nouveau  venu,  Ja  tienne  si  divine. 

Pardonnez-le,  grand  Dieu,  vous  pardonnerez  un  sot 
Qui  noire,  tranchera  sur  une  peau  bien  luisante. 

Qu’on  peut.  à  coup  sûr,  coníondre  d’un  seul  mot. 


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-  366  - 

Tros  d’insoulent,  apreng  de  ta  so  la  culoto 
Que  dioués  ta  néchenço  aou  prumé  san  culoto. 

LOLT  PANTALOL’X 

Ma  so,  n’ey  pas  bertat . 

LA  CULOTO 

Ey  dounc  mentit,  moun  fray. 

LOl’  PANTALOUN 

Besês  aquet  gran  libé. . .  aprocho,  anen  dounc,  say. 
Lègis-tu  que  Torguilh  coumo  lou  bin  engriso; 

«  Lou  pantaloun  a  prés  sa  néchenço 
*  De  sant  Pantaléoun,  soun  patroun  iramourtel.  * 

Oun  ey  dat  tout  d’un  cop  tout  caquet  éternel. 

Oh!  de  la  bieiJlo  Franço,  enroutinado  esclabo 
Légis  sensé  rougi  ta  prumèro  syllabo. 

LA  CULOTO 

A  l’entené  on  creyré  qu’eros  un  famus  grec 
Mais  s'eros  pas  un  sot,  n’aourés  pas  tant  de  bee. 

LOU  PANTALOUN 

Eh!  qui  jamès  parlec  mes  que  tu,  bieillo  agaço. 


Espèce  d’insolent,  apprends  de  ta  soeur  la  culotte 
Que  tu  dois  la  naissance  au  premier  sans-culoite. 

l.E  PaNTALON 

Ma  sopur,  ce  n’est  pas  vrai. 


I.A  CI  LOTTP. 

J'ai  donc  menti,  mon  frère. 

I.P  PANTALON 

Vois-tu  ce  grand  livre...  approche,  allons  donc,  viens, 

Ne  lis-tu  pas  que  I’orgueil  comme  le  vin  enivre  ; 

«  Le  pautalon  a  pris  sa  naissance 
«  De  saint  Panthalèon,  son  patron  immortel.  » 

Qu’est  devenu  tout  à  coup  ton  éternel  caquet. 

Oh  !  de  la  vieille  France,  esclave  routinière 
Lis  sans  rougir  ta  premièrc  svllabe. 

l.A  CU  LOTTP 

A  rentendre  on  croirait  que  tu  étais  un  grec  fameux 
Mais  si  tu  n’ctais  pas  un  sot,  tu  n’aurais  pas  tant  de  bec. 

LK  PANTAI.ON 

Eh  !  qui  jamais  parla  plus  que  toi,  vieille  pie. 


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—  36?  — 


LA  CULOTO 

Eh !  qui  james,  payen,  t’esgalec  en  audaço, 

Mais  toun  trono  ey  cayjut,  la  gleyso,  la  maysoun, 
Jamès  plus  nou  bcyran  moun  mestré  en  pantaloun . 
Ou  si  bengut  prou  riche  ey  jamés  yo  mounturo 
Endé  me  préserba  de  touto  esclaboussuro, 

De  la  ploujo,  dou  bent,  dous  gioures,  de  lo  neou, 
Labets  on  te  beyra  me  serbi  de  fourruro. 

Mais  un  cop  arribat  aou  termé  dou  bouyadgé, 
Troussat,  empaquetat,  réduit  en  esclabadgé, 

Penden  qué  soulo  aourey  las  aounous  dou  saloun 
Tu  serasdam  la  brido  estacat  sur  l’arçoun. 


LOU  PANTALOUN 


Carrogno ! 

En  aquet  mot  qui  nres  pas  poetiquo 
Moun  diurnal  frèmis,  se  daourech  et  repliquo 
Ser  un  toun  solennel,  modesté,  mès  hardit  : 
Pusqué  Roumo  a  parlat  lou  prouces  y  finit. 
Nosté  mestró  d’aillurs  counech  l’aoubeissenço, 
Pantaloun  desboucat,  rentro  dens  lou  silenço. 


I.A  cu  I.OTTl? 

Eh  !  qui  jamais  que  toi,  païen,  t'égala  en  audace 
Mais  ton  trône  est  dérnoli,  íi  l’église,  la  maison 
Jamais  plus  on  ne  verra  mon  maitre  en  pantalon. 
Ou  si  devenu  assez  riche  j’ai  jamais  un  cheval 
Aíin  de  me  préserver  de  toutc  éclaboussure, 

De  la  pluie,  du  vent,  des  givrcs,  de  la  neige 
Alors  on  te  verra  me  servir  de  fourrure. 

Vlais  une  fois  arrivé  au  terme  du  voyage, 
'l'roussé,  cmpaqueté,  réduit  en  osclavagc, 
Pendant  que  j'aurai  seule  lcs  honneurs  du  salon 
Tu  resteras  a\  ec  la  bride  atlaché  à  l’areon. 


LE  PANTAI.ON 


Charogne  ! 

Sur  cemotqui  n’cstpas  poétique 
Mon  bréviairc  frcmit,  s’ouvre  ct  réplique 
Sur  un  ton  solennel,  modeste,  mais  hardi ; 
Puisque  Rome  a  parlé,  le  procès  est  terminé. 
Notre  maitre  d'ailleurs  connait  l’obéissance, 
Pantalon  mal  embouché,  rentre  dans  le  silence. 


Le  même  Cardinal  avant  réiabli  les  conférences  Ecclésiastiques,  il  fit 
immédiatement  une  chanson  sur  Tair  :  «  La  Boulangère  a  des  écus .  » 


Praubé  curè  an  t’en  bas-tu 
La  soutano  troussado 
La  soutano  tronssado  sou  cu 
La  soutano  troussaio 


Pauvre  curé  où  t’eu  vas-tu 
La  soutane  troussée 
La  soutane  troussée  sur  le  c 
La  soutane  troussée 


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—  368  - 


La  soutano  troussado  sou  cu 
La  soutano  troussado 


Bau  à  la  counfórenço  lan  la 
Bau  à  la  counfcrcnço 
Bau  à  la  counfcrenço  lan  la 
Bau  à  la  counfèrcnço,  etc. 


La  soutane  troussée  sur  le  c... 
La  soutane  troussée 


Jc  vais  à  la  conférence  lan  là 
Je  vais  à  la  confcrence 
Jo  vais  à  la  confércnce  lan  là 
Jc  vais  à  la  confcrence,  etc 


Les  modes  féminines,  si  variables  dans  les  diiïérentes  èpoques  du  progròs 
nalional,  seront  l’objet  de  sa  eritique.  En  1885,  la  mode  en  est  encore  aux 
traditions  du  règne  de  Louis  Philippe.  «  Le  luxe  effrénó  »t  la  bôte  noire 
du  président  Dupin,  na  pasencore  pervertichez  nos  élégantes,  les  habiludes 
d’ordre  et  d  economie.  Cest  le  règnc  de  la  crinoline,  la  joie  des  maris  et  la 
tranquillité  des  budgets,  et  la  crinoline  gràce  à  laquelle  les  femmes  de 
France,  les  plus  élancécs,  lcs  plus  sveltes,  ont  des  airs  plantureux  de  mère 
Gigogne  (1). 

Le  troubadour  Gascon  compose  pour  la  circonstance  une  satire  drolaiïque 
où  il  ílétrit  la  cage  d'acier,  modeaussi  disgrâcieuse  qu'extravagante. 

Ellc  a  naturellement  pour  tilre  :  «  La  Crinolino  »  (La  Crinoline)  (2). 

Coumo  la  roso  dou  vnavtin,  Conime  la  rose  du  matin, 

Et  biro  de  sa  crinolino,  Et  tière  de  sa  crinoline, 

(1)  Les  vers  de  Yoltairc  sont  toujours  d’actualité  : 

II  est  une  déessc  inconstante.  incommo<lc. 

Bizarrc  <lans  ses  goùts.  follc  cn  ses  ornements, 

Qui  paraìt.  fuit,  revient  et  nait  dans  tous  les  tcmps  : 

Pvolee  ctait  son  pérc,  el  son  nom  c'esl  la  Mode. 

tTne  seule  loi  devrait  gouverner  la  mode,  et  c'est  préeisêmcnt  cclle  quc  l*ou  consulte 
le  moins  :  la  raison. 

Sous  Louis  XV,  la  erinoline  nous  vint  touf  à  eoitp  d’Angleterre.  Llle  revint  au 
xiv  siècle  ct  alors  elle  s’exagéra  lenteinent.  Kn  France.  vcrs  18-40,  et  juscju’cn  1852 
les  grandes  toilettes  exigeaicnt  dcs  robes  boulTantes  au  moven  de  jupes  lorienient 
cmpesèes  et  Ton  mcttait  un  pouf.  La  ennoline  apparut  en*1853  :  d’abord  modeste, 
ellc  n’atteignit  toute  sonampleur  qu’cn  1857. 

Kn  1867,  la  crinolinc  est  démodée  sans  que  le  vétcment  fêminin  ait  ricn  perdu  de 
son  ampleur  ct  de  son  envergure.  Plus  de  e.age  d’aeier,  mais  un  formidable  ct  ruineux 
déploiement  de  jupous.  Le  luxc  dcs  «  dessous  »  s'il  n’a  pas  atteint  le  raílincment 
actuel.  tend  à  devenir  le  criterium  de  l’élégance. 

I.e  document  le  plus  ourieux  et  le  plus  typique  à  cet  égari,  c’est  la  Farnilh 
Btìnoiton,  de  Yiclorien  Sardou.  Et  c’est  peut-òtre  pour  cela  que,  de  toutes  les  pièees 
de  ringénieux  et  fceond  auteur,  elle  a  le  plus  de  cbance  de  survivre. 

Kn  1878  les  jupcs  ont  vécu.  La  mode  commence  à  s’inspirer  de  la  statuaire.  Kllc 
prend  un  caractère  délicieusement  païen.  Lc  vctcmcnt  moule  le  corps  et  en  sculpte 
toutes  lcs  gràces  cachées.  On  peut  dire  que  les  étolîes  se  font  ehair  et  qu’ellcs  tourneut 
à  rapotlicose  de  la  forme. 

Jamais  la  feinme  française  n’apparut  ornèc  de  plus  de  séductions,  car  jamais  l’art 
du  costume  ne  se  rapprocha  davantage  de  l’art  plastique. 

11  se  ftt  en  1899  un  retour  marquc  inais  très  heureux,  vers  l’cpotjue  du  directoirc. 
Ce  fut  le  triomphc  des  tailles  courtes  et  des  manchcs  à  gigot. 

Lulìu  en  1900,  la  modc  u’a  pas  de  caractcre  bien  personncl.  C’cst  une  sortc  de 
compromis  entre  nos  diverses  cj>oques  somptuaires,  avee  une  tcndance  visiblc  à 
singer  la  fìn  du  xvnr  sièclc,  pour  les  chapcaux  surtout,  qui  scmblcnt  ctre  bàtis 
d’apr<*s  la  formnle  dc  'l’rianon.  On  parle  dc  rcssuscitcr  pour  I9oI  cette  crinoline 
disgracieusc,  aussi  ridicule  qu’ineommode. 

Lc  x\r  siècle  rctomberait-il  cn  enfance  1 

(2)  Cctte  pièce  et  la  suivante  sontdèdices  à  madamc  Uuoercle. 


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—  369  - 


La  haout  dins  soun  poulit  jardin, 
Poumpanto,  arribo  la  Justìno. 

Lou  ben  d'aoutan,  sounnas  pountchut, 
Pay  de  l’aouradgé  et  de  la  plougeo, 
Brandis  soun  chapeou  rétengut 
Per  un  ribant  de  coulou  rougeo, 

Et  fier  de  sas  gaoutos  en  cougo, 

Bouho,  barègeo  lou  camin, 

S’engoufro  dens  la  crinolino, 

L’cnilo,  la  tend,  et  lou  couquin 
En  l’ayre  emporto  la  Justino. 

Or  yo  cloucado  dé  pouréts, 

Dens  soun  dubet  fourrado  encouero, 
Penso  qu’ey  un  bol  d’estourets 
Que  lou  rabis  may  et  crémèro  : 

Et  dispersado  pous  caoulèts, 

Crido  :  piou,  piou !  se  désespèro. 

En  hé  lou  signè  de  la  crouts 
Lous  campagnards  répèton  touts  : 
Jesus  Maria!  quino  pousouèro  ! ! 

Maislou  gardo,  brabe  luroun 
Pourtur  de  barbo  è  de  moustachos, 
Juro  soun  Diou  qu’ey  un  baloun, 

Et  lous  paysans  touts  de  ganachos. 

Ah!  boun!  lous  balousan  dounc  bras? 
Respound  Mathiou,  mestré  d’escolo, 
Per  counséquent  un  sabentas; 

Aboiio  qu’as  la  tourniolo. 

Aquet  pîlot  en  douté  pas 
De  las  targagnos  ey  la  reyno; 

Sa  taillo  fino  coumo  un  hiou, 

Soun  largé  tour  et  sa  degueyno 
Parlon  aous  oueils;  mais,  Jarné-griou ! 
Oun  ba  courré  la  patanteyno  1 

Grands  palots,  dits  lou  campané 
Boste  regard  ey  ta  proufano 
Qui  nou  béy  pas  que  Diou  bo  liò 
Lou  doun  précious  d’iio  campano 
A  nostè  bet  et  bieil  clouquè. 

La  terro  n’a  pas  yo  pareillo  1 
Quin  ech  gracioust  Eh!  quinos  mas 
Que  las  de  Diou  et  soun  coumpas 
Aouren  hevt  ya  teio  merbeilo  i 
Que  lous  dus  batails  qui  per  bas 
Mignounoment  tiron  lou  nas, 
Respounen  bien  à  sas  cousségeos  ! 


Là  haut  dans  son  joli  jardin, 

Justine  arrive  toute  pimpante. 

Le  vent  d'autan,  au  nez  pointu, 

Père  de  l’orage  et  de  la  pluie, 

Secoue  son  chapeau  retenu 
Par  un  ruban  de  couleur  rouge, 

Et  fier  de  ses  joues  enílóes  de  citrouille, 
Souffle,  balayant  les  chemins, 
S’engouíïre  dans  la  crinoline, 

L’enfle,  la  tend,  et  le  coquin 
Emporte  Justinc  dans  les  airs. 

Or  une  couvée  de  poussins, 

Fourrée  encore  dans  leur  duvet, 

Suppose  que  c’est  un  vol  d’éperviers 
Qui  leur  ravit  mère  et  volière  : 

Et  dispersée  à  travers  les  choux, 

Crié  :  piou,  piou !  se  désespère. 

En  faisant  le  signe  de  la  croix 

Les  campagnards  répètent  à  l'unisson  : 

Jésus  Marie!  quelle  sorcièrel! 

Mais  le  garde,  homme  déterminé 
Porteur  de  barbe  et  de  moustaches, 

Jure  son  Dieu  que  c’est  un  ballon, 

Et  que  tous  les  pay  sans  sont  des  ganaches . 

Ah !  bon !  les  ballons  ont  donc  des  bras  ? 
Répond  Mathieu,  maître  d’école, 

Par  conséquent  un  grand  savant: 

Avoue  que  tu  as  la  berlue. 

Ce  paquet,  n’en  doute  pas, 

Est  la  reine  des  araignées; 

Sa  taille  íine  comme  un  fìl, 

Son  large  contour  et  sa  tournure 
Parlent  aux  yeux;  mais,  jarnigué? 

Où  va-t-elle  courirà  l’aventure? 

Grands  imbéciles,  dit  le  carrillonneur 
Votre  regard  est  si  profane 
Qu’il  n’aperçoit  pas  que  Dieu  veut  faire 
Le  cadeau  précieux  d’une  cloche 
A  notre  beau  et  vieux  clocher. 

Sur  terre  il  n’y  en  a  pas  de  pareille ! 
Quel  port  gracieux!  Eh  !  quelles  mains 
Si  ce  n’est  ceiles  de  Dieu  et  son  compas 
Auraient  fait  une  pareilie  merveille? 
Que  les  deux  battants  qui  par  en  bas 
Mignonnement  montrent  leur  nez, 
Répondant  bien  à  leur  dévidoire  ! 

24 


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As  toun  estat  et  lou  eaounègeos, 

A  cridat  lou  frater  :  nigaout  1 
Bay-t-en,  sé  bos,  souna  tas  brespos, 
L’objet  què  boultigeo  lahaout 
Ey  la  prumèro  de  ias  bespos. 

Bésès  pas  soun  poulit  courcet 
Soun  cap,  sas  alos  et  lou...  resto? 

On  nomo  pas  un  tel  paquet 
Que  chez  las  gens  qui  porton  besto. 

Mais  lou  bent  cay.  D’oíi  haout  dou  ceou 

Debaro  la  praoubo  Justino 

Qui,  las  mas  à  soun  bèt  chapèon, 

Aou  diablé  da  la  crinolino. 

Et  milo  gracios  aoutalèou 
Dambé  lur  dèmarcho  dibino 
Sorten  enfln  de  lur  toumbéou. 

Et  soun  marit,  lou  boun  Chrislophoy 
En  l’embrassa  dits  dens  soun  co  : 
Espragnerey  betcop  d’ostoffo 
E  Tempèso  dou  calico, 

Sense  roubilla  sa  paruro, 

Ou  méièou  soun  boufant  linso 
Pouyrey  entra  dens  ma  boeturo  : 
Tandis  qu'après  lou  carnabal 
Libro  de  soun  tour  de  baléno 
Mais  esclabo  dou  temps  pascal . 

Madamo  pouyra  sensé  péno 
S’aproucha  dou  counfessiounal . 

ARRBSTAT  DOU  COUMISSdRI  DE  POULISSO 

Atendut  que  très  crinolinos 
Débat  lou  tissu  lou  mès  fìn 
Et  sas  dantellos  de  malinos 
Poden  barra  lou  gran  camin . 

Atendut  que  las  béros  damos 
Per  darrè  léoun  lou  tracas 
Et  per  daouant  mustron  las  camos 
Bien  aou  dessus  dous  cailliouas. 

Atendut  que  bon  hè  la  qiio 
Aous  arrats  qui  senten  lou  bin; 

Qu’en  fabou  dou  tabac  de  liio 
An  troubat  aquet  manaquin: 

Que  tout  objet  de  countrobendo, 

Coumo  gigots,  lards  et  jambous, 
Quartiès  d'agnet  dount  ia  car  trendo 


Tu  as  ton  métier  et  tu  en  rè ves, 

A  riposté  le  perruquicr  :  nigaud ! 

Vas  donc,  s’ii  teplait,  sonner  tes  vèpres. 
L’objet  qui  voltige  Jà  haut 
Est  la  première  des  abeilies. 

Ne  vois-tu  pas  son  joii  corset 
Sa  tète,  ses  ailes  et  le...  reste? 

On  ne  nomme  pas  un  tei  paquet  [veste- 
Si  ce  n’est  chcz  les  gens  qui  portent  une 

Mais  le  vent  s’apaise.  Du  haut  du  ciel 
Descend  la  pauvre  Justine 
Qui,  les  mains  à  son  beau  chapeau 
Au  diable  voue  la  crinoline. 

Et  mille  grâces  aussitôt 
Avec  leur  démarche  divine 
Sortent  enfln  de  leur  tombeau. 

Et  son  mari,  le  bon  Christophe , 

En  Tembrassant  pense  en  lui  même  : 
J’épargnerai  beaucoup  d’étoffe 
Et  Tempois  du  calicot, 

Sans  chiffonner  sa  parure, 

Ou  plutôt  son  drap  bouffant 
Je  pourrai  pènétrer  dans  ma  voiture; 
Tandis  qu’après  le  earnaval 
Libre  de  sa  cage  en  baleine 
Mais  esclave  du  temps  pascal, 

Madame  pourra  sans  peine 
S’approcher  du  confessionnal. 

ARRÈTÈ  DU  COMMISSAIRE  DE  POLICB 

Attendu  que  trois  crinolines 
Sous  le  tissu  le  plus  fin 
Et  les  dentelles  de  malines 
Peuvent  obstrucr  le  grand  chemin . 

Attendu  que  les  belles  dames 
Par  derrière  lèvent  leurs  jupes 
Et  par  devant  montrent  leurs  jambes 
Bien  au-dessous  des  chevilles. 

Attendu  qu’on  veut  faire  la  queue 
Aux  rats  de  cave  qui  sentent  le  vin  ; 
Qu’au  proflt  du  tabac  de  contrebande 
Elles  ont  trouvé  ce  mannequin; 

Que  tout  objet  de  contrebande, 

Tels  que  gigots,  lards  et  jambons, 
Quartiers  d’agneau  dont  la  chnir  tcndre 


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t*ot  pas  supourta  qu'on  l’atendo  Ne  peut  supporter  qu’on  l’attende 

Malgré  lou  nas  dous  gabelous.  Malgré  le  flair  des  douaniers. 

Atendut  que  las  maynadetos  Attendu  que  les  jeunes  fìlles 

Qui  déchon  bésé  lous  moulets  Qui  laissent  voir  leurs  mollets 

Et  gaouson  pourta  las  culotos  Et  osent  porter  des  culottes 

De  lurs  futurs  prenguen  lous  drets.  Empiètent  sur  les  droit  de  leurs  futurs. 

Aprés  aoué  malgré  sa  sienço  Aprés  avoir  malgré  sa  science 

Boutat  soun  cap  à  l’alambic,  Mis  son  cerveau  à  l’alambic, 

Poussat  pou  cric  de  sa  counsienço  Passé  au  crible  sa  conscience 

Que  nou  bo  que  lou  ben  public.  Qui  ne  désire  que  le  bien  public. 

Lou  coumissari  Bistqfino  Le  commissaire  Bistefine 

Arresto  dens  un  but  moural  Arrète  dans  un  but  moral 

Que  la  jalouso  crinolino  Que  la  jalouse  crinolino 

Habillera  lou  carnabal.  Habillera  le  carnaval. 

Que  la  petito  demayselo  Que  la  petite  demoiselle 

Qui  preng  à  cado  pas  lou  bol  Qui  prend  son  vol  à  chaque  pas 

Embclira  soun  pourchinello  Embellira  son  polichinelle 

De  sa  jaqueto  en  parasol.  De  sa  jaquette  en  parasol. 

Traquats,  amics,  la  crinolino  Traquez,  amis,  la  crinoline 

Que  lou  Boun  goust  a  reproubat  Que  le  Bon  goût  a  réprouvé 

Et  que  sa  so  la  Bouno  mino  Et  que  sa  sceur  la  Bonne  mine 

Aaou  gran  jamès  n’aouré  troubat.  Au  grand  jamais  n'aurait  trouvé 

Et  bous  enfìn,  lesto  griseto,  Et  vous  enfìn,  leste  grisette, 

A  soun  aspect,  cridats  pertout  :  Ason  aspect,  criez  partout  : 

Admirats  dounc ! . .  quino  toileto  I . . .  Admirez  donc ! . . .  quelle  toilette !  . . 
Jésus !  quin  patoc  d’arrestout ! !  Jésus !  quel  tas  de  chauine !  I 

La  coiffure  sera  également  l’objet  de  son  attention ;  cest  dou  Moucadè 
dou  Cap,  du  mouchoir  de  tête,  qu’il  s’agit  dans  le  morceau  suivant. 

(1)  La  coiffure  est  la  partie  à  Iaquelle  liennent  le  plus  les  gens  et  celle  qui  disparait 
en  dernier  lieu .  On  garde  une  coíffure  spéciale  alors  qu'on  adopte  les  habits  usuels. 
Elle  constitue  un  signe  distinctif.  Mais  c'est  elle  aussi  qui  se  modifie  le  plus  sous 
Tinfluence  de  fespiit  d’exagération.  D’où  la  quantitó  et  la  variétê  de  chapeaux  et  de 
bonnets  qu’on  retrouvc  dans  nos  provinoes. 

La  coiffe  de  Savoie  rappelle  la  coiffure  de  parade  du  xvi*  siècle  que  portait 
Catherine  de  Mêdici.s.  Le  bonnet  de  quelques  villages  vendéens  ressemble  à  celui 
de  la  rcine  Isabelle  et  la  coiffe  Cauchoise  celle  du  temps  de  Charles  VII. 

Le  hennin  subsiste  daus  quelques  costumes  de  féte  de  Normandie.  La  coiffe  du 
xive  siècle,  à  pans  tombant  sur  les  còtès  est  représentée  aujourd’hui  encore  en  Aríège 
dans  le  Val-Mussat. 

Tout  ceoi  d’ailleurs  n’est  pas  absolu,  car  si  les  modes  anciennes  persistent  souvent 
intactes  dans  les  campagnes,  elles  peuvent  aussi  varier  et  s’y  transformer.  De  plus, 
les  provinciaux  créent  des  modes  qui  ressemblent  aux  costumes  ancieus  sans 
pourtant  avoir  avec  eux  aucun  rapportde  parenté. 

Prenons  un  exemple  des  variations  de  la  mode  en  province.  La  coiffure  des  Arlé- 
siennes  au  xvu*  siècle,  était  un  bonnet  dont  les  dcux  brides  venaient  s’attacher  sous 
le  menton.  Au  début  du  xix*  siècle,  un  ruban  d’étoffe  s’enroule  sur  les  cheveux. 
Aujourd’hui  le  ruban  s’est  allongé  et  il  s’enioule  en  arrière  sur  une  faible  poríion  de 
la  téte,  en  laissant  la  majcure  partie  a  découvert.  Les  vieilles  Arlésiennes  ont  seules 


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Autrefois,  et  mème  de  nos  jours,  dans  notre  beau  pays  do  France,  chaque 
province  avait  la  sienne.  Au  Nord,  la  coiffe  régnait  en  maîtresse,  d?un 
aspect  varié,  affectant  les  formes  les  plus  originales.  Au  Midi,  et  dans  le 
Sud-Ouestprincipalement,  était  échu  le  coquet  mouchoir  de  tête  artistement 
édifié  sur  le  sommet  du  chignon  et  prenant  dans  chaque  pays  un  arran- 
gement  particulier.  C'était  pour  le  touriste  parcourant  notre  terriloire  un  vrai 
régal  oii  ses  yeux  étaient  émerveillés  dans  ce  cadre  spécial  fait  de  pitto- 
resquc  et  d'originalité.  Par  une  résurrection  intéressante,  notre  magnifique 
Exposition  a  pu  offrir  à  ses  visiteurs,  en  une  vision  passagère,  des 
échantillons  curieux  de  ces  différents  types  réunis  pour  la  circonstance. 
Grâce  à  la  loi  inexorable  du  progrès,  les  chemins  de  fer  ont  à  l’heure 
actuelle  altérépresque  partout  lescostumes  et  jusques  aux  moeurs  etcoutumes 
de  nos  provinces.  Chaque  chose  a  ses  inconvénients  et  ses  avantages. 

Ecoutons  maintenant  le  poèle  faire  l’éloge  de  sa  coiffure  de  prédilection 
dans  le  dialogue  suivant  : 

Vous  qui  fûtes  toujours  honnète 
Dites,  charmante  Jeanneton, 

Pourquoi  sur  votre  belle  tête, 

Au  lieu  de  coifïe,  ce  chiíïon  ? 


En  d’espragna  ma  praoubo  coho 
Qu’on  m’a  benut  a  houec  d’argent; 
Lou  mendre  arros  la  rend  ta  gloho 
Que  lenleouo  tout  soun  lusent. 


Pour  épargncr  ma  pauvre  coiffe 
Qu’on  m’a  vendue  au  poids  de  l’or; 
La  moindre  rosêe  la  rend  si  molle 
Qu'elle  lui  enlève  tout  son  lustre 


A  votre  coeur  soycz  fidòle, 
Je  veux  savoir  la  vérité, 
Vous  préférez  à  la  dentelle 
Un  petit  grain  de  vanité. 


Eh!  perqué  pas?  yo  couhaduro  Eh!  pourquoi  pas?  une  coiffure 

En  moucadé  bien  chiffounat,  En  mouclioir  bien  chiffonné, 

Hè  rayouna  ser  la  fìguro  Fait  rayonner  sur  le  visage 

Un  say  pas  qué  ta  hélécat!  Un  je  ne  sais  quoi  d’inìpertinent ! 

Pourquoi  le  placez-vous,  ma  chère, 

A  peine  sur  votre  chignon; 

Pour  le  faire  voler  à  ten*e 
II  suffirait  d’un  papillon. 


conservé  le  ruban  qui  cache  la  partie  de  ia  tòte  et  la  distinction  se  fait  ainsi  tranchóe 
entre  l'ancienne  et  Ja  nouvelle  mode. 

Le  méme  fait  s’observe  chez  les  Gasconnes  qui  s’enroulent  un  mouchoir  de  soie  sur 
la  téte.  Les  vieilles  ont  presque  tous  les  cheveux  cachês  par  le  mouclioir ;  les  jeunes 
n’en  couvrent  qu’une  coque,  petit  chignon  planté  en  arriòre. 

Ainsi  chaque  costume  provincial  comporte  un  problòme  à  rcsoudre.  Est-iJ  local  ou 
dérive-t-il  d'un  costume  universellement  portò  autrefois  1  En  est-il  la  copie  exacte  ou 
modifiée  ?  On  ne  pourra  ròpondre  d'une  íaçou  absolue  que  si  on  a  les  principales 
étapes  montrant  l’évolution  de  costume  jusqu'à  nos  jours. 

(L’évolution  du  costume  par  Fèlix  Regnaulí.) 


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—  373  — 


Anats,  Moussur,  souy  pas  yo  peguo,  Allez,  Monsieur,  jenesuìspas  unesotte, 
Moun  cher  mirail,  cado  maytin,  Mon  cher  miroir,  chaque  matin, 

En  dits,  qu’ataou  boutat,  en  léguo  Me  dit  que,  mis  ainsi,  il  me  donne 
Un  petit  ayré  libertin.  Un  petit  air  libertin. 

Pourquoi  sur  votre  front  de  neige 
L’appelez-vous  comme  un  bandeau  ? 

C’est  à  mes  yeux  un  sacrilège 
Que  de  cacher  un  ciel  si  beau. 


Pramo  de  bous  en  souy  fachado. 
Et  cependant  m’esta  pas  maou; 
Quand  on  me  bey  ensi  couhado 
On  dits  qu  ey  à  l’amour  malaou 


J’en  suis  fàchée  pour  vous, 

Et  cepcndant  il  ne  me  sied  pas  mal; 
Qnand  on  me  voit  ainsi  coiflée 
On  dit  que  mon  amour  est  malade. 


Avec  ce  turban  sur  la  tête 
Vous  ressemblez  au  papillon, 
Espérez-vous  quelque  conquète 
En  vous  donnant  cet  air  fripon  ? 


Yo  fillo  pot  este  leougèro, 

Mais  nou  dits  pas  que  ço  que  bo, 
Anats  bous  en  fairo  l’an  lairo, 
Lêgirats  pas  deguens  moun  ço. 


Une  fille  peut  ètre  légère, 

Mais  elle  ne  dit  pas  ce  qu’elle  veut, 
Allez  donc  vous  faire  lan  laire  (vous  pro- 
Vousnelirezpasdansmoncceur.  [mener) 


Modeste  desservant  de  campagne,  ii  aurait  pu  briguer  une  cure  plus 
importante,  mais  dépourvu  d’ambition,  il  préféra passer  touteson  existence 
dans  sa  petite  commune  de  Castres  où  ii  acquit  l’estime  et  la  véné- 
ration  de  ses  paroissiens.  Le  voisinage  du  chef-lieu  Fatlirait  encore,  ii  sut 
s’y  ménagerde  solides  et  fidèies  amitiésqu’il  conserva  jusqu’à  sa  mort.  La 
droiture  de  son  caraclère,  sa  bonhomie,  sa  bontéet  sontalent  lui  ouvraient 
toutes  ies  portes  des  maisons  bourgeoises  qui  se  disputaient  l’honneur  de 
le  recevoir  dans  l’intimité.  Nous  en  trouverons  la  preuve  dans  la  quaniité 
de  pièces  de  vers,  de  lettres  rimées  qu'ii  leur  a  dédié  et  dont  la  piupart  sont 
perdues  aujourd’hui. 

Nous  avons  eu  ia  bonne  fortune  de  recueillir  deux  de  ces  dernières  en 
manuscrits  autographes  el  en  slyle  tamilier  que  nous  donnerons  à  titre  de 
curiosité  : 

Monsieur  Sauzeí ,  d'Auch,  invitait  le  curé  Laíïargueà  venir  dîner,  par 
u n  des  jours  gras,  de  l’an  1835  ou  1836  ;  or  en  cherchant  le  quantième,  il 
mit  la  main  sur  le  calendrier  de  l'année  précédcnte;  et  la  date  visée  se 
trouva  un  vendredi  de  1  année  courante  !... 

Le  curé  répondit : 


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—  374 


A  MOUSSU  SAOUZET  BICTOR 

T’arremerci,  tìictor ,  dé  toun  embitatioun, 

Qué  say  qu’as  un  boun  co,  mais  paòu  de  déboutioun  : 

Qué  sabes  lou  Pa!er,  ta  bouco  lou  rècito; 

Per  routino  délèou,  quan  Rosa  (1)  t’y  excito; 

Mais  lous  coumandomens  nou  lous  sabes  pas,  car 
Défenden  lou  dibès  l’usadgé  de  la  car; 

E  ta  charmanto  lettro,  escriouto  à  l’estourdido, 

M’embito  à  partadgea  uo  pouloyo  roustido 
Précisomen  lou  jour  qu’on  apéro  dibés  I 
Ma  foué,  moun  cher  Bictor,  sabès  pas  ço  que  hês ! 

E  pensi  qu’as  perdut  un  paou  la  trémountano; 

Qué  bos  qu’un  capéran,  bestit  de  sa  soutano, 

Lou  rabat  aou  mentoun,  lou  tricorno  sou  cap, 

Sacripan  dens  lou  founs,  mais  santomen  cintat, 

Ango,  malgré  la  gleizo  è  malgré  sa  counscienço  ! 

A  ta  taoulo  hé  gras  dens  un  jour  d’abstinenço ! 

Nou,  nou;  s’achèou  ?...  quèboy  qu’on  imprimeaou  journal 
Qué  souy  dous  carnabalz,  lou  magè  carnabal. 

Quan  séri  mes  gourman,  quan  lou  sèrè  mes  agré, 

Moun  benté,  lou  dibès,  qu’ey  coundamnat  aou  ruagré. 

Qué  ta  pouloyo  dounc  se  mindgé  dan  lou  Priou  (2), 

A  MONStEUR  VICTOR  SAUZET 

Je  tc  remercie,  Vivtor ,  (le  ton  invitation, 

Je  sais  que  tu  as  bon  c<ì»ur,  tnais  peu  de  dèvolion  ; 

Tu  sais  le  Pater,  ta  bouclie  le  rècite, 

Par  routine  peut-étre,  quand  Rosa  t’y  excite  ; 

Mais  les  commandements  tu  ne  les  connais  pas,  car 
lls  dèfeudent  le  vendredi  l'usage  dc  la  viande, 

Et  ta  charmante  lettre,  ècrite  à  l’ètourdie, 

M’invite  à  partager  une  dinde  rotie 
Prècisément  le  jour  qu’on  uomme  vendredi ! 

Ma  foi,  mon  chcr  Victor,  tu  ne  sais  pas  ce  que  tu  fais 
Et  je  pense  que  tu  as  un  peu  perdu  ton  bou  sens ; 

Tu  vcux  qu’un  prètre,  vètu  de  sa  soutane, 

Le  rabat  au  menton.  le  tricorne  sur  la  téte, 

.Sacripan  en  son  âme,  mais  ceint  saintement, 

Aille  malgrè  l’èglise  et  malgrè  sa  conscience 
A  table  faire  gras  en  un  jour  d’abstinence  ! 

Non,  non;  si  je  le  faisais?  je  veux  qu’on  imprime  dans  le  journal 
Que  je  suis  du  earnaval  le  pire  carnaval. 

Serai-je  plus  gourmand  et  mes  regrets  plus  aigres 
Mon  estomac  le  vendrcdi  est  condamnè  au  maigre, 

Que  ta  dinde  soit  donc  mangée  avec  Pricur , 


(1)  Madame  Sauzet. 

(2)  M.  Prieur  père. 


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—  375  — 

Qué  crangn  pas  més  que  tu  ni  la  gleizo  ni  Diou. 

Mais  quan  passetz  délà,  sèr  la  barquo  léougèro, 

Labetz  que  paguératz  d’aci  la  bouno  chèro; 

Que  boy  que  lou  cournut  (1),  ensi  que  ser  un  bouéou, 

Dé  cardos  bien  armat  bous  rasclé  à  countro-péou  : 

Labets  que  cridératz,  que  haratz  la  grimaço. 

Mais  tampis  pèr  bous  aous,  s’erats  à  bosto  plaçoj 
Debat  soun  fouét  dé  hèr,  d’aquet  cruel  bourrèou, 

Embèn  que  pourteratz  un  regard  ber  lou  cèou; 

Aci  que  bous  hasètz  un  Diou  de  bosto  panço, 

La-bas  quo  bous  hèra  dansa  la  countro-danço; 

Eníin,  coumo  dus  ours  encadenatz  pou  cot 
Que  bous  alizèra  dè  soun  brabè  billot. 

Mais  jou  doun  lou  regard  bey  lou  tens  que  s’approcho 
Soueti  pas  endè  jou  que  l’on  boute  la  brocho 
Justomenlou  dibès;  que  say  qu’y  défendut; 

Que  souy  un  paou  gourman,  mais  quan  sèri  goulut, 
Moussus,  bien  lou  bounjour,  souy  pas  de  bosto  escolo 
Car  boy  pas  dan  bous-aous  dança  la  carmagnolo; 

Lou  diable  mc  hè  poou,  bi)us  aous  bous  en  trufatz. 

Que  beyran  à  la  fìn  quinis  seran  lous  fatz. 

Adipu  doun,  cher  Bictor,  adiou  à  ta  pouloyo, 

Car  n'en  gousteri  pas  quan  séré  mès  beroyo. 

Dan  ma  letti*o  récep,  déguens  lou  mémo  sac, 

Qui  ne  craint  pas  plus  que  toi  ni  l’Eglise  ni  Dieu. 

Mais  quand  vous  passerez  au-delà,  sur  ia  barque  légère 
Alors  vous  paierez  la  bonne  chère  d’ici-bas  ; 

Je  veux  que  le  diable,  comme  sur  un  bceuf, 

De  lanières  bien  armé  vous  écorche  à  contre-poil : 

Alors  vous  crierez,  vous  ferez  la  grimace, 

Mais  tant  pis  pour  vous,  vous  serez  à  votre  place ; 

Sous  le  fouet  de  fer  dece  cruel  bourreau, 

En  vain  vous  porterez  votre  regard  vers  le  ciel  ; 

Ici-bas  vous  vous  faites  un  Dieu  de  votre  veutre, 

Là-bas  il  vous  torcera  à  exécuter  la  contre-danse  ; 

Enfin  comme  deux  ours  enchainés  par  le  cou 
II  vous  corrigera  avec  son  vaillant  baton 

Mais  moi  dont  le  regard  voit  le  temps  qui  approche 
Je  ne  désirc  pas  qu’on  mette  la  broche  en  mon  honneur 
Justement  un  vendredi ;  je  sais  que  c’est  dófendu 
Je  suis  un  peu  gourmand,  mais  quand  je  sei*ai  goulu, 
Messieurs,  bieu  le  bonjour.  je  n  appartiens  pas  à  votre  école 
Car  je  ne  tiens  pas  à  danser  la  carmagnole  avec  vous  ; 

Le  diable  me  fait  peur,  vous  vous  en  moquez. 

Nous  verrons  à  la  fìu  quels  seront  les  sots. 

Adieu,  mon  cher  Victor,  adieu  à  ta  dinde, 

Car  je  n’en  goúterai  pas,  serait-elle  encoreplus  savoureuse 
Dans  ma  lettre  reçois,  dans  le  mérae  courrier, 

(1)  Le  diable. 


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—  376  — 


Lou  cado  que  te  héou  d’un  naouet  armanac, 

Que  marquo  lous  jours  gras,  è  lous  jours  d’abstinenço 
Un  tel  libc,  endè  tu,  qu’ey  un  libé  de  scienço, 
Counsulto-lo  daouant  de  flxa  tous  repas, 

Car  sé  troumpo  en  dou  tens  (1)  en  dou  jour  mentis  pas. 

Cépenden,  dambé  tu  sensé  cérémounio 
Qué  t’anérey  trouba  quan  aoujoy  fantésio, 

Un  dichatté  déléou;  lou  magré  qu’en  coumben. 

Que  dinnérey  fort  bien  dan  lou  tiers  d'un  haren; 

Qué  se  bos  tout  à  fét  illustra  ta  cousino, 

Qu’ajoutéras  encoué  dus  ouèous  è  yo  sardino; 
Arrousaran  tout  aco  d’uo  taço  de  bin, 

Benasirey  lou  cèou  et  lou  Bictor;  enfin 
Si  Rosa,  per  bounhur,  sageomen  occupado 
A  fìltrat  aquet  jour,  la  préciouso  bugado, 

Ahounan  lou  sa>x>un  (2)  dens  la  tasso  à  léchiou  (3) 
Ensemblé  trinquaran,  è  l>ous  direy  :  Adiou ! 

Le  cadeau  que  je  te  fais  d’un  nouvel  almanach, 

II  marque  les  jours  gras  et  lcs  jours  d’abstinence, 

Un  tel  livre  pour  toi  est  un  livre  de  science, 

Consulie-le  avant  de  íìxcr  tes  repas. 

Car  s’il  trompe  pour  le  temps  il  ne  ment  pas  pour  le  jour. 

Cepeudant  avec  toi  sans  cérémonie 
J’irai  te  visiter  quand  j'en  aurai  fantaisie, 

Un  samedi  peut-étre,  le  maigrc  me  convient. 

Je  dinerai  fort  bien  avec  le  tiers  d’un  bareug; 

Si  tu  tiens  íi  illustrer  complètement  ta  cuisine 
Tu  y  ajoutcras  encore  deux  oeuís  et  une  sardine  ; 

Nous  arroserons  tout  cela  d’une  tasse  de  vin, 

Je  bénirai  le  cieJ  et  Victor  ;  enflu 
Si  Rosa,  par  bouheur,  sagement  occupée 
A  filtré  ce  jour-là,  la  précieuse  lessive, 

Fondant  le  savon  dans  la  tasse  à  lessif, 

Nous  triuquerons  ensemble,  et  vous  dirai :  Adieu  ! 


La  seconde  est  adressée  au  docteur  Prieur  avant  son  départ  pour  Paris, 
oii  il  allait  commencer  ses  études  médicales.  II  donne  des  conseils  à  son 
jeune  ami  et  le  dissuade  d  enlreprendre  ce  vovagc  craignant  pour  lui  les 
dangers  d'un  séjour  dans  le  grand  village  : 


Crastos,  ..  octobrc  1812. 
A  MOUSSU  BICTOR  PRIOU  <í> 

Ev  dounc  bertat,  sensé  bergouguo, 
Bas  quita  l’aymable  pays 


Crastes,  ..  octobre  1842. 
A  MOXSIEUR  VICTOR  PRIEUR 
C’est  donc  vrai,  sans  regret, 

Tu  vas  quitter  raiinable  pays 


(1)  L’almanach  de  Toulouse  portait  à  cliaque  jour  :  pluie,  soleil,  etc.,  sans  autrc 
prêtention  et  avec  autaut  d’autorité  que  eelui  de  Mathieu  de  la  Dróme. 

(2)  Le  sucre. 

(3)  Lc  café. 

(4)  Le  docteur  Victor  Prieur,  décédê  récemment  à  Auch,  qui  uous  avait  commu- 
niqué  ces  deux  lettres  rimées. 


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-  377  — 


Et  lou  soureil  de  la  Gascougno; 

E  endéqué  ?  per  un  Paris  ! 

Oh  I  la  bero  besougno! 

N’as  pas  aci  prou  de  soussis? 
Perdouni  bien,  praubé  maynatgé, 
Tas  chèros  sos,  ta  bouno  may, 
Counéguen  pas  lou  gran  biladgé, 
Mais  coumo  perdouna  toun  pay  ? 

Ac  sab  :  lou  diablé  s’y  prouméno 
Masquat  en  milo  è  yo  fayçoun; 

La  neyt,  lou  jour,  y  ès  en  haléno. 

A  l’ayré  dous,  mais  quin  fripoun 
Quan  s’abillo  sertout  en  peillo ! 

Moun  cher  amic,  t’y  hisés  pas; 

Hugis  soun  oueil  qui  toutjour  beillo  : 
N’angos  pas  courré  ser  sous  pas 
Ou  t’aoura  lèou  boueytat  la  bourço. 
Pres  toun  amo  è  toun  cors  après, 

De  milo  maous  près  à  sa  sourço, 
Sentira  pas  que  lous  cyprès. 

Esperi  tout  de  ma  sagésso 
Et  dou  caddet  (1)  diras  déleou  : 

Mais  jou  trembli  per  ta  jouénesso, 
Car  toun  ounclé,  balandureou, 

N’ey  pas,  hélas !  jamès  en  plaço; 
Tantos  ey  débat  un  bet  cèou, 

1  antos  galopo  ser  la  glaço, 

E  de  soun  cors  ès  un  bourrèou. 

Lous  pèous  capéron  pas  sa  nuquo, 

E  dens  Moscou,  parmi  la  neou, 

Hè  roulà  sa  caoudo  perruquo  : 

Un  jour  on  lou  beyra  dèièou, 

Chèou  Lapoun  qui  de  fred  s’arruquo 
Hè  boula  soun  darrè  chapèou . 

Ensi,  moun  cher  Bictor,  demoro, 
Demoro  dens  toun  cher  pays, 

Néguo  l’ardou  que  te  deguoro 
Deguens  lous  jus  dous  arrasis 
Doun  pas  un  grun  nous  se  coloro 
Debat  lou  soureil  de  Paris. 

Mais  s’arró  nou  pot  te  rétengué, 

Si  tc  kaou  bésé  soun  sèjour, 

Adiou!  pousquos-tu  léou  rebengue 
Aou  pays  qui  t’a  dat  lou  jour!... 


Et  le  soleil  de  la  Gascogue; 

Et  pourquoi?  pour  un  Pavis! 

Oh !  la  belle  besogne ! 

Tu  n’as  pas  ici  assez  de  soucis? 

Je  pardonne  bien,  mon  pauvre  enfant, 
'Ies  chères  soeurs,  ta  bonne  mère, 

Qui  ne  connaissent  pas  le  grand  village, 
Mais  comment  excuser  ton  père? 

II  le  sait  :  le  diable  s’y  promène 
Travesti  cn  mille  façons; 

La  nuit,  le  jour,  il  s’y  tient  en  haleine  : 
11  a  I’aspect  doux,  mais  quel  fripon 
Surtout  quand  il  s’habiile  en  robe ! 

Mon  cher  ami,  ne  t’y  fìes  pas; 

Fuis  son  oeil  qui  toujours  veille  : 

N’aille  pas  courir  sur  ses  pas. 

II  t’aurait  lestement  vidó  ta  bourse, 

Pris  ton  âme  et  ton  corps  ensuite; 

De  miile  maux  pris  à  sa  source, 

Qui  ne  respire  que  les  cyprès. 

J’espère  tout  de  mon  expérienco 
Et  du  cadet  diras-tu  peut-être  : 

Moi  je  tremble  pour  ta  jeunesse, 

Car  ton  oncle,  vagabond, 

N’est,  héias!  jamais  en  place  : 

Tantòt  sous  un  beau  ciel, 

Tantòt  il  gaioppe  sur  les  glaces, 
Bourreau  de  son  corps  : 

Ses  cheveux  ne  couvrent  pas  sa  tète 
Et  dans  Moscou,  au  milieu  des  neiges, 
li  fait  promener  sa  chaude  perruque  : 
On  le  verra  peut-ètre  un  jour 
Chez  le  Lapon  grelottant  de  froid 
Faire  voier  son  dernier  chapeau. 

Ainsi,  mon  cher  Victor,  demeure, 
Demeure  dans  ton  cher  pays; 

Noie  i’ardeur  qui  t’étreint 
Dans  le  jus  des  raisins 
Dont  le  moindre  grain  ne  se  colore 
Sous  le  ciei  de  Paris. 

Mais  si  rion  ne  peut  te  retenir, 

S’ii  te  faut  subir  son  séjour, 

Adieu,  puisses-tu  revenir  bientòt 
Au  pays  qui  t’a  donné  ie  jour  !... 


Après  Ja  lecture  des  quelques  fragraents  que  nous  venons  d’anaiyser 
(l)  Un  frère  de  sa  mère,  qui  voyageait  enRussie,  habitait  alors  Paris, 


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—  378  - 


succintement,  on  peut  aisément  se  convaincre  qu'il  déroge  à  la  véritable 
tradition  Gasconne.  De  tous  nos  troubadours  c’est  en  effet,  un  de  ceux  qui 
ont  le  plus  sacrifié  à  la  tournure  française.  Sans  cetle  défaillance  regrettable, 
nul  doute  qu’il  eût  pu  briller  au  rang  des  poètes  de  la  bonne  époque.  II  a  le 
tempéraraent  Gascon,  el  la  facilitédans  l’inspiration ;  il  possède  de  plus  la 
verve  joyeuse,  primesautière  et  toujours  intarissable  de  ses  devanciers. 
Soit  qu’il  prenne  la  lyre  de  Pindare  ou  la  flùte  de  Théocrite,  sa  Iangue  est 
tour  à  tour  simple  et  naïve,  grave  et  majestueuse,  mais  il  en  dénature  le 
génie,  bien  quese  prôtant  admirablement  à  rendre  toutcs  les  conceptions  de 
Tesprit.  Sa  Muse  a  fait  vibrer  la  fibre  populaire  par  des  créations  originales 
vives,  hardies,  empreintes  de  bonne  humeur ;  ses  chants  ont  relenti  de 
son  vivant  autour  de  lui,  et  ses  joyeux  refrains  ont  été  pieusement  recueillis 
dans  la  mémoire  de  ses  contemporains,  admirateurs  de  son  talent. 

Vivant  au  milieu  des  paysans,  parlant  leur  langage,  il  partageait  leurs 
peines  et  leurs  joies.  Type  du  bon  pasteur,  Tabbé  Laffargue  estimait  que 
les  vérités  de  la  religion  ont  besoin  d’èlre  traduites  en  langue  vulgaire  pour 
ètre  mieux  comprises  et  vulgarisées. 

II  terminait  souvent  ses  lettres  par  ces  mots  : 

Salut  è  pan  à  toutis...  Salut  et  pain  à  tous. . . 

Lou  can  negre  l’a  mourdut.  Lo  chien  noir  l’a  mordu, 

disait-il,  d’un  homme’ivre  de  vin. 

Sa  tournure'd'esprit  était  souvent  plaisaute  et  toujours  spirituelle  ;  im 
jour,  un  ami  lui  demandait  compte  de  ses  idées  poliliques,  il  répondit 
aussitôt  : 


Lou  Philipo  qu’em  pago,  qu’ou  canti  lou  Domine. 

Philippe  me  paie,  je  lui  chante  le  Domine. 

Si  on  parlait  en  sa  présence  de  Taffinité  affeclée  des  prètres  avec  la 
noblesse.  il  ripostait  ainsi : 

Lous  noblès,  lous  curés  é  lous  cas  Les  nobles,  les  curés  et  les  chiens 

Soun  tous  parens  ou  cousis  germas.  Sont  tous  parents  ou  cousins-germains. 

Cet  excellent  curé  mourut  à  Crastres  le  13  novembre  1866. 

Malgré  ses  défauts,  ce  poète,  méritait  de  sortir  de  l’oubli  et  <rètre 
mentionné  dans  rilistoire  Littéraire  de  son  pays. 


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CASSAIGNEAU  (Jeah-Basile) 


Quoique  ce  Poète  ne  soit  pas  originaire  du  département  du  Gers,  nous 
avons  cru  néannioins  intéressant  dc  le  faire  fìgurer  dans  notre  anthologie. 

En  voici  les  raisons  : 

Son  berceau  est  la  Lomagne  (1),  et,  comme  Dastros,  il  a  chanté  ce  petit 
pays  qui,  jusques  à  la  Révolution,  a  appartenu  à  la  Gascogne  avec  Lectoure 
comme  capitale.  En  outre,  au  point  de  vue  du  dialecte,  dont  la  richesse  nous 
est  connue,  il  n’était  pas  indifférent  d'établir  une  comparaison  et  d’appré- 
cier  les  modifications  qui  ont  pu  se  produire  à  travers  les  siècles. 

Du  reste,  il  est  bien  Gascon,  il  en  a  le  tempérament,  Tesprit,  la  verve  et 
la  fécondité,  autant  d  arguments  qui  militaient  en  sa  faveur. 

Jean-Basile  Gassaigneai:  est  né  à  Lamothe-Cumont ,  canton  de  Beau- 
raont-de-Lomagne,  le  27  mai  1821.  Mathieu  Cassaigneau ,  son  père,  qui 
habitait  cette  pelite  ville  où  il  exerçait  la  médecine,  s’était  marié  à  Made- 
moiselle  Louise  Campunaud ,  fille  de  Jean  Campunaud  qui  était  lui-même 
ofíicier  de  santé.  Deux  enfants  naquirent  decette  union,  une  fille  et  un  fils, 
le  Poète  qui  nous  occupe. 

A  Tàgede  dixans,  ses  parents  Tenvoyèrent  au  coilège  d’Auch  pour  com- 
mencer  ses  études  classiques  qu’il  devait  continuer  au  collège  de  Casteisar- 
rasin  et  terminer  au  collège  Royal  de  Toulouse.  Malgré  ces  changements, 


(1)  Loraagne,  petit  village  de  ranciemie  France,  dans  la  province  de  Gascogne 
(Bas-Armagnac),  était  situé  au  nord  et  au  nord  est  de  la  Garonne,  qui  le  séparait  du 
Quercy  ;  il  était  borné  au  sud  par  le  Coinminges  et  l’Armagnac,  à  l’ouest  par  ie  Con- 
domois.  La  Lomagne,  à  líiquelle  était  attacné  le  titre  de  vicomté,  était  possédée 
jadis  héréditairement  par  une  famille  qui  remonte  au  xic  siècle.  Cette  famille  s’est 
éteinte  dans  les  mâles  vers  la  fìu  du  xuv  siècle  en  la  personne  de  Vésian,  vicomte 
de  Lomagne.  Pfiilippc  de  Loniayne,  soeur  et  héréditaire  de  Vcsian,  porta  la  vicomté 
à  son  mari,  Hèlie  Taleyrand .  vícomte  de  Périgord.  Celui-ci  lavendit  au  roi  Philipp e 
le  fìel,  lequel  la  donna  en  1305  à  Arnaud  Garcie  de  Gout  et  à  Bcrtrand  de  Gout 
son  fils.  Cc  dernier  ne  laissa  qu’une  fìlle,  Règine  de  Gout,  mariée  en  1311  ìiJcaii 
comte  & Armaynac  qui,  à  la  mort  de  sa  feinme,  hérita  de  la  vicomté  de  Lomâgue.  Ce 
dernier  transféra  la  capitale  de  Laoit  à  Lectoure  qui  le  demeura  jusqu’à  la  Hévolution. 
11  l'avait  cédée  moyennant  une  rente  au  roi  de  France  qui  avait  réuni  la  vicomté  à 
la  Couronne. 


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—  380  — 


qui  auraient  pti  être  nuisibles  à  un  écolier  moins  bien  doué  que  lui,  il  étaH 
reçu  bachelier  es-lettres  avec  mention  lc  22  septembre  1838. 

La  Médecine  étant,  comme  nous  Tavons  vu,  en  grand  honnenr  dans  sa 
famille,  sa  voie  élait  toute  indiquée,  et  c’est  à  TEcole  de  Toulouse  qu’il  prit 
ses  inscriptions  (du  lel*  novembre  1838  au  ler  novembre  1840)  et  cest  à  la 
Faculté  de  Montpellier  qu’il  obtint  son  dipiômed'officier  de  santé,  le  6  octo- 
bre  1841. 

Muni  de  son  parchemin,  il  s'installait  près  de  son  père,  à  Lamothe- 
Cumont,  pour  y  exercer  son  art.  Mais  un  mariage,  qu’ii  contracta  l’année 
suivante  avec  Mademoiselle  Jeanne-Maric-Anastasie  Boubée,  fille  d’un 
ancien  chirurgien  des  armées  du  premier  Empire,  l'obligea  à  quttter  le  toit 
paternel  pour  habiter  la  commune  du  Cauzè ,  oii  résidait  sa  nouveile  íamiile. 
II  avait  à  cette  époquc  22  ans  et  ii  devait  y  exercer  ia  médecinc  durant 
54  années. 

De  ce  mariage  il  avait  eu  deux  enfants,  une  fille  et  un  fiis,  le  docteur 
Emile  Cassaigneau  (de  Ja  Faculté  de  Paris),  qui  faisait  sa  joie  et  sa  fierlé 
et  qu'il  devait  perdre  prématurément  à  l'àge  de  43  ans. 

Absorbè  par  une  clientèle  de  campagne,  souvent  exigeante,  il  emploiera 
ses  Ioisirs  à  converser  dans  l’intimité  avec  la  Muse  g'asconne. 

Ii  intitule  son  Recueil  :  Fantesios  et  Loisirs  d'un  Mêdecin  de  la 
Lomagne  (Fantaisies  et  Loisirs  d'un  Médecin  de  la  Lomagne);  et  dans  uo 
courto  Prêfaço  (unc  courte  Préface)  il  offre  son  livre  au  lecteur  en  ces 
termes  : 


Ya  pas  nat  fusil  san  cuiasso, 

Ya  pas  nado  nado  nouze  sans  tan; 
Las  campanos  au  un  batan, 

E  les  libres  uno  prefaço; 

Car  la  persouno  que  legis 
Caou  que  satbio  de  que  sagis. 

Le  titre  soul :  Mas  Fantesios, 
Expliquo  tout  en  un  soul  mot; 
Dins  moun  libret  y  a  horte  mot. 
Més,  que  balon  mas  poosios  f 
Seou  pas  Goudouliny  ni  Dastros , 
Ni  més  Jasmin,  ni  Lamartino; 
Des  rimaires  sèou  le  mcs  tros  : 
Héou  pas  que  bersis  decousino... 

Tu,  lectou,  qtie  me  legiras, 

Couino  bouillos  me  jutjaras; 
Demandi  pas  perdoun  ni  gracio  : 


11  n’y  a  pas  de  fusii  sans  culasse, 

11  n’y  a  pas  de  noix  sans  coquille; 

Les  cloches  ont  un  battant, 

Et  ies  livres  une  prêface; 

Car  la  personne  qui  ies  iit 
Tient  à  savoir  de  quoi  il  s’agit. 

Le  titre  seul  :  Mes  Fantaisics , 
Explique  tout  en  un  seul  mot; 

Dans  mon  livre  iiy  adufermeetdu  mou. 
Mais  que  valent  mcs  poésies  f 
Je  ne  suis  ni  Goudelin ,  ni  Dastros , 
Pas  plus  que  Jasniin.  ni  Lamartine; 
Des  rimeurs  je  suis  ie  plus  médiocre  : 
Je  ne  fais  que  des  vers  de  cuisi.ie... 

Toi,  lecteur,  qui  me  liras, 

Tu  me  jugcras  à  ta  fantaisic; 

Ne  demandant  ni  pardon  ni  gràce  : 


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—  381  — 


En  d’aoucunis  endrets  riras, 

En  d’aoutés,  beléou  plouraras, 

E  caouque  cop  badaillaras; 

Haras  anfìn  coumo  te  placio 
Té  caleré  bremba,  pourtant,  aniic  lectou, 

Qu’es  pla  facilo  la  critiquo... 

S’en  troubara  més  d’unt  mestres  en  rhétoriquo, 
Qu’en  haren  pas  tant  coumo  jou  .. 

En  certains  endroits  tu  riras, 

En  d’autres  peut-étre  tu  pleureras, 

Et  quelquefois  tu  baiileras  : 

Tu  feras  enfìn  à  ta  convenance. 

11  faudra  pourtant  te  souvenir,  ami  lecteur, 

Que  la  critique  est  bien  facile. 

II  s’cn  trouvera  plus  d’un,  maitres  en  rbétorique. 
Qui  n’en  feraientpas  autant  que  moi. 


Excellent  pralicien,  M.  Cassaigneau  a  fourni  la  carrière  d’un  travailleur 
dans  le  petit  coin  modcstc  et  retiré  où  il  avait  plantc  sa  tente  professionnelle 
au  fronton  de  laquelle  ii  avait  inscrit  la  belle  devise  qui  était  la  sienne  et 
illustrée  de  sa  plume  féconde  : 

Amare,  Cvedere ,  et  Semper  laborare. 

Amare ,  c'est-à-dire  partager  son  coeur  entre  le  culte  de  la  beauíé  de  la 
nature,  Tamourde  sa  profession  et  une  afïection  sans  bornc  pour  les  siens. 

Crcdere ,  c’est-à-dire  avoir  confiance  dans  1  efficacitc  de  l’effort,  accorder 
crédit  à  la  parole  et  aux  promesses  souvent  fallacieuses  des  hommes;  avoir 
le  culte  dç  la  justice  et  de  la  vérité,  et  conserver  toujours  l’espérance  dans 
des  jours  meilleurs. 

Semper  laborare ,  enfin,  c  est-à-dire  courir  sans  cesse,  Ia  nuit  et  le  jour 
à  travers  champs,  par  toutes  lcs  intempéries,  la  pluie,  le  íroid,  la  neige, 
eomme  par  le  soleil  brûlant,  pour  porter  son  secours  etses  soinsau  malade, 
le  guérir  parfois,  le  soulager  souvent,  Je  consoler  toujours;  et  ne  retirer  de 
ce  dévouement  oii  on  se  donne,  se  prodigue  et  se  sacrifie  tout  entier  sans 
compter,  que  maigre  profit  et  large  ingratitude. 

C’est  ce  sujet  intéressant  qui  servira  de  thème  à  son  morceau  de  début 
qu’ii  intitulera  :  Las  tribulatious  d’un  médecin  de  campagno  (Les  tribu. 
Jalions  d’un  médecin  de  campagne,  poème  divisé  en  cinq  cliants,  oii  il 
exercera  sa  verve  satirique.  II  débute  ainsi  : 


Tu?  que  te  crusos  le  cerhèt 
E  que  t’ichugos  1a  poitrino 
Per  estudia  la  medecino, 
Pardi!  te  semblo  qu’es  pla  bèt 


Toi!  qui  te  crcuses  le  cerveau 
Et  t’essuies  la  poitrine 
Pour  étudier  la  médecine, 

Parbleu !  il  te  semble  quec’est  bien  beau 


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ft’este  medecin  de  campagno  ï 
Quan  n’aoujos  tastat,  ac  beiras; 
Alabcts,  coumo  jou,  diras 
Qu’es  uo  famuso  magagno 
De  touca  lou  pous  as  paisans: 
Troubaras  pas  l’éstat  aimable! 

Bint  cop  per  jour,  daouant  dus  ans, 
Emboujaras  bé  tout  aou  diabJe  : 

La  trousso,  lancètos,  malaous, 

E  més  touto  sorto  de  raaous!  . . 

Jou  te  parli  per  experienço, 

Séou  dempèi  loungtens  sou  chantié, 
Dcclari  doun,  sur  raa  counscicnço, 
Que  séou  plà  sadout  dou  mestié  . . 
Balere  més  csta  peillaire. 

Marchand  de  luquets,  abrasaire, 
Courgnogo,  ramounur  anfin, 

Qu’a  la  campagno  medecin  ! 


D’être  médecin  de  campagne  f 
Quand  tu  en  auras  tâté,  tu  le  verras; 
Alors,  tu  diras  comme  moi, 

Que  c’est  une  fameuse  engeance 
De  toucher  le  pouls  aux  paysans; 

Tu  ne  trouveras  pas  l’état  aimable! 
Vingt  fois  par  jour,  avant  deux  ans, 

Tu  enverras,  certes,  tout  au  diable  : 

La  trousse,  lancettcs,  malades, 

Et  même  toute  sortes  de  maladies  !... 

Je  te  parle  par  expérience, 

Etant  depuis  longtemps  sur  le  chantier, 
Je  déclare  donc,  sur  ma  conscicnce, 

Que  je  suis  bien  dégoûté  du  mctier... 

II  vaudraitmieuxètremarchandd’habits 
D’allumettes,  fondeurs  de  cuillers, 
Ravaudeurdesouliers,ou  bien  ramoneur, 
Que  médecin  à  la  campagne  ! 


Caou  doun  que  siosque  fort  iugratc 
La  scienço  dou  gran  Hippocrato  (1)? 
Pensi,  dan  la  graço  de  Diou, 
Qu’aurèi  pas  besoun  de  poudriou 
En  de  passa  tout  en  rebuyo; 

Qui  m’escoute  séra  esclaïrat, 

Aou  mens  s’cs  pas  afót  bournat 
E  s’as  dus  oeils  a  pas  la  luyo  : 


II  faut  donc  qu’elle  soit  bien  ingrate 
La  scicnce  du  grand  Hippocratc  f 
Je  pense,  avec  la  grâce  de  Dieu, 

N’avoir  pas  besoin  d’aide 
Pour  passer  tout  en  revue; 

Qui  m’écoute  scra  convaincu, 

A  moins  qu’il  ne  soitcomplètement  borné 
Ets’il  a  deux  yeux  il  n’a  pas  la  cataracte: 


Sabèn  que  se  caouqun  bol  aprengue  la  croués, 
Ba  pas  ço  de  prumé  coumença  per  l’izedo; 

E  mes  qu'un  caperan  s’ac  margare  aou  rebès, 
S’en  plaço  dou  Patcr  entounâo  le  Crcdo  : 
M’en  baou  doun,  tout  pruméroment 
Coumença  pou  coumençoment  : 


Jouen  homme  studious,  sés  aou  cap  de  la  costo, 
Tu,  qu’en  d’cste  douctou  t’es  boutat  en  camin; 


On  sait  que  si  quelqu’un  veut  apprendre  l’alphabet 
II  ne  va  pas  au  début  commencer  par  le  zède  ; 

De  mème  qif un  prétre  mettrait  tout  à  l’envers, 

8i  au  lieu  du  Patcr  il  entonnait  le  Crcdo  : 

Je  vais  donc,  premièrement, 

Commencer  par  le  commencement : 

Jeune  liomme  studieux,  si  tu  es  au  bout  de  la  cóte, 
Toi,  qui  pour  ètre  doctcur,  t'es  mis  en  route ; 


(1)  Hipporratc ,  le  plus  grand  m 'decin  de  rantiquitê,  naquit  dans  l’ile  de  Cos  vers 
fan  4G0  avant  J.-C.  et  mourut  à  90  ans.  .Ses  ouvrages,  eucore  admirés  de  nos  jours, 
sont  regardès  comme  la  base  de  la  science  médicale. 


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Diplomat  de  Paris,  sabes  ço  que  te  costo 
De  gagaa  dins  bint  ans  un  tros  de  parchemin  ! . . . 
Aro  te  caou  muni  d  un  gran  troupet  de  libés, 

D’un  milé  d’ostrumonts  de  toutis  lous  calibres, 
Utissis  rafinats,  flambents  naous  e  luzents, 

Que  formon  l’arsenal  en  degari  las  gens; 

A  forço  de  dinés,  munit  d’aquet  bagatge, 

Fier  coumo  ’n  ci-daouant,  tournos  dins  toun  bilatge; 
Le  XíèrOj  le  Rcgcnt  è  mes  le  Capcran 
Te  bengon  bisita,  le  capèt  à  la  man, 

Per  te  dise  :  «  Moussu,  saludan  dambe  joyo 
Le  douctou  desirat  que  le  céou  nous  emboyo; 

Le  pais  bous  atend  coumo  ’n  noubel  Jêsus  i . . . 
Dambé  les  rebenguts  de  bosto  ciientèlo; 

Seratz  dins  paouc  de  tens  riche  coumo  Crèsus. 

E  pouyratz  cado  jour  minja  bosto  coustèlo  ’  » 

Tu  creses  tout  aco,  t’anflos  coumo  le  paou, 

Te  flguros  anflu  d’aouge  bilo  gagnado, 

E  beses  à  déja  dins  ta  bourso  ’sculado 
Pecetos  e  Jouidors  toumba  coumo  qui  plaou  !.  , 

En  de  paga  tas  penos  e  tas  coursos, 

Les  campagnards,  ne  jougari  le  cot, 

D’escuts  e  de  pecetos  roussos 
Te  ban  pla  plea  l’esclipot .. 


Diplómé  de  Paris,  tu  sais  ce  que  te  coúte 
De  gagner  dans  vingt  ans  un  bout  de  parchemin  !... 
Maintenant  il  te  faut  munir  d’un  grand  nombre  de  livres, 
D'un  millier  d’instruments  de  tous  les  calibres, 

Outils  raflnés,  flambants  neufs  et  luisants, 

Qui  forment  l’arsenal  bon  à  guérir  les  gens  ; 

A  prix  d’argent,  muni  de  ce  bagage, 

Fier  comme  un  noble  d’origine,  tu  arrives  dans  ton  village  ; 
Le  Maire,  le  Rógent  et  méme  le  Curé, 

Viennent  te  visiter  le  chapeau  à  la  main, 

Pour  te  dire  :  «  Monsieur,  nous  saluons  avec  joie 
Le  Docteur  désiré  que  le  ciel  nous  envoie  ; 

Le  pays  vous  attend  comme  un  nouveau  Jésus  /...’ 

Avec  les  revenus  de  votre  clientèle, 

Vous  serez  dans  peu  de  temps  riche  comrae  Crésus 
Et  vous  pourrcz  chaque  jour  manger  votre  cotelette  !  » 

Toi  tu  crois  tout  cela,  tu  t’enfles  comme  un  paon 
Te  flgurant  cnfìn  d’avoir  ville  gagnée 
Tu  vois  déjà  dans  ta  bourse  éculée 
Pièces  d’or  et  d'argent  tomber  comme  la  pluie  !... 

Pour  payer  tes  peines  et  tes  courses, 

Les  campagnards,  je  joucrai  ma  téte, 

D’écus  et  de  pièces  rousses 
Vont  remplir  ton  coffre-fort. 


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-  384  - 

Bouti  qu’un  medecin,  un  flambéou  de  la  scienco, 
Fort  coumo  Oalien ,  e  munit  de  patienço, 

S’en  ango  en  tas  païsants  exerça  soun  estat; 
L’aboundo  pas  de  re  d’este  plan  argoutot; 

Se  les  prumés  malaous,  que  de  souegna  le  trigo, 
Bengon  à  gari  pas,  pot  barra  sa  boutigo; 

Dens  la  réalitat  pot  este  fort  adret, 

As  oeils  des  campagnards  sera  pas  qu’un  caillet ! 
Boulèts  que  le  surgcnt  ne  siosque  respounsable  ? 
Certo !  l'home  de  l’art  pot  pas  aoujc  nat  tort, 

Éro  dempei  loung-temps  coundamnat  à  la  mort 
Âquèste  praube  gus,  e  dessigu  gran  peno 
Que  digun  dins  sous  cos  rétengousso  l'haleno, 

Tout  aco  ’s  plà  bertat,  taplà  le  païsant  dits  : 

Que  moussu  médecin  so  l’a  passat  pous  digts; 

Qu’au  loc  de  le  purga  l’a  héit  uno  sannïo, 

Ço  que  dins  le  moument  l’a  mes  à  l’agounïo; 

Bous  juro,  sur  l’aunou  quc  s’ero  ’stat  purgat, 

Le  malaou,  dessigu,  sere  plen  de  santat 
E  que  le  mcdecin  a  hèit  uo  mebuyo. 

Tout  aro,  dans  las  dens,  boli  gaha  la  luyo, 

E  me  planta  sou  cap  le  clouquè  de  tìiouès , 

Se  proubatz  aou  paisant  que  jutjo  de  traouès, 
Rebensera  cent  cops,  serious  coumo  lou  Papo, 

Le  malaou  sere  biou  s’èro  pas  YEsculapo  ! 

J'admets  qu’un  médecin,  un  flambeau  de  science, 
Savant  comnie  Galien,  et  muni  de  patience. 

Aille  chez  les  paysans  excrcer  son  mètier ; 

II  ne  lui  sert  de  rien  d’être  bien  prèparè 

Si  les  premiers  malades  qu’il  lui  tarde  de  soigner 

Viennentà  ne  pas  guérir,  il  peut  fermer  boutique  ; 

Dans  la  rèalité  il  pourra  ètre  fort  adroit, 

Aux  yeux  des  campagnards  il  ne  scra  qu’un  écorclicur  ! 
Vous  voulez  qu’un  mèdecin  soit  responsable  ? 

Certos  !  l’homme  de  l'art  ne  saurait  avoir  tort, 

II  était  depuis  longtemps  condamnè  à  mort 
Ce  pauvre  gueux,  et  certes  il  eut  ètè  difticile 
Que  quelqu’un  dans  son  corps  pût  maintenir  la  vic, 

Tout  ccla  est  bien  vrai,  malgrè  tout  le  pavsan  raconte 

Que  Monsieur  le  Mèdecin  l’a  tuè  í 

(Ju’au  lieu  dc  le  purger  il  a  praliquè  une  saignèc, 

Ce  qui  au  méme  instant  l’a  mis  à  l’agonie ; 

Vous  jurant  sur  l'honneur  que  s’il  cût  ètè  purgé, 

Le  malade,  ccrtainement,  serait  plein  de  santè 
F.t  quc  le  mèdcciu  a  commis  une  bèvue. 

Sur  l’heure  avec  mes  dents  jc  consens  à  attraper  la  lune 
Kt  planter  sur  ma  léte  le  clocher  de  Bicès 
Si  vous  prouvez  au  paysan  qu’il  juge  à  lort, 

Hèpètant  cent  fois,  sèrieux  eomme  le  Pape  ; 

Que  le  malade  serait  en  vie  sans  YEsculape  ! 


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—  38£5  — 

Le  praoube  medecin  ès  tontjoor  critiqnat. 

Le  bous  boli  bouta  qu’es  plan  apraticat; 

Pronbarèi,  saquelà,  que  tout  le  ba  de  pnntos; 

Que  s’en  tiro,  plà  sonen,  de  machantos  rejuntos; 

Qne  coumo  ’n  galerien  qne  traino  le  boulet, 

Jamès  le  dechon  pas  en  tinto  ni  ’n  paret : 

Sio  de  nèit,  sio  de  jour,  es  toutjour  en  campagno  : 
Per  souégna  campagnards  caon  pas  aouge  la  cagno ! 
Aco  raï,  me  diratz  :  ponrbu  qne  sonn  trabail 
Le  porte  rebengut,  aco  ’s  atchi  qu’es  l’ail ! 

San  doute,  mes  qne  souen  l’en  hen  bese  de  grisos, 

E  que  de  tres  cops  dus  le  pagon  dan  soutisos, 

Que  soun  entas  païsants  la  monnedo  de  cours; 

En  de  le  counsulta,  dessigu,  sonn  pas  courts, 

En  d’expliqna  lours  maous,  les  y  manquo  pas  blago, 
Mès,  forço  cops,  soun  muts  quan  sagis  de  la  pago; 

Se  soun  redes  aou  liéyt,  proumeton  mars  e  mounts, 
Apéi,  quan  soun  garits,  bous  pagon  d’amb*  afrounts  ! 
Jou,  sabi  tont  aco,  m’en  caou  leca  mès  d’uno, 

Me  manquo  pas  trabaii  é  mès  héon  pas  fourtuno ! 

Me  cargui  d’ac  prouba;  mès  ès  pas  le  moument 
D'ana  de  but  en  blanc  parla  dou  pagoment; 

Quan  aribo  soun  tour,  cado  caouso  s’expiiqno, 

Aro  doun,  pus  qu’y  sèn,  parien  de  la  pratiquo  : 


Le  pauvre  médecin  est  toujours  critiqué. 

Je  veux  vous  concéder  méme  qu’il  a  une  clientèle  nombreuse  ; 

Je  prouverai  amplement  que  tout  va  de  travers ; 

Et  qu’il  en  retire  bien  souvent  de  mauvais  résultats. 

Et  comme  un  galérien  qui  traine  le  boulet, 

On  ne  le  laisse  jamais  en  repos  : 

Soit  de  nuit,  soit  de  jour,  constamment  en  campagne ; 

Pour  soigner  des  campagnards  il  ne  faut  pas  étre  paresseux ! 

Qu’à  cela  ne  tienne,  me  direz-vous  :  pourvu  que  son  tr&vail 
Lui  rapporte  un  bénéflce,  c’est  là  qu’est  la  difficulté ; 

Sans  doute,  bien  que  souvent  on  lui  en  fait  voir  de  grises, 

Et  que  sur  trois  fois  deux  on  le  paie  avec  des  sottises, 

C'estchez  les  paysans  la  monnaie  qui  a  cours  ; 

Pour  le  consuiler,  certes,  ils  ne  sont  pas  embarrassés, 

Et  pour  cxpliquer  leurs  maux,  la  blague  ne  leur  fait  pas  défaut ; 

Mais  bien  souvent  ils  sontmuets  quand  il  s’agit  d’honoraires; 

S’ils  sont  raides  au  lit,  ils  promettent  merveilles 

Puis  quand  ils  sont  guéris  ils  vous  paient  avec  des  affronts  ! 

Moi  je  sais  tout  cela,  il  faut  que  je  m’en  lèche  plus  d’une, 

II  ne  me  manque  pas  de  travail,  et  malgré  cela  je  ne  fais  pas  fortune  ! 
Je  me  charge  de  le  prouver  ;  mais  ce  n'est  pas  le  moment 
D’aller  de  but  en  blanc  parler  du  paiement. 

Quand  son  tour  arrivera,  chaque  chose  s’explique, 

Maintenant  donc,  puisque  j’y  suis,  parlons  de  la  pratique  : 

25 


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—  386  - 


Quant  un  païsant  toumbo  malaou, 

M'emboyo  pas  querre  de  suito; 

S  aimo  mes  supourta  le  maou 
En  de  s’espragna  la  besito ! . . . 

Pourtant  quan  dins  soun  liéyt,  rede  coumo  ’n  souquet, 
Rousent  coumo  'n  carboun,  la  íìèbre  que  l’atuco, 


Lorsqu’un  paysan  tombe  malade, 

11  ne  m’envoie  pas  chercher  de  suite  ; 

11  aime  mieux  supporter  le  mal 
Pour  épargner  une  visite  !... 

Pourtant  lorsque  dans  son  lit  raide  comme  une  souche 
Brúlant  comme  un  charbon,  la  fièvre  l’assiège 


Le  teng,  le  rougagno,  l’arruco, 

Me  caou  parti  coumo  'n  lambret; 

Es  malaou  dempéi  sài  pas  couro, 

Taplà  me  reclamo  sur  l’houro. 

Caou  que  la  santat  sio  de  fer; 

Pendent  la  nèit,  dambè  la  biso, 

Plá  souen  m’hasardi  dins  l’hiouèr, 

En  de  gagna  caouquo  soutiso ! . . . 

«  Moun  pay,  s’estofo  tout  à  fet, 
Moussu '  si  bouplét,  bous  caou  bengue ! 
Cresi  qu?a  un  mos  aou  ganitèt, 

E  l’on  sab  pas  coumo  s’en  prengue; 
Sieguètz-me,  s’es  bosto  bountat? 

—  Ya  loung-tems  que  s’es  alieytat? 

—  J  utjatz,  moussu !  l’aouto  semano  : 
Houeyt  jours  a  que  caoucom  l’escano ! 
Pot  pas  brico  mes  panthena.  . 

Tiro  la  lengo  tant  que  n’a, 

Tout  ço  qne  preng  le  semblo  estoupos, 
A  pas  minjat  que  dus  cops  soupos 
Entre  tout,  dempèi  jé  matin!... » 

—  N’a  bé  engoulit  dios  pleos  gaoudos  .. 
Aro  se  hé  las  tournosbaoudos 
Tch’acusaran  ?. . .  le  médecin !!! 

N’ei  bistis  dins  moun  ministèri 
Més  de  cent,  que  soun  debourats 
Pes  bermous  dins  le  cementèri 
Perço  quo  s’éron  trop  bourrats; 

E  més  cadun  dits  tant  que  gaouzo 
Qu’aco  ’s  jou  que  ne  séou  la  caousol... 


Le  tient,  le  ronge,  le  fait  pelotonner, 

II  faut  que  je  parte  comme  un  éclair; 

II  est  malade  depuis  je  ne  sais  combien 

[de  temps, 

Malgré  cela  il  me  réclame  sur  l’heure; 

II  faut  que  ma  santé  soit  de  fer; 

Durant  la  nuit,  avec  la  bise, 

Bien  souvent  je  me  hasardo  l’hiver 
Pour  récolter  quelque  sottiseî. . . 

«  Mon  père  s’étoufïe  complètement, 
Monsieur,  s’il  vous  plaît,  il  faut  venir  ! 
Je  croisqu’ilaun  morceaudans  legosier, 
Et  l’on  ne  sait  comment  s’y  prendre; 
Suivez-moi  si  cela  est  votre  bonté? 

—  Y  a-t*il  longtemps  qu’il  est  alité? 

—  Jugez,  monsieur,  l’autre  semaine  : 
Depuis  huit  joursquelque  chosel’étouffe! 
II  ne  peut  presque  plus  respirer... 

II  tire  la  langue  tant  qu’il  en  a, 
Toutcequ’ilprendlui  sembledesétoupes 
II  n’a  mangé  que  deux  fois  de  la  soupe 
Pour  toutalimentdepuis  hier  matin !...% 

—  II  en  a  bien  avalé  doux  plei  nes  jattes. . . 
Maintenant  s’il  meurt 

Qui  accusera-t-on?...  le  médecin  !!I 
J’en  ai  vu  durant  mon  ministère 
Plus  de  cent,  qui  sont  dévorés 
Par  les  vers  dans  le  cimetière 
Parce  qu’ils  s’étaient  trop  bourrés; 

Et  même  chacun  dit  autant  qu’il  l’ose 
Que  c’est  moi  qui  en  suis  la  causel... 


Plà  souen,  m'arribo  qu’un  païsant  II  m’arrive  bien  souvent  qu’un  paysan 
Qu’es  entrat  en  coumbaiescenço  Qui  est  entré  en  convalescence 

M’escouto  pas;  l’ei  dit  pourtant :  Ne  m’écoute  pas,  je  lui  ai  pourtant  dit  i 

«  Moun  amic,  caou  prengue  patienço,  «  Mon  ami,  il  faut  prondre  patience, 


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387  — 


Tangos  pas  espaousa  la  pèt 
Que  nou  siosques  garit  afèt : 

Si  nou,  toumbaras  en  rechuto. . .  » 
Hé  pas  nat  cas  de  eqouh  counseils; 
La  mort  le  gaho  pès  arteils 
E  dins  la  hosso  le  culbuto! 

Més  as  oeils  d’ou  prumé  maraoutl 
Es  mort  de  caouque  medecino, 

Le  m’ei  passat  per  l'estamino  : 

Aco  's  jou  que  séou  le  nigaout. . . 

E  sele  proubatz  quo  se  troumpo 
Boueyti  la  mar  d’un  cop  de  poumpo ! 

Digun  se  pot  pas  fìgura 
Les  afrounts  que  caou  endura  : 
Quan  la  sasoun  es  arribado 
De  baccina  les  maynatjous, 

Las  mays  bous  hèn  milo  questious; 
Bolen  la  baccino  triado; 

Dison  :  «  Moussu,  sètz  prebengut : 
Boutaratz  pas  à  moun  maynatge 
Picoto  d'ou  prumé  bengut? 

Bous  jogui  que  dins  le  bilatgé, 

Y  a  pas  digun  de  mes  gamat, 
Qu'aoujo  le  cos  més  estamat, 

Que  tchi  bous  teng  aquet  lengatge ! 
Se  l’on  demando  un  pagoment, 
Bous  respounon,  san  tour-ni-boto  : 
«  Sétz  pagat  pou  Goubèrncment 
Afln  de  mète  la  picoto, 

Prénguerets  argent  de  dios  mas, 
Bailli  pas  re,  car  me  plai  pas !  » 
Sur  aqueste  sutjét  me  cari; 

Car  dan  les  desagradoments 
Qu’enduri  damb’  aqueros  gens 
Hari  un  libre  coumo  'n  armari. 


N’aille  pas  exposer  ta  peau, 

Que  tu  ne  soies  complètement  guéri  : 

Si  non  tu  tomberas  en  rechute... » 

11  ne  fait  pas  le  moindre  cas  de  mes  conseils; 
La  mort  le  saisit  par  ses  orteils 
Et  dans  la  fosse  le  culbute ! 

Alors  aux  yeux  du  premier  maraud  venu ! 
II  est  mort  de  quelque  drogue, 

Je  me  le  suis  passé  par  l’étamine  : 

C'est  moi  qui  suis  le  nigaud . . . 

Et  si  vous  lui  prouvez  qu’il  se  trompe, 
Je  vide  la  mer  d’un  coup  de  pompe  l . . . 

Personne  ne  peut  s’imaginer 
Les  afïronts  qu’il  faut  endurer  : 

Quand  la  saison  est  arrivée 
De  vacciner  les  enfants, 

Les  mères  vous  posent  mille  questions; 
Elles  veulent  du  vaccin  choisi. 

E  n  d  i  san  t :  «Mon  sieur ,  vous  êtes  pré  ven  u , 
Vous  ne  mettrez  pas  à  mon  enfant 
Du  vaccin  du  premier  venu?  * 

Je  vous  parie  que  dans  le  village 
II  n’y  a  personne  de  plus  malade 
Q  ui  ait  lecorps  plus  couvert  de  cicatrices , 
Que  celui  qui  vous  tient  ce  iangage ! 

Si  l’on  demande  une  rétribution, 

Ils  répondent  sans  détour  : 

Vous  êtes  payé  par  le  Gouvernement 
Pour  mettre  le  vaccin, 

Vous  prendriez  argent  des  deux  mains, 
Je  ne  donne  rien,  car  cela  me  plait !  » 
Sur  ce  sujet  je  rae  tais, 

Car  avec  les  désagréments 

Que  j’endure  de  pareilles  gens 

Je  ferai  un  livre  comme  une  armoire. . . 


II  assombrit  le  tableau  qu’il  vient  de  nous  faire  en  nous  présentant  les 
ennemis  qui  menacent  encore  le  triste  sort  du  médecin  de  campagne.  Ce 
sont  les  7'enoueurS;  rhabilleursy  rebouteurs  (1)  qui  lui  font  une  redoutable 

(1)  De  tout  temps  en  France  et  par  tout  le  monde  les  rebouteurs  furent  célèbres  ; 
pendant  longtemps  ils  ont  régné  en  maitres,  guérissam  malgré  la  Faculté  et  se  riant 
de  ses  doctes  arrêts.  Que  de  fois  on  a  vu  un  rebouteur  guerir  en  quelques  séances 
une  entorse  qui,  entre  les  mains  d’unchirurgien,  eût  duré  six  mois!  Onleurareproché 
de  ne  pas  íaire  de  dignostic,  de  soigncr  par  la  mobilisation  des  fractures  qu’ils 
prenaient  pour  des  entorses  !  C’était  chose  grave,  impardonnable,  criminelle  !  Mais 
voici  qu'aujourd’hui  la  science  ofïìcielle  vient  de  réhabiliter  ces  malfaiteurs.  Leur 
méthode  triomphe,  et  leurs  erreurs  ont  servi  la  science.  Les  fracïures,  traitées  par  la 
niobilisation,  guéiissent  mieux  et  plus  vite  ;  il  n’y  a  plus  d'ankylose,  plus  de  raideur, 
plus  d’atropbie  musculaire,  et  le  merabre  retrouve  dans  le  mimmum  de  temps  rinté- 
griié  de  ses  foncuons. 


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-  388  — 


concurrence  en  exploitant  habilement  la  crédulité  des  paysans.  Ce  sera  le 
sujet  de  son  Deuxième  Chani .  Voici  le  portrait  qu’il  fait  de  Tun  d*entre 
eux,  Le  Méniquo  dé  la  Garièro  (1)  (Dominique  de  la  Garière)  : 


Le  Meniquoun  n’es  pas  nat  sot, 

Es  fort  sur  las  delougaduros; 

E  quan  sagis  de  coúpaduros, 

Le  prengatz  pas  per  un  palot ! 

Sans  doute  quo  dins  sa  pratiquo 
Les  arribat  caouque  rebès; 

Planis  marchâon  de  traoués 

Qu  aou  jourd’aouèy  marchon  pas  brico 

Desempéi  que  l’an  counsultat... 

Mès  que  boulèts,  l’home  d’estat 
Hé  toutjour  caouquo  flascoulado... 
Tch’  es  aquet  que  ne  hé  pas  nado  ?... 


Dominique  n’est  pas  un  sot, 

II  est  habile  pour  les  foulures, 

Et  quand  il  a’agit  de  cassures, 

Ne  le  prenez  pas  pour  un  maladroit ! 
Sans  nul  doute  dans  sa  pratique 
11  lui  est  arrivé  quelques  déboires; 
Beaucoup  marchaient  de  travers 
Quiaujourd’hui  ne  marchent  plusdu  tout 
Depuis  qu’ils  Tont  consulté... 

Mais que  voulez  vous,  l’hommede  métier 
Fait  toujours  quelque  sottise... 

Quelest  celui  qui  n’en  fait  jaraais  aucune? 


Mais  il  n’est  pas  le  seul;  les  malades  ont  encore  recours  à  YAdoubaire 
de  la  Capero  (le  Rhabilleur  de  la  Chapelle)  (2),  dont  la  réputation  est 
grande  dans  toule  la  région  pour  son  adresse  et  sa  force  musculaire. 


De  touts  coustats,  las  gens  y  ban 
Enta  ’n  aqueste,  a  renoumado; 

Gn’a  qu’y  bengon  do  Mountauban, 
D’aoutés  de  Mountech ,  de  Caousado , 
De  Mounyaillard,  d 'Asquos  surtout, 
De  Baoumount,  anfin  de  pertout. 

Es  counegut  dins  la  Gascougno 
Coumo  l’uché  dins  soun  endret. 

Le  banton  coumo  fort  adret, 

E  munit  d’uno  bouno  pougno  I 
Planis  man  dit  que  s’un  crestian 
Le  toumbào  debat  la  man, 

Embelat  è  tort  coumo  ’n  èsso, 

Quan  s’en  tournâo  d’entan  ét, 

Ero  sigu  d’èste  plà  dret 
Ou  calèo  que  tout  petèsso  ! 


De  tous  les  cótés,  les  gens  se  rendent 
Chez  celui-ci,  il  possède  la  renommée; 
II  y  en  a  qui  viennent  de  Montauban , 
D’auti-es  de  Montech,  de  Caussade , 

De  Montgaillard .  d’Asqucs  surtout, 

De  Bcaumont,  enfin  de  partout. 

II  est  connu  en  Gascogne 
Comme  l’huissier  dans  son  pays. 

On  le  vante  coinme  étant  fort  adroit 
Et  muni  d’une  solide  poigne  I 
Beaucoup  m’ont  affirmè  que  lorsqu’un 
Lui  tombait  sous  la  main,  [chrétien 
Doublé  comme  une  douve  et  boiteux 
[comme  une  esse, 
Lorsqu’il  sortait  de  chez  lui 
Etait  certain  d’ètre  très  droit, 

Ou  il  fallait  que  tout  claque!... 


La  Broquo  (La  Broque ),  empirique  femelle,  qui  habitait  de  son  vivant 
la  commune  de  Faudoas  (canton  de  Beaumont),  et  qui  jouissait  au  loin 

(1)  Renoueur  qui  de  son  vivant  habitait  la  commune  de  Faudoas ,  canton  de 
Beaumont,  où  il  a  longtemps  exploité  la  crédulité  des  paysans  des  environs.  (note  de 
l'althlh.) 

(2)  La  petite  commune  de  Lachapellc  (canton  de  Lavit,  Tarn-et-Garonne)  à  l’avan- 
tage  de  posséder  un  rhabilleur  jouissam  d’une  force  herculéenne  proverbiale  :  avis 
aux  amateurs  ! ! !  (note  de  l’auteuu.) 


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d'une  réputatîon  fabuleuse  pour  la  cure  des  maladies  vermineuses  de  Ten- 
fance,  fera  l'objet  de  son  Troisième  Chant : 


La  Broco,  bous  caou  hé  attentioun, 
Es  pas  uno  henno  coumuno ! . . . 

Jou  l’ei  bisto  en  counsultatioun; 

E  dessigu  gn’a  plà  mes  d’uno 
D’aqueros  que  porton  capèt, 

Qu’an  pas  belèou  ta  boun  cerbèt f . .  • 
fìous  ac  disi  san  flaterio, 

Counei  mes  d’uno  maladio. 

Mentissi  pas,  car  jou  séou  franc  : 
S'aouetz  uno  pèrdo  de  sang. 

Se  la  bermino  bous  tracasso, 

Dins  le  moument  bous  ac  acasso  : 
Counei  surtout  sou  maou  de  dents, 
Sur  las  doulous,  sur  la  couliquo; 
Gariscouc  mêmo  dins  le  tens 
Uno  hiilo  qu’ero  ’stroupiquo... 

L’on  dits  anftn  :  «  Un  tal  ès  mort, 
Minjara  pas  mès  pan  ni  coco  : 

Le  malhurous !  aougouc  le  tort 
D’embouya  pas  querre  ia  Broco  !...  » 


La  fìroque,  il  faut  prendre  garde, 

N’est  pas  une  femme  ordinaire !. . . 

Je  l’ai  vue  en  consultation; 

Et  certes  il  y  en  a  plus  d’une 
De  celies  qui  portent  chapeaux 
Qui  n’ont  peut-être  pas  un  cerveau  si 
Je  vous  lc  dis  sans  flatterie,  [solide ! 
Elle  connaît  plus  d’une  maladie. 

Je  ne  mens  pas,  car  je  suis  franc  : 

Si  vous  avez  une  perte  de  sang, 

Si  la  vermine  vous  tracasse, 

Sur  le  champ  elle  vous  en  débarrasse : 
Elle  traite  surtout  les  maux  dedents, 
Les  douleurs,  la  colique; 

Elle  guérit  mème  dans  ie  temps 
Une  fille  qui  était  hydropique. . . 

L'on  dit  enfin  :  «  Un  tei  est  mort, 

II  ne  mangera  plus  ni  pain  ni  gâteau  : 

Le  maiheureux !  il  eut  le  tort 

De  ne  pas  envoyer  chorcher  la  Broque  !* 


II  consacrera  aux  Charlatam ,  qui,  en  général,  de  tout  temps,  ont  exercé 
un  prestige  sans  ógal  sur  les  paysans,  son  Quatrième  Chant  : 


S’  un  charlatan  beng  à  Beoumount 
Damb’  uno  poulido  boueture, 

S’  es  insoulent  e  qu’aujo  frount, 
Debito  soun  oli-d'enduro  ! . . . 
Coumo  ’no  bando  d’agassats, 

Tous  les  païsants  de  la  Loumagno 
De  ie  bada  soun  empressats; 

En  d’aco  nat  n’a  pas  ia  cagno. 
Escouton  pas  le  caperan 
Que  cado  dimeche  presico; 

Mès  quan  sagis  d'un  charlatan 
Eris  nou  s’aouejon  pas  brico  : 

Le  tort,  le  garrèl,  le  boussut, 

Le  sourd,  le  qu’a  ia  bisto  flaco 
Ou  qu’as  oeils  a  la  cacaraco, 
S’aimaren  mes  douna  ’n  escut 
Que  de  croumpa  pas  uno  fiolo. 
L’home  d’aiilurs  es  un  sabent ! . . . 
Es  passat  per  mès  d’un’  scolo, 

Car  s*ero  pas  qu’un  ignourent 


Si  un  charlatan  vient  à  Beaumont 
Avec  une  jolie  voiture, 

S’ii  est  insolent  et  qu’il  ait  du  toupet, 
Ii  débite  son  huilc  de  patience  I... 
Comme  une  bande  de  pies, 

Tous  les  paysans  de  la  Lomagne 
De  l’écouter  sont  empressés; 

Pour  cela  pas  un  n’est  paresseux. 

Ils  n’écoutent  pas  le  curé 
Qui  prèche  tous  les  dimanches; 

Mais  quand  il  s’agit  d'un  charlatan 
Ils  ne  s’ennuient  pas  du  tout : 

Le  boiteux,  le  pied-bot,  le  bossu, 

Le  sourd,  celui  qui  a  la  vue  courte 
Ou  qui  a  la  cataracte  aux  yeux, 
Aimeraicnt  mieux  donner  un  ócu 
Plutòt  que  de  ne  pas  acheter  une  fiole. 
L’homme  d’ailleurs  est  un  savant!.  . 

II  est  passé  par  plus  d'une  école, 

Car  s’il  n’était  qu’un  ignorant 


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Ou  caouque  surgent  de  bricolo,  Ou  quelque  médecin  de  bricole, 

Nou  seré  pas  tant  insoulent.  II  ne  serait  pas  si  insolent. 

De  talo  sorto  sorto  que  s’y  buton,  De  telle  sorte  qu’ils  s’y  pressent, 

S’y  picagnon  e  s’y  disputon  :  Se  tracassent  et  se  disputent  : 

Le  Joan,  le  Jordi,  le  Guiraoud,  Jean,  Goorges  et  Guiraud, 

Qu’an  pas  que  dex  sòs  dins  l’argaoud,  Qui  n’ont  que  dix  sous  dans  leur  veste 
Qu’eron  en  de  croumpa  sardinos,  Destinés  à  acheter  des  sardines, 

Pebe,  saboun,  oli,  rousinos,  Du  poivre,  dusel,  de  l’huile,  des  chan- 

[delles  de  rèsine, 

Se  curon  biste  le  faousèt  Vident  prestement  leur  petite  poche 

E  sè  dehen  de  la  mounedo,  Et  se  débarrassent  de  la  monnaie; 

Car  toutis  bolon  un  paquet  Car  tous  veulent  un  paquet 

D’uno  poudro  coulou  de  gredo,  D’une  poudre  couleur  de  craie 

Que  tiro  bermous  de  las  dents  . .  Qui  extirpe  les  vers  des  dents... 
Croumpon,  tnbé,  platous,  engouents.  Ils  achètent  aussi  des  emplàti*es,  des 

E  lou  cor  de  joyo  debordo  Et  leur  cceur  dóborde  de  joie  [onguents, 

Quan  se  retiron  à  la  bordo;  Quand  ils  se  retirent  à  la  métairie; 

Car  s’emporton  tout  ço  que  caou  Car  ils  emportent  tout  ce  qu’il  faut 

En  de  gari  de  tout  maou  !  ..  Pour  se  guérir  de  tout  mal... 

Plà  souen  (naou  cops  sur  dex)  aquets  remedis  troumpon, 

Et  les  paisants  garisson  pas; 

Reston  pas  de  ne  hé  grand  cas, 

E  quan  tourno  passa,  le  charlatan,  ne  croumpon. 

—  Aco  raï,  me  diratz,  le  remedi  milloun 
Rèussis  pas  touîjour,  es  praquèro  rasoun 
Que  s’a  pas  héit  efét  ne  tournon  croumpa  d’aoute; 

Le  maou  sera  tillous,  ou  calera  que  saoute 
Certo  b’es  plà  bertat !  harei  pas  dou  testut  : 

Mès  qu’ignouratz,  béléou,  qu’a  mes  d’uno  bertut 
Ço  que  le  charlatan  bous  a  tirat  en  bento; 

Se  garis  pas  le  raaou,  per  sigu  bou  l’aougmento  I 
Sous  remedis,  toutjour,  prouduison  un  efèt : 

Gens  qu’ac  an  esproubàt,  ne  noumari  ’n  troupèt : 

Un  tal  qu’ero  entenercl,  es  sourd  coumo  ’no  palo  I 

Bien  souvent  (neuf  fois  sur  dix)  ces  remêdes  trompent, 

Et  les  paysans  ne  guérissent  pas; 

Ils  n’en  persistent  pas  moins  à  en  faire  grand  cas, 

Et  lorsquc  le  charlatan  revient  ils  en  acliêtent  cncore, 

—  (Ju’à  cela  ne  tienne,  me  direz-vous,  le  meilleur  remède 

Ne  réussit  pas  toujours,  c’est  pour  cette  raison 

(Jue  s’il  n’a  pas  fait  de  rcíîet  ils  en  aehètent  d’autre  ; 

Le  mal  sera  enraciné.  il  faudra  qu’il  décampe  ! 

Cerles  ccla  est  bien  vrai !  je  nc  ferai  pas  le  tétu  : 

Mais  vous  ignorez  peut-étre  qu’il  a  plus  d’une  vertu 

(>  que  le  charlatan  vous  passe  en  vente 

S’il  ne  guérit  pas  le  mal  pour  sur  il  vous  l’augmente  ! 

Ses  rcmêdes  toujours  produisent  un  eífet ; 

Je  nonimerai  nombre  dc  gens  qui  I’ont  éprouvé  : 

Uu  tel  qui  avait  l’ouïc  dure  est  coinplêtement  sourd 


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Aquest'  es  degaouchit  que  semblo  'no  bibalo, 
Dempeí  que  s’es  fretat  damb’  un  certen  engouent ! 
Un  aoutè  qu’ero  sub  és  abugle  aou  présent... 

Car  s*a  laouat  les  oeils  d’aigo  d’uno  ftouleto, 

Remodi  sanpareil!. . .  l’a  crebat  la  ninetto  ’ . . . 

O  b’aci,  be  gn'a  dus  quan  gagnat  le  proucès, 

Eron  pas  qu’un  paouc  torts,  aro  marchon  pas  més  ! 
Feniri  pas  d’engouan  se  bouléi  persiégue  .. 

Tch’  aujo  pas  escoutat,  tant  pis  per  ét,  se  négue; 
M’aboundo  pas  de  re  de  m’ana  mascagna; 

Le  païsant  es  testut,  se  décho  pas  gagna; 

En  de  le  coumberti  me  senti  pas  la  scienço; 
Toutjour  les  charlatans  aouran  be  sa  couufionço; 
Toutjour  seran  sigus,  dambó  certènos  gens, 

De  debita  paquets,  poudros,  platous,  engouents !... 


Celui-là  qui  est  niveié  ressemble  à  un  ràteau, 

Depuis  qu’il  s'est  frictionné  avec  un  certain  onguent  ! 

Un  autre  qui  était  myope  est  aveugle  aujourd’hui, 

Car  il  s’est  lavé  Jes  yeux  avec  l’eau  d’une  petite  ftole, 

Remède  sans  pareil !...  Elle  lui  a  crevé  Ja  pupiJle  de  l’ceil. 

Par  ici  j’en  connais  deux  qui  ont  gagné  leur  procès, 

IJs  n'étaientqu’un  peuboiteux,  maintenant  ils  ne  marchent  plus. 
Je  ne  ftnirai  pas  cette  année  si  je  voulais  poursuivre, 

Que  celui  qui  ne  m’a  pas  écouté,  tant  pis  pour  lui,  qu’il  se  noie ; 
Je  n'ai  pas  d’intérét  à  aJler  me  fatiguer  ; 

Le  paysan  est  tétu,  il  ne  se  laisse  pas  pénétrer  ; 

Et  pour  le  convertir  je  ne  possède  pas  Ja  science  ; 

Les  cbarJatans  auront  toujours  sa  couftance  ; 

Ils  seront  toujours  sûrs,  avec  certaines  gens, 

De  débiter  paquets,  poudres,  emplâtres,  ouguents. 


II  commence  son  Cinquième  et  dernier  Chant  par  esquisser,  sans  s’y 
arrèter  longuement,  le  rôle  des  sorciers  (1)  et  des  devins  qui  exploitent  dans 

(1)  La  foi  ne  fait  plus  de  miracles  ;  mais  la  nature  crce  dcs  accidents  qui  ne  sont 
autre  chose  aue  les  anciens  miracles  que  la  foi  expliquait.  II  existe  dans  nos  campa- 
gnes  autant  de  sorciers  que  jadis  et  autant  de  possédées.  En  d'autres  temps,  on  les 
brúlait,  mais  à  notre  époque  on  ne  va  plus  devant  l’ofïicial  et  les  pratiques  du  yieil 
exorcisme  sont  abolies.  Contre  l’envouteur.  il  n’y  a  plus  de  búcher.  Autrefois  la 
possédée  était  amenée  à  l’église  ;  on  I’étendait  sur  l*es  dalles,  le  clergé  prononçait  les 
paroles  du  rituel  et  abjurait  Satan  de  s’échapper  du  corps.  Les  prières  et  I’eau  bénite 
avaient  parfois  raison  du  malin,  mais  au  milieu  de  quelles  crises  et  de  qnelles 
convulsions  ?  Tout  ceJa  est  bien  loin  de  nous,  car  de  nos  jours  on  commence  â  avoir 
recours  au  savant  qui  joue  avec  plus  ou  moins  de  succès  le  ròle  d’exorciseur.  II  a  été 
long  à  s’y  préter.  La  science  offlcielle  a  abandonnó  à  de  hardis  pionniers  qu’elle  affec- 
taitde  traiter  en  charlatans  le  soin  de  Ini  tracer  sa  route.  Un  Nesmcr  préparait  Jes 
voies  d’un  Charcot.  Les  magnétiseurs,  si  lourderaent  conspués.  ont  étéles  iniliateurs 
des  mandarins  de  la  Médecine.  Tout  ce  que  rcniait  avec  une  superbe  puérihté  le 
dogme  scientiftque  est  aujourd’hui  entré  dans  le  dotnaine  des  faits.  Nous  sommcs 
aujourd’hui  loin  de  ce  rapport  de  1784  aux  Acadèmies  des  Sciences  et  de  Médecine 
nrésentè  par  des  horumes  comme  Franhlin ,  Railly ,  Lanoisior .  qui  n’ayant  dans  le 
Magnétisme  rien  vu  ni  rien  compris,  le  traitaient  d’imposture. 

II  n’est  pas,  en  outre,  un  médeciu  de  campagne  qui  n’ait  observé  la  dévotion  des 


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une  large  mesure  la  crédulité  des  paysans.  II  trouverait  certes  sur  ce  sujet 
ample  matière  à  développement;  ii  se  contente  d’expliquer  comment  les 
faibles  desprit  procèdent  lorsqu'ils  se  croient  ensorcelés  : 

S’en  ba,  dins  aquet  cas,  trouba  le  débinaire, 

Que  le  dits  le  mouyèn  d’acassa  les  sourciés, 

En  tout  le  hé  parla  dambe  sous  daouanciés 

Morts  dempèi  très  cents  ans !  Mès  ma  Muso  nou  gaouzo  I 

Yhè,  perque  saqueiaf  Ne  baou  dise  la  caouzo  : 

Me  pouyri  bé  muni  d'un  aigo-segnadé, 

Qu’es  countro  aqueros  gens  un  fort  boun  leouadé; 

Més  un  machant  regard,  uno  simplo  guignado, 

Certo,  soun  lèou  lançats  maugré  L’aigo-segnado  ! 

Sabi  que  dessigu  sere  ço  de  mès  bét 
De  counda  tout  aco,  més,  malopéou,  la  pèt 
Toco,  coumo  Ton  dits,  pla  més  que  la  camiso; 

Sabetz  bé  qu'es  pas  fat  l’homo  que  se  maouftso, 

Mafoué,  s’en  parli  pas  es  per  bouno  rasoun, 

Car  s’eri  ensourcierat  jou  s’èri  ;n  poulit  mèrle  í 


II  s’en  va,  dans  ce  cas,  trouver  le  devin, 

Qui  lui  donne  le  moyen  de  chasser  les  sorciers 
En  le  faisant  parler  avec  ses  devanciers 
Morts  depuis  300  ans  !  Mais  ma  Muse  n'ose  pas  ! 

Et  pourquoi  malgré  tout  ?  Je  vais  en  donner  ia  raison 

Je  pourrais  certes  me  munir  d’un  béuitier 

Qui  est  contre  ces  gens  un  excellent  préservatif ; 

Mais  un  mauvais  regard,  un  simple  clignement, 

Certes,  sont  vite  lancés  malgré  l’eau  bénitc  ! 

Je  sais  que  certainement  ce  serait  très  iutéressant 
De  conter  tout  cela,  mais  ventrebleu,  la  peau 
Touche,  comme  l’on  dit,  bien  plus  que  la  chemise  ; 
Vous  savez  bien  que  l’homme  qui  se  méfle  n’est  pas  fat. 
Ma  foi,  si  je  n’en  parle  pas,  j’ai  de  bonnes  raisons. 

Car  si  j’étais  ensorcellé  je  serai  un  joli  merle  ! 


paysans  et  même  des  citadins  pour  les  saints  guérisseurs.  Cette  nomenclature  doit 
varier  évidemment  pour  chaque  langue,  mais  elle  peut  se  piquer  d’un  réalisme  pri- 
mitií  qui  n’est  pas  sans  charme. 

Maioort ,  dans  son  ouvrage  Scionco  ot  Religion ,  écrit  page  183  : 

L’imagination  populaire.  par  un  procèdé  ânalogue  à  celui  de  l’Eglise,  a  créé  à 
l’aide  de  simples  connaissances  toute  une  catégorie  de  saints  guérisseurs  à  usage 
domestique  : 

Saint  Genou ,  pour  le  mal  de  genou  ;  Saint  Marcoul ,  pour  le  mal  de  oou  ;  Saint 
Mains ,  pour  le  mal  de  mains  ;  Saint  Agnan ,  pour  la  teigne  ;  Saint  Languour ,  pour 
)a  maladie  de  langueur;  Saint  Cloud,  pour  les  furoncles ;  Saint  Bondon,  pour 
l'embonpoint;  Saint  Ladro ,  pour  la  ladrerie ;  Saint  Mamard,  pour  les  maladie*  des 
mamelles ;  Saint  Rcné,  pour  les  reins ;  Saint  Fort,  pour  fortifier  les  membres  ; 
Saint  Clair,  pour  éclairer  la  vue  ;  Saint  Criard,  pour  empécher  les  enfants  de  crier, 
et  Saint  tìoudard ,  pour  empécher  ïes  enfants  de  bouder. 

Tous  ces  saints,  ajoute  Malvert,  ont  eu  encoro  des  ftdèles  selon  Ies  localités.  Mais 
on  se  demande  comiuent  oette  nomenclature  euphonique  peut  ctre  appliquée  dans 
les  pays  catholiques  ou  on  parle  angiais  ou  allemand. 


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-  393  - 


M’aimari  tnés  cent  cope  des  dns  oeils  este  gnerle. 
Sonrciès  e  debinurs  se  demoren  onn  soun. 


J’aimerai  cent  íois  mieux  loucher  des  deux  yeux  ; 
Que  les  sorciers  et  devius  restent  donc  où  ils  sont, 


Certes,  le  médecin  peut  se  défendre,  lutter  par  son  travail,  son  habileté 
professionnelle,  contre  lous  ces  ennemis  qui  vicnnent  l’assiéger  dans  l’exer- 
cice  de  son  art;  mais  n'est-il  pas  de  toute  justice  qu’il  retire  de  ces  endu- 
rances  un  profit  suffisant  pour  vivre  honorablement  et  élever  sa  famillef 
Laissons  au  Poète  ie  soin  de  nous  éclairer  sur  ce  point : 


Le  moument  és  bengut  de  dise  ço  qne  gagno 
Le  praoub’  home  de  l’art  qu’habito  la  campagno  : 
Dison  qu’es  en  escriout  sou  garroun  d’un  lapin  : 

Qui  peri  cn  coumença  gagnara  sur  la  fin. 

Le  reproubé  mentis  aoumens  en  medecino; 

Es  faous  coumo  ’n  jitoun,  baou  pas  uno  sardino  !. . . 
En  de  que  siosque  just,  le  caou  bira  aou  rebès, 

Perço  qu’un  medecin  és  pas  hurous  jamès ! . . . 

Per  tant  que  sio  balent,  que  trime  la  galéro, 

Se  biou  dan  les  païsants  crebara  de  misèro 
S’a  pas  que  soun  estat  per  se  tira  d'afas  : 

Gna  mès  de  bint-e  cinq  que  soun  dins  aquet  cas, 

Que  désempéi  cap  d’an  jusquos  à  sent  Stjloestre, 
Rampon  coumo  ’n  bailet  qu’es  debat  l’oeil  d’ou  mestre, 
Que  bouton  pas  jamès  un  ardit  à  i’espragn, 

E  que  menon  toutjour  uno  bito  de  cagn  1 . . . 

Quan  le  paisant  emplégo  le  noutari, 

Le  caperan  ou  le  beterinari, 


Le  moment  est  venu  d*examiner  ce  que  gagne 
Le  pauvre  homme  de  Tart  qui  exerce  à  la  campagne  ; 

On  dit  que  cela  est  écrit  sur  le  jarret  d’un  lapin  : 

Qui  perd  en  débutant.  gagnera  vers  la  fln. 

Le  proverbe  est  mensonger  au  moins  en  médecine  ; 

II  cst  faux  comme  un  jeton,  il  ne  vaut  pas  une  sardine  ! 
Pour  qu'il  fut  vrai  il  faudrait  le  tourner  à  Tenvers 
Parce  qu’un  médecin  n’estjamais  heureux!... 

Pour  si  vaillant  qu’il  soit,  qu’il  trime  la  galère  ; 
b’il  vit  chez  les  paysans,  il  mourra  de  misòre 
S’il  n’a  que  son  état  pour  se  sortir  d’aífaire  : 

II  y  en  a  plus  de  vingt  cinq  qui  sont  dans  ce  cas, 

Qui  depuis  le  bout  de  l’an  jusqu’à  la  saint  Sylvestre 
Rampent  commc  un  valet  qui  est  sous  l’oeil  du  maitre 
Ne  mettant  jamais  un  liard  de  côté, 

Et  menant  toujours  une  vie  de  chien. 

Lorsque  le  paysau  emploie  le  notaire, 

Le  prétre  ou  le  vétérinaire, 


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—  394  — 


Noa  manquo  pas  aoumens  quan  beng  l’estiou 
De  lour  paga  tout  ço  que  lour  y  diou; 

Taplà,  se  caou,  pago  TApouticaire , 

Le  Charlatan  e  surtout  TAdoubaire, 

Faoute  d’argent,  bendere  soun  capét; 

Le  Médecin  que  l’a  saoubat  la  pet 
De  soun  coustat  atend  sa  recoumponso; 

—  Coumo  sedits,  l'on  biou  pas  de  la  scienço,  — 
Espèro  doun  qu’au  mens  un  cop  per  an, 

Qui  l’a  emplegat  Tanguira  touca  man, 

E,  saquela  sa  rasoun  est  fort  bouno, 

L'es  plà  diouut :  mès,  ichioulo  Bayoano  ! 

Quan  n’a  besougn,  le  paisant  és  pas  court, 

Le  manquo  pas  caquet  ni  boumiarïo, 

Es  dessigu  fort  souble  de  l’esquio; 

Mès  quan  s’agis  dou  pagoment,  és  sourd  ! . . . 

Se  le  disètz  :  Coure  reglan  le  counde  f 
Sabes  que  m’as  un  paouc  d’oubligatiounf  » 

Bous  dits  :  «  Moussu,  bejats  ma  pousitiouu, 

Sèou  malhurous  que  gn’a  pas  dins  le  mounde  \ . . 
Bous  calere,  s'aco  ’s  bosto  bountat, 

Atend*  aoumens  que  Sent  Jouan  sio  passat; 
Coumo  sabétz,  le  granatge  ès  fort  care; 

Bous  pagaréi,  dessigu,  quan  me  pare . . .  > 


II  ne  manque  jamais,  au  moins  lorsque  vient  l’été, 

De  leur  payer  tout  ce  qui  leur  est  dû ; 

Méme,  s’il  faut.  il  paie  l’apothicaire, 

Le  charlatan  et  surtoutle  renoueur, 

A  défaut  d’argent  il  vendrait  son  chapeau  ; 

Le  médecin  qui  lui  a  sauvé  la  vie 
Attend  de  son  cóté  la  récompense. 

—  Comme  on  dit,  on  ne  vit  pas  de  science,  — 

11  espère  donc  qu’au  moins  une  fois  par  an 
Celui  qui  l’a  employé  ira  lui  toucher  la  main, 

Et  certes  sa  prétention  est  bien  légitime, 

Cela  lui  est  bien  dû  :  mais  siffle  Bayonue !. . . 

Quand  il  en  a  besoin,  le  paysan  n’est  pas  embarrassé 
11  ne  lui  manque  ni  caquet,  ni  obséquiosité, 

Ayant  certes  l’échine  très  souple, 

Mais  lorsqu’d  s’agit  de  paiement,  il  est  sourd  ! 

Si  vous  lui  dites  :  «  quand  réglons-nous  notre  compte 
Tu  sais  que  tu  m’as  un  peu  d’obligation  ?  »> 

II  répoud  :  «  Monsieur,  voyez  ma  position, 

Je  suis  malheureux  comme  il  n’y  en  a  pas  au  monde! 
11  íaudrait,  si  cela  était  votre  bonté, 

Attendre  au  moins  que  la  saint  Jean  soit  passée  ; 
Comme  vous  le  savez,  le  grain  est  fort  cher ; 

Je  vous  paierai,  pour  sùr,  quand  je  pourrai...  » 


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-  395  - 


Botinos  rasous,  me  donno  tant  e  més . . . 

Més  de  paga,  le  paro  pas  jamès  î . . . 

Toutis  soun  pas  ataou,  gna  que  soun  rasounables, 

E  quan  bengon  paga,  dessigu  soun  aimables  : 

Arribon  un  boun  jour,  d'un  cop  quan  estiouat, 

Damb*  un  poulit  present :  sera  un  lapin  priouat, 

Un  pareii  de  pijous  magrés  coumo  ’sarcélos, 

Un  panè  de  guindouls,  ou  d’aoutos  bagatèlos, 

Caousos  que  balon  pas  aou  just  que  dex  ardits  1 
Se  creson  damb’  aco  plâ  mes  de  mieygis  quits. . . 

Bous  diouon  trento  francs,  ne  baillon  pas  que  doutze  U . . 
Entendon,  cependent,  que  le  counde  se  croutze. . . 

Digatz-le  aou  campagnard  :  Moun  amic,  gna  pas  prou  1 . . . 
Ne  dounera  pas  mès,  rapourtaz-bous  à  jou; 

Quoique  de  pèrdetant  ac  troubetz  fort  esquèrre, 

Se  le  tenguetz  pas  quit,  bous  tournara  pas  quérre  ! . . . 

Se  jamès,  per  hasard,  et  faouto  d’atentioun, 

Boutatz  le  pagoment  à  sa  dispousitioun, 

Se  le  disetz  anfìn  :  «  Parlen  pas  de  bisito  : 

Dioues  pas  ignora  que  t’ei  saoubat  la  bito  '. . . 

Jou  counegui  praprou  ta  generousitat, 

Ensi  per  me  paga,  sés  pas  brico  coutat, 

E  me  podes  bailla  suibant  ta  counechenço, 

Tu  sabès  à  puprès  tout  ço  que  més  diouutf  • 

Excellentes  raisons,  il  m’en  donne  tant  et  plus,.. 

Mais  pour  paver,  il  n'en  a  jamais  l’occasion  !... 

Tous  ne  se  ressembìent  pas  il  y  en  a  de  raisonnabîes 
Et  quand  ils  riennent  payer,  iìs  sont  certes  aimables, 

IIs  arrivent  un  bon  jour,  après  la  moisson, 

Avec  un  joli  présent :  ce  sera  un  lapin  privé, 

Une  paire  de  pigeons  maigres  comme  des  sarcelles, 

Un  panier  de  cerises  ou  d’autres  bagatelles, 

Choses  qui  ne  valent  au  juste  que  dixliards  !... 
lls  se  croyent  avec  cela  plus  de  la  moitié  quittes. 

Ils  vous  doivent  30  fr.,  ils  ne  vous  eu  donnent  que  12  !. . . 
Exigeant,  malgré  cela,  que  lecompte  soitbiffé... 

Dites  au  campagnard  :  inon  arai,  il  n*v  en  a  pas  assez!. . . 

II  n'en  donnera  pas  davantage,  rapportez-vous-en  â  moi ; 
Quoique  de  perdre  autant  vous  le  trouviez  très  fàcheux, 

Si  vous  ne le  ienez pas  quitte  il ne  vous  euverra  plus  chercher !.. 

Si  jamais,  par  hasard  et  faute  d’attention, 

Vousmettez  le  paiementà  sa  dispositiou, 

Si  eníin  vous  lui  dites  :  «  Ne  parlons  pas  de  visites  : 

Tu  ne  dois  pas  ignorer  que  je  t’ai  sauvé  la  vie  !. . . 

Et  je  connais  assez  ta  générositè, 

Ainsi,  pour  me  payer,  si  tu  n’es  pas  gênè, 

Tu  peux  me  donner  suivant  ta  convenance, 

Sachaut  toi-méme  à  peu  près  ce  qui  m’est  dú  ?  » 


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—  396  — 

Pardi !  soratz  countent  d’aquero  recoumpenso; 
Coundatz  sur  un  louidor,  bous  dounara  ’n  escut ! 

En  tout  dise  :  «  Moussu,  jou  séou  pas  nat  abare, 
Digats  se  gn’a  pas  prou?  me  sera  pas  amare; 

Sóou  fort  countent  de  bous,  car  m’aouótz  plà  garit ! 

Se  caou  bint  sos  de  més,  tiets-les,  et  tout  sio  dit. . . 
L’home  que  me  serbis  és  plà  juste  que  gagne; 

Boli  pas  que  digun  de  jou  se  pousque  plagne' . . .  * 
D’un  cop  que  l’a  boutat  un  escut  dins  la  man, 

Le  païsant  dits  :  Bounjour,  countent  coumo  ’n  pinsan, 
Tandis  que  le  surgent,  en  tout  le  bese  sorte, 

Le  dits  à  ladarré  :  «  Que  ie  diable  t’emporte  I. . .  » 

Do  sas  plentos,  hélas !  le  dómoun  hé  pas  cas; 

Quan  le  s’empourtaré  le  louidor  tourno  pas. . . 

En  fét  d’ou  pagoment,  baou,  per  fini  ma  théso, 

Aou  lectou,  moun  amic,  parla  per  hypoutèso  : 

Disi  qu’un  médecin  que  tout  Lan  a  trimat, 

Quan  deceme  fenis  ès  praube  coumo  ’n  rat. . . 

Sur  soun  libre,  en  escriout,  besitos  gn’a  prapoussos, 
Bouten  doun  qu’aujo  héit  ]>er  cent  louidors  de  coussos, 
Se  toco  milo  francs,  ac  baou  dise  à  Paris  ! . . . 

D’un  cop  que  n’a  tirat  les  praoubes,  les  besis, 

Les  amics,  les  parents,  qu’ik  fourçat  à  coumplase, 

E  que  le  dounon  pas  suloment  un  bietd’aze, 

Pardieu  !  vous  serez  content  de  cette  rócompense  ; 

Vous  espériez  un  louis,  il  vous  donnera  un  écu  ! 

En  disant :  «  Monsieur,  je  ne  suis  pas  un  avare, 

Dites-moi  s’il  y  en  a  assez  ?  cela  ne  me  sera  pas  pénible, 

Je  suis  fort  content  de  vous,  car  vous  m’avez  bien  guéri ! 
S’il  faut  vingt  sols  de  plus,  les  voilà,  que  tout  soit  dit. 

II  est  bien  juste  que  l‘homme  qui  me  sert  gagne  sa  vie  ; 

Je  ne  veux  que  personne  puisse  se  plaindre  de  moi !. . .  » 
Une  fois  qu’il  a  mis  un  écu  dans  sa  main, 

Le  paysan  ini  dit  :  bonjour,  content  comme  un  pinson, 
Tandis  que  le  médecin,  en  le  voyant  sortir, 

Lui  dit  en  l’accorapagnant  :  «  que  le  diable  t’emporte  » 

De  ses  plaintes,  Uélas  !  le  démon  ne  fait  pas  cas, 

Quand  il  rempcrterait  le  louis  ne  revient  pas... 

Concernant  le  paiement,  je  vais,  pour  terminer  ma  thòse, 
Au  lecteur,  mon  ami,  parler  par  hypothèse  : 

Je  dis  qu’un  médecin  qui  tout  l’an  a  trimê, 

Quand  décembre  fìnit  est  pauvre  comme  un  rat. 

Sur  son  livre.  en  écrit,  il  y  a  assez  de  visites. 

Je  mets  qu’il  ait  fait  pour  cent  louis  de  courses, 

S’il  touche  mille  francs,  je  vais  le  dire  à  Paris  ! . . . 

Une  fois  qu’il  a  retiré  les  pauvres,  les  voisins, 

Les  amis,  les  parents,  qu’il  est  forcé  à  complaire, 

Et  qui  ne  lui  donnent  pas  seulement  un  merci, 


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—  39 1  — 

Le8  qu’en  de  le  paga  soun  toutjour  sours  e  muts, 

Le  besi  fort  hurous  se  toco  cent  escuts ! . . . 

Tandis  que  dins  le  tens  qu*ero  dins  las  escolos, 

Despensào  cad’  an  le  mens  dus  cents  pistolos. . . 

Les  qu'aprengon  l’estat  poden  èste  sigus, 

Que  de  gari  las  gens  ès  un  mestié  de  gus ! . . . 

Ceux  qui  pour  le  payer  sont  toujours  sourds  et  muets 
Je  Testime  fort  heureux  s’il  touche  cent  écus  ! 

Tandis  que  dans  le  temps  qu’il  fréquentait  les  écoles 
11  dépensait  par  an  au  moins  deux  cents  pistoles  i 
Ceux  qui  apprennent  cet  état  peuvent  étre  certains 
Que  de  guérir  les  gens  est  un  métier  de  gueux  !... 

II  termine  sa  tirade  par  le  quatrain  suivant : 

Disit  finaloment,  en  fèt  d'ou  medecin  : 

Malhuroas  aou  debut,  malhurous  à  la  fin ! . . . 

Tch’  exerce  en  tas  païsants  aquet  estat  aimable, 

Embouyara  cent  cops  las  lancetos  aou  diable  1 1 ! 

Je  dis,  pour  terminer,  en  ce  qui  conceme  le  médecin  : 

Qu’il  est  malheureux  au  début  et  malheureux  à  la  fin  ! 

Celui  qui,  chez  le  paysan,  exercera  cet  aimable  état, 

Enverra  cent  fois  les  lancettes  au  diable  ! 

Sa  verve  toute  gasconne  s’exercera  sur  les  sujets  les  plus  variés;  parmi 
les  poèmes,  nous  trouvons  : 

Henric  IV  et  Floureto,  charmant  épisode  de  Thistoire  de  Nérac  au 
xvi#  siècle,  ayant  trait  aux  amours  du  Vert-Galant  avec  Fleurette%  jeune  et 
jolie  jardinière  du  château. 

Le  Docteur  Rataplam  poème  fantasmagorique  en  français. 

Mariouneto  la  Dounzelo%  poème  en  quatre  paouzos. 

Preso  miraculouso  d’un  ours  per  la  bertut  dou  chloroformo ,  poème 
drolatique  en  trois  chants. 

Maître  de  sa  langue,  il  i’assouplit  pour  peindre  les  sentiments  divers  qu’i. 
veut  exprimer,  et  les  cordes  de  sa  lyre  reproduisent  avec  la  mème  aisance 
la  gaielé  et  la  tristesse,  le  rire  et  les  larmes. 

A  travers  les  sinuosités  et  les  caprices  de  sa  fantaisie,  répandus  sur  les 
69  pièces  françaises  ou  patoises  composant  son  recueil,  il  poursuit  sa  route 
avec  méthode,  et  ses  bardiesses  sont  même  réglées.  Son  imagination,  guidée 
par  le  souci  d'observation  précise,  ne  s’écarte  pas  de  Torbite  qu'elle  s’es 
tracé  et  son  verbe  coloré  se  plaît  à  la  peinture  des  sujets  qui  lui  sont  chers. 

VAlouette ,  fille  du  jour,  ce  ravissant  petit  oiseau  qui  a  óté  chanté  par 
tous  nos  poètes,  n'échappera  pas  à  son  admiration  et  sera  à  son  tour  l’objett 
de  sa  soliicitude.  Laissons-lui  la  parole  ; 


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—  398  — 

L’hiouèr  és  arribat,  le  courbas  se  passejo; 

Besi  dins  un  segas  le  pinsan  qu  aiatejo  : 

Bouleri  plà  sabé  quin  es  aquet  aouzèt 

Que  ba  decatz  aou  cèou  tout  dret  coumo  ’n  courdèt  ? 

Mounto  toutjour,  toutjour,  e  mounto  encaro; 

Quo  disi  jou,  le  besi  que  debaro; 

Mès  me  troumpi,  dejà  tourno  mounta  I  . . 

Mounto  pas  mès,  debaro  en  tout  canta  ? 


L’hiver  est  arrivé,  le  corbeau  se  promène  ; 

Je  vois  dans  une  haie  le  pinson  secouer  ses  ailes  ; 
Je  voudrais  bien  savoir  quel  est  cet  oiseau 
Qui  s’élève  vers  le  ciel  droit  comme  un  cordeau  ! 

II  monte  toujours,  toujours,  il  monte  encore  ; 

Que  dis-je,  je  le  vois  qui  descend ; 

Mais  je  me  trompe,  il  remonte  déjà ! . . . 

11  ne  monte  plus,  il  dcscend  en  chantant? 


•  Bengui  cad’an  apèi  l’autouno, 
Dan  la  griouo  ma  coutnpagnouno  ; 
Tengui  pas  nat  tort  à  digun, 
Sounco  m’amasse  caouque  grun ; 

<  Anfln  jou  sèou  la  Laouzeto 
Que  canti  tiro  lircto  ; 

E  piou-piou ,  tiro  lira 
Tii'o-liro  larira; 

»  Jou  desplègui  moun  alo, 

E  mounti  sans  escalo 
Dan  le  fred  è  la  nèou, 

Decatz  aou  Diou  d’ou  cèou. 

c  Malhurt  quan,  dins  l’aire, 
Cruèl  aouzelaire 
M'entendes  pioula  ! . . . 

Prount  à  m’ichioula, 

M’as  léou  trahido, 

Per  jou,  stourdido, 

Pouent  de  pardoun  ! . . . 
Dins  toun  sedoun, 
Arribado, 

Sèou  penjado  t . . . 

L’aire  biou 
Qu’en  abriou 
Se  biro, 

Me  tiro 
L'estiou. 

D’aciou  : 

Tiro 


«  Je  viens  tous  les  an3  après  l’automne 
Avec  la  grive  ma  compagne  ; 

Je  ne  porte  préjudice  à  personne 
Si  ce  n’est  à  ramasser  quelque  grain ; 

<  Enfln,  je  suis  l’Alouette 
Qui  chante  tiro  lireto ; 

E  piou-piody  tiro  lira , 
Tiro-liro-larira . 

«  En  déployant  mon  aile, 

Je  monte  sans  échelle 
Dans  le  froid  et  la  neige 
Vers  le  Dieu  du  ciel. 

«  Malheur  t  quand,  dans  les  airs, 
Cruel  oiseleur, 

Tu  m’entends  crier  I . . . 

Prompt  à  me  siffler, 

Tu  m’as  bientôt  trahie  !. . . 

Quant  à  moi,  étourdie, 

Point  de  pardon  I . . . 

Dans  ton  piège, 

Attirée, 

Je  suis  pendue  ’... 

L’air  vif 
Qui  en  avril 
So  lève, 

Me  ramène 
L’été. 

De  là-bas  : 

Tiro 


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Liro 
Piou 
Piou '!! 


—  399  - 


Líro 
Piou 
Piou !!! 


Avec  quelle  grâce  naturelle  le  poète  donne  toute  sa  tendresse  de  pin- 
ceau  au  Parpaillol  (le  Papillon)  (1).  II  suit  dans  les  air  le  léger  et  sémil- 
lant  insecte  qui  voltige  dans  la  brise  embaumée,  allant  de  fleur  en  fleur  se 
plonger  dans  les  délices  de  l’amour  : 

Poulit  parpailloulett. . .  tu  que  dins  la  gareno 
Baranejos  cado  maitin, 

Pendent  que  le  soureil,  dambe  sa  caoud’haleno, 

Seco  tas  alos  de  satiu; 

Tu  que  poumpos  le  tchuc  de  la  roso  flourido, 

Tu  qu’aimos  à  leca  las  plous 
Dou  brioulé,  de  l’uillet  è  de  la  margarido, 

Parpaîlloulet,  besès  hurous  I 

Sès  toutjour  adourat  dambe  toun  incoustenço  : 

Quan  coumenços  d’alateja, 

Diren  que  milo  flous  se  moron  d’impatienço 
Que  las  angos  poutouneja ! 

De  plasés  en  plasés  tu  passos  ta  journado; 

Le  tens  e  las  houros  s’en  ban, 

E  coutchat  dins  le  seng  de  la  mès  préfèrado, 

Te  léouos  pas  que  l’éndouman. . . 

Joli  papilJon  !  toi  qui  dans  la  garenne 
Scintilles  chaque  matin, 

Pendant  que  le  soleil,  de  sa  chaude  haleine 
Sèche  tes  ailes  de  saîin ; 

Toi  qui  exprimes  le  suc  de  Ja  rose  en  fleurs. 

Tu  aimes  à  lécher  les  pleurs 
De  la  giroflée,  de  l’ceillet,  de  la  raarguerite, 

Papillon,  que  tu  es  donc  heureux  ! 

Tu  es  toujours  adoré  malgré  ton  inconstance  : 

Quand  tu  commence  à  secouer  tes  ailes, 

On  dirait  que  mille  fleurs  se  meurent  d'impatience 
Quc  tu  ailles  les  embrasser  avec  amour  ! 

De  plaisirs  en  plaisirs  tu  passe  ta  journée  ; 

Le  temps  et  les  heures  s'écoulent, 

Et  couché  sur  le  sein  de  la  préférée 

Tu  ne  te  lèves  que  le  lendemain. . . 

(1)  Insecte  à  qualre  ailes  couvertes  d’ccailles  flnes  comrne  la  poussière* 


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—  40Ò  - 

Quan  le  jour  es  tournat,  tén  bas,  ooumo  la  béillo, 
Boultija  dins  l’airo  embaoumat, 

E  t’apaousos  apéi  en  de  tchuca  la  houéillo 
Que  la  rousadoa  períumat. 

Galant  predestinat,  tous  jours  bé  soun  hurousis  ! . . . 
Sés  aimat  jusquos  à  la  mort; 

E  quantis  gn’a,  moun  Diou !  parmi  les  amourousis 
Que  bouleren  aouge  toun  sort. . . 

Mès,  dambe  toun  bounhur,  l'esclat  de  toun  estelo, 
Pla  souen  passo  coumo  ’n  soupir; 

Se  toumbos  dins  la  man  d’ou  pastre  que  te  eelo, 

Te  caou  mouri  coumo  ’n  martir ! . . . 

Malhur  tabéi  malhur!  se  rancountros  l’hiroundo 
Qu’és  en  cérco  per  sous  pelits; 

Tu  que  sés  inouoent,  t’arrucos;  mes  qu’aboundo, 

Sès  pres. . .  tous  jours  soun  escantits  !. . . 

As  pas  hèit  re,  pourtant  . .  tas  journados  se  passon 
Dins  les  délicis  de  l’amour; 

Mès  la  machanto  man  e  l’aouzèt  que  t’acasson 
Mouriran  quan  bengo  lour  tour ! 

Souhéti,  parpailloulet,  que  Diou  garde  ta  bíto, 

De  talo  sorto  que  tous  jours, 


Quand  le  jour  est  revenu,  tu  vas,  comme  la  veille 
Voltiger  dans  l'air  embaumé, 

Tu  te  reposes  ensuite  pour  aspirer  à  longs  traits  la  feuïlle. 
Que  la  rosée  a  parfumé. 

Galant  prédestiné,  que  tes  jours  sont  heureux  ! 

Tu  es  aimé  jusqu’à  la  mort ; 

Combien  y  en  a-t-il,  mon  Dieu,  parmi  les  amoureux 
Qui  voudraient  avoir  ton  sort... 

Mais  avec  ton  bonheur,  l’éclat  de  ton  étoile 
Bien  souvent  passe  comme  un  soupir  ; 

Si  tu  tombes  entre  les  mains  du  pàtre  qui  te  capture 
II  te  faut  mourir  comme  un  martyr !. .. 

Malheur  aussi !  malhcur !  si  tu  rencontre  l’hirondelle 
En  quéte  pour  ses  petits ; 

Toi  qui  es  innocent,  tu  te  pelotonnes;  à  quoi  cela  sert-il, 
Si  tu  es  pris. . .  tes  jours  sont  éteints  !... 

Tu  n’asrien  fait,  pourtant...  tes  journées  se  passent 
Dans  les  délices  de  l'amour  ; 

Mais  la  main  maudite  et  l’oiseau  qui  te  pourchasse 
Mourront  quand  viendra  leur  tour. 

Je  souhaite,  papillon,  que  Dieu  préscrve  ta  vie, 

De  telle  sorte  que  tes  jours, 


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—  401 


A  Tabric  de  Paouzét  e  de  la  man  maoudito, 

Coulen  doucis  coumo  belours . . . 

Més,  anfin,  de  toun  oeil,  se  le  pepet  se  cliico, 

S'en  hiouèr  le  fret  e  le  tor 
S'abison  de  seca  toun  alo  temeruco, 

Jou  desiri  de  tout  moun  cor, 

Que  quan  dou  mes  de  mai  la  sasoun  sio  tournado, 
Cad’  an  tournes  rebíscoula, 

E  que,  soun  poulit  frount  de  la  roso  embaoumado 
Cado  maitin  tournes  boula. . . 


A  rabri  de  i'oiseau  et  de  la  main  maudite, 

Coulent  doux  comme  Ie  velours... 

Mais,  enfin,  si  la  paupière  de  ton  oeil  s’éteint, 

Si  en  hiver,  le  froid  et  la  glace 
S'avisent  de  sécher  tes  ailes  fragiles, 

Je  désire  de  tout  mon  coeur, 

Que  lorsque  du  mois  de  mai  la  saison  sera  revenue, 
Chaqne  année  tu  puisses  renaitre, 

Et  que  sur  le  joli  front  de  la  rose  embaumée, 

Tu  retourne  voler  chaque  matin... 


Elles  sont  encore  bien  curieuses  et  intéressantes  les  strophes  qu’il  consa- 
crera  à  la  Piouse  (la  Puce),  ce  petit  insecte,  1  un  des  multiples  fìéaux  qui 
accablent  notre  pauvre  humanité.  11  ne  fatiguera  pas  les  dieux,  comme  le 
bon  Lajontaine  dans  sa  fable  de  VHomme  et  la  Puce ,  pour  qu’ils  lui 
prêtent  leur  foudre  et  leur  massue  pour  exterminer  cetle  engeance.  C’est  là 
son  moindre  souci.  Le  poète,  en  homme  qui  possède  à  fonds  son  sujet,  nous 
la  présente  d’un  trait  avec  une  ressemblance  parfaite.  Rien  n’échappe  à  son 
oeil  scrutateur,  car  il  possède  tous  les  secrets  sur  les  moeurs  et  les  instincts 
malfaisants  du  parasite  qui  Poccupe.  Tout  cela  est  détaillé  d’abondance, 
dominé  par  le  souci  exclusif  de  l’exactitude  qui  provoque  le  sourire. 
Jugez-en  : 


Negro  coumo  le  grilloun, 

Séou  mendro  qu'un  mouscailloun; 
Mas  camos  semblon  escassos, 
Saouti  coumo  las  agassos; 

Sembli  ’n  pourquet  à  l’engrech; 
Bioui  pas  que  de  boun  gréch; 
Damb’  aco,  brico  poupino 
Toutjour  trosso  coumo  ’n  claou; 
Jamés  senti  pas  nat  maou, 
Quoique  sio  plà  magrestino. 


Noire  comme  le  grillon, 

Je  suis  moindre  qu’un  moucheron; 

Mes  jambes  ressemblent  à  des  échasses, 
Je  saute  comme  les  pies; 

Je  ressemble  à  un  petitcochon  à  l’engrais; 
Je  ne  vis  que  bonne  graisse; 

Avec  cela  nullement  grasse, 

Toujours  sèche  comme  un  clou; 

Je  ne  ressens  jamais  aucun  mal; 
Quoique  je  sois  bien  maigre. 


(1)  Genres  d'insectes  de  i’ordre  des  aphaniptèrca. 


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—  402  - 


Jou  coumenci  de  guimba 
Quan  la  frescuro  s’en  ba  : 

Pendent  l’hiouér  me  repaouzi, 

Se  torro,  pica  nou  gaouzi, 

Dan  les  gioures  e  le  gìas 
La  piouze  bouyatjo  pas . . . 

Dins  le  dubet  d’uno  courno 
M’entuti  coumo  ’n  huret, 

Aqui  me  trufì  d’ou  fret 
Jusquo  que  la  ealou  tourno. 

Més  qu’an  arribo  l’ostiou, 

Tourni  sorte  de  moun  niou; 

Quino  joyo»  quin  deliri  t 
Quinos  bentrados  m’en  tiri !  t 
Dempéi  les  pés  jusqu’aou  naz, 
Moussegui  tout  haout  e  bas; 
Dessigu,  séou  pas  geinado; 

Dambe  moun  tros  de  hissoun, 
Quan  madamo  aoura  plà  soun, 

Jou  la  tengui  rebeillado. . . 

Gréch  de  damo  me  coubcng, 

Car  ami  le  boun  pasteng; 

Brico  gouludo  ni  grando, 

Que  boulèts,  jou  séou  gourmando  ! 
Cependent  y  a  des  mouraents 
Qu’aimi  de  cambia  de  gens  : 

Dèchi  la  doumayzeleto, 

Quiti  lous  poulits  houstaous, 

E  m’en  baou  à  petits  saouts 
Enta  la  mèstre-bailcto. 

Aqui  souen  pendent  la  néit 
Trobi  Ja  simèc  aou  liéyt; 

De  sorte  que  sen  besïos, 

Més  sén  pas  brico  cousïos  : 

Nat  degré  de  parentat 
A  pas  jamés  existat ; 

Car  la  sîmèc  és  pudento, 
Couneguez  bé  soun  aoudou  ? 
Poudétz  pas  crese  que  jou 
La  boli  pas  per  parento . 

Forço  cops  passi  mous  jours 
Sur  un  courset  de  belours, 

Ou  sur  uno  pelerino; 

M’en  baou,  dou  cor  sur  l’esquino, 
Me  passeji  ensus,  enbat, 

Passi  de  i’aoute  coustat. 


Je  commence  à  sauter 
Dès  que  le  froid  disparait  : 

Durant  l’hiver  je  me  repose, 

S’il  gèle,  je  n’ose  piquer, 

Avec  le  givre  et  la  glace 
La  puce  ne  voyage  pas.  . 

Dans  le  duvet  d*un  lit  de  plumes 
Je  rae  terre  comme  un  furet, 

Là  je  me  moque  du  froid 
Jusqu’à  ce  que  ia  chaieur  revienne. 

Sitôt  qu’arrive  l’été 
Je  sors  de  mon  nid; 

Quelie  joie,  quel  déiire  ! 

Quels  bons  repas  je  me  procure  !!! 
Depuis  les  pieds  jusques  au  nez, 

Je  mords  tout  du  haut  en  bas; 

Certes,  je  ne  suis  pas  gènée; 

Avec  mon  morceau  de  dai'd, 

Quand  Madame  aura  bien  sommeil, 

Je  la  tiens  réveillée. . . 

Graisse  de  damc  me  convient, 

Car  j’aime  ia  bonne  nourriture; 

Point  grande  ni  gouiue, 

Que  voulez-vous,  je  suis  gourmande ! 
Cependant  ii  y  a  des  moments 
Où  j’aime  à  changer  de  gens  : 

Je  laisse  la  demoiseile, 

J'abandonne  lcs  jolies  maisons 
Et  m’en  vais  à  petits  sauts 
Yers  la  bordière. 

Là  souvent  pendant  la  nuit 
Je  rencontre  la  punaise  au  lit; 

De  sorte  que  nous  sommes  voisines, 
Mais  nous  ne  sommes  pas  cousinos, 
Nul  degré  de  parenté 
N'a  jamais  existé; 

Car  ia  punaise  est  puante, 

Vous  connaissez  certes  son  odeur? 

Et  vous  pouvez  croireque  quant  à  moi 
Je  ne  la  veux  pas  pour  parente. 

Bien  des  fois  je  passe  mes  jours 
Sur  un  corset  de  velours, 

Ou  sur  une  pèlerine; 

Je  m’en  vais  du  cou  sur  l’échine. 

Me  promenant  du  haut  en  bas 
Je  passe  de  i'autre  côté, 


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Hugi  la  man  que  m’acasso; 
Sadoureto  jusqu’aou  cot, 

Saouti  coumo  le  crabot, 

En  atendent  le  tens  passo. 

Taplà  baou,  se  me  coumbeng, 

Enta  las  gens  de  haout  reng; 

Baou  mêmo  maougre  la  gardo 
Que  néit  e  jour  és  en  gardo 
Sou  mes  poulit  canapé 
Dou  Gran  Sultan !  e  moun  pé 
S’en  bas  gratuilla  la  couécho 
De  madame  ci-daouant ! 

Dambé  jou  diratz  pourtant : 

Per  tu,  siméc,  y’a  pas  mècho ! 

«  Aça,  més  digo-nous  doun, 
Piouzè,  per  quino  rasoun, 

—  Me  batz  dise  tout  de  suito  — 

Tu  que  hés  tá  bouno  bito 
Dambè  le  tchuc  délicat 
De  damos  de  qualitat, 

Tu  que  hés  ta  bouno  chéro 
Dins  aqueris  béts  houstaous, 
Perque  troublous  lou  repaous 
De  la  praoubo  bourdilèro  ? 

Perqué  ?  Bous  ac  direi  bé  : 

Las  damos,  bous  caou  sabé, 

Soun  lou  double  mes  adretos 
Qu’aqueros  méstre  bailetos, 

Quan  s ’agis  de  m'acassa; 

Souen  sabi  pas  oun  passa. . . 

Aco  raï,  que  me  maouftsi  : 

Se  me  cercon  aou  pounpil, 

Zaou !  d’un  saout  baou  sou  mounil 
M’atrapon  pas  e  m’en  risi . . . 

D'un  aoute  coustat,  anfìn, 

Quoique  nou  sio  pas  tà  fìn 
Le  grech  de  la  campagnardo 
Coumo  le  de  la  mignardo 
Que  porto  pas  coutilloun, 

Resto  pas  d’este  plà  boun; 

Ensi  quan  séou  fatigado 
De  las  damos  en  capèt, 

M’en  baou  moussêga  la  pét 
D’ou  ginouil  de  la  Bernado. 

Saquelà,  san  bantatioun, 

Es  béro  ma  pousitioun  : 


Evitant  la  main  qui  me  pourchasse; 
Repue  jusques  au  cou, 

Je  saute  comme  le  chevreau, 

En  attendant  le  temps  passe. 

Aussi  bien  je  vais,  s’il  me  convient, 
Chez  les  gens  de  haut  rang; 

Je  vais  même  malgré  la  garde, 

Qui  nuit  et  jour  veille 
Sur  le  plus  joli  canapé 
Du  Grand  Sultan!  et  mon  pied 
Va  chatouiller  la  cuisse 
De  madame  noble  d'origine  ! 

Avec  moi,  vous  avouerez  pourtant : 
Pour  toi,  punaise,  il  n’y  a  pas  moyen. 

«  Ah  !  çà,  mais  dis-nous  donc, 

Puce,  pour  quello  raison, 

—  Allez-vous  me  dire  tout  de  suite  — 
Toi  qui  fais  si  chère  vie 
Avec  le  suc  délicat 
Des  dames  de  qualité, 

Toi  qui  fais  si  bonne  chère 
Dans  ces  belles  maisons, 

Pourquoi  troubles-tu  le  repos 
De  la  pauvro  bordière  ? 

Pourquoi  ?  Certes  je  vous  le  dirai  : 

Les  dames,  il  faut  que  vous  le  sachiez, 
Sont  le  double  plus  adroites 
Que  ces  bordières, 

Quand  il  s’agit  de  me  pourchasser; 
Souvent  je  ne  sais  où  passer. . . 

Qu’à  cela  ne  tienne,  je  me  méfìe  : 

Si  on  me  cherche  au  mollet, 

Vite,  d’un  saut  je  vais  sur  le  ventre. 
On  ne  mattrape  pas  et  je  m’en  ris, . . 

D’un  autre  côté,  enfln, 

Quoique  la  graisse  de  la  campagnarde 
Ne  soit  pas  si  délicate 
Que  celle  de  la  mignarde 
Qui  ne  porte  pas  cotiilon, 

Cela  ne  l’empêche  pas  d’ètre  exceliente; 
Puis  quand  je  suis  fatiguée 
Des  dames  en  chapeau 
Je  m’en  vais  mordre  la  peau 
Du  genou  de  la  Bertrande. 

D’ailleurs,  sans  me  vanter, 

Ma  position  est  magnifique  : 


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—  404  — 


Gn’a  mes  de  milo  snr  terro, 

—  Gens  que  souen  me  hèn  la  guerro  — 
Que  baiilaren  un  trésor, 

De  mète  la  man  sou  cor 
Oun  jou  souen  me  debertissi!... 

Sur  aquet  poulit  cos  blanc, 

En  tchurlan  d’aquet  boun  sang, 
Lazeflquo  se  patissi ! .  . 

Seou  munido  per  piqua 
D’un  hissoun  que  sab  hiqua; 

Me  plasi  dins  la  camiso 
Que  coubris  uno  pét  liso; 

Baou  pertout  doun  me  hé  gai, 

E  piqui  ço  que  me  plai. 

Anfin,  jou  séou  plà  nuirido, 

Car  riboti  néit  e  jour, 

E  saouturleji  toutjour, 

Jusquoque  m’an  espoutido! 


II  y  a  plus  de  mille  sur  terre, 

— Degensqui  souventmefont  laguerre  — 
Qui  donneraient  un  trésor 
Pour  mettre  la  main  sur  le  corps 
Où  souvent  je  me  divertis!... 

Sur  ce  joli  corps  blanc, 

En  savourant  de  ce  bon  sang, 

II  s’en  faut  que  je  pàtisseî... 

Je  suis  munie  pour  piquer 
D’un  dard  qui  sait  s’enfoncer; 

Je  me  plais  dans  la  chemise 
Qui  couvre  une  peau  lisse; 

Je  vais  partout  où  cela  me  fait  plaisir, 

Et  je  pique  ce  qui  me  plait. 

Enfìn,  je  suis  bien  nourrie, 

Car  je  ribotte  nuit  et  jour, 

Et  je  saute  toujours 
Jusqu’à  ce  qu’on  m’a  écrasée! 


11  est  pris  de  compassion  pour  YAgnèt  (l’agneau  de  lait),  emblème  de 
l’innocence,  dont  le  triste  destin  est  d'èlre  condamné  avant  que  de  naître. 
Qucl  sort  étrange  et  éphémère  que  le  sien?  II  meurt  utilement,  et  sa  mort 
fait  la  vie  puisque  sa  chair  nourrit  l’homme  et  sa  toison  lui  fournit  des 
vêtements  : 


Agnéret !  bengues  de  nèche, 

T’an  dichat  soul,  as  poou,  bêlos  ta  may  ; 
Praoub’  inoucent,  cregnos  pas  que  te  dèche, 
Bèles  pas  més;  s’en  es  anado  pêche, 

Garo,  que  tournara,  bai ! 

Aro  trepos,  qu’es  tournado  !  .. 

Beng  dou  pasteng,  dins  las  poupos  a  léit; 
L’as  pas  bisto  de  touto  la  journado, 

Tu  qu’as  talent,  e  pusqu’ès  arribado 
Pouparas  bint  cops  anéit. 


Petit  agneau  !  qui  viens  de  naitre  ; 

On  t’a  laissé  seul,  tu  as  peur,  tu  béles  ta  mère  ; 
Pauvre  innocent,  ne  crains  pas  qu’elle  t’abandonne, 
Ne  béle  plus  ;  elle  est  allée  paitre. 

Va,  sois  sans  crainte,  elle  reviendra  ! 

Maintenant  qu’elle  est  revenue,  tu  bondis ! 
Elle  vient  du  pacage,  ses  mamelles  pleines  de  lait-; 
Tu  ne  l*as  pas  vue  de  toute  la  journée, 

Toi  qui  as  faim,  efc  puisqu’elle  est  arrivée 
Tu  téteras  vingt  fois  cette  nuit. 


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—  405  — 

Agneroan,  bé  ses  aimable !... 

Toun  gran  bounhur  és  de  saouturleja; 

N’as  pas  jamés  nat  chagrin  que  t’acable, 

E  cado  jour,  quan  sortes  de  l’estable, 

Bèlos  en  camburleja. 

Brillos  coumo  la  lutzeto; 

Semblos  le  crum  que  bolo  dins  le  céou; 
Semblos  la  flou  que  nèch  parmi  Therbeto, 

E,  dessigu,  ta  poulido  raoubeto 
Blanquejo  coumo  la  néou. 

Trepignos  l’herbo  que  pousso; 

Poupos  apéi  quan  ses  las  de  trepa; 

Qu’an  as  poupat,  te  coutchos  sur  la  mousso; 
Per  te  coutcha,  caousisses  la  mès  douço, 
Jusquo  que  tournos  poupa. 

Ataou,  qne  de  ta  nechenço 
Les  prumés  jours  dins  la  joyo  s*en  ban. . . 
Les  maynatjous,  qu’aimon  toun  inoucenço, 
"'oun  béladis,  ta  douçou,  ta  patienço, 

Te  caresson  dan  la  man . 

Mès  crecheras!  e  de  suito, 

Coumo  ’n  martir  quan  ès  cruciflcat, 

Debat  le  tail  d’uno  lamo  maoudito, 

Petit  agneau,  que  tu  es  donc  airaable  ! 

Ton  grand  bonheur  est  de  sauter ; 

Tu  n’as  jamais  le  moindre  chagrin  qui  t’accable, 
Et  cbaque  jour,  quand  tu  sors  de  l’étable, 

Tu  béles  en  cabriolant. 

Tu  brilles  comme  une  petíte  étoile, 

Tu  ressembles  au  nuage  qui  vole  dans  le  ciel ; 
Semblable  à  la  fleur  qui  nait  dans  l’herbe 
Et,  certes,  ta  jolie  toison 

Est  blanche  comme  la  neige, 

Tu  foules  l’herbe  qui  pousse  ; 

Tu  tétes  ensuite  quand  tu  es  las  de  courir  ; 
Quand  tu  as  tété,  tu  te  couches  sur  la  mousse  ; 
Pour  te  coucher,  tu  choisis  la  plus  douce, 

Jusqu’à  ce  que  tu  retournes  téter. 

Ainsi,  de  ta  naissance 

Les  premiers  jours  s’écouleut  dans  la  joie.., 

Le  petits  enfants  aiment  ton  innocence, 

Ton  bêlement,  ta  douceur,  ta  patience, 

Ils  te  caressent  de  leurs  mains. 

Mais  tu  croitras,  et  de  suite, 

Comme  un  martyr  lorsqu’il  est  cruciflé. 

Sous  le  tranchant  d’une  lame  maudite, 


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—  406  — 


Que  san  pietat  te  prenguera  la  bito, 

Mouriras  sacriíìcat ! 

Béni  doun  dins  ma  cabano, 

Dous  agnèret,  jou  secarei  tas  plous; 

Més,  à  l’abric  dou  coutet  que  t'escano, 

Le  tounedou  s’empourtara  ta  lano . . . 

Seras  toutjour  malhurous ! 

Qui  sans  pitió  t’enlèveras  la  vie. 

Tu  mourras  sacrifiè  ! 

Viens  donc  dans  ma  cabane, 

Mon  doux  petit  agneau,  je  sècherai  tes  pleurs  ; 

Mais  à  l’abri  du  couteau  qui  t’égorge, 

Le  tondeur  emportera  ta  laine... 

Tu  seras  toujours  malheureux  ! 

S’il  excelle  dans  la  peinlure  minutieuse  et  exacte  dos  oiseaux  et  des  ani- 
maux,  son  âme  d’artiste  est  dominée  par  ie  sentiment  exquis  de  la  nature 
qu’il  ne  cesse  de  comtempler  et  d'admirer,  lui  prêtant  ses  propres  impres- 
sions  et  ses  émotions  intimes. 

Dans  le  morceau  suivant,  intitulé  :  Les  Aouzèis  e  las  Flous  (Les  Oiseaux 
et  les  Fleurs),  il  nous  fait  assister  au  réveil  de  la  nature  par  une  matinée 
du  mois  de  mai,  au  moment  du  lever  du  soleil.  Son  apparition  donne  la  vie 
et  le  mouvement  à  tous  les  êtres  de  la  création.  Prôtez  Toreille  :  cest  1® 
bruissement  de  Tabeille,  le  chant  trillé  du  rossignol,  les  gazouillements  de 
toute  la  gent  ailée  qui  salue  avec  joie  lastre  du  jour.  Les  fleurs  des  prés 
et  des  jardins  embaument  l’air  de  ieurs  parfums  amers  et  salubres,  cliar- 
mant  i’oeil  par  la  diversité  de  leurs  couleurs.  Ces  oiseaux  et  ces  fleurs  du 
terroir  sont  pour  ie  poète  des  compatriotes,  des  arnis,  ils  sont.  de  ia  famille. 
Le  poème  de  l'univers,  révélé  par  l'infinie  variété  des  phénomènes,  s’élève 
ainsi  de  strophe  en  strophe  et  se  résume  en  un  hvmne  reiigieux  de  recon- 
naissance  envers  ie  créateur.  Ecoutons-le  : 

Le  jour  beng  a  gran  pas;  touto  risente  l'aoubo 
Se  piego  le  lutz-gran  dins  un  cantoun  dc  raoubo; 

Las  estelos,  tabé,  que  pinparron  le  cèou, 

Se  clucon  toutos  :  las  pirolos 
Aimon  pas  le  soureil  que  les  hó  binbarolos. 

Oh !  jou  l’aimi1...  leouo-te  lèou, 

Lc  jour  vient  à  grands  pas;  l'aube,  toute  riantc 
lOnveloppe  la  lune  dans  un  coin  de  sa  robe  ; 

Les  ètoiles  aussi.  qui  eom  rent  le  eiol, 

S’éteigncnt  toutes  :  les  imbéciles 
N’aiment  pas  le  soleil  qui  les  éblouit. 

Oh  !  moi  je  l’aime  !...  lève-toi  bicn  vite. 


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—  407 


Poulit  astre  d'ou  jour,  car  la  lutz  impourtuno, 
Te  ba  bregi  les  oeils  dan  saliouo  dejuno ! 

Joli  astre  du  jour,  car  la  lumière  importune 
Va  te  nettoyer  les  yeui  avec  de  la  salive  à  jeun. 


Le  soureillet  a  puntcjat  I... 

Aro  daourejo  la  teoulado 
M’en  baou  trepeja  la  rousado; 

M’en  baou  escouta,  dins  le  prat, 

Les  petits  aouzerous  que  pioulon, 
L’aouriol  e  le  merle  qu’ichioulon, 

La  meillengo  que  hé  tchiou  tchiou% 
E  le  pinsan  que  hé  piou  piou. 

Besi  rhironndo  qu’alatejo 
Dambé  sa  raoubeto  de  dol 
E  que  dins  Tairé  baranejo 
Dambé  le  poulit  parpaillol. 

Atchi  ’nlà,  sur  uno  brauqueto, 

Besi  un  petit  roussignoulet 
Que  ben  d’ou  riou  beoue  à  galet, 

Per  entouna  sa  cansouneto 
Tout  canto,  tout  se  réjouis; 

De  touts  coustats  l’airé  brounziuo; 
Sur  la  carducho  que  flouris 
Enteni  canta  la  cardino; 

Catsus,  sur  un  casse  brouncut, 

Enteni  tabé  le  coucut 
Que  debiso  dambô  l’agasso, 

Pendent  qu’un  aoute  coucut  passo  !.  . 

La  lébe  que  trepo  pou  blat, 

Que  quan  a  trepat  se  derrato, 

Qu'apèì  sur  un  seilloun  s’espato; 

Le  gay  que  miaoulo  coumo  *n  gat; 

La  sernaillo  que  s’assoureillo, 

Le  brounzinadis  de  l’abeillo; 

L'agneret  que  bélo  sa  may; 

Las  pijounos  que  roucouiejon 
E  las  perdics  que  couscoudejon, 

Tout  dits  que  s’én  aou  més  de  mai  1 
Besi  dins  la  prado, 

Touto  pinparrado 
De  cent  milo  flous, 

La  mamoi  flourido, 

Dan  la  margarido 
Quŷa  lou  péou  tout  rous; 

E  parmi  l’herbeto 


Le  soleil  a  paru  ! 

II  dore  maintenant  les  toits  ! 

Je  vais  foulant  la  rosée, 

Ecouter  dans  la  prairie, 

Les  petits  oiseaux  qui  gazouillent, 

Le  loriot  et  le  merle  qui  sifflent, 

La  fauvette  qui  fait  tchiou-tchiou, 

Et  le  pinson  qui  fait  piou  piou. 

Je  vois  i’hirondelle  qui  secoue  ses  ailes 
Avec  sa  robe  de  deuil 
Et  qui  dans  l’air  scintille 
Avec  le  joli  papillon. 

De  là,  sur  une  petite  branche 
J'aperçois  un  petit  rossignol 
Qui  vient  du  ruisseau  boire  d’haleine 
Avant  d'entonner  sa  chanson. 

Tout  chante,  tout  se  réjouit; 

De  tous  côtés  l’air  bourdonne; 

Sur  le  chardon  qui  fleurit 
J’entends  chanter  le  chardonneret; 

Plus  loin,  sur  un  chône  branchu, 
J’entends  aussi  le  coucou 
Qui  s'entretient  avec  la  pie 
Pendant  qu’unautre  coucou  passe  '... 

Le  lièvre  qui  gambade  dans  les  blés, 

A  pròs  a  voir  gam  badé  se  sau  ve  à  petit  brui  t 
Pour  se  coucher  sur  le  dos  dans  un  sillon; 
Le  geai  miaule  comme  un  chat; 

Le  lézard  qui  se  chauífe  au  soleil, 

Le  bourdonnement  de  l'abeille; 

L’agneau  qui  bèle  sa  mère; 

Les  pigeons  qui  roucoulent 
Et  les  perdrix  qui  cacabent, 

Tout  annonce  que  nous  sommes  au  mois 
Je  vois  dans  la  prairie  [de  mai ! 
Toute  émaillée 
De  cent  mille  fleurs, 

La  violette  fleurie, 

Avec  la  reine  marguerite 
Qui  a  les  cheveux  roux; 

Et  parmi  l’herbe 


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-  408  - 


Qu’es  debat  mous  pés, 

La  pinpareleto 
Que  roussejo  més ! . . . 

Aro,  me  rebiri 
Decats  aou  jardin  : 

Besi  le  jasmin, 

L’uillet  e  le  liri  : 

Moun  cor  es  charmat ! . . . 
Séou  tout  embaoumat 
Per  ço  que  respiri... 
Moun  ceil  és  muiliat... 

E  dins  moun  déliri, 

Séou  aginouillat ! 


Qui  est  sous  mes  pieds, 

La  marguerite  des  prés 
Prend  un  ton  plus  roux ! . . . 

Maintenant,  je  me  retourne 
Vers  le  jardin  : 

Je  vois  le  jasmin, 

L’oeiliot  et  le  lys  : 

Mon  coeur  est  charmé  ! 

Je  suis  embaumé 
Par  tout  ce  que  respire... 
Mon  oeil  est  mouillé... 

Et  dans  mon  délire 
Je  me  suis  agenouillé  ' 


Moun  Diou!  bés  bèro  la  naturo! 

Pendent  que  tout  ílouris  afìn  de  t’hounoura, 
Jou,  que  séou  de  tas  mas  un’  humblo  creaturo, 
M’aginouilli  sur  la  berduro 
Per  t’adoura ! 


Prière 

Mon  Dieu  !  que  la  nature  est  belle  ! 

Pendant  que  tout  fleurit  afin  de  t’honorer, 

Moi  qui  ne  suis  qu'une  humble  créature  de  tes  mains 
Je  m'agenouille  sur  la  verdure 
Pour  t’adorer ! 

Dans  la  description  qu’il  nous  fait  d’un  Sé  de  Primo  (une  Soirée  de 
Printemps),  il  apportera  la  môme  sincérité  de  ses  impressions  personnelles 
et  agrestes.  II  nous  fait  assister  au  coucher  du  soleil;  'sur  les  prés  brillants, 
sur  les  larges  feuillages,  ies  rayons  s?éteip:nent  insensiblement,  fombre 
s’élargit  rapidement.  Toute  lacampagne  semble  bientôtlivréeà  desouvriers 
mystérieux  qui,  en  grande  hâte,  décrochent  les  tentures  de  fète  pour  les 
remplacer  par  des  voiles  funèbres  que  va  éclairer  bienlôt  lastre  de  ia  nuit 
de  ses  páles  rayons.  II  se  féiicite  de  pouvoir  jouir  du  calme  de  ces  campa- 
gnes  tranquilles  qui  prête  à  la  rêverie. 


Abriou  fonis  e  mai  puntejo; 

Pou  jardin  le  liri  blanquejo; 
Flous,  gn’a  pertout  à  plenos  mas; 
Déjà,  le  gril  tiro  le  naz; 

Déjà,  dins  le  blat  que  berdejo, 

La  calio  canto  tustaras  (1). . . 


Avril  finit  et  mai  parait; 

Dans  les  jardins  le  lilis  blanchit; 

Des  fleurs,  il  y  en  a  partout  à  pleines 
Déjâ  le  grillon  tire  le  nez;  [mains: 
Et  dans  les  blés  qui  verdoient 
La  caille  chante  tastaras ... 


(1)  Onl’enfcnd  monler  au  malin, 

Bref  et  sonore, 

Etlesoiron  l'entend  encore, 

DanB  la  paix  du  jour  qui  s’étcint. . . 

Cet  appel  bien  connu;  impêrieux,  saccadé  et  redoublé,  résonne  avec  le  bruit  sec 


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409  - 


La  naturo  qne  sés  parado 
De  sa  raoubeto  mirgaillado 
Que  tant  luzis!  que  tant  luzis! 
Semblo  la  nobio  d’ou  bilatge, 
Touto  floucode,  quan  partis 
Le  maitin  de  soun  maridatge, 

Dan  soun  poulit  habilloment, 

Et  ba,  lésto  coumo  le  bent 
Et  la  joyo  sur  soun  bisatge, 
Trouba  soun  fìançat  que  l’atend . 

Le  tens  thaoumo, 

L’aire  embaoumo; 

Aoubres  flourits,  ségos,  brouchous, 
Herbo  dou  prat,  tout  és  en  plous, 
Car,  tout  aro,  la  marsescado 
Beng  de  toumba  de  la  crumado; 


La  nature  qui  s'est  parée 

De  sa  robe  diaprée 

Qui  tant  reluit!  qui  tant  reluit! 

Pareille  à  la  flancée  du  village, 

Toute  parée  de  fleurs  quand  elle  part 

Le  matin  de  son  mariage 

Dans  ses  jolis  ajustements; 

Et  va,  leste  comme  le  vent, 

Et  la  joie  sur  son  visage, 

Rejoindi*e  son  flancé  qui  l’attend. 

Le  temps  s’embellit, 
L'airembaume; 

Arbres  fleuris,  haies  et  buissons, 
Herbes  des  prés,  tout  est  en  pleurs, 
Car  tout  à  l’heure  un  abat  d'eau 
Vient  de  tomber  d’un  épais  nuage; 


Las  goutos,  sou  lillac,  brillon  coumo  cristail, 
Et  las  houeillos  que  berdejon, 

Que  plouron  e  que  goutejon, 

Aou  soureil  que  fenis  serbisson  de  mirail. 

Le  beng  d’aoutagn  tansouloment  haleno, 

Le8  aouzerous  gazouillon  en  boula; 

E  les  agnóts  que  le  pastre  s’emmeno, 
Dambe  lours  mays  s’entenon  à  bêla. 

Le  bignairoun  dan  le  laouraire, 


Les  gouttes  sur  les  lillas  brillent  comme  un  cristal, 
Et  Ies  feuilles  qui  verdoient, 

Qui  pleurent  et  suintent, 

Au  soleil  qui  finit  servent  de  miroir. 

Le  vent  dautan  relient  son  haleine, 

Les  oiseaux  gazouillent  en  volant, 

Et  les  agneaux  que  le  pàtre  ramène 
Avec  leurs  mères  s’accordent  à  béler, 

Le  vigneron  avec  le  laboureur, 


d  un  ressort  qui  se  détend  :  «  Tac...  tatalm  Selon  les  provinces,  les  paysans inter- 
prètent  plus  ou  moins  ingénieusement  cette  onoinathopée.  Dans  ie  Jura ,  on  le  traduit 
par  «  Carcaillaty  marchand  de  tabac  !  »  ce  qui  ne  veut  rien  dire.  Les  Berrichons , 
plus  pratiques.  assurent  que  la  cailie  crie  :  «  J'ai  du  blè%  j’ai  pas  de  sa  ( sac ).  Cela 
s’accorde  assez  avec  un  dicton  des  pays  de  l'ouest.) 

Plus  la  caille  carcaille 
Plus  chere  cst  la  semaille 

On  croit,  en  effet.  dans  le  Haut-Maine.  que  la  caille  pressent  le  prix  du  grain  :  plus 
elle  chante,  plus  il  vendra  cher.  En  Suisse.  on  pretend  également  qu’autant  de 
mis  eJle  lance  son  appel,  autant  de  couronnes  de  plus  vaudra  le  sac  de  blé.  Dans  les 
Hautes-A  lpcs ,  c’est  tout  le  contraire  :  le  produitdu  seigleest  en  raison  du  nombre  de 
fois  que  J’oiseau  jette  son  cri.  Chez  nous.  le  peuple  le  traduit  plus  littéralement  par 
«  Paye  tes  dettcs  !  Paye  tes  dettcs  I  »  Et,  en  effet,  la  vérité  est  que  ce  chant,  impé- 
rativement  redoublé,  a  pour  but,  de  la  part  de  la  la  femelle,  a’inviter  le  màle  à 
s  acquitter  du  devoir  conjugal.  II  ne  reste  généralement  pas  sourd  à  cegalant  appel, 
c  est  une  justice  à  lui  rendre. 


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-  410  — 


Se  retiron  à  petit  pas; 

Las  hiroundeletos,  dins  Taire, 

Gazouillon  que  gazouilleras; 

Tandis  que,  dins  le  niou  qu’es  debat  la  teoulado, 
Les  petits  hiroundats  qu’atendon  la  becqaado, 
S’aouéjon  de  las  bese  pas. 


Se  retirent  à  petits  pas; 

Les  hirondelles,  dans  les  airs, 
Gazouillent,  gazouilleras-tu; 

Tandis  que  dans  le  nid  placé  sous  les  toits, 

Les  petits  hirondeaux  attendant  la  becquée, 

S'ennuient  de  ne  pas  voir  leurs  parents. 


Aro  la  néit,  capbat  las  couraos, 
S’esplandis  coumo  *n  gran  linsol; 
Més  las  cabeillos  de  las  houmos 
Cargo  pas  encaro  le  dol. 

La  punto  dou  clouqué  rousséjo, 

Car  le  poulit  crum  satinat, 

Que  le  soureil  a  moustinat 
En  tout  se  coutcha,  la  daourejo; 
Diren  anftn  que,  tout  mourent 
Le  jour  que  défail  e  que  passo, 

Bol  encaro,  per  un  moument, 

A  ioumbro  disputa  la  plaço; 

La  néit,  saquelà,  l’escautis, 
L’hiroundo  dïns  soun  niou  s’arruço, 
L'Angelus  dou  sé  retentis, 

E  l’on  entend  canta  la  cuco. 

Aou  pé  d’un  grand  récho  houeillut, 
D’oun  jaillis  uno  sourço  puro, 
Pensatiou,  me  siéti,  san  brut, 

En  de  countempla  la  naturo  : 

Quan  aiizo  sou  passo-lis, 


Maintenant  la  nuit,  au  bas  des  vallées, 
Se  répand  comme  un  grand  linceul; 
Mais  le  faite  des  ormeaux 
Ne  prend  pas  encore  le  deuil. 

La  pointe  du  clocher  prend  un  ton  roux, 
Car  le  joli  nuage  satiné, 

Que  le  soleil  a  coloré 
Eu  se  couchant,  le  dore; 

On  dirait  enftn  que,  mourant, 

Le  jour  qui  s’évanouit  et  passe, 

Yeut  encore,  pour  un  moment, 

A  l’ombre  disputer  la  place; 

La  nuit,  d’ailleurs,  l’éteint, 

L’hirondelle  dans  son  nid  se  blottit. 
L’Angelus  du  soir  retentit, 

Et  l’on  entend  chanter  le  crapaud. 

Au  pied  d’un  grand  frène  feuillé, 

D’où  jaillit  une  source  pure, 

Pensif,  je  m’assieds,  sans  bruit, 

Pour  contempler  la  nature  : 

Quand  elle  polit  sous  le  coulis  de  l’eau, 


L’aigo  d’ou  riou,  qu’en  rigoula  roundino, 
Hugh  tout-sialet,  e  diren  que  badino; 
Toumbo  sou  caillaou  que  luzis, 
Apèi  s’escampo  dins  la  prado, 
L’engrècho,  la  teng  arrouzado, 
S’entend  toutjoardins  l’hèrbo  roundina, 
Et  l’on  diré  que  tourno  badina. 


L'eau  du  ruisseau  qui  murmure  en  serpentant, 
Fuit  tout  doucement.  on  dirait  qu’elle  badine; 
En  tombant  sur  !e  caillou  qui  luit, 
Elle  se  répand  apròs  dans  la  prairie, 
L’engraisse,  la  tient  arrosée, 

Dans  l’herbe  on  l’entend  toujours  murmurer, 
On  dirait  qu’elle  veut  encore  badiner. 


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411  — 


Mous  oeils  admiron  dios  esteios 
Que  se  miraiilon,  à  mous  pés, 

Dins  Taigo  que  cour;  brilion  mès, 
Dessigu,  que  miilo  candellos ! 

Un  certèn  brut  me  hé  ennaira, 

La  houéillo  d’ou  récho  petrillo; 

Mès  recounegui  en  tout  flaira 
Que,  dans  le  fresc,  ia  cantharillo 
Brousto;  cependent,  dins  le  ceou, 

Besi  crums  que  se  dandinejon; 
Semblon,  touts  blancs  coumo  la  néou, 
Les  agnerous  que  se  passejon; 

Més  la  luyo,  qu’a  puntejat 
E  que  rajo  sur  moun  bisatje, 

S’estujo  darré  le  nuatge 
Que  ie  zéphir  a  carrejat; 

Bai !  bai !  taplà  besi  ta  raoubo, 

N’as  pas  saoubi  de  t’estuja, 

Soureil  dé  néit,  te  bes 
Darré  le  crum  qu’a  m< 


Mes  yeux  admirent  deux  étoíles 
Qui  se  mirent  à  mes  pieds, 

Dans  l’eau  qui  court  elles  brillent  plus, 
Certes,  que  miiie  chandeiles. 

Un  certain  bruit  me  fait  souiever, 

La  feuille  du  frène  pétille; 

Mais  je  reconnais  en  flairant 
Qu’avec  la  fraicheur,  ia  cantharide 
Broute;  cependant  dans  le  ciel,  [grâce; 
Je  vois  des  nuages  qui  sebalancont  aveo 
Ils  sembient  blancs  commela  neige, 

Des  agneaux  qui  se  promènent; 

Mais  ia  iune,  a  paru 
Dardant  sur  mon  visage, 

Elle  se  cache  derrière  ie  nuage 
Que  le  zéphir  a  entrainé; 

Vaf  val  je  vois  très  bien  ta  robe, 

Tu  n’as  pas  besoin  de  te  cacher, 

,  candeja 

us  oeils  te  derraoubo  ! 


Soleil  de  nuit,  je  te  vois  luire, 

Derrière  le  nuage  qui  te  cache  à  mes  yeux  ! 


Hurous  moument!  tout  me  rabis! 
Moun  oeil  se  cluco,  se  drubis, 
Soumeilli  coumo  qui  drom  beillo, 
Quan  toutd’un  copdinsmounaoureiiio, 
Uno  musiquo  retrounis, 

Me  plai,  me  charmo,  me  rebcillo. 

Diou  d’ou  céou,  b’es  aco  poulit ! 
Semblo  le  cant  de  la  Sereno!... 

Per  escouta  me  hourrupi  l’haleno 
Jusquo  que  l’aire  sio  íìnit...  etc. 


Heureux  momcnt,  tout  me  ravit, 

Mon  ceil  se  forme,  s’ouvre, 

Je  sommeille  comme  qui  dort  veilie, 
Quand  tout  à  coup  à  mon  oreille 
Retentit  une  musique, 

Qui  meplaît,  mecharme  et  me  réveille. 
Dieu  du  ciel,  que  cela  est  donc  joii ! 

On  dirait  le  chant  de  la  Sirène  !... 

Pour  Fécouter  je  retiens  mon  haleine 
Jusqu'à  ce  que  i’air  soit  terminé...  etc. 


Ce  qui  lui  plaît,  c’est  la  clarté  hésitante  du  printemps,  c’est  surtout  la 
beauté  enchanteresse  de  Tautomne  où  les  terres  fécondes,  mais  un  peu  lasses, 
s’abandonnent  à  la  mélancolie,  cette  tendresse  réfléchie!  C’est  aussi  l'hiver 
désolé,  méchant  comrae  un  buveur  d’eau,  triste,  désoié,  inondé  de  pluie. 
L’hiver  assoupi  sous  un  linceul  de  neige,  l'hiver  avec  des  arbres  poudrés  à 
bianc  comme  un  vieux  marquis,  avec  les  toits  étincelants  de  mille  diamanls 
sous  le  soleil  blafard.  Ce  sont  encore  ces  coins  de  valiée,  le  coin  des  cam- 
pagnes  siiencieuses  avec  des  bandes  de  culture  déroulées  comme  de  larges 
rubans  parailèles  aux  flancs  des  collines  et  les  bouquets  d’arbres  et  les 
étroits  ruisseaux  murmurants  qu’ii  a  cbautés  avec  toute  Fenvolée  de  son 
âme  altendrie  et  bonne  dans  ses  poèmes  de  couieurs. 

Ses  apiitudes  à  peindre  les  beautés  de  la  nature,  ne  seront  pas  les  seules 


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—  412  - 


qualités  qu’il  possède,  il  connaît  à  fonds  les  moeurs  campagnardes  qu’il  se 
plaît  à  décrire  avec  la  même  exactitude.  Aussi  ses  descriptions  sont-elles 
empreintes  d’un  réel  intérêt.  Pour  nous  en  convaincre,  je  détacherai  de 
son  charmant  poème,  Mariouneto  la  dounzelo  (Marie  la  demoiseile  d’hon- 
neur),  une  page  vécue,  un  tableau  pris  sur  nature  d’une  noce  bien  gas- 
conne.  Ecoutons-le  : 


Le  relotge  beng  de  souna, 

La  dex  houros  de  brounzina  : 
Tabe,  la  nobio  ès  touto  presto; 

La  courouno  que  s’a  boutat 
Sinne  de  la  birginitat, 

Luzis  e  brillo  sur  sa  testo; 

Un  cachemir  a  founs  berdious, 

A  grans  decèns,  a  franjo  fino, 

Tout  pinparrat  de  beros  flous, 

Le  countournejo  la  poitrino. 
Raoubo  bluyo  de  melinos, 

Un  bet  mantéou  d*ou  mêmo  tros, 
Que  le  teng  la  taillo  sarrado, 
Debassis  blançs,  finaloment, 

Unis  souliés  de  pèt  brounzado 
Coumpleton  soun  acoutroment. 

Pourtant,  le  campané  repliquo  : 

Le  nobi,  dret  coumo  'no  piquo, 
Propre,  luzent  e  pla  caoussat, 

Beng  d’arriba  tout  empressat : 
Damb’  et,  le  payrin,  la  mayrïo, 
L'amic,  le  besin,  la  besio, 

Anfln  toutis  les  erabitats, 

Daouant  la  gleyso  soun  plantats, 
En  atendent  que  la  Bernado, 

Qn'es  en  retard,  siosqu’arribado. 

Tout  d’un  cop,  un  soun  argentat, 
Sur  las  alos  d’ou  bent  pourtat, 
Beng  dins  l’aire  de  repounpido, 
Dise  que  la  nobio  ès  partido; 

La  campano  souno  las  très , 

E  toutis  dison  :  Atchi  qu’és ! 

Arribo  dambe  soun  escorto  : 
Floucat  d’un  ribant  blanc  aou  bras, 
Le  prume  dounzeloun  la  porto 
Dé  sietetos,  gouants  à  las  mas, 

Sur  un  gran  mul,  mercat  sou  naz 
Aoureillo  loung,  esquino  forto 


L’horloge  vient  de  sonner, 

Et  de  frapper  les  dix  heures  : 

Aussi,  la  mariée  est-elle  prête; 

La  couronne  qu’elle  a  mise, 

Emblème  de  la  virgité, 

Luit  et  brille  sur  sa  tète; 

Un  cachemire  à  fonds  verdàtre, 

A  grands  dessins,  à  franges  fìnes, 

Tout  parsemé  de  belles  fleurs 
Lui  entoure  la  poitrine; 

Une  robe  bleue  de  mérinos. 

Un  beau  manteau  de  même  étoffe, 

Qui  lui  tient  la  taille  serrée, 

Desbas  blancs,  et  finalement, 

Des  souliers  en  peau  bronzée 
Complétent  son  accoutrement. 

Pourtant,  le  carilionneur  recommence  : 
Le  marié,  droit  comme  un  piquet, 
Propre,  luisant  et  bien  chaussé, 

Vient  d’arriver  tout  empressé  : 

Avec  le  parrain,  la  marraine, 

Les  amis,  les  voisins,  les  voisines, 

Enfin  tous  les  invités, 

Se  pressent  devant  l’église, 

En  attendant  que  Bcrnade , 

Qui  est  en  retard,  soit  arrivée. 

Toutà  coup,  un  son  argentin, 

Porté  sur  les  ailes  du  vent, 

Vient  dans  l’air  de  proche  en  proehe, 
Avertir  que  la  mariée  est  partie; 

Les  cloches  sonnent  les  trois  fois, 

Et  tous  disent :  Eile  est  là  ! 

Elle  arrive  avec  son  escorte  : 

Orné  d’un  ruban  blanc  au  bras, 

Le  premier  garçon  d’honneur  la  porte 
Assise,  les  gants  à  la  main, 

Sur  un  grand  mulet,  marqué  sur  le  nez. 
Aux  longues  oreilles,  à  la  robuste  croupe. 


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-  413  - 


E  peou  negre  coumo  ’n  courbas. 
Uno  bando  de  dounzeletos, 
Pounpounados  e  pla  roussetos, 
Aoutant  de  dounzelous  anfln, 
Per  darré  barron  le  camin  : 

La  nobio  debaro, 

Sur  un  pé  s’emparo 
Se  bei  lou  moulet  . . 
Alizo...  stourdido, 

Toumbo  tout  sialet, 

E  mieyjo  ’spaourido, 

Se  leouo,  rapido, 

Coumo  ’n  bent  houlet ! . . . 
Le  Ritou  qu'espèro, 

Per  la  campanèro 
Beng  d’est’  abertit; 

Es  tout  rebestit ! . . . 

Car  atend  besito, 

D’un  cop  mésso  dito, 

Sera  lèou  partit... 

Un  clerc  se  rebiro, 
Brandouillo  l’esquiro 
Qu’es  entà  l’aouta, 

E  les  amourouBÌs 
Risents  e  jouyousis 
S’y  ban  presenta. 


Au  poil  noir  comme  un  corbeau 
Une  bande  de  demoiselles  d’honneur, 
Àttiffées  et  toutes  rosées, 

Avec  autant  de  garçons  d’honneur, 
Par  derrière  ferment  le  chemin  : 

La  mariée  descend, 

S’appuyant  sur  un  pied, 

Fait  voir  son  mollet... 

Elle  glisse...  l’étourdie, 

Et  tombe  de  son  long, 

Et  à  moitié  effrayée, 

Se  reiève,  rapide, 

Comme  le  vent  follet !... 

Le  curé  qui  attend 
Vient  d’ètre  averti 
Par  la  carillonneuse; 

Est  tout  habillé !... 

Car  il  altend  des  visites, 

Sitôt  ia  messe  dite, 

Ii  sera  vite  parti... 

Un  clerc  se  retourne, 

Agite  la  sonnette 
Qui  est  devant  l’autel, 

Et  les  amoureux 
Riants  et  joyeux 
Vont  s’y  présenter. 


Aginouillats  entà  la  Sento-Taoulo, 

Aou  noum  de  Diou,  daouant  lou  caperan, 
Les  nobis  se  dounon  la  man; 

Aro,  touts  dus,  prounounçon  la  paraoulo 
Counsacrado,  le  oui  d’amour, 

Que  les  unis  aci  bas  per  toutjour  ! . . . 

Agenouillés  devant  la  Sainte  Table, 

Au  nom  de  Dieu,  en  présence  du  prêtre, 

Les  mariés  se  donnent  la  main; 
Maintenant,  tous  les  deux,  prononcent  la  parole 
Consacrée,  le  oui  d'amour, 

Qui  lcs  unit  ici-bas  pour  loujoursl... 


La  messo  ès  fenido, 
L’unioun  benazido, 
L’eternel  arrést 
Sou  registre  es  pròs, 

E  le  ritou  crido  : 
Çoruummatum  eat  I... 


La  me8se  est  terminée, 
L’union  bénie, 

L’éternei  arrêt 

Est  consigné  sur  le  registre. 

Et  le  curé  crie  : 

L'ceucre  cst  consommée !... 


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—  414 


Tout  èa  fenit..  digun  dins  la  gleyso  nou  rèsto; 
L’on  bei  lou  caperan  aou  petit  trot  flla, 

Car  ba  souna  mietjour,  è  sa  oousino  es  presto... 
Soun  estoumac  dejun  coumenço  de  pioula... 

Le  pifraire,  dejà,  s’es  boutat  a  fioula, 

Tout  est  fini...  personne  ne  reste  dans  l’église, 

On  voit  le  prétre  décamper  au  petit  trot, 

Car  midi  va  sonner  etsa  cuisine  est  préte... 

Son  estomac  à  jeun  commence  à  protester. . . 


Déjà  le  joueur  de  flíre  s’est 

E,  nobis  en  tésto, 

Las  gens  de  la  hèsto 
Se  ban  entaoula  : 

La  campano  souno, 

Mietjour  retentis, 

Le  biouloun  razouno, 

La  nobio  partis; 

Dounzels  e  dounzelos, 

Luzents  coumo  estelos, 

Le  floc  à  la  man 
E  bieils  de  la  troupo, 

Touts  bous  à  la  soupo, 

Damb'  éro  s’en  ban . 

Touts  lous  curiousis  d’ou  bilatge, 
Homes,  hilios,  hennos,  goujats, 

En  general  touts  pla  lengats, 

Soun  amouiats  sur  lour  passatge; 

Car  cadun,  dins  aquet  moument, 
fìol  tira  soun  signaloment  : 

Uno  menino  escachalado, 

Trobo  la  nobio  maou  couhado, 

Qu’a  la  gandarlo  de  traouès, 

E  mès  que  mareho  de  guingoués; 

Un  droullat  que  cerco  fourtuno, 

Gros  e  mouhut  coura  ’n  taourèl, 

Qu’a  pas  troubat  bloundo  ni  bruno, 
Perço  qu’es  peou  rous  e  garrèl, 

Trobo  pas  la  nobio  pet  fino, 

E  susteng  qu’a  pas  bouno  mino, 

Car  porto  pas  unis  pendents 
Dan  soun  poulit  coulió  de  grens; 

Uno  droullasso  qu’es  boussudo, 

Qu'a  quarant’  ans  e  que  peou  mudo 
Trobo  lou  nobi  maou  rasat, 

Maou  degaouchit  e  maou  caoussat. 

En  de  flni,  toutis  debison, 


mis  à  siffler, 

Et,  les  mariés  en  tête 
Les  gens  de  la  fète 
Vont  se  mettre  à  table  : 

Les  cloches  sonnent, 

Midi  retentit, 

Le  violon  résonne, 

La  mariée  part; 

Et  garçons  et  demoiselles  d’honneur 
Luisants  comme  des  étoiles 
Le  bouquet  à  la  main 
Avec  les  vieux  de  la  troupe 
Tous  d’attaque  à  îa  soupe, 

Avec  elle  s’en  vont. 

Tous  les  curieux  du  village, 

Hommes,  fllles,  femmes,  garçons, 

En  général  tous  forts  en  langue, 

Sont  attroupés  sur  leur  passage; 

Car  chacun,  en  ce  moment, 

Tient  à  donner  son  appréciation  : 

Une  vieille  édentée, 

Trouve  la  mariée  mal  coiffée, 

Avec  la  couronne  trop  inclince 
Et  de  plus  qu’elle  marche  de  travers; 

Un  polisson  qui  cherche  fortune, 

Gros  et  taillé  comme  un  taureau, 

Qui  n‘a  rencontré  ni  brune  ni  blonde, 
Parce  qu’il  est  poil  roux,  et  a  les  pieds 

[tournós 

Prétend  que  la  mariée  n’apas  la  peau  fine 
Et  soutient  qu’elle  n’a  pas  bonne  façon, 
Car  elle  ne  porte  pas  des  boucles  d’oreilies 
Avec  un  joli  collier  de  grains; 

Une  drolesse  qui  est  bossue, 

Qui  a  quarante  ans  et  change  de  poil 
Estime  que  le  marié  est  mal  rasé, 

Mal  nivelé  et  mal  chaussé. 

Pour  flnir,  tous  causent. 


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—  415 


Tontis  batalon,  toutis  rison; 

Nobis,  dounzelos,  dounzelous, 

Soun  toutis  mourduts  as  talous, 

Car  gn’a  pas  nat,  bengo  d’oun  bengo, 
Que  nou  baille  soun  cop  de  lengo ! . . . 

Pourtant,  arribon  à  l’houstaou; 

La  cousino  sera  lèou  présto; 

Bieils  e  mès  jouens,  cadun  s'aprèsto 
Per  douna  un  boun  cop  de  cachaou . 
Tres  grandos  taoulos  soun  fioucados, 
G  de  car  toutos  pinparrados  : 

Buillits,  dobos  e  fricandèous, 

Pouros,  capous  è  laparèous, 

Las  caperon;  e,  san  tarda, 

Cadun  se  met  à  debrida. 

Cuillès,  fourchelos  e  fayanço, 

Dents  e  çachaous,  tout  aco  danso  : 
Digun  nou  parlo  mès  qu'un  mut; 
Cependant,  on  entend  dins  l’aire 
Le  brouzinadis  ou  le  brut 
D’ou  marteret  de  l’abrasaire; 

Diren  que  milo  pairoulòs 
Tuston  sou  couyre  tant  e  mès  (1)!... 

Anfin,  le  brut  de  las  fourchetos, 

Aou  cap  d'un  paouc  s’os  amourtit, 

E  dounzelous  e  dounzeletos 
Caqueton  dambe  lou  roustit. 

Uno  cousinero  rousento, 

L’oeil  esberit  e  la  gaouto  luzento, 
Damb’  uno  rouméc  aou  coustat, 

Beng  en  tout  hé  courre  le  plat, 
Entouna  la  cansoun  d’usatge  : 

La  joyo  néch  sur  soun  bisatge 
Quan  plaou  sosis  à  delaouas . . . 

Caou  bese  coumo  se  degaougno  !... 
Mès  se  caoucun  la  pago  pas 
Dambè  la  roumèc  l’esoirrougno  í . . . 


Tous  critiquent  et  rient; 

Mariés,  garçonsetdemoiselles  d’honneur 
Sont  tons  mordus  aux  talons,  [vienne, 
Car  il  n’y  en  a  pas  un  seul  d’où  qu’il 
Qui  ne  fournisse  son  coup  de  langueî... 

Pourtant,  ils  arrivent  à  la  maison; 

La  cuisine  sera  vite  prête,  [prêtre 
Vieux  et  même  les  jeunes,  chacun  s’ap- 
A  donner  un  bon  coup  de  dent. 

Trois  grandes  tables  sont  fleuries, 

Et  de  viandes  bien  fournies  : 

Bouillis,  daubes  et  fricandeaux, 

Poules,  châpons  et  lapereaux, 

Les  recouvrent;  et,  sans  tarder 
Chacun  se  met  à  manger. 

Cuillers,  fourchettes  et  faïences, 

Dents  et  mâchoires,  tout  entre  en  danse : 
Personne  ne  parle  pas  plus  qu’un  muet; 
Cependant  on  perçoit  dans  l’air 
Le  grondement  ou  le  bruit 
Du  marteau  du  fondeur  de  cuilliers; 

On  dirait  que  mille  chaudronniers 
Frappent  tant  et  plus  sur  le  cuivre !... 

Enfin,  le  bruit  des  fourchettes, 

Au  bout  d’un  temps  s’est  apaisé, 

Et  garçons  et  demoiselles  d’honneur 
Babillent  au  moment  du  rôti. 

Une  cisinière  écarlate, 

L’oeil  éveillé,  les  joues  luisantes, 

Avec  une  branche  de  ronce  aux  côtés, 

Se  présente  en  faisant  circuler  le  plat, 
Pour  entonner  la  chanson  d’usage  : 

La  joie  éclate  sur  son  visage, 

Quand  il  pieut  des  sousà  foison... 

11  faut  voir  comme  ellese  démène  !... 
Mais  si  quclqu’un  ne  la  paie  pas 
Elie  l’égratigne  avec  sa  ronce. 

—  «  Ne  ronge  pas  davantage  cet  os, 
Marié,  gratte-toi  la  poche,  [sous. 


Rougagnes  pas  mès  aquet  os, 

Nobi,  grato-te  la  poutcheto; 

Tu,  dounzelo,  douno  dus  sos,  Toi,  demoiselle  d’honneur,  verse  deux 

Tu,  dounzeloun,  uno  peceto;  Toi,  garçon  d’honneur,  une  petitepièce, 

Tu,  gran  Moussu,  qu’as  les  peous  blancsToi,grandMonsieur,aux  cheveux  blancs 
Baillo-me  un  escut  de  cinq  francs,  Donne-moi  un  écu  de  cinq  francs, 

E  tu,  qu’as  la  granouillo  redo,  Et  toi,  qui  as  la  grenouille  raide, 

(1)  Le  poète  a  mis  en  relief  la  bonne  chère  que  nos  pavsans  ne  dédaignent  pasles 
joursde  íêtes,  eux  qui  sont  si  sobres  daus  les  temps  ordinaires.  Comme  Dastros,  il 
preche  lui-méme  d'exemple. 


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—  416  — 


Foulllo-te,  cerco  la  raounedo. . .  » 
Le  payrin,  d’un  aute  coustat, 

Que  s’en  &  pres  uno  rasado, 

Dits,  que  caou  beouo  à  la  santat 
De  la  noubelo  maridado  : 

Touts  les  beires  en  aquet  mot, 

Se  plenon  de  bin  e  bourdejon; 
Las  dounzelos  torson  le  cot, 

Les  dounzelous  las  poutinejon; 

Le  trindadis  drou  goubelet 
S’entend  a  repounpi  dins  Taire, 

E  bistoment  le  bilounaire 
S’en  ba  jouga  le  ramelet ! . . . 


Fouille-toi,  cherche  la  raonnaíe.  .  » 

Le  parrain,  d'un  autre  côté. 

Qui  a  pris  une  rasade  de  trop 
Prétend  qu’il  faut  boire  &  la  santé 
De  la  nouvelle  mariée  : 

Tous  les  verres  à  cette  proposition 
Se  remplissent  de  vin  jusqu’au  bord; 
Les  demoiselles  d’hon  neur  plient  leur  cou 
Les  garçons  les  embrassent; 

Le  bruit  des  gobelets 
Se  répercute  dans  l’air, 

Et  vivement  le  violoniste 
S’en  va  jouer  le  ramelet ! . . . 


Ataou  se  passo  la  journado, 

Bierjo  de  plous  e  de  chagrin. . . 

Jouens  e  biels,  pendent  la  souerado 
Bouéyton  mès  d’un  pipot  de  bin. . . 

E  dins  la  néit,  quan  la  nobio  es  coutchado, 

Les  dounzelous  le  porton  le  tourrin  ! . . . 

Ainsi  se  passe  la  journée, 

Exempte  de  pleurs  et  de  chagrins.., 

Jeunes  et  vieux,  durant  la  soirée, 

Vident  plus  d'un  barU  de  vin. . . 

Et  dans  la  nuit,  quand  la  mariée  est  couchée, 

Les  garçons  d’honneur  lui  portent  la  soupe  à  l’ail ! . . . 


Une  autre  pièce  de  vers,  qui  fut  couronnée  par  le  Comité  poétique  de 
Bordeaux  en  1882  et  qui  a  pour  titre  :  La  Grello  d’ou  Caouze  le  bint 
Mai  rnilo  houeyt  cent  cinquanto-un.  (La  Grêie  du  Cauze%  le  20  Mai  1851) 
rriérite  d’être  signalée.  C’est  la  peinture  fidèle  et  saisissante  d’une  de  ces 
tempêtes  malheureuseraent  si  fréquentes  à  cette  époque  dans  la  région  du 
Midi  qui  sèment  la  ruine  et  la  désolation  dans  nos  campagnes,  fléau 
dévastatcur  dont  il  a  été  le  lémoin. 

Dans  la  première  partie,  il  nous  fait  le  tableau  d’une  belle  matinée  de 
printemps.  II  nous  montre  bêtes  et  gens  se  livrant  à  leur  besogne  journa- 
lière,  la  campagne  est  en  pleine  activité.  Tout  est  en  fleur,  l’air  est 
embaumé,  tout  sourit.  Les  rêcolles  partout  charment  l'oeil  du  laboureur, 
qui  compte  remplir  bicntôt  son  chai  et  son  grenier,  récompense  légitime  de 
son  ingrat  et  pénible  labeur. 

Le  poète  note  au  passage  les  signes  précurseurs  d’un  orage  qui  se  forme 
à  Thorizon,  il  suit  sa  marche  progressive,  son  caractère  menaçant,  pour 
arriver  au  déchaînement  de  la  tourmente  qui  éclate  vers  le  milieu  du  jour. 
C  est  ce  qui  eonslituera  la  deuxième  parlie  intitulée  : 


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417  - 


LA  QRBLLO 

Las  tres  houros  d’ou  se  que  trindon  aou  relotge, 

S’en  ban  en  retrouni  sur  las  alos  dou  tens; 

Aou  cèu  tout  embrasat  y  a  pas  nat  crum  que  botge  : 

Negres,  rouges,  bioulets,  espaourisson  las  gens  î . . . 

Diren,  incouneguts,  grans,  caperats  de  bossos, 

D’hourribles  animaous  l’un  sur  l’aoute  empilats, 

Tandis  qu’un  brut  sourdde  carrossos 
Que  rollon  dan  fracas,  de  demous  atelats, 

Que  Lucifer  et  memo  guido, 

Beng  sur  terro  de  repounpido. 

La  noiio  lantoment  s’aprocho,  s’csplandis, 

Negro  mès  que  jamès,  a  caige  touto  prèsto, 

La  grello  dirts  sous  ílancs,  e  sou  Caouze  s’arrèsto  !... 

Le  brutcrech,  crech  toutjour  e  la  hurou  grandis  : 

Les  bouès  quiton  l’arai  pès  camps,  s’en  ban  à  huto 
Dan  le  pareil  junit  que  l’aguillado  buto; 

E  dan  sous  agnerous  qúe  trepon  aou  pasteng, 

La  pastro  à  gran  galop  à  la  bordo  s’en  beng . . . 

L’aouratge,  qu’a  cáousit  soun  gran  chan  de  bataillo, 

Rouno  coumo  canous  que  boumisson  mitraiilo  !  .. 

Serpent  prount  e  rousent,  un  esclaire  partis, 

Toumbo  sur  un  nouguò,  le  partatjo,  l’engarro  !... 

Diren  qu’en  aquet  brut  la  terro  s’engloutis; 

LA  QRÊLB 

Les  trois  heures  du  soir  tintant  à  l’horloge, 

S’en  vont  en  retentissant  sur  les  ailes  du  temps  ; 

Le  ciel  est  tout  embrasé,  pas  un  nuage  ne  bouge  : 

Noirs,  rouges,  violets,  ils  épouvantent  les  gens  !... 

On  dirait,  inconnus,  grands,  couverts  de  bosses, 

D’horribles  animaux  l’un  sur  l’autre  empilès, 

Tandis  qu’un  bruit  sourd  de  carosses 
Qui  roulent  avec  fracas,  atteiés  de  démons, 

Que  Lucifer  conduit  lui-méme 
Venant  sur  tcrre  en  rebondissant. 

Lc  nuage  s’approcho  lentement,  s’étend, 

Noir  plus  que  jamais,  tout  prét  à  tomber, 

La  grèle  dans  ses  flancs,  s’arréte  sur  le  Cauze  !.. . 

Le  bruit  redouble,  augmente  toujours,  l’épouvante  grandit 
Les  laboureurs  quittent  la  charrue  dans  les  champs  et  íuient  à 
Avec  les  boeufs  accouplés  que  l’aiguillon  excite.  [toutes  jambes 
Et  avec  ses  agneaux  qui  s’ébattent  dans  les  prés, 

La  bergère  au  plus  vite  gagne  la  métairie... 

I/oragc  qui  a  choisi  son  graud  champ  de  bataille 
Gronde  corame  des  canons  qui  vomissent  la  mitraille  ! 

Commc  un  serpent  prompt  et  eouleur  de  feu,  un  éclair  jaillit 
Tombe  sur  un  noyer,  qu’il  partage  et  dótruit !.., 

Qn  dirait  qu’à  ce  bruit  la  terre  s’engloutit ; 

27 


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~  ^ 


—  418  — 


Las  bestios  e  las  gens,  tout  s’entuto,  s’enbarro. . . 

La  baco,  le  taourèl,  le  bedèt  e  le  bioou 
Trepignon  dins  l'establo  e  mes  bramon  de  poou  ! . . . 

Dins  les  aoubres  houeilluts  que  les  lambrets  alucon, 

Les  petits  aouzerous  s’estujon  e  s’arrucon; 

Las  hennos  à  ginouls,  àTentour  d'uno  lutz, 

Les  chapelets  as  digts,  cridon  :  *  S’òn  tout  perduts  ! 
Couratge,  carapané  d’ou  Caouze  !... 

Caou  pas  que  toun  bras  se  repaouse, 

Bouto  tout  à  bandos’  Harditî . . . 

En  d’acassa  le’crum  maoudit, 

Souno!  Souno  toutjour!  »  Hélas!  penoperdudo! 

D#ou Poûgnard  (1)  à  Moundoun  (2),  do  Bilas (3)  à  la  Mudo (4), 
Des  Fortis  (5)  aou  Troubet  (6),  coumcnçon  de  toumba 
Coumo  cops  do  martèls,  roundos,  platos,  carrados, 

Grellos  que,  sus  houstaous,  coupon  bitros,  teoulados, 
Bouton  dins  les  bignés  las  bits  a  coup  d’aouba. . . 

Sus  tapets  é  mès  dins  las  coumos, 

Brigaillon  bioulés,  casscs,  houmos, 

Pelon  les  frutès  d’ou  jardin, 

Hachon  las  herbos  de  lajprado, 

Bouton  en  charpic,  en  soulado, 

Les  secles  e  lesjblads,  las’ciouasos,  le  lin, 

Bétes  et  gens,  se  mettent  à  l’abri,  s’eníerment.., 

La  vache,  le  taureau,  le  veau  et  le  boeuf 
Trépignent  dans  l'ótable  et  beuglent  de  peur  !... 

Dans  les  arbres  touffus  que  les  éclairs  embrasent, 

Les  petits  oiseaux  se  cachcnt  et  se  pelotonnent ; 

Les  femmes  à  genoux,  aulour  d’uue  lumiêre 
Les  chapelets  aux  doigts,  crient :  «  Nous  sommes  pcrdus  ». 
Couragc,  carillonneur  de  Cauzé  !... 

II  ne  faut  pas  que  ton  bras  se  rcpose, 

Mets  tout  en  branle  !  Ilardi  !... 

Pour  chasser  le  nuagc  maudit, 

Sonne,  sonne  toujours  !  »  Hèlas  !  peine  perdue  ! 

Du  Bougnard  à  Mondon,  de  Bilas  à  la  Mude, 

Du  Fortis  au  Troulet,  elle  commence  à  tomber 
Comme  des  coups  de  marteau,  ronds,  plals,  carrés, 

Grêlons  qui  sur  les  maisons,  brisent  les  vitres,  les  toiturcs. 
Mettent  dans  les  vignobles  les  ceps  comme  à  coups  de  haches 
Sur  les  côteaux  et  méme  dans  les  vallées, 

Brisent  peupliers,  chênes,  ormeaux, 

Pòlent  les. arbres  fruitiers  dujardiu 
Hàchent  les  hcrbes  des  prairics 
Mettent  en  charpie,  eu  salade, 

Lcs  seigles,  etles  blcs,  les  avoines,  le  lin, 


(1,  2,  3,  4,  5,  6)  Noms  dcs  priucipaux  quartiers  situós  aux  quatre  poiuts  cardinaux 
de  la  commune  du  Cauzé. 


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—  419 


Las  haouos  :  tout  cruohis  daouaut  lou  fléou  tarrible . . 
Pas  un  cantoun  de  reserbat, 

Pas  uno  planto  que  nou  crible  ! 

Tusto  pertout !  pertout  s'abat ! . . . 


Ataou  toutjour,  pendent  un’  houro 
La  grello  toumbo  a  delaouas  f. . 

Le  paisant  se  junis  las  mas, 

Marmoto  :  —  Jésus,  moun  Diou!...  Plouro !  — 
Desesperat...  le  cor  macat. . 

E  sa  mouilhé,  toutjour  aginouiliado, 

Crido  sans  cèsso,  desoulado  : 

—  Diou  nous  punis  de  caouque  gran  pocat ! 


Tristos,  fredos,  glaçados,  mudos, 
Estroupados  d'un  gran  linsol, 

E  coumo  l’hiouèr  toutos  nudos, 

Las  terros  an  cargat  le  dol... 

Sur  las  souquetos,  nado  houèillo  !... 
Bignos  e  camps,  hélas!  tout  es  bargat !.  . 

Adiou  cantèt!  Adiou  boutèillo!... 
Pas  un  rasin!  Pas  un  cabeii  de  blad !... 


Aro  tout  es  fenit,  la  crumado  maoudito 

Qu’a  pas  mès  ni  lambrcts,  ni  grellos  dins  soun  seng, 

Les  fêves  :  tout  craque  devant  le  fléau  terrible  !... 

Pas  un  coin  n’est  préservé. 

Pas  une  plante  qu’ils  ne  criblent ! 

Ils  frappent  partout !  tout  est  détruit ! 


Ainsi  sans  discontinuer,  durant  une  heure. 

La  gréle  tombe  à  torrents  !. . . 

Le  paysan  se  joint  les  mains. 

En  marmottant :  Jésus,  mon  Dieu  !...  il  pleure  ! 
Désespéré...  le  cceur  meurtri... 

Et  sa  íemme,  toujours  agenouillée 
Crie  sans  cesse,  désolée  : 

—  Dieu  nous  punit  de  quelque  grand  pcché  ! 


Tristes,  froides,  glacées,  muettes, 
Enveloppées  d’un  grand  linceul, 

Et  comme  en  hiver,  dépouillées 
Les  terres  ont  pris  le  deuil... 

Sur  les  souches,  pas  une  feuillc  ! 

Vignes  et  champs,  hélas  !  tout  est  ravagé  !. .. 

Adieu  pain,  adieu  bouteille !.. . 

Pas  un  raisin  !  pas  un  épi  de  blé  !. . . 


Maintenant  tout  est  fini,  le  nuage  maudit, 
N'aplus  d’éclairs  ni  de  gréles  dans  sein, 


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—  420  — 


Coum’n  moustre  géant  qu'a  jitat  soun  bereng. 

S’aloungo  en  roudina,  s’aoandis  e  nous  quito  !... 

Le  tens  beng  calrne  coum’n  pech, 

Le  soureiilet,  d'uno  lambrado 
Tourno  raja  sur  la  countrado, 

E  l’arcoulan  dou  se  parech  ! 

Corame  un  raonstre  géant  qui  a  jettó  son  venin 
II  s’allonge  en  rèsonnant,  s'apaise  et  nous  quitle. .. 

Le  temps  devient  calrae  comme  un  poisson, 

Le  soleil,  d’une  éclaircie 
Revient  darder  sur  la  contrée  ; 

Et  rarc-en-ciel  du  soir  se  montre  ! 

II  traitera  avec  le  même  succès,  la  Chanson ,  dont  les  spécimens  sont 
nombreux,  le  Sonnet ,  la  Complainte ,  lyOdey  etc.,  où  la  verve  gauloise 
coule  d’abondance.  II  partait  de  ce  principe  que  tous  les  genres  sont  bons, 
«  hors  le  genre  ennuyeux,  >  et,  comme  Hippocrate,  son  maître,  il  pensait 
que  le  rire  est  sain.  Tout  serait  h  eiter  dans  ce  recueil  intéressant,  mais  le 
cadre  restreint  que  nous  nous  sommes  imposé  nous  oblige  í\  ménager  nos 
citations. 

Le  chantre  de  la  Lomagne  n’est  pas  de  ces  écrivains  qui  Irafîquent  de 
leur  talent  pour  forcer  Jes  portes  de  la  renommée  et  se  hisser  sur  un  pié- 
destal.  Ennemi  de  la  réelame  et  du  cabolinage,  il  afliche,  en  homrae  d’es- 
prit,  une  modestie  de  bon  goût  qui  sied  au  caractère  du  philosophe  et  de 
l’érudit.  Aussi  cherchera-t-il  toutes  les  occasions  de  diminuer  son  mérite 
en  se  proclamant  rimeur  d’occasiou,  et  si  ses  admirateurs,  dans  leur 
enthousiasme  sincère  et  justifìé,  le  comparent  à  Jasmin,  son  conlem- 
porain,  il  s’en  défend  de  la  belle  façon  et  proteste  par  une  boutade  fanlai- 
siste  pleine  d’humour  : 

Aci  qu’és,  disèts-bous,  le  ribal  de  Jasmin  í.  . 

Nani,  Moussu.  d’aquet  séou  pas  h  mièy  camin; 

Fabourit  d’Apoiloun,  dan  soun  poulit  lengatge, 

Sous  bersis  plà  liuiats,  soun  aire  pietadous, 

Le  poéto  Agenes  recep  sur  soun  passatge 
LacTurés,  courounos  d‘or  e  juntados  de  ílous; 

Jou,  praoubé  gus,  rimur  de  pacoutillo, 

ici,  dites-vous,  est  le  rival  de  Jasmin  !.. . 

Non,  Monsieur,  de  celui-là  je  ne  suis  qu’à  mi-chcmin  ; 

Favori  d’Apollon,  avec  son  joli  langage, 

Ses  vers  bien  limés,  avec  son  air  inspirc, 

Le  poète  agenais  reçoit  sur  son  passage 

Des  lauriers,  couronnes  d’or  et  des  brassées  de  fleUrS  ; 

Moi,  pauvre  gueux,  rimeur  d’occasion, 


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—  421  - 


Brico  laouzat  pou  Diou  rHélicoun, 

'  Coumo  'n  limac,  toutjour  din  ma  couquilio, 

Séou  proche  d’ét  un  plà  petit  ciroun  !... 

Ks  per  aco  que  me  preng  pas  Tembejo 
D’ana  precha,  poumadat  e  cap  nut, 

Dins  aquets  béts  salous  oun  le  Jasmin  trepejo 
E  tusto  din  sas  raas  quan  tout  le  mounde  és  mut!... 

Més  tabé,  de  TEstat  tiri  pas  nado  pago... 

Crouxis,  pensious,  ribants,  soun  de  machant  gagna  ! . . . 

Prefèri  sou  biouloun  en  tou  hé  sigo-sago, 

Parla  d’un  charlatan  en  tout  l’escaraougna... 

Nullcmení  favorisé  par  le  Dieu  de  l’Hélicon, 

Comrne  un  limaçon,  toujours  dans  ma  coquille, 

Je  suis  à  cóté  de  lui  un  bien  petit  sire  !. . . 

C’est  pour  ce  motif  qu’il  ne  me  prend  pas  la  fantaisie 
D’aller  précher,  pommadé  et  nu-téte, 

Dans  tous  ces  beaux  salons  où  Jasmin  gambadc 
Et  frappe  dans  ses  mains  quand  tout  le  monde  est  muel ! 

Mais  aussi  je  ne  retire  aucun  traiicment  de  l’Etat... 

I.a  croix,  les  pensious,  les  rubans  sont  difïìciles  à  obtenir  ! 

Je  préfère  sur  mon  violon  en  faisanl  zLgo-xago , 

I*arler  d’un  charlatan  tout  en  l’égratignant... 

Sa  seule  ambition,  c'est  de  partager  son  temps  entre  les  charges  de  sa 
proíession  et  sa  chère  Muse.  11  eslime,  dans  sa  sagesse,  que  Findépen- 
dance  est  un  bien  trop  précieux  pour  Taliéner ;  il  rime  donc  quand  il  lui 
plaìt,  au  gré  de  sa  fanlaisie  et  sans  souci  de  la  gloire.  II  nous  dépeint 
Iui-mème,  en  loute  franchise,  son  état  d’àme  dans  les  quelques  vers  sui- 
vants,  éloquente  profession  de  foi  qui  honore  son  auteur  : 

Ataou  passi  moun  tens,  ataou  jou  canturléji; 

Nat  cabeste,  jamès,  m’a  pas  pelat  le  cot . . 

Ichioula  quan  me  plai,  b’és  plà  ço  qu’cmbeji; 

Prumè  que  de  quista  me  passi  de  fricot !. . . 

Qu'aboundo  de  s’aníla  coumo  damo  granouillo; 

A  Pierre,  Jacques,  Jan,  de  tira  lou  capét? 

L'on  es  toutjour  à  tens  à  creba  dins  sa  pet . . . 

Daouant  Diou,  souloment,  ma  Muso  s’aginouillo... 

Ainsi  je  passe  mon  temps,  c’cst  ainsi  que  je  chante  ; 

Jamais  un  licou  n’a  pelc  nion  cou... 

^iíller  quand  il  mc  plait,  voilà  ce  que  j’envie, 

Plutôt  que  de  tendrc  Ja  main  je  me  passe  de  fricot ! 

A  quoi  sert  dc  s'ciiller  comme  dame  grenouille  ; 

A  Pierre,  Jacqucs,  Jcau  de  tirer  son  chapcau  ? 

On  est  toujours  â  temps  de  crcver  dans  sa  peau... 

Devant  Dieu  seulement  raa  Muse  s’agenouille... 

Tel  est  rhomine  qui  se  lancera  en  1850  dans  la  mêlée  politique  en  solli- 


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—  422  — 

citant  la  Muse  gasconne  qui  obéit  docilement  aux  inspirations  du  maîlre. 

II  fera  plus  tard  entendre  sa  voix  dans  des  virulentes  satires  dirigées 
contre  Topposition  sous  la  troisième  République  oii  il  prendra  part  aux 
affaires  publiques  (l)jonpeutlesliredans  son  livre,  ce  qui  nous  dispcnsera 
de  plus  amples  développements . 

A  la  lecture  de  ce  Recueil,  oeuvre  de  longue  haleine,  on  a  la  conviction 
qu’on  se  trouve  en  présence  d'un  Poète  de  race  qui  suit  avec  honneur  la 
trace  de  ses  devanciers.  On  retrouve,  en  effet,  dans  ses  vers,  la  même 
saveur  pénétrante  du  terroir,  la  même  spontanéité  d’impressions,  la  mème 
source  jaillissante  qui  est,  comme  nous  Tavons  vu,  leur  marque  dis- 
tinctive. 

Dans  les  courts  poèmes  qu’il  nous  offre,  et  oii  s’exhale  une  àme  vibrante 
au  moindresouffle  de  tendresse,  de  justice  et  de  vérité,  on  retrouve  le 
même  charme  ou  viril  ou  attendri  mais  toujours  pénétrant  comme  la 
saveur  des  fruits  d’un  mème  arbre.  Dans  lexpression  de  sa  pensée  qu'il 
s’efforce  à  rendre  avec  naturel,  il  a  su  conserver  aux  mots  qu’il  emploie 
cette  musique  caressante  qui  leur  est  particulière  et  on  y  retrouve  Thar- 
monie  où  son  rêve  s’était  endormi. 

Vivantloin  des  villes  bruyantes,  obligé  par  métier  detre  journellement 
en  face  de  la  nature,  dans  le  calrne  apaisant  de  la  bonne  campagne,  il 
s’inspire  de  la  vie  vraie  qu’on  y  mène,  dans  la  respectueuse  contemplation 
des  choses,  des  arbres,  des  plaines,  et  de  tout  le  tranquille  décor  que  varie 
le  soleil  des  saisons  allernées,  labeur  sacrè,  juste  accomplissemcnt  des 
besognes  quotidiennes.  Dans  ce  recueillement,  il  acquiert  le  sentiment 
intime  des  choses,  et  ses  descriptions  vécues  ont  le  mérite  d'une  irrépro- 
chable  exactitude,  fruit  de  ses  patientes  observations.  Mais  il  chante  en 
une  langue  qui  choque  nos  oreilles  gasconnes  habituées  à  la  manière  de 
Dastros ,  l  artiste  incomparable  dont  nous  avons  admiré  les  ceuvres.  Tan- 
dis  que  le  bon  vicaire  s’appliquait  avec  un  soin  jaloux  à  culliver  le  pur 
dialecte  de  la  Lomagne,  écartant  tous  les  mots  estranis  e  bastards ,  Tex" 
cellent  Docteur  s  est  laissé  gagner  par  la  forme  languedocienne  (2).  Malgré 
tout,  l'idiome  dont  il  se  sert  n'en  est  pas  moins  harmonieux  et  riche  en 
expressions  qui  rendent  admirablement  sa  pensée. 

(1)  En  1878,  les  élccteurs  du  canton  de  Beaumont  ont  nommc  M.  Cassaiguau  pour 
les  représeuter  au  Conseil  d’arrondissement  de  Castelsarrasiu,  avec  une  majorité  de 
365  voix  sur  le  plus  favorisé  de  ses  concurrents  réactionnaires.  11  a  présidé  cette 
assemblée  pendant  quatre  ans,  de  1880  à  1883  inclus. 

Vu  son  grand  âge,  et  raalgré  les  plus  vivcs  instanccs  de  ses  amis  politiques,  il  s’esl 
retiré  de  la  politique  niilitante  pour  rcntrer  dans  la  vie  privée  lors  du  premier  renou- 
vcllement  du  Couseil  d’arrondisseinent  qui  suivit  cette  époque. 
t  (2)  Le  Gascon  qu’il  parle  se  rapproche  un  peu  du  Langucdocien  ;  au  lien  de 
l'article  Gascon  louy  il  emploie  lè  ;  parfois  il  supprime  /•  intitial  (ré,  risc ,  rìu.  ruro , 
au  lieu  de  arréy  arrisé,  arruco)  il  maintientégaiement  lalettrc  n  entre  deux  vovelles 
(Ex  :  yranoulfiOj  pané,  uno  au  lieu  de  graoulho,  paé,  uo .) 


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Misiraly  le  spirituel  poète  provençal,  bon  juge  en  parejlle  matière,  lui 
écrivaità  la  date  du  17  mai  1880  (iettre  qui  fìgure  en  tète  de  Ja  2*  édition 
de  son  volume)  le  résultat  de  ses  impressions  après  la  lecture  de  ses 
oeuvres  : 

*  Je  suis  eharmé  d'avoir  fait  connaissance  avec  vous.  Vous  êtes  un  des 

>  plus  sincères  et  des  plus  aimables  poètes  de  notre  langue;  sans  flatterie 

>  aucune,  beaucoup  de  vos  poésies  pourraient  être  signées,  Ja8miny  et 
>-  vous  avez  de  ce  grand  Troubadour,  le naturel,  lesprit  bien  indigène  et 
»  l’éclat  méridional.  > 

Nous  souscrivons  de  grand  coeur  à  cet  éloge  mérité  qui  du  reste  est  con- 
forme  à  Tappréciation  de  ses  nombreux  admirateurs.  Nous  n’ignorons  pas 
que  rinléressê  s  cst  toujours  soustrait  à  une  comparaison  si  flatteuse  pour 
]uirne  revendiquant  à  son  profit  qu’une  seule  prétention  «  celle,  dit-il, 

>  d’avoir  produit  un  ouvrage  varié,  récréatif,  souvent  drolatique  et  surtout 

>  vierge  de  tout  larcin.  Daucunsme  reprocheront  peut-êlre,  ajoute-t-il,  la 

>  vivacité  de  mes  satires,  d  autres  me  feront  un  crime  d’avoir  abordé  le 

>  terrain  brùlant  de  la  politique,  je  déclare  publiquement  aux  uns  et  aux 
»  autrea  que  si  mes  écrits  porleut  le  cachetde  l’indépendance  qui  me  carac- 

>  térisc,  mon  coeur  estet  a  toujours  été  sans  fiel.  > 

Aimi  plan  d’ichioula  quan  l’idéyo  me  preng. 

Mcs  y  a  pas  dins  moun  cor  un  soul  gran  de  béreng. 

J’aime  bien  de  siffler  quand  il  m’en  prend  la  fantaisie. 

Mais  il  n’y  a  pas  dans  mon  ceeur  un  seul  grain  de  venin. 

II  est  également  l’auteur  d’un  opuscule  de  48  pages  intitulé  :  Mas  dar- 
rèros  Fantesios  (Béleou).  Mes  dcrnières  Fautaisies  (Peut-être)  publié 
cn  1883  (1). 

Membre  de  la  Société  des  Sciences,  Belles-Lettres  et  Arts  de  Tarn-et- 
Garonne,  il  cst  officier  d’Acadèmie  du  ler  janvier  1883. 

Solliciíé  mainlcs  fois  d  etre  corapté  parmi  les  Félibres  de  la  Maintenance 
d’Aquitaine,  il  a  constamment  décliné  cet  honneur  ne  voulant  pas  adopter 
le  mode  orlhographique  imposé  par  la  docte  Société. 

Depuis  lc  15  août  1898,  M.  Cassaignau  habite  Beaumont-de-Loma- 
gne  (2),  oii  il  vit  dans  la  retraite,  enlouró  de  la  considération  de  ses  conci- 
tovens.  Au  mois  de  íévrier  de  cctte  année,  le  bon  vieillard,  dans  une 
sércnitè  intime  pour  ses  80  ans,  recevait  les  souhaits  respectueux  des 
siens  et  de  ses  amis,  joyeuscment  convics  à  sa  table  pour  fèter  cet  anni- 
vcrsaire.  II  porte  allcgrement  le  poids  des  ans  malgré  un  catarrhe  chro- 

(1)  Ma<  darrèr’os  fantaisios  (Béleou),  petit  opuscule.  1883.  Toulouse,  imprimerie 
Moáerne,  J.  Fournieni  8,  rue  Duiemps. 

(2)  Beaumont-de-Lomagne,  chef-lieu  du  canton  du  Tarn-et-Garonne,  dans  la 
íertile  vallóe  de  la  Gimonè,  3,390  habitants.  Patrie  de  Fermat. 


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—  424  — 


nique  qu’il  soumet  quotidiennement  à  lair  enfumé  d’un  café  oii  il  joue  la 
manille  trois  et  quatre  heures  chaque  jour.  II  a  cessé  tout  commerce  avec 
les  Muses,  et  renoncé  à  la  Médecine,  mais  il  roule  régulièrement  25  ciga- 
rettes  tous  les  matins,  qui  vont  rejoindre  dans  un  immense  tiroir  dix  mille 
petite  soeurs  que  trouveront  ses  petits  enfants  s’il  n’a  pas  eu  le  temps  de 
les  fumer.  Son  commerce  est  fortagréable  et  ii  ala  mémoire  peuplée  d'une 
foule  d’anecdotes  dont  Torthodoxie  n’aitère  pas  le  charme. 

Nous  adressons  au  vénérable  octogénaire,  au  spirituel  chantre  de  la 
Lomagne,  nos  meiileurs  souhaits  de  santé,  avec  Fexpression  de  notre  sin  - 
cère  et  profonde  admiration. 

A  Fenvoid’un  exemplaire  decette  étude  sur  ses  oeuvres  poétiques,  l’ex- 
cellent  Docteur  a  accordé  sa  lyre  à  notre  intention  pour  nous  adresser  ses 
remerciements  dans  la  lettre  rimée  qui  suit.  On  ne  saurait  ètre  plus  aima- 
ble ;  aussi  nous  est-elle  précieuse  à  pius  d'un  titre  : 

A  MOVSSV  J .  MICHSLÉT 

Dins  un  petit  libreten  frances  sabourous, 

J.  Michclèt ,  gascoun  de  la  miliouno  raço, 

Des  berais  qu’ey  rimat  dits  qu’es  un  amourous, 

E  proche  de  Dastros  me  reserbo  uno  plaço... 

S’éri  pas  ta  poussiou,  pas  mes  tard  que  douman 
L’anguiri  remercia  le  capèt  a  la  man... 

La  camardo  d’un  cop  de  daillo 
Tardara  pas  à  m’atuca.  .. 

E  les  bermos  ac  sabi  pla 

De  tous  moun  cos  haran  ripaillo  !.. . 

Hel&s !  per  jou,  d’ou  darrè  badaillet 
L'houro  sera  leou  arribado... 

En  atendent  que  sio  sounado 
Me  brenbarey  de  Moussu  Michelet ! 

A  MONSIBUR  J.  MICHELET 

Dans  un  petit  livre  en  français  savoureux, 

J.  MichcleU  gascon  de  la  meilleure  race, 

Des  vers  que  j’ai  rimés  dit  qu’il  est  amoureux, 

Et  près  de  Dastros  me  réserve  une  place... 

Si  je  n’étais  pas  si  astbmatique,  pas  plus  tard  que  demain 
J'irais  le  remercier  le  chapeau  à  la  main. 

La  camarde  d’un  coup  de  faux 
Ne  tarderapas  à  m’anéantir... 

Et  les  vers,  je  le  sais  bien, 

De  tout  mon  corps  feront  ripaillc!... 

Hélas!  pour  moi  de  mon  dernier  soupir 
L’heure  sera  bientôt  arrivóe. . . 

En  attendant  qu’elle  sonne 
Jc  mc  souviendrai  de  Monsieur  Micbelet!  # 

3  avriJ  1903.  CASSAIGNAU. 


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NOULENS  (Joseph-Jean-Marie-Èliacin) 


II  naquità  Condom  le  29  octobre  1828. 

Après  avoir  fait  ses  études  au  collège  de  celte  ville,  il  alla  à  Paris 
affronter  avec  Fenthousiasme  de  la  jeunesse,  lcs  rudes  épreuves  de  la 
carrière  des  lettres. 

Tour  à  tour  critique  d?art  et  journaliste,  il  fondait  en  1866  la  Revue 
d' Aquitaine,  qui  a  réveillé  de  leur  sommeil  sèculaire  et  ranimé  tant 
d’hommes  et  de  choses  perdues  dans  la  nuit  du  passé.  II  l’abandonnait  en 
juiliet  1869. 

Ses  ceuvres  capitales  consistent  en  travaux  généalogiques  d’une  grande 
valeur.  Nous  nc  nous  étendrons  pas  sur  leur  importance  ayant  hâle 
d  arriver  à  l’ceuvre  gasconne  du  poète. 

Noulens  a  rimé  dès  le  collège.  <«  Je  chevauchais,  dit-il,  Pégase  à 
quinzo  ans;  tous  les  loisirs  de  mon  adolescence  ont  élé  consacrés  à  égrener 
dcs  rimes  et  à  cadencerdes  hémistiches.  > 

Aussi,  a-t-il  creusé  dans  sa  vie  littéraire  un  sillon  profond  qui  ne 
s  effacera  pas.  II  y  a  planté  des  chènes  qui  s  appellent  les  Tropicales  (1), 
ì'Ame  des  êtres  et  des  choses  diverses  (2).  Tous  ces  petils  poèmes  expri- 
ment  d’une  façon  charmante  les  sentiments  qu'il  attribue  aux  ètres  animès 
ct  aux  choses  de  la  nature. 

Enfin,  il  a  terminé  sa  laborieuse  carrière  par  un  volume  de  poésies  qu*il 
intitule  La  Flahuto  Gascouno  (3)  (la  Flûte  gasconne),  objet  de  notre  étude. 

Ce  n’est  donc  plus  en  français  qu’il  écrira  sa  dernière  ceuvre,  mais  en 
gascon,  comme  un  pieux  hommage  au  pays  natal  qu’il  aimait  tant.  Cest 
le  chant  du  cygne  de  ce  travailleur  infatigable  qni,  arrivé  au  terme  d’une 
verte  et  féconde  vieillesse,  invoquera  ses  souvenirs  d’enfance  et  les  vieux 
airs  qui  Font  bercé  aux  accents  de  cette  langue  maternelle  si  sonore  et  si 

H)  Trofjicales ,  Paris,  Iibr.  VT.  Lccou  (Toulouse,  impr.  Chauvin).  1854.  —  Tropi- 
calcs.  mi-saintes ,  mi-profanes.  Paris,  libr.  Lemerre  (ìmpr.  Quentin,  in-12).  1878. 

(2)  L'ámc  dcs  êtrcs  et  clcs  choscs  diccrses.  Paris,  libr.  Dentu  (Abbeville,  impr. 
R^taux),  in-12.  1894. 

(3)  La  Flahuto  gascouno ,  scguido  d'un  Bocabulari  gascoun ,  in-12.  1894.  (Paris, 
libr.  E.  Bouillon,  éditeur,  67,  rue  Hicbelieu,  gr.  in-18). 


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chaude.  Ilexplique  lui-mèmccc  i*etour  enarriêre  et  la  pcnsée  filiale  qui  l*a 
guidé,  quand  il  dit  : 


Adaro,  ostan  frouncit  per  l’adge 
Que  la  ribèro  per  lou  bent, 

Lou  Francès  noun  semblo  plasent; 
Mê  s’emplegui  lou  bieilli  lengadge, 
Tant  musicayre  e  gayhazent, 

En  crezi  recayjut  maynadge  : 
Praco  souy  aù  cap  dou  cami. 

Aùan  d’ana  din  la  hanguèro 
Heze  moun  soum  dam  lou  bermi, 
E  pareche  au  gran  judici, 

Ey  boulut  arredise  encouèro 
Quauques  ayres  que  ma  memèro, 
En  jumplan  dou  j>è  ma  cugnéro, 
Cantejaùo  pcr  m’endrouuii. 

E  d’autes  apprcnguts  scntz  ero  î 
Aquets  taben  pouyran  serbi, 

Se  nou  sabon  bous  deberti, 

A  bous  hè  bacha  la  perpèro 
S’embejots  de  bous  assoupi. 


Maintenant,  aussi  ridé  par  l’âgc 
Que  Ja  rivière  par  le  vent, 

Le  Français  ne  me  semble  plaisant; 
Et  si  j’emploie  le  vieux  langage, 

Si  musical  et  gracieux, 

Je  me  crois  redevenu  enfant  : 
Pourtant  je  suis  au  bout  du  cliemin. 

Avant  d’aller  dans  le  bourbier 
Fairo  mon  sommeil  avec  les  vers, 

Et  comparaitre  au  grand  jugement, 

J  ai  voulu  redire  encore 
Quelques  airs  que  ina  grand’mère, 
En  berçaut  du  pied  mon  berceau, 
Fredonnait  pour  m’endormir. 

Et  d’autres  que  j’ai  appris  sans  elle. 
Ceux-là  aussi  pourront  servir, 

S’ils  ne  savent  vous  divertir, 

A  vous  faire  baisser  la  paupière 
Si  vous  avez  envie  de  vous  assoupir. 


II  offred’abord  au  lecteur,  en  vers  familiers,  ces  airs  de  flùle  qui  ont  un 
charme  pénétrant  qui  font  songer  ù  un  bouquet  de  fieurs  des  cliamps  aux 
couleurs  variées;  chacun  d  eux  a  son  langage  et  son  parfum  parliculier.  11 
souhaite  que  cette  dernière  cueillette,  où  il  a  réuui  les  souvenirs  du  pays 
natal  et  répandu  les  íleurs  du  langage  maternel,  achòvera  roeuvre  où  il  a 
consacré  le  meilleur  de  son  camr  etde  son  courage.  Ecoutons-le  : 


Agradatz  aquet  praù»>e  floc 
De  basilic  è  d'arrouselos, 

De  coucuts  è  rameùs  de  broc, 
Lugrejats  de  blancos  estelos. 

Lou  liri  platz  a  las  puncelos, 

A  las  Dounos  de  bieilh  estoc  : 

Las  llous  dou  prat  ou  dc  l’arroe, 
Margaridos  e  pimpanelos, 

Soun  las  grazidos  dous  grans  cos; 

Etz  d’aquets,  harets  uo  leguo 
Pcr  hurrupa  lou  hum  dc  seguo 
( )u  las  aùlourados  dou  bos. 

Taben  de  broustets  d’aùarros, 

Dc  mamovs,  lioundres  de  l’oumbreto, 
E  de  plantounos  dou  bruclioc, 


Acceptez  ce  pauvrc  bouquet 
De  basilics  et  de  coquelicots, 

De  coucous  des  préset  rameaux  d’épines 
Constellé  de  blanches  étoiles. 

Le  lis  plait  aux  pucelles, 

Aux  dames  de  vicillc  roche  : 

Lcs  ílcurs  des  près  ou  des  rochcs, 
Margucrites  et  pimprenelles, 

Sont  les  prèfèrèes  des  grands  comrs; 
Pour  celles-ln,  vous  feriez  une  lietie 
Aíìn  de  respirer  le  parfum  des  haies 
Ou  les  l)oii íîòes  odorantes  des  bois. 
Aussi  des  rameaux  de  ronces, 

Des  violettes,ornementdelapetiteombre, 
Et  des  lleurettes  du  buisson, 


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Bous  ey  mayat  uo  desqueto  : 
Agradatz  dounc  moun  praube  fïoc  î 

Soueyti  que  ma  desquo  lassido 
Enflayre  boste  entondemen 
Coumo  l’audou  de  l’arre-hen 
Embriaguo  bosto  sentido. 

Aquèro  darrèro  culhido 
Din  moun  esprit,  arit  casaù, 
Acabera  Tobro  coumplido 
E  ma  journado  coumo  caû. 

Taben  ey  mersat  l’arreraù 
De  ma  pensado  è  moun  couratje 
A  gragna  per  aqueste  oubratje, 
Membrensos  dou  pays  nataù 
E  flous  dou  parla  maternaù. 

Las  flourétos  en  paperolos, 

Que  jou  bous  aufîrì,  sentz  fayssoun, 
Ne  soun  que  simplos  debisolos, 

Mitat  sajos  è  mitat  holos. . . 


Je  vous  ai  paré  de  fleurs  une  corbeille  ; 
Acceptez  donc  mon  modeste  bouquet. 

Je  souhaite  que  ma  corbeille  ílétrie 
Embaume  votre  entendement 
Comme  l’odeur  du  regain 
Enivre  votre  odorat. 

Cette  dernière  cueilleîle 
Dans  mon  esprit,  jardin  aride, 
Achèvera  l’oeuvre  complète 
Et  comme  il  faut  ma  journée. 

Aussi  ai  je  dépensé  ce  qui  reste 
De  ma  pcnsée  ct  de  inon  courage 
A  glaner  pour  cet  ouvrage 
Des  souvenirs  du  pays  natai 
Et  des  fleurs  du  langage  materncl. 

Ces  fleurs  en  papier, 

Que  je  vous  ofïre,  sans  façon, 

Ne  sont  que  de  simples  bavardages,  * 
Moitié  sages  et  nioitié  fous  . . 


II  termine  son  avis  au  lecteur  par  une  vive  et  spirituelle  analyse  du 
rccueil  qui  donne  léplus  grand  désir  de  le  parcourir. 

Dans  une  épitre  très  bien  tournée,  d’une  cadence  irréprochable,  il 
invoque  le  secours  de  Tantique  Flahuto  (Flûte),  l’instrument  des  aïeux, 
plus  apte  ù  interpréter  la  Muse  rustique  que  le  moderne  chalumeau.  II 
l’invite  à  sortir  de  son  sommeil  pour  accompíigner  ses  chants;  ses  accords 
lui  perraettront  de  mieux  traduire  les  échosdes  campagnes  Gasconnes  : 


O  sounadouso  caneouèro, 
Instrument  prim  de  noste  moun 
E  de  la  Muso  Bouscasséro, 
Gourguejo,  musiquej'encouèro 
Per  emberouyi  la  cansoun 
D’un.escu  troubadou  gascoun ! 

Aùs  tendrets  acordoments 
De  las  flahutos,  manejados 
Per  lous  pastourets,  au  bieilh  tems, 
Roundoulejaoùn  las  Dreyados 
E  las  Nymphos  din  lous  pastens. 
Mè  la  flahuto  es  debengudo 
Pous  herbatjes  tout  a  fet  mudo. 
L’ome,  amic  dous  cambiomentz, 
Lous  néouets  calamets  prehèro; 
Praco  nads  nou  soun  tant  plasens, 
Per  conta  lou  liurn  de  hèuguèro 


Ohî  roseau  sonorc, 

Antique  instrument  de  nos  contrées 
Et  de  la  Muse  sylvestre, 

Murmure,  fais  encore  de  la  musique 
Pour  embellir  la  chanson 
D’un  obscur  troubadour  gascon! 

Aux  tendres  accords 

Des  ílùtes,  maniêes 

Par  les  bergers,  temps  jadis, 

Les  Dryades  dansaient  des  rondes 
Ainsi  que  les  Nymphes  dans  les  pàtu- 
Mais  la  flùte  est  devenue  [rages. 

Tout  à  fait  muette  dans  les  herbages. 
L’homuie,  ami  des  changements, 
Prêfère  les  modernes  chalumeaux; 
Pourtant  nuls  ne  sont  si  plaisants 
Pour  chanter  le  parfum  de  fougère 


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428  — 


Abarrejat  damb  lou  dous  prats, 

Lous  gests  de  brognos  e  seguèro 
E  las  amous,  debat  roumbrèro, 

De  l’aùeilhè,  de  l’aûeilhèro, 

Dous  conloums  e  dous  passérats, 

Dou  parpailhot  e  primabèro  ! 

Flahuto,  ed  cau'desendroumi, 

Halena  din  l’ayre  e  treni. 

Se  ta  trenido  me  coumpagno 
Jou  pouyrey  milhou  tradusi 
Lous  esclams  de  nosto  campagno 
Que  de  Paris  en  s’embl’  augi. 

O  saunadouso  caneouèro, 

Instrument  prim  de  noste  moun,  etc. 


Mêléà  celui  des  prés,  [sons 

Les  exploits  des  vendanges  et  des  mois- 
Et  les  amours,  sous  les  ombrages, 

Du  berger,  de  la  bergère, 

Des  pigeons  et  des  moineaux, 

Du  papillon  et  de  la  primevère ! 

FJute,  il  faut  te  réveiller, 

Souffier  dans  Fair  et  retentir. 

Si  ta  sonnerie  m’accompagne 
Je  pourrai  mieux  traduire 
Les  èchos  de  nos  campagnes 
Qu’il  me  semble  entendre  de  Paris, 

Oh'  roseau  sonore, 

Antique  instrumentde  nos  contrées,  etc. 


Et  la  flûte  obéit  avec  docilité  aux  injonctions  du  Poète,  en  modulant  des 
airs  qui  fleurent  bon  Fodeur  saine  et  parfumée  de  la  campagne.  lls  ont  été 
inspirés  aux  champs,  au  temps  des  semailles,  des  foins  coupés  ou  dcs  ven- 
danges,  dans  les  cuisines  du  hameau,  au  seuil  des  granges,  des  êtables, 
aux  bords  du  ruisseau,  à  l’ombre  des  bois.  II  y  en  a  de  gais  et  de  méîan- 
coliques,  de  plaisants  etde  sérieux,  de  galants  et  de  religieux.  Certains  ont 
un  fond  de  rfioralité  et  de  sagesse,  d’autres  laissent  percer  le  trait  de  la 
satire. 

La  flûte  suit  Finspiration  du  maître  qui  traduit  ses  inipressious  dans 
une  langue  qui  n’a  pas  de  secrets  pour  Iui. 

Rien  de  plus  alerte  et  de  plus  fin  que  les  quatrains  sur  lou  Sarri  (1), 
Vlsard  (2),  qui  s’emblent  s’envoler  comme  l’animal  lui-même,  quand  de 
sa  jambe  légère,  il  francbit  les  abìmes  et  lutte  de  vitesse  avec  Fèclair.  II  a 
pour  tout  bien  l’air  du  ciel,  Feau  des  glaces,  un  jarret  d’acier  trempé  par  les 
frimats.  Prcférant  la  misère  à  la  servitude,  il  va  deraander  aux  crètes  inac- 
cessibles  des  monts  pcrdus,  dans  la  région  des  leinpêtes,  au  séjour  des 
neiges  éternelles,  un  abri  pour  sa  liberlé. 


(1)  DédicùF.  Mistral. 

(z)  L'isard,  comme  le  chamois,  porte  la  come  courte  ct  droite  ;  snuleraent  cetle 
corne  verticale  se  recourbe  á  son  extréinilé  en  un  graeieux  orochet  qui  la  rend 
érainerament  propre  à  l’oflìce  de  tire-hottes. 

Ces  animaux  vivent  par  troupes  plus  ou  raoins  norabreuses  et  paissent  les  prairics 
paríumées  qu’arrosent  les  eaux  bleues  des  glaciers.  Pour  éviter  toute  surprise,  ils  out 
soin  de  poster  des  sentinelles  tout  aulourdé  leur  carapeinent  teinporaire.  Au  raoindre 
coup  de  siíîlet  d’alarrae,  toute  la  bande  se  jnrcipite  avee  la  rapidité  de  ravalanelie 
vcrs  i’issue  indiquée  et  regagne  à  bonds  prodigieux  lasile  du  prccipice. 

La  femelle  porte  cinq  à  síx  mois  et  raet  bas  au  printcmps  un  ou  deux  petits  qua 
Faraour  de  leur  nière  ne  réussit  pas  toujours  à  sauvcr  dc  la  serre  forraidable  de  Faigle 
ou  du  vautour. 


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Ayraos  lou  cap  dous  mounts,  lous  pesqués  d'ayguo  bluo, 
Mens  blouso  que  toun  co,  prèhoundo  que  toun  oueilh, 

E  l’arroco  tourrado,  oun  la  glaço,  à  la  luo, 

Mirailho,  din  la  neyt,  e  lou  jour,  au  soureilh  t 

En  tout,  sounco  pou  nom,  frayros  damb  la  gazelo: 

Etz  bessous  toutis  dus,  de  lestetat,  de  pèu; 

En  gracio,  en  doussou,  gn’a  pas  nado  fumelo 

Quc  pousque,  damb  bous  aùs,  un  soul  cop  hè  rampéu. 

En  hiùer,  aus  glaciès,  sentz  herbo,  sentz  houeilhado, 

Tu,  soul  habitadou,  bailhos  bito  à  la  mort 
Per  ta  mucho  e  courrudo  aù  cim,  à  la  cascado, 

Toun  saùt  sus  peridòs  de  l’un  à  l’aûte  bord 

Sus  lous  puntetz  perduts  quan,  din  Teslambrejado, 
T'ahutos  en  boula  milhou  qu’un  agraùlat, 

L’aglo  ditz,  en  beze  ta  pet  touto  houecado  : 

«  Lou  boun  Diù,  per  sigu,  l’a  daùrat,  alatat.  » 

Amistous  per  tous  frays,  tous  hilhs  et  ta  coumpagno, 
N’out  retreges  jamès  de  lur  souciétat; 

Sounco  per  hê  l’amou,  dins'un  traùc  de  mountagno, 

En  haùneste  counjunct,  car  Diù  t’a  maridat. 

S’ed  calcùo  decha  la  brumèro  e  lou  giùre 
De  toun  nataù  pays,  e  coum  lou  ricoutchet 

Tu  aimes  les  sommets  des  monts,  les  étangs  d’eau  bleue. 
Moins  pure  que  ton  coeur,  moins  profonde  que  tou  oeil, 

Kt  la  roche  gelée,  où  la  glace,  à  la  lune, 

Miroite  dans  la  nuit.  et  le  jour  au  soleil  î 

F.n  tout,  si  ce  n’est  par  le  nom,  tu  es  írèrede  la  gazelle, 
Vous  étes  jumeaux  tous  deux,  de  lógèreté,  de  poil; 

En  gràce,  en  douceur,  il  n'y  a  pas  de  femelle 
Qui  puisse  avec  vous  autres  une  seule  fois  rivaliser. 

En  hiver,  sur  les  glaciers,  sans  herbe,  sans  feuillages 
Toi,  seul  habitant,  donnes  vie  à  la  mort, 

Par  ton  apparition,  la  course  au  sommet,  à  la  cascade, 

Ton  saut  sur  les  abimes  de  l’un  à  l'autre  bord. 

Sur  les  pics  perdus,  quand  dans’un  feu  d’éclairs, 

Tu  t'enfuies  en  volant  plus  vite  qu’un  corbeau, 

I.’aigle  dit,  en  voyant  ta  peau  toute  enflammée  : 

«  Le  bon  Dieu,  pour  sûr,  l’a  doré  et  pourvu  d’ailes.  » 

Affectueux  pour  tes  frères,  tes  flls  et  ta  compagne 
Tu  ne  te  retires  jamais  de  leur  sociétò ; 

Si  ce  n’est  pour  íaire  l’amour  dans  un  trou  de  montagne. 
En  hounête  conjoint,  car  Dieu  t’a  maric. 

S’il  te  fallait  abandonner  le  brouillard  et  les  givres 
De  ton  pays  natal,  et  comme  le  roitelet 


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430  — 


Ou  courao  Taùrinleto,  au  louy,  t’en  ana  biùre, 
Mourires  d'aùejè,  memo  sentz  aué  fret. 

Cregnous  de  serbitud,  mè  noun  pas  de  misèro, 
S’ed  casson  ’scabeilhos  lou  pic,  de  nèu  couhat, 
T’apioumbos  sus  l’abisme,  è  ta  camo  leùgèro 
En  reboumbi  te  saùbo  e  bito  e  libertat. 


Ou  comme  l’hirondelle,  t’en  aller  vivre  au  loin, 

Tu  mourrais  d’eunui,  méme  sans  avoir  froid. 

Crainiif  de  servitudatct  non  pas  de  misère, 

Si  on  te  chasse  tu  franchis  le  pic  coiffé  de  neige, 

Tu  te  tiens  en  équilibre  sur  Tabime  et  ta  jambe  légère 
En  rebondissant  te  sauve  la  vie  et  la  liberté. 

Quoi  de  plus  touehanl  qué  lou  Crabé  è  la  Crabo  (1)  (Ie  Chevrier  et  la 
Chèvre)  oii  Ia  nole  est  attendrie  et  d’une  pénétrante  émolion  ?  Le  sujet  est 
bien  choisi  pour  mettre  en  relief  Tadmirable  sentiment  de  tendresse  et  de 
prévoyance  maternelle  de  cet  intéressant  animal. 


Ma  crabo  es  la  milhou  leytèro 
De  tout  lou  pays  Bigourdan; 

Apasturo  per  la  terro, 

Ero  à  las  gens  qu’at  tourno  plan. 

Gn’a  dus  ans  uo  damo  ’starito 
Me  digout  :  «  S’au  loc  de  moun  sen, 

«  Ta  crabo  a  moun  hilh  da  la  bito, 

«  Gagnara  la  tuo  taben.  » 

Dou  neûrigat,  goueytouso  mayre, 

Ero  de  poou  de  l’escloupa, 

S’escalarmo  sus  lou  poupayre 
E,  per  retreyt,  l’aydo  a  poupa. 

Se  lou  maynatge  se  deschido, 

La  crabo,  toustem  à  l’escout, 

Arribo,  quan  enten  que  crido, 

E  l’enhounilho  (2)  aòs  pots  soun  bout. 

En  l’amigailha  lou  netejo 
De  sa  lenguo,  quan  es  brastous; 

E  lou  drolle,  amayrit,  plourejo 
Quan  la  crabo  brousto  aùs  coustous. 

Ostaleù  qu’ero  es  rebengudo 
Lou  nenet  aloungo  lou  pot, 

Arritz  à  sa  rnayre  barbudo 
E  l’agrapo  pou  barbichot. 


Ma  chèvre  est  la  meilleure  laitière 
De  tout  le  pays  Bigourdan; 

Elle  se  nourrit  des  produits  du  sol 
Mais  aux  gens  elle  lo  rend  bien. 

II  y  a  dcux  ans  une  dame  privée  de  lait 
Me  dit  :  «  Si  au  lieu  do  mon  sein 
«  l’a  chèvre  rend  la  vie  à  nìon  fìls 
«  Elle  gagnera  la  tienne  égaloment.  » 

Du  nourrisson,  mère  attentive, 

Elle  de  peur  de  le  piétiner, 

Ecarte  sos  pattes  sur  l’enfant  [têter. 
Et,  par  un  mouvement  de  recul,  l’aide  à 

Si  l’enfant  se  réveille, 

La  chèvre,  toujours  aux  écoutcs, 

Arrive,  quand  elle  entend  qu’il  crie 
Et  introduit  son  bout  à  ses  lèvres. 

En  le  caressant  elle  le  nettoie 
Avec  sa  langue,  quand  il  est  sale; 

Et  l’enfant,  gàté,  pleure, 

Quand  la  chèvre  broute  sur  les  coteaux. 

Sitôt  qu’elle  est  revenue 
L’enfançon  allongeant  les  lèvres 
Rit  à  sa  mère  barbue 
Et  l’attrappe  par  sa  barbiche. 


(1)  Dèdiè  à  Moussu  l’abè  L.  C.,. 

(2;  Introduirc  comme  un  entounoir. 


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Cayjout  malaùso  è  dauit  holo 
Quan  desbezeron  lou  droullot; 

Sequo  apev  coum  uo  gansolo  (1) 

Se  carrusaùo  enta  lou  clot. 

Lou  Boun  Diù,  lou  gran  gùarissayre, 
Adjudoutau  darre  moument, 

La  neûrisso,  segoundo  mayre, 

Au  front  cournut,  mès  pas  tument. 

L’aiite  hiùer,  en  pouda  la  seguo. 
Henouy  soun  capdamb  moun  bezouilh 
Ero  s’ahutet  miejo  leguo 
Stabournido,  a  trauès  l’estouilh. 


Elle  tomba  malade  et  presque 
Quand  on  sevra  l’enfant; 
Puisdesséchéecomme  un  morceau  decuir 
Elle  se  trai  nait  péniblement  vers  la  fo^-e- 

Le  bon  Dieu,  legrand  guériseur, 

Vint  en  aide  au  dernier  moment 
A  la  nourrice,  seconde  mère, 

Au  front  cornu,  rnais  non  txìlliqueux. 

L’autre  hiver,  en  émondant  la  haie, 

;Je  fendis  sa  tête  avec  ma  serpe; 

Elle  s’enfuit  ù  demi-lieue 
Etourdie,  à  travers  le  chaume. 


Apey  l’aùe  loun-tems  cercado, 

La  troubey  au  pè  d’un  arroc, 

Touto  doulentoe  cullassado 
Din  la  hòugèro  d’un  bruchoc. 

La  praùbo  bestio  enclucado, 

Per  lou  san  e  pcr  las  plous, 

En  m’entene  s’ero  birado 
Decatz  à  jou,  l'ayre  plagnous; 

Mès  quan  beygout  que  ma  figuro 
Se  cambiaùo  cn  esgoutadè 
E  qu’anaùy  liè  ligaduro 
A  soun  maù  damb  moun  nioucadé, 

La  crabeto  caritadouso 
En  lcquèt  la  gaùto  e  la  nian; 

Din  moun  bras  la  pourte)r,  sannouso 
Au  bielh  sannayre  de  Campan  (2). 

Adaro  es  horto  e  minjadouso  : 

Quan  espoupi  cado  tuteyt 
De  soun  braguè,  parech  hurouso 
D’en  bailha  pan  dambé  sa  leyt 

Taben  es  de  moun  parcntatje  : 

Mes  fidelo  que  lous  moutous. 

En  seguis,  sentz  can,  au  bilatje 
Quan  baú  crida :  «  Leyt f  frouniatjous  î 


Après  l’avoir  longtcmps  cherchêe 
Je  la  trouvai  au  pied  d’un  rocher 
Toute  plaintivc  et  tombée  sur  le  derrière 
Dans  l’èpaisseur  d’un  buisson. 

La  pauvre  bète  aveuglèe 
Par  le  sang  et  par  les  pleurs, 

En  m’entendant  s'était  retournée 
Vcrs  moi,  l’air  suppliant; 

Mais  quand  elle  vit  que  ma  íìgure 
Se  transformait  en  égouttóir 
Et  que  j’allais  lui  faire  une  ligature 
A  son  mal  avec  mon  mouchoir, 

La  chèvre  charitable 
Me  lécha  la  joue  et  la  main; 

Et  dans  mes  bras  je  laportai,  saignante, 
Au  vieu  guérisseur  de  Campatu 

Maintenantelle  estforteetdebon  appótit: 
Quand  j’exprime  chaque  tuyau 
De  son  pis,  elle  parait  heureuse 
De  me  procurer  du  pain  avec  son  lait. 

Aussi  est-elle  de  ma  familîe  : 

Plus  fidèle  que  mes  moutons. 

Elle  me  suit,  sans  cliien,  au  village, 
Quand  je  vais  crier  :  «  Lait!  fromage  de 

[chèvre!  »» 


La  fable  par  nature,  a  dit  Taine  (3),  eache  toujours  un  homrae  dans  une 
bête;  c'est  par  des  qualitós  humaines  qu’elle  peintles  animaux.  C’est  ainsi 
que  Lafontaine  les  a  peints ;  scs  fables  resteront  comme  des  chefs-d’oeuvre 


(1)  Garniture  en  cuirdu  sabot. 

(2)  Village  près  de  Bagnòres-de-Bigorre  (Ilautes-Pyrènées). 

(3)  Lafontaine  et  ses  fables. 


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-  432  — 


d’observation  et  de  philosophie.  Noulens  ne  procédera  pas  de  la  mème 
manière;  la  philosophie  n’est  pas  le  but  iramédiat  qu'il  poursuit,  ce  qui 
u’empêche  pas  qu’on  la  rencontre  en  maintes  pièces  où  elle  apparaît  fami- 
lière,  indulgenteet  sans-façon.  II  trouvera  desaccentsde  compassion  pour 
ces  lìéros  àqualre  pattes  dontil  prend  la  défense ;  pour  ces  frères  inférieurs 
de  rhomme  qui  arrachaient  des  larmes  à  Virgile  (1),  qui  les  considérait 
comme  nos  bienfaiteurs.  »  Aussi  plaidera-t-il  pour  eux;  il  les  aime,  ii  suit 
leurs  émotions,  il  refait  leurs  raisonnements,  il  s’attendrit,  il  s’égaye  et 
prend  part  à  leurs  sentiments.  11  se  souvient  qu‘ii  a  été  campagnard  etqu’il 
a  vécu  avec  eux  dans  les  bois,  dans  les  sentiers,  les  poulaillers  et  dans  les 
étables. 

Voyez  le  Buou  (2)  (ie  Boeuf).  Les  traits  qui  le  marquent  sont  à  peine 
visibles,  mais  l'esquisse  qu’il  en  fait  est  suflíìsanle  pour  le  montrer  tout 
entier. 

11  est  opprimé  quoique  puissant,  parcc  qu'ii  est  iaboureur  et  pacifìque.  11 
est  le  serviteur  le  plus  précieux  de  l'homme,  il  le  sert  pendant  sa  vie,  le 
nourrit,  après  sa  mort  Tenrichit  de  toutes  les  parties  de  sa  dépouille.  Attristé 
de  son  impuissance  à  se  reproduire,  il  se  révolte  parfois  de  la  dureté  de 
Phomme  et  de  son  ingratitude,  quand  il  dit : 


Qu’assouqui  touto  la  semano 
Estarit  coumo  un  pelegrin, 

Lou  só  m’accoueyti  sus  la  brano 
E  tourni  laùra  lou  matin . 

Sus  ia  terro,  per  jou  birado, 
Pousson  lou  blat  ò  l’arrasin, 

E  Pome  da  cops  d’agulhado 
A  qui  lou  bailho  pan  e  bin ! 

Sentz  jou  nou  pouyré  de  hario 
Ou  tchuc  de  bic  s’aleyteja  : 
L’ingrat  mio  a  la  boucherio 
E  minjo  qui  lou  hò  minja ! 

Quan  arremugui  ma  coulèro 
E  que  souy  prest  a  courneja, 


Je  laboure  toute  la  semaine 
Exténué  corame  un  pèlerin, 

Le  soir  je  me  couché  sur  la  brande 
Et  retournc  labourer  le  matin. 

Sur  la  terre,  par  moi  retournée, 
Poussent  le  blé  et  le  raisin,  [lons 

Et  l’homme  donne  dos  coups  d’aiguil- 
A  celui  qui  lui  donne  le  pain  et  le  vin  î 

Sans  moi  il  ne  pourrait  de  farine 
Ou  de  jus  de  raisin  se  nourrir  : 

L’ingrat  conduit  à  la  boucherie 
Et  mange  celui  qui  lo  fait  vivre  í 

Quand  je  rumine  ma  colòre 

Et  que  je  suis  prêt  à  jouer  de  la  corne, 


0)  Quid  labor  aut  benefacta  juvant,  etc. 

(2)  Le  boeuf  était  la  victime  d'honneur  dans  les  sacrifices  solennels  de  la  Grèce,  la 
victime  dout  le  sang  devait  apaiser  la  colère  des  Dieux  et  purifìer  le  pays  de  tout 
germe  d’infection.  Saint-Bemard  compare  la  goutte  de  sang  du  Christ,  qui  suflit  à 
elle  seulo  pour  racheter  tous  les  pécheurs,  à  la  goutte  de  sang  de  vache  rouge,  répan- 
due  sur  I'autel  des  Dieux  du  paganisme.  Toutes  les  aíïections  du  noble  et  pacinque 
coadjuteur  de  l’homme  dénotent  l’innocence  et  la  pureté  de  ses  moeurs.  îSon  goût 

f)assionnê  pour  le  sel,  emblême  de  propreté  et  de  richesse,  révòle  ses  attractions  pour 
e  tra\  ail  utile,  producteur  du  bien-étre.  La  puissance  de  ses  etforts  et  sa  reconnais- 
sance  pour  son  maitre  sont  en  raison  des  égards  qu’on  lui  témoigne  du  soin  qu’on  a 
de  Jui.  (Toussenel,  VEsprit  des  Bùtes).  —  Dédié  ù  Moussu  G.  Sirven. 


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*T 


Se  bezí  la  brabo  baqaèro 
Nou  pensi  mòs  a  me  benja« 

L’ome  en  desfruto  las  braguetos 
E  me  redem’  en  m’esquira; 

Praco,  dambé  las  esquiretos  (1), 
Nou  podi  pas  me  moulhera . 

Lou  braù  pot  ayma  la  betèro, 
Damb  las  bacos  galanteja; 

G'na  per  jou  qti’un  plazè  sus  terró, 
Lou  plazó  de  tringalhejaî 


4Í 3  - 

Si  j’aperçois  la  bonne  vaehére 
Je  ne  pense  plus  à  me  venger. 

L’homme  me  défruite  en  me  châtrant 
Et  me  récompense  en  me  mettant  un  col- 
[lier  de  sonnailles; 
Pourtajat  avec  mes  grelots 
Jo  ne  puis  me  marier. 

Le  taureau  peut  aimer  la  génisse, 

Et  faire  le  galant  avec  les  vaches; 

II  n’y  a  pour  moi  qu’un  plaisir  sur  terre, 
Le  plaisir  de  tinter ! 


Buffon  se  fait  Tavocat  de  Yàne  et  cbante  en  mérites  tous  les  défauts  du 
baudet.  Lafontaine  lui  rend  également  justice. 

11  dit  qn’il  est  c  bonne  créature.  »  II  plaint  le  pauvre  baudet  «  si  cbargé 
qu’il  succorabe,  >  mais  il  connaît  la  lourdeur  et  Timpertinence  de  Tanimal; 
il  est  dociie,  têtu,  sourd  aux  cris,  aux  coups,  aux  prières.  «  Pelé,  galeux, 
rogneux,  il  subit  Ia  loi  universelie  qui  donne  aux  gens  déjà  malheureux  Ia 
plus  grosse  part  de  malheurs. 

Notre  poéte,  dans  lous  Plagns  de  V Azou  (les  Plaintes  de  TAne)  (2), 
s'associe  à  son  tour  au  triste  sort  qui  lui  est  réservé;  il  reproduit  ses  plaintes 
en  essayant  d’en  adoucir  l’amertume;  il  s’attendrit  en  sa  faveur  en  condam- 
nant  la  cruauté  et  l’avarice  de  son  maître  qu’il  fait  vivre.  II  partage  les 
sentiments  qu’exprime  Musset  à  l’égard  de  la  bonasse  créature,  quand 
il  dit  : 


Et  j’estime  qae  l’âne 

Poar  Diea  qui  nous  voit  toas  est  autant  qu’un  ânier. 

Armat  d’un  bieilh  pientou  de  cardo  Armé  d’un  vieux  peigne 

Lou  meste  en  pelo  en  m’estrilha,  Le  maître  m’écorche  en  m’étrillant, 

(1)  Le  ruminant  adore  la  mélodie.. .  la  mélodie  et  le  sel,  Tane  quî  paríume  ràme, 
Tautre  qoi  purifle  le  corps. 

Et  ceue  passion  de  Ja  mélodie  est  encore  un  des  signes  oii  se  reconnaissent  les 
douces  et  nobles  natures,  les  créatures  victimes.  Le  boeuf  oublie  à  écouter  la  plainfive 
vilaneile  el  la  dureté  du  sol  et  la  profondeur  du  sillon. 

La  fable  rapporte  que  dès  les  temps  les  plus  anciens.  l'homme  se  servit  des  notes 
de  la  gamme  pour  rallier  ses  troupeaux.  Dans  les  grands  pâturages  de  la  Suisse. 
chaque  troupcau  de  vacbes  est  conduit  par  une  comraandante  qui  ne  porte  d'autre 
signe  du  généralat  qu'une  ck>chette  au  cou.  Mais  cette  clochette  a  un  son  particulier 
et  distinct  de  celui  des  âutres  clochettes  du  voisinage  ;  et  tous  les  autres  membres  de 
la  réunion  sont  d’une  force  si  remarquable  sur  rintonation  qu'il  n’y  a  pas  d’exemple 
qu’une  vache  suisse  se  soit  jamais  trompée  en  prenant  un  ut  pour  un  soL  (Toussenel, 
VEsprit  des  Bètcs). 

(2)  Erasme ,  qui  ne  sait  pas  dissimnler  ses  sympathies  pour  l’àne,  avoue  néanmoins 
que  ce  quadrupede  porte-croix  a  peu  de  dispositions  pour  la  musique ;  mais  il  essaye 
tie  faire  valoir,  en  faveur  de  son  protègé,  cette  circonstance  atténuante  :  que  si  l’àne 
contribue  peu  à  l’harmonie  pendant  sa  vie,  il  la  sert  généreusement  après  sa  mort, 
lui  íournissant  les  meilleures  peaux  qui  existent  pour  les  grosses  caisses  etles  meil- 
ieurs  tibias  pour  fabriquer  les  clarinettes  ( tibioc ). 


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-  434  — 


E  quan  me  lígasso  Taùbardo 
M’estripo  a  me  hé  ranguilha 

Aquet  taùlayre  e  camorèguo 
Sadout  de  bin  ò  d’escaùdoun, 

En  decho  sou  tap  d*uo  sèguo 
Brespailha  damb  brousts  de  cardoun . 

Moun  bente,  toursut  de  coulico 
N’arresto  pas  de  perigla, 

Mès  lou  hurum  d'uo  bourriquo 
A  lou  doun  d’en  rebiscoula. 

Ostalèu  que  de  moun  amigo 
Ey  saludat  lou  courpitoun, 

Lou  camoreguo  me  darrigo 
La  cuèto  en  tira  pou  poumpoun. 

E  m’echourdis  de  cado  aureilho 
En  m’apera  :  Cagné,  cagné  ! 

Apey  que  m’unctejo  la  peilho 
Damb  l’oli  de  coudougné. 

Sen  bouquilhi  per  la  carrèro 
Aù  traùcas  me  hico  l’esclop; 

Labets  de  ma  camo  dreytèro 
Jou  qu’arreguini  quauque  cop. 

Aù  bieilh  temps  ia  Biergo  Mario, 
Sent  Josep,  lou  nenet  Jésus, 
Caminaùon  sus  nosto  esquio 
Sentz  la  truca  coumo  aquet  gus. 

Per  aleùji  la  camo  torto 
De  soun  bourreù,  lou  bourriquet, 

Tout  catulhat  de  cops  d’endorto, 

Lou  cabalquejo  a  perrequet. 

E  quan  debaro  de  ma  réo, 

Sentz  m'aué  miat  aù  pasten, 

Un  mos  de  pailho  es  moun  estréo  : 
Moun  Diu,  dazets  m’un  tros  de  bren! 

Se  nou  pleots  ma  minjadèro, 

Que  demanderey  au  Dayinoun 
De  m’amia  dins  sa  hournèro 
Dambé  moun  meste  en  carretoun  ! 


Et  quand  il  m’assujetit  la  selle 
41  m’étrille  à  me  faire  râler. 

Ce  grand  mangeur  et  cagneux 
Repu  de  vin  et  de  pain  de  mals, 

Me  laisse  sur  le  tcrtre  d’une  haie 
(joûter  avec  des  broutillcs  de  chardon . 

Mon  ventre,  tordu  par  les  coliques, 
N’arrête  pas  de  tonner; 

Mais  le  parfum  d’une  bourrique 
A  le  doq  de  me  ravigoter. 

Sitôt  que  de  mon  amie 
J’ai  saluô  le  croupion, 

Mon  cagneux  m’arrache 

La  queue  en  me  tirant  par  le  pompon. 

11  m’étourdit  de  chaque  oreille 
En  m’appelant  :  Chien,  chien ! 

Puis  après  il  m’oint  l’échine 
Avec  de  l’huile  de  cognassier. 

Si  je  me  roule  en  cabriolant  dans  la  rue 
Dans  le  trou  il  me  ílanque  son  zabot; 
Alors  de  ma  jambe  droite 
Je  rue  quelquefois. 

Dans  l’ancien  temps  la  Vierge  Marie, 
Saint  Joseph,  l’enfant  Jésus, 
Cheminaient  sur  notre  échine 
Sans  la  frapper  comme  ce  gueux. 

Pour  soulager  la  jambe  boiteuse 
De  son  bourreau,  le  pauvre  âne 
Tout  meurtri  de  coups  de  liens  de  bois, 
Le  chevauche  en  le  portant  à  dos, 

Et  quand  il  descend  de  mon  échine, 

Sans  m’avoir  amené  au  pâturage, 

Une  brassée  de  paille  est  ma  récompense : 
Mon  Dieu,donnez  moi  une poignée de son ! 

Si  vous  ne  remplissez  mon  ràtelier, 

Je  demanderai  au  démon 
De  me  condoire  dans  sa  fournière 
Avec  mon  maitre  en  charreton  I 


11  présentera  avec  le  môme  à  propos  un  plaidoyer  en  faveur  du  Mulet  (1) 
qu’il  déclare  sans  pôché  par  faute  de  naissance. 

Comrae  le  Cheval  et  la  Mule,  il  adore  les  grelots,  les  panaches,  les  capa- 

(1)  Dèdiè  à  Moussu  Gastoum  Bastit. 


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—  435  — 

ragons  brodés  et  les  galas  pompeux;  mais  au  cliquetis  des  armes  il  préfére 
le  repoe,  aimant  mieux  transporter  des  sacs  d’avoine  qui  lui  profitent que  des 
gens  d'armes.  Vaniteux  et  poltron,  il  n’ignore  pas  que  sa  race  bâtarde  est 
frappée  d’infécondité  et  ii  n'essaye  pas  de  se  révolter  contre  sa  condamna- 
tion  acceplant  philosophiquement  de  renoncer  à  Tamour  et  à  ses  peines  : 

Lou  chibaù  glourious  nou  se  plats  qu’a  batèros 
E  qua  tchapouteja  din  lou  hangas  de  san  : 

Aymi  mé  pétarra  qu'augi  la  periglèros 

Dous  fusilhs  murtidous  de  lous  que  souu  deùan. 

Ed  rebo,  cado  neyt,  d’espleits  e  d’abenturo, 

De  plagos  a  la  pet,  coum  Job  lou  poustemous, 

Jou  preheri  goarda  lisso  ma  peladuro 
E  decha  pous  chibaùs  lous  cops  e  Las  aunous. 

Nou  parlo  que  de  cirq  e  de  hennos  leùgeros 
Que  trepon  sus  sa  réo  en  mustra  lou  moulet; 

Que  d’omes  plegadis  coumo  serps  ou  biùeros, 

Culoutats  en  poupayre  e  couhats  d’un  cournet. 

Baû  mès  cabalceja  dins  lous  prats  de  Gascougno 
Que  pous  camps  de  bataillo,  oun  grelo  grus  de  ploun; 

Cadun  hò  so  que  pot  :  nous  aùs  n’an  pas  bcrgougno 
De  coufessa,  de  co,  qu’un  mulet  es  eapoun. 

Jou  n’embeji  doun  pas  de  pourta  gens  d’espazo, 

Ni  tapaù  gabelous,  ni  lus  sacots  d’argen, 

M’agrado  plan  milhou  de  carreja  ciùazo 
Pramo  qu’en  la  bentra,  rendi  moun  cos  balen. 

Le  cheval  glorieux  ne  se  plait  qu’aux  batteries 
Et  qu’à  piétiner  dans  un  bourbier  de  sang  : 

J’aime  bien  mieux  gambader  qu’entendre  les  détonations 
Des  fusiis  meurtriers  pour  ceux  qui  sont  devant. 

11  rêve  chaque  nuit  d’exploits  et  d’aveutures, 

De  blessures  à  la  peau,  comme  Job  l’ulcéreux; 

Je  préfère  conserver  ma  robe  lisse, 

Et  abandonner  aux  cbevaux  les  coups  et  les  honneurs. 

11  ne  parle  que  de  cirques  et  de  femmes  légères 

Qui  voltigent  sur  son  éehine  en  montiant  leurs  mollets. 

Que  d’hommes  flexibles  comme  les  serpents  ou  les  vers  de  terre 
Déguisés  en  nourrisson  et  coiffés  d’un  cornet. 

II  vaut  mieux  cabrioler  dans  les  prés  de  Gascogne 

Que  sur  les  champs  de  bataille  où  grôlent  des  grains  de  plomb ; 

Chacun  fait  ce  qu’il  peut  :  nous  autres  n’avons  honte 
De  coníesser,  de  grand  coeur,  qu’un  mulet  est  capon. 

Je  n’envie  donc  pas  de  porter  des  gens  de  guerre 
Pas  plus  que  les  gens  de  la  gabelle  et  leurs  sacs  d’argent, 

11  me  convient  mieux  de  transporter  de  l’avoine 
Parce  qu’en  la  mangeant,  je  rends  mon  corps  vaillant. 


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-  436  — 

Lou  bourrio,  gourmandas  de  haram  de  fumelo, 
Me  blasmo  de  ségui,  dambé  Tayre  gouailhard, 
Sentz  ahuma,  la  mulo,  espeço  de  camelo, 

E  m’apero  flaùgnac  e  segoun  Abelard. 

En  plagnon  d’ana  soul  aù.  lheyt  quan  boli  drome, 
A  Tencountro  dou  payre,  aze  bourricassó; 

En  flatti  de  pudou,  birtut  que  manqu’a  rorae, 
Emmalaùzit  souben  d’este  trop  hennassé. 

Jamès  nou  galanteji  ni  nou  oounti  péguessos  : 
Lou  Gran  Turc,  de  passatje,  en  boulèuo  louga 
En  d’este  Ange-Goardian  d’un  milé  de  princessos; 
Biatjaùo  en  bachet,  cregniouy  de  me  néga. 

Lou  boun  Diu  m’a  priùat  de  poude  d’este  payre; 
Mes  nou  m'empeni  pas  de  n’este  amaynadat. 

Aù  loc  de  s’en  truffa,  l’ome,  lou  gran  truffayre, 
Diure  s’arrise  d4ed  quand  tourteje  embeûdat. 

Lou  drolle  bermious,  desempus  la  cugnèro, 
Garraùpio  en  poupa  sa  mayre  aù  bacheré, 

Picho  din  iou  panet  coumo  din  la  rouilhèro, 

E  lou  caù  débrasta  per  deùan  et  darré. 

An  de  may  a  paga  lou  mes  de  la  neurisso, 

Apey  lous  de  l’escolo,  oun  ed  hara  lou  bop, 

L’àne,  íriand  de  parfum  de  femelle, 

Me  blàme  de  suivre  avec  un  air  gaillard, 

Sans  flairer  la  mule,  espèce  de  chameile, 

11  m’appelle  endormi  et  second  Abelard. 

On  me  plaint  d’aller  seul  au  lit  quand  je  veux  dormir 
A  l’encontre  de  mon  père,  àne  aimant  les  bourriques 
Je  me  flatte  de  pudeur,  vertu  qui  manque  à  l’homme 
Souvent  malade  de  trop  courir  les  femmes. 

Je  ne  courlise  jamais  ni  ne  contc  fleurettes  : 

Le  Grand  Turc  de  passage  voulait  me  choisir 
Pour  étre  l’Ange  Gardien  d’un  millier  de  princesses; 

11  voyageait  en  bateau,  j’eus  peur  de  me  noyer. 

Le  bon  Dieu  m’a  privé  du  pouvoir  d’être  père ; 

Mais  je  ne  m’inquiòte  pasde  n’avoir  pas  d’enfants; 

Au  lieu  de  s’en  moquer,  rhorame,  le  grand  moqueur 
Devrait  rire  de  lui-méme  quaud  il  boite  étant  ivre. 

L’enfant  vermineux,  depuis  le  berceau, 

Egratignc  en  tétant  sa  mère  au  vaisseher. 

Pisse  dans  les  langages  comme  dans  le  ruisseau 
Et  il  íaul  le  nettoyer  par  devant  et  derrière, 

On  a  de  plus  à  payer  les  mois  de  nourrice 
Et  puis  ceux  de  l’école  ou  il  jouera  au  renard, 


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-  437  — 

Lon  hé  repedassa  cado  oop  que  s'esquisso, 

E  nous  rebeng  lou  oap  osta  boueyt  qu'ua  esclop. 

Ey,  per  talos  rasous,  hasti  de  maynadjùéro, 

Trobi  ben  mes  plazen  de  demoura  soulet, 

Sio  a  l’escuderio  e  sio  a  la  carrèro, 

Que  d’amia  damb  jou  droullatailho  en  troupet . 

Lou  Lafountaino  a  dit  que  crebi  de  glouriolo; 

Es  bertat  per  ma  so,  mes  per  jou  n’es  pas  bray, 

Quand  lou  Papo  l'enhourco,  ero  se  crey  hilholo, 

E  memo,  encouò  belèu,  neboudo  dou  Sent-Pay. 

La  mulo,  cap  leùat,  en  trouteja  cujolo  : 

Lou  Papo  paûruc  crido  :  «  En  bole  flgnoula 
«  M'as  descaussat  lous  pès  dous  estriùs  à  gansolo; 

«  Aro,  desapîoumbat,  dansi  ia  bamboula.  « 

Soun  ourgulh  es  bazut  de  sa  gran’innouçenso  : 

Ero  pot  s’enclaÙ8tra,  coum  jou  hò  caperan; 

Lous  muls  soun  sentz  pecat  per  graci  de  nechenço, 

Gn’a  pas  rede  chr.stias  qu'en  pusqu'en  dise  ostan. 

D’apey  un  bieilh  saben,  que  de  tout  parloutejo, 

Diù  nou  poudout  uncta  lou  mul  coumo  lou  braù 
Dambe  l'ongoent  d’amou,  de  paternaùo  embejo, 

Aùé  tout  emplegat  per  l'aze  e  iou  chibaù  ! 

• 

Le  faire  rapiécer  chaque  íois  qu’il  se  décbire, 

Et  on  vous  le  retourne  ensuite  la  tête  aussi  vide  qu'un  sabot, 

J’ai  pour  de  telles  raisons  le  dégoùt  de  marinaille, 

Je  trouve  qu'il  est  plus  agréable  de  rester  seul, 

Soit  à  l'écurie  ou  soit  dans  la  rue, 

Que  d’amener  avec  moi  un  troupeau  de  petits  polissons. 

Lafontaine  a  dit  que  je  crève  d'orgueil ; 

C'est  vrai  pour  ma  sceur,  mais  quant  à  moi  c’est  faux. 

Quand  le  Pape  l’enfourche,  elle  se  croit  la  filleule 
Et  méme  encore  peut-étre  la  nièce  du  Saint-Père. 

La  mule,  téte  levée  en  trottant  fait  la  flère  : 

Le  pape  peureux  crie  :  «  En  voulant  flgnoler 
«  Tu  m’as  déchaussé  les  pieds  des  étriers  à  sabot, 

«  Maintenant,  déséquilibré,  je  danse  la  bamboula.  » 

Son  orgueil  est  né  de  sa  graude  innocence; 

Elle  peut  se  cloitrer,  corame  moi  se  faire  chapelain ; 

Les  mulets  sont  sans  péché  par  gràce  de  naissance, 

11  y  a  bien  peu  de  chrétiens  qui  puissent  en  dire  autant. 

D'après  un  vieux  savant,  qui  bavarde  de  toute  chose 
Dieu  ne  put  oindre  le  mulet  comme  le  taureau 
Avec  l’onguent  d'amour,  de  paternelle  envie. 

Ayant  tout  employé  pour  l'âne  et  le  cheval ! 


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—  438  — 


II  prendra  avec  la  même  habileté  la  défense  du  Bop  (du  Renard)  si  dure- 
ment  traité  par  tous  les  fabulistes  :  Esope,  Phèdre  et  Lafontaine . 

Tous  les  hisloriens  du  vieux  monde,  écritures  saintes  ou  profanes,  racon- 
itent  ses  infamies  : 

Que  debison  de  jou  din  la  Santo-Seriùpturo, 

Din  libès  fayssounats  per  omes  couneguts, 

Coura  Esopo,  un  boussut  osta  led  de  íìguro 
Que  beroy  de  Tesprit  e  luzen  de  birtuts. 

Esclabo  e  recardè  do  houeilhado  de  gédre; 

En  saùneja,  sietat  sus  sa  desco,  aùs  raarcats, 

Hascout  countériotz  qu’estoun  per  Moussu  Phèdrc , 

Tabé  de  la  partido,  un  paù  trop  limacats 

Lou  Lafountaino  apey  remerabrout  moun  liistouèro 
E  la  requinquilhout  sentz  y  hé  nad  pedas; 

Toutis  tres  s’adjuden  de  la  Muso  oubriéro 
Que  sab  tout,  e  mes  raay,  sounco  brouca  débas. 

M’enculpon  d’illusi  la  Cigougno  e  l’Agraùlo, 

De  m’embusca  pertout,  au  bruchot,  aù  pailhé, 

De  pana,  d’escana,  d’ayraa  la  bouno  taulo 
Aù  gran  dol  dou  bezin  quan  es  un  pourailhé. 

Edz  dison  encoué  quo  raa  lenguo  aguzado 
Afïrounto  tant  que  pot  las  bestis  e  las  gens, 

Que  souy  toustem  aù  goueyt  per  hé  bouno  gahado, 

Qu’en  imita  lou  mort,  arrapi  lous  biùens. 


On  parle  de  moi  dans  la  Sainte  Ecriture, 

Dans  des  livres  conçus  par  des  hoinnies  connus, 

Comme  Esopc,  un  bossu  aussi  laid  de  figure 
Qu’étincelantd’esprit  etluisant  de  vertus. 

Esclave  et  revendeur  de  ramure  de  lierrc; 

En  songeant,  assis  sur  sacorbeille,  aux  marchès, 

II  íit  des  petits  contes  qui  furent  par  M.  Phèdrc , 

Lui  aussi  de  la  partie,  un  peu  trop  fantaisistes.- 

Lafonlaine  ensuite  rappela  mon  histoire 

Et  la  rétablit  sans  y  faire  la  moindre  retouche ; 

Tous  les  trois  s’aidèrent  de  la  Muse  ouvrière 

Qui  sait  tout,  et  même  davantage,  si  cc  n’esl  tricoter  des  bas. 

On  m’accuse  d’avoir  trompc  la  cicogne  et  le  corbeau 
De  m’erubusquer  partout.  dans  lcs  buissons.  les  meules  de  paille 
De  voler,  d’égorger,  d’aimer  la  bonne  table 
Augrand  préjudicedu  \  oisinquandc’est  un  marchandde  volaille. 

lls  prélendent  encore  que  ma  langue  aiguisée 
Affrontc  tant  qu’elle  peut  les  bêtes  et  les  gens, 

Que  je  suis  toujours  à  l'affùt  pour  íaire  bonne  prise, 

Qu’cu  faisant  le  mort,  je  saisisles  vivants. 


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-  439  - 

Lous  bouchès  e  cailhets  murtrisson  mes  d’aujame  , 
Din  la  mitat  d'un  jour  que  jou  din  tout  un  an, 

Eds  n’an  pas  coumo  jou  l’escuso  de  la  hame, 

Pusque  soun  enhastiatz  e  de  carn  e  de  pan. 

Lou  renard  nou  counech  las  hennos  de  passatje, 

Ni  las  spousalicis,  sagrados  pou  tourin, 

Coumo  lous  cagnassis  que  heston  maridatje 
En  coumença  toustem  la  nosso  per  la  fln. 

Quan  ey  troubat  au  bosc  uo  bouno  ménadjero, 

Lou  dizi :  <  Bos  esta  la  mouilhé  dou  renard  (1)?  p 
A  pey  lou  sagromen  z'en  ban  à  la  tutèro 
E  peguesson  un  drin,  mes  en  hé  crampo  à  part. 

En  hauneste  counjunct  mani  sourti  damb  ero: 

A  la  casso  e  deguens  m’apero  «  couloumbet.  > 

E  jou  la  souegni  plan  e  l’aperi  «  tourtèro  » 

Quan  doulourousomen  betèro  un  anjoulet. 

Lous  tres  bieils  fabliés,  bêleù  de  la  poulisso, 

An  trourapetat  pertout  qu’eri  cruau,  ruzat, 


Les  bouchers  et  les  chourineurs  détruisent  plus  d'auimaux 
Dans  Ia  moitié  d*un  jour  que  moi  dans  une  année, 
lls  n’ont  pas  commc  moi  l'excuse  de  la  fairn 
Puisqu’ils  sont  dégoútés  de  viande  et  depain. 

Le  renard  ne  counait  pas  les  femmes  de  passage. 

Ni  les  épousailles  consacrées  par  la  soupe  à  l’oignon 
Comme  les  chiens  qui  fétent  le  mariage 
En  commençant  toujours  la  noce  par  la  fin. 

Quaud  j’ai  trouvé  dans  les  bois  une  bonne  ménagère 
Je  lni  dis  :  «  Veux-tu  étre  la  femme  dn  renard  ?  » 

Apròs  le  sacrement,  nous  nous  acheminons  vers  la  tannière 
Et  plaisantons  un  brin,  mais  en  faisant  chambre  à  part. 

En  lionnéte  conjoint  je  ne  vais  pas  sans  elle 
A  la  chasse,  et  dedans  elie  m’appelle  «  pigeon,  » 

Je  la  soigne  bien  en  l'appelant  «  tourterelle  » 

Quand  douloureuscment  elle  engendre  un  ange. 

Les  trois  vieux  fabulistes,  peut-étre  de  la  police, 

Ont  publié  partout  que  j’étais  cruel,  rusé, 


(1)  Le  renard  se  marie,  mais  il  n’est  pas  monogame  ;  il  ne  fait  terrrier  commun 
avec  la  femelle  que  pour  le  temps  seulement  ou  l’éducation  de  la  famille  rend  ses 
soins  nécessaires.  Cette  union,  qui  commence  vers  la  fin  de  l’hiver,  dure  jusqu’au 
mois  d’aoút.  La  renarde  porte  deux  mois,  conime  la  chienne  ;  elle  met  bas  en  avril ; 
sa  portée  est  de  cinq  petits. 

II  est  d’observation  que,  hors  le  temps  de  mariage,  les  renards,  tant  màles  que 
femelles,  font  très  peu  parier  d’eux.  C’est  la  venue  de  la  famille  aui  développe  avec 
luxe  chez  le  pòre  et  la  mère  les  instincts  de  pillage  et  de  vol  dont  le  ciel  les  a  douést 


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-  440  - 

E  ta  plan,  de  naturo,  enteeat  de  mAliço, 

Que  sanai  par  plazè  couni  s’èro  moun  estat. 

M’entourni  ciio  jour  bonte  boueyt  de  la  casso, 

Dempus  que  pous  sabons  lous  bestias  abertitz 
Se  niefíidon  de  jou,  nou  trobi  que  la  plasso 
Din  lou  jas  dous  lebraùs,  lous  paùs  de  las  perditz. 

Et  mètne  de  nature  entaclié  de  malice, 

Saiguant  par  plaisir  conime  si  c’était  mon  mátier. 

Je  m’en  retourne  cha«(ue  jour  le  ventre  vide  de  la  chasse; 

Depuis  que  les  bestiaux  avertis  par  les  savauts 
Se  méflent  de  moi,  je  ne  irouve  que  la  place 
Dans  le  gite  des  levrauts,  le  nid  des  perdrix. 

Dans  un  ordre  inférieur  nous  trouvons  la  description  de  l'Esquiro  (1) 
(rEcureuil),  dont  on  croit  voir  à  travers  le  feuillageles  aériennes  cabrioles. 
Joli,  vif,  sémillant,  adroit  et  souple,  ii  renonce  à  la  gymnaslique  quant 
arrive  la  saison  d’Jiiver,  et  se  retire  dans  le  creux  d’un  vieux  chèue  pour 
jouir  dans  une  douce  quiétude  de  la  fortune  (monoeau  de  noisettes  et  de 
faines)  qu’ii  a  su  amasser.  C'est  là  que  ses  ennemis  viennent  le  surprendre 
pour  ledéloger  de  son  édifice  aérien.  II  s'élnnce  vers  les  branclics  les  plus 
èlevées  du  voisinage,  mais  sa  robe  rouge  devient  un  excellent  |x>int  demire 
pour  le  chasseur  qui  ne  dédaigne  pas  sa  chair  : 

Aymi  saùterica  de  la  bvanco  à  la  branco, 

De  m’y  dindouleja,  cap  en  bas,  aù  puntet, 

D’uo  saùtado,  apey  de  passa,  sentz  palanco, 

Dou  eim  d’un  aùte  à  l’aùte  osta  plan  qu’un  aùzet. 

Din  lou  mounde  animaù,  dizon  que  souy  pailhasso, 

Dansayre  sus  la  cordo,  escabeillio  rameù , 

Qu’esgoali  la  mounino  en  lestetat,  grimaço, 

E  qu’en  arpateja  lou  hey  souben  rampèu. 

Quan  un  can,  per  gnaca,  me  flayrejolou  m’acousso, 

Jou  garrapi  taleù  dous  pès  ct  de  las  mas, 

J’aime  à  sautiller  de  branche  en  branche, 

De  m’y  balancer  tête  en  bas  au  sommet, 

Puis  d’un  bond  de  passer  sans  l’aide  d’un  pont 
De  i’un  à  l’autre  faite  aussi  bicu  qu’un  oiseau. 

Dans  le  monde  animal  on  dit  que  je  suis  un  paillasse 
Tn  danseur  de  corde,  un  sauteur  de  branches, 
íjue  j’égale  le  singe  en  lêgèreté,  en  grimaccs, 

Etqu’en  me  trémoussant  je  lui  fais  souvent  concurrence. 

I.orsqu’un  chien  pour  mordre  me  flaire  et  me  poursuit, 

Jc  grimpe  aussitôt  avec  pieds  ct  mains, 

(1)  Dcdiè  à  Moussu  L.  Dousquet. 


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—  441  — 


E  l 'y  macfai,  de  loay,  ma  béro  cuitcho  arrousso, 

Pramo  soay  trop  poalit  per  ly  hé  pan  de  nas. 

L’home  es  lou  troubadou  de  Berdiuze-Berdaàzo , 

N’ey  heyt  uo  taben  à  perpaùs  d'esquilhot : 

«  Esquiro,  esquilhot,  soun  daùtt  memo  caùso, 

«  Sustout  quan  ey  boutat  la  noguo  à  l’esciipot.  » 

Si  l’ome  m’encaùjolo,  en  tourna  de  ia  casso, 

Dins  un  roudet  de  boy  )iey  toustem  birouiet; 

Aquet  joc  me  platz  mè  que  lou  de  la  becasso 
Quan  tournejo  à  la  brocho  en  lardous  jacoutet, 

Quan  m’aùeji  de  hè  cambeletos  e  biro, 

D’este  beùze  e  soulet  au  houns  de  ma  prezoun, 

Jou,  lou  praùbe  esquiro,  gran  amic  de  l’esquiro, 

Per  aiiegri  moun  co  tringii  de  l’esquiroun. 

En  estiu,  buscailli  pou  tems  oun  lou  fred  pico, 

Las  mellos,  lous  aùras,  qu’estuji  din  moun  jas. 

Din  l’hiuer,  entutat,  dechi  la  gymnastico 
E  fristouilhi,  tranquille,  amb  l’esparang  d’auras. 

Ma  pet  roujo  e  bezento,  au  bos,  quan  se  deshoueilho, 

Es  miro  pou  cassayre,  e  soun  fusilh,  hougnat 
Dambé  gragno  de  ploum,  me  crièro  la  peilho ; 

Entre  nous  aùs  praco  gn’a  pas  inimitat  t 

Et  lui  montre  de  loin  ma  belle  queue  roussc, 

Parce  que  je  suis  bien  trop  poli  pour  lui  íaire  uu  pied  de  nez. 

L’homme  est  Piuveuteur  des  proverbes, 

J'en  ai  íait  un  aussi  à  propos  de  la  noix  : 

«  Ecureuii,  noix,  sont  presque  la  même  chose, 
c  Surtout  quand  j'ai  mis  la  noix  dans  la  tire-lire.  » 

Si  l’homme  m’encage  au  retour  de  la  chasse 
Dans  un  rouet  de  bois,  je  fais  toujours  la  roue, 

Ce  jeu  me  plait  plus  que  celui  de  la  bécassc 
Quand  elle  toume  à  la  broche  bardée  de  lard . 

Lorsque  je  suis  fatigué  de  tours  et  gambades, 

D’étre  veuf  et  seul  au  fond  de  ma  prison, 

Moi,  pauvre  écuteil,  grand  ami  de  grelo.t, 

Pour  réjouir  mon  cajur  je  joue  de  la  sonnette. 

En  été,  je  ramasse  du  bois  mort  en  prévision  du  frotd, 

Je  t  ache  dans  mon  gite,  amendes  et  noisettes. 

En  hiver.  blotti,  j’abandonue  la  gymnastique 
Me  délectant  trauquille  avec  mon  épargne  de  noisettes. 

Mon  pelage  rouge  et  voyant  dans  Ie$  bois  privés  de  feuillages. 
Sert  de  cible  au  chasseur,  et  son  fusil  chargó 
De  grains  de  plomb  perce  de  trous  mou  corps; 

Entre  uous  deux  pourtant  il  n’existe  pas  d’iuimitié. 


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—  442  - 


Comme  on  le  voit,  dans  le  genre  qu’il  a  adoplé  il  ne  fait  qu'esquisser; 
c’est  un  tout  petit  poème  et  comme  un  coup  de  crayon  de  fantaisie.  Ayssi 
n'est-ce  pas  le  nombre  mais  le  choix  des  traits  qui  le  préoccupent.  Ces  pein- 
tures  si  courtes  valent.  certes,  de  grands  tableaux,  car  le  talént  de  Fartiste 
consiste  à  saisir  le  trait  exact  qui  montre  dans  un  objet  son  caractère  original* 
C?est  là  le  grand  mérite  de  Noulens. 

Après  les  quadrupèdes,  écontons  les  vers  charmánts  qu'il  prodigue  aux 
oiseaux,  ces  chantres  ailés,  objet  de  ses  prédilections. 

Rien  de  plus  gracieux  que  cette  peinture  da  Cot-Arrous  (1)  (Le  Rouge- 
Gorge)  : 


Jou  souy  Tamic  e  lou  cantayre, 

Din  lou  bos,  dou  praùbe  legnayre. 
Taben  dou  praùbe  resseguè  : 

En  lous  segui  chiouli  moun  ayre; 
Eds  me  tenguon  per  barejayre 
Ou  gouaridou  de  l’aùejé. 

Dins  mas  soguidos  esbastousos, 

Pous  bruchots,  seguos  roumegousos, 
Nous  me  mustri  jamès  auriù, 

A  l’Angelus  de  fln  de  dio, 

Cap  birnt  decats  l’Abadio, 

Damb  l’ome  pregui  lou  Boun-Diu  ! 

Quan  lous  oubrès,  a  la  brespado, 
S’en  tournon  camiso  gouhado, 
Haùsset  ou  resseguo  à  la  man, 

Lous  saludi  d’uo  pioulado 
Que  bo  dize  en  lenguo  sagrado  : 

«  Adechatz,  bezis,  à  douman  !  » 

L'hiùer,  quan  la  terro  es  tourrado, 
Eds  dechon  la  porto  alandado 
E  m’abriqui  costo  l’aùtan 
E  lou  fred  debat  la  teùlado 
En  beze  raa  mino  ahamado 
La  henno  esmico  un  tros  de  pan. 

Pramo  de  ma  gran  amistenço, 
Meritado  per  la  sapienço 
Dous  buscassés,  hiùer,  estiú, 

Lous  dou  puble  e  de  moungerie 
Me  crezon  de  la  counfrayrio 
Dous  aùzets,  beziats  dou  Boun-Diù  ! 

(1)  Dédié  à  M.  de  Ruble. 


Je  suis  l’ami  et  le  chanteur 
Dans  le  bois  du  pauvre  bucheron, 

De  méme  que  du  brave  scieur  de  long; 
En  les  suivant  je  siffle  ma  chanson: 

Ils  me  considèrent  comrae  balayeur 
Ou  guérisseur  de  l’ennui. 

Dans  mes  promenades  sautillantes, 

A  travers  les  buissons,  les  haies  épineu- 
Je  ner  rae  montre  jamais  timide,  (ses, 
A  l’Angelus  de  la  fln  du  jour, 

La  tète  tournée  vers  l’abbaye, 

Avec  l’horame  je  prie  le  bon  Dieu  ! 

Quandles  ouvriers,  à la fln  de  lajournée, 
S’en  retournent  la  chemise  mouillée, 

La  serpe  ou  la  scie  à  la  main, 

Je  Jes  salue  d’un  piaulement 
Qui  veut  dire  en  langue  sacrée  : 

«  Bonjour,  voisins,  à  demain !  • 

L’hiver,  lorsque  la  terre  étant  gelée, 

Ils  laissent  leur  porte  ouvcrte 
Je  me  préserve  du  vent  d’autan 
Et  du  froid  sous  la  toiture. 

En  voyant  ma  mine  afïamée 
La  femme  émiette  un  morceau  de  pain. 

A  cause  de  ma  grande  amitió 
Acquise  par  l’expérience, 

Des  bucherons,  en  hiver,  en  été, 

Ccux  du  peuple  et  des  couvents 

Mc  croient  de  la  confrérie 

Des  oiseaux,  favoris  du  bon  Dieu ! 


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4 

—  443  — 


LouNiou  dou  Cardin  (1)  (Le  Nid  du  Chardonneret)  (2)  n’offre  pas  moins 
d ’intérêt,  Le  poète,  avec  son  lalent  d’observatèur,  nous  initie  aux  moindres 
dótails  de  la  confection  du  nid  de  ces  intéressants  volatilles  et  fait  valoir 
Tinstinct  des  pures  affections  familiales  dont  la  nature  lesa  ppurvus.  C’est 
un  délicieux  sujet,  traité  avec  un  art  infini  :  ^ 

Dins  soun  pays,  oun  la  tourrado  Dans  son  pays  ou  la  gelée 
Damoro  naù  mes  de  l’annado,  Persiste  neuf  mois  de  Tannée, 

Lou  Lapoun,  présouné  dou  fret,  Le  Lapon,  prisonnier  diî  froid, 

Adourno,  coumo  uo  capèro,  Orne,  comme  une  chapelle, 

Deguens,  dehoro,  la  cugnèro  En  dedans,  en  dehors,  le  berceau 

Quan  es  attendut  un  nenet  Lorsqu’un  nouveau-nè  est  attendu. 


Au  cèù  dou  brès,  en  pendilhèro, 
La  may  estaco  soun  anèro, 

Lou  payran  un  ploum  de  hilat, 
E  la  mamèro  uo  cadeno 
D’aur  qu’un  pescayre  de  baleno 
S'aué  ches  ero  desbrembat. 


Au  cieldu  beroeau,  en  pendille, 
La  mère  attache  son  annóau, 

Le  grand-père  un  plomb  de  filct, 
Et  la  grand’mère  une  chaine 
D’or  qu’un  pècheur  de  baleine 
Avait  chez  elle  oublite. 


Lou  payre  desturoco,  en  bito, 

Un  aùzet,  espeço  de  guito, 

Per  assoupleja  lou  couchin 
E  per  escaùha  la  couyneto 
De  maynadet  ou  maynadeto  : 

Hen  ataù  cardino  e  cardin. 

Toutis  dus  aùan  la  couado 
N’an  que  Tembejo  e  la  pensado 
D’apoulida  lou  niu  en  roun. 

Lou  cardin,  aûs  bruchots  de  courabo 
Ba  gragna  plumos  de  couloumbo, 
Esbouria  pelucs  de  cardoun. 

L.as  hcrbos  en  cercie  amaiihados 
L’aùzèro,  amb  soun  cos  pcr  pcsados, 
Apregoundis,  lisso  lou  niu  : 

Un  chisclet  ly  liè  biassaduro 
Mè  sa  maternaúo  naturo 
Nou  crengd’este  plagadoaù  biù. 

Ero  apey  mouflino  sa  coupo 
De  l’an,  de  plumachoun,  d’estoupo  : 
Acabado,  coumo  boulé, 

Soun  obroes  railhou  fayssounado 
Que  las  desquetos  de  maynado 
Trescados  per  un  payroulé. 


Le  père  plume  en  vie 
Un  oiseau,  espèce  de  canne, 

Pour  assouplir  le  coussin 
Et  réchaufter  le  lit 
Du  petit  ou  de  la  petite  : 

Les  chardonnerets  en  font  de  mèrae. 

Tous  les  deux  avant  la  couvèe 
N’ont  l’envie  et  la  pensée 
Que  d’embeliir  le  lit  en  rond. 

Le  mâie,  aux  buissons  de  la  vallée 
Va  chercher  des  plumes  decolombe 
Et  effiloche  duvets  de  chardons. 

Les  herbes  disposées  en  cercle 
La  femelle,  avec  son  corps  par  pesées 
ApprofondiL  iisse  ie  nid  : 

Une  écharde  lui  fait  une  biessure 
Mais  sa  nature  materneile 
Ne  craint  pas  d’ètre  blessée  au  vif. 

Puis  aprèfc  eile  assouplit  sa  coupe 
De  lainc,  de  duvet  d’étoupe, 
Achevant,  comme  elle  le  désirait, 
Son  ceuvre  est  mieux  façonnée 
Que  les  corbeilles  de  flllette 
Tressées  par  un  chaudronnier. 


(1)  Dédié  à  M.  H.  Roujon. 

(2)  Le  chardonneret  affectioune  le  chardon,  dont  il  a  pris  son  nom. 


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—  444 


Cad’  auzerot  din  l’oueou  remudo, 
Traùco  lou  clèsc  de  soun  becot, 
Passo  lou  cap  per  la  henudo; 

La  mayre  acloucado,  ’smaùdo, 
Escalouris  lous  aùzerots . 

A  la  bis(o  de  lur  basudo 
Lou  mascle,  braocat  sus  1‘agreù, 
Din  sa  briaguesso,  saludo 
De  sous  petitots  la  bengudo 
E  mercio,  en  canta,  lou  céù  1 

Ed  apey  din  sa  cantàrolo, 

Ditz  à  la  roso  d’arroumec  : 

«  De  joyo,  la  mayre  tremolo, 

*  E  jou,  que  lou  bouhur  aholo, 

»  Me  sentissi  debengue  pèc  î  » 


Chaque  oíseau  remue  dans  l’oeuf, 
Perce  la  coque  de  son  bec, 

Passe  la  tète  par  la  fente, 

La  mère,  couveuse  toute  émue 
Réchauffe  les  petits  oiseaux. 

A  la  vue  de  leur  naissance 
Le  mâle,  perché  sur  le  houx, 
Dans  sa  joie,  salue 
La  venue  de  ses  petits, 

Et  remercie  le  ciel  en  chantant  1 

Puis  ensuite  dans  sa  chanson, 

11  dit  à  la  rose  de  ronce  : 

«  De  joie  la  mère  tremble, 

>  Et  moi  que  le  bonheur  affolle 
»  Je  me  sens  devenir  idiot  1  » 


Comme  ses  iliustres  devanciers,  Du  Bartas  et  Dastros ,  il  giorifie  à  son 
tour  la  Lauzetto  (1),  la  gentille  Alouelte.  II  ne  s’attarde  pas  comme  eux  à 
imiter  son  chant  au  naturel;  s’il  admire  son  vol  puissant,  plus  réaliste 
qu’eux,  il  ne  dédaigne  pas  i'oiseau  après  sa  mort,  transformé  en  un  savou- 
reux  pâté  dorè  : 


Lauzeto,  joyo  dou  laùrayre, 

Quan,  per  respoune  à  l’Angelus, 
T’eslansos,  counio  un  treyt,  en  l’ayre, 
Nat  aùzet  n’es  ta  boun  cantayre, 

E  nad  nou  bolo  s’tan  catsus  ! 

Mountado  aù  crum  en  dreto  reguo, 
Toun  cant  nous  arribo  mes  cla, 

De  la  haùtesso  d’uo  lèguo, 

Que  lou  cric,  jitat  de  la  sèguo 
Oun  lou  merle  trepo  en  piùla  I 

Nad  aùzet,  a  ma  counechenso, 

De  ta  louy  nou  pot  este  aùgit, 

Car  Diù,  din  sa  munifìcenço, 

A  tu  soulo  a  bailhat  poudenço 
D’este  enlenudo  dou  Zénith  ! 

Entan  que  toun  aleto  biro, 

Àù  cim  dou  am,  toun  coutoulioù 
Laliutejo,  un  oro  de  tiro, 

Ou  gourguejo  soun  tiro-liro, 

Soun  tiro  liro  e  soun  più-più. 

Lous  troubadous  t’an  imitado  : 
Dastros  a  gahat  sus  lou  biii 


Alouette,  joie  du  laboureur, 

Quand  pour  répondre  à  l’Angelus, 

Tu  t’élances  comme  un  trait  dans  l’air, 
Nul  oiseau  n’est  si  bon  chanteur 
Et  pas  un  ne  vole  aussi  haut ! 

Montée  vers  les  nuages  en  droite  ligne, 
Ton  chant  nous  parvient  plus  clair 
De  la  hauteur  d’une  lieue 
Que  le  cri  qui  vient  de  la  haie 
Où  le  merle  saute  en  piaulant ! 

Nul  oiseau,'  à  ma  connaissance, 

Ne  peut  ôtre  entendu  de  si  loin, 

Car  Dieu,  dans  sa  raunifìcence, 

A  toi  seule  a  donné  le  pouvoir 
D’ètre  entendue  jusqu’au  Zénith  ! 

Pendant  que  ton  aile  retourne 
Au  sommet  du  ciel,  ton  sifflet 
Flùte  une  heure  de  suite 
Ou  roucoule  son  tire-lire, 

Son  tire-lire  et  son  piou-piou. 

Les  troubadours  t’ont  imitée  : 

Dastros  a  saisi  sur  le  vif 


(1)  Dcdió  ii  sa  noroy  à  sa  belle-ítlle. 


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445  — 


Loa  bíroulet  de  ta  boolado 
E  toun  fredoun,  qu&n  das  l’aùbftdo 
A  raùbo,  peilho  don  Boun-Diu  ! 

Lou  roussignol  laùdo  la  luo 
E  sa  lusidou  de  careilh  ! 

Nado  laùdon  nou  baù  la  tuo 
Per  Tastre  doun  lou  lara  enluo, 

Per  toun  aymadou,  lou  soureiih  ! 

Quan  bezes,  darrè  la  garbèro, 

Aù  louy,  Festouret,  toun  bourrèù, 
Roundouleja,  hè  la  goeytèro, 

Que  t'ahutoe  din  la  brumèro 
Aú  deuan  de  l’adjud  dou  ceù  I 

Sentz  creze  que  la  superbio 
Te  debiro  de  toun  trabailh. 

Laùzo,  t’en  pregui,  renuncio 
A  Timatge  de  ta  facio. 

A  Femplec  mourtaù  dou  mirail  I 

Lous  qui  t'aymon,  penden  ta  bito, 
Per  toun  art,  toun  bol,  toun  plumet, 
T’aymon  plan  tabe  sepelito, 
Patissejado,  a  punt  coufìto 
Din  la  cloto  d'un  toupinet. 


La  pirouette  dft  ta  volée 

Et  ton  refrain,  quand  tudonnes  i’aubade 

A  l’aube,  robe  du  bon  Dieu ! 

Le  Rossignol  loue  la  lune 
Et  sa  clarté  de  lampe  à  trois  becs  1 
Nulle  louange  ne  vaut  la  tienne 
Pour  l’astre  dont  l’éclat  éblouit, 

Pour  ton  araant,  le  Soleil  1 

Quand  tu  vois  derrière  la  gerbièje 
Au  loin  l’Epervier,  ton  bourreau, 
Planer  en  rond  faire  le  guet, 

Tu  t’enfuies  dans  la  brume 
Au  devant  de  l’aide  du  ciel  1 

Sans  croire  que  l’orgoeil 
Te  détourne  de  ton  travail, 

Allouette,  je  t’en  prie,  renonce 
Pour  l’image  de  ta  face 
A  l’emploi  mortel  du  miroir ! 

Ceux  qui  t’aiment  durant  ta  vie, 

Pour  ton  art,  ton  vol ,  ton  plumage, 
T’apprécient  aussi  quand  tu  es  morte, 
Pètrie,  conûte  à  point 
Dana  les  profondeurs  d’un  pot  de  terre. 


Plus  loin  il  nous  dépeint  lou  Couloumb  e  la  Tourtero  (1)  (le  Tourte- 
reau  et  la  Tourterelle)  à  l’époque  des  amours.  Son  choix  à  saraison  d'étre, 
car  il  coraprend  que  ie  seul  oiseau  dont  il  puisse  faire  un  amant  est  sans 
contredit  «  Toiseau  de  Vénus.  » 

11  nous  montre  le  mâle  voietant  avec  un  empressement  gracieux  autour 
de  sa  femelle,  baisser  et  relever  tour  à  tour  son  col  flexible  d’un  air  suppliant 
et  tendre,  attacher  longuement  sur  elie  ses  yeux  si  doux  et  se  soulever  à 
demi  sur  ses  ailes  bleuâtres  pour  la  becqueter  de  son  bec  rose  et  délicat : 


L’ayre  dou  printems  aliscaùo 
Lou  san  dous  estes  amourous 
E  de  sa  bouhado  embeùdaùo 
Encouè  milhou  lous  aùzérous. 

Uo  tourtèro  malaùdouso 
E  flaco,  sentz  sabe  perqué, 
Tourtejaùo  sus  la  pelouso 
Quan  un  Couloum,  de  soun  jouqué, 


L’ait  du  printemps  excitait 
Le  sang  des  ôtres  amoureux, 

Et  de  son  souffle  eniv|&it 
Encore  mieux  les  oiseaux. 

Une  Tourterelle  maladive 
Et  languissante,  sans  savoir  pourquoi, 
tíoitait  sur  la  pelouse 
Lorsqu’un  Pigeon,  de  son  perchoir, 


(1)  Dédié  à  Mouesu  Maurici  Fauro. 


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fiengout  per  l’y  hé  reberenço 
E  seguido  de  louy,  sou  tap ; 

Ed  la  saludo  ou  be  Tencenso 
Dinqu’a  terro  en  bactaa  lou  cap, 

E  poutouejo,  en  counscienço, 

Cado  pas  d'ero  de  soun  bec. 

La  Tourtèro  esproubo  gaùdenço 
A  tan  d'amou,  tan  de  respec ! 

Lou  Couloum,  a  ia  fin  s’aholo; 
Amigailhen,  amigailhat, 

Autour  d'ero  biro,  birolo 
Per  mustra  qu’alou  cap  birat. 

Ed  de  néùet  roundoulejaùo 
En  gourgueja  :  couroucoucou  ! 

Ero  tendroumen  lou  miraùo 
E  l’y  re3pouneùo  :  prou-prou  ! 

Per  sagra  la  hesto  noubialo, 

Au  niù  tourtereto  e  galan 
S’emboulegoun,  alo  countro  alo, 
Coum’  s’eron  tenguts  per  la  man  ! 


Vint  pour  lui  faire  révérence 
En  la  suivant.de  loin  sur  le  tertrc; 

11  la  salue  ou  bien  l’epcense 
Jusqu’à  terre  en  baissant  la  tête. 

11  donne  des  baisers  en  conscience 
A  chacun  de  ses  pas,  avec  son  bec. 

La  Tourterelle  ressent  du  plaisir. 

De  tant  d’amour  et  de  respect  ! 

Le  Pigeon  à  la  fln  s’affolle; 

Caressant  et  caressé, 

Autour  d'elle  tourne  et  tournoie 
Pour  montrer  qu’il  a  la  tête  à  l’envers. 

Lui  de  nouveau  allait  en  rond 
En  roucoulant  :  couroucoueou  ! 

Elle  le  regardait  tendrement 
En  lui  répondant  :  assczt  assc;  ! 

Pour  sacrer  la  fête  nuptiale, 

Tourterelle  et  galant  au  nid 
S’envolòrent  aile  contre  aile 
Comme  s’ils  s’étaient  tenus  par  la  main! 


Ecoulons  encore  cet  appel  d’infinie  tendres'se  que  lou  Gric  (le  Grillon) 
adresse  à  la  Buho  (rEtincelle)  dans  le  dialogue  suivant  : 


LOU  GRIC 

Hilho  dou  houèc  de  broc,  d’estèro, 

As,  en  clareja  ma  tutèro 
E  ma  negrou  de  caperan, 

Heyt  obro  ’stan  sagrado  e  béro 
Que  la  dou  Boun-Diu  quan  mouilhéro 
L’escuritat  e  lou  lugran  ! 

A  ta  luzou  moun  oueilh  s’encluco, 

A  ta  luzou  moun  co  saluco ! 

E  se  te  bezi  petrilha, 

Ta  bisto  seguo  ma  labuto, 

E  lou  praùbe  Grié,  que  s’abuto, 

Cay,  fulminat,  au  traùc  dou  la  ! 

Quan  t’eslansos,  touto  stigglado, 

De  la  legnero  esclamejado, 

Per  ana  ’scalaùa  lou  teù. 

Empenat  de  toun  emboulado, 

Boudri,  dambc  tu,  moun  aymado, 

En  te  segui  me  perdo  au  ceù  ! 


LB  GRILLON 

Fille  du  feu  d’épine,  de  copeau, 

Tu  as,  en  éclairant  ma  cacbette 
Et  ma  noirceur  de  chapelain, 

Fait  ceuvre  aussi  sacrée  et  belle 
Que  celle  du  bon  Dieu  quand  il  unit 
L’obscurité  avec  l’étoile ! 

A  ta  clarté  mon  oeil  est  avenglé, 

A  ta  lueur  mon  cceur  s’allume, 

Et  si  je  te  vois  pétiller, 

Ta  vue  coupe  court  à  ma  musique, 

Et  le  pauvre  Grillon  qui  s’enfuit 
Tombe,  foudroyé,  au  trou  du  foyer. 

Quand  tu  t’élances,  toute  étincelante, 
Du  bucher  enflammé, 

Pour  aller  esealader  le  toit, 

Inquiet  de  ton  envolée, 

Je  voudrais,  avec  toi,  ma  bien  aimée, 
En  te  sui vant  me  perdre  dans  le  ciel ! 


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Lâ  BOffO 


VBÎMCBLLS 


—  447 


Apey  lou  brut  de  la  cugnèro 
Que,  lou  sé,  jumpïo  la  pepèro 
En  de  hò  nina  lou  nenè, 

Souy  jelouso  do  la  memèro 
Que  pot,  en  bira  sa  hilèro  (1), 
Entene  ta  bouès,  dou  courné  ! 

Ta  menudeto  canterio 
En  m'embriaga  m’esbaubio 
Per  soun  retoc  melancoulic, 
Sustout  se  duplicos  l’aùbado 
Per  la  buheto,  ta  beziado, 

E  doun  lou  grazit  es  lou  Gric. 

Taleù  que  dôu  lam  souy  sailhido 
E  pou  hat  catsus  atrenido, 

Baù,  doulento  de  nou  poudé 
Amiar  aù  bol  moun  cantayre, 
M’estabani,  soulo,  din  l’ayre, 
Louy  de  l’amic  dou  caùhèdéî 

Demand’  a  Diu  que  las  buhetos, 
Dou  ceù,  coumo  las  esteletos, 
Debaren,  aù  loc  de  mcunta, 
Labets  jou  pouyrey,  a  playetos, 
Me  gaùdi  de  tas  cansounetos 
Et  m’espamar  en  t’escouta. 


Après  le  bruit  du  berceau 
Que  le  soir  berce  l’aïeul 
Pour  endormir  l’enfant, 

Je  suis  jalouse  de  l'aïeule 

Qui  peut,  en  tournant  son  fuseau, 

Entendre  ta  voix  du  coin  du  feu  ! 

Ton  cbant  gracieux 
En  m’enivrant  m’enchante 
Par  son  refrain  mèlancolique, 

Surtout  si  tu  bisses  l’aubade 
Pour  ta  préférée  l’étincelle 
Dont  le  favori  est  le  Grillon. 

Sitôt  que  j’ai  jailli  dc  la  flamme 
Et  suis  entraînée  au  ioin  par  la  fatalité 
Je  vais,  malheureuse  de  ne  pouvoir 
Amener  avec  moi  mon  cbanteur,  • 
M’évanouir,  seule,  dans  l  air 
Loin  de  l’ami  du  foyer ! 

Demande  à  Dieu  que  les  étincelles 
Du  ciel,  comme  les  étoiles 
Descendent,  au  lieu  de  monter, 

Alors  je  pourrai  à  mon  aise 
Me  réjouir  de  tes  chansonnettes 
Et  me  pàmer  en  t’ócoutant. 


A  l’exemple  de  ses  immortels  modèles,  Noulens  a  prêté  aux  animaux 
nos  sentiments  et  nos  pensées;  plus  audacieux  eette  fois,  il  va  les  commu- 
niquer  aux  fleurs. 

Comment  dire  avec  plus  de  charme  altendri  ia  désespérance  de  la  Briù- 
Ihéto  (la  Violette)  amoureuse  dou  Lugran  (2)  (de  l’EtoiIe)? 


En  pètrilha  quan  ta  lutz  sailho  # 

De  l’escuritat  dou  cèu, 

Ou  que,  din  l’arriu  se  mirailho, 

Lous  rays  menudets  de  ta  hailho 
Soun  mes  dous  que  lous  rays  de  mèû  ! 

Preheri  toun  espiaduro, 

Toun  arrisoulet  clarejous 
E  toun  lam,  unctat  de  frescuro, 

A  l’escaùdento  lecaduro 

Dou  soureilh  quanme  da  poutous. 


En  pétillant  quand  ta  lumière  jaillit 
De  l’obscurité  du  ciel, 

Ou  que  dans  le  ruisseau  miroitent 
Les  menus  rayons  de  ton  feu’ 

Quisont  plus  doux  que  les  rayons  demiel 

Je  préfère  ton  regard, 

Tcn  brillant  sourire, 

Et  ta  flamfne,  empreinte  de  fraîcheur, 
A  l’échaufTant  ièchement 
Du  soleilquand  il  me  donnedes  baisers. 


(1)  Couvercle  en  cuivre  du  fuseau. 

(2)  Dédié  à  son  ami  Moussu  Sextius  Michel. 


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Adaro,  au  loc  d'ayma  l'oumbreto, 
Coum  aùtes  cops,  aymi  la  neyt; 
Quan  mounto  enta  tu,  sentz  aleto, 
Dou  roussignol  la  cansouneto, 

Moun  amo  plouro  de  despeyt ; 

Que  lou  Boun-Diu,  que  m*a  *stacado 
A  moun  jas  coum'  un  pichocan, 
Tremude,  en  alos,  ma  houeilhado 
En  de  que  pusque,  à  la  boulado, 
T'aùfri  moun  hurum,  bet  lugran; 

En  te  bouha  moun  aùlonrado 
Pouyri  recebe,  en  escambi, 

Lous  esglits  de  ta  lambrejado  : 

Quan  m’enfebro  talo  pensado 
Sentissi  moun  oo  reboumbi  t 

€  Toun  eecambi  nou  hè  nessèro, 

—  Me  dits  l’ourtig  en  m’escarni  — 

»  Decho  l’alirot  a  l'auzèro, 

»  E  saùnejo  din  la  hanguèro 
»  Entretan  de  t  estabani .  » 

Lugran,  pietat  per  Taymadouso, 
Qu’estout  sumbol  d'hnmilitat, 

E  que  l’amou,  de  bergougnouso 
A  rendudo  per  trop  gaùsouso, 
Dempus  que  m’as  lou  cap  birat  f 


Maintenantau  lieu  de  rechercher  l'ombré 
Commo  autrefois,  j'aime  la  nuit; 

Quand  monte  vers  toi,  sans  ailes, 

La  cbansonnette  du  rossignol, 

Mon  âme  pleure  de  dépit. 

Que  le  bon  Dieu  qui  m'a  attachèe 
A  mon  gite  comme  une  herbeépice, 
Transforme,  en  ailes,  ma  feuiliée 
Pour  que  je  puisse,  a  Ja  volèe, 

T'oíTrir  mon  parfum,  belle  étoiie; 

En  te  soufflant  ma  bouííée  odorante 
Je  pourrai  recevoir,  en  écbange,  [clairs  : 
Le  jaillissement  de  ton  flamboiement  d’é- 
Lorsqu’une  pareille  pensée  m'obsède 
Je  sens  mon  cceur  rebondir  ì 

«  Ton  écbange  n'est  pas  indispensablc, 
—  Me  dit  Forticen  mecontrefaisant  — 

»  Laisse  Taileron  à  Toisellc 
*  Et  rêve  dans  le  boorbier 
»>  En  attendant  de  t’évanouir.  » 

Etoile,  pitié  pour  ramonrcuse 
Qui  futle  symbole  de  Fhumilité, 

Et  quo  Famour,  de  timide  qu'elle  était, 

A  rendu  par  trop  audacieuse, 

Depuis  que  tu  m'as  tourné  la  tète  í 


Nous  retrouvons  les  mômes  transports  amoureux  dans  les  morceaux 
suivants  : 

La  Per/ro88tlhano  e  lou  Cowcw/(La  Ciguê  et  le  Coucou  cles  Prés); 

Lou  Biuèt  a  VArrouselo  (1)  (Le  Ver  de  terre  au  Coquelicot); 

La  Cuco  e  VArrousé  (2)  (La  Chenille  et  le  Rosier); 

Lou  Grounch  e  la  Flou d' Arroumec  (Le  Pissenlitel  la  Fleur  de  roncc), 
charmantes  composilions  qui  sont  de  petits  bijoux  de  ciselure. 

Le  grand  fabuliste,  auquel  nous  faisons  encore  appel,  nous  monlrait  le 
port  majestueux  du  Chêne;  il  peignait  en  vers  grandioses  €  son  front  au 
Caucase  pareil,  bravant  Feffort  de  la  tempête.  >  II  lui  donnait  Forgueil  qui 
convient  à  la  masse  de  son  tronc,  à  l  ampleur  de  son  feuillage,-  au  calme 
et  à  la  force  uniforme  de  sa  longue  végètalion.  II  plaignait  sa  chute;  un 
arbre,  aussi  bien  qu'un  homme,  peut  souffrir.  L'histoire  des  grands  finit  Ià 
comme  chez  nous  par  une  ruine. 

Le  poète  gascon  nous  fait  une  belle  description  du  Gir/an  de  la 


(1)  Dèdií'*  à  Moussu  G.  d’Esparbòs. 
{/)  Dédió  à  Moussu  L.  Labat. 


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gnada  (1)  (le  Géant  de  la  forêt  de  pins)  au  sujet  duquel  un  peíntre  feraít 
tout  un  tableau.  C'est  un  être  souffrant  qu’il  aime  et  qu’il  plaint.  Comme 
ces  vieux  guerriers  des  temps  héroïques,  son  corps  est  couvert  de  blessures 
sans  cesse  rcnaissantes,  ceu vre  de  Thomme,  son  bourreau,  qui  en  tire  profit 
II  en  fait  un  emblème  de  force,  de  sacrifice  et  de  charité  : 


Dam  toun  cabeilh  bezin  dou  cèu, 

Toun  pé,  caoussat  de  majoùrano, 

De  gèdre,  de  mousso  e  d’agréu, 

O  gran  pin;  l’aynat  de  la  Lano, 

Un  pintre  pot  heze  un  tableù. 

Semblos  bengut  de  milhou  gragno 
Que  lous  aùtes  pins,  tous  parens;  * 
Trop  haùt  per  saluda  las  gens, 

Toun  cim  saludo  la  mountagno 
Quan  la  brumo  nou  l’escuragno ; 
Quauque  cop,  adjudat  pous  bens, 
Toun  frount  trómoulen  accoumpagno 
Lou  tringl  de  l’aujaùme  aus  pastens, 

E  lous  cantics  dous  pénitens 
A  las  hestos  de  la  campagno. 

Qu’as  toutz  lous  couradges  ensems 
Coumo  lous  souldats  dou  bieilh  tems, 
Doun  se  remembro  nosto  gnagno. 
Hérit  dou  coustat  ou  deùan, 

Ta  plaguo  poustemejo  e  sanno; 

Entan  que  la  donlou  t’escano, 

Entan  que  pichorlo  toun  san, 

Pas  un  plagn  nou  caysus  la  brano, 
Pas  un  plagn  nou  mounto  au  lugran  ! 
Lou  bent  soul  en  passa  plourejo 
Sus  ta  blassaduro  e  toun  maù, 

Doun  lou  sudamen  s’esgoutejo 
Dins  uo  ’scudel’  ou  gran  didaù. 
Pareiih  au  Seignou  sou  Calbayre, 

Per  te  benja  dou  rousinayre 
De  l’ome  qui  t’a  picassat, 

Tu  bailhos  toun  san  au  sannayre 
E  l’adescos  coumo  toun  frayre, 

Gigan  de  tailho  e  caritat ! 

Dizon  qu’un  gran  aùzet  d’Africo, 

Au  bec  osta  loung  qu’un  loung  paù, 
Sentz  cregnenço  de  la  coulico, 

Per  sous  hilhs  s’estripo,  se  caù, 

£Id  labets  bailho,  en  biàduro, 

Aùs  sous,  ahamiats  c  tros, 

(1)  à  Jean  Hameau 


Avec  ta  cime  voisine  des  cieux, 

Ton  pied,  chaussé  de  marjolaine, 

De  lierre,  de  mousse  et  de  houx, 

Oh !  grand  pin,  I’aîné  de  la  Lande, 

Un  peintre  peut  faire  de  toi  un  tableau. 
Tu  parais  venu  de  meilleure  graine 
Que  les  autres  pins,  tes  parents; 

Trop  haut  pour  saluer  les  gens, 

Ton  faîte  salue  la  montagne 
Quand  la  brume  ne  l’obscurcit  pas 
Quelqucfois,  aidée  par  les  vents, 

Ton  front  tremblant  accompagne 
La  sonnerie  du  bétail  dans  les  pâturages 
Et  les  cantiques  des  pénitents 
Aux  fètes  de  la  campagne. 

Tu  as  tous  les  courages  ensemble 
Comme  les  soldats  du  vieux  temps, 
Dont  se  souvient  notre  aïeule, 

Blessé  par  côté  ou  devant 
Ta  plaie  suppure  et  saigne, 

Pendant  que  la  douleur  t’étreint; 
Pendant  que  ton  sang  suinte, 

Pas  unc  plaintenes’entend  sur  labrande, 
Pas  une  plainte  ne  monte  vers  l’astre ! 
Lc  vcnt  seul  en  passant  pleurniche 
Sur  ta  blessure  et  sur  ton  mal 
Dont  le  suintcmcnt  s’égoutte 
Dans  une  écuelle  ou  grand  dé. 
Semblable  au  Seigneur  sur  le  Calvaîre, 
Pour  tc  venger  du  rêsinier, 

De  I’liomme  qui  t’a  meurtri, 

Tu  otïres  ton  sang  à  ton  bourreau, 

Et  tu  le  nourris  comme  ton  frère, 

Gèant  de  taille  et  de  charité  ! 

On  dit  cju’un  grand  oiseau  cl’Afrique, 
Au  bec  aussi  long  qu’un  long  pieu, 
Sans  crainte  d’avoir  la  colique, 

Pour  ses  enfants  s’étripe,  s’il  le  faut, 
Alors,  ii  donne  en  nourriture, 

Aux  siens,  affamés  et  chétifs; 

29 


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—  450  — 


Dc  sa  meìisso  la  carnaduro; 

Tu  damb  toun  san  das  la  pasturo 
A  qui  t’a  haùssilhat  lou  cos. 

Ed  soufTris  pcr  sa  créaduro, 

Tu  souffrissos  per  toun  bourréu; 
Gn’a  ics  mov  bet  debat  lou  ccu  (1)  ? 


La  chair  de  ses  cntrailles; 

Toi  avec  ton  sang  tu  donncs  la  pâture 
A  celui  qui  t’a  entaillé  lo  corps. 

Lui  soufTre  pour  ses  créatures, 

Toi  tu  soufîros  par  ton  bourreau; 

II  n’y  a  rien  dc  plus  beau  sous  le  eiel? 


C'est  en  vérilable  gourmet  que  Noulens  nous  dêcrit  ensuito  de  la  façon  la 
plus  appétissante  certains  chefs-d'ceuvre  culinaires  du  pavs  gascon.  Avec 
quel  art  accompli  il  nous  dótaille  leur  préparation  et  fait  valoir  leur  indicible 
saveur  ? 

A  tout  seigneur  tout  lionneur,  comme  dit  le  proverbe,  c’est  V Aùcat 
(rOie),  celle  gloire  gastronomique  de  n(#tre  cbére  Gascogne  qui,  la  pre- 
miòre  reçoit  lencens  de  son  admiration.  Avec  uneparfaite  aisance,  un  trait 
lui  sufìit  pour  faire  son  porlraitet  rêsuiner  en  quelques  strophes  les  inulti- 
ples  scrvices  rcndus  dans  les  ménages  par  ce  preeicux  auxiliaire  après  sa 
•  mort  : 

Espîatz-lou  d’aci  :  que  saludo  e  culejo, 

Lou  gaùé  dindoulen  e  sadout  de  turguet, 

Lou  praùbe  es  tan  rnauiot,  tant  patut  que  barejo 
Lous  camis  damb  soun  jacoutet. 


Din  soun  cos  tout  est  boun,  memo  turoc  e  plumo  : 
Per  la  conyno  cscaùhat  lou  nobi  borgougnous 
Reboumbis  tout  d’un  cop,  coumo  lou  braùque  tumo; 
Lou  dubet  l’a  rendut  gaùsous  î 


Uegardcz-le  d’iei  :  il  salue  et  frétille  du  dos, 

Ralaneanl  le  gésier  et  repu  dc  maïs, 

Le  pauvre  est  si  lourd,  si  patu  qu’il  balaye 
Les  cliemins  avec  son  gilet. 

Dans  son  corps  tout  est  bon,  méine  lc  duvct  de  Ja  plume  : 

Rar  le  lit  de  plume  éeliauíTé,  le  fìaneé  timidc 
Hebondit  tout  d’un  eoup  eomme  le  laurcau  qui  frappc  de  la  eorne; 
Le  duvei  l’a  rendu  audacieux  ! 


(I)  Dans  sa  Samainn  (.V  jour),  Du  Rnrtas.  dans  sa  Considération  des  oiseaux  ofli- 
cieux,  pitoyables  et  eliantables,  s  exprimc  aiusi  cn  parlant  du  lVdiean  : 

'l’u  sais  (juo  èpstuy-(*i  son  prnpre  ttanc 

Pour  s.i  postentô.  «ju’il  prodijrue  son  sanj^. 
t’uis  1  ii i  ìcdouno  foree  ct  «jn’i  1  lui  prend  envie 
I)e  faire  à  se.s  eufants  un  tnmsport  de  sa  vio, 

(’ar  si  losl  (jn’il  los \oie  rneurtns  par  le  serpent, 

II  liresebe  sa  poitiine  »*t  sii r  ou\  il  rép.ind 
Tant  de  ntale  liumeiir  «|  11 1  resoliaulïez  par  ellle, 

Ils  tiront  de  sa  rnort  tine  \ie  nouvelle  : 

FiiMiro  dc  ton  Cbrrst.  « j uì  s’rst  eaptií  rendu 
l’oiir  allr.inebir  les  seif.s,  <|m  sur  l'arbre  estendu, 

Iniio'ciit,  a  verst'*  lo  '•aii^  par  s<*s  ble-.su  res 
1*0111*  ^urrir  du  serpent  les  leslbales  moi-sures : 

Kt  <jtii  s'est  \olonliers  d’innnortel  lait  morlel 
Aliu  «ju’Adum  ìust  lait  de  uiortel  iiumortel . 


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—  451 


La  plumo  de  soun  alo,  aginec  d’escriùpturô, 

Serbis,  en  arrua  mous  bersis  sou  papé, 

A  canta  sous  espleits,  lauda  sa  carnaduro 
Sabourouso  dou  cap  aù  pé. 

Quan  se  soun  entulats  chiquets  de  minjario 
Entre-miey  mous  cachaus,  couraluts,  tremouleus, 
Un  canet  puntagut  de  sa  plumo  ’spudio 
Las  brigailhetos  de  mas  dens. 

La  pet  d’un  aùcat  gras  petera  se  sagrecho 
Douman  n’es  pas  hounudo  e  coeyto  sus  houec  dòus, 
E  se  lou  courpitoun.,  las  alos  e  la  couecho 
Ne  nadon  din  lous  caùderous. 

Apey  m’este  anguitat  de  tchichous  e  d’armotos, 

(Las  armotos  que  soun  fumelos  d’escaùdou;, 

Souy  sigu  de  droumi  milhou  que  las  marmotos 
E  d’aùco  d’este  saùnejou . 

Un  quartié  decouflt,  tout  soul  e  sentz  coudéno, 

Es  prou  per  unctéja  la  soupos  de  caùlets; 

Quan  lou  boucin  salat  gresilho  a  la  padeno, 

M’en  baù  bregua  lous  goubelets  ! 

Per  un  taulejadou,  ni  lòbe  ni  gario 
D*un  bet  hidge  d’aùcat  nou  balon  la  sabou, 

I.a  plume  de  son  aile,  propre  à  l'écriture, 

Sert,  en  alignant  mes  vers  sur  le  papier, 

A  chanter  ses  exploits,  à  louer  sa  chair 
Savoureuse  de  la  téte  aux  pieds. 

Quand  se  sont  introduits  quelques  débris  d’aliments 
Entre  mes  molaires,  creuses  et  tremblantes, 

Un  tuyau  de  sa  plurne,  taillée  en  pointe,  expulse 
Les  débris  d’entre  mes  dents. 

I.a  peau  d’une  oie  grasse  éclatera  si  sa  graisse 
Demain  n’est  fondue  et  cuite  sur  un  ícu  léger, 

Et  si  le  croupion,  les  ailcs  et  lcs  cuisses, 

Ne  nagcnt  dans  les  chaudrons. 

Après  m’être  régalé  de  graisseries  et  d’armotes 
(Armotts  sont  femelles  de  pâte  de  maïs) 

Je  suis  certain  de  micux  dormir  que  les  marmottes 
Et  de  réver  d’oie. 

Un  quartier  d  oie  coníìt  seul  et  sans  couenne 
Est  Suííisant  pour  graisser  la  soupe  de  choux; 

Quand  le  morceau  salé  cuit  en  bruissant  à  la  poèle; 

Je  m’en  vais  rincer  les  verres  ! 

Pour  un  amateur  de  table,  ni  liòvre,  ni  poule 
Ne  valent  un  foie  d’oie  et  n’égalent  sa  saveur, 


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E,  se  Taìi  cailhiùat  de  truffos,  sa  tarrio 
M’agrado  mès  qu’un  pot  de  flous  ! 

Soun  co  bau  pas  soun  cos  :  quan  passon  en  familho, 

Prop  la  bordo,  estranis,  bourgès  ou  manarrous, 

Ed  cridasso  en  courre  sus  la  may  ou  la  hilho 
E  lous  gnaco  lous  coutilhous. 

Et  si  on  le  farcit  de  truíles,  sa  terrine 

Me  plait  niieux  qu’un  pot  de  fleurs! 

Sou  cceur  ne  vaut  pas  son  corps,  quand  passent  en  íamiJle, 

Près  de  la  métairie,  étrangers,  bourgeois  ou  mendiants 
Elle  criaille  en  couraut  sur  Ja  mère  ou  la  fìlle 
En  mordant  leurs  jupons. 

II  fera  ressorlir  avec  la  même  conviction  les  mérites  de  la  Pouloyo  (1) 


[la  Dinde),  qu’il  célèbre  avec  un 
bouche  : 

La  Pouloyo 
Es  beroyo 

Din  soun  negre  casaquin, 

Que  mirailho, 

Coumo  dailho, 

A  la  hailho, 

D'un  bet  soureilh,  lou  matin. 

En  platz,  dambe  la  maméro 
De  soun  frout  en  pendilhéro, 

Quan  s’arrodo  sou  camin, 

Culéjo  ou  biro,  en  coulèro, 

Lou  rabat  de  sa  maclièro, 

Mital  san  e  mitat  bin  ! 

Ero  à  taùlo 
Coucyto  à  l’aùlo, 

Es  un  mcns  goustous  boucin 
Qu’cinbroucado, 

Ben  unctado 
E  daùrado 

Damb  loutchuc  de  soun  sagin. 

Arré  nou  la  J)aù  truíîado, 

Sustout  quan  es  arrousado 
D’un  bin,  d’un  rougc  osta  biù 
Que  lou  doun  es  empoulpiado, 

Din  la  gleizo,  a  la  beyrado, 

La  culoto  dou  tíoun-Diù ! 

(1)  Dédic  à  Moussu  F,  Lamaudo. 


brio  capable  de  vous  mettre  Teau  à  la 

La  dinde 
Est  belle 

Dans  son  noir  casaquin, 

Qui  miroite 
Comme  une  faux, 

A  la  clarté 

D’un  beau  soleil,  le  matin. 

EUe  me  plait  avec  l’excroissance 
En  suspension  sur  son  front, 

Quand  ello  fait  la  roue  sur  Je  chemin 
Elle  frétille  du  dos  ou  tourne,  en  colère, 
Le  rabat  de  sa  joue, 

Moitié  sang  et  moitié  vin  ! 

A  table 
Cuite  au  pot 

C’est  un  morceau  moins  savoureux 
Q’embrochée, 

Bien  arrosée 
Et  dorée 

Avec  le  suc  de  sa  graisse. 

Rien  ne  l’égale  truffée, 

Surtout  lorsqu’elle  est  arrosée 
D’un  vin,  d’un  rouge  aussi  vif 
Que  celui  dont  est  empourprée, 

Dans  l’Eglise,  sur  les  vitraux, 

La  culotte  du  tíon  Dieu  ! 


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—  453  — 


II  fera  appel  à  sa  verve  toule  Gauloise  pour  nous  faire  apprécíer  VEscau - 
doun  (Pàle  de  Maïs),  mets  gascon  qui  a  loutes  ses  préfcrenccs.  II  procède 
avec  soin  á  sa  confection,  et  s’il  se  délecte  devant  ce  plat  favori  préparé  à 
point,  il  raet  en  garde  les  amaleurs  trop  friants  contre  les  facheux  effets 
d’une  indigestion  : 


Un  escaudoun  bien  amarat 
He  leùa  las  peilhos  pou  prat. 

Quan  la  hario  es  prou  touriado 
Caù  l’amara  damb  un  bastoun 
E  lugreja  boste  escaùdoun 
Dambémounjetos  dc  l’annado, 

Damb  bielhos  s'aymotz  lou  cussoun. 
La  pasto,  plan  abarrejado 
E  mitounado  sus  houec  dous, 

Se  cambio  en  coquo  daùrado, 

Se  cambio  en  escaùdoun  blous. 

Lambrejon  aqueros  armotos 
Coumo  lou  couyre  d’un  careilh, 
Arrazo  me,  gouyo,  un  pareilh 
De  salerous  ou  de  calotos  : 

Boy,  din  cado  man,  un  soureilh  í 
Apey  aluco  la  candelo 
E,  tiro  me  bin  darunan  : 

Me  bau  plea  la  gargamelo 
Damb  escaùdoun  dinqu'à  douman. 

A  taulo,  de  poù  que  s’esbente  î 
Minjen  caù  :  te  houn  coumo  mòù  t 
E  senz  touca  lous  bords,  taleù 
A  la  bouco,  taleù  aù  bente ! 

Adaro  passera  ?  Beleù . . . 

Quan  las  mounjetos  soun  coueytiùos 
Nou  mounon  qu’un  petit  fredoun, 

Mè  taben  se  soun  escrusiùos 
Brounzissen  ostan  qu’un  canoun. 

Gouyo,  lequeras  la  caùdero; 

Lou  houns  de  gritçhos  es  milhoun 
Quela  mico  de  l’escaùdoun; 

E  se  t’embrastos  la  machèro 
E,  din  lou  leyt  lou  courpitoun, 

Coumo  lou  drolle  à  la  cugnèro 
Quan  a  trop  poupat  áu  cujoun, 
Pouyras,  en  bregua  la  bachéro, 

Te  bregua  taben  lou  mentoun. 


La  pàte  de  maïs  bien  pétrie 
Fait  lever  les  robes  dans  les  prés  î 

Quand  la  farine  est  assez  grillée 
II  faut  mélanger  avec  un  baton 
Et  mouchetcr  volre  pàte  de  maïs 
Avec  des  liaricots  de  l’année, 

Ou  des  vieux  si  vous  aimez  le  charançon. 
La  pâte,  ainsi  bien  mêlée 
Et  cuite  sur  un  feu  doux, 

Se  transforme  en  un  gâteau  doré, 

En  une  páte  de  maïs  succulente. 

Elle8  flamboient  ccs  armotes 
Commelecuivred’unelampeà  trois  becs; 
Approche-moi,  scrvante,  une  paire 
De  jattes  de  terre  ou  d’écuelles  : 

Je  veux,  dans  chaque  main,  un  soleil ! 

Après  allume  la  chandelle 

Pour  tirer  du  vin  de  l’an  dernier  : 

Je  vais  me  remplir  la  panse 
Avccdelabouilliede  maïsjusqu’à  demain 

A  table,  depeur  qu’elle  ne  se  refroidisse, 
Mangeonschaud :  ellefondcomme  miel ! 
Et  sans  toucher  les  bords,  sitòt 
A  la  bouche,  aussitôt  dans  le  ventre  ! 
Maintenant  passera-t-elle  ?  Peut-être. . . 
Lorsque  les  haricots  sont  faciies  à  cuire 
lls  ne  murmurent  qu’un  petit  refrain, 
Mais  aussi  s’ils  sont  résistants 
Ils  résonnent autant  quun  canon. 

Servante,  tu  lécheras  le  chaudron; 

Les  croutes  du  fond  sont  meilleures 
Que  la  mie  de  la  pâte; 

Et  si  tu  te  barbouilies  les  joues, 

Et  dans  le  lit  le  croupion, 

Comrae  l’enfant  dans  le  berceau 
Quand  il  a  trop  tòté  à  la  gourde, 

Tu  pourras,  en  lavant  la  vaisseiie, 

Te  nettoyer  également  le  menton. 


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—  454  - 


Moun  Dia,  m'atz  bailhat  la  fïouchcro 
Per  m’este  engulat  d’escaùdoun ! 

Cado  mounjeto  e  mounjetoun, 
M’eschourdis  mès  que  la  touèro, 

Me  pnntcho  mès  qu’un  guingassoun  ! 
Moun  budet,  coumo  uo  biùèro, 
S’entorclo  din  moun  bente  arroun, 

E  diren  que  din  sa  canèro 
S’es  estujat  un  harrissoun  1 

Un  escaùdoun  bien  amarat 
Hé  bacha  culotos  pou  prat ! 

Et  le  gai  Parnassien,  qui  sait  si 
volailles  et  ses  mels  favoris,  sera 
Piquopout  (Le  Vin  de  folle-blanche), 

Un  brabe  curè  de  campagno 
En  trinca,  darnb  jou,  me  digout  : 

«  Nat  bin  de  Bourdeù,  ni  d’Espagno, 

«  Nou  baû,  per  dohoura  la  cagno, 

«  Un  boun  bcyre  do  piquopout.  » 

Per  aco,  jamès  nou  l’erabesso 
Quan  lou  ba  tira  dou  barriù, 

E,  se  lou  batio  à  la  messo, 

Ailhus  lou  bcù,  din  sa  simplesso, 

Atau  que  la  heyt  iou  Boun-Diù. 

Quan  s’es  mouílinat  la  gargolo 
A  brespos  mounto  au  prechadê, 

Oun  sa  boucs  s’eslamo  e  tremolo 
Au  punt  que  lous  Frays  de  l’escolo 
Gouhon  de  plous  lur  moucadc! 

Aquet  bin  blanc  do  las  barricos 
Fluis  més  cla  qu’un  arriùet, 

E  barejo,  sentz  da  coulicos, 

La  roubiduro  e  las  alicos, 

Embescados  din  lou  budet. 

L’ayguo  se  mudo,  a  la  bugado, 

En  lechiû  espès  e  pichous; 

IìOU  bin  blanc,  trebous  a  l’intrado 
Din  noste  bente,  apey  cubado, 

En  sailhis  clarejat  e  blous. 

Lou  matin,  au  loc  de  icytatge, 
Aftlasquissen  per  l’estoumac, 

Dojuni  damb  pan  de  menatge, 

(1)  Dédic  à  soun  amic  G.  Níel. 


Mon  Dieu,  vous  m’avezdonné  ladiarrhée 
Pour  m’ètre  gorgc  de  pâte  de  maïs ! 
Cliaque  haricot,  grand  ou  petit, 
M’assourdit  plus  que  le  tonnerre, 

Me  pique  davantage  qu’un  gros  clou ! 
Mes  bovaux,  comme  si  une  vipère 
S’enroulait  tout  autourdans  mon  ventre, 
Me  laisscnt  croire  que  dans  leurs  tuyaux 
S’est  caché  un  hérisson. 

La  pâte  de  maïs  bien  mèlangée 
Fait  baisser  los  culottes  dans  les  prés ! 

bien  apprécier  la  saveur  des  grasses 
naturellement  atnené  à  glorifier  lou 
pour  les  arroser  et  complêter  le  régal  : 

Un  brave  curé  de  campagne, 

En  trinqnant,  avec  moi,  rr.e  dit : 

<c  Nul  vin  de  Bordeaux,  ni  d’Espagne, 

«  Ne  vaut,  pour  chasser  la  paresse, 

«  Un  bon  verre  do  piquepout.  » 

Pour  cette  raison,  jamais  il  nc  le  répand 
Quand  il  va  le  tirer  au  fût, 

Et  s’il  le  baptise  à  la  Messe, 

Ailleurs,  il  le  boit  dans  sa  puretó, 

Tel  que  l’a  fait  le  Bon  DÌeu. 

Lorsqu’il  s’est  rincé  le  gosier, 

A  Vòpres  il  monte  en  chaire 
Où  sa  voix  s’enflaintne  et  tremblotte 
A  tel  point  que  les  Frères  de  l’ècole 
Mouillent  leurs  mouchoirs  de  pleurs! 

Ge  vin  blanc  des  barriques 
Coule  plus  clair  qu’un  ruisseau, 

Et  balave,  sans  donner  des  ooliques, 

Les  rognures  et  les  débris 
Engluésdans  les  boyaux. 

L’cau  se  transforme,  à  la  lessive, 

En  eau  de  lessive  èpaisseet  couleurd’u- 
Le  vin  blanc  trouble  à  l’entréo  [rine; 
Dans  notrc  ventre,  après  avoir  cuvé, 

En  rejaillit  clair  et  limpide. 

Le  matin,  au  lieu  de  lait, 

Dèbilitant  pour  l’estomac, 

Je  dèieune  avcc  du  pain  de  ménage, 


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455  — 


Gouhinat  dins  un  soul  beùratge, 
Din  Ia  tchuqueto  (1)  d’Armagnac. 

La  tchuqucto  caúderejado 
Se  trobo,  quan  a  prou  bourit, 

En  ayguo  do  bito  cambiado 
E  pot  milhou  qu’avguo  putzado 
Rcbiscoula  lou  co  transit. 


Trempé  dans  Tunique  breuvage, 

Dans  le  vin  exquis  d’Armagnac. 

Co  vin  exquis,  cuità  la  chaudiòre, 
Setrouvequanì  ilasuftìsamment  bouilli 
Transformô  en  eau-de-vie 
Qui  peut  mieux  que  I’eau  de  puits 
Ravigoter  le  coeur  transi. 


Amoureux  de  la  nature,  il  sut  la  comprendre  et  traduire  les  impressions 
qu'elle  lui  donna.  II  rachantée  sous  tous  les  aspecls  Ies  plus  variés.  II  a 
peint  les  étós  flamboyants,  les  champs  de  blós  et  de  maïs,  les  grappes  de 
raisins  fécondées  sous  l’ardent  soleil  du  midi  Gascon;  la  mélancolie  sédui- 
sante  de  TAulomne,  avec  ses  tons  rougis,  ses  arbres  mouilléset  sesmousses 
jaunissanles;  il  a  peint  les  hivers  dêsolês  et  aussì  Ies  hivers  délicats,  et 
les  printemps  enftn,  les  printemps  triomphants,  aux  frondaisons  éclatantes, 
aux  harmonies  lendres  et  poéliques.  II  a  peint  les  grands  arbres  qui  mirent 
leur  feuillnge  dans  les  eaux  fuyantes,  toutes  ces  chosesaux  heures  difïé- 
rentes  où  s'éveillait  Finspiration. 

II  complòtera  ses  hymnes  ù  la  nature  en  faisant  passer  sous  nos  yeux  une 
succession  de  tableanx  oii  il  nous  montre  les  paysans  dans  leurs  occupations 
rustiques.  Comme  Dastros  dont  il  s’inspire,  il  nous  décrira  d  apròs  nature 
avec  sa  verve  empreinte  d’un  réalisme  tout  gaulois  Ies  veillées,  consacrées 
à  la  Despeloucado  (Dépouillement  du  Maïs),  qui  se  termiuent  par  des 
danses,  nous  aurons  alors  claire  vision  des  jeunes  gens  et  jeunes  filles  liés 
par  les  mains  pressces,  dansant  la  ronde  cndiablêe  oii  claquent  doigts  et 
baisers  : 

Lous  cabeilhs  de  turguct,  boueytats  per  carrctados, 

S'apilon  sus  lou  so;  las  estelos  claùades 
Aù  ceù  blu  per  la  man  dou  meste  saraiihé, 

De  louy,  damb  oueilhs  luzens,  espion  la  milhoco; 

Dircn  que  toutos  an  embejo  de  la  coco 
Arnarado  dambé  hario  de  milliê. 


Lous  bezis  soun  l>enguts  a  las  despeloucado, 
Lous  jouens  apariats  :  amourous  e  beziado 


I.es  U>tes  de  niaïs,  versées  par  charretées, 

S'empilent  sur  Taire;  les  étoiles  lìxées 
Au  ciel  bleu  par  la  main  du  maitre  serrurier. 

De  loin,  de  leurs  yeux  luisaiìts,  eoutempìent  le  maïs; 
On  dirait  qne  toutes  ont  envie  du  gàteau 
Empâté  avec  la  farine  dc  millet. 

Les  voisins  sont  venus  au  dêpouillement. 

I.cs  jeuues  aecouplés  :  l’amoureux  et  sa  préféréc 

(t)  Tcltuqucto  (en  Uéarnais  Suquctoy  veut  dire  :  Viu  exquis.. 


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-  45G  - 


En  dus  bîrats  de  man  descohon  lou  cabeilh, 

L’estorson  ras  dou  cot,  darrigon  sa  perruco; 

Labets  sa  punto  d’aur,  nuso  coumo  la  cuco, 

Clarejo,  din  lous  dits  coumo  un  tros  de  soureilli. 

La  bruno  a  bet  crida  :  «  Tocos  v  doun  se  gaùsos.  » 

Lou  blound,  en  pequeja  dam  berdiùsos-berdaùsos, 

Pegnico  la  maynado  au  gras  dou  courpitoun, 

Mio,  croy-me,  sa  dits  :  •  Henno  despeloucado 
«  Es  me  bero  taben,  mè  n’es  pas  mès  aymado 
«  Coumo  t’at  baû  mucha  damb  un  double  pountoun.  > 

Lou  drolle,  tout-à-round,  poutejo  la  droulleto; 

Sous  pots  bregnon  pertout;  ero,  de  sa  man  dreto, 

Ly  hyco  un  cabougnat  e  l’apero  «  pacan !  > 

Se  lou  gouyat  se  tourno  e  dehè  sa  couheto  : 

Ero  d'un  repotis  l’y  tiro  la  bouneto 
E  lou  deíido  apey  un  tanoc  à  la  man. 

La  despeloucado 
Acabado, 

Las  gouyatos,  lous  gouyatous 
Deychon,  sou  so,  lous  grus,  lous  tanocs,  la  peloco, 

E  ligats,  coumo  ceps  en  troco, 

Danson  la  roundo  dous  Daymous ! 

Oun  claqueton  digts  e  poutous. 

En  deux  tours  de  main  décoifïeut  la  téte 
La  tordent  au  ras  du  cou,  arrachant  sa  pcrruque, 

Alors  sa  pointe  d'or,  nue  comrae  la  chenille, 

Luit  dans  leurs  doigts  comme  un  morceau  de  soleil  I 

La  brune  a  beau  crier  :  «  Touches-y  donc  si  tu  l’oses.  » 

Le  blond,  en  badinant  avec  des  proverbes, 

Pince  la  jeune  fille  au  gras  du  croupion, 

Ma  chère,  crois-moi,  dit-il  :  «  Femme  dépouillée 
«  Est  certes  plus  belle.  mais  n’est  pas  plus  aimée 
«  Corarae  je  vais  te  le  montrer  par  un  double  taiser.  » 

Mon  drôlc,  sans  interruption,  embrasse  la  fillette: 

Ses  lèvres  vcndangent  pariout;  ellc.  de  sa  main  droile, 

Lui  fiche  une  giíle  et  l’appelle  «  vaurien  !  » 

Si  le  garçon  se  rctourne  et  défait  sa  coiffure, 

Elle,  d’une  riposte  avec  la  main,  lui  enlève  le  bonnet 
Et  le  défie  cnsuite  un  épis  cgrainé  de  maïs  à  la  main. 

Le  dépouillement 
Achevé 

I.es  garçons  et  les  filles 

Abandonnent,  sur  Taire,  les  grains,  la  spathe,  les  épis  égrainés, 
Et  liês,  comme  des  champignons  en  corde 
Dansent  la  ronde  endiahlêe  ! 

Où  claquent  doigts  et  baisers. 


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-  457  - 

La  Heyado  ou  Culhido  dou  Hen  (la  Fenaison),  sera  poi fr  lui  l’occasion 
de  nous  initier  à  ce  iravail  dcs  campagnards  qu'il  nous  montre  en  pleine 
activité  dans  une  suecession  dc  vers  bien  rythmés  qui  embaument  le  patv 
fum  enivrant  du  foin  coupé  : 


Aù  puntet  dou  jour  la  lauzeto 
Canto  din  la  nublo,  souleto, 

La  glorio  dou  prince  soureilh. 
Adaro,  en  plen,  enlubissento. 

E  la  laùzo  roes  gayhasento 
Lahuto  un  più-più  sentz  pareilh. 

Sa  merbilhouso  gourguejado, 

Cay,  en  s’esglita  sus  la  prado, 

Din  l'aùreilho  dous  heyadous, 

Que  daiihon  Therbeto  aùlourado 
Per  las  hçnnostaleù  pintouado. 
Pramo  qu’arrestecs  soun  pientous. 

Per  lou  basme  de  la  heyado 
La  natur’  es  embriagado  : 

L’ome,  l’aùzet  e  lou  lizorp, 

Touts  lous  estes  qu’an  la  sentido, 
En  huma  lou  hum  de  culhido, 
Tenguon  lous  prats  per  encensouer. 

Quaùque  cop  esbatouso  drollo, 
Cargado  d’arroundi  la  molo, 

Se  bouquilho  dessus  lou  tas, 

Ou  per  Tinclino  cabirolo 
Sentz  poù  de  mucha  la  ligolo, 
Nouzerado  en  sus  dou  dòbas. 

De  hurum  de  hen  enflayrado, 

La  henneto  s’es  requilhado  : 

Labets  lou  galant  alecat 
La  sentis  de  prop  e  pou  tejo; 

Ero  l’y  hé  passa  Pembejo 
En  arripousta  d'un  couhat. 

Uo  camiolo,  rede  estreto, 

Addusis  à  la  maysoun^to ; 

Oun  sera  lou  hen  abricat; 

La  mountado  es  auarr,  e  dreto, 
Jamès  arrodo  de  carreto 
Aquet  carrelot  n’a  reguat. 

En  tricot,  que  la  suzou  colo, 

Lou  segayre  enhourco  sa  molo, 


Au  point  du  jour,  Palouette 
Chante  seule,  dans  la  nuée 
La  gloire  du  prince  Soleil. 

Maintenant  qu’il  est  en  plein  éblouisse- 
Salouangcdevientplusgracieuse,  [ment 
Elle  siffle  un  piaulement  sans  pareil. 

Sa  merveilleuse  roulade 
Parvient,  en  jaillissant  sur  les  prés, 
Dans  Poreille  des  faneurs, 

Qui  fauchent  l’herbe  embaumée 
Sitôt  peignée  par  les  femmes, 

Parce  que  les  râteaux  sont  des  peigaes. 

Par  le  baume  de  la  fenaison 
La  nature  est  enivrée 
L'homme,  Poiseau  et  le  lézard, 

Tous  los  êtres  possèdent  l’odorat, 

En  respirant  le  fumet  de  la  récolte 
Tiennent  les  prés  pour  des  eacensoirs. 

Quelquefois  une  folàtre  jeune  ftlle, 
Chargée  d’arrondir  la  meule, 

Se  roule  sur  le  tas, 

Ou  sur  la  pentc  cabriole 
Sans  crainte  de  montrer  l’attachc 
Nouée  au-dessus  de  ses  bas. 

Embaumée  du  parfum  du  foin, 

La  fillette  s’est  relevée  : 

Alors  le  galant  hi  r  li 
La  serre  de  près  ct  Pembrasse; 

Elle  aussitót  lui  fait  passer  l’envie 
En  ripostant  par  un  soufflet. 

Un  sentiej;bien  étroit 
Conduit  à  la  maiso.inette, 

Où  le  foin  sera  abrité ; 

La  montée  est  escarpée  et  droite, 

Jamais  roue  de  charrette 
N’a  rayé  çettc  ruclle. 

En  tricot,  d’où  coule  la  sueur, 

Le  moissonneur  enfourche  sa  meule, 


(1)  Dédié  à  Moussu  H.  Labeyrio,  Goubernadou  doit  Crédit  Founcié, 


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La  cargo  e  s’eatuto  debat 
L/amassadis  d’herbo  apilado; 
E  Ja  prado  serablo  mountado 
De  la  plano  sou  coustalat. 


La  charge  et  disparait  sous 
Le  tas  drherbe  empilêe 
Etla  prairie  semble  montée 
De  Ja  plaine  sur  le  coteau. 


Dans  la  Cansoun  de  Bregnos  (la  Chanson  de  Vendanges)  il  nous  rap- 
peilera  délicieusement.  le  bon  vieux  temps  où  l'on  vendangeail  encore  et  oii 
la  gaieté  eoulait  à  ílots  dans  les  vignes,  comme  le  vin  dans  les  pressoirs. 
Que  les  temps  sont  changés  ! 


Frcdoun 
Lou  bin  dous 

D’oueilh  de  Tour  e  Blanqueto 
AmelJeo  lous  poutous 
Ailliats  dous  amourous 
E  bregnats  à  l’oumbreto, 

E  pramo  d’aco  soun  milhous 
Lous  poutets  de  bouqueto 
Unctado  de  bin  b’ous ! 


Rcfrain 
Le  vin  doux 

D’Gíil  de  Tour  et  Blanquette 
Emmielle  les  baisers 
Frottés  d’ail  des  amoureux 
Et  dérobés  à  I’ombre; 

Pour  ces  inotifs  ils  sont  meilleurs 
Les  baisersd’unc  petitc  bouclie 
Humectce  de  vin  doux  ! 


A  la  bigno,  per  l’arrousado, 

Lous  bregnayres  benguon  matin  : 

La  bregnayro,  peillio  troussado, 
Escapso  la  gaspo  gruado 
En  bira  l’escjuio  aù  bezin. 

E  toustem,  la  reo  plegado, 

Culhebo,  en  segua  l’arrasin, 

E  darrer,  a  cad’  abachado, 

Mustro  coum  es  camoligado 
Sontz  meffidenço,  aù  dit  bezin. 

Uo  bieilho  crido  à  Ia  joeneto  : 

«  Pren  gouaido  aù  maynatdou  Bidaù, 
«  Qu’a  birat  mòs  d’uo  couheto 
«  E  pren  gouardo  que  sa  gantelieto 
«  Nou  t’esquisse  lou  deùantaii .  » 


A  la  vigne,  avec  la  rosèe, 

Les  vendangeurs  viennent  matin  : 

La  vendangeuse,  la  robe  retroussée, 
Dòcapite  la  grappe  grcnue 
En  tournant  le  dos  à  son  voisin. 

Et  loujours  l'êcliine  courbóe  [sin, 

Elle  lòve  le  postérieuren  détacliantle  rai- 
Récidive  chaque  fois  qu’elle  s’abaisse 
Et  montre  comment  elle  porte  la  jarre- 
Sans  mófiance  au  susdit  voisin.  [tiêre 

Une  vieillo  crie  à  Ja  jouvencelle  : 

«  Prends  garde  au  fils  de  Vidal, 

«  Qui  a  retournò  plus  d’une  coiffe, 

«  Et  prends  garde  que  sa  serpette 
«  Nc  te  décliire  le  tablier.  * 


Lous  mousquillis,  layrous  e  pintayres, 
Per  halops  taston  lou  bin  dous, 

Ou  Jiebrounzinon  din  lous  ayres, 

En  attenden  que  lous  bregnayres 
Aùgen  boueytat  lous  scmalous. 


Les  moucherons,  voleurs  et  ivrognes, 
Par  essaims  goûtent  lê  vin  doux, 

Ou  bien  rósonnent  dans  les  airs 
En  attendant  que  les  vendangeurs 
Aient  vidò  leurs  paniers  de  bois. 


Lou  mesteaù  tchav  dits :  «Sentzenscgno  Le  maitre  du  chai  dit :  «  Sans  enseigne 


«  Benerey  lou  bin  d’aquest’  an, 

«  Mòs  escauhent  que  nado  Iegno, 

«  Amics,  bau  mòs  Jioura  la  bregno 
«  Que  la  hango  de  Barbouían  !  » 


«  Je  vendrai  le  vin  dc  cettc  année, 

«  Plus  óchaufíant  que  pas  une  liuche; 

«  Amis,il  vaut  mieux  foulerlavendange 
«  Que  la  ixrae  de  tìarbotan !  » 


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—  459  — 

Lou  bin  fluis,  lou  bin  pachôro  Lé  vin  coule.  le  vin  déborde 

Dinla  cubo,  din  la  semaù,  Dans  la  cuve,  dans.la  comporte, 

Oun  baùo  e  bouris  de  coulóro  Où  il  bave  et  bout  de  colère ; 

Au  trouilh  per  canet  e  canèro,  Au  pres&oir,  par  tuyaux  et  robinets, 

La  bigno  que  picho  que  plaù  î  La  vigne  ruisselle  comme  la  pluie ! 

Lou  bin  dous  Le  vin  doux 

D’Oueil  de  Tour  è  Bianqueto,  etc. . .  D’CEil  de  Tour  et  Blanquette,  etc... 

Admirons  un  peu  plus  loin  une  page  délicieuse  oû  il  nous  montre  les 
amotrs  de  paysan  dégagées  des  calculs  compliqués  de  la  ps}rcologie. 

II  nous  peint  sous  sa  forme  réaliste  les  aveuxnaïfs  et  les  brûìants  baiscrs 
dou  Pastou  à  la  Pastouro  (du  Berger  à  la  Bergòre)  prouvant  ainsi  que 
pour  le  charme  dcs  idées  et  celui  des  mots  sa  Muse  ne  le  còde  en  rien  à 
celle  de  Théocrite  : 

Tous  oueilhs  blus  sounduos  briùlethos  Tes  yeux  bleus  sont  deux  violettes 
Qua  nou,destinton  ben  ni  fret;  Qui  ne  déteignent  ni  vent  ni  froid: 

En  seniblon  encoué  me  fresquotos  El^s  me  paraissent  encore  plus  fraiches 
Se  Jambrejo  toun  risoulet  Si  ten  sourire  flamboie.  * 

Quan  marchos  nado  cicoulano  Quand  tu  raarches,  pas  une  couleuvre 

Nou  tournejo  coumo  toun  cos;  N’Jst  souple  comnie  ton  oorps: 

Gna  pas  nat  gruet  de  myourano  II  n’y  a  pas  de  grain  de  grenade 

Ostati  rousadet  que  tous  pots  !  Aussi  rose  que  tes  lòvres  ! 

Darré  la  seguo  de  la  prado  Derrière  la  haie  de  la  prairie 

Ma  bouco  doublo  tas  coulous;  Ma  bouche  double  tes  couleurs; 

Jamès  nou  t’ey  prou  poutejado,  Jamais  je  ne  t’ai  assez  embrassóe, 

I.ousloungs  poutets  soun  lousmilhous!  Les  longs  baisers  sont  les  meilleurs  ! 

Se  bos  parti,  disi  :  «  Tout  aro  »  Situ  veuxpartir,jetedis:«ToutàTheure» 

E  sou  tap  damoron  touts  dux,  Etsurletertrenousrestons  tous  les  doux> 

Sentz  beze  la  neyt  que  dcbaro.  Sans  voir  la  nuit  qui  descend, 

lì  sentz  entene  YAngcla*  ;  lît  sans  entendre  YAngclus. 

Lou  dimèche,  sus  la  bourrieo,  Le  dimapcbe,  sur  la  bourrique, 

Ban  a  la  messo,  au  petit  trot;  Nous  allons  à  la  rnesse  au  petit  trot; 

Si  la  campano  au  louy  repico  Et  si  Ia  clocheau  loin  carillonneà  coups 

fprôcipités, 

Te  repîqui  poutous  sou  cot.  Je  redouble  mes  baixers  sur  ton  eou. 

Tas  poupetos,  sos  e  parieros,  Tes  seins,  scmirs  et  ègaux, 

En  scmblon  goumichcts  de  neù,  Me  semblent  des  pelotons  de  neige, 

Nizerats  debat  tas  brassièros  '  Nichés  sous  tes  hrassièrcs 
Per  lou  gran  cardayre  dou  cèu.  Par  lo  grand  cardeur  du  ciel. 

Quan  damb  jou  sics  maridado,  Lorsque  avec  moi  tu  seras  mariée, 

Se  m’aymos  conmo  jou  t’aynii,  Si  tu  m’aimes  commc  je  t’aime, 

Sus  ta  camiseto  alandado  Sur  ta  chemisc  ouverte 

En  docheras,  la  neyt,  droumy !  Tu  me  laisscras  dormir  la  nuit !  t 


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—  400  — 

Son  inaltérable  gaieté  s’exercera  encore  dans  lou  Roundeu  Gascoun  (le 
Rondeau  Gascon)  ovi  le  mouvement  du  vers  est  aussirapide  que  le  mouve- 
ment  de  la  danse  : 


Fredoun 

Danso,  musico, 

Nou  coston  brico; 

An  tout  aco 
Per  un  so ! 

Esberidetos  et  couhados 
D'un  mouchouer  de  sed’  ou  coutoun, 
Nouzerat  au  raz  dou  chignoun, 
Dambé  lous  goujats  arruados, 
Roundoulejats,  beros  maynados, 
Sus  Therbo  aù  soun 
Dou  tympanoun  (1). 

Lou  miayre,  à  cado  camado, 
S'emlayro  dins  un  biroulet;  f 

En  toumeja  pès  et  moulet 
Tiro  en  aùan,  hé  retirado; 

E,  soun  amigo  saludado,  » 

Recay  tout  dret 
Coum  un  quilbet. 

La  droulleto,  aù  joc  escauhado, 
Embio  aù  drolle  un  risoulet; 

Ed  he  peta,  coumo  lou  fouet, 

Sous  digte  decats  sa  beziado, 

La  pegnico  à  cado  saùtado, 

E  s’es  adret 
Hico  un  poutet. 

Per  marca  l’ayre  caboussejo 
Lou  musicayre  au  miey  don  roun, 
D’uo  man  tusto  un  tympanoun 
E  de  l’aùto  que  lahutejo 
E  bailho  à  la  drollo  l’embejo 
D’amoureja, 

Chiùleteja. 

Dansats,  dansats,  gentos  dounzelos, 
Au  cla  de  soureilh  ou  lugran, 

Mes  n’anguets  pas,  damb  lou  galan, 
Cuilhi  per  lous  blats  arrouzelos, 


Rejrain 

Danse,  musique, 

II  n’en  coùte  rien; 

On  a  tout  cela 
Pour  un  sou ! 

» 

Eveillées  et  coiffées 
D’un  mouchoir  de  soie  ou  de  coton, 
Noué  au  bas  du  cbignon, 

Avec  les  garçons  alignées, 

Dansez  des  rondes,  belles  jeunes  filles, 
Sur  l’berbe,  au  son 
Du  tympanon. 

Le  conducteur,  à  chacjue  enjambée, 
S’enlève  dans  un  demi-tour; 

En  retournant  pieds  et  mollets, 

II  tire  en  avant,  puis  se  recule, 

Et  son  amie  saluée, 

II  retombe  tout  droit 
Comme  une  quille. 

La  fìllettc,  échaufïée  au  jeu, 

Envoie  un  sourire  à  son  danseur, 

Qui  fait  claquer,  comme  un  fouet, 

Ses  doigts,  vers  sa  voisine, 

La  pince  à  chaque  saut, 

Et  s’il  est  adroit 
Lui  dérobe  un  baiser. 

Pour  marquer  la  mesurele  musicien 
Hoche  de  la  tète  au  milieu  du  rond, 
D’une  main  il  frappe  sur  le  tjmpanon 
Et  de  l’autre  il  flûte 
Donnant  à  la  fìilette  l*envie 
De  faire  l’amour, 

De  siffler. 

Dansez,  dansez,  charmantes  jeunes  fìlles, 
A  la  clarté  du  soleil  ou  de  la  lune, 
Mais'n’allez  pas  avec  l’amoureux, 
Cueillir  des  coquelicots  dans  les  blés. 


(1)  Instniment  de  musique  consistant  en  une  planche  de  bois  de  80  c.  de  long  sur 
25  de  large,  muni  de  cordes  de  laiton  tendues  aux  deux  extrémités  sur  deux  che- 
jvalets.  L'artiste  le  supporte  sur  son  bras,  battant  la  mesure  sur  les  cordes  âvec  une 
oaguette  de  bois,  tanais  que  le  flageolet  chante  la  mélodie. 


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-  461 


Ní  tapauc  cerca  nious  d’aureloa 
Ou  parpailbots 
Dins  lous  brucbots. 


Ni  cbercber  des  nids  d'oisellea 
Ou  des  papillons 
Dans  les  buissons. 


Danso,  musico,  Danse,  musique, 

Nou  costo  brico. . .  II  n*en  coûte  rien. .. 

* 

En  pleine  possession  de  tous  ses  moyens,  raimable  poète  passe  avec  une 
aisanee  loute  juvénile  et  le  plus  vif  entrain  d'un  sujet  à  un  autre,  comme 
un  gai  pinsoá  saute  de  branche  en  branche.  Maître  de  sa  langue,  il  Tassou- 
plit  à  son  gré,  soit  qu'il  traite  des  choses  inanimées  comme  lou  Careilh  (i) 
vla  Lampe  à  trois  becs),  la  Pousouèro  (la  Chandelle  de  résine),  ou  qir'ir 
aborde  des  sujets  plus  graves;  sa  verve,  pas  plus  que  son  inspiration,  ne 
lui  font  défaut. 


Dans  cet  ordre  d’idées,  nous  signalerons  la  Maysoun  maùdito  (au 
bieilh  téms ),  la  Maison  maudite  (au  vieux  temps)  où  le  récit  est  dramatique 
et  poignant : 


Gn’a  majsoun,  toustem  bourrouilhado, 
A  la  carrêro  dous  pastens, 

Oun  benguon  burla,  cado  annado, 

Un  candeloun,  lous  penitens. 

Lou  souls  que  l’aùgen  bisitado 
Soun  lon  fred,  la  ploujo  et  lous  bens, 
Que  la  tour,  doun  es  capulado, 

Decho  s’intutoua  deguens. 

L’estiù,  deùan,  parech  daùrado 
Au  lam  dou  sourcilh  dou  matin; 

E,  per  darré,  qu’es  entourclado 
De  lambrusquos  e  jansemin. 

Uo  croutz  de  boucb,  mirgailhado 
De  beùzos  e  brousts  de  cardoun, 
Debaro,  aù  miej  de  la  façado, 

Dinqu’à  mitat  dou  frinestoun. 

Sou  tauloment  de  la  frinesto, 

Eutre  dus  pots  de  resera, 

Dus  briulhès  sanguins,  flous  de  hesto, 
Goejton  la  croutz  en  l’adoura. 

L’ariesto,  dambé  sas  tlouretos, 

Semblo  cambiado  en  auta; 

Praco  caperans,  ni  menetos 
N’j  benguon  prega  ni  canta. 

La  majsoun,  dehoro  arrisento 
Coumo  las  estelos  dou  ceù, 


11  existe  une  maison,  toujours  fermée, 
Dans  la  rue  des  páturages, 

Où  viennent  chaque  année  les  pénitents 
Brûler  un  eierge. 

Leaseuls  qui  l’aient  visitée 
Sont  le  froid,  la  pluie  et  les  vents, 

Que  la  tour  dont  eile  est  coiffée, 

Laisse  s’engouffrer  dedans. 

L’été,  par  devant,  elle  parait  dorée 
Aux  rajons  du  soleil  matinal, 

Et,  par  derrière,  elle  est  entourée 
De  vigne  sauvage  et  de  jasmin. 

Une  croix  de  buis,  diaprée 
De  scabieuses  et  de  poussesdechardons, 
Descend,  au  milìeu  de  la  façade. 
Jusqu’à  la  moitié  du  croisillon. 

Sur  l’entablement  de  la  fenêtre, 

Entre  deux  pots  de  réséda, 

Deux  violiers,  couleur  de  sang,  fleurs  de 
Gardeot  la  croix  en  l’adorant.  [fête, 

La  fenêtre  avec  ses  fleurettes 
Semble  transformée  en  autel; 

Pourtant,  ni  prêtres  ni  dévotes 
N’j  viennent  prier  ni  cbanter. 

L&  maison,  en  dehors  souriante 
Comme  les  étoiles  du  ciel, 


(1)  Dédié  à  Vloussu  V.  Delbergé, 


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—  462  — 


Deguens  abrico  l’espaùento... 

Aqui  demoro  lou  bourroù  ! 

Ostaleù  qu’a  heyt  sa  bregnado, 
D’un  soul  cop  de  soun  picassoun, 
E  bouytat,  au’  clot,  sa  cubado, 

S’en  tourno,  triste,  à  sa  maysoun, 

Trouba  sa  crabo  e  sas  abeilbos  : 
Quan  a  laûat  soun  trounc  d’agreù 
E  sa  picasso,  a  cops  de  seilhos, 

Ed  brespailbo  de  lejt  e  meu  ! 


'^brite  au  dedans  l’épouvante.  .. 

C’est  là  qu  liabite  le  bourreau! 

Sitòt  qu’il  a  fait  sa  moisson, 

D’un  scul  coup  de  sa  bache, 

Et  vidé,  dans  le  trou  sa  cuvée, 

II  s’en  retourne  triste  à  sa  maison, 

Trouver  sa  cbèvre  et  ses  abeilles  : 
Quand  il  a  lavé  son  tronc  de  boue 
Et  sa  hache,  avec  force  sueaux  d’eau, 
II  goùte  avec  du  lait  et  du  miel ! 


Ailleurs,  en  des  vers  merveilleux  d'image  et  de  lyrisme,  le  poète  célèbre 
la  magnificence  de  las  Poupos  (1)  (les  Seins),  coupe  de  vie  de  rhumanité  : 

La  blancou  de  liris,  de  beringailhs,  d’hvdrios, 

L’opali  de  la  lno,  oumbrejado  de  blu, 

L’ybori  de  la  Tour,  laudado  as  Letanios, 

Sous  mes  blousos  encoué  que  la  neù  d’un  seng  nu. 

Lou  creadou  boulouc,  en  empasta  la  poupo, 

B!n  azuii  sous  nerbs,  l’y  dar  emplec  sagrat; 

Labets  d’un  cop  de  digt  ed  ramouilout  en  coupo 
Per  l’empli  de  ia  leyt  doum  biu  l’humanitat. 

La  poupo,  desompus,  es  la  gourguo  de  bito 
Oun  se  soun  abeùrits  touts  lous  engendraments 
Dous  omes  parechuts,  en  passado  ou  bisito. 

Sus  la  terro  atrauès  lous  bieilhs  ou  naùès  tems  ! 


Lablancheur  du  lis,  du  vase  decristal,  de  rurne  de  marbre  blanc, 
L’opale  de  Ja  lune  estompée  de  bleu, 

L’ivoire  de  la  tour,  vantée  dans  les  Litanies 
Sont  encore  plus  pures  que  la  neige  d’un  sein  nu. 

Le  créateur  youlut,  en  pétrissant  le  sein, 

En  bleuissant  scs  nerfs,  lui  donner  un  emploi  sacró; 

Alors  d’un  coup  de  doigt,  il  le  modela  en  coupe 
Pour  le  remplir  du  lait  dont  vit  l’humanitó. 

Le  sein  depuis  lors  est  Ja  source  de  vie 
Où  se  sont  abreuvés  tous  les  engendrements 
Dcs  hommes  parus,  de  passage  ou  en  visite, 

.Sur  líi  terro  à  travers  Jes  vieux  ou  nouveaux  tcraps ! 

On  peut  encore  citer  la  Mouilhé  d'autes  cops  (2)  (l’Epouse  d  autrefois), 
d’où  se  dégage  une  poòsie  de  grand  vol  : 


(\)  Dédiê  à  Moussu  G.  Leygues. 

(£)  Dédiè  à  sa  Béro-So  Balentiuo  Noulens. 


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Tout  qu’en  platz  den  la  maysouneto 
Pramo  de  tu,  moun  brab’  amic  : 

Aû  cantoun  dou  teù  raùrinleto 
Per  nizera  lié  soun  mastic. 

Ma  ma?  m’a  dit :  «  L’aùrinleto 
«  Porto  bounhur,  porto  prouíìt 
*  A  la  mouilhó,  quan  es  adreto, 

«  A  Pomo  quan  es  esberit.  * 

Lou  paradis  teng  den  ma  crampo, 
Oun  ious  mUbles  parlon  de  tu, 

De  tous  poutets,  au  cla  de  lampo, 

E  de  tous  poutets,  à  l'escu. 

Quan  arribos  tout  es  en  hesto  : 

La  campano  tringlo  au  clouché, 

E  l’acacia,  per  ia  frinesto, 

Hé  neùa  las  ílous  sou  planché. 

Quand  d’estoupo,  sus  ma  cadicro 
Bengui  moun  coueil  de  cabeilha, 

Tu  qu’on  hcs  cayje  la  iiilòro, 

Por,  sus  mous  jouilhs,  l’amou  hila. 

De  la  bargado  de  la  gnagno, 

T’ey  hey  sieys  camisos  de  bot, 

Et  din  Parmari  de  mountegno 
Las  ev  catsados  sou  taùlof. 

Que  m’as  dat  la  Bierjo  pintrado 
Sus  papó  blan,  en  peilhot  blu, 
Doun  la  bouco  semblo  empeùtado 
Sns  lou  frount  dou  maynat  Jésu. 

A  la  mort  de  ta  praùbe  mayre, 

Que  croumpès  lou  gran  Cruciíìc, 
Per  un  escut,  d’un  Sen-Jacquayre 
Esbrassat,  boussut  e  pèpic. 

Dempus,  deùan  la  croutz  sagrado, 
L’biùer,  lou  printems  e  l’estiù, 

En  dus  que  coupi  ma  pensado, 
Mitat  per  tu,  mitat  per  Diù. 


Tout  me  plaît  dans  la  maísonnettc 
A  cause  de  toi,  mon  pauvre  ami  : 

Au  coin  du  toit  l’birondelle 
Pour  couver  prépare  son  mortier. 

Ma  mère  m’a  dit  :  «  L’birondelle 
«  Porte  bonheur,  porte  profìt 
«  A  la  femme,  lorsqu’elie  est  adroite 
«  A  l’homme  quand  il  est  travailleur.  1 

Le  paradis  tient  dans  ma  chambre, 

Où  les  meubles  parlent  de  toi, 

De  tes  baisers  à  la  clarté  de  la  lampe, 
De  tes  baisers  dans  l’obscurité. 

Quand  tu  arrives,  tout  est  en  fête  : 

La  cloche  tinte  au  clocher, 

Et  l’accacia,  par  la  fenètre, 

Fait  neiger  ses  fleurs  sur  le  plancber. 

Lorsque  je  viens  de  dresser, 

Ma  quenouille  d’ótoupe  sur  ma  chaise, 
Tu  me  fais  tomber  le  fuseau 
Pour  filer  l’amoursur  mes  genoux. 

Du  chanvre  teillé  de  ma  grand'mère 
Je  t’ai  fait  six  chemises  de  grosse  toile, 
Et  dans  l’armoire  de  montagne 
Je  les  ai  alignées  sur  la  planche* 

Tu  m’as  donné  la  Vierge  peinte 
Sur  papier  blanc,  en  robe  bleue; 

Dont  la  bouche  semble  grefíée 
Sur  le  front  de  l’enfant  Jésus. 

A  la  mort  de  ta  pauvre  mère, 

Tu  acbetas  le  grand  Crucifix, 

Pour  un  écu,  d’un  pèlerin 
Privé  de  bras,  bossu  et  pied-bot. 

Depuis,  devant  la  croix  sacrée, 

L’biver,  le  printemps  et  l’èté, 

En  deux  je  coupe  ma  pensée, 

Moitié  pour  toi,  moitié  pour  Dieu. 


Caùquoun  praco  me  manqu’  encouòro  I  Pourtant  quelque  chose  mo  manque  en- 
Per  acaba  de  me  mubla,  Pour  acheverde  me  meubler.  [core  I 

Amic,  me  cadre  la  cugnèro,  Ami,  il  me  faudrait  un  berceau, 

Trigucs  pas  de  me  la  bailha  I  Ne  tardes  pas  à  me  le  donner ! 

Citons  au  passage  :  la  Pregario  de  la  bieilho  Aueilhéro  (1)  (la  Prière 
de  la  vieiile  Bergère),  qui  est  un  touchant  petit  chef-d'oeuvre  : 

(1)  Dcdic  à  Moussu  J.  de  Pesquidoux. 


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Quan,  de  bosto  bouès  soubirano 
Debarado  din  la  campano, 

Moun  Diu,  me  tringìots  YAngelus. 
Taleù  m’ajnlbi  sus  îa  brano 
E  ma  pregari,  de  la  lano, 

Mounto,  en  s'aleteja,  catsus  ! 

Agradatz  doun  la  pregario 
Que  Faueilbèro  bous  embio; 

Moun  troupet,  en  brousta  sou  tap, 
Debino  que  disi  mereio 
A  TAgnelet,  hilh  de  Mario, 

E  lou  cerco  en  leùa  lou  cap ! 

Agnet  de  Díb,  sentz  pecaduro, 
Mentrè  que  pècbots  la  berduro 
Din  bostes  prats,  hemats  de  meù, 
fìailbats  íarouch  à  cado  aùeilho, 
Pan  sus  terro  a  la  praùbo  bieilho, 
Scabelo  en  sesquo  din  lou  ceù ! 


Lorsque,  de  votre  voix  souveraíne, 
Descendant  dans  la  eloche, 

Mon  Dieu,  vous  me  sonnez  VAngelus, 
Aussitót  je  m'agenouille  sur  la  brujère 
Et  ma  prière,  de  la  lande, 

Monte  íà-baut  en  voletánt. 

Acceptez  donc  la  prière 
Que  la  bergère  vous  adresse; 

Mon  troupeau  en  broutant  sur  le  tertre 
Devine  que  je  dis  merci 
A  TAgneau,  tils  de  Marie, 

Et  le  cherche  en  lcvant  la  tête ! 

Agneau  de  Dieu,  sans  péché, 

Pendant  que  vous  broutez  Therbo 
Dans  vos  prés,  fumés  de  miel, 

Accordez  du  trèíle  à  chaque  brebis, 

Sur  terre  du  pain  à  la  pauvre  vieille, 
Un  siège  en  paille  dans  le  ciel ! 


Nous  terminerons  nos  citations  par  lou  Meste  aus  Oubrès  de  la  Cathé - 
drau  (< au  bieilh  temps)  (1)  (le  Mailre  aux  Ouvriers  de  la  Cathédrale  (au 
vieux  temps),  pièce  qui  couronne  admirablement  le  recueil  et  où  rayonne 
une  poésiequi  s'élève  aussi  haut  que  la  flèche  du  vipux  monument.  C’est 
une  haute  et  fière  inspiration,  où  l’on  sent  en  des  frissons  de  poésie  palpiter 
la  foi  ardente  des  ancêtres  qui,  devant  la  ipajesté  du  Tout-Puissant,  s’in- 
clinent  respectueux  et  recueillis,  pareils  aux  paysans  de  Millet,  quand  ils 
écoutent  au  lointain  les  lintemcnts  de  VAngelus  élevant  vers  le  ciel  la 
prière  confiante  et  purc  de  leurs  coîurs  : 

Apey  trente  ans  la  naù  din  lou  crum  es  mountado 
Daùit  prampou  catsus,  frayres  aù  co  balen, 

Per  la  glorio  de  Dlù,  damb  peyros  celebrado, 

Per  la  glorio  dou  bet,  trabailhen,  trabailhen  I 

L’oubratje  es  rede  loung,  la  bito  rede  brèuo ! 

La  nosto  ero  aù  printems,  quan  coumencen  la  naù, 

Après  trente  ans  la  nef  estmontéc  dans  les  nuages, 

Presque  assez  haut,  frères  au  coeur  vaillant, 

Pour  la  gloire  de  Dieu,  céiébrée  avec  la  pierre, 

Pour  la  gloire  du  beau,  travaillons,  travaillons  ! 

L’ouvrage  estbien  iong,  lavieest  si  courte! 

La  notre  était  au  printemps,  quand  on  commença  la  nef, 


(1)  A  la  memorio  d’A .  Faugèro-Dubourg. 


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-  465  — 

Maùgrat  qu’aro  rhiùer  sus  nosto  barbo  neùo, 

Acabaran  lou  temple  en  de  la  hest*  ennaù  ! 

S’an  usat  lous  ciseùs,  la  Iruelo  a  Toubradje 
Per  massoua  lous  murs,  en  oudgivo  aroundits, 

Jamès  la  boulentat  e  jamès  lou  couradje 

Nous  se  soun,  din  nous  aus,  un  moument,  afílaquits. 

Din  l’ayre,  coumpagnous  e  mestes  figurayres, 

Manobrots,  bournbinats  sus  lous  empountoments, 

Coumo,  dins  lous  bachets  sus  la  ma  lous  pescayres, 

Per  lou  balans  de  l’ayguo  ou  i’espourbilh  dous  bens. 

En  mounta  din  la  lutz,  din  lou  blu,  lou  boun  ayre, 

L’ome,  bezin  de  Diù,  se  sentis  menutat  : 

La  haûtcsso  assagis  lou  co,  lou  rend  pregayre, 

E  decho  aleteja  l’esprit  en  libertat  ? 

Lous  brabòs  sarrailhès  marteron  l’herraduro 
Dous  pourtaùs,  dous  Iralcous  et  dous  gounds  à  ressorts; 
Douman  fayssouneran  cadenos  e  mounturo 
Per  pene  lous  careilhs  din  lou  caùot  dous  morts. 

Sus  l’escalo,  didja,  lous  mestes  imagayares 
An  tchaùpat  lous  pinceùs  din  l’azul  e  l’or  fin 
E  ban  magnifica,  miihou  que  lous  cantayres, 

Lou  que  n'aout,  n’aqra  coumençomei^t  ni  fin. 

Quoique  riiiver  mainlenant  surnotre  barbe  neige, 

Nous  achèverons  le  temple  pour  Ia  féte  votive. 

ils  ont  usé  lcurs  ciseaux,  leurs  truelles  à  l’ouvrage, 

Pour  maçonner  les  murs  en  ogive  arrondis, 

Jamais  la  volônté  pas  plus  que  le  courage 
Ne  se  sont  parmi  nous  un  instant  affaiblis, 

Dans  les  airs,  comi)agnons  et  maitres  sculpteurs, 

\'ous  manoouvriez,  balancés  sur  les  échatíaudages, 

Comrae  les  pècheurs  sur  mer  dans  leurs  barques, 

Par  le  mouvement  de  J'eau  ou  le  remous  des  vents. 

En  montant  dans  la  lumière,  le  bleu,  le  bon  air, 

•  L'homme,  voisin  de  Dieu,  se  sent  diminuè  : 

L’élévation  assagit  le  coeur,  le  rend  pieux, 

Et  laisse  voleter  l’esprit  en  liberté  ? 

Les  braves  serruriers  martèlent  les  ferrures 
Des  portails,  des  balcons  et  dcs  gonds  à  ressorts  : 

Demain  ils  façonneront  les  chaines  et  les  montures 
Pour  suspendre  les  Iampes  dans  lc  caveau  des  morts, 

Sur  l’échelie  déjù  les  maitres  imagiers 
Ont  trempé  leurs  pinceaux  dans  le  bleu  et  l’or  fin 
Et  vont  magnifier  bien  mieux  que  les  chanteurs 
Celui  qui  n’eut  et  n’aura  ni  commencement  ni  fìn. 

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-  46G  - 


* 


La  naû,  damb  sous  pilas,  amoullats  en  courdadjes, 

E  lous  mats  de  sas  tours,  pouyra,  sou  flus  dou  tems, 

Sentz  cregnenço  naùla,  deûda  lous  aùradjes, 

L'assaùtoment  dou  Diable  e  dous  machants,  ensems. 

Apey  acabadè  de  la  grano  beyrado, 

Oun  preguon  ajulhats  lous  Sants  de  bermilhoun, 

Diù.  pouyra  nous  dailha  coum  l’herbo  de  la  prado 
Doun  las  molos  de  hén  enflayron  lou  baloun. 

Taben  quan  la  campano  aperera  nost'  amo, 

Lous  anjes  en  peyrin,  lous  moustres  dou  penaù, 

La  magino  de  marbre,  oun  rebiù  Nosto-Damo, 

Diran  :  «  Segnou,  pietat  pous  oubrès  de  la  naù. 

€  Aquets  an  plan  coumplit  è  gagnat  lur  journado 
«  En  bous  edifìcar  un  palats  en  arcèu, 

*  Sentz  se  plagne  jamè  de  peno  ou  de  susado; 

«  Àbricats  lous  emper  dins  un  bujaù  dou  ceù  !  * 

La  nef,  avec  ses  pilliers,  modclés  en  cordages, 

Kt  lcs  mats  de  ses  tours  pourra  dans  le  cours  des  temps 
Naviguer  sans  crainte,  dcfier  les  orages, 

Les  assauts  du  diablc  et  des  méchants  enscmble. 

Après  l’achèvement  de  la  grandc  verrière 
Où  les  Saints  de  vermillon  prient  agcnouillés, 

Dieu  pourra  nous  íauchcr  comme  l’herbe  des  prairies 
Dont  ies  meules  ác  foin  parfumcnt  le  vallon. 

Aussi  quand  la  cloche  appellera  notre  âme. 

Les  anges  ep  pierre  blanche,  les  monstres  du  pignon, 

La  statue  de  marbre  où  revit  Notre-Dame, 

Diront :  «  Seigneur.  pitié  pour  les  ouvriers  de  la  nef . 

«  Ccux-là  ont  bien  accompli  et  gagnè  leur  journée 
«  En  vous  édiíiant  un  palais  en  arceaux, 

«  Sans  jamais  sc  plaindre  de  peines  ou  de  sueurs; 

«  Abritcz-les  en  compensatian  dans  unc  nichc  du  ciel !  u 

Je  n’ai  dètacliê  de  cc  riche  volume  que  quelques  fleurs  rares  prises  au 
hasard,  mais  il  n’en  est  pas  une  parmi  les  65  pièces  contenues  dans  cet 
intéressant  recueil  qui  n’ait,  quoique  de  valeur  inégale,  sa  grâce  spéciale  et 
son  parfum  exquis. 

De  ce  nombre  sont  encore  :  lou  Pinsan  cluc  (le  Pinson  aveugle)  — 
l’Onxe  è  la  Puce  (l’Homme  et  la  Puce)  (1)  —  lou  Hajan  de  Courrensan  (2) 
(le  Coq  de  Courrensan)  —  lou  Cujoun  (la  Gourde  ou  la  petite  Courge)  — 
lou  Mousquilh  (le  Moucheron)  —  l' Espaùent  dou  Casaù  (l'Epouvantail 
du  Jardin)  (3)  —  la  Cagaleto  de  l’Aùrinleto  (le  Crotlin  de  l’IIirondelle)  — 

(1)  Dédié  à  M.  P.  Lacoiimo  d’Estalenx. 

(2>  Dédiê  à  Moussu  Soubdès-A. 

(3)  Dédic  à  soún  amic  Alcevo  Durriu. 


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9 


■V 


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-  4C7  ~ 

* 

lou  Èrassié  d'Armagnac  (le  Brassier  cTArmagnac)  —  lou  Hurei  judicat 
pou  Lapin  (le  Furet  jugé  par  le  Lapin)  (1)  —  lou  Jardiné  e  lou  Tchot  (le 
Jardinier  et  le  Ilibou)  (2)  —  ìa  Lutzcrampo  (la  Luciole  ou  Ver  luisant)  — 
lou  Nougué  dou  Cimenteri  (le  Noyerdu  Cimetière)  (3)  —  la  Toumbo  ê 
lon  Niou  (la  Tombe  et  le  Nid)  (4)  —  Lous  Mestiès  de  V Agraulat  (les 
Métiers  du  Corbeau)  —  lou  Gric  (le  Grillon)  (5)  —  la  Togno  (lTdiote)  — 
lou  Ramounur  e  la  Marmoto  (le  Ramoneur  et  sa  Marmotte)  (6)  —  lou 
Porc  cosio  Moussu  Durriit  (le  Petit  porc  contro  M.  Durrieux)  —  VOurs 
à  VOme  (l'Ours  à  l'Homme)  (7)  —  Lou  Limac  au  Passerat  (l’Escargot  au 
Moineau)  (8)  —  Lou  Harrissoun  (le  Hérisson)  —  la  Gruoé  VAucot  sau - 
badge  (le  Cerf-volant  et  l’Oie  sauvage)  —  lou  Soupa  dou  Tchot  (leSouper 
du  Hibou)  (9)  —  Lou  Coumpagre  Loriot  (le  Compère  Loriot  (10)  —  Noé 
e  VAgraùlat  (Noé  et  le  Corbeau)  —  Debis  de  Sent  Antoueno  e  soun  Porc 
(le  Dialogue  de  saint  Antoine  et  de  son  Porc,  natif  d’Armagnac)  —  Lous 
Três  Castellans  e  Lous  dus  Mounjes  (les  Trois  Châtelains  et  les  deux 
Moines  (11)  — et  eníìn  un  Houmadge  ù  Dastros{ un  Homrnageà  Dastros), 
le  poète  Saint-Clarais  à  propos  de  son  buste  fait  par  le  Maitre  statuaire 
A.  Carlès. 

L  ensemble  forme  ainsi  une  gerbe  magnifiquc  où  la  rondeur  s’allie  à  la 
malice,  la  bonhomie  à  la  passion,  la  naïveté  à  Tesprit  rafiiné,  la  fermeté  à 
la  douceur,  et  Ja  vigueur  à  la  mollesse.  Le  irait  saillant  deces  compositions 
c’est  qu’elles  sont  puisêes  aux  sources  vives  du  sol  gascon  et  possèdent  à  un 
haut  degré  le  goiìt  du  terroir. 

On  êprouve  en  effet  nn  ì'éel  plaisir  en  les  parcourantà  cueillir  sur  Tarbre 
vert  lesprit  primesaulier,  la  gaietó,  le  sentiment,  le  sel  gaulois,  la  verve 
surtout,  vervc  abondante  qui  ne  se  dément  jamais.  A  cela  rien  d’étonnant; 
notre  poète  est  doué  d’une  imagination  féconde  qui  est  comme  une  sèvc 
intarissable,  produisant  partout  la’vie  poétique.  On  le  suit  avec  intérêtdans 
les  récils,  les  deseriptions  et  les  discours;  elle  porte  sa  vertu  jusque  dans 
les  moindres  organes,  et  il  n'est  aucun  trait  qu'elle  ne  Iransforme  et  n’anime. 
11  dêcrit  comme  il  conle.  par  les  yeux  et.  avec  les  détails;  car  décrire  c'est 
raconter. 

Une  de  ses  grandes  qualités  est  en  outre  de  trouver  le  mol  propre;  un  vrai 

(1)  Dédié  à  Moussu  F  Marraud. 

(2)  Dédió  à  M.  FalJiêres. 

(3)  Dédié  à  Moussu  lou  doctou  Lanoloungo. 

(4)  Dédió  à  Moussu  Ducassé,  coumandant  d’artilliayrio. 

(5)  Dédié  à  las  Danios  C.  de  F.  li. 

(6)  Dédié  à  Moussu  Nabouno. 

(7)  Dédié  à  Moussu  lou  Doctou  Dejeanne. 

(8j  Dédié  à  Moussu  Jean  Lanos. 

(9)  Dèdié  à  M.  L.  Fourès. 

(10)  Dédié  à  Moussu  Tamizey  de  I.arroquo. 

(11)  Dédié  à  moun  amic  J.-f'.  Bladé. 


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—  468  — * 

peintre  ne  néglige  aucune  couleur  parce  qn’il  y  a  tel  dêtail  qui  ne  peut  être 
rendu  que'par  une  seule  teinte;  c‘est  ainsi  qu’il  procède. 

Le  Poète,  doublé  d’un  philologue,  a  enrichi  son  volurae  d’un  Bocabu- 
lari  dous  mots  Gascouns  empleguats  dins  ac/ueste  libe  et  de  lurs  synou - 
nymos  (d’un  Vocabulaire  des  mots  Gascons  eraployés  dans  ce  livre  et  de 
leurs  synonyraes). 

L’auteur  en  donne  la  raison  quand  il  dit  : 

«  Ce  vocabulaire,  particulier  à  la  Flahuto  gascouno  (Flûle  gasconne) 
est  le  premier  oii  Ton  ait  essayé  de  grouper  les  synonynies  d’un  certain 
nombre  de  vocables  patois  de  notre  région. 

Ce  rapprochement  de  mots  équivalenls  ou  approximatifs  du  sens,  s’il 
était  appliqué  sur  une  large  óchelle,  aurait  1  avantage  de  mieux  faire  ressortir 
les  ressources  variées  de  nos  idiomes  ou  dialectes  méridionaux  en  locutions 
distinctes  de  formes  mais  similaires  par  Tesprit.  » 

Qui  ne  se  souvient  de  cette  physionomie  si  caractéristique,  si  vivante,  si 
franchement  gasconne,  que  la  mort  est  venue  frapper  prématurément  le 
5  mars  1897? 

Tôte  chauve,  puissante,  sur  un  corps  trapu  bien  charpcnté;  une  face  large, 
grosse,  colorée,  barrée  d'une  cpaisse  moustache  tombímt  à  la  Gauloise.  Ce 
Gascon,  devenu  parisien,  à  l’(cil  pélillant  plein  de  malice,  était  un  fin  lettré, 
modeste  et  aimable;  aussi  la  Sociétè  des  Gens  de  Lettres  lavait-elle  fait  sien . 

Causeur  intarissable  et  toujours  intéressant,  les  mots  et  les  images  se 
pressaient  en  telle  abondance  dans  son  esprit  qu’ils  provoquaient  une  cer- 
taine  hêsitation  dans  rexpression  de  Tidée.  Naturetouted’une  pièce,  droile, 
juste,  de  parler  franc,  de  íranche  allure,  ce  fils  d’Aquitaineétait  un  harmo- 
nieux  rapsode;  sa  langue  est  claire,  ses  vers  sont  bien  frappés  et  rythmcs 
comrae  des  airs  de  fliìte  champôtre.  Sympathique  à  tous  ceux  qui  Font 
approchê,  on  restimait  et  on  l’aimait  pour  sa  bonté,  sa  dévotion  à  l’art,  sa 
fidélité  à  ses  origines  et  son  culte  du  sol  natal. 

Son  ccuvre  méiite  de  lui  survivre,  car  il  posséda  au  plus  liaut  degré  les 
qualilés  qu’on  admire  dans  ses  devanciers,  la  verve  poétique  et  primesau- 
tière,  une  imagination  vive  joinle  à  la  connaissance  approffondie  de  Tidiome 
qu’il  emploie. 

Son  exemple  ne  sera  pas  perdu  et  espérons  que  le  siècle  qui  vas'ouvrir 
verra  surgir  une  nouvelle  pléiade  éprise  de  poésie  et  de  patriotisme  qui 
viendra  s’abreuver  aux  sources  purcs  de  la  noble  et  harmonieuse  langue 
du  terroir  et  ajouter  dcs  trcsors  nouveaux  aux  chefs-d'ceuvre  légués  par 
les  âges. 


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469  — 


APPENDICE  BIBLIOGRAPHIQUE 


(iAUTIER 

Ce  poète  était  originaire  de  Lombez  (Gers);  il  vint  fort  jeuneà  Toulouse, 
oû  il  se  fixa.  Ses  eeuvres,  oìi  le  dialecte  languedocien  prédomine,  se  trou- 
vent  imprimées  à  la  suite  de  la  troisième  et  de  laquatrièmeédition  de  celles 
de  Goudelin,  son  contcinporain,  sous  le  titre  de :  Manadet  de  berses  triats 
demest  tas  Obros  de  Gautié  è  d’autres  Pouetos  de  Toutouso  (1). 

Ce  poète  avait  un  caractère  joyeux,  plein  d  entrain;  son  esprit  était  prompt 
à  trouver  un  côté  plaisant  à  toute  chose  sérieuse.  11  ne  respirait  qu’un 
arnour,  celui  du  vin,  et  avait  contre  l’eau  uneinsurmontable  horreur.  Plu- 
sieurs  de  ses  pièces  sont  remplies  de  malédictions  contre  ce  froid  liquide 
dont  la  vue  seule  lui  cause  des  frissons  et  qu’il  se  vantede  ne  jamais  avoir 
goíitée. 

Dans  des  Stansos  countre  Vaijgo  (Stances  contre  Teau),  aprèsavoir  fait 
le  procèsen  règledecet  élément  et  passé  en  ì'evue  lesgriefs  qu’il  luireproche, 
il  exprime  sa  répugnance  contre  le  froid  breuvage  en  ces  termes  : 

Quc  Taygo  de  la  Foun  sio  fado, 

Que  la  de  la  Mar  sio  salado, 

Que  la  del  Pouts  nou  balgo  res, 

Nau  sabi  que  per  augi  dire; 

May  qui  ne  beuge  que  s’au  bire, 

Que  per  mi  jamay  noun  é  pres. 

Quand  yeu  la  besi  dins  moun  Beyre, 

Jamay  degu  nou  saurio  creyre 
Le  gran  fasti  qu’elo  m*y  fa; 

K  cresi  per  pauc  que  ne  pouse, 

Qu’es  capablo  de  m’estouíla, 

Quan  noun  beurio  qu’un  cìesc  de  nouse. 

(1)  La.s'  OOros  dc  Picrrc  Gotidclin  augmentados  noubelomen  de  for<;o  Pessos, 
ambe  le  Dietiomiari  surla  Lengo  Moundino,  ouutes  per  ajustiésa  bido,  remarcos  de 
rantiquital  de  la  iengo  de  Toulouso,  lou  Trinfle  XÍouudi.  soun  oumbre;  damb  un 
Manadet  de  Berses  de  Gauiiééd’autres  PouetosdeToulouso.  A  loulouso,  perCIaude- 
GillesLecamus,  imprimur  del  Rey  e  des  Estats.  m.dcc.xvi  Ambé  le  pribiletge  del  Rey 


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—  470  — 


Que  degus  nou  meparle  poun, 

Ny  d’Aygo  de  Pouts,  ni  de  Foun  : 

Per  ta  gran  set  que  me  sasisquo, 

M’en  fa  prene,  aco  ’s  me  geyna, 

Sounquo  que  Diusla  bonasisquo 
Coum’  à  las  Noços  de  Cana. 

Car  qui  pren  d’aquel  fat  Bouratge, 

Que  le  Malaut  ou  le  Maynatge  ? 

E  yeu  nou  sabi  pas  coussi 

N’v  a  quo  ne  bouton  dins  las  Tinos, 

Que  yeu  n’abeuri  le  Roussi, 
lí  bagni  bren  à  las  Galinos. 

N’ayez  crainte  qu’ii  soit  tourmentc  cìu  dèsir  de  construire  ni  pont,  ni 
moulin,  ni  baUudeau,  car  il  n’a  nulle  envie  de  jeter  son  argent  dans  la 
rivière.  II  préfère  de  beaucoup  |>oser  les  fondements  d'un  plus  superbe 
bàliment  : 


Jou  bastissi  nioun  Nas  en  Coujo, 
i)an  le  fìmen  de  bounis  bis, 

10  las  pevros  soun  de  rubis, 

Qu’ev  pescadis  dins  la  Mar  Roujo. 

Et  il  lermine  ainsi  son  réquisitoire  impitoyable  : 

Bay,  bagabounde,  debourdado, 
Qu’es  a  toutis  abandounado, 

Bay,  bilen  Flén  de  nostre  clia  v. 
Sense  qu’  cl  Parlomen  s’en  mayle, 
Sense  Grassié,  Recors  ni  Bayle, 
Jou  te  banissi  per  jamay. 


Son  OdCj  en  fabou  clel  Bi  cosio  l'Aygo  (cn  faveur  du  Vin  contre  TEau), 
est  un  petit  chef-cVcpuvre  cìu  genre;  nous  la  donncrons  en  entier  : 

Mcn  bau  parla  de  nostre  chay. 

Adiù,  Parnassu,  per  jamay, 

Hvpoucreno,  n’es  qu’un  Ayóro, 

Pegaso  nou  te  serqui  pas; 

Aysso  n’es  pas  uno  Matièro 
Oun  toun  Roussi  Ix)ute  le  Nas. 

Yeu  parli  de  quicon  de  blous, 

D’un  beuratge  miraculous, 

De  la  Licou  que  nous  embriaygo, 

Bréf,  d’ambe  touto  libertat, 

Susteni  le  Bi  countro  FAygo  : 

Qui  de  bous  aus  m’y  es  de  mitat  ? 


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—  471  - 


Me  semblo  que  jou  n’ey  pas  tort 
D’estre  del  partit  del  plus  fort : 

Teni  dounc  per  nostro  Barriquo, 

Perço  que  sabi  ço  que  ten; 

Me  piqui  per  le  qui  me  piquo, 

K  sousten  qui  me  sousten.  « 

Ça,  coumencen  per  sa  coulou, 

Rare  simbél  de  Mouscailhou, 

Gay  Berinilhou  dount  jou  me  fardi, . 

Bel  Ornomen  de  nostre  Cart, 

Franc  Miral,  ount  quand  me  regardi, 

Pla  souben  besi  le  Mounart. 

O  bélo  coulou  de  Rubis 
Que  toun  bei  Lustre  me  rabis, 

K  que  ta  Bcutat  me  contento, 

Quand  sur  la  Carc^del  Besi, 

Besi  la  Broudario  îusento 
D’un  Nas  tintat  en  cramoisi  î 
Pcrtout  tu  rabisses  moun  El, 

En  l’ayre,  dins  l'Arquel  del  Cél, 

Sur  le  Coural  dins  l’Ocèano,  * 

A1  Foc  dessus  les  biùs  Carbous, 

En  Terro  dessus  la  Milgrano, 

Guindoulos,  Majossos  e  Flous.  v 

May,  Philis,  n’es  pas  aco  bèl,  ^ 

De  la  bese  sus  toun  Poupél, 

Sus  tas  Gautos,  sus  ta  bouqueto; 

Chut,  nou  digan  pas  en  loc  may, 

Sounquo  sul  trauc  de  la  Cougeto, 

Qu’yeu  rebisiti  quan  rae  plav. 

Parlen  aro  de  ço  de  l>ou, 

De  ço  que  me  met  en  sabou. 

Parlcn  de  sa  dousso  substenço; 

í  ,  *  ' 

K  sense  crento  de  degus, 

«  Apelen-lo  subsistenço 

De  las  Gendarmos  de  Bacus. 

N’y  a  que  l’appelon  moun  Trésòr, 

D’autrcs  la  Joyo  de  moun  Cor, 

Moun  Recours,  é  moun  Espéranço, 

^  É  yeu,  quan  n'ey  jusquos  al  Col, 

En  Hvbèr  moun  bel  Calfo-Panço, 

E  l’Estiù  moun  gran  Paro-Sol.  ^ 

,  K  per  ço  que  le  Mounde  ten 

Qu’uno  Persouno  que  ne  pren, 

May  ne  beû,  may  se  fa  robusto,  *  % 

Yeu,  de  poou  qué  debeni  ílac  : 

^  N’embarry  toutjoun  qualque  Justo 

Dins  l’Armari  de  l’Estoumac. 


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Tapauc  nou  soun  Melancoulic, 

Ni  grabelous,  ni  íleumatic, 

Coumo  souben  es  un  Beù-l’Aygo  : 
D’estre  Estroupic  noun  cresi  res: 

Car  coussi  serio  jou  ple  d’aygo, 

Que  de  ma  bito  noun  é  pres  t 
Se  nou  foures  estat  le  Bi, 

Aqueste  Monde  aurio  pres  fl; 

Car  aprêp  aquel  gran  Delutge 
Que  fec  aquel  fol  Elemen, 

Nouè  n'auguec  d’autre  refutge, 

Qu’a  la  licou  de  l’Eyssirmen. 

Tant  quel  besio  l’Aygo  per  tout, 

Le  boun  Home  nous  disio  mout; 

Mès  talèu  qu’auguec  mès  pé  à  térro, 
A1  bel  prumiê  loc  que  se  bic, 

El  s’en  emplenèc  la  Pichèrro, 

Per  countrocarra  l’Enemic. 

Les  Dius  que  troboun  les  Bis, 
Quan  Ganimédo  les  serbis 
Giton  del  Beyre  touto  l’aygo, 

E  d’aqui  cal  creyre  que  ben 
Que  touto  la  lerro  s’asaygo, 

E  qu’on  bey  plaure  ta  soubcn. 

Quan  an  chucat  un  pauc  del  blous, 
Diable  1’  cap  que  nou  sio  jouyous, 

E  tout  aquel  brut  de  Trouneyre, 

Que  fa  per  tout  tant  d’espaben, 

N’es  que  le  cliquetis  del  Beyre, 

Quan  se  saluden  en  beben. 

May,  laissen  les  esta  lassus, 

An  aquelis  grosses  Moussus  : 

Que  begon,  nou  m'en  douni  brico, 

E  me  pouïrion  pissa  sur  nas, 

Que  se  soun  prép  de  la  Barriquo, 
Diable  sio,  nou  m’en  souci  pas. 

Jou  meni  brut,  jou  parli  gros, 

Quan  n’ey  secoutut  dins  le  cos 
Mièjo  doutzeno  de  sietados; 

É  plus  fort  que  trento  Cesars, 

Me  semblo  que  bint  Mousquetados 
Me  piquon  mens  que  dous  Bigars. 

labe  quand  jou  n’ey  pas  begut, 

Jou  nou  sçaurio  fa  moun  degut, 

Tant  mas  forços  soun  demingados. 

Jou  trambli  de  poou  des  Bouissous, 
Las  bignos  mc  semblon  d’Armados, 

É  les  Bosques  de  Batailhous. 


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> 


—  473  — 

O  la  Joyo  del  Malhurous 
Le  countentomen  de  l'Hurous! 

O  le  Delissi  de  la  Bido  ! 

Binet,  dins  ta  douçe  Licou, 

La  fenno  bïeilho  per^la  rido,  ^ 

La  jouiino  la  pallo  coulou.  i  * 

Quand  jou  te  besi  dins  le  Gru, 

Néyt  é  joun  pregui  Diu  per  tu, 

Perço  que  sabi  que  nou  creisses 
Que  per  l’Homc  é  le  Mouscailhou; 

Car  on  noun  douno  pas  as  Peisses, 

Sounque  dedins  Ic  Courboiiilhou. 

O  Bi,  que  tu  me  fas  besoun, 

K  que  jou  bouidrio  cado  jouu 
Poude  fa  de  tu  la  ruscado, 

Per  laba  las  tristos  liumous, 

Fetge,  rouignous,  panja,  courado, 

Tripos,  andouilhos  ê  palmous! 

Gautier  est  encore  l'auleur  de  diverses  poésies,  parmi  lesquelles  nous 
trouvons  : 

—  Le  Relotge  (lTIorloge),  charmante  pièce  de  vors  dédiée  â  une  femmc 
aimée. 

—  Requesto  de  quatre  Plcydejans ,  l'Orb,  Ce  Tovt ,  íe  Boussut  e  le 
C  restat. 

—  Sur  un  Pé  de  Mousco ,  graoieuse  composition  oìi  le  poètc  dècrit  gen- 
timent  ce  petit  insccte. 

—  Respounço  intercalèro ,  de  Courisquet  et  Farinel. 

Enfin,  nous  signalerons  un  certain  nombre  de  chansons  qui,  toutes,  ont 
pour  objet  la  louange  du  vin;  elles  se  trouvent  dans  1  editioncilée  plus  haut. 
Yoici  comment  l’imprimeur  les  présente  ail  public  dans  l’avis  suivant  : 

«  Comrae  le  public  a  déjù  reou  favorablement  quelques  pièces  de 
»  M.  Gautier,  lesquelles  ont  étè  ajoulées  dans  les  présentes  èditious  de  ce 

>  livre,  les  chansons  suivantes,  quisontdu  mèmeauteur,  et  qui  navoien1 

>  point  encore  vu  le  jour,  étaut  tombêes  par  hazard  entre  ines  mains,  j’ai 
»  cru  bien  faire  plaisir  au  lecteur  en  les  insérant  dans  cettc  nouvelle 

>  édition.  » 


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FEZÉDÊ  ■  (Françoie) 

•  i 

♦  * 

Fezédé  (Franrois),  né  en  pays  Languedocien,  ctait  curê  de  Flaoiarens 
en  1650.  II  eut  peut-ctre,  avant  de  venir  en  Gascogne,  des  rapports  assez 
familiers  avec  M.  Bertrand,  seigneur  de  Mouneville  (on  a  dit  depuis  : 
Molleville,  juge-mage  de  Montauban). 

II  publia  durant  son  séjour  à  Flamarens  : 

1°  LE  |  CONCERT  |  ARMONIEUX  DES  |  NOELS  NOI  VEAUX  DONT  UNE  PAR  | 
TÌE  EST  EN  FRANCOÌS  ET  L'AUTRE  EN  LANGAGE  TOLOSAÌN  ;  COMPOSEZ  A  | 

L  iIONNEUR  DE  LA  NATÌVÌTE  I)E  NO  |  TRE  SEÌGNEl  R  JESUS  CIIRÌST  |  PAR 
F.  FEZÉDÉ,  PRESTRE  ET  CURE  DE  FLAMA  |  RENS,  dailS  le  dÌOCÔse  de  LEC- 
TOURE.  | 

Juvenes  el  virgines,  senes  cum  junioribus  |  iaudent  nomen  Domini, 
Pals.  48  |  —  A  Tolose  |  par  A.  Colomiez,  premier  imprimeur  ;  ordinaire 
du  Roy  et  de  rVniversitê.  |  Sans  date  —  vers  1652. 

Petit  in-12  de  36  pages  chiffrées.  Petitc  íigure  gravêe  sur  bois  au  titre 
et  reprèsentant  Jcsus-Cimst  dans  sa  crècheentre  la  Su  Vierge  ct  Sl  Josejdi. 

Petit  recueil  exccssivement  rare.  11  est  dédié  à  M-‘‘  Louis  de  Laíochefou- 
cauld,  Illustrissiine  et  Rcverendissime  Evesque  dc  Lecloure.  11  contient 
38  Nocls  dout  26  en  Franc*ois  et  12  cn  Gascon  et  en  Toulousain  Clntque 
Nocl  est  préecdc  de  l’indication  de  1  air  sur  lequel  il  se  cliante.  Ces  airs 
sembient  bien  profancs  pour  dcs  Pocsies  sacrécs,  car  on  y  relève  entre 
autrcs  : 

Sur  Vair  :  Chàtillon  gardez  nies  appas... 

—  Ha,  je  me  mcurs  pour  une  brunc ... 

—  IJn  jour  la  plus  aymable  Dame.  . 

—  Catin,  la  belle  jardinière... 

—  Las  lillios  de  la  Ciutat... 

—  Tas  poupetos,  ma  Philis... 

Cest  le  prcmier  ouvrage  cn  cegenre  du  curc  Fezcdc,  eai\  dans  sa  dcdi- 
cace,  il  otrre  les  premices  dc  sa  plume  sur  ce  sujet. 

Ce  petit  volume  a  dù  ctre  imprimè  vers  1651  ou  1652,  en  tout  cas  avant 
1653,  car  un  second  rccucil  ile  Not'ds  par  Fezèilè  a  étc  imprimé  chez  Colo- 
miez  à  la  date  dc  1653,  sous  ce  titre  :  la  musìque  cuampestre  des  noels 
nouveaux,  ct  dans  rAvis  au  lccteur  rauteur  s'exprime  ainsi  :  «  Après  le 

CONCERT  ARMONIEUX  DES  NOELS  NOUVEAUX,  je  tC  domiC  LA  MUSIQUE  CIIAM- 

pestre  des  noels.  Je  possède ce  second  recueil. 


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-  475  — 


Dans  la  Recue  de  Gascogne,  t.  xi,  1870,  p.  361  et  suiv.,  M.  Léonee 
Couture  a  consacré  un  article  au  curè  F.  Fezédé.  II  parle  du  Recueil  des 
Noêls,  le  Conceri  armonieux  des  Noèls ,  mais  il  semble  n’avoir  pas  connu 
le  second  volume,  la  Musicjue  champestre  ..  M.  le  Dr  Noulet  n  avait  pas 
le  Concert  armonieux  des  Noêls ,  M.  le  Dr  Desbarreaux  (Bernard)-en  pos- 
sédait  un  exemplaire  dont  M.  Couture  a  eu  communication. 

*  Flamarens,  oii  l’abbe  Fezédc  exerçait  son  ministère,  est  une  peti^  loca- 
litè  connue  par  rantû|ue  chàteau  de  la  famille  de  ce  nom,  chàteau  qu’un 
dicton  populaire  apprécie  en  ces  terraes  : 

Lou  castct  de  Flamarcns 

Poulit  dehoro,  let  degucns.  * 

2°  LA  MUSÌQLE  I  ( HAMPF.STRE  |  I)ES  |  NOELS  NOUVEAUX  |  COMPOSEZ  A 
l/llONNEL'R  DL  LA  NA  ÍIVITÉ  DE  NOSTRE  SEIGNEUR  JESUS  CURÌST  |  par  F. 

Fezêdé,  prestre  et  curê  de  Flama  j  renstlans  le  diocèse  de  Lectoure  —  a 
tolose  l  par  Arnaud  Colomiez,  premier  |  imprimeur  ordinaire  du  Roy  et 
de  rVniversité.  |  m.dc.lui.  fl653.)  f 

Petit  in-12  de  36  pages  chiíïrées.  Petite  figure  gravée  sur  bois,  au  tilre. 

Petit  recueil  encore  plus  rare  que  le  Concert  Armonieux  des  Noèts 
Nouceaux  après  lequel  il  a  été  public.  4 

II  contient  15  Nocls  en  Français  et  5  cn  Toulousain  ou  cn  Gascon.  Le 
dernier,  en  patois  Gascon,  est  d’un  genre  assez  particulier  sur  le  seconde 
venue  du  íils  de  Dieu-  C’est-à-dirc  le  Jugcment  dernier  (|ue  lc  pieux  curó 
veut  faire  chanter  la  nuit  de  Nocl. 

La  segoundo  bebengudo  dou  hil  de  Diu,  per  la  hècanta  au  menut  poble 
la  nóit  de  Nadau. 

On  y  voit  énumêré,  cn  vers  fortsimples  et  fort  graves,  les  signes  prècur- 
scurs  de  la  fin  des  temps,  et  h  refrain  est  le  verset  liturgique  dont 
M.  Léonce  Couture  a  pu  indiquer  la  vraie  provenanec  et  le  scns  prècis 
dans  un  article  de  la  Recue  dc  Gascofjne  : 

Judicis  signum  to  luci,  darc  mc  doce. 

3°  NOELS  NJUVEAUX  EN  ERANÇOIS  ET  EN  GASCON  COlUpOSeZ  pai*  Uïl  Clirè 

du  Diocèse  de  Lcctoure,  Guillemette,  s.  d  ,  in-12.  M.  Léonce  Couture  a 
montrè  dans  la  Recue  de  Gascocjne ,  t.  x,  p.  369,  que  ce  livret  anonyme 
ètait  roeuvre  de  Fèzèdè. 

*  Tous  ces  Nocls  ont  étè  reproduits  dans  une  de  nos  ètudes  sur  les«Mys- 
tères  et  les  Nocls. 

4°  Prima' partis  summíc  Thèologia1  D.  Thonue  Aquitanis  Epitome  valde 
perspicua.  Tolosa,  Arn.  Colomiez,  s.  d.  (1654).  Petit  in-12  de252mages 
sans  compter  les  ff.  non  chiffrées.  »  * 


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—  470  - 


5°  A  Monsieur  de  Bertrand,  Seigneur  dc  Mouneville  (suivi  de  la  Res- 
ponse).  Pièce  in-12,  de  10  p.  chiffrées  (avec  siraple  titre  de  départ),  reliée 
à  la  suite  du  volume  précédent. 

6°  LE  I  CHCEVR  DES  |  MUSES  CHRESTIENNES  |  AVEC  |  VN  |  PANEGYRIQUE  DE 

l’èloquence  |  pour  donner  vn  vtile  diuertissement  aux  esprits  curieux 
par  F.  Fezèdé,  Prestre  et  Curé  |  de  Flamarens  dans  le  Diocèse  de  |  Lcc- 
toure^.  1.  n.  d. 

Toulouse,  fin  duxvne  siècle,  petitin-12.  Couverlure  papier. 

Petit  volume  fort  rare  et  non  cité  dans  lequel  se  trouve  une  description 
poétique  du  chàteau  de  Flamarens.  Ce  livret  a  du  paraìlre  entre  1654  et 
1660 /mviron,  en  lout  cas  assez  long-temps  avantla  fin  du  xvnn,e  siècle. 
[Recuede  Gasc t.  xxxvi,  p.  521). 


S  O  N  N  E  T 


A  LAS  TECOUERES  I)E  TOUTE  LA  GASC06NE 

QI.NDEXT 

Puth  que  lou  teuis  passat,  la  (iascouigne  ei  estadc 
Soupelide  en  uu  clot,  au  desbrembc  de  touts, 

(iascouigne  lou  j>aïs,  mes  leyau  suber  touts, 

Pregue  Diu  pcr  Belov,  qui  ta  dessus  terrade. 

E  puch  que  dcqui  ’assi,  es  estude  embarrade 
Hasses  coum  la  lioùt,  qu’a  boussouade  la  douts 
Quan  lou  boussoun  nei  treit,  laigue  sail  a  gransglouts 
E  s  csparrique  mes,  oun  mes  a  stat  sarrade. 

AUX  IIAMEAUX  DE  TOUTE  LA  GASCOGNE 

ULTlîNTlSSANT 

Puistiue  au  tcmps  passé.  la  (iascogue  a  ct<,‘ 

Ensevelic  dans  un  trou,  oubliéc  de  tous, 

•  Gascogne  le  pays  le  plus  loyal  entre  tous,  • 

Prie  Dieu  pour  lìeloy  * pti  t’a  relevée. 

El  puisquc  justpTici  tu  as  ct<’‘  enícrince 

Kasses-tu  eomme  la  fontaine,  dont  la  sourec  est  obstruce, 

•  Quand  le  bonchon  est  enlevé,  l’eau  jaillit  â  gros  bouillons 
Et  se  répand  d’autant  qu’elle  a  iHé  plus  comprimée. 


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Eaparriquet  donq  led,  hé  beze  a  tous  bezis 
Qu'et  noumenten  per  tout,  ruste  e  pleé  d’espis 
Que  lou  ceù  a  sur  tu  sas  gracies  desplegades. 

Encoue  que  diguen  qu'es,  un  pays  malazit, 

La  Droutine  pertant  de  Beloy  t’a  cauzit 
Demest  aquets  espis  de  beres  girouflades. 

*  LAUZIN,  gimontcs. 

Hépands-toi  donc  promptement,  fais  voir  ù  tes  voisins 
Qn’en  te  procJamant  partout,  grossière  et  pleine  d’épines, 

Le  ciel  a  surtoi  déployé  ses  faveurs. 

Bien  qu’encore  on  dise  que  tu  es  un  pavs  niaudit, 
í.e  plaidover  de  Beloy  t’a  pourtant  réservé 
A  travers  ces  èpines  dc  belles  giroflées. 

LAUZIN,  gimontorf*. 

Nous  avons  en  la  bonne  fortnnc  cìe  trouver  oe  sonnet  à  la  Bibliothèque 
Mazarine,  Belotj ,  p.  xjx. 

Nous  laissons  àd’autres  lesoind’en  rechercher  fexplicalion,  notrebonne 
volonté  à  ce  sujel  ayant  été  miseen  défaut.  Tout  oe  que  nous  savons,  c’est 
que  Beloy,  avocat  génèral  à  Toulouse,  a  publié  un  Tvaitè  de  Vêdit  de  rûu - 
nion  de  Vancien  domaine  de  Nacarre%  fort  médiocre.  11  a  laissé  également 
un  Abrècjè  de  Vhistoire  de  Souíe .  Nous  avons  vu  que  Pol  François  de 
Beliotj .  probablement  son  fils,  advocat  et  toulousain,  avait  concouru  avec 
Baron  aux  Jeux  Eloraux  de  1635  et  remporté  la  Violette  pour  un  Chant 
Royal  dont  le  refrain  était :  Le  funeste  desbris  de  la  tour  d’Asstjrie. 

Ce  sonnet  nous  a  paru  assez  curieux  pour  figurer  à  cette  place. 


« 


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4/8  - 


BIBLIOGRAPHIE 


I.  PSAUMES  |  DE  DAVÌD  VÌRATZ  |  EN  RIIYTME  GASCON  pei’  |  Pey  de  GarrOS 

Lavlo  |  rès,  dcdicatz  à  la  Serea  Maie  |  stat  de  !a  Hegina  de  Nauarra.  A 
Tolosa  |  per  Iacques  Colomòs,  Impremedo  Iu  |  rat  de  rUniversitat,  dam 
priuilcgi  deu  Rev  |  15G5  in-8°  de  74  feuillets  non  chiíïrés,  velin  blanc, 
milieu  et  fìl  dorés  sur  plats,  t.  d.  (Bel  exemplaire  d'une  jolic  reliure  du 
xvi*  siecle,  apparlenant  à  M.  Bazillac,  ancien  banquicr  à  Mirande  (Gers), 
vendu  au.v  enehòrcs  publiques,,  salle  de  rAthênéc  à  Bordeaux  [28  avril  1891) 
adjugc  la  somme  de  510  fr.,  les  fraís  en  sus,  à  M.  Lacourt,  antiquaire, 
53,  cours  de  Tourny,  à  Bordeaux.  ' 

II.  PSAUMES  I  DE  DAVÌD  VIRATZ  |  EN  RHYTIIME  GASCON  pei'  |  Pey  de  Gai'- 

ros  Lavto  |  rès,  dedicatz  à  la  Serea  Maie  |  stat  tle  la  Regina  de  Xauarra. 
A  Tolosa  I  per  iacques  Colomès,  Impretnedo  lu  |  rat  de  rUniversitat, 
dam  priuilcgi  dou  Rey  |  1505,  petit  in-8rt,  mar.  vert,  dosdoré,  íìl  dent.  int. 
r.  doróes.  (II.  Duru)  Exemplaire  de  Ch.  Nodier ,  apparlenant  à  Ia  Biblio- 
thèque  de  fou  M.  le  Baron  de  Ruble ,  vendu  à  rilotel  Drouot,  Ie2  juin  1899 
et  acquis  par  la  Bibliotheque  Nationale  au  prix  de  2G0  fr.,  frais  en  sus? 
inventaire  A.  n°  17,948. 

III.  Uu  exemplaire  se  trouve  indiqué  au  (  atalogue  de  la  Bibliothèque 
de  Bordcaux;  il  a  êtê  soustrait  par  un  fervent  peu  serupuleux.  Brnnet,  qui 
constate  la  rareté  tle  notre  volume,  cite  des  exemplaircs  vendus  39,  raar. 
Cartliy ,  G5  mar.  V.  Sotar . 

IVr.  PSAVMES  |  DE  DAVID  VÌRATZ  j  EN  RIIYTHME  GASCON  pCl'  |  PeV  de 

Garros  ^ayto  |  rès,  dedicatz  à  la  Serea  Maie  |  stat  de  la  Regina  de  Nauarra. 
A  Tolosa  |  per  Iacques  Colomès,  ïmpremedo  lu  |  rat  de  rUniversitat,  dam 
priuilegi  dcu  Rey  |  15G5  Nouvelle  èdition  par  Alcée  Durrieux,  avocat  à  la 
Cour  d'appel  de  Paris,  imprimerie  Gaston  Foix,  Auch,  1895.  Cette  réédi- 
tion  dcs  Psaumes  a  étó  prisc  sur  dcux  copies  de  rexemplaire  de  Bordeaux. 
Le  textc,  entachê  dc  fautes  nombreuses  a  êlè  depuis  revu  et  corrige  par  nos 
soins  sur  l’original  rccemment  acfpiis  par  la  Bibliothèque  Nationale. 


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479  —  -  4 

,  V.  poesìas  gasconas  de  pey  de  garros,  Laytorès,  dedicad  à  Magnific 
e  Poderos  Princep  lo  Princep  de  Navarra  son  Seiìo.  A  Tolosa  per  Iammes 
Colomès,  impremedo  iurat  de  l'Vniversitat  dan  priuilegi  deu  Rev,  1567, 
in-4°,  Bibliothèque  Nationale  V.  6,195. 

VI.  poesìas gasconas  ds  pey  de  garros,  Laytorès  dédicad  à  Magnific  e 
Poderos  Princep  lo  Princep  de  Navarra  son  Seno.  A  Tolosa  per  Iammes 
Colomès,  impremedo  iurat  de  TVniversitat  dam  priuilegi  dcu  Rey,  1567, 
in-4°,  Bibliothèque  Mazarine  O.  n°  10,917. 

VII.  poesias  gasconas  de  pey  degarros,  Laytorès,  dedicad  à  Magnific 
,e  Poderos  Prinecp  lo  Princep  de  Navarra  son  Seno.  A  Tolosa  per  Iamraes 
Colomès,  impremedo  iurat  de  TVniversitat,  dam  priuilegi  deu  Rey  1567. 
Bibliothèque  Rochegude  avec  l'ex  dono  suivant  :  Ex  dono  P .  Garrosij. 

VIII.  Brunet  ( Manuel  du  Lihraire ),  signale  plusieurs  excmplaires  de 
de  Thou,  12  fr. ;  Soubise,  1  livfe  12  sh.,  Paris;  aulre,  13  flor.  50  c. ;  Maer- 
man,  1  liv.  7  sh. ;  Hcber,  vcnte  Delaroche,  50  fr.  mars  1837  ct  152  fr. 
mar.  V.  Solar. 

IX.  PASTOVRADE  GASCOVE  SVR  LA  MORT  DEV  MagnÌIÌC  E  PouderOUS 

anric  Qiiart  deu  nom,  Rev  de  France  e  de  Nauarre.  A  Tolose,  impri- 
merie  de  Ican  Bovde,  deuant  le collège  de  Foix,  à  renseignc  de  Sainct  Iean. 
In*8°  1611.  Bibliothèque  de  TArscnal,  n°  9,490  —  B.  L. 

(Le  Manuel  du  Lihraire  déclare  n’avoir  pas  vu  ce  volume  qui  est  porté 
au  catalogue  La  Vallière  par  Nyon  (n°  18,252). 

X.  lov  gentilome  gascovn.  e  lous  heits  de  Gouèri’o  dou  gran  e  poude- 
rous  Ilenric  Gascoun,  Rcv  de  France  é  de  Naouarre  Bovdat  à  Moussei- 
gnou  lou  Duc  d’Espernoun,  per  Guillem  Ader,  Gascoun.  Imprimat  à 
Tolose  per  Ramond  Colomiòs,  Imprimaire  deu  Rev,  TanlfilO,  in-8°.  Dab 
priuiletge  dcudit  Seignou.  Biblioth.  Nat.  Ye.  3451  (Róserve). 

XI.  LOV  CATOVNET  GASCOVN,  Boudat  à  MoVSSEIGNE  DE  FoNTRAILLES, 

per  G.  Ader.  A  Tovlovse;  per  la  Vieuse  de  I.  Colomiez,  Imprimaire  deu 
Rey,  in-8°,  1605.  Bibl.  Nat.  Ye.  12519. 

—  Autre  Edition.  1628.  Tovlovse  per  la  Vieuse  de  1.  Colomiez,  in-8°. 
Bibl.  Nat.,  Ye,  3450  (réserve). 

—  Autre  Edition.  1865.  Bordeaux,  Lafargue,  in-12.  Bibl.  Nat.  Ye, 
37248.  Róimpression  de  TEdition  de  Toulouse  parue  en  1605. 

—  Ennarrationes  de  aegrotis  et  morbis  in  Evangelio,  Guillelmi  Ader. 
Tolosse,  apud  D.  et  P.  Bosc,  in-8°,  1621.  Bibl.  Nat.  T. 


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‘  —  480  — 

—  De  Pestis  Cognitione,  provisioneet  remediis,  Guillelmi  Ader,  Tolo-  * 
sa?,  typis,  R.  Colomerii,  in-12,  1628.  Bibl.  Nat.  Td 

dastros(I),  a  débulédans  sa  carrièrelittéraire,  par  des  Noèls  qui  eurent 
un  grand  succès;  lui-même  nous  Tapprend  dans  la  dédicace,  A  ses  Amisy 
de  TEdition  princeps  des  Quatre  Saisons^  ouvrage  publié  en  1636,  sous 
le  titre  désignc  ci-après  : 

«  Jou  bour/  aumens  arreslaula  ma  lenguo  de  so  que  jou  pousque9  è  si 
«  aqueste  pauquet  es  plan  bengut  ( coumo  soun  gracies  à  Diou  mous 
«  petits  Nouéls)  j'outs  haré  bese  d'aronla  un  gran  parajle  de pastoureles , 

«  per  mucha  qve  francimant ,  ni  Grec ,  ni  leiin  noupouyre  milhou  deplica . 
«  tout  que  noste  lengoue ,  si  nou  se  pecaoue  pas  eou  lengouassè ,  é  sijou 
t  éri  saberuc ,  è  letre-herit  comme  d'autes  soun^jou  sabi  qiCen  liari .  » 

Nous  n'avons  connu  ni  les  éditions  des  Noèls  qui  ont  préeédé  le  Poème 
des  Quatre  Saisons  imprimées  en  1636,  ni  rèdition  de  164-3  dont  Fauteur 
adressa  un  exemplaireà  P.  Goudetin.  Nous  'ne  connaissons  que  FEdition 
suivante  de  Guillemette  qui  imprima  aussi  en  1763  :  Lou  Trimfe  de  la 
lengouo  gascouo ,  dont  il  sera  fait  mention  ci-après. 

XII.  lou  ||  trimfe  [|  des  nouels  ||  gascous  ||  per  J.G.  Dast.ros  Capéran  || 
de  Sent  Cla  de  Loumaigno||  lmprimadis  pél  prumiò  cop  en  Fannado  || 
milo  siès  cens  quaranto  tres||E  reimprimadis  de  fresc||à  Toulouso, 
chez  Guillemette,  à  la  gran  Carrèro,  dabant  la  Glevso  ||  de  S.  Roumo,  in-12. 

Ce  recueil  ne  contient  que  les  quatre  premiers  Noèls ;  les  5®  et  6®  se  trou- 
vent  dans  le  recueil  suivant  : 

XIII.  La  jazen  piucélo,  Noucls  Moundis,  triatsdeous  milloums  auturs  de 
Fancien  tens.  Toulouse,  J.  Guillemette,  in-12,  sans  date;  nous  les  avons 
lus  dans  d’autres  recueils  du  17  et  18  s. 

XIV.  LOU  BERAY  ||  E  NATVRAV  ||  GASCOVN  ||  EN  LAS  QUATE  ||  SttSOUS  de 
l'An  ||  Per  Iouan  gviravd  d’astros  de  ||  Sent  Cla  de  Loumaigno. 
[Vignelte]  A  Toulouse  ||  per  Pierre  d'Estey,  Imprimaire  ||  près  deou 
Couletge  (sic)  de  Fouich  ||  m.  d.  c.  xxxvi.  || 

Petit  in-4°  de  64  pages.  a.  g.  Le  verso  du  titre  est  blanc.  Pages  3  à  5, 
dédicace  :  A  mous  amics ;  6,  7,  pièces  adress^es  à  Fauteur,  p.  8,  Proulo - 
guo  deou  Pasiou  de  l'Arratz  qui  fini*  au  cours  de  la  page  II.  La  Prime 
Gascoue ,  commence  immédiatement  en  pleine  page. 

XV.  LOV  TRIMFE  ||  DE  LA  ||  LENGOVO  ||  GASCOVO  ||  AVS  PLAYDEJATS  ||  de  laS 


tl)  La  bibliographie  des  (euvres  dti  Mailre,  nous  a  «'té  facilitóe  par  des  notes  tnises 
gracieusemeut  à  uotre  disposition  par  le  savaut  éditeur  du  Poète,  M.  Tailhade. 


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—  481  — 


cjuoùaie  Sasous  e  deous  ||  quouaie  Elomens ,  daouant  Lou  Pastou  dc  Lou- 
maigno  ||  [Vignette]  a  toulouso  [|  per  Ian  bovde,  Iinprimaire  Ourdinari 
(sic)  deu  ||  Rey,  prêp.  deou  Couletge  de  Fouich  ||  m.d.c.xlii. 

XVI.  Mème  tirage  que  le  précédent  auquel  rimpriraeur  a  ajouté  sur  le 
litre  un  1  à  la  date  de  rimpression  (m.dc.lii). 

Nous  en  avons  vu  plusieurs  exemplaires  portant  cette  date;  il  est  aisé 
de  reconnaître  le  dernier  chiffre  ajouté  après  coup,  ètant  placé  au-dessus  de 
!a  ligne  des  premiers  chiffres. 

XVII.  la  scolo  dou  chrestìan  ìdìot,  ou  Petit  Catéchisme  Gascounheit 
enRithme,  per  J.  G.  D’Aslros,  Capéran  deS.-Cia  de  Loumagneeu  Diou- 
cèse  de  Leitoure —  à  Toulouse,  per  J.  Bovde,  Imprimaire  deou  Rey  et 
deous  Estats  Gènéraux  de  la  province  de  Languedoc,  ^cxlv,  in-8°. 

Ce  volume  est  devenu  très  rare.  La  Bibliothèque  publique  de  Toulouse 
en  possède  un  exemplaire  incomplet  de  deux  feuillets.  La  Bibliothèque  de 
l’Arsenal  (à  Paris)  en  possède  aussi  un  exemplaire  bien  complet  et  bien 
conservé.  11  est  compris  dans  un  recueil  facture,  relié  avec  d'autres  ouvra- 
ges  en  patois  du  Midi,  du  même  format. 

XVI II.  a  movssv  ||  covdelin  abovcat  ||  à  tovlovso  ||  odo.  Cette  odo  a 
paru  pour  la  première  fois  dans  la  flovreto  [|  novbélo  del  ramelet  * 
movndì  de  Pierre  covdelin,  imprimée  à  Toulouso  par  Pierre  Bosc, 
m.dc.xlvii,  in-4°. 

C'est  le  dernier  recueil  de  Goudelin,  impriiné  de  son  vivant,  en  164G,  à 
la  suite  de  ses  oeuvres  précédentes,  aux  frais  de  la  Ville  de  Toulouse. 

L'ode  de  Dastros,  à  Goudelin;  se  trouve  aux  pages  80  à  84,  et  la  róponse 
du  grand  poète  de  Toulouse  à  la  page  85.  (Dr  Noulet.) 

XIX.  ltéimpression  du  trlmfe  de  la  lengouo  gascouo  en  1642,  dans 
le  même  format  avec  le  mème  titre  et  la  même  pagination.  Les  Vignettes 
et  les  Culs  de  lampe  sont  différents. 

A  Toulouso,  per  la  beouso  de  J.-J.  Boudo,  .imprimaire  ourdinari  deu 
Rey,  prépde  la  Pourtario.  m.dcclxii. 

Ce  qui  caractérise  cette  édition  et  les  deux  suivantes,  c’est  le  premier  raot 
en  tète  de  la  page  iv  am  (Légidou  Gascoun],  tandis  que  Tédition  de  1642 
porte  auy  qui  est  la  bonne  leçon. 

XX.  Réimpression  du  trimfe  de  la  lengouo  gascouo  de  1642 ,  dans 
le  niême  format  et  la  môme  pagination. 

Toulouso,  chez  Antoine  Biross,  libraire  jurat  de  l'Unibersitat  à  la  car- 
rièro  de  Sl  Roumo  à  TEnseigno  de  la  Biblo  d'or.  m.dcclxii 

*  31 


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i 


—  482  - 

XXI.  Réimpression  du  trimfe  df.  la  lengouo  gascouo  en  1642 ,  dans 
le  mêmeformat,  le  même  titre.  mais  non  avec  la  même  pagination;  le  mot 
Capéran  est  le  seul  ajouté  sur  le  tilre  à  la  suite  du  nom  de  l’auteur. 

A  Toulouseà  rimprimario  de  Mestre  J.-II.  Guillemetle,  aboucat  al  Par- 
loment,  librayre  jurat  dc  l’Unibersitat,  tout  dabant  la  Gleyso  de  Sl  Roumo. 
M.DccLxiu.  In-12,  21G  pages. 

XXII.  lou  TRiMFE||de  la  lengouo  Gascouo  ||  aus  Playdeiats  de  las 
quouate  ||  Sasous,  et  deous  quouate  Elomens  ||  daoiiant  lou  Pastou  dc 
Loumaiguo  ||  Per  J.  G.  d’Astros  de  Sent  Cla  de  Loumaigno. 

A  Touloso,  chez  Antoino  Birosso,  1762,  iu-12,  mar.  r.  chiffres  sur  le  dos 
et  aux  angles  des  plats,  dent.  int.  tr.  dor.  non  rog.  (Trautz-Bauzonnet 
1878).  * 

Exemplaire  non  rogné  appartenant  à  la  bibliothòque  de  feu  M.  le  baron 
de  Ruble,  vendu  aux  enchères  le  2  juin  1899. 

XXIII.  Tome  ii,  pp.  1  à  198.  —  obros  postiiumos  dc  J.-C.  Dastros, 
Capéran  de  Sent-CIa  de  Loumagno. 

Deux  cahiers  autographes  de  M.  Joseph  Molas ,  curé  de  Saint-Clar, 
portant  les  nos  3  et  4  et  sa  signature  sur  le  premier  feuillet  recto  servant  de 
couverture. 

*  '  > 

Le  cahier  n°  3  contient  96  pages  de  texte,  plus  le  premier  feuillet  portanl 

le  titre  ci-dessus.  Le  cahier  n°4  contient  le  même  nombrc  de  feuillets  que  le 
précédent,  mais  ne  remplit  que  46  pages  de  poésies  de  Dastros,  plus  17  pages 
d'Arréproués  Gascous  attribucs  à  tort  à  Dastros,  mais  qui  sont  cn  réalitc 
de  Voltoire.  On  peut  lcs  lire  dans  le  volume  publié  par  cet  auteur  sous  lc 
titre  suivant  : 

«  Le  Marchant  traitant  des  propriétés  et  particularetez  du  commerce  et 
négoce,  de  laqualitê  et  condition  du  bourgeois  et  marchant,  avec  certaine 
instruction  à  la  jeunesse  pour  s’y  advencer  et  maintenir.  Du  motif  de  la 
décadence  en  ce  négoce  sc'void  réduict,  contenant  aussi  un  recueil  de  cer- 
taines  similitudes  et  considérations.  Ensemblc  les  Motets  Gascons ,  ou 
sentences  récréatives,  le  tout  produit  et  disposè  soubs  l'adressc  etinventions 
de  sou  embarquement  et  vovage  en  forme  de  dialoguc.  —  Tolose,  vcfve  do 
J.  Colomiez  et  R.  Colomiez,  1607.  >  In-12.  Le  nom  de  lauteur  se  trouve 
au  bas  de  la  dcdicace  :  Aux  Capitouls  de  Tolosc. 

Sur  les  1616  moutets  gascons  donncs  par  Voltoire,  le  recueil  de 
M.  Molas  ìven  contieut  que  182.  — Après  le  182**.  nous  lisons  le  mot :  Fin. 

Les  deux  cahiers  de  las  ormos  postiiumos  de  J.-G.  Dastros  sont  du 
format  in-4°,  mesurant  290ram  en  hauleur  et  190mm  en  largeur. 

Nous  avons  appris  rexistencc  dc  ces  Manuscrits  par  la  lccture  d’une 


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—  483  — 

lettre  de  M.  Gustave  de  Clausa.de ,  de  Marciac,  insérée  dans  la  Revue 
bd'Aquiiaine  (t.  m.  p.  51).  M.  Cénac  Moncaut,  de  Mirande,  qui  en  est 
devenu  plus  tard  possesseur,  a  étéassez  obligeant"  pour  les  mettre  entière- 
ment  à  notre  disposition.  La  vue  de  ces  manuscrits  nous  a  procuré  une  joie 
profonde,  nous  avons  vu  se  réaliser  ce  que  nous  savions  par  notre  grand- 
père  qui  nous  avait  instruit  que  M.  ie  curó  Molas  avait  recueilli  les  poésies 
^incdites  de  Dastros.  Nous  avons  poursuivi  nos  recherches  pour  découvrir 
les  cahiers  n°  1  ct  n°  2,  mais  sans  le  moindre  succès.  Toutefojs,  par  un 
docurnent  que  possède  la  Bibliothèque  publique  de  Bordeaux  et  dont  nous 
devons  la  copie  à  1  obligeance  *de  M.  Cabos,  bibliothécaire  de  cette  ville, 
nous  apprenons  que  Dastros  avait  fait  d  autres  poésies  qui  ne  se  trouvent 
pas  dans  notre  cdition  restce  incomplète  par  rabsence  des  lir  et  2e  cahiers. 
4  Le  texte  des  cahiers  3  et  4  est  reproduit  intégralement  dans  notre  t.  u. 


XXIV.  La  Moundino,  coumedio.  Tome  ii,  p.  199  à  244. 

Nous  devons  à  robligcance  de  M.  Léonce  Couture  la  copie  de  cette  pièce 
qui  porte  le  titre  suivant  : 

La  Moundino  ||  Coumedio  en  un  acte  ||  Coumpousado  per  moussu 
d'astros  ||  bécari  de  Sent-Cla  de  Loumagno  ||  aoutou  ||  dou  Trimfe  de  la 
lengo  gascouo  aux  playdejats  de  las  quouate  Sasous  é  deous  ||  quouate 
Elomens  ||  daouantlou  ||  pastou  de  ||  Loumagno  |)  qu’ero  etênedich  ||  rébisto 
é  courrijado  per  M.  M.  [Malus,  ancien  Doclrinari]. 


XXV.  Poésies  Gasconnes  ||  recueillies  et  publiêes  par  F.  T.  ||  nouvelle 

édition  j|  revuesurles manuscritslesplusauthentiques  ||  etlesplusanciennes 
impressions  ||  xvne  siècle  ||  J.-G.  d’Astros.  T.  ier.  Paris,  librairie  Tross, 
in-8°.  1867.  T.  ii,  xvne  et  xvme  s.  1869.  *  ^ 

C’est^nolre  édition.  Le  tome  ier  contient  toutes  les  poésies  imprimées  du 
vivant  de  lauteur;  le  tome  ii  comprend  sas  Obros  posthunios  recueillies 
par  Mv  Molas  et  les  pièces  de  la  Lomagne  dont  le  détail  suit  : 

XXVI.  LouTrimfe  ||  delalengo  Gascoiio  ||  aus  playdcjatsdé'lasqoiiatet'H 
Sasoua  é  deous  qoúale  Elomens  ||  daouant  lou  Pastou  de  Loumagno  ||  . 

Manuscrit  d’une  jolie  écriture  du  commencement  du  xvme  siècle,  sans 
nom  d’auleur.  C’est  une  copie  du  Trimfe  de  la  Lengouo  Gascouo  de  J.- 
G.  D'Astros,  porlant  à  la  suite  du  titre  ci-dessus  :  1731,  plus  la  aignatjtire 
de  Béquillet  et  celle  de  Bigourdan.  Au  feuilletsuivantladédieace  de  1642; 
à  la  page  9  reeto  les  deux  strophes  de  Darquier;  à  la  page  11 mo  Proulogo 
deu  Pastou  de  UArrats.  1/2  rel.,  in-8°,  non  paginée. 

(Ce  manuscrit  ne  nous  a  été  d’aucun  service.  Car  il  existe  quelques  erreurs 
de  copie  plus  nombreuses  que  celles  de  l’édition  de  1642.)  ? 


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—  484  — 

XXVII  (p.  245  à  280).  Histoire  abrégée  de  la  dévote  chapellede  notre- 
dame  db  protection  ou  de  tudet,  dans  la  vicomlé  de  Lomaigne,  diocèse* 
de  Lectoure.  A  Toulouse,  chez  G.  Robert,  Maître  es-arls  et  imprimeur, 
rue  S^-Ursule.  In-12.  Dans  le  mêrae  volume,  entre  les  pages  54  et  55,  se 
trouve  ie  titre  suivant  : 

Manière  de  faire  saintement  le  Pèlerinage  de  notre-dame  de  protection 
ou  de  tudet  dans  le  diocèse  de  Lectoure,  seconde  édition,  corrigée.  A  Tou-  ^ 
louse,  chez  G.  Robert,  ]\laître  és-ar!s  et  imprimeur,  rue  Sainte-Ursulc, 
sans  date. 

Nous  devons  la  communication  de  ce  vôlume  rarissime  à  Tobligeance  de 
M.  le  docteùr  Noulet. 

Le  volume  étant  rclié,  nous  navons  pu  nous  rendre  compte  de  l’ano- 
malie  du  deuxième  titre  placé  entre  deux  pages,  comrne  une  gravure  hors  * 
texte;  nous  nous  sommes  adressésàM.  Sommabère ,  curé  de  Gaudonville, 
à  qui  nous  sommes  redevables  du  rétablissement  de  la  chapelle  de  Tudet  et 
d’une  excellente  histoire  de  eette  chapelle  avec  de  nombreux  documents 
puisés  aux  meilleures  sources. 

M.  Sommabère,  qui  a  recueilli  Irois  exemplaires  relatifs  à  ladite  «hapelle, 
dont  un  manuscrit,  nous  a  déclaré  que  le  véritable  titre  de  Touvrage  d'oìi  ' 
nous  avons  extrait  les  cantiques  compris  entre  les  pages  245  et  280  du  t.  u, 
est  la  Manièrehle  faire  sainíement  le  pèlerinage  de  N.-D.  de  Tudet, 
seconde  édition  corrigée,  imprimée  par  G.  Robert,  vers  1770.  Quant  au 
premier  ouvrage,  intituló  :  Histoire  abrègée  de  Ar.-Z).  de  Tudet,  il  u’a 
pas  encore  été  retrouvé. 

En  1663,  les  consuls  de  Saint-Clar  décidèrent  de  faire  annuellement  un 
pèlerinage  à  N.-D.  de  Tudet  p$ur  la  conservation  des  fruits  de  la  terre 
ravagés  par  la  grèle.  Cette  prt)cession  fut  continuée  jusqu’à  la  Rèvolulion. 
•(Extrait  du  Cérémonial  de  Saint-Clar  communiqué  par  le  curé  Lauzin  en 
1868.) 

XXVIII.  QÍOELS  NOUVEAUX  EN  FRANÇOIS  ET  EN  GASCON  (p.  281  à  283  à 
291),  composés  par  un  curé  du  diocèse  de  Lectoure. 

A  Toulouse,  chez  Guillemette,  libraire,  vis-à«vis  Téglise  Saint-Rome# 
In-12,  sansdate.  (Bibliothèque  du  docteur  Bernard  Desbarreaux.) 

Nous  n’avons  extrait  de  ce  recueil  et  des  suivants  que  les  Noéls  gascons. 

Par  suite  d'une  transposition  de  tilre,  les  Noels  du  présent  ì-ecueil  sont 
aux  pages  283,  287  et  290. 

XXIX  (pages  282,  295  à  298).  le  concert  armonievx  des  noels 
nOvveavx,  dont  une  partie  est  en  françois  et  Tavtre  en  langage  lolosaint 
composez  à  tfhonneur  de  la  Nativité  de  Nostre  Seigneur  Iesvs  Christ  par 


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F.  Fézédé,  prestrc  et  curé  de  Flamarens,  dans  le  diocèse  de  Lectoure. 

A  Toulouse,  par  A.  Colomiez,  premier  imprimeur  ordinairedu  I^)i  etde 
l’Université,  sans  dats  (xvne  siècle). 

Le  Noel  de  Fezédé  :  La  Segoundo  bengudo  deu  hil  de  Diu  est  à  la 
page  295.  (Bibl.  Desbarreaux-Bernard  )  ^ 

XXX.  noei.s  françois  F.T  gascons  sur  des  airs  communs. 

A  Toulouse,  cliez  Guillemettle  père  et  fils,  vis-à-vis  Téglise  Saint-Rome, 
sans  date.  In-12.  (Bibl.  Desbarreaux-Bernard.  Catal.  n°  3.) 

XXXI  (p.  299  à  307).  ciiants  royavx  dictés  aux  Jeux  Floraux  dans 
Toulouse,  le  2  May  1651,  sur  la  deroute  Mazarine,  in-8°,  m.dcli,  provient 
de  la  bibliolhèque  A.  Duraège;  sans  nom  de  lieu  ni  d’imprimeur.  9 

Ces  deux  chants  royaux  font  partie  d’un  recueil  de  Mazarinades  impri- 
mèes  à  Toulouse,  et  comme  elles  ne  fìgurent  pas  dans  les  grandes  collec- 
tions  de  ees  pièces  satiriques,  nous  en  donnons  ici  le  démembremeut  : 

1°  nouvellf.s  df.  paris  ET  d’amsterdam  très  cvrieuses  avec  rachemine- 
ment  du  cardinal  Mazarin  dans  la  Suisse.  A  Toulouse,  par  Bovde,  impri- 
meur,  à  lenseigne  de  Saint-Thomas-d’Aquin,  devant  le  collège  des  R.  P. 
de  la  Comp.  de  Jesvs.  6  pp.  compris  sur  le  titre,  1651.  ln-8°,  aux  armes  de 
France  et  de  Navarre. 

2°  Les  chants  royavx  ci-dessus,  avec  la  gravure  des  trois  íleurs  de  cette 
Académie  et  aux  armes  de  la  ville  de  Toulouse;  les  deux  pièces  remplissent 
huit  pages,  y  compris  le  verso  du  titre  porlant  une  page  d'impression. 

3°  les  larmes  dv  mazauin  respandues  aux  pieds  de  la  France,  en  forme 
de  dialogue  en  vers,  sans  autre  tilre,  8  pp. 

4°  Récit  véritable  des  NovvELLfts  de  paris,  contenant  plusieurs  belles 
particularitez.  Ensemble  la  marche  du  Cardinal  Mazarin ,  sur  le  titre  : 
aux  annes  du  nd  1,  inais  plus  petitos.  A  Tolose,  par  Fr.  Bovde,  imprimeur 
deuvant  le  eollège  des  R.  P.  de  la  Compagnie  de  lésus...  Iouxle  la  coppic 
imprimêe  à  Paris  —  V°  du  titre  blanc. 

5°  novvelles  di:  paris  portant  novvel  ordre  contre  le  cardinal  Mazarin, 
ses  parens  ct  domcstiques,  et  contre  ceux  qui  l’ont  suivi,  auec  ce  qui  se 
passe  touchant  la  Trèoe  entre  ta  France  et  l'Espagne . 

Sur  le  titre  :  Aux  armes  du  n°  1  (France  et  Navarre,  môme  dimention). 

A  Tolose,  par  Fr.  Bovde,  imprimeur  à  TEnseigne  de  Saint-Thotaas 
d'Aquin  dcuvant  le  collège  des  R.  P.  de  la  Compagniede  Iésus;  le  v°  du 
titre  est  blanc,  p.  2,  de  Paris,  le  18  mars  1651.  7  pp. 

6°  la  liberté  des  princes  et  la  fvite  du  Cardinat  Mazarin .  Sur  le 
titre  :  aux  armes  de  la  mème  dimension  qu  au  n°  1  et  pareilles,  de  France 
et  dc  Navarre. 


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-  486  — 


« 

A  Tolose,  par  Fr.  Bovde,  imprimeur  deuant  le  collège  des  R.  P.  de  la 
Comp.|jde  Iésvs,  le  v°  du  titre  est  blanc.  P.  3.  La  Liberté  des  Princes  et  la 
fuitie  ae  Mazarin  de  Paris  Tonzième  feurier  1651  (7  pp.). 

7°  testament  pv  cardinal  mazarin  qv’il  a  renovvellé  à  son  départ  de 
Paris.  m.dc.li  * 

Au  verso  du  titre  :  en  tète  de  la  page  2. 

Testament  du  Cardinai  Mazarin  (8  pp.),  à  la  fin  signé,  ivls. 

Toutes  ces  pièces  sont  en  toutes  marges  enfièremenl  intactes,  emboitage 
cartonné. 

XXXII.  LA  GI’ERRO  DEOUS  LIMACS  COUNTRO  LOUS  LEYTOURESES,  SÌêtgC 

de  la^Jilo,  lou  7  abriuu  1689.  Pouemo  de  Moussu  D’Arquier,  capéran  de 
Sent-Cla. 

Nous  avons  de  ce  récit  les  copies  suivanles  : 

1°  relatioun  dou  sietge de  litoure, arribat  lou quatorze dabriou  1689. 
Provient  de  Ja  modeste  bibliothèque  de  Frix  Cantaloup,  géomètre  à  Saint- 
Clar,  notre  grand-père  (105  vers). 

2°  lou  siège  de  LiTOURoque  lous  Limats  hazoun  la  nèit  deu  ditjaus  au 
dibés  sant  en’1689  (122  vers).  —  A  la  suite  :  Fin  dou  siégede  Litouro  que 
lous  Limaîs  hazonn  en  1689  la  néit  deu  ditjaus  au  dibes  sant. 

Copie  textuelle  d?un  manuscrit  portant  cette  suscription  sur  Tenveloppe  : 
J'appartiens  à  M.  Despent ,  de  Castelnau-d’ Arbieu .  (Bibl.  du  doctcur 
Noulet.)  # 

3°  relatìoun  deu  sìege  de  laìctoure,  lou  7  d'abriou,  nèit  deu  diijaux 
sant  1649. 

Bordeaux,  chez  Durand,  publié  à  SO^exemplaires  par  AMT  et  GB 
[Auguste  Moquin  Tandon  et  Gustave  Brunet]. 

Les  éditeurs  font  précéder  leur  texte  de  Tanalyse  suivante :  «  L*opuscule 
dont  nous  offrons  ici  aux  patoisophiles  l’èdition  princeps  n'est  pas  tout  à 
fait  sans  mérite.  C'est  une  plaisanterie  dirigêe  contre  les  habitants  de  l.eí*- 
toure;  ellc  date  de  lepoque  des  guerfes  de  rçligion.  L’autôur  raeonte  quc 
pendant  la  nuit  du  jendi  saint  1649  une  terrible  alerte  mit  en  êmoŷ 
toute  la  ville  de  Lectoure.  On  annonoa  cjuo  lcs  Iluguenots  s'avançaient 
en  force.  Tout  le  monde  court  aux  armes.  Lps  femmes,  les  moines,  les 
enfants,  saisissenl  des  couteaux,  dcs  brochcs,  des  b:\tons....  On  place 

des  sentinelles  sur  lcs  remparts .  L’une  de  ces  dcrnicres,  cpouvantêe 

par  son  ombre,  làehe  imprudemment  un  coup  de  fusil .  Aussitòt  la 

peur  s'empare  dcs  eombattants,  ils  se  recommandcnt  à  la  Sainte  Vierge 
et  ils  ne  doutent  pas  que  leur  dernière  heure  cst  sonncc.  La  nuit  se  passe 
ainsi  en  prièrcs,  et  à  Ia  pointe  du  jour  oh  dccouvre  que  les  prétendus  Hugue- 


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nots  n'étaient  aulre  clioscque  dcs  pauvres  geus  qui  avaicnt  vouiu  profiter 
de  la  fraîcheur  de  la  nuit  pour  ramasser  des  escargots. 

La  piòoe  se  terminc  par  ces  deux  vers  : 

Toutes  les  fois  que  les  gens  de  Lectoure  verront  au  marché  des  escargots 

La  pour  ies  prendra;  ils  croiront  ètre  assiégés.  (122  vers.) 

Quel  est  le  nom  de  l'auteur?  C  est  ce  que  nous  ignorons  encore.  C’est 
une  decouverte  dont  nous  cédons  la  place  aux  Saumaises  futurs  (1).  » 

4°  I.A  Gl'ERRO  DEOl’S  I.IMACS  ÇOHNTRO  I.OUS  LF.YTOURÈ9ES,  SÌétge  de  la  bilo* 

iou  7  abriou  1G89.  —  Pouèmo  dc  Moussu  d’Arquier,  capêran  de  Sent-Cla. 

C’est  le  texteque  nousavons  adopté  après  quelques  légères  modifications 
prises  dans  chacunc  des  prcccdentes  copies. 

Pièce  de  120  vers.  A  la  suitc/  et  la  note  suivante  :t«  Plusieurs  préten- 
dont  que  le  poème  prcccdent  fut  composê  par  M.  d’Arquier,  consortiste  de 
Saint'Clar,  d’aulres  disent  que  non.  Je  crois  que  ces  derniers  ont  raison, 
rn  co  qu’il  n'est  pas  possible  qne  M.  d.'Arquier,  dont  il  avait  fait  une  êtude 
parlieuliòre  pcndant  son  universite,  eùt  composé  son  poème  en  toute  autre 
langue.  D  ailleurs,  on  U*ouvera  une  graude  diiïêrence entre  le  poème  précé- 
dcnt  et  celui  qui  suit,  (jui  a  ètê  composó  par  lui. 

5°  i.oi*  sieiìé  df  Li  roruo  que  lòus  Lŷnats  hasoun  en  1G89  ||  la  ncit  dou 
dixjaus  au  dibcs  sant. 

Copie  faite  en  1820  par  L.  (Jucrilhac  de  Cologne  (120  vers). 

Don  de  E.  Quêrilhac,  Conseiller  honoraire  ù  la  Cour  d  appel  de  Tou- 
louse,  de  cette  pièce  en  1879,  cerite  de  la  main  de  sa  mère,  étant  cncore 
dcmoiselle. 

Cette  pièce  nous  a  permis  d'amcliorer  certains  vers  que  nous  signalerons 
dans  les  Variantes. 

XXXIII  (p.  311  à  327).  rouèmo  deou  i'Èuo  troìsìèmo  deou  Coulefge  de 
Levtouro,  à  l'aunou  dc  las  gens  d’aqucro  bilo.  * 

XXXI V  (p.  329  à  333).  uFsí*or.\so  pi«:ou  i*.  piîffet  df  moissac  (apcrat 
lou  Pèro  Dupourtal),  quc  s’crijo  en  Citoyen  dc  Leytouro  en  17i2. 

Les  pièces  iBcntionnccs  aux  nos  xix-4,  xx,  xxi  et  xxn,  font  partie  d’un 
recueil  mauuscrit  portant  le  titre  de  Piùces  Satìricjues  contre  les  Lectou- 

rois.  ÍBibl  J.-B.  Noulet.) 

* 

(I)  I.a  l(ìt;on  suivio  j>ar  lcs  Oditours  ost  de  tout  point  fautivc,  depuis  le  titrc  et  la 
dato  de  lVîvónoinciit  «jii'ídlo  rappcllc  jusqn'à  la  fin;  on  y  trouvc  de  nombreux  vers 
íaux,  â,cominouoer  par  lo  premicr,et  dos  a$semblages  de  Tettres  qui  ne  sont  pas  des 
mots  iìt  qui  n’a ppar ticn ì icu t  consêquemmout  à  aucune  languc.  — J.-B.  Noulet. 

{Hasai  sar  Vfiistoirc  liitèraire  des  Patois  du  Midi  cïa  La  France ,  Paris,  1859, 

p.  226.) 


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VARÌANTES  ADDITÌONS  CORRECTÌONS. 

Dans  I’Edition  des  Quaire  Saisons,  publiée  en  1642,  lautéui*  a  substi- 
tué  une  dédicace  «.  a  mocs  amìcs  »,  toute  diílêrente  à  celle  qu’il  avait 
adressée  dans  la  lre  Edilion  de  1636.  Nous  repLoduisons  cette  dernière, 
devenue  d'une  insigne  rarelé,  espérant  obtenir  Tapprobation  des  amateurs 
de  notre  dialeote,  en  leur  faisant  connaìtre  Tidée  première  de  notre  Poète. 

Messeìgnous, 

* 

Nou  pas  deous  estrems,  més  deou  beray  mujo  de  la  Gascouigno,  ê  eou 
mès  fin  é  courau  Gascoun  de  Diou  lou  Pay,  jou  hèou  ana  è  parla  daouant 
bousaus  las  quouate  Sasous  dé  Pannado  per  debate  quigne  dères  diou  este 
la  capdaouante  è  la  í>rincipau.  Lou  debat  é  lenderc  ne  sira  prôu  gadau  é 
soulacè.  Jou  disi  daouant  bousaus,  persquem  caperats  inés  boulentés  mas 
pécques,  é  me  sentirats  grat  de  rnous  espehors  :  peous  autes,  etz  me  haren 
be  force  aunou  de  las  bese  ó  de  las  augi,  raés  se  n'ag  bon  pas  hè,  patienee. 

Jou  é  dit  en  Gascoun  perseque  jou  couhouni  de  bergouigne,  de  bese  la 
lengoué  de  ma  mav  ta  sabourouse,  ta  steiie  è  ta  pouderouse  atau  arrecu- 
ladeè  bputade  au  denient. 

Jou  dounc,  per  tricha  nia  guarre  de  l’estrailh  de  tant  de  maychans  hilhs, 
qu’ere  a  augut  denqui'acy,  jou  la  bouy  aumens  arrestaula  de  so  que  jou 
pousque,  êsi  aqueste  pauquet  es  plan  bengut  (counro  soun  gracics  à  Diou 
mous  petits  Nouels)  jou'ts  hare  bese  d'aro'nla  un  ta  gran  parafle  de  pastou- 
reles  per  rnucha  que  Francimant,  ni  Grec,  ni  Létin  nou  pouyre  railhou 
deplica  tout  que  noste  lengoue,  si  nou  se  pecaoue  pas  eou  lengouassé,  è  si 
jou  èri  saberuc  é  letre-herit  coume  d’autes  soun,  jou  sabi  qu’em’hari. 

Are,  si  dabarrege  bousaus,  mous  amics,  jou  in'en  è  alieytat  quouate,  per 
lous  aj[itra  particulièrement  aqueste  librot,  pcr  aquo  n’ajats  pas  bousaus 
jaussou  contre^d’ets,  ra  courrouçou  contre  jou;  un  pav  qu’a  eent  amics  è 
n  a  que  quouate  maynatges,  nou  s’en  pot  hè  que  quouate  eompays,  è 
per  aquo  lous  autez  noun  diouen  pas  hè  nîale  sune,  car  el  lous  ne  boulere 
hè  touts  se  poudè  aoué  tantis  de  maynafges.  # 

Atau  quets  dic,  mès  cau  toutjours  coumença  per  un  cap,  et  me  semble 
qu*es  prou  d’en  aoué  augul  quouate  d’uc  bentrade. 

Espérats  douuc  bousaus  la  bosle,  è  eountentats-bous,  si  bous  plats,  que 
dab  aquestes  quate  Sasous  jouts  bouy  liè  bese  que  jou  soun  en  toutes  saftous. 

Mousseignous,  bostc  mes  aubèdient  è  lejau  serbidou. 

D’ASTROS. 

Dans  la  2e  Edilion  des  Quaire  Saisuns ,  pubiièes  en  1642,  avcc  lcs 


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Quaire  Elèments  purus  pour  la  première  fois,  rimprimeur  a  omis  quatre 
vers  dans  le  prologue  relatif  à  YAutomne , 


Voici  la  reproduction  du  texte  et  de  1  orthographe  de  Fédition  princeps 


de  1636  : 


(irassete  coum’  un  cougoumet, 

Mamote  eoum’  un  couloumct, 

Ardoune  couni’  un  hùych  d’estoupes 
Dab  un  scng  plan  hournit  de  poupes , 

5 .  L’Autoune  à  siéc  se  m’aparic,  # 

Qu’autaléou  courouc  â  I’abric 
L’ue  aubarede  plan  houeihadc; 
l)e  couloumbin  ér’  abilhade. 
h're  aouè  soun  cap  aruhat 
10.  De  Jresque  purnpole  couhat  ;  • 

Kre  aoué  per  pendens  d’aureilhe 
I)us  arrasis  ses  nade  liouéiihc; 

Sens  autes  joyóous  touts  toucants, 

Hracelets,  cintes  é  carcans, 

15.  De  qu’oni  bey  ias  nobies  iloucades, 

Eron  de  poumes  entroucades... 


XXXV.  lou  parterre  gascoun,  coumpouzat  de  quaoute  carrèus  per 
g.  bedout,  d’Auch.  A  Bordeus  à  Flmprimarie  de  Pierre  du  Coq,  à  la 
Carrère  de  Saint-Jaymes,  1642. 


XXXVI.  lou  parterre  gascoun,  coumj)Ouzat  de  quaoute  Carrùus  per 
g.  bedout,  d’Auch  1642.  Exemplaire  de  la  Bibliolhèque  d’Aucii,  reliéavec 
un  (joudelin  in-4°,  imprimé  par  Bosc  en  1647,  aux  frais  de  la  ville  de 
Toulouse.  C  est  le  seul  exemplaire  connu. 


XXXVII.  lou  parterre  gascoun,  coumpouzat  de  quaoute  Carrèus  per 
g,  bedout,  précédé  d’uue  introduction  et  suivi  d’un  ciioix  de  |>oésies  de 
divers  auleurs  et  d’un  dictionnaire  des  principaux  termes  du  dialecte  Gascon 
jjar  A.  Philibert  Abadie  (1). 

Toulouseet  Auch,  Jougla  1850,  in-12,  lxxvi.  (Bibl.  Nat.  [Ye.  15138.]) 

XXXVIII.  bedout‘(g.)  —  In  sultanum  (signé  G.  Bedout)  Auscitanus 
' —  Auscis,  apud  A.  D.  S.  B.  (fc.  d  )  in-4°.  Bibl.  Xat  [LbM3303].  (Pam- 
phlet  contre  le  Cardinal  de  Richelieu. 


XXXIX.  RECI  EÌl.  DE  TOUTES  LES  PÌÈCES  GASCONNES  ET  FRANÇOÌSES,  qUÌ 

ont  êtê  récitces  à  FAcadémie  des  Jeux  Floraux  dans  FHôtel  de  Ville  de 
Toulouse.  par  M.  dominique  dugay,  de  Lavardens.  A  Toulouse,  chez 


(1)  Ceite  réimpression  a  étó  faitc  sur  l’cxemplaire  (le  la  Bibliothèque  tl’Auch.  II 
►ai*ait  qu’il  y  a  quelques  feuiJlets  mal  plaoés  par  lc  relieur,  ce  à  quoi  n’a  pas  songé 
A.  Abadie;  ìl  serait  complet  cn  rétablissant  les  cahiers  d’après  leurs  signatures. 


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490  — 


antoine  colomiez,  Imprimeur  et  Marchand,  Libraire,  vis-â-vis  la  Monnoie, 
près  la  petite  porte  du  Palais  m.dc  xcii. 

XL.^,k  triomphe  de  l’eglantine.  avec  les  Pièces  Gasconnes  qui  ont 
été  récitées  dans  l'Académie  des  Jeux-Floraux  les  années  précédentes  par 
M  dominiqi  e  dugay,  de  Lavardens.  A  Toulouse,  chez  antoìne  colomìez, 
Imprimeur  et  Marchand  Libraivie,  vis-à-vis  de  la  Monnoye  près  la  petite 
porte  du  Palais  m  dc  xciu. 

* 

XLI.  fantesios  et  Loisirs  d’un  médecin  de  la  Lomagne,  par  B.  Cas- 
saignau,  1881,  deuxième  édition  illustrèe,entièrement  refondue,  augmentco 
de  plusieurs  pièces  nouvelles  et  précédée  d’une  lettredu  grand  Troubadour 
Frédérij  Mistral. 

Toulouse,  Prosper  Garv  fils,  G,  rue  des  Lois,  Paris;  Arthur  Rousseau, 
14,  i  •ue  Soufllot,  à  Beaumont,  chez  P.  Serres,  libraire.  rue  de  TEglise. 

XLII.  mas  darrèros  fantesìos  (Bólèou),  par  B.  Cassaiguau,  Mêdeciu, 
Lauréat  du  29e  Concours  poêti<[ue  du  Midi  de  la  Franee  (188í?),  Membre  de 
la  Sociétê  dcs  Sciences,  Bclles-Leltres  et  Arls.de  Tarn-et  Garonne,  Oilicier 
d'Aeadémie. 

Toulouse,  Imprimerie  Moderne,  J.  Fournier,  8,  rue  Dutemps. 

XLIII.  la  flair'to  gascolno  scguido  d\m  Vocabulari  Gaseoun,  par 
j  noulens,  1897,  Paris,  Librairie  Emile  Bouillon,  éditeur,  G7,  rue  de 
RicheLeu. 


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-  491 


ERRÀTA 


* 


* 


Page  8,  liscz  :  n’ctcons ,  au  lieu  de  nen  acons. 

Page  20,  lisez  :  /o,  au  lieu  de  jou. 

Page  25,  lisez  :  qauconx ,  au  lieu  de  quacom . 

Page  26,  lisez  :  honestamcnt ,  au  lieu  de  honestanenient. 

Page  29,  lisez  :  au  lieu  de  Aus . 

Page  30,  lisez  :  Dorv,  au  lieu  de  Dou .  ^ 

Page  31,  lisez  :  Sent ,  au  lieu  de  sen.  »  *  4 

Page  32,  liscz  :  possa ,  au  lieu  de  passa4 
Page  31,  lisez  :  Comben.au  lieu  de  Conibien 
Page  40,  lisez  :  triamphat  au  lieu  dc  yoazanat. 

Pago  51,  lisez  :  nxa  mastressa ,  au  lieu  de  niastressa. 
Page  56,  lisez  :  Per  quey  au  li(íu  de  Per  quo. 

Page  60,  lisez  :  Tahurelot ,  au  lieu  de  Tahulerot. 

Page  62,  lisez  :  bruty  au  ìicn  áe  hsut. 

Page  62,  lisez  :  /o,  au  lieu  de  ïn. 

Page  63,  lisez  :  deuit  au  lieu  de  deuiu. 

Page  81,  lisez  :  í/om/j,  au  licu  de  duutj. 

*  Page  91,  lisez  :  ù,  au  lieu  de  o.  # 

Page  93,  lisez  :  Peiis,  au  lieu  de  Per. 

Page  93,  lisez  :  Tu,  au  lieu  de  Su. 

Page  91,  lisez  :  Bourdousy  au  lieu  de  Bourdou. 

Page  94,  lisez  :  lous,  au  lieu  dc  tous. 

Page  108,  lisez  :  biny  au  lieu  de  biu. 

Page  108,  lisez  :  Dat  au  lieu  de  Dab. 

Page  131,  lisez  :  ioupoutoun ,  au  lieu  de  toupouton . 

Page  284,  lisez  :  quan%  au  lieu  de  qaon. 

Page  284,  lisez  :  quauquny  au  lieu  de  quouqun. 

Page  285,  lisez  :  couchatsy  au  lieu  de  cachats. 

Page  285,  lisez  :  sarrauante ,  au  lieu  de  sasouante. 

Page  289,  lisez  :  mouillat ,  au  lieu  de  meuillat. 

Page  310,  lisez  :  Dounicnycs ,  au  lieu  de  Douniengues. 
Pago  310,  lisoz  :  quate ,  au  lieu  de  quatre. 

Page  314,  lisez  :  Clamenço ,  au  lieu  de  Clemenço. 

Page  316,  lijez  :  rcmercioment,  au  licu  de  remcrcicnicnt. 


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Page  317,  lisez  :  Sccnts ,  au  lieu  de  Sans . 

Page  318,  lisez  :  nooux’ ,  au  lieu  de  nouts . 

Pagc  319,  lisez  :  Enbcng ,  au  lieu  de  Enben . 

Page  320,  lisez  :  cr«co,  au  lieu  de  c/’cco. 

Page  321,  lisez  :  pcrpaus ,  au  lieu  de/>rc/)aas. 

Page  321,  lisez  :  lous,  au  lieu  de  los . 

Page  322,  lisez  :  lou  proutcctou ,  au  lieu  de  proutcctou . 

Page  323,  lisez  :  Peâs  quaic  cors,  au  lieu  de  Per  quatc  cos . 
Page  325,  lisez  :  ulcero ,  au  lieu  de  ulcçrc . 

Page  327,  lisez  :  arrouignous ,  au  lieu  de  arroignous. 

Page  328,  lisez  :  honic.  au  lieu  de  o//ìc. 

Page  329,  lisez  :  cVespiían ,  au  lieu  de  d'cspitau. 

Page  331,  lisez  :  pcillo,  au  lieu  de  pcillc . 

Page  334,  liscz  :  moer,  au  lieu  de  iuoûr . 

Page  335,  lisez  :  (/ccò,  au  lieu  de  dah. 

Page  342,  lisez  :  cr%upctos^  au  lieu  dc  croupetcs. 

Page  342,  lisez  :  arrcpt iu  lieu  de  aPrcn . 

Page  i42,  lisez  :  bieillcsso,  au  lieu  de  bicillcsse. 

Page  379,  liscz  :  Cassaignau,  au  lieu  de  Cassaigncau. 

Page  425,  lisez  :  sount  au  lieu  de  soitu. 


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493  — 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Préface . 

De  Garros  (Pierre) . 

Du  Bartas  (Guillaume  de  Salluste) . . 
De  Garros  ( Jean) . . . 

Adcr  (Guillaume) . . . 

« 

Dastros  (Jean  Gêraud) . 

Annexe  A . . . 

Annexe  B . 

Baron  (Louis) . . . 

Bedout  (Gêraud) . 

Dugay  (Dominique) . 

L’abbê  Laffargue  (Jean-Baptiste) - 

Cassaignau  (Jean-Basile) . 

Noulens  (Josep  Jean-Marie-Eliacin) . 

Appendice  Bibliographique . 

Bibliographie . 


Pagcs. 

♦  1 

5 

69 

79 

102 

148 

222 

228 

225 


269 

305 

351 

379 


425 

469 

478 


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